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La Société Générale fait des cachotteries

Le Tunnel sous la Manche n’aura rien changé. Il y a là-bas, et ici. Malgré la vitesse électronique des échanges « informationnels ». À l’heure où je vous écris ce 20 novembre 2009, aucun journal français, à ma connaissance, n’a repris le sensationnel papier paru hier matin dans le quotidien britannique Telegraph (ici). La Société Générale, la filiale britannique de notre Société Générale a écrit un rapport qui fait claquer des dents les boursicoteurs. Il conseille aux clients fortunés de la banque de se préparer à un éventuel « effondrement économique global » dans les deux prochaines années.

Hélas, ce n’est pas un hoax, un bobard de mauvais goût. Le rapport suggère des investissements destinés à éviter la destruction totale de biens. En deux mots, il faudrait se débarrasser de valeurs dites cycliques, telles que la bagnole, le voyage, les technologies ! Et de se tourner davantage – c’est sous-entendu – vers le marché alimentaire et agricole, qui se montrerait bien plus solide et servirait du coup de refuge. En avant vers la razzia sur les terres agricoles du Sud !

Que se passe-t-il selon le rapport ? En bref, rien n’est maîtrisé, contrairement à ce qu’on lit partout. Les passifs privés ont été transférés par les États vers de nouvelles structures qui sont très instables. L’endettement global est devenu fou, atteignant 350 % du PIB aux États-Unis. Le problème de la dette serait bien plus grave qu’à la sortie de la Seconde Guerre mondiale, d’autant que le vieillissement de la population rend son remboursement bien plus incertain.

So what ? L’auteur du rapport, Daniel Fermon, déclare au Telegraph que son texte a tétanisé les clients de la banque des deux côtés de l’Atlantique, ajoutant : « Tout le monde veut savoir quel sera l’impact. Beaucoup de hedge funds et de banquiers sont inquiets ». Vous aurez remarqué avec moi qu’on parle des deux bords de l’Atlantique. Et non de la Manche, qui nous sépare résolument de la Grande-Bretagne. Attendons de voir ce que va dire la presse française, pour l’heure singulièrement muette.

Siphonnés et siphonneurs s’attaquent à un lac (cambodgien)

Y a-t-il plus prédateur, plus destructeur, plus violent qu’un ancien bureaucrate stalinien devenu capitaliste ? Je ne suis pas certain. Les gens qui ont servi les régimes communistes ont appris d’eux le mépris abyssal du peuple, des petits et des sans-grade. Voyez ce qui s’est passé dans l’ancienne Union soviétique, où des milliers de cadres de l’État et des « organes » – le KGB – se sont rués sur le pétrole, l’acier, le gaz, les forêts.

En Chine, il y a une sorte de coexistence entre pontes momifiés du maoïsme et grands managers de taille désormais internationale. Et parfois, les premiers, ou leurs enfants, sont les mêmes que les seconds. Vous verrez, nous verrons tous ce qui se passera à Cuba, quand le stalinisme tropical des frères Castro aura disparu, ce qui ne devrait plus tarder. La Havane, cette formidable ville au bord de la mer, est déjà aux mains, clandestinement, de certains chefs castristes qui continuent de mimer la révolution tandis qu’ils préparent l’invasion. L’invasion du dollar et de la spéculation immobilière. Il ne faudra plus longtemps avant que le Malecón, ce boulevard qui sépare La Habana Vieja de la mer ne devienne le rendez-vous des vrais grands friqués de la terre.

Reste – entre autres – le cas cambodgien. Je résume et survole : en janvier 1979, après une guerre-éclair, l’armée vietnamienne s’empare de Phnom-Penh, la capitale des Khmers rouges. Les grands voisins de Hô-Chi-Minh-Ville, qui ont tant aidé ces criminels à prendre le pouvoir en 1975, ne supportent plus un régime proche de la Chine, cette Chine qu’ils ont fini par abhorrer. Les Khmers rouges s’enfuient, et un nouveau régime, favorable aux intérêts vietnamiens, prend leur place.

Après quelques péripéties sans intérêt, le parti fantoche des Vietnamiens devient Kanakpak Pracheachon Kâmpuchéa, soit le Parti du peuple cambodgien (PPC). « Communiste » évidemment, ce mouvement se révèle n’être qu’un regroupement d’affairistes comme il est peu dans le monde. On a beau chercher dans les recoins, on ne trouve guère : le Cambodge d’aujourd’hui est littéralement vendu, pièce par pièce, à qui veut bien acheter. L’ONG Transparency International – certes, ses chiffres sont discutables – classe chaque année les pays de la planète en fonction de leur degré supposé de corruption. En 2007, le Cambodge occupait la 162 ème place sur 179.

Si j’évoque le sort de ce pays martyre, c’est parce qu’un nouveau projet de forban menace le seul lac de la capitale, Bœung Kak. Des milliers de pauvres sont installés sur ses rives, dans des cahuttes en bois surmontées de tôle ondulée, avec hamacs. Ils pêchent, cultivent du liseron d’eau, farfouillent, bricolent, survivent. Les puissants du palais, de leur côté, se remplissent les poches aussi vite qu’ils peuvent car, évidemment, combien de temps peut durer un tel pillage ? Tout y passe en effet : le bois tropical, les pierres précieuses, les femmes, les gosses. Tout.

L’été 2008, les riverains du lac Bœung Kak apprennent sa disparition programmée. Vous avez bien lu, comme moi : disparition. Un sénateur du parti au pouvoir, Lao Meng Khin, a été opportunément nommé directeur d’une société coréenne, à moins qu’elle ne soit japonaise, qui s’appelle en tout cas Sukhaku. Et son ami le gouverneur de Phnom Penh, lui aussi hiérarque du PPC, a aussitôt décidé de lui vendre le lac, tout bonnement, pour la somme de 79 millions de dollars. Je ne vous ferai pas l’injure de vous demander où ira cet argent.

Quant au lac, on le siphonnera en totalité, de manière que poussent en lieu et place des centres commerciaux et des résidences de luxe en priorité destinés aux touristes étrangers, cette lie de toute terre humaine. Si vous souhaitez en savoir davantage, je vous laisse deux liens en français. Le premier est un communiqué d’Amnesty, que je trouve pour ma part lamentable, qu’on me pardonne (ici). Tel que je le lis, il donne son accord à la destruction, à la condition d’y mettre les formes. Le second est un article fort bien fait d’une Française installée en Asie, Catherine Monin (ici). Bien des choses y sont dites, y compris entre les lignes.

Encore des mauvaises nouvelles ? Je le crains. J’en suis même à peu près certain. Et je comprends de mieux en mieux ceux qui se bouchent les oreilles et se pincent le nez. Mais je ne sais pas faire autre chose de mes dix doigts. Notez qu’il est encore temps, peut-être, de me lancer dans le maraîchage. Ne riez pas, j’y songe.

Cet autre 14 juillet 2009 (merci à Raton Laveur)

Sans l’un des lecteurs réguliers de ce blog – Raton Laveur-, je n’aurais jamais découvert une dépêche de l’AFP datée du 14 juillet passé. Souvenez-vous – cela ne coûte rien – qu’en 1789, une poignée de grands délirants, dont certains étaient sûrement ivres de mauvais vin, s’attaquèrent à une prison parisienne. La suite est assez connue, qui donna naissance au mythe de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Bien entendu, ce n’était pas sérieux. Enfin, voyons : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ».

Il n’empêche. La blague étant savoureuse, elle fit rire des générations entières, dont certaines, l’arme au poing, la prirent pourtant au pied de la lettre. Venons-en aux faits d’aujourd’hui. Il existe sur le net un site dédié au landgrabbing, que je vous invite à visiter au plus vite (ici). Il vient d’être créé par une ONG parmi les plus intelligentes au monde, Grain (ici, en français), et vous serez probablement parmi les premiers à y jeter un œil en France.

Le landgrabbing est un crime moderne contre l’humanité souffrante. Il s’agit de l’accaparement des terres dans les pays du Sud par des sociétés transnationales du Nord, des pays émergents – la Chine -, des pétromonarchies sans terre comme le Qatar ou l’Arabie Saoudite. Ces très braves gens achètent des terres arables par millions d’hectares. Pour spéculer. Pour assurer leur consommation – de viande, surtout – à long terme. Par détermination stratégique, chez ceux qui ont compris que l’avenir appartient aux terres agricoles.

Bref. Un crime épouvantable de plus, qui se marie avec celui des biocarburants. Admirablement, je dois le dire. Je vous laisse lire la dépêche AFP avec laquelle j’ai commencé ce billet. Elle est datée,  je radote affreusement, du 14 juillet, qui laissa des souvenirs et d’infinis regrets. Lisez.

DELTA DE LA RIVIERE TANA (Kenya) « Nous pouvons être expulsés à n’importe quel moment. Ils vont devoir assécher la zone et tout ce qu’il nous restera sera la pauvreté ». Bernard Onyongo, pêcheur de 65 ans, voit son mode de vie menacé par la ruée sur les terres arables africaines. Confrontés à un projet agricole qatari et trois autres de bio-carburants sur des dizaines de milliers d’hectares, Bernard et 20 000 villageois du delta de la rivière Tana, au nord-est du Kenya, ont fait ces derniers mois l’amère découverte d’un phénomène mondial, le “land grabbing” ou accaparement de terres.

Une ressource vitale et abondante, l’eau, a modelé dans cette région du nord-est du Kenya un paradis terrestre, exemple rare d’harmonie entre l’activité humaine – pêche, agriculture, élevage – et une faune sauvage foisonnante d’hippopotames, crocodiles et autres oiseaux. Ce fragile équilibre est menacé de mort par plusieurs projets du gouvernement kényan et de compagnies étrangères qui veulent y cultiver de la canne à sucre et du jatropha pour produire des bio-carburants. Le plus avancé est mis en oeuvre par la principale compagnie sucrière kényane, la Mumias Sugar Compagny (MSC), en collaboration avec l’agence gouvernementale de gestion du site.

De même, un protocole d’accord passé fin 2008 entre le Kenya et le Qatar, confirmé à l’AFP par une source à la présidence kényane, prévoit l’allocation au Qatar d’environ 40 000 hectares pour des fins agricoles en échange de la construction d’un port moderne sur l’île voisine de Lamu. Si les communautés locales affirment ne pas être opposées par principe à ces projets susceptibles de générer des revenus, elles rejettent catégoriquement celui de la MSC, qui entraînerait selon elles le déplacement de 22 000 villageois et l’assèchement des terres humides. En dépit du soutien d’ONG kényanes, elles ont perdu leur première bataille : la Haute cour de Malindi (est) a rejeté leur plainte courant juin, permettant de fait la reprise du projet gelé depuis fin 2008.

Les habitants du delta ne sont pas les seuls concernés par ces projets: la rivière Tana et un réseau complexe de petits lacs attirent des dizaines de milliers de têtes de bétail du grand nord-est Kényan à la saison sèche. « Depuis de nombreuses années, le delta est utilisé par les pastoralistes pour les pâturages, surtout en saison sèche. Si vous enlevez le delta (…), leur mode de vie disparaîtra », résume Hadley Becha, président d’une ONG environnementaliste, la East African Wildlife Society. « Le bétail n’aura d’autre endroit (de pâturage) qu’une fine bande entre la rivière et le projet. (…) Les crocodiles vont se retrouver concentrés dans la rivière, une situation dangereuse pour les troupeaux et les humains », s’alarme Maulidi Kumbi Diwayu, responsable associatif local.

Au coeur de ce litige figure la question, centrale au Kenya, de la propriété foncière: l’ultra-majorité des populations locales Orma ou Pokomo n’a pas de titre de propriété et l’Agence (gouvernementale) pour le développement des rivières Tana et Athi affirme être le vrai propriétaire foncier. Rares sont ceux – à l’image du chef de village de Didewaride, le septuagénaire Worede Dela Godana Jara – à pouvoir exhiber un titre de propriété délivré en 1923 à son aïeul par l’administration coloniale britannique… Reste un mince espoir pour les communautés locales: leur site pourrait être prochainement classé au sein de la Convention internationale « Ramsar » sur les zones humides qui, sans exclure les projets agricoles, prévoit une gestion durable des ressources naturelles.

(©AFP / 14 juillet 2009 09h34)

4 je kontre et les biocarburants (des paysans haïtiens nous appellent)

Que vous dire d’un tel pays ? Hispaniola – nom hideux donné par le colonisateur – est une île caraïbe séparée en deux. À l’est, la République dominicaine, où les petits-bourgeois de chez nous viennent se bronzer le cul pour trois euros. C’est la partie « blanche » et métisse de l’île, où sévit un racisme inconcevable contre les Haïtiens qui passent l’improbable frontière coupant Hispaniola en deux. Car Haïti est l’autre bord, côté ouest, de loin le plus pauvre, où des Noirs désespérés tentent de survivre sur une terre dévastée. Une absence de terre et d’arbres, dévastée par une crise écologique dont nul ne voit l’issue.

Attention les yeux ! Ce qui suit est ordinaire : trois Haïtiens ont été retrouvés brûlés et décapités au fond d’un four à charbon de bois, côté dominicain. Pas en 1824, non. Il y a moins d’une semaine. Il est bien rare qu’on retrouve jamais le nom des victimes de ces massacres. Mais comme il y a un rescapé, très gravement blessé, je peux au moins vous donner son identité : Mesilis Desil. Pourquoi avoir tué les autres ? On suppose qu’ils venaient de couper un peu de bois pour en faire un charbon. Voilà bien des informations du monde réel que l’on chercherait en vain dans la presse de nos vertueux pays du Nord, n’est-ce pas ?

Si j’évoque ce fait presque banal, c’est pour la raison que je pense à Haïti. Mais oui, on a le droit. Le 16 octobre dernier, jour mondial de l’Alimentation, des organisations paysannes haïtiennes sont venues déposer à Port-au-Prince, la capitale, « 31 198 signatures, contre le projet d’implantation de la plante jatropha sur les plantations paysannes nationales (ici) ». Pour l’occasion, un collectif a été créé, qui s’appelle 4 je kontre. Ce mot kreyòl, du créole haïtien, signifie la puissance de deux paires d’yeux – 4 – qui convergent. Et en effet, même si les paysans sont tenus pour moins que fétus de paille, ils gardent des yeux pour voir et comprendre. Que disent-ils donc ? Qu’ils ne veulent pas qu’on plante du jatropha destiné aux biocarburants chez eux. Nulle part.

Je rappelle que des merdeux du Nord vantent le Jatropha comme une plante miraculeuse, se contentant de sols arides, mais permettant de superbes cultures destinées à la fabrication de carburants automobiles. Ils tiennent là un argument de propagande, de même nature que ces biocarburants de deuxième génération, qui ne verront peut-être jamais le jour. Ceux de Haïti savent à quoi s’en tenir. Voici leurs propres mots, en kreyòl : « Ti moso tè peyi d Ayiti, zansèt nou yo te kite pou nou an, dwe pwodui manje natif natal pou nouri popilasyon an ! ». Ce qui veut dire que les terres léguées par les ancêtres doivent servir à l’agriculture vivrière, pour nourrir la population locale. Et ils ajoutent: « Pwodiksyon agwokabiran Non ! Aba pwodiksyon gaz pou tank machin lòt bò dlo ! ». Ce qui signifie qu’ils sont contre la production de biocarburants (agwokabiran), ces biocarburants destinés aux bagnoles des pays du Nord, les nôtres.

Le Jatropha, que ces gueux appellent gwo metsiyen, entraîne fatalement, selon eux, destruction du milieu naturel, hausse du prix de la terre, et donc augmentation du prix des aliments, sans compter l’expulsion des paysans les plus vulnérables. On cultive déjà du jatropha dans le nord, le nord-est et le nord-ouest d’Haïti, sur des terres considérées là-bas comme « riches ». Susceptibles en tout cas de nourrir des paysans pauvres qui claquent du bec. L’université néerlandaise de Twente (ici) a montré qu’un litre d’éthanol (biocarburant) tiré de la betterave consomme 1 388 litres d’eau. Pour produire la même quantité de biocarburant, le jatropha en épuise 19 924 litres. Quatorze fois plus ! Si l’on ajoute à ce bilan lamentable que les rendements de jatropha quadruplent grâce à l’irrigation – ces crapules vont-elles se gêner ? -, que reste-t-il de la fable criminelle selon laquelle cette plante se contente de sols pauvres et en tout cas arides ? Rien. Rien. Foutus salauds.

Je ne suis pas en train de me jouer un mauvais film Nord-Sud, non pas. Il existe en Floride, au pays de la coke, des yachts, et des fêtes galantes, une société (ici) qui s’appelle Haitian American Agro Industries, Inc. Si vous allez sur leur site, vous verrez comme avancent leurs beaux projets. Il y a, il y aura de plus en plus de jatropha en Haïti, tandis que toujours plus d’esclaves de ce pays mourront sous les coups des maîtres dominicains, de l’autre côte de la frontière. Ou bien sous l’implacable soleil qui fait si bien pousser les biocarburants. Je hais ce monde.

PS : Ça fait chier, oui j’écris bien chier, ça fait chier d’écrire des textes qui ne servent à rien, ou si peu. En octobre 2007, il y a donc deux ans, je publiai chez Fayard un pamphlet contre les biocarburants (La Faim, la bagnole, le blé et nous). Je me cite, pardonnez : « Au fait, le saviez-vous ? La Jatropha est une plante exceptionnelle pour fabriquer des biocarburants, et je gage qu’on ne tardera pas à en reparler. Dans le genre, une mention spéciale pour Jatropha phyllacantha, plante du Brésil. On l’appelle aussi favela, comme les gentillets bidonvilles de là-bas. Drôle, non ? ».

Il y a deux ans, si vous saviez les quolibets que j’ai reçus ! Et les regards apitoyés de ceux, confrères journalistes en tête, qui ne se privaient pas de considérer mon texte comme un brûlot, indigne du noble mot d’information. Où êtes-vous aujourd’hui, tristes salopards ? 

 

Réponse complète d’un qui chie dans les copeaux

Mon papier d’hier consacré à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes et au maire de Nantes, Jean-Marc Ayrault, m’a valu ce matin un commentaire que je qualifierai de courroucé. Il émane d’un monsieur Michel Fontaine, dont j’ignore tout. Mon petit doigt me dit qu’il ne déteste pas monsieur Ayrault. Je laisse le commentaire à sa place, mais le mets également ici, en article, car j’ai finalement décidé d’y répondre après qu’un ami de passage eut estimé que cela pourrait valoir la peine. Je ne sais pas trop, vous jugerez. Or donc, la lettre 1 est celle de cet excellent monsieur Fontaine. La lettre 2, si brève, est une moquerie de votre serviteur. La lettre 3 est une moquerie, plus longue, et toujours du même. Bien à vous.

Lettre 1 : De Michel Fontaine à Fabrice Nicolino

Votre “papier” est bourré d’inepties, de contre vérités, de désinformation, de mauvaise foi et de méconnaissance flagrante… Sans parler de la ligne jaune de la diffamation qui est à deux doigts d’être franchie. C’est là votre habitude, prêcheurs de décroissance, défenseurs du repli sur soi et de l’autosuffisance (et de la suffisance, vous en avez à revendre!).

1.vous parlez d’un deuxième aéroport. C’est faux. C’est un déménagement, point.

2. vous parlez de 2000 hectares. C’est n’importe quoi. Ce sont 1000 hectares qui ont été acquis depuis 35 ans pour le projet d’aéroport, 1000 hectares qui sont à mettre en perspective avec les 900 hectares d’espaces naturels à protéger acquis par le département.

3. “bocage d’une qualité exceptionnelle” : laissez-moi rire! Le choix du site de Notre-Dame des Landes a été très largement fait à cause de son faible potentiel agricole. Le terrain est caractérisé par l’acidité des sols et leur pauvreté minérale, la basse végétation composée de bruyères et d’ajoncs…

4.”Ce territoire semi-naturel abrite de vrais paysans, de vrais oiseaux – dont la chevêche d’Athéna, l’engoulevent, le busard Saint-Martin -, de vrais mammifères, d’authentiques insectes, tels le pique-prune et le lucane cerf-volant” dites-vous. Et le lac de Grand-Lieu, dont vous ne connaissez probablement pas l’existence, en bout de piste de l’aéroport actuel, survolé par 23000 avions chaque année, vous y pensez? Est-ce à moi de vous informer que ce lac est présent depuis l’ère quaternaire, classé Natura 2000, réserve régionale ET réserve nationale, et que son survol quotidien relève proprement du scandale?

5.Les attaques personnelles: doit-on rappeler que ce projet a été initié et est porté par l’Etat, et pas Jean-Marc Ayrault, au demeurant excellent maire de Nantes (au passage, vous feriez bien de vous informer: groupe socialiste et groupe radical et citoyen, c’est… le même)? Que la gauche comme la droite, l’Etat, le conseil général, le conseil régional, le soutiennent? et que cela fait 35 ans, 35 ANS que les terrains sont réservés à cette fin?

6. Les fameux “pilotes anonymes”: et la déontologie journalistique là-dedans? sont -ils si ignorants qu’ils doivent se cacher dernière l’anonymat? car leur “témoignage” est, lui aussi, bourré d’erreurs tellement énormes qu’on peut aller jusqu’à douter de leur existence! exemple: Il n’y aura pas 2 pistes à Notre-Dame des Landes pour des raisons de trafic, mais pour ne pas survoler de bourgs. Car oui, figurez-vous que l’aéroport de Nantes actuel est dangereux. 13000 avions survolent chaque année le centre-ville à très basse altitude, une minute seulement avant de toucher la piste. Il y a un gratte-ciel, la Tour Bretagne, dans l’alignement exact de la piste. A une minute de la piste. Et cela empêche, contrairement à ce que disent les “pilotes”, l’installation d’un ILS. Il y a quelques années, un avion s’est perdu, et a rasé des immeubles. Il avait confondu la piste avec l’Erdre, rivière qui traverse la ville!

7. Pour finir, Nantes n’est pas “chef-lieu de la Loire-Atlantique”. C’est la 6ème ville de France. Une des villes les plus attractives et dont la population explose. La préfecture de la région Pays de la Loire et, avec le duo qui est en train de se mettre en place avec Rennes, l’indéniable, irréfutable moteur du Grand Ouest .

Non monsieur, tout le monde ne souhaite pas revenir aux peintures rupestres, chier dans des copeaux et ne pas voir plus loin que le fond de son potager. Oui monsieur, le déménagement de cet aéroport dangereux et inadapté est une bonne chose, pourvu que des garanties environnementales soient données pour le nouveau. Et c’est justement le cas!

 

Lettre 2. De Fabrice Nicolino à Michel Fontaine

Cher monsieur Fontaine,

Vous êtes presque aussi drôle que monsieur Ayrault. Presque. Ne me dites pas que vous faites un concours, surtout ! Bonne journée,

Fabrice Nicolino

Lettre 3 : de Fabrice Nicolino à monsieur Fontaine

Cher monsieur Fontaine (bis),

Un ami de passage chez moi me recommande de vous répondre en détail, et je me laisse tenter. Allons-y donc !

1/ Vous faites très fort ! Construire un deuxième aéroport ex nihilo ne serait pas construire un deuxième aéroport, au motif que l’on abandonnerait – éventuellement – le premier. Je ne vous présente pas Ferdinand Lop, je pense que c’est inutile.

2/ L’emprise du projet est de 1650 hectares, compte non tenu de divers aménagements, notamment routiers. Dans ces conditions, ai-je eu à ce point tort de parler de 2 000 hectares quand vous-même, par extraordinaire, en restez à 1 000 ? Une expérience ancienne m’a conduit, allez savoir pourquoi, à constater que les aménageurs, une fois en place, ont une tendance irrépressible à s’étaler. Mais les vôtres doivent être différents.

3/ Votre ignorance en matière de biologie entrouvre des portes sur l’inconnu. La vie dans sa diversité restera, croyez-moi, indifférente à vos savoureuses considérations sur l’acidité supposée des sols. Et je vous invite charitablement à vous informer sur ce qu’est un bocage préservé. Il n’en reste que peu de cette taille dans la partie Ouest de la France. Est-ce bien de ma faute ?

4/ Quel magnifique argument ! Si je vous ai bien compris, parce que Grand-Lieu, lac auquel j’ai consacré de nombreux articles, est survolé par quantité d’avions, il faudrait en faire autant à Notre-Dame-des-Landes ? Vous pensez bien que je vais de ce pas noter cela dans mon carnet à citations.

5/ N’y touchez pas, il est à moi ! Eh, je vous laisse volontiers votre député-maire, savez-vous ? On n’aurait plus le droit d’attaquer des hommes politiques qui nous plongent dans le délire prévisible du chaos écologique ? Mais vous rêvez éveillé, savez-vous ? Toute l’histoire du mouvement démocratique réel est faite d’attaques contre les responsables politiques, et vous voudriez les arrêter ? Bon courage, monsieur Maginot ! Si monsieur Ayrault se juge diffamé, qu’il m’attaque en justice, cela ne me pose aucun problème. Soyez certain qu’en ce cas, le spectacle sera magnifique, et comptera de nombreux personnages, dont certains inattendus.

Par ailleurs, voyez que ma mauvaise foi n’est pas totale. Je vous donne raison. Comme si souvent, et c’est un tort, je suis allé trop vite. La vérité est que votre monsieur Ayrault a été président du groupe socialiste à l’Assemblée de 1997 à 2007, puis président d’un groupe plus vaste incluant notamment les radicaux. Quel homme !

6/Ah ! battez-vous avec eux, pas avec moi. Incapable que vous êtes de discuter les évidences proférées par ces pilotes, vous préférez croire à leur inexistence. Vous savez quoi ? Je pense qu’un complot se trame contre votre ami Ayrault, qui inclut Ouest-France, brûlot bien connu et agitateur de l’anti-France. Portez plainte ! Portez plainte !

7/ Emporté par votre élan patriotique, voilà-t-y-pas que Nantes ne serait plus chef-lieu de la Loire Atlantique. On voit bien comme ce terme vous chagrine, vous qui rêvez développement, Europe, infrastructures, explosion et moteur(s). Eh bien, redescendez une seconde parmi nous. Chef-lieu de la Loire Atlantique, mais oui.

Enfin, ô étrangeté radicale, vous l’homme pondéré, vous vous mettez à vitupérer et à insulter tel un Nicolino. Ne pensez-vous pas à la peine que vous faites aux écologistes dans mon genre et à leur famille ? Les peintures rupestres, passe encore ! Je vous félicite même pour ne pas avoir utilisé cette image galvaudée de la bougie. L’important n’est-il pas que nous soyons relégués dans les cavernes, en compagnie des bêtes sauvages avec lesquelles nous copulons dans l’ivresse ? Chier ? Vous avez dit chier ? Autrement dit, vous avez le droit d’être grossier pour la raison éclatante que vous incarnez tout à la fois la gauche et le progrès humain. Et je devrais m’excuser, moi, de m’être moqué publiquement de votre héros ? Eh bien, cher monsieur Fontaine, je crois bien que vous allez devoir attendre un moment. Les chiottes sont au fond de la cour. Bien à vous,

Fabrice Nicolino