Ce que je pourrais demander à Hollande

Un mot pour ceux, innombrables, qui ne me connaissent pas. Je considère la crise écologique planétaire, qui est déjà un drame pour les plus pauvres, ceux qu’on ne trouve pas en Europe, je considère cet événement comme le plus important de tous. De si loin, d’ailleurs, que tout le reste me semble parfois dérisoire. Ainsi des élections municipales françaises, qui donnent le spectacle grotesque de pauvres gens se battant pour des confetti, qui disparaîtront demain dans le caniveau.

J’ai déjà dit que je ne vote pratiquement pas, et je n’ai pas, on s’en doute, fait exception cette fois. Pour autant, je ne pousse pas le ridicule jusqu’à demander à un François Hollande de me ressembler si peu que ce soit. Nous sommes définitivement dans des mondes qui s’éloignent l’un de l’autre à grande vitesse, mais je n’hésiterais pourtant pas à voter pour lui ou tout autre – à l’exception des fascistes ou de quiconque se réclamerait du stalinisme – si. Si au moins un Hollande paraissait avoir conscience qu’il faut préparer le petit pays qu’il conduit si mal.

Il suffirait de bien peu de mots. Il suffirait par exemple qu’il évoque le dérèglement climatique. Qu’il dise que ce bouleversement, sans précédent à l’échelle du temps historique, nous oblige à penser autrement, et à agir différemment. Il pourrait garder en ce cas les lilliputiennes références politiques et morales qui sont les siennes, qui me font rire quand je suis d’excellente humeur. Oui, il pourrait être ce benêt social-démocrate d’un temps où n’existe plus la social-démocratie – faute des moyens matériels et des pouvoirs dont elle a pu disposer ailleurs – et je voterais pour lui s’il daignait au moins ne pas rester dans ce consternant déni.

En ce sens, je ne suis certes pas un extrémiste. La situation l’est, pas moi. L’horreur de la politique en cours, du champ politique actuel, toutes tendances confondues, c’est qu’ils empêchent de rassembler les esprits devant les grandes épreuves qui nous attendent. Alors, et sans joie particulière, attendant fébrilement les signes d’un changement culturel, annonciateur du reste, je leur dis à tous : allez vous faire foutre.

45 réflexions au sujet de « Ce que je pourrais demander à Hollande »

  1. François Hollande pourrait dire: « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. », et tout ce qui suit.

  2. Je parie sur moins de 10 ans avant que ça commence sérieusement à se casser la gueule ici. Raréfaction du pétrole, toujours plus difficile à extraire. Totale dépendance au Pétrole. Trop peu d’initiatives d’autonomie vis à vis de cela ou démarches trop superficielles…
    Système économique tout autant branlant…
    Demain, sans pétrole, soit on change, soit on crame tout ce qu’on a sous la main : forêts, gazs et pétroles de schistes etc. On a le choix entre une adolescence rebelle par le dépassement de notre civilisation ou une adolescence violente qui espérons le ne passera pas par le feu d’artifices nucléaire…

  3. Fabrice,

    Si je suis ton raisonnement, ça veut dire que tu aurais voté Chirac ? Il a bien été le type qui a prononcé « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs… »

    Bon, il a dit ça bien trop tard, il n’était plus en fonction, mais il l’a dit tout de même.

  4. Cher François, cher René,

    Vous avez raison, je me suis mal expliqué. J’aurais dû préciser quantité de choses qui ne figurent pas dans mon tout petit texte. Non, je n’aurais pas marché dans les larmoiements d’un Chirac en 2002. Peut-être vous en doutiez-vous ?

    Dans mon esprit – mais cela aurait dû, évidemment, être détaillé -, je pensais à une mobilisation de type churchillien, en 1940. Churchill était de toujours une belle crapule, mais il a su malgré tout indiquer une direction, et insuffler du courage. Le tout dans le cadre d’une pensée déplorable.

    Bon, je n’insiste pas, car vous avez raison. Bonne journée,

    Fabrice Nicolino

  5. Salut Fabrice,

    Je n’en doutais pas, c’est juste que j’ai un fond taquin.

    Mais pour ton billet ci-dessus, il pourrait aussi bien s’intituler « Ce que je pourrais demander à un président de la république », puisque, que ce soit Hollande ou un autre, pour arriver à cette haute fonction, il faut être adoubé par les barons de l’économie et les capitaines d’industrie. Ce qui implique une mise à l’écart consciencieuse du moindre souci écologique.

    C’est quand même hallucinant de voir tout le tintouin qui a été fait il y a quelques jours, à propos de ces dépassements de pics de pollution, avant que ça passe complètement à la trappe pour… passer aux commentaires des résultats des élections ! Mais bon sang, les élections, ça permet justement de remuer les sujets graves, non ?

    Si des fascistes passent, les conséquences sont terribles, mais il y a la résistance, le maquis. Si la crise écologique progresse, il n’y aura plus de maquis, et aucune foule en colère n’y pourra rien.

  6. Bonjour,

    Il pèse combien le gros nours?

    Insuffler du courage dans des narines bouchées, et penser qu’avec de belles paroles rassurantes, celles de nos politiques, paroles qui ne seront pas suivies d’actes justes pour le bien de la planète, relève de la naïveté. Le pacte transatlantique en est une preuve flagrante. Ont ils demandé notre avis?

    Ils se passent de nous, passons nous d’eux! Soyons le changement …. pour le meilleur. Observez bien ce qui est en train de se lever. Ils ont des piliers stratégiques …. ben, merde alors! Nous aussi. Moins ostentatoires, qui oeuvrent dans la discrètion, très culottés, semeurs de nouvelles idées, manières de vivre, monde de partages, ou l’argent, le pouvoir, l’hypocrisie, n’ont pas leurs places. Vous en êtes un, grand Merci. Un don du ciel, grognon. 🙂

    D’ailleurs, je me permet une proposition géniale. Quand vous en aurez fini avec le futur livre sur le chimique, rendez vous chez les personnes qui travaillent, avec grand plaisir, a un futur propre pour tout les petits a venir. Je pense que nous serions tous, très très heureux de sponsoriser vos nouvelles chaussures de marche, et de contribuer a la dissémination positive du prochain bouquin.

    Rien n’est jamais tout noir, ni tout blanc. Le fait d’en savoir de trop, disturbe, remue les tripes, fait souvent peine. Et empêche de voir le beau, pourtant si présent. Cui cui.

    Vous pesez combien?

    Bien a vous,

    PS. Désolée pour la bousculade. Pas de méprise, s’il vous plait, c’est de bon coeur. Affectueusement.

  7. Oui, l’air pollué (qui, selon l’OMS, est à l’origine d’un décès sur 8 dans le monde !) finira bien par atteindre le fin fond du maquis, hélas.

  8. ^^

    Je ne signerais jamais la lettre de licenciement que vous m’adresserez.

    Vous pouvez toujours courir!

    :)))))))

  9. Euh, pardon, Fabrice, mais des pauvres, on en trouve par milliers en Europe, crevant sur les trottoirs dans des cartons… Pour le reste, d’accord, aujourd’hui comme hier et bien moins que demain : élections, piège à cons !

  10. pour la sortie subversive au nom de la communauté de l’être pour l’incendie universel et pour le retour à la vraie vie humaine

  11. A François,

    Jacques Chirac était président de la République quand il a commencé son discours par cette déclaration au sommet de Johannesburg le 2 septembre 2002.

    A Fabrice,

    Je n’en doutais pas non plus, je plaisantais.

  12. Octave Mirbeau :

    “Les moutons vont à l’abattoir. Ils ne se disent rien, eux, et ils n’espèrent rien. Mais du moins ils ne votent pas pour le boucher qui les tuera, et pour le bourgeois qui les mangera. Plus bête que les bêtes, plus moutonnier que les moutons, l’électeur nomme son boucher et choisit son bourgeois. Il a fait des Révolutions pour conquérir ce droit ! “
    La Grève des électeurs », Le Figaro, 28 novembre 1888
    source:
    http://fr.wikisource.org/wiki/La_Grève_des_électeurs

  13. Cher Monsieur,

    Je ne sais pas si vous avez déjà lu l’ouvrage de Jean-Claude Carrière, L’Argent, sa vie, sa mort, mais si vous ne l’avez pas fait, faite le, il est remarquable et d’un accès très facile pour tous les lecteurs. Jean-Claude Carrière est pour moi un très grand monsieur, un philosophe qui s’ignore, un humaniste comme il en existe peu. Je suis sûr que vous serez du même avis que lui. Un compte rendu dans votre blog serait le bien venu.
    Les médias en parlerons, mais sans vraiment en tirer les conclusions nécessaires : fin de partie. Et nos enfants, que vont-ils devenir quand la machine économique va s’arrêter ?
    La victoire du Front national masque la désespérance d’une population qui ne comprend plus rien ; La remontée des écologistes, qui font presque jeu égal avec les premiers marque la prise de conscience d’une minorité de plus en plus nombreuse.
    Je vous souhaite une bonne journée et vous remercie pour votre blog.
    Très cordialement

    Paul-Marie Grinevald

  14. L´avis d´un spécialiste (ancien commandant de bord) sur Notre-Dame-des-Landes :
    http://www.altermonde-sans-frontiere.com/spip.php?article25506

    Continuez la lutte sinon cela sera un fiasco comparable à bien d´autres projets directement issus du cloaque mental des dirigeants politiques. Ici, en Allemagne, la nouvelle gare de Stuttgart va coûter 2 milliards de plus que prévu. Et ne sera pas rentable. Le prix des billets de train va augmenter, bien sûr et les citoyens paieront un impôt solidaire de 25 euros par tête de pipe 🙁

  15. “ Microplastiques en Méditerranée : une bombe écologique à retardement ”

    L’expédition MED repart en mer cet été pour prolonger les prélèvements de microplastiques contaminant le bassin méditerranéen. Les dernières campagnes montrent que la quantité retrouvée en mer Ligure est comparable à la « soupe de plastiques » située au Pacifique Nord-Est, alerte Bruno Dumontet.

    http://www.actu-environnement.com/ae/news/bruno-dumontet-expedition-med-microplastiques-dechets-mediterranee-21187.php4#xtor=EPR-1

  16. Auxi,

    Désolé d’être en désaccord, et un désaccord radical, mais c’est le cas. On ne peut décemment comparer les pauvres ici et les pauvres de là-bas. Mais je ne vais pas argumenter à ce sujet. D’abord parce que je n’ai pas le temps (désolé, mais c’est vrai), et qu’il faudrait de nombreux développements. Cette question est pour moi essentielle entre toutes, car elle est au coeur de l’impensé de toutes les gauches occidentales depuis deux siècles et plus.

    Bien à vous,

    Fabrice Nicolino

  17. On peut en effet considérer que le pauvre d’ici a encore des poubelles à fouiller, alors que les pauvres de là-bas n’ont même pas de poubelles à fouiller. Vu comme ça, évidemment…

  18. J’aimerais bien en savoir plus sur « l’impense de toutes les gauches occidentales depuis deux siecles et plus »… Ca me rappelle la critique que faisait Rudolf Steiner a Trotsky vers 1920, que de la meme maniere que la guerre (celle de 14-18, a l’epoque…) avait fracture le monde entre un occident constitue en « bourgeoisie globale politiquement organisee » et le reste du monde reduit a l’etat de « proletariat global », le projet de « dictature du proletariat » ne ferait que durcir et enraciner plus profondement encore les structures sociales existantes. Mais si cela decrit bien le 20ieme siecle, avec « l’occidentalisation » des elites du tiers-monde qui a permis, par cet esclavage mental, de controler les populations de ces pays, c’est de moins en moins vrai. Car entre 1970 et 1980, la methode de domination a progressivement evolue pour controler le monde, non plus par l’intermediaire d’une elite servile, mais par la mise en place « d’ennemis commodes »: les Khmers Rouges, les Talibans, et finalement l’orgie de violence en Irak et en Syrie, qui loin de viser la mise en place de « regimes pro-occidentaux », vise et obtient, d’une certaine maniere exactement le contraire. Ces idees qui ont remplace l’ancienne idee coloniale de domination sur le modele de l’education (relation maitre-eleve) pour devenir plus ouvertement hostile, ont ete rendues celebres par l’article puis le livre de Samuel Huntington. Cela s’est fait en parallele avec le refus d’une partie croissante de la bourgeoisie non-occidentale, envieuse de la liberte et de l’insouciance qui subsiste dans le reste du peuple malgre sa pauvrete, d’accepter l’esclavage contrepartie de la domination sur leur pays. La pauvrete est effectivement au coeur de ce qui se passe, y compris du point de vue ecologique. Le livre de Kempf, « comment les riches detruisent la planete », le montre bien.

  19. Parcequ’il faut rire aussi (on rit dans les drames et on en vit un terrible au sens grec du terme !) merci Fabrice d’avoir trouvé ça, ça me fait vraiment rire… :

    « ce benêt social-démocrate d’un temps où n’existe plus la social-démocratie » !!!

    Pour le reste, tout le reste, encore une fois, j’adhère. Hélas…

  20. Pour avoir vécu à Casablanca pendant quelques années, je crois pouvoir confirmer, ou du moins être d’accord, avec Fabrice au sujet des pauvres.

    Pourtant, dans ma jeunesse brestoise, je croyais en avoir vu, des clochards dans un état déplorable… mais une fois arrivé à Casa… j’ai constaté qu’il existe toujours un « autre niveau ».

    Je crois qu’il y a un autre intervenant dans les commentaires de ce blog qui a vécu en Inde. Ça doit être horrible, là bas, aussi.

  21. Prenons un autre exemple : je trouve absolument délirant, et criminel, de chier dans de l’eau potable. Maintenant, si quelqu’un a le mode d’emploi pour installer des toilettes sèches dans mon HLM, je suis preneur.
    Mélenchon est ce qu’il est, opportuniste sans doute, productiviste hélas, mais s’il a un seul mérite, c’est bien d’avoir accolé enfin les mots socialisme et écologie. On aura beau faire, et être la voix de la raison la plupart du temps, tant que l’écologie ne s’appropriera pas la dimension sociale des problèmes de l’environnement, elle restera dans l’esprit du plus grand nombre comme une lubie de bobo friqué. Déplacer 1,5 tonne de ferraille bruyante et puante pour transporter un seul individu, c’est de la folie pure et simple, mais quand il n’y a RIEN D’AUTRE, on fait comment ?

  22. Il y a un « atlas de la justice environmentale » ici:

    http://ejatlas.org/

    On y voit que l’Inde est la plus grande region du monde avec une forte « densite » de conflits environmentaux. Bien sur l’existence d’un conflit ne reflete pas uniquement l’etat de l’environnement, mais tout autant le niveau de conscience de la population, le niveau des enjeux politiques et economiques, etc. mais la personne a la base du projet est Martinez-Alier et cette carte est surement serieuse.

    On voit donc sur cette carte que l’Inde est le plus grand territoire theatre d’une telle densite de conflits environementaux, d’une part, et on sait que chacun de ces conflits opposent des populations tres pauvres a l’alliance multinationales+gouvernement, d’autre part.

    Les pauvres sont donc le fer de lance de la protection environmentale en Inde. Ou pour le dire autrement: Sans eux, nous serions dans une situation encore bien pire.

  23. Cher Auxi, je suis 100% d’accord,c’est criminel. Par chez vous il y a plein de solutions, du high-tech Suedois au low-tech Americain (liens plus bas) pour installer des toilettes seches dans un appartement. Le seul probleme que vous avez c’est la separation du pipi. Les solutions bon marche, sans intervention sur le gros-oeuvre, sont radicales mais efficaces: on pisse d’abord, et on s’assoit ensuite… Chez nous (la ou j’habite en Inde), s’y ajoute le probleme du lavage des fesses avec de l’eau, et je ne connais pas encore de solution reellement bon marche pour une toilette seche dans un appartement en Inde… Mais n’est-ce pas… chacun sa croix!

    http://agreatleapinthedark.blogspot.in/2012/10/team-kbab-is-happy-to-report-great.html

    http://greywateraction.org/content/about-composting-toilets

  24. Sur les pauvres de tous les pays : celui d’ici, par exemple celui qui faisait la manche hier sur la ligne 2, à qui un autre aussi pauvre que lui avait piqué ses godasses et qui marchait pieds nus, s’en fout pas mal de savoir qu’il y a encore plus pauvre que lui en Inde ou ailleurs. Il a faim, il a froid, il est sale, il dort dehors. Je trouve indécent de mettre des gradations pour parler de la misère ou de la guerre. Et d’autant plus que nous tous ici sommes bien nourris et pourvus de l’essentiel, voire du superflu… La misère est scandaleuse, partout

  25. à Auxi

     » je trouve absolument délirant, et criminel, de chier dans de l’eau potable. Maintenant, si quelqu’un a le mode d’emploi pour installer des toilettes sèches dans mon HLM, je suis preneur. »

    Cela fait un dizaine d’année que j’utilise l’eau de mes douches pour alimenter le réservoir de mes toilettes . A condition d’avoir une baignoire pour la récupérer , c’est très facile . Sans cela , on peut récupérer l’eau du lavage des mains ,de la figure , de la vaisselle , du rinçage des légumes etc …
    C’est encore plus absurde d’utiliser des litres d’eau potable pour évacuer l’urine , sachant qu’un urinoir le fait avec l’équivalent d’une canette de bière . Une campagne de promotion de l’installation d’un urinoir dans son logement permettrait d’économiser cette ressource vitale qu’est l’eau , de diminuer les taxes locales dues à son traitement , et de créer de l’activité économique . Accessoirement aussi d’éviter un motif de querelle dans le couple . C’est que notre engin , mesdames , est facétieux et ne tire pas toujours où on vise .
    On n’est aussi pas obligé de tirer la chasse chaque fois qu’on a uriné …

  26. Azer, votre démarche est surement bonne, mais il me semble qu’elle n’est pas une réponse complète à la question de Auxi.

    I y a une chose qui m’échappe toujours, c’est en quoi réduire la quantité d’eau utilisée serait toujours, partout, écologique. Car de deux choses l’une, soit on pompe les nappes de manière excédentaire et on augmente l’évaporation, ce qui réduit l’eau utilisable par la végétation et transforme progressivement le paysage en désert (cas de régions du Rajasthan en Inde et de nombreuses autres régions en Inde, en Chine et ailleurs), soit on utilise l’eau sans interrompre son flux (cas de l’eau que l’on prend dans la rivière et qui retourne à la rivière, ou que l’on prend au puits et qui retourne à la terre) et il n’y a aucune question de « quantité » qui se pose, mais plutôt de « qualité » : Quel genre d’eau retourne-t-on après l’avoir utilisée ? Car si l’on retourne à la nature de l’eau propre, ce qui est parfaitement possible et d’une multitude de manières selon les régions et les types d’utilisation, alors la quantité utilisée, tant qu’elle est raisonnable, n’est pas vraiment un problème.

    Ce qui me gêne c’est le rapport implicite entre cette question de la « quantité d’eau utilisée » et la réduction de l’eau à l’état de marchandise. Or il est clair à tous points de vue que l’eau ne peut pas être une marchandise, elle est un flux dans lequel nous inscrivons nos activités, de manière plus ou moins sage ou plus ou moins folle. Ce flux est bien connu : Il est dans tous nos livres de sciences naturelles à l’école primaire !

    Un jour Erik Orsenna est venu à Kolkata donner une « conférence sur l’eau » à la Chambre de Commerce et d’Industrie. Il écrivait une série de livres sur « l’histoire des marchandises » comme le fer, le blé, etc. et pour lui l’eau était aussi une marchandise comme le fer ou le blé. Il expliquait doctement que Kolkata ne résoudrait jamais ses problèmes d’eau tant qu’elle resterait gratuite. L’argument est bien connu : Ce qui est gratuit est gaspillé, la gratuité est une subvention qui ne dit pas son nom, donc encourage l’irresponsabilité, le populisme, la corruption, etc.

    Mais l’audience, si elle était séduite par l’érudition d’Erik Orsenna, restait indifférente à son argumentation sur l’eau. C’est que faire payer l’eau en Inde, ne pas la mettre gratuitement à disposition dans les rues, refuser un verre, ou même un seau, aux passants, sur les quais de gare, partout, serait aussi incongru, incompréhensible, que refuser un sourire ou de faire payer pour serrer la main !

    Pourtant, le même raisonnement selon lequel l’eau « gratuite » n’existe pas dans la nature, que la gratuité est une invention politique, une idéologie, qui occulte le fait que l’eau est toujours disponible suite au travail, à la dépense, de quelqu’un, s’applique aussi au serrement de la main : Le temps passé à serrer la main, à répondre à quelqu’un, c’est du temps perdu pour le travail, et donc a un cout qui peut être calculé de manière simple et précise: C’est le revenu de la personne divisé par son temps de travail, multiplié par le temps passé à serrer la main !

    Donc le raisonnement d’Erik Orsenna ne tient pas, en tout cas pas isolément, sans tenir compte d’abord de la nature objective de l’objet. On peut bien faire semblant que l’eau soit une marchandise, elle n’en devient pas une pour autant.

    Contrairement à ce que racontent les diverses compagnies des eaux, « Dieu a créé l’eau, mais heureusement il n’a pas créé les tuyaux d’eaux », ce qu’on paye c’est déjà beaucoup plus de la dépollution que de la distribution… et ca le sera de plus en plus. Donc c’est intéressant car ce qu’on « paye » vraiment ce n’est vraiment pas l’eau mais en fait notre propre pollution… En somme on paye pour avoir le droit de « faire caca dans l’eau », et plus on le fait plus on paye cher. Ce qui indique bien que l’eau n’est pas une marchandise, que le compteur d’eau n’est qu’une manière commode de distribuer les couts, « à défaut de mieux », et que contrairement à ce que croit Erik Orsenna, le compteur d’eau encourage le gaspillage et la corruption (« j’achète mon eau donc j’ai droit à de l’eau potable quelle que soit la merde que je jette dedans par ailleurs ») infiniment plus que son absence, absence qui reflète cette vérité physique, économique et morale, que l’eau n’est pas une marchandise.

  27. Pardon d’avoir été long, et merci à Auxi et Azer pour m’avoir, par votre dialogue, ouvert une piste pour articuler plus clairement mon argument contre celui d’Erik Orsenna… après quelques années!!! Et cela rejoint aussi Lionel: On ne peut décider s’il convient, ou non, de faire payer l’eau ou le serrement de main, ou quoi que ce soit, que si l’on est d’abord capable de distinguer entre ce qui est travail et ce qui ne l’est pas. A chacun de faire sa clarification, dans une société qui tend à tout emmêler…

  28. Je viens de trouver ca:

    http://www.fondation-farm.org/IMG/pdf/Critique_Avenir_Eau_T_Ruf_janv_2009.pdf

    Je l’ai parcouru seulement, (la plupart des cas cites depassent mes connaissances), mais cet article dense depasse de loin son objet declare (la critique du livre sur l’eau d’Orsenna), c’est un petit tresor d’erudition, qui ouvre un nombre incroyable de pistes et articule une philosophie en seulement 19 pages!

    J’y ajouterait encore cette reference:
    Rohan D’Souza: Drown and Dammed, Colonial Capitalism and Flood Control in Eastern India, OUP, New Delhi 2006

    http://www.downtoearth.org.in/node/8663

  29. Laurent Fournier,
    Je ne suis pas tout à fait d’accord avec vous.
    L’eau (ou plutôt le traitement et la distribution d’eau) est devenue un marchandise car on nous en a créé le besoin avec le fait que les eaux sont devenues impropres à la boisson à cause des diverses pollutions qu’elle contient, dont celle dont vous parlez. Et aussi car ce serait insupportable pour beaucoup, avec la modernité de devoir aller chercher au puits.

    Sa valeur est le temps de travail abstrait (dépense de muscle, de cerveau indifférenciée) socialement nécessaire pour la rendre propre, entretenir, et distribuer cette eau.
    C’est ensuite, parce que cette valeur, à travers les échanges des marchandises trouve son expression dans une marchandise particulière : l’argent, qu’elle peut exister en tant que marchandise, puisque le but de la société capitaliste est de créer plus d’argent.

    Une poignée de main ( qui me fait penser à une chanson de Georges Brassens que j’aime beaucoup jouer à la guitare : La Rose, La Bouteille Et La Poignée De Main), même si c’était une tâche hyperspécialisée que d’être serreur de main, sa valeur serait le temps de travail socialement nécessaire pour l’effectuer (deux ou trois secondes à peine) et il y aurait marchandise seulement si ce serrage de main trouvait sa place dans un marché, c’est à dire qu’il y ait un besoin (ou désir) et que les gens veuillent bien l’échanger contre une autre marchandise ou l’acheter avec de l’argent (marchandise équivalent général).

    Or la poignée de main ne trouverait pas acheteur, sauf si c’est celle d’une star pour certains.
    Mon père paierait cher pour pouvoir serrer la main de Johnny par exemple. :o)

  30. Lionel, il me semble qu’on est d’accord. Vous verrez, on trouvera bien un genie qui creera « un marche » meme pour la poignee de main!!!

    Le point qui me parait important c’est que ce que nous payons c’est la depollution, et que ce n’est pas du tout reflete par un compteur d’eau. Ca serait reflete par un « compteur de pollution » si ca existait, mais alors ca mettrait en valeur le fait que dans ce cas nous n’achetons pas une marchandise, mais un service: Nous payons quelqu’un pour nettoyer notre propre pollution.

    On peut toujours mettre les choses a l’envers, faire payer l’eau propre au lieu de faire payer la de-pollution, ca ne change pas la realite physique, qui est quand meme ce qu’on paye a la base, car c’est ca qui demande du travail.

    S’obstiner a refuser de voir ce fait (comme Orsenna) revient a creer un monde, a creer une realite fantastique, dans laquelle ceux qui tirent les ficelles comprennent bien sur ce qui se passe, mais s’arrangent pour qu’ils soient les seuls a en beneficier. En d’autres termes, lutter contre la pollution serait tres mauvais pour les affaires des compagnies d’eau (et de boissons, etc.). Donc cette illusion met en place un monde a l’envers, un monde fou. Mais bon, c’est ce que les ecologistes repetent depuis si longtemps…

    Je ne sais pas si Orsenna est benet ou malveillant, mais son clin d’oeil en direction des pauvres « qui sont prets a payer leur eau purifiee » est carrement insupportable.

  31. Outre le fait que toute modification des installations sanitaires est soumise à l’autorisation de mon bailleur, qui me la refuserait à coup sûr, quand on vit avec une pension d’invalidité de 895 euros par mois, une fortune pour un paysan indien, en effet, TOUT est cher…

  32. Auxi, c’est sur qu’un locataire n’a guere interet a modifier ces choses-la. Mais rien ne vous empeche de ne pas les utiliser, de mettre un urinoir connecte aux plantes de votre balcon, et deux seaux avec de la sciure et de la cendre, a utiliser en alternance tous les 2-3 mois, et a vider dans d’autres bacs a plantes sur le meme balcon. Pas mal d’intendance en vue, effectivement, mais pas cher du tout, et au fond probablement pas plus difficile que d’avoir, comem certains, des ruches sur son balcon ou plusieurs grands chiens dans son appartement, ou plus excentrique encore (et immensement plus cher)… rouler en voiture ancienne!!! (pour la voiture je parle d’experience)

  33. Laurent Fournier,
    Une marchandise peut être un bien ou un service.

    C’est d’ailleurs de plus en plus souvent des services dans les pays occidentaux.
    La dépollution, l’entretien du réseau, la distribution sont des marchandises autant que le bouteilles en plastique d’eau de source.

    En fait, au sens de Marx (et de la critique de la valeur) c’est un bien ou service qui a une double caractéristique : une côté concret ou valeur d’usage et un côté dit abstrait (qui contient le côté abstrait du travail : le temps de travail socialement nécessaire pour produire (bien) ou effectuer(service) cette marchandise en prenant en compte l’ensemble des producteurs et leurs moyens (machines ou non), actualisé par le marché de cette marchandise.
    C’est ce côté abstrait qui prévaut dans notre société, et c’est là que l’on parle de fétichisme de marchandise ou abstraction réelle. Le concret est subordonné à l’abstrait et la valeur d’usage n’est qu’un mal nécessaire devant la création de valeur et sa valorisation (transformée en argent).

    Je ne sais pas si c’est clair :o)

    Ce que vous pointez du doigt est que la marchandise est mal nommée pour masquer la réalité.

  34. « une côté concret ou valeur d’usage et un côté dit abstrait (qui contient… »

    En fait je voulais dire « un côté concret ou valeur d’usage et un côté dit abstrait, la valeur (qui contient…

    Désolé. ,o)

  35. Merci Laurent Fournier, pour cet article jubilatoire qui étrille minutieusement monsieur Orsenna et son livre à deux balles.
    Vous parlez du prix de l’eau.Chez nous, le prix de l’eau est très faible car nous n’avons pas encore les charges du retraitement de l’eau ,en campagne et pas de tout à l’égout.Par contre, le prix de la location du compteur correspond à 80 % du prix de la facture….Les 20% restants sont la consommation et les diverses taxes.Cela m’a toujours intriguée cette histoire de compteur…pourquoi est-ce si cher ? Il doit être amorti depuis 30 ans qu’il est posé !

  36. Lionel, je crois que c’est le contraire: les echanges economiques reposent beaucoup plus sur les services dans les pays du sud que dans ceux du nord. Que les echanges entre sud et nord soient caracterises par des matieres premieres ou des marchandises riches en energie du sud au nord (fer, aluminium, objets en plastique) et des services ou des marchandises plus pauvres en energie du nord au sud (voitures et objets de luxe, armement, logiciels) ne doit pas masquer le fait que les economies du sud sont essentiellement des economies de service, avec une tres faible densite d’energie et de matiere premiere, et une tres faible production de dechets. Peut-etre que je ne devrais pas generaliser, mais c’est ce que j’observe tous les jours en Inde. Les taxi ont un age moyen de 20 ans ou plus (a vue de nez), et ils roulent parfaitement, on ne voit jamais une voiture avec moins de 5 personnes dedans, un gars vient en velo retablir la ligne de telephone ou de courant moins d’une heure apres la tempete, et au moins les deux tiers des employes de bureaux des quartiers d’affaires prennent leur dejeuner dans la rue, dans des echoppes de trottoir ou l’on peut choisir entre une vingtaine de plats differents pour le meme prix que si on avait achete les legumes soi-meme au marche, et je ne connais pas un seul endroit en Inde ou il n’y a pas de transports en commun (a part Auroville ;)… c’est vraiment une economie de service.

    Sinon, je ne suis pas sur que confondre service et marchandise dans une meme categorie, (meme avec l’aval de Marx!) soit tres pertinent dans la pratique.

    Car il me semble bien que « vendre de l’eau » c’est bel et bien presenter un service: de-polluer l’eau sale que nous rejetons, comme une marchandise: fournir de l’eau potable.

    Ce choix biaise n’est pas anodin, il participe a la destruction du monde dont nous souffrons tous.

  37. « Faire publicité des actes mis en oeuvre en notre nom tels qu’un arrêté d’expulsion pour péril imminent (démontrant dans son argumentaire les manquements de la collectivité à quelques obligations légales élémentaires telles qu’installer un point d’eau, mettre en oeuvre le ramassage des ordures, prévenir les risques d’incendie, effectuer la scolarisation des enfants, enregistrer la domiciliation des familles), est un geste fondamental si tant est que nous demeurions en démocratie. A partir du mois d’avril, et sur toute la durée de la mandature à venir, nous mettrons en place un observatoire des politiques municipales à l’endroit des bidonvilles, observatoire qui prendra la forme d’une plateforme Internet située à cette adresse précise. Afin de cartographier les mauvaises pratiques, condamnables au plus au point ; afin également de cartographier les bonnes pratiques, celles qui contribuent à ce que les familles établies dans les bidonvilles de France ne demeurent pas dans des conditions les pires qui soient, et qui permettent qu’un véritable travail de construction d’un autre avenir s’entreprenne. »
    .http://www.perou-paris.org/Ressources.html

    parce que l’eau, la terre sont des biens communs; et résider quelque part dignement un droit.

  38. A propose de « chier dans l’eau potable », je viens de lire avec surprise que les sauveteurs qui tentent de trouver des survivants apres une coulee de boue qui a emporte un quartier d’habitation aux Etats-Unis, risquent des maladies a cause de la pollution des fosses septique « et divers produits chimiques »:

    http://rt.com/usa/rescuers-face-toxins-washington-mudslide-445/

    Si les images me rappelent celles du Tsunami au Japon, la pollution par les matieres fecales me rappelle le cyclone de Mai 2009 dans les Sundarbans en Inde, qui avait fait provoque une inondation ayant repandu partout le contenu des puits de toilettes. Par ailleurs, je me souviens d’une etude de sante publique qui montrait que les explosions des tours du 11 septembre ont repandu assez de produits chimiques dans l’air pour creer un nombre inconnu de cancers, mais qui se chiffre par centaines voire par milliers.

    Donc notre architecture est tellement pleine de poisons, qu’elle les repand et devient mortelle meme au moment de sa disparition. Sans parler de l’amiante, des anti-termites, et de l’atmosphere interieure des logements dont toutes les etudes montrent qu’elle est plus polluee en moyenne que l’atmosphere exterieure, meme dans les batiments non-climatises!

    Si nous sommes devenus de plus en plus incapables de vivre sans nous environner de poisons, la question qui se pose c’est: Existe-il, peut-il exister une technologie non-polluante?

    Une telle technologie ne peut-etre que « neguentropique » c’est a dire non-mecanique, puisqu’il est de la nature des machines de produire « essentiellent des dechets » (C.K. Raju, N. Georgescu-Roegen).

    Mais alors, qu’en est-il de nos pensees mecaniques (=paresseuses), produisent-elles aussi « essentiellement des dechets »?

    Quel avertissement contre la tentation des « solutions miracles » (photovoltaique, hydrogene, « energie du vide »)… comme fut le nucleaire en son temps!

  39. Laurent Fournier,

    « Car il me semble bien que “vendre de l’eau” c’est bel et bien presenter un service: de-polluer l’eau sale que nous rejetons, comme une marchandise: fournir de l’eau potable. »

    Vous êtes, à mon sens, arrêté sur le côté concret d’une marchandise (un objet ou quelque chose de tangible) alors que non, une marchandise est ce qui est le fruit d’un travail, une dépense d’énergie, de réflexion, en vue de gagner de l’argent.

    Après on va arrêter de tergiverser, mais pour moi, c’est une marchandise à halo fortement positif (on vend de l’eau claire et soi-disant pure dans les tuyaux ou dans sa petite bouteille plastoc) qui cache une autre marchandise, la dépollution de l’eau souillée par les excréments et autres intrants, qui révèle le fait que nous faisons caca dans de l’eau potable !

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