Archives mensuelles : décembre 2015

Ici Dame Anastasie (sur la censure)

Vers 1870 – la date est contestée -, Anastasie prend la place de Dame Censure et Dame Séraphine. Elle incarne la censure et bien sûr, elle est détestable. Pour autant, toute expression trouve fatalement ses limites, non ? Planète sans visa est un lieu imaginaire créé par moi en 2007. Il est gratuit pour tout lecteur, et me coûte à moi une somme X chaque année. Je ne sais laquelle, car je calcule pas et qu’au fond, je m’en fous. Ce n’est pas ça qui me ruinera.

Néanmoins, je dois ajouter qu’il y a quelqu’un derrière cet écran, et ce quelqu’un, c’est moi. Je me suis assez expliqué, au fil des années, pour espérer qu’une partie des visiteurs savent dans les grandes lignes qui je suis. Qu’on se rassure, je ne vais pas radoter une fois de plus. Simplement ceci : je découvre avec retard et stupéfaction un commentaire que j’ai laissé passer sans le lire réellement. Et si je l’avais lu, je l’aurais censuré sans la moindre hésitation. Il s’agit d’un texte signé Sophie et publié le 11 décembre. Sophie y écrit à propos du Front National : « Au moins ce parti dit des choses justes au sujet de l’immigration massive et de l’islamisation qui en découle ».

Ce point de vue, qui me heurte de plein fouet, n’a pas sa place ici et ne l’aura jamais. Qui pense cela doit trouver un autre lieu pour l’exprimer. Planète sans visa est un tout petit territoire où le racisme, le fascisme, les stalinismes ne peuvent, ne devraient jamais pénétrer. On voit qu’il est bien d’autres espaces pour eux, hélas.

J’ai fait une exception pour Bakoko 34, ce qui a déclenché quelques salves de commentaires opposés les uns aux autres. J’ai estimé qu’il avait le droit à la parole pour une raison simple : il ne fait aucunement la retape pour le FN. Il donne à voir la confusion d’un homme que je crois sincère, et du même coup, nous aide à un peu mieux comprendre la montée de ce parti raciste. P.P, je comprend bien entendu ta colère, mais dis-moi : que faire des millions de gens qui ont voté pour la famille Le Pen ? Il faut apprendre à vivre avec ceux qui ne nous plaisent pas, et j’utilise ici un plaisant euphémisme. Contre ce parti insupportable, tous au combat ! Mais il faut pouvoir parler à ses électeurs car, bis repetita, nous partageons la même société qu’eux, quoi que nous pensions.

J’espère être suffisamment clair : pas un mot ici contre les musulmans ou l’islam. Pas un.

[Ajout du 16décembre : Cette dernière phrase est fort mal écrite et suscite pas mal de commentaires. Au premier d’entre eux (Gérard), j’ai répondu ceci :

« Cher Gérard,

Je me suis mal exprimé, et je prie – façon de parler – tout le monde de m’excuser. On peut et on doit critiquer les religions quelles qu’elles soient. Bien sûr. Mais dans le contexte, je voulais dire : pas question de singulariser l’islam des autres faits religieux. J’ai lu il y a quelques semaines un livre sur les guerres de religion en France, et je le dédie à ceux qui ont oublié les fleuves de sang qu’ont fait couler les Catholiques et, à un degré moindre mais quand même, les Protestants. Bien à toi, ]

Qui entendra jamais le point de vue de Raoni ?

On peut commenter de mille manières le pauvre « Accord historique » conclu à Paris samedi. Celle de Raoni vaut bien les embrassades ridicules et les trémolos de Fabius et tous autres. C’est un extrait du journal Libération :

Raoni «très triste» à la lecture du projet d’accord

Le cacique Raoni, Indien du Brésil âgé de 85 ans venu à Paris défendre la cause des indigènes et de la forêt amazonienne, confie à Libération sa «tristesse» à la lecture du texte de l’accord :

«Une fois encore, c’est beaucoup de négociations pour arriver uniquement à des promesses. Des solutions existent, mais les chefs d’Etat ne veulent pas les entendre. Avec d’autres chefs indigènes de tous les continents, nous avions transmis 17 propositions à Ban Ki-moon, notamment la reconnaissance du crime d' »écocide » par la Cour pénale internationale, et la sanctuarisation de tous les territoires occupés par des populations autochtones autour de la planète, car ils sont le plus à même de protéger les forêts. Aucune de nos propositions n’a été reprise. Je suis très triste de voir que les chefs d’Etat sont restés dans leur bulle.»

Relisez l’interview que Raoni a accordée à Libération avant la présentation du projet d’accord.

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J’ajoute une information venue de Survival – Jean-Patrick Razon, salut ! -, qui montre une réalité fort éloignée de celle des grandes organisations « conservationnistes » comme Conservation International (CI),  Wwf ou Nature Conservancy. Ces dernières plaident le plus souvent pour des réserves naturelles d’où auraient été chassées les hommes, en l’occurrence ces peuples autochtones qui finissent inexorablement dans les bidonvilles. Survival rapporte le cas renversant d’une réserve indienne où la population voisine avec des tigres. Extrait : « Entre 2010 et 2014, le nombre de tigres vivant au sein de la réserve naturelle Biligiri Ranganathittu Tiger (BRT) dans l’État du Karnataka a augmenté, passant de 35 à 68 tigres ». C’est ici : ici.

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Un dernier commentaire. Quand le texte de la COP21 est signé dans l’allégresse samedi passé, personne ne sait clairement ce qu’il contient. Évidemment ! Personne. Tous ceux qui osent s’exprimer sur cet « Accord historique » ne sont donc que des perroquets répétant ce que les services officiels prétendent, au grand profit de Laurent Fabius, de la diplomatie française et bien entendu des transnationales. Je retiens le tweet de Cécile Duflot, qui aura passé sans doute mille fois plus de temps à ferrailler pour son poste qu’à réfléchir aux conséquences du dérèglement climatique : « Formidable ! C’est maintenant que tout commence ! Aux actes ! ».

Heureusement, la Confédération paysanne, Alternatiba et Attac (grâce à l’excellent Maxime Combes) sauvent un peu notre honneur.

 

 

Ce samedi soir de l’accord « historique »

Je le sais, soyez-en certains. On vous a, on nous a servi un bon millier de fois le rapprochement avec les Accords de Munich. Ce ne sera donc qu’une fois de plus. Comme je l’ai écrit constamment depuis des mois, il était certain que la COP21 se finirait sur un texte prodigieux, « historique », jamais vu, etc. Et tel est bien le cas.

Rappel : les 28 et 29 septembre 1938, Daladier, Chamberlain, Mussolini et Hitler se retrouvent en Bavière pour tenter, officiellement du moins, d’éviter la guerre. Les deux premiers sont le président du Conseil français et le Premier ministre britannique. On ne présente pas les deux autres. La crise des Sudètes – cette région du nord-est de la Tchécoslovaquie peuplée d’Allemands « de souche » – menace une paix européenne qui date de vingt ans tout juste et cette conférence quadripartite se propose de trouver une solution.

Hitler ne songe qu’à une chose : envahir les Sudètes, puis croquer la république tchécoslovaque, qu’il déteste avec la violence qu’on lui connaît. Il n’entend faire aucune concession et comme les Français et les Anglais ne veulent à aucun prix d’un affrontement, il emporte le morceau. Les Sudètes iront à l’Allemagne nazie, avant que ne vienne le tour du président tchécoslovaque Edvard Beneš et de son pays.

Dans l’avion du retour, Daladier a peur. Quand approche la piste d’atterrissage du Bourget, voyant la foule qui envahit les pistes, il craint qu’on ne soit venu le lapider pour avoir cédé encore une fois au chef nazi. Mais non, on l’acclame ! N’a-t-il pas sauvé la paix du monde ? La suite montre que non. Et qu’il aurait fallu une tout autre politique pour empêcher Hitler de tuer des dizaines de millions d’êtres humains.

Bon, la leçon est terminée. Que veux-je dire ? Non pas que l’accord signé ce samedi à la COP21 est de même nature que celui conclu à Munich il y a 77 ans. Non pas. Mais en tout cas, que les hommes s’illusionnent volontiers, avec un soulagement qui ressemble fort à de l’obscénité, quand leur peur est si haute qu’elle brouille leur entendement. C’est arrivé maintes fois, cela continuera de se produire.

Est-ce le cas aujourd’hui ? Je le répète, je ne sais pas. Mais en toute sincérité, je le crois. N’est-il pas épouvantable de voir cette armée de journalistes servir sans discontinuer la pauvre propagande imaginée par Laurent Fabius, président de la COP, et ses nombreux services de communicants ? Je tombe par le hasard de Google Actualités sur la prose d’un journaliste du Nouvel Observateur, Arnaud Gonzague (ici). Je vous jure que je n’ai rien contre sa personne. Je ne le connais pas, je ne l’ai jamais vu. Lisons ensemble : « Mais il est incontestable que Laurent Fabius, président de cette COP, dont tout le monde a salué l’implication depuis un an et demi, a remporté son pari. La planète des hommes n’est pas guérie de son addiction mortifère aux énergies carbonées, loin de là. Mais sans jouer les béni oui-oui de service, on peut dire que cette fois, elle s’est mis sérieusement sur le chemin de l’être ».

Gonzague n’est certes pas le plus délirant des optimistes de la place. Il ne manque pas de prendre de petites précautions, car on ne sait jamais. Mais enfin, le tout est simplement délirant. Ce garçon de 36 ans s’occupe à l’Obs des questions d’éducation. Qui a jugé bon de le déplacer soudain pour suivre le déroulement de la COP21 ? Je ne sais et je m’en moque bien, mais c’est pleinement ridicule. Il ne sait rien de la crise climatique, et de la sorte, se trouve être la personne rêvée à qui faire avaler ce que les politiques souhaitent lire et entendre. N’insistons pas. Le triomphe était programmé, il est là.

Moi, qui suis de près les questions climatiques depuis un quart de siècle, ne peux que ricaner – ou pleurer, c’est égal – à l’écoute des réactions imbéciles et si mal informées d’Emmanuelle Cosse, responsable d’Europe Écologie-Les Verts, ou de Pascal Canfin, ci-devant ministre devenu ces derniers jours le directeur-général du WWF-France. Vous chercherez par vous -même et penserez par vous-même. Le sentiment général est celui d’une déroute complète de toute pensée critique. Notez que je ne demande à personne de suivre mon propos, radical et noir, j’en ai conscience. Mais pourquoi diable se vautrer dans des satisfecit sans queue ni tête ?

La crise climatique impose des choix politiques et économiques tels qu’aucune des élites en place, ici au Nord, là-bas au Sud, n’est en mesure de les faire. Cette cour tourbillonnante, autour de Fabius, Hollande et consorts, me fait immanquablement penser à Versailles au début de l’été 1789. Le bal est éblouissant, chacun se trouve beau et plein d’avenir, les manants sont au pied, au chenil, au cachot. On sait la suite. Je sais pour ma part où est mon chemin.

Regardons un peu mieux les chiffres (des élections)

Franchement, quel spectacle dégueulasse ! Je parle bien sûr de ce lendemain d’élections, où l’on aura vu tout ce beau monde politique se vautrer dans des postures et discours qui ne donnent qu’une envie : s’abstenir. Ce que je fais d’ailleurs avec constance.

Toutes les gauches et toutes les droites, y compris ce pauvre parti autoproclamé écologiste – EELV – ont perdu. Toutes ? Toutes. Même le FN ? Même. Je ne vais pas entrer dans un long commentaire, car je n’ai ni le temps ni l’énergie pour cela. Mais je me dois d’écrire quelques mots que vous risquez fort de ne pas trouver ailleurs.

Combien d’électeurs inscrits en France ? Près de 45 millions, auxquels on doit ajouter environ 3 millions de non-inscrits, soit autour de 48 millions de « Français en âge de voter ». Les listes de la bande à Le Pen ont atteint 6 millions de voix, soit 12,5 % de l’ensemble. Ou même 11,5 % – à la louche – si on considère les blancs et les nuls. Autrement exprimé, 88,5 % des Français n’ont pas, je répète, n’ont pas voté pour le FN.

Telle est la base de tout raisonnement non biaisé. Cela ne veut pas dire qu’il ne s’est rien passé. Cela veut dire qu’il est parfaitement possible encore d’isoler les porteurs de haine. À condition d’un courage qu’on ne voit guère. Et qui doit en priorité s’attaquer au chômage de masse, qui détruit le socle depuis quarante ans. S’il est une voie, cohérente avec la prise en compte de la crise écologique, c’est celle-ci : partage de tout le travail socialement disponible. Et donc réduction immédiate du temps moyen de travail. 32 heures, 30, 28, éventuellement moins encore ? Pourquoi non ? On peut formuler la question autrement : mieux-vaut-il mourir que de subir une opération chirurgicale ?

Dans le journal Le Monde

 Comme promis hier, mon texte paru dans Le Monde

Cette funeste conférence climatique ne changera rien

LE MONDE | • Mis à jour le

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Devant la COP21 au Bourget le 1er décembre.

Evidemment, la COP21 sera un naufrage. Evidemment, on la présentera comme un triomphe de la société humaine. Il serait facile de moquer la petite armée planétaire des experts, adeptes enamourés d’une novlangue qu’eux seuls connaissent. Franchement, qui comprend des vocables comme QUELROs, INDC (en français loufoque : « contributions prévues déterminées au niveau national »), CPDN,AIJ ? Tous ces acronymes anglais sont le quotidien de juristes et de diplomates que nul ne connaît et qui n’ont donc aucun compte à rendre aux peuples directement concernés. Au reste, les peuples existent-ils ?

Mais bien sûr, il faut aller plus loin. Qui a créé le cadre de la supposée « négociation sur le changement climatique » ? Un nom s’impose, et c’est celui de Maurice Strong. Pratiquement inconnu en France, cet homme, né en 1929, et qui vient de mourir le 28 novembre, peut se vanter d’une vie hors du commun. Côté pile, il a été le vice-président, le président ou le PDG de firmes transnationales nord-américaines : Dome Petroleum, Caltex (groupe Chevron), Norcen Resources, Petro-Canada, Power Corporation. Au cœur, l’énergie. Au cœur, le pétrole.

Maurice Strong le 25 juillet 1997.

Côté face, Maurice Strong va incarner le tournant planétaire de l’ONU vers ce que l’on n’appelle pas encore le « développement durable ». Tour à tour, il ouvre le premier des Sommets de la Terre de Stockholm, en 1972, puis préside le Programme des Nations unies pour l’environnement, lancé dans la foulée. Tout en étant président de Petro-Canada – de 1976 à 1978 –, puis conseiller du directeur de la Banque mondiale et de Toyota, entre autres.

Evénements majeurs

Il faut insister sur deux événements majeurs. Tout d’abord, le Sommet de la Terre de Rio, en 1992. Maurice Strong, qui en est le grand organisateur officiel, choisit comme adjoint et bras droit un certain Stephan Schmidheiny. Ce dernier est l’héritier d’une dynastie industrielle – Eternit –, qui a fait sa fortune grâce à l’amiante. Le 3 juin 2013, il a été condamné à dix-huit années de prison en tant qu’ancien dirigeant d’Eternit sur décision d’une cour d’appel italienne. Peine à laquelle il échappera pour des motifs de prescription. Que lui reproche-t-on ? La mort par l’amiante de 3 000 ouvriers italiens.

Après le sommet de Rio, Schmidheiny se lance dans une nouvelle opération en créant le Conseil mondial des affaires pour le développement durable. Près de 200 sociétés industrielles en font partie, dont les grands amis du climat que sont Syngenta, BASF, Bayer, DuPont, Total, Shell, Dow. En 2002, il publie le livre Walking the Talk (BK Editions). Parmi soixante-sept autres monographies, l’une est consacrée au delta du Niger, martyr écologique s’il en est, où la Shell aurait selon l’ouvrage « une longue histoire d’assistance aux communautés auprès desquelles elle travaille ».

Deuxième rendez-vous capital : Kyoto, où se réunit en 1997 la troisième Conférence mondiale sur le climat. Maurice Strong, devenu sous-secrétaire général des Nations unies, y prononce le discours inaugural. Une seule conclusion s’impose : le système onusien est entre les mains d’industriels aux mains sales, de ceux qui vantent encore, et toujours, l’usage de combustibles fossiles qui aggravent la situation climatique.

A Kyoto, où se réunit en 1997 la troisième Conférence mondiale sur le climat, Maurice Strong, devenu sous-secrétaire général des Nations unies, y prononce le discours inaugural. Une seule conclusion s’impose : le système onusien est entre les mains d’industriels aux mains sales

Pourquoi s’acharner sur ces deux cas sidérants ? Eh bien, parce qu’ils semblent avoir montré l’exemple. Commençons par Brice Lalonde, l’un des fondateurs du mouvement de l’écologie politique en France. Devenu sur le tard un ferme soutien de la droite libérale, incarnée un temps par Alain Madelin, il aime tant l’entreprise qu’il est devenu il y a quinze ans l’un des cadres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), temple de l’industrie, où il organise à la fin des années 2000 des tables rondes auxquelles se précipitent les grands patrons de la planète.

En 2007, Nicolas Sarkozy, à peine élu, le nomme « ambassadeur chargé des négociations sur le changement climatique ». C’est le retour sur le devant de la scène, et pas seulement nationale. En 2010, Brice Lalonde devient le « coordonnateur exécutif » du deuxième Sommet de la Terre de Rio, qui doit avoir lieu en 2012. La même place que Maurice Strong en 1992.

Brice Lalonde ne dissimule aucunement ses choix politiques et moraux. Interrogé le 17 mars 2014 sur Europe 1, il se déclare en faveur des gaz de schiste, pourtant moyen certain de relancer l’émission de gaz à effet de serre. Avec, au passage, un argument désopilant : « Le gaz de schiste, il est bon aux Etats-Unis, pourquoi est-ce qu’il serait mauvais en France ? »

Absurde appétit de biens matériels

Reste le cas Laurence Tubiana. Inlassable participante des conférences climatiques depuis vingt ans, elle est de gauche. Le 15 mai 2014, elle est nommée « représentante spéciale du gouvernement français » pour la COP21. Le 3 juin, elle devient « ambassadrice chargée des négociations sur le changement climatique ». Comme Brice Lalonde ? Comme Brice Lalonde. Or, elle a tout de même créé puis dirigé l’Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI).

L’IDDRI est un think tank de plus où l’on multiplie colloques, rapports et conférences. Comme celle organisée en octobre 2007 en l’honneur du roi du soja transgénique, le Brésilien Blairo Borges Maggi. On s’étonnera – ou pas – que parmi ses membres fondateurs se trouvent EDF, Entreprises pour l’environnement (EPE), GDF Suez, Lafarge, Saint-Gobain, Veolia Environnement. Et dans EPE, des industriels aussi responsables que ceux de Bayer, BASF, Vinci, Total, Solvay, Thales.

Où veut-on en venir ? D’abord cette précision essentielle en ces temps conspirationnistes : il n’y a évidemment pas complot. Ces faits ne sont pas cachés, même s’ils sont parfois savamment évacués. Il est possible, il est même plausible, que ces personnes aient leur part de sincérité. Mais la question de la responsabilité des transnationales dans le drame biblique en cours ne peut être esquivée. La logique de ces entreprises est de forer, d’extraire, de manufacturer et de vendre. Et ce faisant, d’entretenir comme le feu sous la soupe, le dérèglement climatique.

Il est évident que le cadre de la COP21 interdit toute vérité. Car lutter contre le dérèglement climatique impose de revoir pour de vrai notre absurde appétit de biens matériels. Lesquels sont, jusqu’à plus ample informé, le moteur – véritablement à explosion – de l’industrie et des entreprises prisées par ces quatre personnes. Par une publicité purement et simplement criminelle. Le dérèglement en cours s’explique en bonne partie par la prolifération d’objets inutiles, dont la production et l’élimination menacent de mort les principaux écosystèmes.

Arrêtons de répéter sans jamais agir qu’il faut changer notre façon de vivre et de consommer. L’heure est arrivée de mettre concrètement en cause la voiture individuelle, les écrans plats, les iPhone, le plastique, l’élevage industriel, le numérique et ses déchets électroniques, les innombrables colifichets – jouets, chaussures, cotonnades et vêtements, cafetières, meubles – venus de Chine ou d’ailleurs, les turbines, centrales, avions, TGV, vins, parfums partant dans l’autre sens.

N’est-il pas pleinement absurde de croire qu’on peut avancer en confiant la direction à ceux-là mêmes qui nous ont conduits au gouffre ?

Fabrice Nicolino est journaliste et essayiste, auteur d’Un empoisonnement universel. Comment les produits chimiques ont envahi la planète (Les Liens qui libèrent, 2014) et Lettre à un paysan sur le vaste merdier qu’est devenue l’agriculture (Les Echappés, 124 pages, 13,90 euros).

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