Un nouveau climat pour New York

Cet article a paru dans Charlie-Hebdo le mercredi 13 novembre 2013

Bill de Blasio, nouveau maire de New York, a une chance de rester dans l’Histoire. À condition de s’attaquer pour de vrai au changement climatique, qui menace la ville de submersion. Osera-t-il ?

On va pas radoter, d’autant moins qu’on est tous d’accord. Le nouveau maire de New York, Bill de Blasio, est épatant. Sa femme est lesbienne, son fils a la tronche d’Angela Davis en 1970, sa fille lui envoie des mots d’un amour sincère, et lui-même ressuscite une race qu’on croyait éteinte : celle des politiciens proches du peuple, façon protest song et working class hero.

Pour ceux qui douteraient encore, se rapporter à la déclaration de candidature de Bill, le 27 janvier 2013, depuis sa maison de Park Slope, à Brooklyn. Park Slope, ce serait à peu près Pantin, du moins au moment où les de Blasio s’y sont installés en 1991, après des types comme l’écrivain Paul Auster. Des Blancs, des Blacks, des Latinos, des lettrés, des prolos, des vieux, des gosses. Le 27 janvier, de Blasio annonce sur le pas de sa porte, depuis une petite estrade, qu’il se lance dans la campagne qu’il vient de gagner.

Reste un petit détail : que va-t-il faire ? Comme Obama, il a suscité les espoirs les plus givrés dans une ville géante où les pauvres se jettent et se ramassent à la pelle. Comme Obama, il finira par décevoir, tant la force du business et des transnationales est grande, mais il existe pour lui une toute petite fenêtre de tir : le climat. Oui, le dérèglement climatique.

Le magazine en ligne Grist (grist veut dire le grain prêt à moudre) publie depuis 1999 d’étonnantes histoires et de saisissants commentaires sur la crise écologique planétaire (http://grist.org). Et le 6 novembre, Ben Adler, chroniqueur connu, écrit un article futé sur les défis qui attendent de Blasio, notant par exemple :  « Le changement climatique sera probablement le défi central de son mandat et celui de son successeur également ». L’ouragan Sandy est passé par là.

À la fin octobre 2012, en effet, grosse surprise : une tempête d’origine tropicale dévaste les côtes Est des États-Unis. À New York, qui n’a jamais vu cela, 345 000 habitants sont évacués. Les morts se comptent par dizaines, le bas Manhattan, une partie du Queens, du Bronx et de Staten Island se retrouvent sous les eaux. Le traumatisme est colossal, bientôt redoublé par des prévisions on ne peut plus flippantes : la prochaine tempête pourrait être bien pire encore. Dans la ville, jusque chez le maire milliardaire de l’époque, Bloomberg, le lien avec la dégradation du climat planétaire est aussitôt fait.

Or New York, construit sur des îles face à l’Atlantique, compte environ 840 kilomètres de côtes, et des quartiers entiers sont posés sur des remblais, à quelques mètres du niveau de la mer. Un an après Sandy, qui a abîmé 90 000 immeubles, on envisage des centaines de mesures, coûtant des milliards de dollars, dont quelques ridicules digues censées dompter l’océan en furie. De Blasio tient là un levier formidable, car l’État fédéral est prêt à déverser des sommes colossales pour la reconstruction. Il pourrait profiter des chantiers géants pour à la fois lutter contre la pauvreté et le mal-logement d’une part, et lancer le premier programme convaincant de lutte contre le changement climatique.

Jeffrey Sachs, très connu sur place – il dirige l’Institut de la Terre de l’Université de Columbia – semble y croire au moins un peu. Dans une tribune remarquée, il vient d’écrire que New York est désormais « bien placé pour contribuer à mener le pays et même le monde dans la lutte contre le changement climatique (…) de Blasio a désigné les bonnes priorités : les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique, les bâtiments écologiques, le recyclage et la résilience écologique ».

Le fera-t-il ? C’est une autre histoire, mais s’il veut rester dans la mémoire collective, il y a sûrement intérêt. Dans un entretien à l’hebdo de gauche The Nation, en août dernier, de Blasio a promis un vaste programme de rénovation thermique des logements, susceptible de profiter aux pauvres tout en diminuant massivement les émissions de gaz à effet de serre de la ville. Ajoutant : « Je compte en faire un dossier central de mon administration ». On a déjà entendu ça, oui et l’on attendra donc les actes.

8 réflexions au sujet de « Un nouveau climat pour New York »

  1. Peut-il obtenir un résultat ? Le dérèglement climatique ne dépend pas que de la ville de New York. L’action aura un effet si elle devient exemplaire et sera copiée partout, ce qui est loin d’être fait…
    Peut-être faudrait-il songer à abandonner cette ville (ah, adieu wall street !) et construire New New York.

  2. Ah si les politiques du monde entier pouvaient ouvrir les yeux, ils auraient une bonne occasion de laisser une trace,et de flatter leurs incommensurables égos!!!!!!

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