Archives mensuelles : janvier 2015

Nouvelles

Je me fais ce jour la voix de Fabrice avec qui j’ai parlé avant hier.
Il va mieux, se soigne et reprend doucement le pas sur les évènements.
Il m’a demandé de valider vos messages d’encouragement, d’amitié, d’amour.
Je vais les lui faire parvenir.
Il vous remercie d’ores et déjà pour votre soutien qui le touche énormément.

Alban

Vers la mort des touristes (Hourra !)

Ce papier a été publié le 31 décembre 2014 par Charlie Hebdo, sous un autre titre.

Vive le dérèglement climatique ! Si tout continue dans la bonne direction, le tourisme de masse vit ses dernières saisons. Il y a de moins en moins de neige en montagne, et les plages de l’été disparaissent à vive allure.  Il était temps, on n’en pouvait plus.

Manions le scalpel sans trembler : Charlie, c’est l’Anti-France. On ne se contente pas ici de rester au lit quand tressaute la musique militaire, on crache sur le monument aux morts, plutôt deux fois qu’une. Le tourisme de masse, voilà l’ennemi ! Et c’est donc avec un infini plaisir qu’on vous annonce, en ces jours de fête, le désastre des stations de skis. Pourquoi ? Parce que la neige n’est pas au rendez-vous, lecteur ballot ! Les stations de ski pleurent leur neige d’antan et additionnent les annulations.

Pour bien comprendre l’ampleur du drame, ami de la nature, se rapporter à l’histoire, qui donne au passage l’occasion de dégueuler la dinde de Noël farcie aux antibiotiques. Que dire ? Parmi les premières stations, Megève, née dans les années 20 du siècle passé des envies pressantes de la famille Rothschild à la neige. Le vrai boom date des années soixante – les horribles Trente Glorieuses -, quand les premiers technocrates gaullistes conçoivent sur leurs tables à dessin à la fois les villes nouvelles et les domaines skiables associés à des parkings et des dortoirs.

On urbanise alors à coup de « stations intégrées » où les Dugenou peuvent soigner rhumes et gerçures dans la boîte de nuit dégoulinante où la coke remplace lentement et gentiment le martini-gin. On nie au passage la montagne et la dureté de ses pentes en inventant remontées mécaniques, télécabines et téléskis. Les Jeux Olympiques de 1968 à Grenoble, dont on ne dira jamais assez la merde qu’ils ont semée, achèvent le mouvement.

C’est l’effroi. La montagne devient un lieu aussi artificiel que Marne-la-Vallée ou l’autoroute A-4 au pont de Nogent (banlieue parisienne). Et puis vient le dérèglement climatique, auquel auront tant contribué les générations de connards qui ont fait la fortune des stations, rebat toutes les cartes. On ne discutera pas ici de sa responsabilité exacte, mais il y a pour le moins superposition entre la crise en cours du climat et la raréfaction des neiges dans les hauteurs de France. Tous les glaciers des Alpes reculent à une vitesse confondante et la célébrissime Mer des Glaces a perdu depuis 1830 2,5 kilomètres de longueur. Et continue à fondre de 4 à 6 mètres en profondeur chaque année qui passe. Depuis 1958, la température moyenne, dans les Alpes, a baissé selon les coins, entre 1 et 3 degrés.

Voilà la bonne nouvelle : y a plus de neige, les tarés. Il y a quelques jours encore – Charlie n’étant pas monsieur Météo, les choses ont pu changer -, plus de 150 stations sur 200 n’avaient pas pu ouvrir leurs portes maudites. Il fallait monter au-dessus de 2 000 mères pour pouvoir étrenner ses skis Salomon à 800 euros. Cocorico ! Comme il n’est pas question de perdre tout le fric investi dans le carton-pâte et les colifichets, il ne reste plus aux stations les plus friquées qu’une solution : les canons à neige. Val d’Isère, par exemple, vient d’investir deux millions d’euros dans ces vaillants phallus. Val d’Isère, 1600 habitants, mais 15 000 lits l’hiver et 7 supermarchés.

Dans les Alpes du Sud, selon le site en ligne Dici.fr, 1500 canons sont déployés dans le cadre explicite d’une « guerre de la neige » pour « sauver le début de saison et toute l’économie des Alpes du Sud ». Défense de se moquer des indigents. À Risoul (Hautes-Alpes), même tableau. Le maire du village Max Brémond, également patron de la station déclare avec fierté : « Nous avons investi des millions d’euros dans [la] neige de culture ».

De culture ? Les communicants du tourisme ont inventé une expression nouvelle, euphémique en diable, de manière à pouvoir cracher du dépliant publicitaire sans risquer de déplaire au petit-bourgeois en goguette. Ne jamais plus dire « neige artificielle », qui sent son gros canon à eau, mais « neige de culture », qui évoquera, selon, le champ de blés aux corbeaux de Van Gogh ou  le dernier film de Jim Jarmusch. Et d’ailleurs, puisqu’on en est au vocabulaire autorisé, éviter de dire canon, qui rappelle fâcheusement la tuerie, mais enneigeur. Enneigeur pour enfumeur.

Reste la technique pour « cultiver » les beaux cristaux des cimes. La station de Flaine, en Haute-Savoie, a été la première à s’équiper de canons à neige en 1973, et depuis cette date, des milliers, des dizaines de milliers ont été installés. Pourquoi ? Parce que les petits mecs qui ont craché pour financer les stations exigent au moins 5 % de rendement par an. Comme le nombre de skieurs stagne, il faut absolument augmenter le nombre de jours skiables. La neige est de l’or et le canon est son prophète.

Sauf qu’il faut, avant de lancer de gros ventilateurs qui vont vomir la neige dans les tuyaux, trouver de l’eau. Compter en moyenne, d’après les chiffres de l’association Mountain Wilderness, 4  000 m3 de flotte par hectare de piste, lors que le maïs, pourtant soiffard, n’en utilise que 1 700. Dans l’arc alpin, 95 millions de m3 d’eau seraient détournés chaque année pour la neige, soit la consommation d’environ 1,5 million d’habitants. Au détriment des cours d’eau, des pluies et même du réseau d’eau potable.

Ne parlons pas, car Charlie compte des lecteurs sur les pistes, des adjuvants chimiques ajoutés souvent à l’eau pour faciliter la cristallisation, ni de la note énergétique délirante – 25 000 kWh par hectare de piste par an -, ni du bruit assourdissant des installations. Seule consolation : tout va s’effondrer. Quand ? Bientôt. Quand ? Jamais assez tôt.

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ENCADRÉ

Nos plages se font la malle aussi

Trop, trop génial. On n’est pas sûr à 100 % de la responsabilité du changement climatique, mais comme c’est probable, commençons par lui dire merci. Les plages du Grand Ouest français, surtout sur le littoral aquitain, reculent ou disparaissent à une vitesse qui stupéfie les spécialistes.

L’alerte majeure a été lancée il y a quelques semaines par le Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM) et l’Office national des forêts (ONF). Dans un rapport sur « l’impact des tempêtes de l’hiver 2013-2014 », ces deux établissements publics notent un recul du trait de côte – sur 200 kilomètres de côtes aquitaines – de 5 à 20 mètres, et jusqu’à 40 mètres par endroits, menaçant des immeubles les pieds dans l’eau, construits au temps de l’insouciance technocratique. On n’avait encore jamais vu cela en soixante ans, depuis qu’on surveille les mouvements de la houle et l’érosion côtière.

Le plus grave, pour l’industrie touristique, c’est qu’un nombre croissant de plages, jusque dans l’île de Ré chère au cœur du bourgeois, s’aplatissent au point de devenir parfois plates comme des galettes. Et le sable arraché par les tempêtes refuse de revenir, l’ingrat, pour la saison des parasols.

Au plan mondial, il faut ajouter à cette érosion de moins en moins naturelle le travail de sape du BTP. Les besoins démentiels de sable pour la construction se combinent au phénomène, et au total, entre 70 % et 85 % des plages seraient aujourd’hui menacées de disparition. Adieu Mimizan, adieu Bali.

Une belle pipe de l’Europe au patronat

Ce papier a été publié par Charlie Hebdo le 24 décembre 2014, sous un autre titre

Pour faire plaisir à un lobby patronal – dont notre Medef national -, l’Europe de Juncker et de la fraude fiscale vient de sacrifier la lutte contre la pollution de l’air, qui tue chaque année des dizaines de milliers de personnes.

Ces gens de l’Europe se foutent ouvertement de nos gueules. Le dernier exemple vient d’en être apporté par la « nouvelle » Commission européenne présidée par le Luxembourgeois Juncker, déjà empêtré dans le tentaculaire et retentissant scandale financier Luxleaks (1).

De quoi s’agit-il ? Le 20 novembre – mais l’affaire durait depuis des semaines dans les coulisses -, le lobby BusinessEurope adresse une lettre à ses servants de la Commission. BusinessEurope regroupe 39 associations patronales de 33 pays, dont notre merveilleux Medef, et à ce titre, on peut le qualifier de grande puissance. Donc, une lettre, qui passe en revue cinq projets de directives – des lois – qui sont depuis longtemps dans les tiroirs. Et qu’il faut désormais sortir, et appliquer. Lesquels ? Pour noyer le poisson, BusinessEurope mélange fretin et gros morceaux. Dans la première catégorie, l’égalité des genres dans les conseils d’administration. Et dans l’autre, la protection de la santé et l’écologie.

Sans trop se gêner, et ainsi que le rapporte le site en ligne Euractiv.fr, les patrons font valoir que ces projets déjà en négociation « vont à l’encontre de la compétitivité des entreprises européennes » et « devraient être supprimés ». La suite, même pour des gens blindés comme les chroniqueurs de Charlie, est stupéfiante. Car Juncker et son homme-lige Frans Timmermans, vice-président de la Commission, acceptent de se coucher dans les beaux draps de soie de BusinessEurope.

Le 16 décembre, les deux compères annoncent comme s’ils venaient de prendre la décision en toute liberté qu’il faut faire des choix (2). Constatant après tant d’autres Sarkozy et Hollande que « les grandes priorités sont la croissance et l’emploi », ces braves employés de maison entendent se concentrer en 2015 sur 23 initiatives. Ce qui implique de jeter dans la cuvette des chiottes deux « paquets », ainsi que les appelle la novlangue : celui concernant la pollution de l’air et celui de « l’économie circulaire », concept en vogue qui consiste à utiliser peu de carbone et à massivement recycler.

Ce que voyant, les cocus habituels – les associations comme France Nature Environnement, Les Amis de la Terre, la fondation Hulot – pondent un communiqué épouvanté. Extrait : « Concernant la qualité de l’air, cette décision incompréhensible annule ainsi la révision de la directive “Plafonds d’émissions nationales” qui aurait pu sauver 58 000 vies par an. Pour l’économie circulaire, cette suppression retire les objectifs de recyclage de 70% pour les déchets municipaux et de 80% pour les emballages, tout comme l’interdiction de mettre en décharge tout déchet recyclable ou biodégradable. Ces objectifs auraient pu créer des centaines de milliers d’emplois ».

Un mot sur le chiffre de 58 000. Il s’agit d’une estimation d’experts, et comme telle, n’est jamais qu’une indication. D’autres estiment par exemple que les particules fines de pollution, au premier rang celles du diesel, pourraient tuer avant l’heure 42 000 personnes par an en France. Et sept millions d’humains de même, chaque année, selon les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Dans tous les cas, il s’agit d’un crime de masse prémédité, et si un brin de justice régnait sur le monde, Juncker et Timmermans iraient droit en prison sans passer par la case Banques luxembourgeoises. Mais à ce compte-là, on pourrait poser des questions à la droite française – bien sûr -, mais aussi à la gauche.

Jacques Calvet, ci-devant patron de Peugeot, a conduit pendant quinze ans, de 1983 environ jusqu’en 1997, un lobbying forcené en faveur du Diesel. Et a gagné la partie, car les deux tiers des bagnoles neuves, chez nous, sont Diesel. 1983-1997 : gauche au pouvoir, puis droite, puis gauche, puis droite, puis gauche. Calvet, devant les députés le 3 septembre 1997, alors que Jospin est à Matignon : « Le problème est d’une simplicité biblique (…) : nous sommes les meilleurs dans le monde en matière de Diesel ».

(1) 28 000 pages d’accords fiscaux secrets entre le Luxembourg et une flopée de transnationales. Révélé par une quarante de journaux, Luxleaks montre comment les banques locales organisent la fraude fiscale au détriment des politiques communautaires.

(2) http://ec.europa.eu/priorities/work-programme/index_en.htm

Ô triste, triste était mon âme (Vallini, Hollande et consorts)

On connaît peut-être ces vers splendides de Verlaine, qui commencent par « Ô triste, triste était mon âme ». Son petit poème est somptueux, qui parle du chagrin d’amour, de la perte d’une aimée. J’ai pensé à lui ce matin en écoutant notre pauvre président de la République sur France Inter. Absurdement, je dois en convenir. Car je n’ai jamais eu ni amour ni simple affection pour François Hollande. Je le tiens pour un exceptionnel médiocre, et ses mots dérisoires à la radio ne peuvent que renforcer un sentiment déjà ancien.

Qu-a-t-il dit à propos de la tragédie écologique ? Les stupidités coutumières. Une taxe sur les transactions financières « pour le climat » d’ici 2017, quand la fameuse taxe Tobin est évoquée depuis 1972. Mais il est vrai que le PS promet le droit de vote des étrangers depuis 1980. Hollande est cet homme capable de transformer le dérèglement climatique en un simple enjeu politicien dans sa course électorale de troisième zone. C’est affreux. En ce qui concerne Notre-Dame-des-Landes, où je suis passé le 1er janvier, il a annoncé, faussement martial comme à l’accoutumée, que l’aéroport se ferait une fois les recours juridiques épuisés.

Sivens à la puissance 10 ?

Que penser ? Voici mon sentiment. Il y a au moins deux lignes au sommet de ce qui nous reste d’État. Hollande, rad-soc dans l’âme perdu au milieu des tempêtes et des drames, voudrait que l’affaire se règle toute seule. Comme il a horreur de trancher, comme il a évidemment peur d’un Sivens à la puissance 10, il aimerait bien, au fond, que les recours durent au-delà de la prochaine élection présidentielle de 2017. Ainsi, il n’aurait pas à agir. Seulement, il n’est pas seul à bord, de loin.

D’abord, il y a sa base, ce parti socialiste qui sociologiquement est aux antipodes de la France réelle. Un parti de vieux, de cadres, d’enseignants, de Blancs, qui ont tant profité des Trente Glorieuses qu’ils refusent tout vrai changement. Remettre en cause la doxa de la croissance, du BTP, de la publicité, des appareils et des objets, cela reviendrait à dire la vérité sur ce qu’ils sont. Et ce qu’ils sont, qui l’ignore ? Des gens aveugles et indifférents, qui auront soutenu de toutes leurs forces arthritiques la destruction par la bagnole et les ronds-points, les villes nouvelles et les Disneyland, l’amiante et les pesticides, le bétonnage des côtes et les canons à neige, la laideur et la puanteur. J’exagère ?

Qui dépassera jamais un André Vallini ? Président du conseil général de l’Isère, ce distrayant personnage rêvait de devenir Garde des Sceaux, mais la place étant prise, il doit se contenter d’un secrétariat d’État chargé de la réforme territoriale. Entre deux bâillements, il s’enflamme, mais pour quelle cause ? Celle de l’eau, de l’air, des sols, de la forêt, des océans, du climat ? Non, celle bien plus sacrée du BTP. Dans un bref entretien au quotidien régional Le Dauphiné Libéré (ici), il apporte son soutien empressé au projet de Centers Park de Roybon, et se plaint amèrement des lois qu’il se serait fait un plaisir d’appliquer ès qualités, déplorant « des réglementations trop lourdes et des procédures trop longues qui permettent d’entraver des projets portés par des élus du suffrage universel ».

Une France des autoroutes et des barrages

C’est déjà impressionnant, mais la suite l’est davantage, car Vallini déclare même : « Pour que la France reste la France, nous devons continuer à construire des aéroports, des barrages, des autoroutes, des lignes de TGV, des équipements de tourisme ». Nous touchons cette fois au cœur de l’imaginaire de pacotille des gens qui nous gouvernent. La France, leur France doit être détruite. Gallia delenda est ! À ce stade inouï, la tristesse radicale l’emporte sur le fou rire, et c’est un bien mauvais moment à passer. Que révèlent les mots de Vallini, que reprendraient à leur compte presque tous les socialos ? Qu’aucun accord n’est possible. Qu’une frontière infranchissable sépare les défenseurs de la vie et ces imbéciles qui ne savent pas regarder un ciel sans qu’il soit sponsorisé par l’armée de l’air, EDF ou Total.

Est-ce tout ? Pas encore. Le parti socialiste, sous les fesses de Hollande, veut la poursuite du programme si bien entamé, c’est l’évidence. Mais notre président préfèrerait, lui, que les choses s’accumulent discrètement sous le tapis. Et qu’on parle d’autres sujets plus anodins. Reste Manuel Valls. Il n’y a pas de doute que le Premier ministre souhaite l’affrontement autour de Notre-Dame-des-Landes. Il sait, tout comme moi, qu’un passage en force conduirait probablement à des morts, car les zadistes et ceux qui les soutiennent – j’en suis – n’entendent pas reculer. Ne pas croire que Valls s’en moque, tout au contraire. Il veut un choc majeur autour du chantier, suivi d’une évacuation générale. Car cela lui permettrait d’asseoir dans l’opinion l’image après laquelle il court depuis des années : celle de Clemenceau.

L’empereur des mouchards

En deux mots, Clemenceau, venu de la gauche, gagnera dans les premières années du siècle passé les surnoms de Césarion, Bête rouge, Sinistre de l’intérieur, Monstre, Empereur des mouchards. Ministre de l’Intérieur dès 1906, « premier flic de France », il envoie la troupe contre les mineurs en grève, fait arrêter des responsables syndicaux, installe pour finir 60 000 soldats – 60 000 ! – dans Paris, jusque sur les quais du métro naissant, pour mater les prolos révoltés. Il gagne, et sera plus tard président du Conseil en 1917 et décrété « Père la Victoire », installé sur les millions de cadavres de la guerre de 14-18.

Ce que veut Valls aujourd’hui, c’est le même destin. Venu de la gauche – d’une certaine gauche en tout cas -, il veut montrer à la droite qu’il ne cèdera pas à la populace, encore moins quand celle-ci a le visage plein de piercings et vit dans des cabanes au fond des bois. Il veut imposer l’ordre, avec ce si vague fumet social qui l’entoure encore. En somme, il entend incarner l’idée d’une unité nationale, comme Clemenceau l’a fait entre 1917 et 1920. Je gage qu’il parie sur une aggravation de la situation telle qu’il pourrait jouer sa carte en 2022, ou peut-être avant. Son calendrier n’est pas celui de Hollande, car un peu plus jeune, il sait devoir sauter la case 2017. En attendant, il lui faut, pour avancer sur le chemin de son grand remake, du sang et des larmes.

En aura-t-il ? Je ne suis pas devin, et Hollande n’a pas envie d’entrer dans le souvenir national sous le nom de « Boucher de l’aéroport ». Le jeu reste ouvert, et au moment où j’écris, je pense que le pouvoir préférera tergiverser et gagner du temps plutôt que de chasser les zadistes par la violence. Mais si cela devait se produire, regardez de près le comportement de Valls. Lui, il sait ce qu’il veut. Et ce qu’il veut, c’est que ça cogne.

Mais j’oubliais le Loup

Eh oui, absurdement, j’ai oublié de compter notre Loup parmi les grands combats de cette année 2015. Un combat très difficile, qui ne trouvera guère d’alliés sur la route. Mais que vous dire ? Cette grande bataille est belle, somptueuse même, et grandira tous ceux qui y participeront du bon côté de la barricade. Car il y a barricade. Et les autres vieilliront, et mourront avec une photo de loup braconné au-dessus de leur lit de subclaquant. Une autre manière de vous dire que défendre la présence de loups en France, 100 ans après leur extermination barbare, c’est être heureux. Et vivant encore.