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Mon ami Sylvain Angerand est en taule

Je n’ai pas l’habitude ici de relayer des communiqués de presse, mais je le fais aujourd’hui, car mon ami Sylvain Angerand est en taule en République du Congo, l’ancien Congo-Brazzaville. Sylvain est un authentique écologiste, membre des Amis de la terre, et l’un des meilleurs connaisseurs en France des problèmes de la forêt mondiale. Il est parti vers l’Afrique pour une enquête que je sais difficile, et dont je ne dirai rien ici. Bien sûr, qu’il sorte, et au plus vite ! Madame KM, nouveau ministre de notre sous-Écologie, ne manquera pas d’appeler notre ambassadeur sur place, je n’en doute pas. En attendant, Sylvain, un abrazo fuerte.

Ci-dessous, le communiqué des Amis de la Terre.
Arrestation d’un salarié des Amis de la Terre France au Congo

Montreuil, le 17 novembre 2010 – Alors qu’il était en mission à Pokola au Congo pour évaluer la certification FSC de l’entreprise CIB et l’impact de l’exploitation forestière sur les populations locales, Sylvain Angerand, chargé de campagne forêt aux Amis de la Terre France, a été arrêté ce matin par la police. Il était accompagné de Karine Dridi, réalisatrice indépendante et de deux salariés du CED (les Amis de la Terre Cameroun).

Mandaté pour évaluer la certification FSC (Forest Stewardship Council) de l’entreprise CIB (Congolaise Industrielle des Bois) à Pokola, Sylvain Angerand et les personnes qui l’accompagnent bénéficient des autorisations nécessaires pour filmer et photographier. Alors que la journée d’hier s’est déroulée dans de bonnes conditions avec une visite organisée par l’entreprise CIB, les choses se sont compliquées quand l’équipe a voulu recueillir les témoignages d’ex-salariés récemment licenciés. La police est alors intervenue, a arrêté Sylvain Angerand et les personnes qui l’accompagnent et a saisi le matériel video et photo. Un policier a déclaré : « la CIB vous a abandonnés ». Plus étrange encore, la CIB a mis à disposition de la police un technicien pour extraire les films déjà tournés et stockés sur l’ordinateur de Sylvain Angerand.

Pour Martine Laplante, présidente des Amis de la Terre, « Il est inadmissible qu’un salarié des Amis de la Terre en mission officielle au Congo soit arrêté simplement parce que l’entreprise CIB  souhaite faire taire les 150 salariés qui ont été licenciés récemment. Sylvain Angerand et les personnes qui l’accompagnent doivent être relâchés immédiatement et leur matériel doit leur être rendu. »

Plus con tu meurs (la phrase qui tue sur madame KM)

La sous-culture journalistique, c’est quelque chose. Je sais assez bien de quoi je parle. J’en ris, j’en pleure, ça dépend des jours. Aujourd’hui, ce serait plutôt le pleur. En boucle, cette imbécillité tant de fois ressassée qu’elle finira comme vérité : « Toutes les associations écologistes sont d’accord pour dire que Nathalie Kosciusko-Morizet connaît ses dossiers ». Elle les connaît si bien qu’elle vient d’accepter, faute du ministère de la Défense dont elle rêvait, un poste-croupion, celui d’une Écologie aux ordres des grands ingénieurs d’État, et rabotée du décisif secteur de l’énergie, qui va, comme on sait, à Éric Besson, nucléariste militant.

N’est-ce pas cocasse ? Les questions d’énergie, donc de climat, essentielles entre toutes, échappent à la dame, qui d’ailleurs s’en contrefout. Elle connaîtrait ses dossiers, et accepterait de devenir une potiche – avec harpe – sur les photos officielles. Oh comme c’est grand ! Je me permets de vous mettre ci-dessous le portrait que j’avais fait d’elle, qui date de près d’une année. Si vous avez le temps, je crois que cela ne manque pas d’intérêt. Et sinon, so long.

Madame Kosciusko-Morizet, immortelle combattante de l’écologie

Publié le 31 décembre 2009

Rendons à César. L’information qui est à l’origine de ce billet a été publiée par Bakchich (ici), avant d’être reprise et développée par Rue89, où je l’ai trouvée.

Je ne connais aucunement madame Kosciusko-Morizet, que les journalistes appellent NKM, heureux qu’ils sont de sembler partager quelque chose que les autres n’auraient pas. Je dois avouer de suite que ce dernier article de 2009 frôle la catégorie people, ce qui n’est pas glorieux pour moi. Mais bon, j’essaie de dire ce que je pense, et comme je viens de découvrir une abracadabrantesque historiette sur le site Rue89 (ici), je me sens tenu d’ajouter mon petit grain de sel, qui se trouve être de poivre vert. Désolé pour les pressés, mais on ne retrouvera cette fable qu’à la suite d’une longue présentation, moqueuse comme à l’habitude. Irrévérencieuse, oui, je dois en convenir.

Madame Kosciusko-Morizet est une politicienne aux cheveux flottant au vent. C’est un genre. Paris-Match lui avait offert le 23 mars 2005 une série de photos où elle posait, enceinte, couverte d’une robe diaphane dans son jardin, en compagnie – miracle – d’une harpe. Un coup de pub mémorable, mais qui ne fut pas compris comme cela. Que non ! L’inénarrable journaliste Anna Bitton – signataire d’un livre sur Cécilia ex-Sarkozy – écrivait pour l’occasion, et je vous demande de vous taire (1)  : « Il fallait un éclair d’audace. Oser, quand on est députée UMP, se prêter, pour Paris-Match, au jeu d’une photo artistique, symboliste, un tantinet New Age, et finalement très glamour. Nathalie Kosciusko-Morizet , benjamine des femmes de l’Assemblée nationale, est alanguie sur le papier glacé et sous un soleil mythique. Le chignon sage dont la belle polytechnicienne ne se départit jamais est, cette fois, défait. Les cheveux blond vénitien cascadent longuement sur une robe nacre de mousseline douce. Un bras lascif à bracelet d’or repose noblement sur un banc de pierre moussu, une main baguée caresse un ventre arrondi par la maternité. Un pied blanc et nu effleure les feuilles d’automne qui tapissent le jardin de sa maison de Longpont-sur-Orge. Une harpe, la sienne, luit en arrière-plan; deux bibles précieuses du XVIIe trônent à ses côtés »

Ce n’était qu’un début, un tout petit début. Je ne prétendrai pas que tous les événements médiatisés auxquels a été mêlée madame Kosciusko-Morizet ont été montés de la sorte, et donc pensés, mais enfin, cela se pourrait bien. Citons le pseudo-clash avec Borloo sur les OGM, qui lui avait permis, en avril 2008, d’évoquer un « concours de lâcheté et d’inélégance », avant que de devoir s’excuser. Citons la bise ostensiblement claquée sur la joue de José Bové en janvier 2008, et surtout le commentaire de l’altermondialiste, très éclairant : « Oui, on travaille ensemble depuis des années sur ces dossiers, et une relation d’amitié s’est construite entre nous. Et on se fait la bise à chaque fois qu’on se voit ! ».

Et arrêtons ce qui serait vite litanie. Madame Kosciusko-Morizet sait à la perfection se servir des médias et leur faire accroire qu’elle n’est pas comme les autres. Ceux de la droite ancienne, recroquevillée, poussiéreuse. Je pourrais aisément faire un florilège de plusieurs pages en ne citant que le titre de papiers hagiographiques parus ces dernières années. Et pas seulement dans la presse de droite, il s’en faut ! Des journaux comme Libération ou Le Monde se sont plus d’une fois surpassés dans ce qu’il faut bien nommer de la flagornerie. Je m’en tiendrai à un exemple hilarant, involontairement hilarant, paru dans Le Monde  du 9 janvier 2009. C’est un portrait, et il est long. Extrait premier : « Une femme n’est jamais plus belle que dans le regard de son amant. Le moins que l’on puisse dire est que Jean-Pierre Philippe, ex-militant et élu socialiste, aujourd’hui dirigeant d’une société de conseil, est amoureux de sa femme, Nathalie Kosciusko-Morizet. “Vous ne trouvez pas, demande-t-il, qu’elle est l’incarnation de la femme contemporaine ?” ».

Extrait second : « Il est indéniable que Nathalie Kosciusko-Morizet, dite “NKM” dans son entourage comme sur la scène publique, est d’une réelle beauté – une peau claire qui capte le moindre grain de lumière, le cheveu blond ramassé en chignon savamment indiscipliné, une panoplie de tenues déstructurées à l’élégance recherchée, jusqu’à ces mitaines qui allongent encore sa main de harpiste intermittente. Ce visage intemporel serait-il le secret de son inexorable ascension politique ? Ce serait faire injure à une femme convertie au féminisme par la lecture des deux Simone, Beauvoir et Weil, entrée très tôt en écologie, l’une des premières sur les bancs de la droite française ».

La chose est entendue. Les journalistes se pâment. Bové embrasse, et les associations écologistes pleurent quand Sarkozy décide, en janvier 2009, de la remplacer par Chantal Jouanno au secrétariat d’État à l’Écologie. Elles pleurent, littéralement, car tout le monde a visiblement eu droit aux bécots de madame. Arnaud Gossement, de France Nature Environnement : « Elle a été celle qui a fait monter le dossier environnement au sein de la droite ». Le WWF, de son côté, salue un « beau travail. Elle a fait bouger les moins de 40 ans à l’UMP. Elle démontre que les jeunes générations à droite se préoccupent d’écologie d’une manière intéressante (ici) ». Dès avant cela, en 2007, Nicolas Hulot avait déclaré avec un apparent sérieux : « Au sommet de Johannesburg, j’ai découvert sa constance, son immense compétence et son indéniable conviction. Il est rare que les trois soient réunis en politique ».

Nous y sommes enfin. Elle est belle comme le jour. Elle est incroyablement sincère. Elle est terriblement compétente. Elle est follement écologiste. Ma foi, s’il n’en reste qu’un à ne pas croire cette fantaisie, je crois bien que je serai celui-là. Bien sûr, je n’ai jamais visité l’intérieur de sa tête, et ne suis d’ailleurs pas candidat. Il est possible, il est probable qu’elle a mieux compris qu’un Sarkozy la gravité de la situation écologique. Il n’y a d’ailleurs pas de difficulté. Il est possible, il est probable qu’elle considère les questions afférentes à la crise de la vie comme méritant quelques mesures. Mais pour le reste, je suis bien convaincu qu’elle est une politicienne on ne peut plus ordinaire.

Ceux qui la vantent tant, y compris dans des groupes écologistes, ont fini par croire qu’elle était compétente. Mais en quoi, pour quoi ? Sa carrière est vite résumée. Née en 1973 dans une famille bourgeoise, elle entre à Polytechnique, puis devient Ingénieur du génie rural et des eaux et des forêts (Igref). Quelle pépinière d’écologistes ! Ce corps d’ingénieurs d’État est responsable au premier rang des politiques menées depuis la guerre en France contre les ruisseaux et rivières, les talus boisés, les forêts, et pour le remembrement, les nitrates, les pesticides. Elle n’en est pas coupable ? Non, mais quand on choisit un corps comme celui-là sans ruer dans les brancards très vite, eh bien, justement, l’on choisit.

Et nul doute que madame Kosciusko-Morizet a choisi. Entre 1997 et 1999, elle travaille à la direction de la Prévision du ministère de l’Économie, autre antre de la deep ecology. Elle poursuit sa route comme conseillère commerciale à la direction des relations économiques extérieures du même ministère. Au passage, je serais ravi qu’elle publie la liste des dossiers sur lesquels elle a alors travaillé. Par exemple sur son blog (ici), qui sait ? À côté des envolées d’Anna Bitton, ce serait du meilleur effet. Mais poursuivons. Après 2001 – nous nous rapprochons -, elle devient conseillère auprès du directeur de la stratégie d’Alstom. Alstom ! Le bâtisseur d’une grande partie des turbines du barrage chinois des Trois-Gorges ! Elle, conseillère, en stratégie, auprès d’Alstom ! Derechef, je ne serais pas mécontent que madame nous parle des conseils stratégiques qu’elle a pu donner à un tel ami de la nature.

La suite ? C’est la rencontre avec Chirac, et la mise sur orbite de la Charte de l’Environnement. Elle prépare pour lui le Sommet de la terre de Johannesbourg, l’été suivant. Mais avant toute chose, et je le répète, avant toute chose, elle s’arrange pour devenir la suppléante du député Pierre-André Wiltzer dans l’Essonne, aux législatives de 2002. À 29 ans. Sans la moindre preuve, je pense que le coup était préparé par ce vieux renard de Chirac. Car dès le gouvernement Raffarin II désigné, un certain Pierre-André Wiltzer se retrouve comme par hasard ministre. Et madame Kosciusko-Morizet devient aussitôt député, poste qu’elle occupera jusqu’à sa nomination ministérielle de 2007, et qu’elle retrouvera sans aucun doute.

And so what ? Je l’ai dit et le répète pour les sourds et les malentendants : madame Kosciusko-Morizet est une politicienne ordinaire, qui a découvert par hasard une formidable niche écologique et qui l’occupe du mieux qu’elle peut, tout en fourbissant les armes de son avenir. Et son avenir, elle le voit à l’Élysée, ni plus ni moins. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est elle. Dans son livre : « Tu viens ? », paru chez Gallimard, elle lâche le morceau : « Je veux être Présidente de la République ! ». Dès lors, tout devient d’une grande limpidité. Comme elle n’a que 36 ans, près de 20 ans de moins que Sarkozy, elle peut évidemment attendre au moins autant d’années. Et se forger en attendant une image de rebelle – je ne peux m’empêcher de rire aux éclats en associant l’image de la dame et celle du rebelle -, de femme compétente, de mère admirable, de harpiste incomparable, d’écologiste passionnée (et passionnante).

Voyez-vous, l’une des raisons du drame où nous sommes tous plongés est cet état de confusion régnant dans la presque totalité des cerveaux. Il suffit à des gens en apparence raisonnables – dont certains sont même écologistes- d’un battement d’yeux, d’un baiser sur la joue et de bimbeloterie diverse sans être variée pour qu’ils croient aussitôt la chose arrivée. Je me moque, c’est exact, mais ce sont eux qui l’ont cherché, pas moi. Si madame Kosciusko-Morizet était écologiste, au sens que je donne à ce noble mot, elle aurait évidemment refusé avec hauteur le secrétariat d’État à l’économie numérique que lui a refilé Sarkozy, qui ne la souffre pas. Voyons ! Si elle pensait ne serait-ce qu’un peu que la planète est à feu et à sang, accepterait-elle d’aller inaugurer les chrysanthèmes électroniques ? Voyons.

Si elle était écologiste, elle aurait démissionné avec fracas, déclarant avec pour une fois une flamme sincère, que la droite au pouvoir n’a évidemment rien compris – comme la gauche, d’ailleurs – à la crise écologique. Mais elle s’est couchée devant le maître, comme le font tous les autres depuis toujours. Et l’écologie attendra un moment plus favorable. S’il fallait une preuve supplémentaire, mes pauvres lecteurs de Planète sans visa, elle serait dans la place qu’occupe madame Kosciusko-Morizet au sein du dispositif de la droite. Le saviez-vous ? Elle est, depuis mars 2008, secrétaire général adjoint de l’UMP. Vous rendez-vous compte de ce que cela signifie ? Du temps passé dans les innombrables embrouilles et magouilles d’un parti de cette nature ? Vous rendez-vous compte ? J’ajoute un dernier mot sur son « amitié indéfectible » avec Rachida Dati, hautement et publiquement revendiquée. Deux femmes, comme on peut voir. Et deux ego aussi démentiels que ceux de leurs pairs hommes. Nous voilà bien.

Et bientôt arrivés. Que raconte donc le site Rue89, que j’évoquais tout là-haut, pour commencer ce vilain papier ? Presque rien. Nous sommes un peu avant l’été 2008, et madame Kosciusko-Morizet est toujours secrétaire d’État à l’Écologie, poste très enviable qui permet de passer dans les journaux presque chaque jour. Il y a eu le Grenelle de l’Environnement, on parle de taxe carbone, la réunion de Copenhague se profile à l’horizon. En bref, la place est bonne. Oui, mais la sous-ministre n’est pas tranquille, car Sarkozy, qui sait tout des bonnes relations qu’elle a entretenues avec Chirac, ne lui passe rien.

Elle veille donc au grain, au moment même où son mari, ancien socialiste devenu – devinez – sarkozyste, écrit un livre intitulé : « Où c kon va com ça ? Le besoin de discours politique ». Un ouvrage dont la France pouvait se passer, ce qu’elle a fait d’ailleurs, mais sur intervention révulsée de cette chère madame Kosciusko-Morizet. Le livre de monsieur, déjà mis en page, devait atterrir dans les librairies en septembre 2008. Que cachait-il de si terrible ? Selon les informations de Bakchich et de Rue89, le livre était barbant comme tout, mais faisait quelques allusions au maître de l’Élysée, Sarko 1er. Et cela, pour madame et ses ambitions, n’était simplement pas concevable.

Selon Bakchich, elle aurait menacé de divorcer en cas de publication ! Selon Rue89, elle se serait ridiculisée au cours d’un repas d’anthologie avec l’éditeur de son mari, Marc Grinsztajn. Ce dernier raconte : « On a convenu d’un dîner à mon retour de vacances. Au départ ça devait être un dîner pour discuter (…) mais ça s’est transformé en dîner officiel avec sa femme au ministère ». Diable ! Au ministère de madame Kosciusko-Morizet ? Pour un livre écrit par son mari ? Certes. Et voici la suite, telle que racontée par le même : « Elle feuilletait le livre tout au long du dîner en disant : “Ça c’est subversif, ça c’est subversif…” ». Guilleret, hein ? Et pour la bonne bouche, ces propos attribués à la si subversive madame par Marc Grinsztajn : « Normalement, je ne lis pas les livres de mon mari, pour qu’on ne m’accuse pas de les censurer. Mais quand Libé a appelé pour faire un portrait de mon mari sur le thème “Jean-Pierre Philippe, premier opposant de Nicolas Sarkozy”, ça m’a mis la puce à l’oreille. J’ai demandé à un conseiller de le lire, qui m’a dit : “Madame, le livre ne peut pas sortir en l’état. Si le livre sort, vous sautez.” ».

Voilà. Voilà celle que tant d’écologistes, voire d’altermondialistes, considèrent comme l’une des leurs. La prochaine fois que vous la verrez aux actualités, ce qui ne saurait tarder, rappelez-vous cette phrase-étendard : « Ça c’est subversif, ça c’est subversif…». Et riez de bon cœur.

(1) Le soir du premier tour des présidentielles de 1995, dans un numéro inoubliable, le candidat battu Édouard Balladur avait crié à ses partisans, qui apparemment voulaient en découdre verbalement avec Chirac, passé in extremis devant leur champion : « Je vous demande de vous taire ! ». Des images comme on aimerait en voir plus souvent.

PS : Cette histoire, à la réflexion, me fait penser à Panaït Istrati, écrivain roumain. Je l’ai beaucoup lu, je le tiens pour un grand de la littérature du siècle écoulé. En outre, il était incapable de mentir. Compagnon de route du parti stalinien à la fin des années 20, il se rend en Union soviétique à l’heure où tant d’autres écrivent des odes à Staline. Je ne parviens pas à remettre la main sur un livre écrit, je crois, en 1930, et qui s’appelle Vers l’autre flamme. Si je me trompe, ce sera sur des détails. Donc, Istrati ramène d’un long séjour en Union soviétique ce livre, dans lequel, à la différence de (presque) tous les autres, il dit la vérité. Il a vu le malheur, la dictature, la mendicité, il a vu les innombrables vaincus du pouvoir stalinien. Et comme, sur place, il se plaint auprès de ses hôtes, l’un d’eux, probablement un écrivaillon aux ordres, lui dit : « Mais, camarade Istrati, on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs ». Alors, Istrati lui répond : « Camarade, je vois bien les œufs cassés, mais où est l’omelette ? ».

Il ne s’agit que d’un rapprochement, pour sûr, car je place Istrati bien au-dessus des lamentables mièvreries évoquées ci-dessus. Simplement, je trouve que Panaït permet de reprendre ses esprits, quand on les a perdus. Or un nombre considérable de gens de bonne foi n’ont plus les yeux en face des trous dès qu’il est question de madame qui vous savez désormais. D’où ce rappel en apparence incongru du grand homme oublié que fut Istrati.

Voilà bien ce qu’il faut faire (l’aéroport Notre-Dame-des-Landes)

Je sais que je rêve éveillé, mais je ne souhaite qu’une chose : que naisse enfin une véritable opposition à la marche écrasante de la destruction. Ceux qui refusent la construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes – une partie du moins – sont en train de se transformer en combattants (ici). On me demande souvent, ici ou ailleurs, ce que l’on peut faire. La réponse évidente est qu’il faut se battre. Pas en sirotant le champagne dans les salons ministériels. Pas en participant à ce damné Grenelle de l’Environnement. En agissant, sans peur et sans reproches.

Extrait du journal Ouest-France de ce jour : « 70 manifestants ont empêché le début de l’enquête d’utilité publique. Ils ont bloqué l’accès à la salle, qui leur était réservée à la mairie, aux trois commissaires enquêteurs. Ceux-ci ont alors fait constater par un huissier l’impossibilité de conduire leur enquête. Ils ont ensuite demandé l’intervention des gendarmes pour pouvoir quitter la mairie. Mauvaise surprise, au moment de vouloir quitter Notre-Dame des landes, ils ont constaté qu’un pneu de leur voiture avait été crevé ; les manifestants, eux, sont toujours sur place ».

Voilà ! Voilà bien ce qu’il faut faire. Aucun compromis n’est possible. Aucun. Il faut vaincre.

Les gaz de schistes annoncent-ils une révolution ?

Je vous ai parlé il y a quelques semaines des gaz de schistes. Plutôt, j’ai reproduit un article que j’avais écrit pour Charlie-Hebdo (voir ici). Si j’ai mis un point d’interrogation au titre du papier d’aujourd’hui, c’est bien entendu par précaution. N’étant nullement devin, ni ne souhaitant faire semblant, je ne suis pas certain de ce que j’écris. Mais de très nombreux éléments convergent vers un constat : la découverte de gisements – réels ou potentiels – de gaz de schistes un peu partout paraît devoir changer la donne énergétique mondiale.

D’ores et déjà, les États-Unis sont en train de se libérer à grande vitesse des importations massives de gaz naturel en provenance de pays instables ou même hostiles. Certains disent que ces « gaz non conventionnels » piégés dans des couches géologiques argileuses représentent au moins quatre fois les réserves de gaz jusqu’ici connues. Et c’est pourquoi des permis d’exploration sont accordés partout où ils sont demandés. En France, comme je l’ai écrit ici, Total, GDF Suez et des compagnies américaines ont déjà reçu une autorisation signée Jean-Louis Borloo. La zone la plus prometteuse se situerait en Ardèche, mais il en est bien d’autres.

Ce qui commence est assurément une bagarre mondiale d’une ampleur inédite, car elle touche et touchera au cœur de nos modes de vie. Déjà, les pétroliers affinent une propagande que l’on nous servira ad nauseam. Le gaz contribuerait nettement moins que le charbon à l’effet de serre. Ce qui est vrai, mais n’a en réalité aucun sens. Car les tenants de l’économie réelle n’ont qu’un seul but et l’auront jusqu’au bout : continuer. Continuer à produire des merdes que l’on entasse avant de les jeter. Et pour cela ajouter au pétrole, au charbon, au gaz conventionnel, au nucléaire, tout ce qu’ils trouveront à mettre dans leurs foutues machines. Aucune réduction des émissions de gaz à effet de serre ne serait alors seulement tentée. Avec les gaz de schistes, nous allons droit à un emballement de la si vaste et si complexe machine climatique. Les ordres de grandeur font que plus rien n’aura d’importance. Si vous relâchons les milliers de milliards de mètres cubes de gaz de schistes contenus sous terre, la crise climatique deviendra probablement sans issue humaine. Il n’y a aucun compromis possible avec les criminels qui préparent cette nouvelle « révolution énergétique ». Ou nous arrêterons le développement des gaz de schistes – et la tâche est herculéenne-, ou nous subirons tous une défaite historique aux conséquences incalculables. Il faut d’ores et déjà s’y mettre. Pas demain. Maintenant. Car les pétroliers arpentent déjà notre terre. Nos terres. Notre terre.

Je vous mets ci-dessous, en anglais pardonnez-moi, un article ébouriffant du plus grand quotidien économique de la planète, The Financial Times (FT). Je n’ai pas le temps de le traduire, mais il n’est guère difficile. Bien que n’évoquant qu’à l’extrême marge les problèmes écologiques posés par les gaz de schistes, il est passionnant de la première à la dernière ligne. Voilà ce que voient les maîtres du monde : la possibilité pour l’Occident de reprendre la main face à la Russie et aux pays du Sud producteurs de gaz et même de pétrole. Le titre dit tout « Les gaz de schistes changeront le monde » (ici).

Shale Gas Will Change The World

Everybody’s favourite moment in The Graduate is when the film’s hero is cornered by one of his parents’ friends. The older man’s advice to Benjamin Braddock consists of just one word – « plastics ». Something similar keeps happening to me at international conferences. I will be minding my own business, when a delegate will get up with a gleam in his eye and announce portentously – « shale gas! »

This conference chatter is a reflection of growing excitement in the US and Europe at the idea that we may have discovered a large part of the answer to one of the most vexatious problems in foreign and economic policy – energy security.

For decades, American politicians have vowed to pursue « energy independence » and to free the US from reliance on foreign supplies. Yet the reality was that America was facing a future of growing dependence on oil and gas from a variety of unstable, unfriendly and autocratic countries. Meanwhile, the European Union has become increasingly paranoid about its reliance on natural gas supplies from Russia – particularly given the Russian propensity to exert pressure on its neighbour, Ukraine, by cutting off gas supplies. Just to add to the frustrations for the US and Europe, one of the very few alternative suppliers of natural gas is Iran.

It has long been known that the US is sitting on potentially huge supplies of unconventional shale gas. But until recently, these reserves were very hard to exploit. Now, however, technological breakthroughs mean that many of the economic and technical concerns about exploiting shale gas reserves are being dealt with. Over the past three years, American production has soared. This year, the US overtook Russia to become the world’s biggest gas producer for the first time in a decade.

The result is that the shipping terminals that the US built to receive liquid natural gas from overseas are now lying virtually empty. The rise of shale gas, which can be used to produce electricity, reduces dependence on domestically produced, but dirty, coal. If cars powered by electricity or gas improve, shale gas would also reduce reliance on Middle Eastern oil.

Both the EU and China are excited by the idea that they too may soon enjoy a shale gas bonanza. Chinese foreign policy has increasingly been driven by the need to secure energy supplies. But China looks as if it may have its own shale gas reserves, and has signed an agreement with the US to look into exploiting them.

The excitement in Europe is even more pronounced. Just as North Sea oil and gas supplies are running down, the British are hoping that they may discover exploitable supplies of shale gas in Wales and north-west England. The Poles, who have their own special reasons to fear energy dependence on Russia, also think they have exploitable reserves. Radek Sikorski, the Polish foreign minister, recently visited Houston to talk to the big US energy companies about shale gas.

Even if European reserves are not as promising as some hope, the EU still stands to benefit indirectly from American shale gas. Supplies of liquid natural gas from Africa and the Gulf, which might have gone to the US, are now being redirected to Europe – reducing the Union’s dependence on Russian gas.

The geopolitical effects of all this may be already being felt. In recent months, western officials have noticed a distinctly more friendly tone in their dealings with Russia. The Russians have signed a new nuclear arms reduction treaty with the US, accepted the idea of tougher sanctions on Iran and responded to the air crash on Russian soil that killed the Polish president and his entourage with unexpected openness and sensitivity.

Some western officials attribute this change in tone in the Kremlin to the US altering its position on missile defence; others credit the growing influence of President Dmitry Medvedev. But some think that Russia is already adapting its foreign policy in response to the sharp fall in the price of gas and the shift on world energy markets.

Of course, there are shale gas sceptics. Some veterans of the energy industry point out that there have been false dawns before – miraculous new sources of energy that disappointed in the end. It is true enough that most miracle cures fail – in energy, as in most other walks of life. But it is also true that predictions in the 1970s that the world was « running out » of fuel were disproved by a combination of technological advances and new discoveries – precisely the combination offered by shale gas.

Some environmentalists are also less than delighted by the shale gas revolution. There are concerns about environmental dangers posed to groundwater by the chemicals that are used to extract the shale gas – and such fears will only be heightened by the oil spill off the coast of Louisiana.

In the short term, increased use of gas will make it much easier for the US and Europe to cut emissions of carbon dioxide, because gas is much less polluting than coal. On the other hand, shale gas is still a fossil fuel and produces greenhouse gases. For those environmentalists who dream of a future powered by windmills and solar panels, the dash for gas is a distinctly mixed blessing.

Of course, shale gas cannot be a complete answer to the west’s energy security problems – far less to climate change. But in a world that is not short of bad tidings at the moment, shale gas is a welcome piece of genuinely good news.

Copyright 2010, Financial Times

« J’suis cocu, mais content », air connu (le triste Grenelle)

Je ne sais plus si je dois les plaindre ou les vomir. Peut-on faire les deux ? En ce cas, je prends. Les pauvres marionnettes écologistes du Grenelle de l’Environnement pendent encore par leurs ficelles, mais cette fois dans le vide. Dernier camouflet en date : Bruno Le Maire, ministre de l’agriculture industrielle. Ce triste sire, qui s’est vendu pour une bouchée de pain aux pesticides à Sarkozy, après avoir servi Villepin, vient tout simplement d’énoncer une vérité élémentaire, et c’est que l’écologie peut aller se faire foutre.

Je cite une dépêche de l’AFP : « Le ministre de l’Agriculture Bruno Le Maire souhaite « une pause en matière de règles environnementales », a-t-il déclaré dans une interview au quotidien Ouest-France daté de lundi. « Nous devons adapter un certain nombre d’objectifs qui ne sont plus atteignables », a affirmé Bruno Le Maire, interrogé sur la capacité de l’agriculture à tenir les objectifs du Grenelle de l’environnement, qui prévoit notamment un renforcement de l’encadrement des produits phytosanitaires. Le ministre demande « une pause en matière de règles environnementales pour laisser le temps aux paysans français de mettre en place ce qui a déjà été décidé, plutôt que de rajouter toujours plus de règles qu’ils n’arriveront pas à suivre dans l’état actuel ». « L’agriculture française est en convalescence. Ne freinons pas son redémarrage », a expliqué M. Le Maire ».

Je suis navré de devoir l’écrire, mais mon ami François Veillerette, président du Mouvement pour les droits et le respect des générations futures (MDRGF), a pour l’occasion publié un bien triste communiqué, dont j’extrais ces lignes : « Nous exigeons de M. le ministre une re?affirmation forte des objectifs pris dans le cadre du Grenelle, il en va de la cre?dibilite? de la France en matie?re d’agriculture et d’environnement. Nous attendons aussi de M.Borloo, Ministre de l’Ecologie ainsi que de la Secre?taire d’Etat a? l’e?cologie, Mme Jouanno, une telle re?affirmation ». C’est pathétique. Je dois rappeler que l’objectif dérisoire consenti par nos maîtres au Grenelle était celui-ci : une re?duction de 50% des pesticides a? l’horizon 2018, à la condition expresse que d’autres solutions existent. Et sinon, balle-peau. Mais même cet objectif grotesque – les pesticides sont-ils, oui ou non, un poison massif pour tous les organismes vivants ? – était de trop pour les marchands de mort.

Donc, Le Maire s’est couché, ce qu’il adore faire. Évidemment, il l’a fait sur ordre. De Sarkozy, qui prépare 2012 et cajole en conséquence les « publics spécifiques » chers à Chantal Jouanno (ici, un film comique). Les écologistes officiels sont donc cocus, et ridicules. Je me permets de dire que je déteste en fait le mot de cocu, mais il me paraît s’imposer dans ce climat loufoque digne des pièces de Feydeau. Les portes claquent, les médailles – la Légion d’honneur est partout -, s’envolent, les ministresses s’éventent, les placards sont pleins de surprises, et pas seulement d’amants cachés. Même le WWF, artisan clé des si glorieux « Accords du Grenelle de l’Environnement », fronce les sourcils. Ah ça, nous aurait-on menés en bateau ? Eh non, grands chefs écologistes, c’est vous qui avez mené la société en balade, avant de l’abandonner au fond des bois.

Le WWF, j’y reviens, est exemplaire (lire ici). Serge Orru, le directeur, et Isabelle Autissier, la présidente, font les gros yeux. Le premier : « Si l’objectif d’une réduction de 50% des pesticides d’ici 2018 était remis en cause, ce serait proprement irresponsable : il en va de la santé de dizaine de milliers d’agriculteurs. Nous appelons le président de la République à confirmer son engagement sur cet objectif ». Et la seconde : « Ce n’est pas avec de tels assouplissements que le France échappera aux condamnations pour non respect des objectifs européens ». Ouh là là ! Je sens que Sarkozy va prendre peur, et revenir à son engagement écologiste de toujours. Il aura été trompé par de mauvais ministres, comme tant d’autres avant lui. Plus sérieusement, les associations écologistes officielles sont plongées dans une merde qu’elles ont elles-mêmes pelletée. Incapables de la moindre analyse sérieuse de notre société, tenues en laisse de multiples manières, dépourvues du moindre relais réel dans la société, elles se réfugient comme de juste dans le virtuel d’Internet et les ronds de jambes endimanchés.

Cela durera ce que cela durera. Faire disparaître ces très mauvais instruments du combat écologiste est hors de portée. Mais on peut en tout cas se préparer. Mais on peut, mais on doit en attendant parler sans avoir peur. Sans reculer. Sans bredouiller. C’est la honte, voilà tout ce que je peux dire.