Archives mensuelles : août 2022

Mélenchon adorateur de la Chine impérial(e)iste

Mais quelle tragicomédie ! Je rappelle le contexte : Nancy Pelosi, présidente démocrate de la Chambre des représentants des États-Unis, vient de se rendre à Taïwan, île séparée de la Chine continentale depuis 1949, et que Pékin entend récupérer, de gré ou, sans grande hésitation, de force.

Et revoilà M.Mélenchon, qui se pique comme on sait de géostratégie. On lira avec intérêt son point de vue sur l’invasion de la Crimée en 2015. Extrait, qui montre le grand cas qu’il faisait de l’histoire ukrainienne, dont il ne sait évidemment rien : « Pas de guerre ! La patience, l’écroulement de l’économie ukrainienne, la désagrégation de ce pays qui a tant de mal à en être un, tout vient à point a qui sait attendre ». Il voulait donc ardemment la mort de l’Ukraine, mais il est vrai, « seulement » en affamant son peuple.

En novembre 2021 – mais quel grand penseur, hein ? -, il déclarait au journal Le Figaro : « Je ne crois pas à une attitude agressive de la Russie ni de la Chine. Je connais ces pays, je connais leur stratégie internationale et leur manière de se poser les problèmes. Seul le monde anglo-saxon a une vision des relations internationales fondée sur l’agression. Les autres peuples ne raisonnent pas tous comme ça. »

On a vu, je crois. Et le voilà cette fois qui s’aligne sur la politique répugnante d’un État totalitaire devenu impérialiste, la Chine. Dans un billet inouï, il reprend sans honte la position chinoise, affirmant qu’il n’y aurait qu’une seule Chine, et assurant : « Les Chinois règleront le problème entre eux. Il n’y a pas d’autre issue raisonnable possible ». À l’avance, il avalise l’agression que concoctent les gérontes du parti communiste au pouvoir.

Bien sûr, M.Mélenchon est terriblement ignorant. Taïwan n’est « chinoise » que parce que des envahisseurs venus du continent prirent la place de peuples aborigènes. Et austronésiennes, dont l’origine exacte se perd entre océan Pacifique, Asie du sud-est, et même Madagascar. En 1895, la Chine a même vendu – vendu – l’île aux Japonais, qui l’ont gardée jusqu’en 1945. Quels beaux patriotes, n’est-ce pas, M.Mélenchon ?

Est-il pire ? Il y a. M.Mélenchon, écologiste autoproclamé, ne parle des États-Unis que sous un nom univoque : « L’Empire ». Dieu sait que je n’ai jamais été proaméricain, et que je ne le deviendrai jamais. Mais il n’est pas qu’un seul empire au monde. La Chine totalitaire fait partout où elle passe ce que n’a pas même réussi – à ce niveau en tout cas – la Françafrique de Foccart et De Gaulle. Je vois bien que M.Mélenchon ne sait résolument rien de la marche réelle du monde. En Afrique, en Asie du sud-est, et jusque dans d’improbables pays comme le Guyana ou la Sibérie, la Chine achète les gouvernants et pille absolument tout. Le grand Mékong. Les poissons d’Afrique de l’Ouest, les arbres de Sibérie, le gaz, le pétrole, des terres agricoles.

J’ai écrit ici, sur Planète sans visa, et depuis 2007, quantité d’articles sur cette Chine que M.Mélenchon ne veut surtout pas voir. Qui a le temps peut chercher en haut et à droite dans le moteur de recherche, en entrant le seul mot de Chine. C’est aujourd’hui le pays qui détruit le plus d’équilibres écosystémiques au monde. Parce que l’Occident l’avait déjà fait ? Certes, mais est-ce une raison ? Je le dis, qui est écologiste aujourd’hui ne peut que combattre une politique chinoise qui ruine un peu plus les chances de notre avenir commun. Or, M.Mélenchon adore cette Chine-là. Mystère des profondeurs.

Mélenchon et ces si jolies bulles de gaz

Tout de même bien étrange, cet été de La France Insoumise (LFI). Le 17 juin, M.Mélenchon écrit ce message tonitruant : « Face à la canicule, l’urgence est de garantir l’accès à l’eau potable et de prendre les dispositions pour protéger les gens qui travaillent. Il ne faut pas croire ceux qui, comme Macron, pensent que le marché va régler le problème tout seul ».

Bon, pourquoi pas ? Mais où est le plan de bataille, drapeau au vent, pour lutter enfin contre le dérèglement climatique ? On connaît par cœur les mesures dites sociales réclamées à cor et à cri par LFI : tout pour le pouvoir d’achat. Et tout pour la « marche contre la vie chère » prévue en septembre. Et rien contre la bagnole – électrique par exemple -, ou la prolifération d’objets, qui concourt si constamment aux émissions de gaz à effet de serre. Je le demande calmement : que propose LFI à propos de la crise climatique et des changements nécessaires dès aujourd’hui ?

Je crains qu’il n’y ait pas grand-chose à apprendre, et je me demande pourquoi. Si dans ce domaine vital, les interventions mélenchonistes sont à 1, toutes les autres sont à 100. N’y aurait-il pas un léger problème ? J’ai souvent écrit et je le maintiens que Mélenchon, politicien accompli et grand admirateur de Mitterrand, agit comme son modèle. Lequel s’est servi du mot de socialisme, dont il se contrefichait, pour parvenir au pouvoir. Mélenchon a choisi, lui, celui d’écologie, le seul vraiment disponible. Comme je ne suis pas dans sa tête, il est bien possible qu’il y ait chez lui une part de sincérité. Qui sait ? Mais le fond de sa pensée et son action n’ont rien à voir avec la gravité extrême de la crise écologique.

Je vois qu’une partie des électeurs de M.Mélenchon entendent rejouer la tragicomédie du mitterrandisme. C’est bien ainsi que se perdent les générations, et parfois les sociétés. Rappelons que M.Mélenchon ne parle que de « révolution citoyenne », d’Assemblée constituante, de pouvoir rendu au peuple. En attendant, il décide seul dans un mouvement qu’il a délicieusement qualifié de gazeux (1), entraînant des réactions outrées qui donnent une idée de sa singulière vision de la démocratie. LFI, c’est donc du gaz. Le dérèglement climatique aussi.

(1) Dans ce texte, suivi d’un commentaire de Pierre Rousset que je recommande – pas celui de Corcuff -, M. Mélenchon lâche un très gros mensonge. Voici : « J’ai cru, comme beaucoup de gens de ma génération, à l’idée de la guérilla. On a aidé et armé le MIR (Mouvement de la gauche révolutionnaire) contre Pinochet ». Je sais que cela n’intéresse plus grand-monde, mais je m’en fous. Mélenchon ment, comme il a d’ailleurs très souvent menti sur son passé. Il n’a JAMAIS cru à la guerilla, et pour cause. Le mouvement français, auquel il a appartenu tant d’années – l’OCI – condamnait avec force, chaque semaine ou presque dans son journal Informations Ouvrières, toutes les formes de lutte armée en Amérique latine. Et M.Mélenchon avec. Quant au MIR du Chili, mêmes balivernes : le mouvement dit lambertiste, celui de l’OCI, vomissait ce courant guévariste-castriste de ces années-là. Pourquoi M.Mélenchon ment-il avec autant d’aplomb ? Est-ce grave ? Pour un homme qui souhaitait devenir président de la République, avec droit sur notre feu nucléaire, oui, je le crois.

Est-il un serial-killer ?

Le regard. Il en dit long sur celui qui regarde. Sur ses préférences et ses détestations. Sur ses valeurs et jugements. Sur sa hiérarchie intime. Tel estimera que qui vole un œuf vole un bœuf, et qu’il mérite le pilori, ou pire. Tel autre pensera que voler dans un monde de voleurs professionnels n’est jamais qu’une réaction. Déplorable si l’on veut, mais une réaction. L’on pourrait dresser une liste sans fin.

Face à l’extrême dérèglement climatique en cours, on retrouve de même une interminable gradation de points de vue et de critiques. La seule certitude, c’est que cela n’avance pas. Le monde s’enfonce dans l’inconnu, un inconnu très menaçant. Notez que j’utilise des formes diminuées et même euphémistiques, dans le cas improbable où un lecteur non averti se serait perdu sur Planète sans visa.

Ce dérèglement annonce purement et simplement la dislocation des sociétés que nous avons connues. Je rappelle que sans cette relative stabilité du climat – malgré des épisodes fatalement violents -, qui dure depuis plus de 10000 ans, ni l’Égypte des Pharaons, ni la Grèce antique, les Assyriens et Mésopotamiens, les Phéniciens, Rome, les Incas, les Aztèques, la civilisation du Fleuve Jaune en Chine n’auraient existé.

Et reprenons. Qui est responsable ? Tout le monde, répondent en chœur margoulins, politiques, journalistes sous-informés, qui sont souvent les mêmes. Or comme dans La Ferme des animaux de ce cher grand Orwell – « certains étaient plus égaux que d’autres » -, le jeu est truqué. La responsabilité dans le désastre en cours est d’abord et avant tout celle des chefs, des capi qui décident et organisent. Parmi eux, un certain Patrick Pouyanné, patron de Total. Cet ingénieur des Mines – oui, encore un – a fait une carrière atroce, commencée chez Elf, douteux paradis de l’extrême corruption. Il fut à la tête de la filiale angolaise d’Elf, ce qui l’a sûrement mis au contact quotidien des kleptocrates au pouvoir en Angola, qui ont volé à leur peuple si tristement misérable des dizaines de milliards d’euros d’un pétrole qui aujourd’hui lui manque.

Mais je m’aperçois que je n’ai plus le temps, car il est bientôt midi. Et j’envisage de me faire une vaste salade de tomates, accompagnées d’ail, de concombre, de radis finement découpés, de salade verte et de tout ce que je trouverai. Donc Pouyanné, à la tête de la transnationale Total. Qui en train d’imposer à l’Ouganda et des pays voisins un oléoduc absolument criminel. Pouyanné est l’un des acteurs majeurs, dans le monde, de la destruction des écosystèmes et du climat. Mais il s’abrite derrière de pauvres arguments de façade qui par miracle, l’exonèrent de toute faute morale. C’est pas lui, c’est les autres. Nous. Les consommateurs. Le marché. La concurrence. Incapable de seulement considérer son rôle personnel, il trace sa route, qui le mène à une retraite dorée. Ses quatre enfants et les enfants de ces enfants apprécieront l’héritage.

Mais baste.Et pour en revenir au regard, ce mot qui ouvre cet article, avouons que celui-ci est aveugle. Car il est évident que Pouyanné est un tueur. Un serial-killer. Un assassin de masse. Cela ne saurait se discuter sérieusement. Mais nos si petits esprits sont englués dans des normes aujourd’hui disparues. Il n’est plus l’heure d’être convenable. Non ! Il est l’heure de regarder en face. Oui ! Pouyanné est coupable. Attention, je ne suis nullement partisan de la violence et des guillotines. Je ne lui souhaite pas même la prison. Mais je sais qu’un regard franc posé sur cet homme-là l’empêcherait, devrait l’empêcher de paraître en public. Pouyanné mérite cent fois d’être banni d’une société qu’il menace et accule. Si nous le voyions tel qu’il est, quelque chose changerait dans la réalité. Ce serait un pas. Une toute petite avancée vers un avenir moins pénible que celui qui nous attend.

Moi, je le dis et le proclame : chassons Pouyanné de l’espace public. Vaillamment et sans violence. Il est l’un des verrous qu’il faut faire sauter. Une clé.