La nature regagne ses droits (La Nouvelle-Zélande au Panthéon)

Ceci est un article que j’ai écrit pour Charlie, publié dans le numéro 1288. J’en suis spécialement heureux.

La fin du monde pour les adeptes de la raison courte. En Nouvelle-Zélande, un fleuve considéré comme sacré par les Maoris, vient de se voir accorder des droits réservés aux humains. Probablement le début d’une remise en cause planétaire de la toute-puissance d’Homo sapiens. Demain les animaux ? Demain les arbres ?

 

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C’est la révolution, et c’est pas tous les jours dimanche. Sur décision du Parlement, le fleuve néo-zélandais Whanganui – Te Awa Tupua en langue maori – est désormais une entité vivante, dont les droits sont les mêmes que ceux d’un humain. Deux avocats veilleront sur ses intérêts et pourront les défendre en tant que tels devant les tribunaux.

Le Whanganui et ses rives, jusqu’au Mont Tongariro, sont tenus pour sacrés par les Maoris, premiers habitants connus de l’île. Jacinta Ruru, professeur de droit, Maori elle-même, résume ainsi l’importance de l’affaire : « La manière dont interagissons avec le monde change, d’autant plus avec le changement climatique. Et cette idée de personnalité légale du fleuve place l’environnement à la fois devant, et au centre ».

On trouvera facilement des critiques de cette décision, des ricaneurs et même des indignés. Serait-on plongé dans une horrible régression animiste ? En ce cas, la tendance est lourde, car la Cour suprême de l’état de l’Uttarakhand, au nord de l’Inde, vient elle aussi d’accorder des droits, jusqu’ici réservés aux hommes, à un fleuve sacré, le Gange et à l’un de ses affluents, la Yamuna. De la même manière qu’en Nouvelle-Zélande, les juges ont désigné des responsables légaux, qui pourront défendre le droit à la vie de ces deux cours d’eau, parmi les plus pollués au monde. 500 millions d’Indiens vivent dans le bassin du Gange.

Où va-t-on ? Fort loin à coup sûr, vers un territoire encore inconnu. Verra-t-on naître, parallèlement à ces fracassantes nouveautés, une Déclaration universelle des devoirs de l’homme ? Dans tous les domaines de la vie, la science (re)met en cause ce qu’on croyait acquis pour l’éternité : l’irréductible singularité du genre humain. Et c’est particulièrement vrai en éthologie, qui démontre chaque jour un peu plus à quel point les animaux nous ressemblent.

Un Pascal Picq, paléoanthropologue réputé, s’interroge depuis plus de vingt ans sur ce que serait le « propre de l’homme », n’hésitant pas, depuis cette époque, à envisager d’accorder des droits humains aux grands singes, présentés comme des frères. Plus près de nous, l’éthologue néerlandais Frans de Waal se pose les mêmes questions, et y répond avec plus d’audace encore. Dans son dernier livre en Français, Sommes-nous trop « bêtes » pour comprendre l’intelligence des animaux ? (Les liens qui libèrent, 2016), il constate la consternante pauvreté du regard que nous portons sur les bêtes.

Ce qui saute aux yeux de grands savants comme Waal, c’est que ces dernières sont intelligentes. L’animal est capable d’utiliser des outils, d’apprendre le langage des signes, de lire des symboles, de distinguer les couleurs et les matières. Mieux encore, il éprouve des sentiments qu’on pensait exclusivement humains, comme l’empathie, et peut mobiliser parfois une mémoire plus puissante que celle du mieux doté des hommes. On ne parle pas là de tous les animaux, évidemment. Mais ces merveilles ne sont pas réservées aux seuls Chimpanzés ou Bonobos. Même si ces derniers ont démontré de prodigieuses capacités à pacifier les relations entre individus par le sexe.

Ainsi, la pie se reconnaît dans un miroir. Le poulpe déplace des coquilles de noix de coco pour se cacher au-dedans. Le crocodile assemble des branchages pour mieux piéger des proies. Le corbeau utilise une branchette pour s’emparer de chenilles coincées dans l’écorce d’un arbre.

Et justement, l’arbre. De nouvelles connaissances sont en train de bouleverser une relation qu’on croyait immobile entre eux et nous. Le livre du forestier Peter Wohleben, La vie secrète des arbres (publié en France par Les Arènes), fait un tabac en Allemagne, où il se rapproche du million d’exemplaires vendus. Et il est d’ores et déjà traduit en 32 langues. Or que nous raconte-t-il, sur la base d’études scientifiques concordantes ? Que les arbres parlent, à leur manière bien sûr. Qu’ils ont des échanges chimiques avec ceux qui les entourent. Qu’ils souffrent, qu’ils se soignent et se chérissent. Qu’ils préfèrent une vie familiale à l’horrible solitude que leurs imposent les forestiers productivistes. Mais avant tout, ils sont lents. Et comme nous vouons un culte imbécile et suicidaire à la vitesse, comment pourrions-nous comprendre leur être ? Demain, des droits pour les arbres et les forêts ?

Mais revenons-en aux rivières. Les Grecs anciens, qui n’étaient pas nécessairement plus cons que nous, avaient fait des fleuves et des rivières des dieux, les Potamoi. Hésiode, dans sa Théogonie d’il y a 2700 ans, en dénombre 3 000, enfantés par Téthys et Océan, dont le Strymôn, le Méandre et l’Istros. Peut-être est-ce la bonne direction. Car si l’on considère comme sacrée une rivière, il devient criminel d’y jeter sa merde. La solution est là, sous nos yeux : il ne s’agit plus de dépolluer, mais de ne plus jamais polluer. Ce qui obligerait à penser des process industriels, commerciaux, domestiques nouveaux, dont les principes de base interdiraient tout rejet toxique dans un cours d’eau. Mais que diraient Veolia et Suez ? Et leurs si nombreux amis de la politique ?

33 réflexions au sujet de « La nature regagne ses droits (La Nouvelle-Zélande au Panthéon) »

  1. Merci de nous faire partager ce bel article! En effet, les consequences d’une telle decision sont tres larges, on ne les devine probablement pas encore toutes. Il serait interessant de voir comment les chretiens voient la chose, surtout par rapport au dernier paragraphe. Cette reconciliation avec une vision du monde plus ancienne serait extremement fertile. Sinon uste un detail: En Inde la cour supreme (equivalent du conseil constitutionnel) est a Delhi. Cette decision a ete prise par la Haute Cour de l’Uttarakhand. Sa constitutionalite peut etre remise en cause au niveau de la cour supreme, mais c’est peu probable, surtout avec le precedent de Nouvelle Zelande.

    1. Bonjour Laurent,
      J’ignore la position « des chrétiens » à ce sujet. Le pape a repris le prénom de François d’Assise, mais aussi le titre de son cantique des créatures pour son encyclique Laudato Si. Dans ce cantique, François d’Assise parle de « sœur Eau ».

      Une sœur, est-ce une personne ?

  2. Ah ! Frans de Wahl, Peter Wohlleben, mes livres de chevet, avec bien d´autres encore. J´espère pour les lecteurs non germanophones que le deuxième ouvrage de Peter Wohlleben sur les émotions des animaux sera un jour traduit en français.

    Je souhaite aussi ardemment que notre espèce change peu à peu le regard qu´elle porte sur tout ce qui peuple la planète, sur ce qui en fait la richesse et l´infinie beauté.
    Ignorons les « ricaneurs », les sceptiques méprisants, ceux qui vous disent « vous feriez mieux de vous occuper de la misère humaine », ils ont tort sur toute la ligne. Mais ils sont malheureusement encore la majorité, et c´est bien ce qui me désespère.
    J´en ai eu un exemple il y a quelques jours quand je circulais à bicyclette sur une petite route de forêt. Au beau milieu du macadam, un orvet se réchauffait le métabolisme dans une flaque de soleil. Les automobilistes se moquent des orvets et de toutes les créatures vivantes qui ont le malheur de croiser leur chemin. Ils foncent, ils écrasent. Je me suis arrêtée, et avec d´infinies précautions j´ai ramassé la bestiole, qui se tortillait vigoureusement, avec des feuilles pour la mettre bien à l´écart, assez loin de la route, mais au soleil aussi. Je me suis fait incendier pas les conducteurs que j´ai ainsi bloqués, pendant trois ou quatre minutes, pas plus! Mais trois ou quatre minutes d´un humain pressé et aveuglé par son quotidien trépidant et factice comptent plus que celles d´un orvet.
    Un grand merci à vous, Fabrice, pour cet article. Je vous prend électroniquement bien fort dans les bras et vous souhaite, ainsi qu´à tous, une belle semaine 🙂

    1. Et pourtant votre voiture tue maints insectes qui restent collés sur vos pneus et votre pare-brise…

      Etes vous signataire de la pétition contre la dératisation à Paris ?

      Cordialement

      Rémy FONTIER

        1. J’en ai une

          Bon pour vous d’accord seulement sur vos pneus.

          Ca en fait tout de même et j’avoue avoir du mal à m’élever contre les campagnes de dératisation où alors ce sont les humains qui seraient en péril. Sans ricaner ni mépriser qui que ce soit je préfère mes enfants aux rats d’égouts.

  3. https://reporterre.net/En-Inde-des-juges-declarent-que-des-glaciers-sont-des-personnes-legales

    « La Haute Cour d’Uttarakhand a déclaré vendredi 31 mars que les glaciers, dont Gangotri et Yamunotri, mais également les rivières, les cours d’eau, les ruisseaux, les lacs, l’air, les prairies, les vallées, les jungles, les zones humides des forêts, les prairies, les sources, ou encore les chutes d’eau, étaient des personnes à part entière, des sujets de droit disposant de la personnalité juridique.  »

    ça avance !!

  4. Cette décision ouvre une voie.
    Nous n’avons pas tous les droits sur le monde. Nous ne sommes pas le centre de tout. D’autres que nous sont dignes d’attention, de respect. C’est un nouvel imaginaire qu’il nous faut habiter. Notre grandeur tiendra à notre retenue, à notre capacité à ne pas faire alors que nos moyens nous offrent le pouvoir de conquérir « la mer, l’espace, le monde du numérique et du virtuel », pour reprendre la phraséologie de la France insoumise. Et quand nous aurons pillé les réserves d’hydrocarbures et les ressources minières de la mer, quand nous aurons pollué l’espace et dévasté le monde grâce au gigantesque accélérateur de nuisances qu’est le numérique ?
    C’est notre vision prométhéenne qu’il nous faut reconsidérer, l’extension indéfinie de nos droits. Pouvoir et ne pas faire, cette idée rejoint l’éthique de la non-puissance formulée par Jacques Ellul.
    Même la notion de « biens communs de l’humanité » est à repenser. Chaque jour, dans le jardin où je vis, je mesure à quel point je ne possède rien. Nous sommes des multitudes à partager cet espace, et les titres de propriété dont notre espèce peut se prévaloir ne nous donnent aucun droit moral à empoisonner, à torturer ou à broyer des vies qui ne nous appartiennent pas. Ces titres ne mesurent pas notre richesse. Les biens communs ne sont pas ceux de l’humanité mais ceux du vivant tout entier.
    Cette décision montre le chemin qu’il nous reste à parcourir. Il est d’autant plus long que le temps nous est compté. Mais pour ma part, je n’en vois pas d’autre.
    « Le temps infini qu’il lui faut pour accepter de se reconnaître, espèce parmi les espèces, c’est-à-dire accepter son décentrement. » Camille de Toledo, L’inquiétude d’être au monde.

  5. finalement la personnalité morale légale d’entreprises comme Total, Exon, Syngenta, Monsanto, ne soulève pas d’objection alors que leurs  » tenants » en voient certainement à la reconnaissance de la personnalité légale des éléments patrimoniaux naturels;
    j’espère que les juristes se pencheront sur l’impossibilité de breveter les gènes natifs, présents spontanément dans la nature et qui sont le bien commun de l’humanité;
    je suis en train de lire  » ce qui compte vraiment »
    pas d’agriculture saine sans semences saines
    c’est à dire pas sélectionnées pour résister à des « cides » de tous ordres avec un protocole standardisé de culture quel que soit l’hémisphère et le continent
    mais oui, patiemment sélectionnées par l’agronome local (= paysan)
    pour être productives et goûteuses car adaptées au terroir , au climat local et à l’usage local fait de la récolte …
    n’oublions pas que les graines contiennent des bactéries qui lors de la germination vont proliférer dans le sol et être symbiotiques de la plante pour l’aider notamment à se « nourrir » ainsi que des micro-champignons essentiels pour les jeunes racines , l’agrochimie qui enrobe les semences de produits phyto systémiques puissants ignore tout ce microcosme qui fait le vie d’une motte de terre, « détails » invisibles sur lesquels repose toute la chaîne alimentaire…
    j’aime beaucoup la comparaison faite par je ne sais plus quel scientifique : » il y a autant d’êtres vivants dans une cuillérée à soupe de sol forestier que d’êtres humains sur Terre »
    merci pour cet article et pour tous les autres aussi d’ailleurs!

  6. J’ai toujours senti (j’ignore pourquoi) puis pensé que les peuples « racines » détiennent une bonne part des clés ouvrant les pistes pour sortir des catastrophes en cours…
    Déjà parce qu’ils sont des humains le plus souvent « accordées aux écosystèmes » comme disait le fameux Terrasson. Ensuite, parce qu’ils détiennent en eux des part d’humanité que nous avons enfouis en nous. D’où mon intérêt pour le travail de certains anthropologues : exhumer ce qui en nous, nous raccorde à la nature ! Ceci parle de nos racines en tant qu’hommes.
    D’où mon goût pour le terme « radical » et ma grande colère quand certains détournent ce mots pour qualifier d’abjectes terroristes, même en herbe !
    Pour info, la révolution tellurique que Descola a réveillé en écrivant « Par delà nature et culture », rendant obsolètes d’un seul coup, Durkheim et même Levi Strauss (!) auquel le clivage (dépassé ?) nature/culture était si important, tout ceci prend sa source chez les peuples amazoniens !
    Non que nous ayons à les singer à grand frais de tropicalisme et d’exotisme de pacotille, non, ils nous montrent simplement qu’au fond de nous, il y a les ressources pour se raccorder aux écosystèmes.
    Pensez : nous sommes les seuls (nous = la société industrielle d’origine occidentale) a avoir instauré une telle coupure homme/nature… au point que nous sommes les seuls à avoir eu besoin de nommer le monde « nature » ! Les seuls. Nous sommes très nombreux quantitativement, mais les seuls parmi des milliers de peuples qualitativement à vivre avec une telle coupure nature/culture.

  7. L’éthique de nos sociétés est en train de passer du social à l’écologique (sans renier le social !). Les évolutions commencent à se voir transcrites dans le marbre du droit… d’abord dans les sociétés les plus habiles, les plus courageuses, les plus lucides… celles où on envoie nos services secrets couler un navire qui luttait contre des essais atomiques, sans hésiter à tuer en même temps (nous garderons toujours la mémoire de Fernando Pereira, le photographe qui laissa sa vie dans la barbouserie de notre Etat français s’attaquant aveuglément au Rainbow Warrior…).
    Ce basculement progressif et inéluctable de l’éthique est une bonne chose, même si ce ne sera pas un long fleuve tranquille… 😉
    Est-ce que vous le sentez comme cela aussi ?
    Nous avons une Histoire à écrire (la notre, simplement… mais avec détermination), je le sens très fortement. Il y a une lame de fond qui monte, je sens vraiment sa puissance et je sais que RIEN ne lui résistera.
    Soyons du bon côté de la rive !

  8. Ce qu’ils font de leurs promesses, de leurs programmes… un peu ce qu’ils veulent et le plus souvent, pas grand chose.

    Arrêtons de faire comme si leur programme avait valeur de contrat.

    Quoi qu’il en soit, voilà un article à diffuser, surtout quand on sait à quel point les milieux de la cause animale sont gravement noyautés par le FN et ses sbires …

    http://www.liberation.fr/debats/2017/04/12/le-front-national-n-est-pas-le-meilleur-ami-des-animaux_1562299

  9. Mais savez-vous que les bébés quand ils naissent handicapés n’ont pas d’avocat? Pourtant ils ont bel et bien été handicapés par leurs parents, peut-être pas volontairement, mais il faut s’en assurer. Combien de femmes boivent et fument, se droguent, ont le sida, un cancer qu’elles vont transmettre comme une infection? Et pourtant le bébé, cette personne, n’a pas demandé à exister, du moins je le pense, et en ce qui me concerne j’en suis certain. Donc serais-je un esclave dans un monde qui dit que l’esclavage est un crime imprescriptible? Oui, j’en suis un, et vous qui lisez également, nous sommes esclaves d’esclaves, et négriers de négriers. Quoi qu’il en soit, faire un enfant est un crime par imprudence. La fabrication d’une existence ne sert que ceux qui existent déjà (esclavage), et quand cette fabrication n’est pas maitrisée ni le chemin que suivra cette existence (c’est toujours le cas), le fabricant est un animal ou un idiot, un négrier et un sadique. Une fois que vous avez fabriqué un être souffrant comment défaites-vous la souffrance ? Procréer est peut-être un acte normal, animal, mais ce n’est pas un acte intelligent, c’est un pouvoir mais pas un droit. L’intelligence n’existe pas. Nous sommes des mécanismes avec de multiples degrés de liberté, les autres animaux n’ont pas tout à fait les mêmes mécanismes ni tout à fait les mêmes degrés de liberté. C’est tout ce qui nous distingue d’eux. Il est temps de voir les autres implications du Darwinisme, elles ne sont pas que religieuses.

    1. Les bebes quand ils naissent handicappes n’ont pas d’avocat. Quand ils naissent pauvres non plus. Quand ils naissent en Afghanistan ou en Syrie non plus. Et quand ils naissent de parents qui partagent leur temps, comme dit Martine, entre leur portable et leur boulot c’est pire: Non seulement ils n’ont pas d’avocat mais ils ont un procureur arrogant et feroce. Et quand les bebes grandissent ca ne s’arrange pas, et toujours pas d’avocat en vue… Etre adolescent ou adulte aujourd’hui en Syrie ou au Yemen ce n’est pas drole. La reponse au Darwinisme elle est chez Simone Weil, chez Emmanuel Levinas, et meme chez notre hote Fabrice Nicolino:l’espoir du debut d’un commencement d’un avocat. Les devoirs de l’homme.

  10. Bravo Fabrice pour cet article et particulièrement pour sa conclusion où on comprend que ça ne va pas être facile d’aller à l’encontre des Véolia, Suez et tous leurs amis en politique….

    Il faudrait qu’il y ait un puissant mouvement de fond, suffisamment fort pour qu’ils ne puissent plus continuer impunément leurs sales affaires empoisonnées et empoisonnantes.

    Et c’est en informant encore et encore que ce sera possible.

  11. @pp absolument sur le même sujet et tout aussi savoureux:
    https://www.franceculture.fr/emissions/paso-doble-le-grand-entretien-de-lactualite-culturelle/alessandro-pignocchi-dans-la
    « Et si le monde et ses dirigeants adoptaient l’animisme des Indiens d’Amazonie ?
    La culture occidentale traditionnelle, quant à elle,
    ne subsisterait plus que dans quelques régions françaises, où un anthropologue jivaro viendrait l’étudier et militer pour sa sauvegarde.
    De ce parti pris, Alessandro Pignocchi fait émerger un monde
    où les valeurs s’inversent… »
    son blog
    http://puntish.blogspot.fr/
    assez de hors-sol en politique comme ailleurs

  12. Je me permets un hors-sujet, Fabrice. Je viens d’écouter l’émission de Fabrice Drouelle, « Affaires sensibles » du 11/04/2017 (rediff du 16 mai 2016) : « le retour du loup : une affaire d’état ». Outre que ce dernier nous fait une émission à charge, ne connait visiblement sur la question pas grand-chose de plus que la presse régionale, et nous sort explicitement ou implicitement tous les poncifs, genre Fédération Ovine (quelle attitude adopter si vous tombez sur … un loup (oui un loup, pas un chien de garde) quand vous randonnez : faites gaffe hein !) ; il a invité …Jean Marc Moriceau.
    Je ne sais pas sur quel registre ce dernier s’est exprimé avec toi, vu que tu en parles dans ton dernier bouquin (très bien ton bouquin d’ailleurs), mais il est d’évidence profondément anthropocentrique. C’est son droit bien sûr, mais il faut tenir compte de ce paramètre quand on écoute son discours. Pour lui, en Europe la nature n’existe plus, c’est un phénomène social et un phantasme d’urbain (pas dit comme ça évidemment, c’est plus implicite). Bien sûr que ça a été modelé, mais qu’il laisse un endroit sans intervention pendant 200 ans, il verra…
    Et aussi son opinion sur le loup est loin d’être neutre : le loup est « un problème » dans tous les pays d’Europe, pas seulement en France. Il reste volontiers vague sur cette notion de « problème ». Qu’il soit mal accepté partout en Europe dans le milieu de l’élevage est un euphémisme, un agriculteur maudira toujours la grêle. Evidemment ça entraîne des polémiques et des mouvements sociaux. Mais il se garde bien de faire la distinction entre les zones de colonisation, et celles occupées de longue date, et aussi de remarquer les pertes abyssales en France par rapport aux autres pays de l’UE, ce qui en fait un cas particulier, contrairement à son opinion. Et aussi regrette le fait que les dégâts doivent être expertisés pour indemnisation, et que c’est loin de couvrir tous les dégâts économiques et financiers. Qu’est-ce qui lui permet de dire cela, à part les déclarations des éleveurs, dont on se demande toujours si c’est du lard ou du cochon ? Quand on voit les pertes en estive, hors prédation, c’est la moindre des choses qu’il y ait vérification, il ne faut pas prendre le contribuable pour un couillon.
    Bref, je me demande si le personnage n’adapte pas son discours en fonction de l’interlocuteur pour, dans certains cas, masquer un certain parti-pris. Comme, en politique, ces attitudes fréquentes de « centristes » auto-proclamés, pour mieux masquer une politique libérale « de droite ». Sa position est finalement assez proche de celle de Ségolène Royal ou de Laurent Garde.

  13. Merci @Marie r : ce que fait Pignocchi est génial et me fait vraiment du bien ! J’avais adoré son passage en revue de la campagne électorale avec les mésanges bleues (page précédente de son blog pour ceux qui ne l’ont pas vu : à ne pas rater, surtout pas !) :
    http://puntish.blogspot.fr/search?updated-max=2017-03-22T04:19:00-07:00&max-results=3
    Je lis bcp sur Descola, etc, alors son délire sur les Jivaros, ça me plait beaucoup !
    A diffuser tout ça, c’est vraiment trop bon !

  14. « Je hais les voyages et les explorateurs » nous disait avec force et courage (!) Claude Levi-Strauss. Il aurait pu ajouter… les cré..n. aussi !
    Je dis « courage » car il en faut dans notre société pour oser s’attaquer à la maladie du voyage qui frappe les occidentaux… trop heureux d’espérer trouver ailleurs le paradis qu’ils détruisent chez eux.

    Je sais, je me fais du mal, mais quoi, regardez ça :

    https://fr.scribd.com/doc/303398890/Le-Monde-De-l-Islande-au-Groenland

    Il vous en coûtera entre 2750 et 7730 euros excursions exclues dont un fameux « survol du glacier » « à basse altitude au dessus des icebergs qui comblent le fjord sur toute sa longueur »… en « avion 5 places » à 400 euros par personne…

    Et des scientifiques comme Jouzel (!!!), des journalistes comme Nouaillas ou Van Kote (facile à comprendre qu’il ait remplacé Hervé Kempf …) seront du voyage. Pincez moi !

    Nom d’un chien mais si les gens ne savent pas quoi faire de leur fric, qu’ils le donnent à des assos qui bossent pour de vrai ! Avec 10 000 euros, on fait fonctionner pendant un an un observatoire associatif des forêts dans un département français, alors donnez au lieu de contribuer à la pollution du Groënland !
    Il y a plus de 300 cabines dans ce type de bateau, avec en moyenne 4000 euros et 2 passagers par cabines, on est à 2 400 000 euros jetés par la fenêtre pour aller se « faire le Groënland »…
    Qu’ils donnent leur fric à des assos qui luttent contre le réchauffement climatique ou à des structures de ce type au Groënland, aidez intelligemment les Inuits avec votre fric au lieu de jouer aux voyageurs du XIXème siècle !
    Cette maladie du voyage des occidentaux me sidère… surtout dans ces conditions « croisière s’amuse »… vite, aller à tout prix voir les derniers glaciers et contribuer à leur disparition avant l’apocalypse…
    Mais quelle est cette société ? Expliquez moi, je ne comprends plus. Jusqu’où le délire consumériste et la schizophrénie vont-ils frapper ?
    Que vont faire ce scientifique et ces journalistes dans cette galère ???
    Mais tout va bien, comme il est indiqué dans le descriptif d’une excursion (sans rire) : « Les inuits sont ravis de recevoir des étrangers. » !
    Au-se-cours !
    Jean Malaurie frappe les de ta foudre et de ta fougue quasi centenaire !
    http://jean-malaurie.com/

    1. Cher P.P., je ne comprends pas comment tu peux accorder du crédit à cette étude. Les cas de terrorisme imputables à une cause environnementale sont tellement rares que je n’en connais pas un seul. Détrompes-moi si tu peux! Ne me parles pas de actes de sabotage des pipelines, des mines, des OGM ou des grands bateaux de pêche, etc. Ce sont des actes de résistance, presque toujours non-violents (ne détruisant que du matériel), qui font barrage à la destruction de l’environnement de communautés bien ciblées, presque toujours accompagnés d’actes de violence soigneusement calibrée (c’est à dire de terrorisme) contre ces populations, des montagnes de Niyamgiri a NDDL en passant par Standing Rock, etc.

      Le terrorisme a toujours fait partie de « l’exploitation des ressources naturelles », il permet de « libérer l’accès aux ressources » et on sait qu’une « ressource » inaccessible n’en est pas une. La « création de valeur » chère aux banques (n’est-ce pas M. Macron) n’est ainsi le plus souvent qu’une destruction de la vie, sous ses aspects naturels et culturels, en fait toujours les deux aspects ensemble.

      Les « ressources » libérées par le terrorisme sont le pétrole en Libye et en Irak, le gaz en Syrie, l’héroïne en Afghanistan. La bombe larguée le 13 avril en Afghanistan qui a rasé le paysage dans un rayon de 3km (imaginez une telle bombe dans une vallée des alpes: combien de hameaux, de maisons anéanties, de familles assassinées?)était une vengeance contre le démantèlement par la population locale d’un laboratoire d’héroïne de la CIA qui ne profitait qu’aux bandes armées. L’Afghanistan, ce pays quadrillé par les drones et les satellites, ou la moindre mobylette se fait repérer, produit 90% de l’héroïne mondiale. La zone de largage de la bombe est bouclée par l’armée d’occupation US, même le gouvernement n’a pas accès aux victimes ni aux témoins.

      Le terrorisme est donc un moyen d’exploitation des ressources, et le contraire est vrai: L’écologie est le meilleur moyen de contrer le terrorisme à court, moyen et long-terme. Une société unie dans la défense de l’environnement n’offre pas de prise au terrorisme.

      Cette étude allemande repose sur un non-dit, qui est l’équivalent dans un langage « écologisant » de la thèse de Bernard Lewis sur l’Islam, « The roots of Muslim Rage » (1990), qui d’ailleurs ne fait qu’élaborer les idées de Sylvestre de Sacy qui déjà en 1806 traduisait du français en arabe les « Bulletins de la grande armée » et le « manifeste » (de Napoléon) « par lequel l’empereur espérait exciter le fanatisme des musulmans contre les Russes orthodoxes » (Henri Dehérain 1936, Edward Saïd 1978)

      http://www.persee.fr/docAsPDF/jds_0021-8103_1936_num_6_1_6196.pdf

      Ce non-dit consiste à suggérer l’existence d’une attitude chez autrui en lui apportant des éléments de justification morale (ou plutôt « moralisatrice » au sens le plus puritain). Ainsi donc il y aurait un terrorisme des pauvres, et pas seulement un terrorisme des riches, car les pauvres seraient moralement justifiés de répondre par le terrorisme à leur spoliation par la destruction par les riches, de leur environnement. Observe la logique:

      1) Les méchantes entreprises occidentales détruisent l’environnement qui permet aux pauvres de survivre;

      2) Les pauvres seraient donc justifiés à se venger par des actes de terrorisme;

      3) Donc les pauvres, victimes de spoliation environnementale, commettent des actes de terrorisme.

      La logique semble correcte, d’autant plus correcte qu’elle camoufle une médisance (accuser autrui de terrorisme) sous un aveu de malfaisance, et est généralement accompagnée de recommandations pour réparer, compenser ou amoindrir cette malfaisance. Le problème est que c’est faux. Le moyen le plus direct de vérifier un fait est quand même de l’observer, pas de raisonner sur ses causes.

      La thèse de Bernard Lewis repose exactement sur le même raisonnement: Les musulmans sont pauvres, superstitieux et analphabètes, ils sont par conséquent exploités par les occidentaux sans scrupules, qui profitent de leur richesse, de leur rationalité et de leur science, et il semble logique que cela rende les musulmans jaloux et agressifs et qu’ils commettent pour se venger, des actes de terrorisme. Le problème est le même qu’avec la version « écologiste » du raisonnement: Les faits indiquent le contraire. Les pays du Moyen-Orient qui pratiquent le terrorisme sont riches (Arabie Saoudite, Quatar, Israël) et leurs services de sécurité sont dans une relation symbiotique (même si inégale) avec les services de sécurité occidentaux.

      Les pays qui ne pratiquent pas le terrorisme (Syrie, Yemen) sont pauvres et sont victimes d’hostilité ouverte ou secrète de la part des pays occidentaux.

      Il y a bien sur des pays qui changent de catégorie, volontairement ou non: L’Irak était au service des occidentaux (et aurait aimé le rester) jusqu’en 1991, l’Iran entre 1953 et 1979…

      Rappelons-nous que les faits sur la base desquels Saddam Hussein a été jugé et pendu publiquement (sur youtube) sont ceux qui ont été accomplis avec la complicité occidentale, les usines de gaz de combat ayant été livrées par le Royaume Uni dans le cadre de leur contribution à l’attaque contre l’Iran.

      D’après tous les experts indépendants (Theodore Postol, Carla de Ponte, etc.) c’est encore exactement la même chose aujourd’hui en Syrie, avec d’autres acteurs locaux.

      Notons aussi que la thèse « écologique » est étroitement liée a celle de « l’écologiste » américain d’extrême-droite Garrett Hardin, elle aussi camouflant sous un habit moralisateur une véritable apologie de la violence: la fameuse « Tragedy of the commons » (1968).

      Les intellectuels d’extrême-droite ne sont malheureusement pas rares, même dans les universités, puisqu’il y en a même qui publient, dans des revues à comité de lecture, des articles défendant la valeur morale du terrorisme, tel Paul Viminitz.

      La thèse (ou la croyance) commune à toutes ces postures intellectuelles est la suivante: La violence est rationnelle. Notons que même René Girard est d’accord. C’est une croyance occidentale. Ce n’est qu’une croyance, on peut lui en opposer d’autres. L’écologie peut être un moyen pour l’occident de dépasser cette croyance en la rationalité de la violence.

      Je suis surpris que Reporterre publie l’info sur l’étude allemande sans aucune mise en contexte, étant donne que Herve Kempf a écrit l’excellent livre « comment les riches détruisent la planète ».

      Une bonne conférence en français de l’historien Daniele Ganser sur les guerres et les ressources:

      https://www.youtube.com/watch?v=URYFfGh-QME

      (Daniele Ganser raconte une anecdote personnelle intéressante: citoyen suisse, pays non membre de l’OTAN, il a non seulement pu compléter sa thèse de doctorat sur Gladio, et la publier, mais il a même obtenu un poste de chercheur dans un institut semi-gouvernemental à 10,000 euros par mois, emploi qu’il a été contraint de quitter lorsqu’il a commencé a travailler sur le 11 septembre. Chaque pays a ses limites, et les banques suisses les leurs…

  15. Je m’efforce de visionner le cirque télévisuel des 11 candidats (chacun ses vices) et je suis atterré, effrayé, affolé, ulcéré, halluciné et in fine, profondément en colère et écoeuré… de constater qu’en effet, à 3 jours du premier tour, AUCUN ne prend la double catastrophe écologique actuelle au sérieux. Pour chacun, ceci n’est au mieux qu’un élément de plus dans leur programme, au mieux ! Pour la plupart de ces pauvres types dont deux femmes irresponsables, RIEN !
    Léger bémol pour Mélenchon mais si peu d’écologie pour tant du reste…
    Bémol aussi pour Poutou et ses saines colères mais toujours si peu d’écologie…
    Par contre, quand je vois Lassalle (le fossoyeur de l’ours des Pyrénées avec l’IPHB) et son niveau de délire, je me dis que finalement, il vaut mieux qu’il reste à Paris plutôt que de trainer dans nos belles Pyrénées… presque de la pitié pour Lassalle.

    On sort de 12 000 ans de relative stabilité climatique (qui ont vu naitre rien de moins que l’agriculture néolithique, et TOUTES les civilisations, cf « Ce qui compte vraiment » de M. Nicolino 😉 on est en train de jouer le rôle de la météorite qui éteint les dinosaures il y a 65 millions d’années croyant comme des benêts d’une stupidité sans fond que l’on peut vivre sans la nature et ses équilibres… et on ne nous parle que de ce dont on parle depuis un siècle : de l’école, du chômage, de laïcité, de fermer ou pas les fontières, de problèmes franco-français, de sortir ou de rester dans l’Europe (comme si on allait régler nos problèmes entre cocardiers…), des migrants (avec propos et programmes indignes à ce sujet), de l’identité française, de rembourser ou pas les appareils dentaires ou les lunettes, de l’armée, d’augmenter ou de baisser la TVA, le temps de travail, le nombre de fonctionnaires… quand ce n’est pas explorer Mars (!) ou emmener les élèves chanter dans des églises (sic!).

    La fusillade sur les Champs Elysées a permis à tous de jouer l’homme d’Etat (sauf Poutou et c’est tout à son honneur ) mais surtout, à certains, de cacher leur indigence et leur immoralité derrière une posture martiale complètement indécente et risible voire abjecte dans la bouche de la « candidate » que vous savez et qui a utilisé tout son temps de conclusion sur cette fusillade, du pain béni offert par des extrémistes violents à d’autres extrémistes. Ca s’auto-alimente bien tout ça, un vrai système.

    Et les deux journalistes au garde à vous, pas un mot sur les affaires de Le Pen, Fillon ou Macron… Fillon en profitant pour dire, c’est bien pratique, que ce qui compte, c’est l’avenir, du passé faisons table rase… Ils restent tout puissants par la puissance qu’on leur donne : Le Pen n’a-t-elle pas obtenu de TF1 qu’ils ôtent le drapeau européen d’un précédent plateau ? Et Fillon n’a-t-il pas refusé une interview interactive avec Le Monde parce que les journalistes, cette fois, ont refusé de lui passer un caprice qui consistait à … ne surtout pas parler de ses casseroles ! (faits reportés par la presse ces derniers jours).

    Je le dis haut et fort : ces types sont de grands malades !

    Et on va les remettre en piste ? Dimanche, vélo en forêt toute la journée, voilà mon programme ! (je ne pêche pas 😉
    Voter blanc ? Ridicule, ils ont tout fait (et réussi) pour le neutraliser. Lui ne compte pas, l’abstention, elle, est citée toute la journée et demeure connue. Elle représente le taux d’illégitimité de celui qui se croit élu du peuple.

    Au peuple de s’exprimer ensuite, hors des urnes, bien entendu car là, on a du pain sur la planche !
    Pensez aux résistants des années 40 tout ce qu’ils ont eu à faire pour simplement résister à une armée qui pilonnait* (je remet ci-dessous un extrait du blog de Jean Malaurie sur sa résistance et l’idée qu’il s’en faisait….)…
    Car je me répète quitte à radoter, tant pis : nous sommes face un une double catastrophe écologique (climat + extinction massive) dont les conséquences seront infiniment plus graves et plus longues que les conséquences épouvantables des deux guerres mondiales réunies… et nous croyons que nous allons pouvoir agir contre cela et pour une autre civilisation simplement en jetant un bout de papier dans une urne à 15 jours d’intervalle ? La pensée sauvage, j’adhère, mais là, la pensée magique, ça ne suffira pas pour plagier Fabrice…
    Il va falloir changer de braquet… ou bien accepter le chaos qui monte, façon collabos ! Oui, le mot est lâché.
    N’avez vous pas vous aussi « la prescience sauvage » (cf ci-dessous) de cette nécessité qui monte de s’engager davantage ????

    Nous en sommes là ? Pas loin. Même si la comparaison est évidemment impossible et forcément erronée.

    * Sur la résistance de Jean Malaurie :

    « En 1943, préparant alors Normal Sup, il est rattrapé par la guerre ; le décret Sauckel impose aux classes d’âges de 1920, 1921, 1922, le dégradant STO (Service du travail obligatoire de 2 ans ; 660 000 travailleurs obligatoires l’ont accepté pour l’Allemagne nazie et sont partis outre-Rhin).
    Se déclarer vaincu, se soumettre à l’Allemagne nazie, JAMAIS !
    Il prend en main son destin. Le jeune homme de 20 ans, sait ce qu’il doit faire. Il a ce pressentiment, cette certitude qu’il appellera plus tard « la préscience sauvage ».
    Jean Malaurie devient « réfractaire ». Après avoir manqué son départ d’un quart d’heure, avec un Réseau, pour rejoindre les troupes françaises au Maroc en mai 44, il part pour le Vercors avec de faux documents, seul, démuni, activement recherché par la police mais cet instinct primitif le guide. Les temps sont durs, la délation est un vice national et elle est encouragée au point d’être une vertu patriotique au titre de la Relève. L’arrestation est suivie d’une immédiate déportation dans des camps, «plusieurs de mes camarades y sont morts dans des conditions indignes » se souvient-il. »

    Son blog :
    http://jean-malaurie.com

  16. Penser global, agir local : cela restera ma devise et je chercherai encore et toujours des lueurs d’espoir d’où qu’elles proviennent. La nouvelle que ton article relate en fait partie, même si j’ai eu tout d’abord du mal à y croire. Pendant ce temps, la mairie de ma ville, qui s’auto-congratule d’une politique en faveur de la biodiversité urbaine a pratiquement tout détruit du petit paradis des oiseaux, des insectes et des chauves-souris à côté de chez moi. A quand un tribunal qui condamne ces inconscients criminels ? Je suis comme l’état actuel de ce feu petit écosystème : dévastée. Je reste motivée parce que je me dis que si quelques arbres ont pu être préservés, c’est grâce à une petite (mais courageuse) mobilisation locale (quelques riverains et la LPO). Nous allons maintenant essayer de protéger ce qui reste et demander une compensation (quel mot affreux) à ce patrimoine disparu à jamais. Je reste motivée et je te remercie Fabrice de relayer – aussi – les bonnes nouvelles.

  17. @Chaperon Rouge,
    Je fais de même, j´essaye aussi de garder espoir mais parfois il est difficile de ne pas céder au découragement. Ici, ce n´est pas le maire, mais les particuliers qui détruisent systématiquement les nids d´hirondelles, pourtant protégées. Il y en a déjà si peu dans notre région qu´il faudrait au contraire les aider au maximaum à élever leur progéniture. Mais non, « elles font de la saleté », elles salissent les » belles façades » ! Et c´est pourtant si facile d´installer une planche sous le ou les nids. En automne on la nettoie et on la remet pour le printemps suivant.

    Les boues rouges de Gardanne, vous connaissez ?
    https://reporterre.net/Zone-rouge-enquete-sur-un-demi-siecle-d-une-pollution-couverte-par-l-Etat-les

    Intéressants, les quelques mots au sujet d´Alain Bombard et de Cousteau.
    Cousteau et Péchiney ! Pas mal pour quelqu´un qui défendait soi-disant mers et océans.

  18. Quelques lignes hors sujet, après ce premier tour des présidentielles et la grande absente : l’écologie.

    Le grand vainqueur de ces élections porte un nom : l’illusion. Il faut croire qu’elle est tenace. Nous nous y accrochons comme le naufragé se tient à l’ancre de son navire en perdition, et finit par être emporté avec elle dans le fond des abîmes.
    Cette fois, ça va changer, une nouvelle tête à l’Elysée et vous allez voir, en attendant, place au spectacle, divertissement garanti, esclandres et suspenses assurés, le meilleur en boucle, en hologrammes autant de fois qu’il possible.
    On pourrait en rire, d’ailleurs cela arrive, même si c’est un rire qui étrangle, parce que très vite, la catastrophe revient hanter la conscience, parce que ce qui se dit est d’une telle insignifiance face aux enjeux, que la sidération laisse sans voix – et, pour ma part, sans voix à donner à auncun(e) prétendant(e) au pouvoir d’Etat.
    Dans ces débats tronqués, ce qui fait de nous des vivants sur une terre habitable, devient accessoire. La beauté, les êtres sensibles, le miracle qu’est la vie, plus rien n’a vraiment d’importance. Priorité à la relance, à la science et à la technique, aux innovations numériques, à l’industrialisation du monde, à sa marchandisation, à la croissance, à la conquête de nouveaux espaces : le ciel, la mer, la réalité et l’humanité augmentées…
    Surtout, ne jamais parler de limites. Ne pas mettre en question notre mode de vie. Il n’est pas négociable. Mais pas d’inquiétude. Le grand défi écologique sera relevé, grâce à la transition, la planification, peu importe le nom qu’on lui donne. Il sera remporté grâce à ce qui, précisément, détruit le monde : l’imaginaire prométhéen, la fuite en avant technologique, industrielle, consumériste, technocratique…
    A ce stade, ce n’est plus de la contradiction, mais de la schizophrénie. Le déni est en passe de devenir de la forclusion.
    Non seulement, l’impuissance du politique est devenue massive, mais en plus, aux maux qui rongent nos sociétés, il en ajoute un autre : le leurre. Les élections ne sont rien d’autre qu’un jeu de dupes, un troc tacite : notre consentement contre une dose d’illusions.
    En ce sens, le politique ne fait guère que suivre – tout en la précédant aussi, hélas – la grande masse que nous sommes, et qui n’a pas vraiment envie de prendre la mesure du désastre, et encore moins des changements qui nous incombent pour y faire face. Autant déléguer à d’autres le soin de faire – ou plutôt de ne pas faire – à notre place et, quand l’heure du désenchantement aura sonné, les remplacer par de nouveaux illusionnistes. Et comme il faut donner envie d’y croire, le spectacle de cirque nous sera offert, dissimulant bien mal les batailles d’égos, les calculs misérables, les enjeux futiles. Et, s’il le faut, nous faire peur, pour mieux nous faire adhérer et pour faire diversion.
    Pendant ce temps, le saccage en règle peut continuer, les espèces peuvent s’éteindre une à une, les plus pauvres succomber la faim au ventre, le chaos climatique rendre inhabitable des régions entières, l’eau des rivières et de la mer mourir tout comme les terres agricoles.
    Je sens venir la question : Et toi, tu proposes quoi ? Concrètement ? Quelles mesures, quels moyens, quelles échéances ?
    Je n’ai pas de programme, même pas de groupies ni d’hologramme. Je n’ai qu’une modeste intuition. Ce qui nous incombe, c’est de reprendre possession de nos imaginaires, sans calculs, sans attente. La bataille à mener est avant tout celle des idées et de la langue. D’elle seule pourra venir un soulèvement des cœurs et des actes en conscience. Nous avons à conquérir quelque chose de beaucoup plus vaste que l’espace, les océans ou la technologie : l’autonomie de notre pensée, de nos savoirs et de nos vies.

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