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Chimie, pesticides, air, pollutions en tous genres

Et si on (re)commençait ?

Ceci est le troisième versant d’un propos général. On peut le lire sans les deux textes précédents, mais on y perdrait une logique, une cohérence qui s’y trouve bel et bien.

Je commence ce troisième papier consacré à la politique en découvrant un nouveau rapport, plus effarant que bien d’autres encore (ici). Publié par The Lancet, revue scientifique de haut prestige, adossé à un ensemble de 24 institutions mondiales comme l’Organisation météorologique mondiale (OMM), il fait le point chaque année sur les liens prévisibles entre la santé et le dérèglement climatique. On peut toujours faire son Claude Allègre, et penser que ces gens ourdissent un ténébreux complot. On peut, avec plus de raison, considérer qu’ils produisent le meilleur de ce qu’on peut savoir en cette fin d’année 2017. Eh bien, il annonce que jusqu’1 milliard d’humains pourraient migrer d’ici la fin du siècle. Songez un peu à ce que provoque, dans un pays comme la France, la perspective d’un million de réfugiés. Nous parlons de 1000 fois plus, certes répartis. Mais dites-moi, où iraient massivement des réfugiés climatiques venus du nord de l’Afrique ou du Moyen-Orient ? Dans le désert libyque ?

Un glyphosate, trois vérités

J’en reviens à mon propos. Ainsi que j’ai dit dans mon dernier papier, il faut repolitiser la société dans sa réalité. En tenant compte de ce qu’elle est aujourd’hui. Autant que possible, hors des références politiques – je ne dis pas morales, on s’en doute – qui furent celles des deux siècles précédents, qui n’apportent plus que confusion mentale. Alors voilà : je pense qu’il faut s’entendre, et s’entendre par millions, sur un point simplement vital : nous souhaitons tous être protégés au moment où les menaces s’accumulent.

Par quel bout prendre une telle affaire ? Sur quel fil tirer pour tenter de mobiliser vraiment ? Eh bien, je crois après très mûre réflexion, commencée voici des mois, qu’on pourrait choisir tous ensemble le glyphosate, matière active de tant de poisons, dont le Roundup. Je pense que nous pouvons énoncer d’emblée trois vérités. La première est que cette matière active est cancérigène, sans préjuger d’autres qualités aussi éminentes comme la reprotoxicité, voire la perturbation endocrinienne. Or on en trouve la trace dans presque toutes les analyses d’urine qui la recherchent.

La deuxième : les autorités, de quelque ordre que ce soit, de quelque niveau que ce soit, sont incapables de faire le travail élémentaire de tout apprenti gouvernant : protéger les siens, notamment parce qu’est reconnu à l’Etat et à ses innombrables prolongements le monopole de la violence légitime, ainsi que l’a noté avec finesse Max Weber. Il s’agit sans détour d’une rupture frontale du contrat social. La confiance n’est plus, tout le monde est en droit de se méfier de tout. La troisième vérité est que nous sommes des millions à en avoir assez. Oh certes ! pas tous de la même manière. Pas avec les mêmes mots, pas avec les mêmes considérations, pas avec les mêmes explications, mais tous sentant avec une force chaque jour plus évidente que rien ne va plus. Que le danger, pour les gosses, les bébés, les fœtus est omniprésent, accablant.

Ne pas oublier les boulistes du Touquet

Telle peut être la base d’une action collective encore jamais vue où l’on verrait d’innombrables segments de la société se mettre en mouvement ensemble – à peu près -, mais chacun d’entre eux à son rythme, avec ses mots, avec ses silences et ses non-dits, ses réserves et doutes, ses limites. Avant de crier à la douce folie du rêve, laissez-moi m’expliquer. Ce que je propose, c’est trois phrases, et les voici :

« Le glyphosate est un pesticide cancérigène, qu’on trouve partout dans les urines des humains. Nos autorités proches et lointaines acceptent cet empoisonnement, qui est désormais certain. Nous demandons protection, c’est-à-dire l’interdiction immédiate de ce produit chimique dangereux ».

Bien peu de gens, croyez-moi, trouveraient à redire réellement à semblables évidences. Questionnés, certains se sentiraient bien tenus de tergiverser, comme la patronne de la FNSEA Christiane Lambert – et encore ! – ou Jean-Charles Bocquet, l’ancien directeur du lobby des pesticides, l’Union des industries de la protection des plantes (UIPP) ou un quelconque Wauquiez. Soit. Reste qu’il existe comme un fabuleux gisement de millions de gens qui trouveraient cette demande raisonnable et défendable, y compris par eux. Notez bien dès l’avance que ce texte ne s’accompagne d’aucune des fioritures – que je ne conteste pas, on s’en doute – qu’on trouve dans tout texte militant ou seulement critique. Non, nulle mention du criminel Monsanto, de ses complices, de la politique en général et en particulier. Mais cette évidence, oui, que nous demandons protection.

La suite est clairement hypothétique, mais aujourd’hui, je m’en fous bien. J’y crois ? Pardi, j’y crois. Il s’agirait que ce texte soit approprié massivement, sur une longue durée, par tous ceux qui le souhaitent. Qu’il devienne le sésame, le porte-clés, le talisman de milliers de chercheurs de vérité, nous disons. Et qu’il soit diffusé jusque dans le plus petit des lieux possibles de France. Aucun hameau ne doit être oublié, aucune ferme, aucune cage d’escalier, aucun manoir en Dordogne.

Moi, je gage que tout le monde peut se reconnaître. Le club cycliste de Lamballe, les femmes musulmanes d’Aubervilliers, les boulistes du Touquet, l’amicale laïque du Tarn-et-Garonne, les employés de la crèche municipale d’Aubenas, les joueurs de Go de Saint-Sulpice, la Coordination rurale du Pas-de-Calais, les philatélistes du XIVème arrondissement de Paris, les Veuves de guerre, le 3ème RIMA, le NPA, les retraitées actives de Niort, les Petits Chanteurs à la Croix de Bois, Sud-PTT, Laurent Berger, Nicolas Hulot, Jacques Chirac, la fanfare municipale de Blaye, Michel Blanc, les grévistes de la Souterraine et d’ailleurs, les conseils municipaux de 33 400 communes de France, les colombophiles amateurs de Perpignan, le cercle espérantiste de Vannes, les usagers des restos du cœur de Lyon, Marseille, Lorient, Bordeaux, Dax, Limoges, Nancy, Colmar, Dieulefit, l’association des Tamouls de France, les deux foyers sénégalais de Montreuil, l’Assemblée des évêques de France, la CGT, le Grand Rabbinat de Paris et la Grande Mosquée du même lieu, les surfeurs de la côte Atlantique, les teufeurs de partout, les services pédiatriques et d’urgence de la totalité de l’APHP, puis les services de médecine, de gériatrie, de chirurgie, d’orthopédie, de rééducation fonctionnelle, Luc Besson, Jean-François Balmer, Michèle Bernier et ses enfants, Bruno Gaccio et ses enfants, Ali Baddou, Patrick Cohen, j’en oublie des milliers et des milliers et des milliers. Il s’agit d’un programme minimum, d’un socle, de l’affirmation minimaliste que nous sommes une société humaine.

La liberté à la boutonnière

Attention : il ne s’agit pas de porter la bonne parole avec l’autocollant écologiste sur la poitrine, non ! Il s’agirait de mettre en mains, dans les mains de parfaits inconnus, un texte qu’ils auraient toute liberté de diffuser à leur tour, de reproduire, de signaler à d’autres connaissances. Sans le changer jamais. Telle serait la seule condition : ces phrases seraient pour toujours le trait d’union entre des millions d’êtres qui ne se connaissent pas.

Bon, il ne s’agit pas d’une pétition, mais d’une ébullition. A feu doux, qui durera le temps nécessaire, fût-ce sur plusieurs années. Je vous rappelle sans rire qu’il s’agit de refonder la politique et les contrats qu’elle implique, ce qui ne saurait se faire en une saison. Si je ne me trompe et à la condition de bien s’y prendre, ces quelques phrases peuvent – et doivent en tout cas – se répandre lentement, puis de plus en plus rapidement, de plus en plus profondément. Le maître-mot me paraît être celui de liberté. Tout groupe, tout individu qui entend défendre cet oriflamme doit chercher le moyen de s’exprimer aussi haut qu’il sera possible. Le modèle, s’il en existait un, se rapprocherait peut-être de celui si discutable par ailleurs du Téléthon. Des gens de bonne volonté polarisent l’attention par une performance proportionnée à leur force et à leurs savoirs. Pendant que les mots diffusent avant de surgir par dizaines, puis par centaines et milliers des formes d’expression – inventons ! – amplifiant le propos de départ.

Nous parlons là d’un tsunami démocratique, dont je me dois de rappeler qu’il est au départ une ride sur l’océan. Une insurrection démocratique sans chef ni hiérarchie, sans autre but que d’obtenir satisfaction d’une demande en apparence dérisoire ou presque. Dans un premier temps au moins, on ne centralise rien, on n’impose rien, ce qui n’interdit pas de suggérer fortement ce qui pourrait être la règle d’or d’un tel mouvement : on ne négocie pas. ON NÉGOCIE RIEN, NI MAINTENANT NI JAMAIS. Car il n’y a rien à négocier. La situation ainsi créée me ferait penser à la fabuleuse mobilisation du Peuple des dunes, dont j’ai parlé ici il y a près de dix ans (ici). Laissons les puissants mariner dans le chaudron, et maintenons simplement la même exigence répétée sur tous les tons du violon : vous êtes représentants, agissez puisque telle est notre demande. Entrer dans le cycle sans fin des discussions signifierait au passage acceptation de l’inacceptable et adoubement de gens fondamentalement sans honneur.

N’appartiens jamais à personne

Si des millions de personnes, au bout d’un an, de deux, de trois ou plus, reprenaient cette exigence, il faudrait bien, à un moment quelconque de l’aventure, centraliser. Unifier. Réunir les volontés en montrant leur force collective hors du commun. Peut-être, mais sûrement pas au départ, pourrait-on imaginer un engagement pétitionnaire permettant de nous compter. Sans doute, si le virus de la liberté se répandait ainsi que je l’espère, peut-être faudrait-il rendre compte – site, son, images, textes, livre(s) – de ce qui est en train de se passer. Mais que cela soit clair : pour qu’une telle mobilisation ait lieu, la condition sine qua non serait qu’elle n’appartienne à personne. Qu’elle appartienne au peuple lui-même et qu’aucune structure des anciens temps ne puisse s’emparer de la millionième part de sa légitimité.

Y est-on ? Au bout d’un temps long, des millions de personnes sont devenues les copropriétaires d’une exigence de base : ne plus supporter l’empoisonnement par un produit dangereux. C’est alors que tout commence. Car réfléchissons ensemble, je vous en prie. Dans tous les cas, si du moins la mobilisation prend comme je me contente d’espérer, en bien, on peut espérer l’explosion, L’EXPLOSION du système politique actuel, qui ne mérite plus que cela.  Car de deux choses l’une. Ou le gouvernement décide de donner satisfaction aux demandeurs, et il ouvre une crise politique majeure avec l’Europe telle qu’ils l’ont construite, et qui impose des lois gangrénées par les lobbies industriels d’une part; avec sa propre majorité pro-business; avec les transnationales comme Monsanto, Bayer ou ChemChina, à qui il ne refuse jamais rien.

Dites-moi, où est le pouvoir ?

C’est très improbable, mais admettons. Dans ce cas, cela serait donner un souffle d’anthologie à la véritable démocratie. Cela signifierait qu’en s’unissant derrière une demande simple mais apparemment hors de portée, on peut obtenir une victoire. Comme l’esprit humain est fait, ce serait ouvrir une brèche qui ne se refermerait plus. Ce serait la preuve dont nous avons tant besoin pour réclamer plus. Pour réclamer tout ce dont nous n’osons plus rêver. Une société conduite par des besoins humains, hors du cercle de fer de l’économie. Ce serait l’ébauche d’une révolution.

Mais plus certainement, le gouvernement tergiverserait, tournicoterait autour de la demande, en ergotant sans cesse, en nous envoyant des armées de communicants nous expliquer qu’il faut attendre telle réunion, telle décision, tel menu changement institutionnel, qu’il faut respecter le cadre européen si difficilement dessiné, dans la grande tradition de l’enfumage. Pourquoi le ferait-il ? Mais parce qu’il serait coincé entre deux injonctions contradictoires. Celle, tout de même,  de respecter le souhait d’un peuple qui l’a fait – plus ou moins – roi. Et celle de sa nature profonde, qui est de s’incliner devant la puissance de feu de l’industrie et des règles générales de l’économie. Exactement comme le scorpion de la fable qui pique la grenouille qui lui fait passer la rivière sur le dos, et meurt avec elle comme un imbécile. Car c’est dans sa nature.

Seulement, dans ce cas-là, ce serait presque trop beau. Car on assisterait en direct à une leçon de choses politique de très haute volée. On verrait, des millions de citoyens pourraient verraient de leurs yeux que le système de représentation est bloqué, qu’il empêche et interdit de protéger la santé de tous, au profit de quelques-uns. Moi, je gage sans preuve qu’on pourrait alors se lancer dans une immense entreprise de repolitisation de la société, qui lui permettrait de comprendre ce qu’est le pouvoir, comment il circule , comment il est confisqué, et au service de quoi.

Un autre serment du Jeu de paume

Ce serait d’ailleurs la même chose, peu ou prou, si le gouvernement cédait, pour la raison évoquée plus haut que cela permettrait à beaucoup, ayant déjà beaucoup appris chemin faisant, de réclamer bien plus et au-delà. Mon obsession à moi n’a rien de secret : il faut à toute force créer du mouvement. La statique, c’est la mort pour tous, au moins morale, pour cause de crise écologique exacerbée. Le mouvement au contraire, sur fond de réclamation en apparence presque anodine, est la chance donnée d’avancer enfin. De se poser des questions ensemble. D’y répondre ensemble. De créer pas à pas une culture politique neuve qui enverra au cimetière des idées le libéralisme et le capitalisme, les fascismes et les stalinismes, les social-démocraties, les gauches en fait, l’individualisme.

Vous le savez, nous le savons tous : nous n’avons plus beaucoup de temps. Il faut tout faire en une seconde, à peine plus : apprendre une langue et sa grammaire, la parler, trouver des locuteurs, imaginer un nouveau récit plus efficace et vrai que le progressisme qui domine encore, rebâtir le monde et son incroyable beauté. Le nouveau récit, nous le connaissons bien : il appartient à l’homme, aux hommes, de proclamer ses devoirs envers toutes les formes vivantes. En proclamant, comme les ancêtres dans la salle du Jeu de paume, le serment de sauver les conditions de la vie sur Terre.

 

Frédéric Wolff dans le rôle d’une ancienne petiote

Frédéric Wolff ne pouvait pas me faire davantage plaisir. Vous verrez plus bas de quoi il s’agit, mais pour ceux qui n’auraient pas suivi,  un mot. Je n’ai jamais rencontré Frédéric, que je tiens pour un véritable ami pourtant. Comme il écrit constamment bien, et que ses mots rendent simplement heureux, je lui laisse à l’occasion ma place, qui est aussi la sienne. Mais dans le courrier ci-dessous, je crois que la dimension personnelle aura joué un rôle majeur. Frédéric, merci.

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Bonjour Fabrice,
Je viens de lire votre Lettre à la petiote [sur l’abominable histoire de la bouffe industrielle]. Cette industrie de la malbouffe est une abomination de la pire espèce, hélas. On a beau le savoir, il semble qu’on n’en finisse jamais de découvrir un nouveau scandale, une horreur exhumée des pages sombres de l’histoire.

L’énumération pourrait tourner à la litanie et s’avérer désespérante. Ce n’est pas ce qui m’est apparu à la lecture de votre propos, au contraire. Je ne sais rien de plus déprimant que la grande romance positive, jamais très loin du déni. Et surtout, peut-être, la figure d’une « poussinette de juste trois ans », porte en elle des forces inouïes. Au fil des pages, elle est devenue à mes yeux l’incarnation émouvante des êtres faisant leurs premiers pas dans un monde au bord de sombrer. Celles à qui nous laissons le pire, ceux à qui bientôt nous passerons la main nous donnent une raison de plus de ne pas renoncer.

Cette petiote – elle ou un(e) autre –, j’ai imaginé qu’elle vous répondait. Il est toujours délicat de se projeter ainsi, et ce qui va suivre n’a aucune prétention à prophétiser le chemin à la place de l’autre, évidemment. N’y voyez qu’une rêverie toute personnelle écrite un jour d’octobre hésitant entre la tempête et les éclaircies. Si le gris n’emporte pas tout, l’automne promet d’être flamboyant.
Cette réponse, la voici, donc. Avec mon amitié et mes salutations fraternelles à toutes et à tous,
Frédéric

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Fabrice, mon cher Fabrice,
Vingt ans se sont écoulés depuis ta lettre « sur l’abominable histoire de la bouffe industrielle ». Vingt ans, c’est long alors qu’un à un, les écosystèmes s’effondrent à un rythme effrayant. Et c’est bien court à l’échelle des idées et de leur diffusion.

Depuis cet automne de l’année 2017, tout s’est exacerbé. Des régions entières du monde sont devenues inhabitables. Par dizaines de millions, des réfugiés cherchent une terre où vivre, et partout, les frontières se ferment. Les océans deviennent des cimetières. Les guerres se multiplient pour le contrôle des ressources au seuil de l’épuisement. Jamais le monde n’a compté autant d’émeutes de la faim. Quant aux industriels de la malbouffe – pardon pour le pléonasme –, plus que jamais, ils se surpassent.

Traçabilité, transparence, contrôles sanitaires, normes qualité, tout est bon pour étendre leur empire. Ce qui n’est pas labellisé par les multinationales est couvert d’infamie. C’est désormais officiel : « Manger tue », excepté la délicieuse tambouille industrielle auto-certifiée conforme. Plus la ficelle est grosse, plus les dealers tirent dessus. Rien de bien nouveau, tu me diras.

Ce qui l’est, en revanche, c’est la fronde grandissante. Des individus, des collectifs cultivent leurs légumes et leurs céréales, produisent leurs graines, éduquent leurs enfants, désertent la civilisation industrielle, font sécession. Chaque semaine qui passe voit leur nombre augmenter à une telle vitesse qu’on ne peut les compter. Pour beaucoup, l’emblème est la clé à molette, je sais que tu comprendras le sens de ce symbole. Qu’il s’agisse de la construction d’une route, d’un aéroport, d’un barrage, d’un projet minier, d’un parc de loisirs, d’activité ou de recherche techno-scientifique, l’opposition gagne du terrain.

Occupations, réquisitions, blocage du trafic et des communications, neutralisation des grands chantiers nuisibles, des avions, des chalutiers industriels… chaque situation donne lieu à une action pour préserver ce qui reste de terre cultivable et de vie sauvage. Des salariés cessent le travail pour danger grave et imminent à la santé et à nature, des luddites appellent à « briser les machines et à sauver les mots », des opposants de tous bords célèbrent la vie qui vaut mieux que l’emploi, les écrans et la tyrannie technologique.
Les ministres et de grandes Ong en avalent leurs petits-fours de travers, alors que le mouvement gagne en puissance et en légitimité, progresse sans violence, sans modèle d’aucune sorte, mène un travail d’enquête, de dévoilement. L’heure est à reconquérir nos autonomies et nos symbioses à l’échelle de nos territoires.

A l’heure où je t’écris, le ciel commence à prendre les couleurs du levant. J’aime cette heure des commencements, quand tout peut advenir. Une longue journée m’attend. La récolte de pommes s’annonce fameuse, inversement proportionnelle à l’IFT (l’indice de fréquence de traitement par pesticides) réduit à zéro, tu t’en doutes bien. Il reste de la terre à préparer pour accueillir les blés anciens et le seigle de pays. Cette année, nous allons expérimenter une parcelle de céréales binées par traction animale et une autre sans travail du sol simplement recouvert d’un paillage végétal. Si tu voyais cette vie grouiller juste dans une poignée de terre, alors qu’elle avait quasiment disparu !

J’ai encore en mémoire les épis de l’été dernier. Je revois leurs lumières danser dans le ciel, à deux mètres de haut. Des rouges, des blonds, des bruns, certains barbus, d’autres imberbes plus hauts que moi. C’est un éblouissement. Je manque de mots devant tant de beauté. Zéro traitement, zéro raccourcisseurs de paille, zéro tétrachlorure de carbone… Et ce pain, si tu goûtais ce pain, si tu respirais ses arômes. Plusieurs personnes intolérantes au gluten des blés modernes le digèrent parfaitement.

Dire que nous avons failli perdre tout ça, à commencer par ce trésor de diversité que sont les semences paysannes, tu sais, celles que l’on peut ressemer chaque année. Enfin, de plus en plus de maraîchers bios délaissent les hybrides F1 – des « Terminator » qui n’en ont pas le nom – pour les variétés traditionnelles ; des champs accueillent des graines vivantes, ni stables ni homogènes, contrairement à ce qu’imposent le catalogue officiel et sa fameuse DHS (Distinction-Homogénéité-Stabilité). Tu vois, le peuple Karen nous inspire d’une certaine façon, tout comme Nicolaï Vavilov et Vandana Shiva.

Tes livres figurent en bonne place sur l’étagère. Ils côtoient Edward Abbey, Beaudoin de Bodinat, Bernard Charbonneau, Jacques Ellul, Ivan Illich, l’encyclique du Pape François, Pièces et main d’œuvre, Vandana Shiva, Paul Watson…

A quoi tient le « soulèvement des âmes » que tu as si souvent appelé de tes vœux ? A des idées, donc à des mots. A des éveilleurs de conscience. A des rencontres. Est-ce que l’heure est venue ? Je l’espère de toutes mes forces. Nous l’espérons et, plus encore, nous le vivons dans nos cœurs.
Est-ce qu’il y aura des lendemains de fête ? Est-ce que notre cause est perdue ? Je ne sais pas répondre à ces questions. L’avenir le dira. Nous faisons ce que nous avons à faire, c’est tout. Notre chemin est celui des bleuets et des coquelicots, des sources et des arbres sacrés. Notre drapeau n’est d’aucun pays, d’aucun règne, mais de tous à la fois ; nous habitons la même terre, le même ciel. Nul ne peut rien contre une parole juste quand elle est incarnée, parce qu’elle est incarnée, devrais-je écrire. C’est elle que nous cherchons dans la plénitude de chaque jour. Et c’est une source de joie.

J’entends que l’on m’appelle. La journée va commencer. Je t’envoie mes pensées d’affection les plus tendres et toute ma gratitude.

Ta grande petiote

Un bref instant d’autosatisfaction

Amis lecteurs, lecteurs ennemis, si vous fréquentez Planète sans visa, vous aurez constaté mon absence. Sans entrer dans les détails, je n’ai pas une forme olympique, ni olympienne. La faute, pour ceux qui s’en souviennent, aux trois balles reçues dans la peau au matin du 7 janvier 2015. Comme je n’écris pas, il m’arrive de vagabonder dans ma tête, et je viens juste de me souvenir du triclosan.

Histoire de me gonfler un peu d’importance en ce moment pénible, histoire de vous dire que vous ne perdez pas votre temps à venir me visiter, je vous mets ci-dessous trois textes. Le premier a été publié ici même le 6 juin 2013. Il y a quatre ans. J’y attaquais nos autorités à propos d’un poison on ne peut davantage public, le triclosan. Et c’était la toute première fois qu’on demandait des comptes à ce sujet. Vous lirez, et vous me direz.

Le deuxième articulet, paru dans Charlie en juin 2017, sous ma signature bien sûr, signale une étude fracassante sur le sujet. Le troisième, toujours signé par moi, montre que mon alerte de 2013 n’avait que quelques années d’avance. Je vous l’avoue, cela ne fait pas de mal de se féliciter soi-même. Je ne me sens pas encore menacé de sombrer dans la vanité.

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1/ L’article publié ici en juin 2013

Mais que fout donc l’Anses (à propos du triclosan) ?

Il y a un préambule, et ce préambule-là concerne l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). Madonna ! comme ces gens sont inventifs. L’Anses a vu le jour en 2010 sur les ruines de trois agences publiques déconsidérées.

1/ D’abord la plus petite,  l’Agence nationale du médicament vétérinaire (ANMV). Difficile de ne pas être rosse. Cette agence avait bien sûr pour vocation, parmi d’autres tâches, de veiller à l’incroyable gabegie dans l’usage des antibiotiques destinés aux animaux d’élevage. On le sait – on devrait le savoir -, 50 % des antibiotiques produits dans le monde sont destinés à l’élevage industriel. Les antibios servent beaucoup à augmenter « rendements » et « productivité » dans la « fabrication » de bidoches diverses. Les conséquences sont lourdes, au premier rang desquelles l’explosion de l’antibiorésistance. Des bactéries jadis aisément défaites s’adaptent au traitement, mutent, et deviennent parfois redoutablement dangereuses, comme le Staphylocoque doré résistant à la méticilline.

Bilan de l’ANMV dans ce domaine crucial ? Le dernier rapport de cette agence avant son absorption par l’Anses en 2010, est de faillite (ici). Malgré tant d’alertes, dont certaines angoissées, l’exposition des animaux aux antibiotiques a AUGMENTÉ de 12,6 % entre 1999 et 2009. Dans ces conditions, à quoi aura pu servir l’ANMV ? Je vous remercie d’avoir posé la question.

Guy Paillotin pète un câble

2/ Deuxième agence digérée par la création de l’Anses, l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset). Que faire d’autre que rire ? Le lundi 10 octobre 2005, au cours d’un colloque tenu au Sénat, Guy Paillotin se lâche. Cet ancien président de l’Inra est alors à la tête du conseil d’administration de l’Afsse, sur le point de devenir Afsset. Comme on se plaint des conflits d’intérêt, à l’intérieur de l’agence, au sujet du téléphone portable, Paillotin déclare : « L’AFSSE est effectivement un lieu de pouvoir, mais, comme tout lieu de pouvoir, il est creux. Vous indiquez que l’expertise sur la téléphonie mobile n’est pas bonne, ne vous plaît pas. L’expertise de l’AFSSE sur la téléphonie mobile n’a jamais suivi, ni de près, ni de loin, les règles que l’AFSSE s’est fixées à elle-même ; donc c’est une expertise que je considère, en tant que président du conseil d’administration, comme n’existant pas, n’étant pas le fait de l’AFSSE, puisqu’elle ne correspond pas aux textes que le conseil d’administration a lui-même adoptés. Vous allez me dire que c’est terrible. Eh bien, c’est tout le temps comme ça. Le CA fixe des règles, mais n’est pas habilité à les mettre en œuvre […]. Comme partout ailleurs, on s’assoit dessus. »

Hum, qu’en dites-vous ? Un rapport conjoint de l’Inspection générale des Affaires sociales et de l’Inspection générale de l’Environnement, en janvier 2006, confirmera les paroles de Paillotin, insistant sur les conflits d’intérêt flagrants entre agence publique et intérêts industriels. Ajoutons pour le plaisir de la moquerie que l’Afsset était en charge de la surveillance des pesticides en France, mission qu’elle a, cette fois encore, excellemment menée. Une étude de l’Institut national de veille sanitaire (InVS), en mars 2013, a rappelé aux oublieux la réalité. Les Français – cocorico ! – sont plus contaminés par les principaux pesticides que les Allemands, les Canadiens, les Américains.

3/  Troisième agence constitutive de l’Anses, créée je le rappelle en 2010, l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa). Lancée en 1999 sur fond de maladie de la vache folle, l’Afssa a acquis très vite une réputation disons contrastée. Thierry Souccar, qui tient le très intéressant site internet Lanutrition.fr, a violemment secoué l’Afssa dans son livre Santé, Mensonges et propagande, paru au Seuil en 2004. Selon lui, à cette date, 65 % des experts de l’Afssa auraient eu des « liens avec l’industrie ». Et l’agence aurait été d’une noble discrétion sur des questions décisives dans l’orbe alimentaire, comme le sel et le sucre.

Martin Hirsch mange le morceau

Pour le même prix, cette citation d’un interview donné le 9 décembre 2010 à Libération par Martin Hirsch, ancien directeur général de l’Afssa entre 1999 et 2005 : « Quand j’ai quitté l’Afssa en 2005, après avoir été traité par l’industrie agroalimentaire d’« ayatollah de la santé publique » l’équipe d’après a dit aux industriels : « Maintenant, nous redevenons partenaires ». Quand je vois le rapport d’un groupe de travail sur les régimes amaigrissants, je me dis qu’il a moins de force quand il apparaît, dans la déclaration d’intérêt de son président, des rémunérations provenant de quatre grands laboratoires… Et qu’il renvoie à plus tard l’examen des compléments alimentaires, qui constituent un juteux marché ».

Bon, il n’est que temps de passer à l’Anses, chargée donc, comme indiqué au début, de la sécurité sanitaire publique dans le travail, dans l’alimentation, dans l’environnement. Vaste programme, qui entraîne de bien dérangeantes questions. Je précise avant cela que je ne tiens pas l’Anses pour un repaire de crapules décidées à nous faire souffrir les mille morts. J’ai croisé certains de ses membres, y compris des responsables, et en vérité, ils m’ont fait une bonne impression. Non, je n’entends pas juger l’Anses en bloc. Seulement, que penser de l’affaire du triclosan ?

Officiellement, cette question n’existe pas. Je viens de cliquer dans l’onglet Recherche du site de l’Anses (ici), et on ne trouve aucun article consacré au sujet. Il y a 25 documents sur le bisphénol A, aucun sur le triclosan. Or, j’ai lu hier ceci sur le site américain de la télévision CBS : « The Food and Drug Administration is finally going to decide whether antibacterial soap actually works, or if it’s causing more harm than good. Government researchers plan to deliver a review this year on the effectiveness and safety of triclosan, the germ-killing ingredient found in an estimated 75 percent of antibacterial liquid soaps and body washes sold in the United States. The chemical has been in U.S. households for more than 40 years, used for cleaning kitchens, people’s bodies and clothing ».

40 ans à regarder ailleurs

Voici venir la traduction résumée  : l’administration fédérale en charge des aliments et des médicaments – The Food and Drug Administration (FDA) va mener une enquête sur le triclosan, que l’on retrouve dans 75 % des savons liquides et gels de bain vendus aux États-Unis. Ces produits causeraient-ils plus de mal que de bien ? On les trouve depuis plus de quarante ans dans les produits de nettoyage des cuisines, des humains, des vêtements. Fin de ce semblant de traduction.

J’ai consulté des sites plus critiques, et la plupart insistent sur l’incroyable passivité de la FDA, sous un titre qui revient souvent : « FDA to Review Triclosan After Decades of Delay ». C’est-à-dire : la FDA étudie le triclosan avec 40 ans de retard. Franchement, il y a de quoi hurler. Le 15 janvier, la revue Environmental Science and Technology (ici) publiait une étude sur la pollution par le triclosan dans huit lacs américains. Je précise que je tire mes infos d’une source sérieuse française (ici), et que je n’ai fait que parcourir l’étude originale en anglais. En tout cas, ces lacs reçoivent des eaux usées qui contiennent évidemment du chlore utilisé pour leur traitement. Le triclosan, ce charmant composé chimique, réagit au soleil avec des dérivés du chlore et produit gaiement des polychlorodibenzo-p-dioxines (PCDD). Des dioxines, oui, dont l’une, la 2,3,7,8-tétrachlorodibenzo-p-dioxine, ou TCDD, est au centre de la catastrophe de Seveso en 1976.

Dans le dentifrice Colgate

Ne croyez surtout pas que j’en ai fini. Le triclosan peut également former du chloroforme, toujours en lien avec le chlore, ce dernier étant classé cancérigène potentiel. Et surtout, il est à coup certain un perturbateur endocrinien (voir mon précédent article), à des doses que personne ne connaît exactement (ici). Encore ne sait-on encore rien, puisque ces braves bureaucrates de la FDA se mettent seulement au boulot. Et la France, amis de Planète sans visa ? Oh, il ne fait aucun doute que nous allons vers le énième scandale de santé publique. Bien que n’étant pas devin, je vous l’annonce en exclusivité. Car du triclosan, chez nous, il y en a partout. Dans des centaines de produits d’usage courant : des dentifrices, des jouets, des déodorants, des savons. Que Choisir en a trouvé dans le dentifrice Colgate Total, mais il suffit de chercher ailleurs pour fatalement trouver. Car ce poison est légal. LÉGAL.

Et l’on est donc bien obligé de se tourner vers l’Anses, qui n’en branle pas une. Je suis sûr, car je sais comment cela se passe, que l’agence va finir par réagir. Et même mon coup de gueule y aura contribué, fût-ce pour une très faible part. Mais n’est-ce pas épuisant, déprimant, désespérant ? Un poison chasse l’autre. Sauf qu’aucun ne disparaît. Sauf que tous se recombinent à l’infini, créant de nouvelles chimères, qui sont d’effroyables réalités. L’Anses, à quoi ça sert ?

PS : J’ai dû rectifier il y a quelques minutes un calamiteux semblant de traduction. Avis à ceux qui auraient lu la première version.

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2/ Un article de juin 2017, sur Charlie

Gamins et vieillards, oubliez le dentifrice

Encore une belle étude, publiée dans la revue Environmental Science and Technology (1). Une équipe américaine a étudié des échantillons d’urine de 389 mères et leurs enfants, et y a découvert des traces de triclosan dans 70 % des cas. Passons des détails pourtant intéressants, et courons à la conclusion : les gosses qui se lavent les mains cinq fois par jour et se brossent les dents souvent ont bien plus de triclosan dans le corps que les autres.

Est-ce ennuyeux ? Très. L’administration de contrôle, la Food and Drug Administration (FDA), a interdit l’an passé – l’étude était déjà lancée – le triclosan dans les savons, car ce pesticide est un perturbateur endocrinien, fortement suspecté, en outre, d’être cancérogène.

Mais comme c’est un bon antibactérien et un bon fongicide, l’industrie l’a foutu dans des centaines de produits d’usage courant, comme les savons ou les cosmétiques. Colgate, qui commercialise de goûteux dentifrices au triclosan, a réussi l’exploit d’échapper à l’interdiction de la FDA. Comment ? Mystère insondable du lobbying.

En France, où l’on dort à poings fermés, tout continue comme avant. L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES), chargée de notre sécurité, n’a jamais jugé bon d’intervenir. On trouve donc légalement du triclosan, poison chimique, dans le dentifrice Colgate et des centaines de produits aussi quotidiens que les déodorants, les crèmes, les suppositoires, les savons. Encore merci, ô nobles savants et toxicologues officiels.

 

(1) http://pubs.acs.org/doi/abs/10.1021/acs.est.7b00325


 

3/Un article de Charlie, toujours sous ma signature, en juillet 2017

206 scientifiques en soutien à Charlie

Si Charlie radote pas qu’un peu, c’est que le monde entier l’aura précédé sur cette pente fatale. Et du reste, c’est pour la bonne cause. Il y a de ça quelques numéros, je vous entretenais, heureux lecteurs, du triclosan. C’est une infâme saloperie chimique – en fait un pesticide – que l’industrie, lui trouvant des qualités antibactériennes, a fourré dans des centaines de produits courants, comme les dentifrices de notre bon docteur Colgate. Or, c’est un perturbateur endocrinien certain et un cancérogène (plus que) probable. Bien sûr, chez nous, tout le monde s’en fout.

Or voilà que des savants du monde entier viennent de décider d’appuyer les criailleries de Charlie. Pas moins de 206 scientifiques de France et d’Amérique, de Suisse ou d’Autriche, d’Allemagne – 29 pays au total – contresignent (1) un Appel réclamant l’interdiction mondial du « dangereux biocide triclosan ». Les messieurs et dames rappellent l’extrême toxicité du composé chimique et constatent toutes les fantaisies attachées à son usage planétaire. À cette concentration, il ne peut avoir aucune action désinfectante de la peau, ce qui est pourtant son principal, sinon unique argument publicitaire. Mais il peut au passage dévaster une flore cutanée fort utile à la santé quotidienne. Il est soupçonné de « déclencher le cancer du sein, d’altérer les spermatozoïdes, d’attaquer le foie et les muscles ainsi que de favoriser la résistance aux antibiotiques ». Bien sûr, il est allergène, et comme il se dégrade fort mal, on le retrouve dans la majorité des échantillons de lait maternel, d’urine ou de sang du cordon ombilical. Associés, additionnés à tous les autres polluants chimiques, qui se comptent par centaines et milliers. Eh, la madame Buzyn, notre ministre de la Santé à nous ! Eh ! plutôt que d’imposer 11 vaccins obligatoires « améliorés » par des adjuvants à l’aluminium toxiques, ça serait-y pas mieux de s’intéresser en priorité au triclosan ? À l’avance, et sûr déjà du résultat, madame la ministre, Charlie vous présente ses salutations enthousiastes.

 

 

(1) euractiv.fr/section/sante-modes-de-vie/news/appel-mondial-pour-linterdiction-du-triclosan. Le texte est publié au départ dans la revue Environmental Health Perspectives : ehp.niehs.nih.gov/ehp1788/

Cachez cet aluminium que je ne saurais voir

Ce n’est pas loin d’être une première ici : je laisse la parole à l’association E3M, qui exprime parfaitement ma complète sidération. On le verra, il s’agit d’une réaction à une émission télévisée. Plus exactement à des mots prononcés par le professeur de médecine Philippe Sansonetti, auteur du livre Vaccins, chez Odile Jacob. Je l’avais entendu deux jours plus tôt sur Inter se livrer à semblable désinformation. Mais soyons précis : la désinformation suppose une intention, une conscience de l’acte. Je crois que dans le cas de Sansonetti, il ne s’agit que d’ignorance et de morgue, pour ne pas écrire pis. Il n’empêche : les travaux de Romain Gherardi, professeur lui aussi de médecine, ont le grand malheur d’exister et de prouver l’extrême toxicité des adjuvants aluminiques. Profitant de son statut de mandarin, Sansonetti profère d’évidentes contre-vérités. Mais qui s’en soucie ? L’univers médiatique, qui a superbement ignoré le livre récent de Gherardi, impeccable pourtant (ici), sait reconnaître ceux qui ont le droit de parler.

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Vaccins : E3M réagit aux propos du Pr Philippe Sansonetti sur France 5

Le 4 janvier sur France 5, le Pr Philippe Sansonetti (Institut Pasteur) était l’invité de l’émission C à vous, suite à la publication de son livre Vaccins publié chez Odile Jacob. Il défend ardemment le principe même de la vaccination, notamment dans sa dimension « responsabilité collective ». Lorsque l’on se vaccine, on protège aussi ceux qui nous entourent. Très bien…

Mais le Pr Sansonetti déclare ensuite au cours de l’émission : « Tant que l’on n’a pas véritablement prouvé cette toxicité des sels d’aluminium, et elle n’est pas prouvée, si c’est le fait d’avoir une petite induration cutanée et un petit peu de fièvre éventuellement après le vaccin (…) tout le reste est construction, tout le reste est mauvaise foi ».

Pourquoi perdre sa lucidité et sa raison dès qu’il est question des sels d’aluminium ? Le Pr Sansonetti peut ne pas avoir mis à jour ses connaissances sur la toxicité de cet adjuvant, mais il n’a pas le droit de parler de « mauvaise foi » à l’encontre de collègues de l’INSERM qui travaillent sur cette question depuis 20 ans.

A-t-il lu le livre du Pr Gherardi Toxic Story (ed. Actes Sud) dans lequel est racontée l’histoire de la découverte de cette toxicité de l’aluminium vaccinal ? A-t-il pris le temps d’y découvrir toutes les manœuvres visant à ce que la recherche sur cet adjuvant soit stoppée ?

A-t-il visionné le film documentaire L’aluminium, les vaccins et les 2 lapins… ?

A-t-il étudié les derniers travaux scientifiques publiés dans des revues à comité de lecture ?

Sait-il que des chercheurs renommés, comme le Pr Christopher Exley (GB) ou le Pr Yehuda Shoenfeld (Israël), tous les deux leaders dans leur domaine (la toxicité de l’aluminium pour le premier, l’autoimmunité pour le second), reconnaissent les résultats des travaux menés par l’équipe INSERM des Pr Gherardi et Authier (Université Paris Est Créteil – Hôpital Henri Mondor – Créteil) et s’appuient sur leurs découvertes pour mener leurs propres recherches ?

Certes, nul n’est prophète en son pays, mais cette attitude du Pr Sansonetti n’est pas acceptable.

Il doit savoir qu’elle est aussi contre-productive. Car si le Pr Sansonetti pense que nier la toxicité de l’adjuvant aluminium est la meilleure solution pour stopper la méfiance des français vis-à-vis de la vaccination, il se trompe.

Les citoyens consultés lors de la « concertation » nationale sur la vaccination se sont clairement exprimés :

« Les effets indésirables pouvant découler de la vaccination (…) représentent la plus grande crainte liée à la vaccination. Parmi ceux-ci on peut relever les craintes liées aux effets indésirables des sels d’aluminium, principal adjuvant, et leur possible toxicité. (…) La vaccination sans adjuvant, ou avec des adjuvants autres que les sels d’aluminium, semble être un argument majeur pour regagner la confiance en la vaccination. » Avis du jury de citoyens

Frédéric Wolff nous parle de la médecine

Je laisse la parole à l’un des vieux lecteurs de Planète sans visa, Frédéric Wolff. Et avec un plaisir vrai.

 

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Sang contaminé, Mediator, vaccins empoisonnés, gaz toxique et cancérigène utilisé pour stériliser les biberons et le matériel médical, amalgames dentaires au mercure, Isoméride, Distilbène, Vioxx, torture – pardon, acharnement – thérapeutique…
Ça commence à faire beaucoup. Et j’en oublie.

Dans un sursaut d’indulgence, on pourrait qualifier ces phénomènes d’anomalies, de dérives accidentelles, isolées. Je ne le crois pas une seule seconde. Ces dysfonctionnements sont structurels, inhérents à tout système qui dépasse un certain seuil, ce qu’avait dévoilé Ivan Illich à propos de l’entreprise médicale, notamment (Némésis médicale, 1975). La médecine qui rend malade, l’expression a quelque chose d’iconoclaste. Des maladies iatrogènes, c’est ainsi que l’on nomme des pathologies résultant d’un acte médial réalisé dans les règles de l’art. Des effets secondaires aux affections nosocomiales, nous en avons tous entendu parler. Mais le propos va beaucoup plus loin. La médecine industrielle est à l’image de la société du même nom. L’une comme l’autre ne jurent que par les prothèses. Elles nous détournent des remèdes vernaculaires, de notre propre autonomie. Elles colonisent toutes les dimensions de nos existences. Tout doit être médicalisé, et plus l’industrialisation du monde gagne du terrain, plus la médecine étend son emprise, plus il devient difficile d’y échapper.

L’empoisonnement appelle l’empoisonnement. Le corps (comme la terre), court-circuité trop longtemps, ne peut plus se passer de perfusion. Il faudrait cesser d’appeler médecine ce qui n’est plus qu’une machine toxique, ne plus parler de produits phyto-sanitaire mais de poison chimique. Il y a rupture d’harmonie, éclipse de la capacité naturelle des organismes à revenir à leur état d’équilibre (l’homéostasie). La santé, ça pourrait être cette capacité autonome, précisément, et l’on comprend sans peine que cette faculté apparaisse comme insupportable pour une société marchande.

Plus je me penche sur ces questions, plus je prends la mesure de la complexité inouïe du vivant, pour ne pas dire de son mystère. Ce que nous gagnons en connaissances, nous le perdons en compréhension. Notre savoir est de plus en plus spécialisé, je vous l’accorde. Mais ce qui caractérise le vivant, ce sont les liens qui se nouent à l’intérieur de lui, entre lui et son environnement. Prétendre faire œuvre de santé sans mettre en question cet environnement toxique, sans essayer de comprendre ces liens, c’est une imposture absolue. C’est aller à l’encontre du but recherché. Ce ne sont pas quelques minutes passées dans un cabinet médical à expédier des symptômes à coups de molécules chimiques qui règleront quoi que ce soit, pas plus qu’un scanner ou je ne sais quelle technologie de dernier cri.

Face à cette complexité irrémédiable de la vie, je ne vois pas d’autre choix que celui de l’humilité. S’en remettre aux processus d’auto-guérison capables de revenir à l’état d’équilibre en l’absence de perturbations. Ce qui suppose justement d’éviter autant que possible ces perturbations.

J’imagine un médecin prendre une heure ou deux pour écouter vraiment son patient et se prononcer en ces termes : Désolé, mais je n’ai aucune ordonnance à vous délivrer. Le remède est à l’intérieur de vous. Je suis incapable de vous expliquer les mécanismes par lesquels vous pouvez vous guérir. Ce qui importe, ce sont les conditions qui favorisent cette auto-réparation. Or, ces conditions ne peuvent s’exprimer à ce jour. Elles sont contrariées par des toxiques au premier rang desquels votre travail, l’air que vous respirez, les aliments que vous mangez, les mauvaises ondes qui vous traversent, tout ce qui vous éloigne de votre nature profonde, pas seulement organique, mais aussi spirituelle, morale, poétique…

Nous reste-t-il une marge pour restaurer cette régénération dans nos vies ? Je le crois. Vivre est un combat pour faire triompher les équilibres fondamentaux, aux niveaux individuel et collectif. Il y a d’innombrables façons de mener cette bataille, et je ne prétends pas indiquer de voie ou de priorité. Ce combat pour la vie ressemble à une contre-industrialisation et donc, à une réappropriation de nos vies.