Marina Silva entre les mains d’un criminel

Cet article a été publié par Charlie Hebdo le 17 septembre 2014

Ancienne syndicaliste et ministre, écologiste de choc, la Brésilienne Marina Silva peut gagner la présidentielle d’octobre. Seul menu problème : elle copine de très près avec le criminel Schmidheiny, roi de l’amiante condamné à 18 ans de prison.

Cette histoire a un côté pile et un côté face. Et elle contient une authentique révélation. Mais commençons par la lumière. Le Brésil, puissance ô combien montante, élit en octobre son président de la République, qui sera une présidente. Soit Dilma Roussef, héritière très contestée du vieux chef Lula. Soit peut-être Marina Silva, qui représente le parti socialiste du Brésil depuis la mort accidentelle du candidat prévu, Eduardo Campos.

Marina Silva est un cas stupéfiant. Née dans une famille de gueux – des seringueiros surexploités dans les plantations d’hévéas -, elle n’a été alphabétisée qu’à l’âge de 16 ans, avant de devenir une syndicaliste de choc. Défendant avec ferveur la grande forêt amazonienne et ses habitants, elle a milité pendant des années avec Chico Mendes, écologiste assassiné par des tueurs au service des fazendeiros, les gros propriétaires terriens. Adhérant ensuite au Parti des travailleurs (PT), elle a été ministre de l’Environnement de Lula,  jusqu’à sa démission en 2008.

Elle reprochait alors au pouvoir de favoriser les intérêts des l’agro-industrie, notamment autour de trois questions essentielles : les OGM, les biocarburants et les barrages hydro-électriques géants, qui chassent de leurs terres des milliers d’Indiens d’Amazonie.
Depuis, elle n’a cessé de marquer des points, obtenant à la surprise générale près de 20 % des voix à la présidentielle de 2010. Tous les sondages la donnent pour le moment gagnante en cas de duel au deuxième tour avec Dilma Roussef, contestée de tous côtés. Une victoire de Silva aurait à l’évidence un impact colossal dans toute l’Amérique latine.

Mais le côté face fait flipper. Car dans l’ombre de Marina Silva se profilent de très étranges pousses. On va essayer de résumer, ce qui n’a rien de facile. Un, le milliardaire suisse Stephan Schmidheiny a fait sa grande fortune grâce au groupe Éternit, propriété de sa famille. Éternit, c’est l’amiante, et la mort. En 2013, après un procès historique de plusieurs années, Schmidheiny a été définitivement condamné à 18 ans de prison par le tribunal de Turin. Le cher ange a été jugé coupable de la mort de 3000 prolos italiens exposés à l’amiante dans les usines de grand-papa, papa et fiston.

N’importe qui serait en taule, mais Schmidheiny n’est pas même recherché. Il a refait sa vie en Amérique latine, où il a créé Avina (http://www.avina.net) une fondation « philanthropique » qui « aide » les mouvements sociaux et écologistes dans tout le sous-continent. Ce Janus (au moins) biface a parallèlement créé le World Business Council for Sustainable Development (WBCSD), dont il est aujourd’hui le président honoraire. Or ce WBCSD regroupe les pires transnationales de la planète, dont Monsanto, Bayer, BASF, DuPont, BP, Shell, etc. À quoi sert ce bastringue ? À blanchir, en l’occurrence à verdir – on appelle ça du greenwashing – l’image des grands pollueurs à coup de propagande publicitaire. L’affaire se complique encore, car Schmidheiny a joué un rôle central, auprès de l’ONU, dans l’organisation des fameux sommets de la Terre, dont celui de Rio en 1992. Impossible ? Certain.

Quel rapport avec Marina Silva ? L’ancienne syndicaliste, ainsi que peut le révéler Charlie, est en cheville avec Avina, la fondation de Schmidheiny. Elle a ainsi participé à plusieurs réunions très importantes d’Avina, comme à Durban (Afrique du Sud), le 14 décembre 2011 et en juin 2012. Plus compromettant encore, Marina Silva était la vedette d’une conférence d’Avina à Santiago (Chili) le 14 mai 2014, il y a donc quatre mois, organisée dans le cadre d’une série de rencontres qui ont eu lieu dans toute la région, de Lima à Quito, passant par Bogotá, La Paz, Buenos Aires et Montevideo.

Ce n’est pas fâcheux, c’est désastreux. À ce stade, deux hypothèses. Ou Silva ne sait rien de Schmidheiny, ce qui serait comme un aveu d’ignorance crasse, très inquiétant. Ou elle sait, et croit pouvoir le manœuvrer, ce qui serait d’une naïveté confondante. On n’ose imaginer qu’elle a changé de camp. Schmidheiny, en tout cas, non. C’est un salaud.

7 réflexions au sujet de « Marina Silva entre les mains d’un criminel »

  1. Etranges fréquentations
    Si l’engagement écologiste passé de Marina Silva est largement salué, les actuelles fréquentations de la candidate font jaser. A commencer par le choix de son candidat à la vice-présidence, Beto Albuquerque, vieux routier de la politique, bien connu pour son soutien aux cultures OGM.
    Etrange, également, les liens entretenus par Mme Silva avec la fondation Avina. Créée, financée et présidée par le célèbre patron d’Eternit, Stephan Schmidheiny, Avina a payé une part de la précampagne de la militante écologiste. Rappelons que le multimilliardaire suisse, passé notamment par les conseils d’administration d’UBS, de Nestlé et d’ABB, a été condamné l’an dernier à dix-huit ans de prison dans le procès italien de l’amiante. Réfugié au Costa Rica, il ne s’est pas présenté aux audiences judiciaires. Un procès en cassation est pendant. (Benito Perez, Le Courrier)

    lu sur http://www.e-changer.ch/comundo/fr/?290/Le-gouvernement-de-Dilma-Rousseff-risque-sa-reelection

  2. Qui controle qui? Je ne connais rien des dessous, et meme rien de ces pays, mais entre une politicienne qui est montee par la seule force de son intelligence et de sa volonte a la tete d’un des plus grands pays de la planete et un heritier en cavale qui n’a plus d’autre solution pour continuer a profiter de sa fortune que d’acheter sa survie aupres de pays qui peuvent se permettre de dire merde au systeme judiciaire Italien, je ne parierai pas que c’est Schmidheiny qui controle Silva… Mais oui, l’association n’est pas jolie jolie…

  3. Marina Silva est surtout soutenue par le mouvement évangéliste qui prend de plus en plus d’ampleur au Brésil et qui lui a fait prendre des positions très radicales, par exemple contre le mariage gay. Marina Silva a toujours cherché l’appui des occidentaux, notamment anglo-saxons et son appartenance au mouvement évangéliste l’a bien aidée, comme sa participation insolite au port du drapeau lors des jeux olympiques à Londres… Son combat auprès de Chico Mendes est aussi largement exagéré.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *