Archives de catégorie : Mouvement écologiste

Complément made in France (sur Bové et Cohn-Bendit)

L’article précédent sur la Chine manque singulièrement de ce petit ajout sur la France. En plus du reste, nous sommes d’évidence plongés dans une confusion mentale ébouriffante. Si ébouriffante même que rien de sérieux ne sera gagné – je vous donne là ma conviction profonde – tant qu’elle perdurera.

Je ne vais pas être long, car vous savez tout comme moi la forme de la pantomime en cours. La liste Europe-Écologie a réussi une percée aux dernières élections européennes. Je n’y reviens pas. Ou plutôt, je reviens une seconde sur l’alliance extraordinaire conclue pour l’occasion entre Cohn-Bendit et Bové. Le premier avait appelé à voter oui au traité européen, en 2005, qui ouvrait un peu plus la voie à la destruction du monde par la production et la vente de marchandises. Ce qui est d’une logique parfaite, car Cohn-Bendit est le défenseur du « libéralisme économique », dont on admire les résultats à chaque seconde qui passe.

Mais la chose rigolote – si, rions malgré tout -, c’est qu’en 2007, José Bové entraînait dans son aventure personnelle des élections présidentielles quelques centaines de militants sincères, qui pensaient alors poursuivre le combat engagé en 2005 contre le traité européen. Bové était en effet de tous les meetings en compagnie de Buffet, Mélenchon, Besancenot et consorts. Poing levé, comme il se doit. À cette date affreusement lointaine, il considérait cette Europe-là comme le symbole du malheur social et écologique. Puis, en 2007, cohérent comme ce ne devrait pas être permis, il annonçait venu « le temps de l’insurrection électorale contre le libéralisme économique ». Rien que cela.

Et puis donc, cette alliance. Aucune explication. Aucun clarification. C’était ainsi. Ce sera comme cela. À prendre ou à laisser. Je vois dans ces sinuosités sans fin l’un des fondements principaux de la crise des esprits. Et, partant, de notre incapacité à seulement penser la crise écologique. Quant à s’interroger sur les liens entre consommation ici et désastres continus en Chine, évidemment, cela reste hors de portée. Je sais bien que c’est désagréable à lire. Mais la situation est désagréable. Il me semble bien.

Une fabuleuse victoire indienne (vive le Pérou libre ! Kawsachun Piruw !)

(Ce texte est long, et rien ne vous oblige. Il tente de mettre en perspective les événements en cours au Pérou. C’est loin ? Oui. Plutôt non, puisque cette histoire nous dit la vérité du monde. Loin de nos petits engouements et passades, des hommes se battent pour de vrai.)

Le sujet n’est peut-être pas affriolant, mais il n’empêche que le Pérou est proche. Et qu’il m’est cher. J’y ai passé un petit temps à des époques si lointaines qu’elles me semblent incertaines. Mais pourtant. C’est à mes yeux l’un des plus beaux pays au monde, dans lequel la vraie nature fait de la résistance, tant bien que mal. On y trouve dans les hauteurs, comme chacun sait, des lamas, des vigognes, des alpagas. Et dans la sombre forêt amazonienne, des caïmans, des jaguars, des centaines d’espèces d’oiseaux et un nombre incalculable d’insectes, parfois et même souvent inconnus des hommes.

Dans ce pays, il ne faut s’étonner de rien. Car même les hommes, même certains hommes sont inconnus de nous. L’an passé, une agence publique brésilienne –  la Fondation nationale de l’Indien (Funai) –  a publié des photos bouleversantes saisies depuis un hélicoptère. On y voit, entre Brésil et Pérou, six huttes et un terrain cultivé, où poussent le manioc et des pommes de terre (ici). Et quelques Indiens qui n’ont jamais eu de contact avec notre monde malade, envoyant des flèches vers le ciel. Cette vision m’habite en profondeur, je n’ai aucune honte à l’écrire. La seule chose que je regrette, c’est que les flèches ne puissent atteindre leur cible, qui est de toute évidence notre être.

Le Pérou est un pays indien. Son nom même viendrait de celui du fleuve Biru, par lequel les funestes Conquistadores s’engouffrèrent en pays inca, voici 500 ans. D’autre sources évoquent l’existence d’un chef  indien applelé Birú, d’où viendrait l’appellation de ce grand pays découpé par les envahisseurs. Le Pérou d’aujourd’hui est un désastre et une honte. Il compterait environ 29 millions d’habitants, dont beaucoup massés le long de la côte. Lima, à elle seule, dépasse les huit millions d’habitants. Combien d’Indiens parmi les Péruviens ? À peu près la moitié, auxquels il faut ajouter presque 40 % de mestizos, des métis de Blancs et d’Indiens. Los descendientes españoles, les descendants d’Espagnols, d’Européens en général, et même de…Japonais n’atteignent pas 15 %. On trouve aussi, dans ce pays martyre de l’histoire, quelques centaines de milliers de Noirs, dont les ancêtres ont été traînés de force sur le continent américain.

Et malgré cela, les Blancs du Pérou continuent, pour beaucoup d’entre eux, d’employer le mot de cholos quand ils parlent des autres, c’est-à-dire de leur peuple. Or cholos, dès l’invasion espagnole, a désigné les chiens bâtards qui traînaient autour des maisons, puis les enfants bâtards nés de père espagnol et de mère indienne, puis par extension tout ce qui n’était pas puro. 87 % de la population péruvienne n’est pas pura. Est-ce le cas d’Alan García Pérez, le président en titre ? La question de sa « race », figurez-vous, est un sujet de conversation. Tandis que certains vantent ses « traits espagnols », d’autres affirment qu’il est tout de même moins blanc que blanc, ce qui cacherait d’anciennes coucheries avec des Indiennes. Ainsi va le monde péruvien.

Quoi qu’il en soit, Alan García, qui a déjà été président entre 1985 et 2000, a ruiné une première fois son pauvre pays, lui laissant une inflation de plus de deux millions de pour cent avant de s’enfuir à Paris. Oui, ce charmant monsieur a vécu de longues années chez nous, où il s’est acheté, sûrement avec son salaire, un appartement de 200 mètres carrés rue de la Faisanderie, dans les quartiers riches de notre capitale. Pendant ce temps, les Indiens quechuas, aymaras, chachapoyas, aguarunas, asháninkas, shipibos, cañaris, mochicas, chimúes, tallanes, tumpis ont continué à trimer, car il faut bien que quelqu’un le fasse.

Depuis juin 2006, malgré les désastres qu’il a causés, García est de nouveau président. Disons pour rester modéré qu’il est vendu corps et âme au libéralisme made in America. C’est d’ailleurs pourquoi il a des ennuis en ce moment. Je vous résume en quelques mots. En parallèle du Traité de libre commerce (TLC) signé avec le gouvernement de W.Bush, García a pris des décrets qui ouvrent l’Amazonie péruvienne – 60 % du territoire – à la propriété privée et aux transnationales forestières, minières et pétrolières (ici). Sans aucune discussion, alors que la loi l’y oblige.

Les Indiens, ces sots, sont aussi des ingrats. Au lieu de préparer leurs baluchons, ils ont commencé à barrer des routes et occuper diverses installations dans le nord-est du pays. Jusqu’à indisposer la patience de monsieur García, qui a envoyé la police. D’où des affrontements terribles dans la petite ville de Bagua, à 1 000 km de Lima. Deux jours de combats – les 5 et 6 juin – ont provoqué la mort de dizaines de personnes. Je gage qu’on ne saura jamais combien. La télévision officielle a tenté une opération usuelle, présentant les Indiens comme des terroristes assoiffés de sang. Et les policiers comme des héros de la nation tout entière.

Là-dessus, les choses se sont encore envenimées après la mise en accusation du chef indien Alberto Pizango, accusé par le pouvoir d’être le « responsable intellectuel » de la violence. Pizango s’est dans un premier temps réfugié à l’ambassade nicaraguayenne de Lima avant de partir à La Paz, en Bolivie, où le président indien Evo Morales lui a accordé le droit d’asile. Et ? Et grosse surprise :  Alan García a pris peur, au point de suspendre le décret le plus controversé. Ce n’est qu’une halte, bien entendu. Un armistice dans une guerre totale entre la vie et la mort, nous en sommes bien d’accord, n’est-ce pas ? Il reste que ce samedi 13 juin 2009 en restera illuminé chez moi.

Oui, je pense autant qu’il m’est possible aux émeutiers de Bagua et d’ailleurs. Et même s’ils devaient perdre la partie, j’aimerais leur dire – mais comment ? – qu’ils nous montrent la seule voie praticable. Je veux dire la révolte. La vraie. La seule. Celle qui s’achève par la victoire. Ou une défaite qui annonce d’autres soulèvements. Je sais bien que notre France abreuvée, saoulée d’objets et de publicité, tourneboulée par les dérisoires événements électoraux de dimanche dernier, dort à poings fermés. Mais tous ne sont pas couchés. Je vous salue ! Je vous salue sans savoir quoi faire de plus, pour le moment du moins. Je vous salue, frères indiens. Parmi les quelques mots quechuas que je traîne dans ma besace, il y a warak’ay, qui signifie jeter une pierre avec une fronde. Et kawsachun sikllakay, qui pourrait vouloir dire Vive la beauté ! J’emploie le conditionnel, car je n’ai jamais prononcé ces mots. Peut-être quelqu’un en saura-t-il plus que moi ? Et surtout pas de malentendu : je sais parfaitement qu’il existe des dizaines de peuples indiens au Pérou. Les Quechuas ne sont pas en première ligne cette fois. Mais demain ? Je sens, je suis même sûr que nous nous retrouverons sur le chemin de sikllakay.

Cette vie si étrange (un avion s’abat sur les élections)

Au moment où j’écris ces lignes, il y a une semaine que le vol AF-447 Rio-Paris s’est terminé tragiquement pour les occupants de l’avion. Et le moteur de recherche « Google Actualités » dénombre la bagatelle de 1 150 articles consacrés à cette affaire dérisoire. J’écris dérisoire, car elle l’est vraiment. Elle est à ce point insignifiante qu’elle confine en effet à la moquerie pure et simple. Sauf qu’elle est aussi infiniment sérieuse.

Il va de soi que je plains les victimes et leurs proches. Mais il est certain que ce drame privé n’a pas la moindre raison d’occuper les télés, les radios, les journaux de manière obsessionnelle. J’ajouterai le mot obscène, car nous ne sommes guère loin de la pornographie de l’âme. Le nom des morts, leur passé connu ou inventé, les larmes des vivants, le soulagement d’une paire de miraculés, tout cela ressortit à l’immondice et donne la nausée. Ce qui fut un grand journal – Le Monde – aura accordé sa une et une large photo à ce fait divers. Les autres ont fait pire, à peine pire.

Je ne sais pas, dans les détails, ce que cela veut dire. Mais je sens que ce signe est d’une rare gravité. Un peuple qui s’enivre de la recherche de bouts de bidoche et de carlingue est mûr pour les aventures extrêmes. Tous les signaux s’allument. Tous les signaux sont allumés. Tous les voyants clignotent. Et ce n’est pas le grand succès télévisé du film Home – France 2 a réuni plus de 8 millions de téléspectateurs vendredi – qui y changera quoi que ce soit. Je ne critique pas, en l’occurrence, Yann Arthus-Bertrand. Cet homme dont je suis si éloigné a l’étonnante capacité – que je n’aurai jamais – de parler à des millions d’êtres de choses sérieuses. Tout le reste est second. Y compris ses financements, et donc toutes ses ambiguïtés.

Mais au fond, que penser de ce grand spectacle, que je n’ai d’ailleurs pas vu, faute de télé ? D’un côté, on peut estimer à bon droit qu’il aura fait œuvre de pédagogie. D’un autre, on ne peut qu’être frappé par la multiplication des alertes du même type. Hulot le fait – très bien – avec Ushuaïa, et tant d’autres les ont précédés que je vous en épargne la liste. Vous voulez mon avis ? Quelque chose ne tourne pas rond. J’ai le sentiment d’un simulacre. D’un dispositif par quoi des millions de gens font semblant. D’être au courant. De commencer à faire quelque chose.

Je n’écris pas pour le plaisir du paradoxe. Et sachez que je souhaite vivement me tromper. Vivement. Mais enfin, depuis combien de lunes nous répète-t-on que le compte à rebours a commencé, et qu’il ne reste plus que tant de jours, de mois et d’années avant que tout ne soit foutu ? Arthus-Bertrand, après une flopée d’autres, déclare devant tous les micros qu’on lui tend : « On a dix ans pour changer ». Le croit-il ? Croit-il qu’on peut changer de direction motrice en s’appuyant sur la BNP – qui le finance – et d’autres sponsors qui ont tous intérêt à ce que dure ce développement suicidaire ?

Je me répète : je n’écris pas pour le plaisir du paradoxe. Ni pour celui de la solitude dédaigneuse. Seulement, je ne veux plus composer avec ces illusions constantes que la doxa – cet ensemble formant confusément l’opinion du jour – nous impose. Si je suis moi dans la répétition, d’autres sont dans le radotage, qui croient, après Fairfield Osborne, Roger Heim, Rachel Carson, le Club de Rome, René Dumont, les engagements de Rio (etc) qu’il suffit de parler. Eh non ! Il faut défier, il faut désigner les points nodaux, puis s’en emparer, et donc agir, comme jamais. Non pas surfer sur le Net, mais affronter le réel, enfin. Et ce sera bien plus dur que de gagner quelques sièges de députés européens.

Un mot sur ces élections d’hier. Le succès d’Europe-Écologie n’est pas la bonne nouvelle que certains imaginent. En tout cas, telle est mon opinion. Car elle relance la machine à fabriquer des billevesées. Elle laisse croire qu’une avancée réelle pourrait passer par un gain ridicule dans des élections sans enjeu véritable. Franchement, je suis partagé entre  le rire et les larmes. Où l’on revient à l’incroyable vide de l’information et de ceux qui s’en disent les maîtres inspirés. Des centaines, demain des milliers d’articles sur le crash du vol Rio-Paris. Et de même des centaines, suivis de milliers de commentaires sur ce presque rien électoral, qui devient brutalement tout.

Moi, j’ai fait un calcul à la louche – à l’instant – du vrai résultat des élections d’hier. Sarkozy, qui tient tous les pouvoirs en mains, a réuni un peu moins de 12 % des électeurs inscrits. Un vrai triomphe. Cohn-Bendit autour de 7 %. Mélenchon et ses nouveaux amis communistes, 3 % environ. Telle est la base véritable à partir de laquelle nous pourrions commencer à analyser les chiffres. Mais nul ne le fera bien sûr. Car dans la société des décideurs de tout poil – médias inclus -, la réalité n’est plus que représentation et spectacle, théâtre d’ombres et manipulation. Non, je crois devoir vous dire que nous ne sommes pas sortis de l’auberge. Laquelle ressemble de plus en plus à celle du film d’Autant-Lara, tourné en 1951. Dans L’Auberge rouge, les voyageurs sont plongés dans une mortelle croyance. Ils pensent atteindre au repos, ils croient qu’on les nourrira bien et qu’ils pourront reprendre la route dans de meilleures conditions. Ils me font penser à quelqu’un. Ils me font penser à nous.

PS : Je sais bien que nombre d’entre vous ont voté. Je sais bien que nombre d’entre vous souhaitent pour une fois se laisser bercer. Et je le comprends d’autant plus facilement que, sans ironie, j’ai toujours aimé les comptines. Mais mon rôle, et je n’y puis rien, est de vous dire ce que je pense, sans tenir compte du reste. C’est mon destin. Mais vous l’avez sûrement compris.

Comment j’ai fait affaire avec un curé (sur les Cahiers de Saint-Lambert)

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(Le texte qui suit se lit mieux après celui qui précède, mais le diable est dans les détails, et charité bien ordonnée commence par soi-même. À moins que vous ne me donniez le bon Dieu sans confession, ce que je refuserai, soyez-en tous certains.)

Un jour, j’ai rencontré Dominique Lang. C’était il n’y a pas bien longtemps, car j’étais déjà vieux. Mais j’ai été vieux très jeune. Dominique est un prêtre catholique qui doit approcher de quarante ans, à moins qu’il ne les ait eus depuis notre rencontre. Nous nous sommes vus pour des raisons professionnelles, et puis la roue a heureusement tourné. Je veux dire que nous nous sommes parlé. Il faut répéter, si nécessaire, que tout nous sépare. Presque tout.

Dominique appartient à la congrégation des Assomptionnistes et vit dans un monastère non loin de Paris, entouré d’une trentaine d’hectares de bois, Saint-Lambert. Le temps ayant fait son office entre nous, il est arrivé qu’on parvienne à l’essentiel, qui est, comme vous le savez, l’incroyable crise de la vie sur terre. Chez les catholiques, cet incessant ravage devrait, pense-t-on, soulever les cœurs. Car enfin, la Créature – l’homme – n’est pas tout. Dieu ne lui aurait-il pas, par hasard, offert en même temps les splendeurs de la nature, c’est-à-dire la Création ?

D’une manière qui me demeure incompréhensible, les cathos, qu’ils soient de droite ou de gauche, semblent dans leur immense majorité indifférents à la mort des espèces, à la disparition des espaces, à la dislocation des écosystèmes. Mais dans le même temps, et malgré tout, l’Église catholique reste en France une puissance spirituelle et temporelle d’une rare force. Qui influence de toute façon des millions de personnes chez nous, et des centaines de millions ailleurs. Malgré la désertion des églises le dimanche. Malgré les divorces. Malgré ce pape aussi théologien qu’insupportable. Malgré tout.

Dominique Lang, qui a obtenu dans une vie précédente un doctorat scientifique, s’intéresse pour de vrai à cette crise multiforme dont je vous rebats tant les yeux. Nous en avons parlé. Nous avons imaginé ensemble – qui a pensé ceci, qui a dit quoi et à quel moment, je ne m’en souviens nullement – divers projets. Plutôt de douces rêveries qui deviendront peut-être de vrais projets. Ainsi, dans nos esprits, le monastère de Saint-Lambert s’est changé en un clin d’œil en une magnifique vitrine écologique. La forêt alentour, si malmenée, est devenue en un éclair un paradis de la biodiversité revenue. Saint-Lambert s’est changé en une sorte de Communauté de Sant’Egidio de l’écologie.  Sant’Egidio, groupe catholique italien né en 1968, se veut un état d’esprit. Qui a permis de servir de médiation dans d’atroces conflits entre humains. Sant’Egidio a ainsi pu réunir des adversaires mortels pour parler du Kosovo, de l’Algérie, du Guatemala, de la Palestine. Entre autres. Inutile de préciser que, le plus souvent, cette médiation n’a pu régler le conflit.

Bref, une communauté de Sant’Egidio de l’écologie où, le temps d’une halte dans l’affrontement, des ennemis pourraient se parler. L’idée est là, à portée de mains, dans nos cerveaux. Et resurgira probablement. En attendant, nous avons décidé de créer une revue. Modeste mais fière. Petite mais ambitieuse. Les Cahiers de Saint-Lambert ont un sous-titre sans équivoque dont je ne suis pas peu satisfait : « Ensemble face à la crise écologique ». Ce n’est donc pas une énième ritournelle reprenant je ne sais quel oxymore bien connu. Comme ce soi-disant « développement durable ». Cette revue a un socle : la crise écologique. Elle a un objectif : réunir ceux qui s’ignorent encore. Et elle se donne comme moyens la pensée, le débat et l’action. La priorité sera donnée, toujours plus, aux initiatives de terrain, concrètes aussi bien qu’exigeantes.

Pour l’heure, et pour ne rien vous cacher, nous sommes essentiellement trois. Dominique Lang, qui fait office de directeur. Moi qui joue le rédacteur-en-chef. Et Olivier Duron, un ami de très longue date qui se trouve être un graphiste de grand talent. La forme – que personnellement j’adore – de cette revue, c’est lui. J’ajoute qu’il est un écologiste. Un écologiste qui pense. Cette étonnante rareté était nécessaire, essentielle même à notre aventure.

Vous êtes, ou plus sûrement vous n’êtes pas catholique, du moins pratiquant. Mais vous m’honoreriez en allant visiter le site de notre si fragile revue. On peut, entre autres, y feuilleter électroniquement (ici) le numéro 1. Car nous en sommes au numéro 2, même si personne ne le sait. Je vous prie donc sincèrement d’y aller voir et de donner votre avis, même s’il est négatif. En revanche, si le ton vous plaît, si vous y voyez un intérêt, sachez que nous sommes à la recherche de 500 abonnés très, très vite. Faute de quoi nous disparaîtrons. C’est dit. Vous pouvez aussi faire circuler cette information dans tous vos réseaux personnels ou sociaux. Et prévenir directement ceux de vos proches qui pourraient se montrer intéressés.

J’en ai fini. Planète sans visa va avoir deux ans, et reçoit de plus en plus de visiteurs. J’en suis très heureux. Ce lieu demande du travail, comme vous l’imaginez sans doute. Mais les informations y sont gratuites, ce qui est pour moi une chose importante, à laquelle je tiens. Il n’empêche que cette fois, sans l’ombre d’une hésitation, je vous demande un franc coup de main. Ne faites pas l’imbécile. Ne détournez pas le regard. C’est à vous.

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Une lettre de Serge Orru (directeur du WWF France)

Ceux qui me lisent régulièrement savent que je critique souvent le mouvement écologiste français et ses diverses composantes. Durement à l’occasion. Je l’ai fait dernièrement à propos du soja et de l’attitude du WWF (ici). Je viens de recevoir une réponse du directeur du WWF en France, Serge Orru, que vous pourrez lire plus bas. Un mot sur Serge : nous sommes et resterons différents l’un de l’autre. Mais j’ai une amitié vraie pour cet homme. Je crois en sa sincérité et même, si j’osais – j’ose -, en la beauté profonde de sa personne. Que les rieurs rient. Comme on voit, cela ne m’empêche pas de polémiquer publiquement. Mais voici sa réponse.

Cher Fabrice,

Voici ma réponse suite à tes affirmations.

Tout d’abord concernant l’implication du soja dans la déforestation, le WWF-France demande à ce que la France ne participe plus d’ici 2015 à la déforestation liée au soja ni au développement du soja OGM en développant les protéines végétales locales et en pérennisant des importations en soja responsable Non-OGM.

Quant à la question des OGM , le WWF ne soutient pas les OGM et demande un moratoire sur les plantations en plein champ. Sur ce dossier, les demandes du WWF sont claires et explicites : en accord avec le principe de précaution, tout projet d’introduction d’OGM dans la nature doit être précédé dune étude d’impact complète et transparente, prouvant l’innocuité environnementale globale, ce qui n’est aujourd’hui pas le cas.

Dans le cas particulier du soja génétiquement modifié (70% de la production mondiale de soja), sachant dune part que ce dernier est déjà largement cultivé sur une majorité du continent américain, et d’autre part que la culture du soja est fortement impliquée directement ou indirectement, en repoussant le pâturage vers la forêt, dans la déforestation en Amérique du Sud, il est apparu nécessaire au WWF d’étudier l’établissement de critères de soja responsable qui s’appliquent à l’ensemble des cultures de soja. Dans cette optique la table ronde pour le soja responsable (RTRS) a été mise en place avec les multiples acteurs du soja dont le WWF. L’objectif final de la RTRS est de développer une filière de soja responsable.

Selon le WWF, le point essentiel dans la problématique du soja est de faire obstacle à l’avancée inexorable du soja et de l’élevage à l’intérieur des habitats naturels et de réduire l’empreinte globale des industries du soja et de l’élevage à travers le développement à grande échelle dune filière de soja responsable.

Suite à l’accord des industries du soja d’adopter des garanties environnementales qui pourront encore être améliorer d’ici 12 mois, le réseau du WWF poussera encore les membres exécutif de la RTRS afin d’obtenir des critères de biodiversité les plus solides tout en demandant la mise en place d’un groupe de travail visant à l’établissement dune filière RTRS Non-OGM.

Le WWF-France ne soutiendra la certification RTRS auprès des entreprises et du grand public qu’à partir du moment où il sera possible de différencier la certification d’un soja OGM ou non et que des critères solides concernant la protection de la biodiversité seront inclus.

Jusqu’à présent, dans le site www.protegelaforet.com , 10000 personnes ont signé la pétition demandant aux entreprises de s’engager contre la déforestation via notamment leur inscription à la RTRS et la RSPO. En attendant que nos demandes soient atteintes le WWF-France promulguera la certification selon les critères de Bâle (Non-OGM avec des critères biodiversité robustes)

La France étant le plus gros consommateur du plus gros importateur de soja au monde l’Europe, le WWF-France a ainsi décidé de faire du soja une de ses priorités en terme de programme de conservation. Ainsi, nous avons publié une étude intitulée « Plus d’indépendance en soja d’importation dans l’alimentation animale en Europe – Cas de la France ». Cette étude est l’occasion de mettre en perspective que réduire la dépendance au soja d’importation à l’échelle de notre pays permettra de réduire l’empreinte écologique de la France.

En France justement, avec la mise en place des alternatives proposées dans l’étude, il est en effet possible de remplacer les 50 % de soja importés actuellement par des protéines produites localement, d’en économiser 15% via la désintensification de l’élevage et d’en remplacer 35% par du soja certifié. L’ensemble de ces alternatives peut être garanti 100 % non OGM et n’impliquerait plus la France dans la déforestation en Amérique du Sud.

En outre le WWF-France exige que soit indiqué sur l’étiquette des produits carnés et dérivés l’allégation « nourri sans OGM » pour valoriser les éleveurs faisant l’effort de nourrir leur bétail sans OGM et donner plus d’information au consommateur. Cette allégation a reçu le 19 Mai 2009 l’avis favorable du conseil national de la consommation.

A ta disposition pour débattre,

Serge Orru