Archives mensuelles : septembre 2014

Vers de nouvelles aventures médiatiques

C’est un fait, je vais parler de moi. Pour tous ceux qui viennent ici pour la première fois, soyez assurés que ce n’est pas l’habitude. Il se trouve que je publie demain un livre dont j’ai déjà parlé il y a quelques jours : « Un empoisonnement universel (Comment les produits chimiques ont envahi la planète) » (ici). Quantité de lecteurs ont accepté de me filer un coup de main – il n’est pas trop tard – en faisant circuler l’information, et je leur dois bien, je vous dois bien quelques informations en retour.

Avant de vous les donner, un petit mot d’ordre général. La politique néglige totalement le sujet central de mon livre, qui est la contamination chimique généralisée. Des centaines de millions d’humains sont allergiques, des centaines de millions obèses, des centaines de millions diabétiques; l’incidence du cancer a augmenté de 110 % en France en trente ans, notre pays va gaiement vers les deux millions de cas d’Alzheimer, la fibromyalgie frappe toujours plus, et rien. Rien. Mon livre ne prétend évidemment pas que tout viendrait de l’exposition à des molécules toxiques. Ce serait ridicule. Mais il serait bien plus stupide d’ignorer la marée montante d’études qui pointent des liens très puissants entre ces explosions épidémiques – car il s’agit d’épidémies, foudroyantes – et la dispersion de millions d’assemblages chimiques différents, dont on ne sait rien, ou presque.

Oui, amis, la politique officielle, quelle que soit sa couleur, se moque éperdument de l’un des plus grands drames en cours. Je ne traiterai pas aujourd’hui cette question si lourde de signification, mais vous pouvez proposer vos commentaires. Pourquoi ?

Quant au reste, j’ai de bonnes nouvelles. Mon livre, qui n’est donc pas encore sorti, reçoit un accueil très favorable. Dans le désordre, je cite L’Express (demain), qui m’accorde quatre pages. Le site Huffington Post (demain) publie une tribune. Le site Basta.net publiera demain ou jeudi un entretien. Bernard Maris publie demain dans Charlie une critique. Olivier Nouaillas publie dans La Vie un papier. Doan Bui a déjà publié un article dans L’Obs (ici). Daniel Schneiderman a écrit quelques lignes très sympa sur son site, Arrêt sur images : « Vous me direz que l’on ce ne sont pas les seules délicieuses substances que l’on ingurgite, dès lors que l’on se nourrit de fruits, de légumes ou de viande. Si vous voulez en avoir une vision d’ensemble, je ne saurais trop vous conseiller de lire le dernier livre de Fabrice Nicolino, « Un empoisonnement universel » (Ed. Les liens qui libèrent, en vente le 17 septembre), fresque historique fascinante de l’ascension et de la domination de l’industrie chimique sur notre petite planète ».

Du côté de la télé, je passe demain en direct dans l’émission de France 5 Le magazine de la santé, vers 13h30/13h40. Je suis invité au Grand Journal de Canal + vendredi 26 septembre. Je suis interrogé par Terre-TV vendredi vers 12 heures.

À la radio, j’ai plusieurs rendez-vous, dont certains, importants, ne sont pas encore confirmés. Mais samedi, à 14 heures, je serai sur France-Inter, invité par Denis Cheissoux dans son émission C02 mon amour. Thierry Chareyre, de France Bleu, me reçoit jeudi à 16h. Igor Strauss, de RFI, me reçoit ce même jour, vers 11 heures.

Voilà pour l’instant. Je me répète : d’autres choses sont dans les tuyaux. On verra. Si vous m’apercevez ou m’écoutez, je vous prie d’être indulgents, car cela n’a rien de très simple, je vous le dis. Croyez-moi. Sur ce, encore merci.

En vadrouille sur les routes du nucléaire

Cet article a été publié par Charlie Hebdo le 3 septembre 2014

Faut bien dégager les déchets nucléaires, pas vrai ? Un rapport officiel chiffre à 777 000 par an les transports de matières radioactives en France. À Drancy comme ailleurs, il vaut mieux croire les mensonges sur la sécurité.

Hé ben, pas grave. Lundi 23 décembre 2013, cadeau anticipé de Noël pour les habitants de Drancy (Seine-Saint-Denis) : un wagon déraille en pleine gare de triage. Le menu problème, c’est qu’il est chargé de déchets nucléaires. Tête du maire UDI de Drancy, Jean-Christophe Lagarde : « Qu’on n’attende pas qu’il y ait des morts pour que ces wagons dégagent ! ». Et d’ajouter qu’en cas d’accident grave, « trente mille personnes sont en danger de mort ».

Et c’est d’autant moins grave que la préfecture de Saint-Denis affirme aussitôt qu’il s’agit d’un simple incident technique, sans conséquence sur la sécurité : « Tous les relevés de radioactivité effectués par les pompiers sont négatifs ». Sauf  que quinze jours plus tard, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) annonce avoir retrouvé des traces de radioactivité dans le wagon accidenté. D’où vient-elle ? Mystère et boule de gomme. Les « colis » de déchets nucléaires sont intacts, et supposément étanches. On n’en saura jamais plus.

L’ASN, agence publique créée par une loi de 2006 est en charge de la sécurité collective, et publie sans arrêt des rapports. Le tout dernier, qui date de quelques jours, mérite le détour (1). On y apprend en sursautant que 777 000 transports de matières radioactives ont lieu chaque année en France. Pas de panique, pas encore. Il s’agit d’un fourre-tout géant qui mêle produits radio-pharmaceutiques  envoyés dans les hostos, convoyage d’appareils de détection du plomb, et tout ce qui touche bien sûr à l’industrie nucléaire proprement dite.

Au total, la bagatelle de 430 000 transports – 55 % du total – concerne la détection du plomb dans les peintures. L’industrie nucléaire ne représente « que » 12 % des 980 000 colis et 3 % de la totalité des transports, dont 60 % par la route et 30 % par une combinaison route, mer et rail. Le tout implique évidemment des milliers de possibilités d’accidents comme celui de Drancy. L’uranium naturel piqué au Niger débarque ainsi à Sète, celui volé ailleurs au Havre, les centrales nucléaires envoient leurs innombrables déchets à La Hague, le nitrate d’uranyle rejoint Pierrelatte, le MOX – un combustible – file de Marcoule, etc.

Une évidence saute aux yeux : l’enquête de l’ASN est biaisée, car elle repose essentiellement sur un questionnaire adressé « à un grand nombre de détenteurs ou de transporteurs de substances radioactives ». En français précis, « un grand nombre » ne signifie pas grand-chose. Et les autres ? Et les oublis, volontaires ou non, dans les réponses ? Une approximation précédente du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) fixait à 400 000 le nombre de « colis » radioactifs annuels circulant en France, soit moins de la moitié des chiffres de l’ASN.

Les problèmes ne s’arrêtent pas là. Pour la CriiRad (http://www.criirad.org), le grand labo (vraiment) indépendant, les estimations de l’ASN ne sont pas seulement sous-évaluées. Dès le 30 mai 2012, dans un courrier adressé à Marisol Touraine, ministre de la Santé, la CriiRad réclamait « la baisse des limites réglementaires », et rappelait que, selon ses mesures, les cheminots sont exposés « à leur insu, à des flux de rayonnements gamma et de neutrons tout à fait inacceptables ».

Et bien entendu, pas question d’ennuyer si peu que ce soit le grand pouvoir caché qu’est l’armée française. On apprend en janvier 2012 (2) qu’un accident pour le coup renversant s’est produit le 9 juin 2010. Un semi-remorque de transport de munitions nucléaires termine alors un voyage de 600 km sur les routes de France, qui l’a conduit par Bourges, Lyon, Mâcon, Orange. Juste avant d’entrer dans la base militaire d’Istres (Bouches-du-Rhône), le camion, qui roulait à 72 km/h, au lieu d’une limite imposée de 30 km/h, se couche sur la route. Trois soldats sont blessés. Des officiers de sécurité nucléaire et du renseignement militaire bouclent la zone et empêchent la diffusion de la nouvelle, qui sera connue fortuitement, 15 mois plus tard.

Y a-t-il une morale ? Oui, il faut dare-dare changer de planète. Si on trouve.

(1) http://www.asn.fr/Informer/Actualites/Enquete-de-l-ASN-sur-les-flux-de-transport-de-substances-radioactives
(2) http://www.reporterre.net/spip.php?article2474

Je crois (je suis sûr) que j’ai besoin de vous

Quelques milliers de personnes me font l’honneur de venir chaque jour picorer quelque chose sur Planète sans visa. Dire que je vous remercie est bien en-deçà de ce que je ressens, mais je n’y insiste pas. De mon côté, j’ai publié ici, depuis sept années, environ 1600 articles, dont la quasi-totalité seulement ici. Je l’ai fait par plaisir, certes, mais aussi par devoir. Il m’a semblé, il me semble toujours que je devais faire ce que je pouvais. Je fais ce que je peux, gratuitement cela va sans dire. Plutôt non, car ce rendez-vous me coûte quelque argent, versé à la société OVH. Mais qu’on se rassure, ce n’est pas ainsi que je me ruinerai.

Vient ici qui veut, et j’ai appris, au fil des années, que nombre d’adversaires décidés des valeurs que je défends gâchent leur digestion en regardant ce que je trifouille. Ma foi, c’est le jeu. Si je prends la parole ce 8 septembre 2014, c’est parce que j’ai besoin de votre aide. La vôtre, amis lecteurs, et j’espère que vous me l’accorderez. Voici : les éditions LLL (Les liens qui libèrent) publient le 17 septembre un livre sur la chimie, que j’ai écrit. Les fenêtres de tir de l’édition sont étroites, et se referment d’un coup sec sur le nez des auteurs. Sans un vrai coup de main, je cours le risque de rater ce rendez-vous. Or ce rendez-vous compte. Pour moi, bien entendu. Mais pour vous aussi, et si cela vous paraît une prétention, je reconnais que c’est le cas. J’ai la prétention d’avoir écrit un livre important.

Je ne vous demanderai jamais d’acheter ce livre sur une simple présentation. Je ne prétendrai jamais qu’il est bon. Mais en tout cas, il raconte une histoire qui n’a jamais encore été assemblée. L’histoire d’un drame planétaire, qui mène des lointains alchimistes à l’industrie transnationale de la chimie aujourd’hui. Comme le nom du livre l’indique, nous faisons face à « Un empoisonnement universel ». Tous les lieux, tous les êtres, tous les étages de la vie sont touchés. Je crois que la masse d’informations et de révélations que j’ai réunies donne une idée juste de l’incroyable désastre en cours. La rencontre entre la chimie d’antan – évidemment, je n’ai rien contre la curiosité et la recherche -, l’industrie, l’État et la guerre, cette rencontre a conduit à la dissipation de millions de molécules différentes les unes des autres, dont nous ne savons rien. Mais dont un nombre croissant se révèlent toxiques, délétères, mortelles.

Les faits, les responsables, les embrouilles innombrables donnent le vertige, j’en ai conscience. Certaines choses sont aux limites du croyable. Mais revenons à ce coup de main. Vous trouverez ci-dessous ce qu’on appelle dans le jargon la quatrième de couverture, soit le texte au dos du livre, ainsi que la couverture elle-même. Vous pouvez, et je vous demande de le faire, copier le tout et l’envoyer à votre carnet d’adresses. Le but, encore une fois, n’est pas d’acheter le livre au coup de sifflet, mais de faire savoir aussi vite qu’il est possible que ce livre sort. Le 17 septembre. Je dois avouer que je compte sur vous. Réellement.

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Une enquête redoutable sur l’invasion effrayante des produits chimiques dans notre quotidien et notre environnement.

C’est un livre sans précédent. Jamais on n’avait essayé de réunir tous les points pour faire enfin apparaître le dessin complet. Comment en est-on arrivé là ? Comment et pourquoi l’industrie chimique a pu libérer dans l’eau, dans l’air, dans le sol, dans les aliments, et jusque dans le sang des nouveau-nés des millions de molécules chimiques, toute différentes les unes des autres ?

Quels sont les liens entre le temps des alchimistes et celui du prix Nobel de chimie Fritz Haber, grand criminel de guerre ? D’où viennent Bayer, BASF, Dow Chemical, DuPont, Rhône-Poulenc ? Comment est-on passé de la bakélite des boules de billard et des combinés du téléphone au nylon, puis au DDT et aux perturbateurs endocriniens ? Pourquoi des maladies comme le cancer, l’obésité, le diabète, Alzheimer, Parkinson, l’asthme et même l’autisme flambent toutes en même temps ? Qui est Théo Colborn, la Rachel Carson du 21ème siècle ? Pourquoi l’OMS, la FAO, l’ONU ne bougent-elles pas ? Pourquoi les agences de protection françaises regardent-elles ailleurs ? Comment les normes officielles ont-elles été truquées ? Que contient vraiment l’eau dite potable ? Comment les transnationales ont-elles organisé une désinformation planétaire sur cet empoisonnement universel ? Y a-t-il une chance de s’en sortir ?

Pour la première fois, tout le dossier est enfin rendu public. Il est effrayant, mais un peuple adulte n’a-t-il pas le droit de savoir ? Ce livre, qui donne des noms, des faits, des accointances, ne peut rester sans réponse. C’est l’heure de se lever.

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Quelqu’un a pensé à moi

Ce qui suit est mélancolique. Et nostalgique. Et fort triste, ce qui va généralement avec. Il s’agit d’un message personnel d’un ami naturaliste. Un excellent naturaliste, au sens scientifique. Je le publie sans son accord explicite, et je l’appellerai donc Régis, qui est le nom d’un de mes frères. Vous le verrez, il y a de la souffrance, grande souffrance, à voir le monde d’antan, si proche encore, s’affaisser sous nos yeux. Vous le savez tout aussi bien que moi : les commentateurs de ce temps malade ne voient rien. Ne savent rien. Ne sentent rien, eux qui nous conduisent au tombeau en augmentant encore la vitesse du fourgon mortuaire.

Je me souviens, tous ceux de ma génération peuvent – pourraient – se souvenir des innombrables papillons et oiseaux qui nous entouraient. Un jour, avec des galopins de mon âge – 9 ans -, j’ai tiré d’une mare 104 grenouilles en une seule journée. Avec un bâton en guise de canne à pêche, un hameçon et un bout de chiffon rouge. C’était en été 1964, dans l’Yonne. Il y avait encore de tout. 104 ! Je regrette évidemment d’avoir pris leur jeune vie, mais c’est trop tard. Je regrette tant de choses que je pourrais vous ennuyer avec cela jusqu’à demain matin. Demain matin des années à venir.

La beauté. Quand tout s’effondre, il ne (me) reste plus que cela. La beauté. La beauté du monde. La lumière. Les horizons. La vague. Le poisson. L’oiseau. L’air libre qui vibre dans le ciel. Rien d’autre. Voici le court texte de Régis.

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Cher Fabrice,

Le temps passe. Le monde ne va pas s’améliorant. Chaque jour apporte son lot de désillusions politiques (s’il en restait) et d’indices alarmants d’une dégradation phénoménale de la nature et de la biodiversité. Même dans mon bout du monde dont moineaux et hirondelles ont déjà pratiquement disparu, où le déclin des populations de petits oiseaux devient effarant, où les abeilles, depuis deux ans, ne viennent plus polliniser mon pommier et se font rares, très rares, sur les bruyères du littoral, où l’on peut rester cinq minutes dans un chemin ensoleillé et fleuri sans voir un seul insecte, où ceux-ci ne s’écrasent plus sur nos pare-brise faute de combattants, où je n’ai pas vu un seul oiseau écrasé sur les routes depuis le printemps… J’en passe. Le vieux naturaliste que je suis est proprement atterré par l’accélération du rythme des dégradations.

Comme tu vas te ressourcer périodiquement en […] ou par là, je me retranche aussi souvent que possible dans la contemplation des lichens. J’y retrouve toujours un peu de la beauté du monde.

Je suppose que tu connais le site de […]. C’est en le regardant ce matin que j’ai pensé à toi.

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Dessine-moi une planète et demie

Cet article a été publié par Charlie Hebdo le 27 août 2014, sous un autre titre.

Faut que ça saigne. Depuis le 19 août, « Jour du dépassement », nous tapons jusque fin décembre dans le stock en perdition des ressources naturelles. Pour vivre comme les Américains, l’humanité aurait besoin de cinq planètes. Ça va être coton.

Rions, c’est encore le mois d’août. Nos excellentes gazettes titrent –dans les coins – sur une nouvelle qui intrigue tout de même un peu : « la planète », comme ces gens écrivent, aurait tout bouffé, cette goinfresse, en seulement huit mois d’activités humaines. On appelle cela, en français approximatif, le « Jour du dépassement ». L’ONG Global Footprint Network, publie chaque année un document sur l’état des ressources disponibles. Les écosystèmes – disons les grands éléments vivants, comme les sols agricoles, les fleuves et rivières, les arbres et forêts, les océans sont capables de produire chaque année qui passe une certaine montagne de biens naturels. Justement ceux qui nous permettent de manger, de nous vêtir, d’habiter, de nous soigner, etc. Sans eux, rien, ballepeau.

Mais dans le même temps, les humains boulottent de plus en plus et détruisent à qui mieux, jusqu’à ce fameux « dépassement », qui tombe cette année le 19 août. Au-delà, ils attaquent le dur, c’est-à-dire la structure, les stocks en apparence infinis de champs, de prairies, de pêcheries. Essayant de se rendre intelligibles, les commentateurs parlent de « vie à crédit ».

Pour filer cette si lamentable métaphore, peut-on taper sans fin dans un capital qui diminue chaque saison un peu plus ? Peut-on se vautrer dans une dette écologique comme on le ferait au bistrot du coin ? Sur le papier, l’affaire ne dépasse pas un problème de cours élémentaire deuxième année. La quasi-totalité des responsables de tout bord, y compris nombre d’écologistes officiels, s’en cognent d’autant plus qu’à leurs yeux flapis, cela ne signifie rien. Mais ainsi qu’on se doute, ils ont tort.

En 1992, sur fond de sommet de la Terre de Rio – le premier -, paraît un article pionnier signé par le professeur américain William Ree (1). Commence une série d’études sur l’empreinte écologique des individus, des pays, puis de l’humanité entière. Souvent critiquée, « l’empreinte écologique » a l’immense mérite de rappeler quelques évidences. La première de toutes est qu’il existe des limites physiques infranchissables, quelle que soit la politique suivie. Et c’est d’autant plus chiant que c’est vrai. Très grossièrement, on calcule cet indice en estimant la surface biologiquement productive dont un individu ou un groupe ont besoin. Laquelle inclut des sols fertiles, des bois, de l’eau, sous la forme théorique d’un hectare global (hag).

Global Footprint Network est parvenu à affiner ces calculs et à proposer des résultats précis, censés « informer » les aveugles qui nous gouvernent, comme cet Atlas mondial, pays par pays. Le « Jour du dépassement » – Earth Overshoot Day – n’est jamais qu’une continuation logique, mais qui fout le trouillomètre à zéro, car chaque année, il intervient un peu plus tôt. En 1986 – première année de calcul -, le dépassement avait eu lieu le 31 décembre. Et le 20 novembre en 1995. Et le 20 octobre en 2005. Et le 23 septembre en 2008. Et le 22 août en 2012.

Si l’on se saisit d’une loupe, la leçon devient limpide. La Chine a d’autant moins d’avenir qu’elle consomme 2,2 fois ce que son territoire peut lui offrir en une année. Les Émirats arabes unis 12,3 fois. La France, 1,6. La croissance, c’est donc du vol, comme la propriété. Ceux qui ont les moyens d’extorquer arrachent aux autres de quoi maintenir un niveau de gaspillage « acceptable », sur fond de téléphones portables et d’écrans plasma. En espérant contre l’évidence que cela pourra durer.

Rappelons aux ramollos du bulbe qu’il faudrait cinq planètes pour que les 7 milliards de Terriens s’empiffrent comme les Amerloques. Et encore trois pour faire comme chez nous. Selon Global Footprint Network, « en 1961, l’humanité utilisait juste trois quarts de la capacité de la Terre à produire de la nourriture, des fibres, du bois » et même à absorber les gaz à effet de serre. Actuellement, au-delà d’inégalités de plus en plus foldingues, elle épuise une planète et demie pour la satisfaction de ses besoins.

Nous allons donc gaiement vers le krach écologique à côté duquel la crise de 1929 paraîtra un friselis de roses. Encore un peu de croissance, les tarés ?

(1) http://eau.sagepub.com/content/4/2/121.short?rss=1&ssource=mfc