Je viens de recevoir une lettre de madame Bérangère Genest, que j’ai évidemment mise en ligne en commentaire de l’article où je parlais de son mari (ici). À la réflexion, je pense que cette lettre mérite de devenir un article, qui se conclura par la réponse que j’ai, elle aussi, mise en ligne il y a quelques minutes.
Bien entendu, pour comprendre l’enjeu de cet échange, il faut se rapporter à l’article de départ, et peut-être n’aurez-vous ni le temps ni l’envie. Moi, je crois le propos de madame Genest à la fois éclairant et dérangeant. Dérangeant d’abord, en fait, car malgré les apparences, je déteste mettre quelqu’un dans la peine. Et c’est le cas, très visiblement. Mais aussi éclairant, car il pose de manière concrète le refus viscéral du dissensus, de la critique, de la polémique, partagé par un nombre croissant de personnes.
Cela ne me semble pas bon signe. J’ai vivement attaqué Genest sur un plan public et politique, précisément là où il a décidé d’être, et son épouse répond sur un terrain privé, avec de vraies attaques ad hominem. Non, ce n’est pas bon signe. Mais à vous de juger.
Le courrier de madame Genest
Monsieur Nicolino,
Je viens de lire votre article sur ce mariage Genest/Jouanno manifestement imminent. Je vous remercie de m’en alerter car m’étant moi même mariée avec Sébastien Genest cet été, je ne voudrais pas être la dernière informée du fond de mon Limousin.1000 mercis!
Concernant le reste de votre article au vitriol, je me suis demandée, vous qui nous exposez longuement vos faits de guerre dans votre rubrique “quelques mots sur moi”, si vous lisiez les temps forts des vies des personnes que vous égratigniez sans vergogne. Bien que Sébastien soit largement assez grand pour débattre quand vous le souhaitez de visu (c’est moins fun que par blog mais plus sain), je ne peux m’empêcher de vous glissez ces quelques mots sur votre blog frisant l’autopromotion d’ailleurs…
Que savez vous de qui est Sébastien? de son histoire de militant depuis l’âge de 13 ans? que savez vous de son sacrifice au quotidien depuis des années, tant familial, que professionnel (j’y reviendrai), qu’en terme de santé. Tous ces commentaires acerbes à commencer par les vôtres, suivis tels des disciples des autres blogueurs me font frémir tant vous ne respectez pas l’homme, son existence entière dédiée à la cause de l’environnement.
Vous vous vantez d’être issu de la classe du “sous prolétariat” Monsieur (cela fait-il branché dans les conversations parisiennes?), classe dans laquelle j’ai été élevée également mais où l’on m’a enseigné le respect de l’autre, de son travail, et la valeur humaine. “L’assemblée de petits notables frétillants d’idées reçues”, dont fait partie selon vous Sébastien Genest et les autres membres de FNE, comme son porte-parole d’ailleurs Arnaud Gossement, sont des femmes et des hommes d’engagement, bénévoles, des acharné(e)s de boulot pour que la cause avance. Tout le monde, à petite ou grande échelle doit se battre pour faire avancer LA cause au lieu de se chicaner à grand renfort d’articles dignes de VSD ou Paris Match (le titre est parfait vous pourrez leur transmettre).
Vous critiquez le Grenelle, peut-être est-ce totalement imparfait, d’accord. Je ne suis pas une experte, loin sans faut, je reste à ma place de lambda. Mais que proposez vous et qu’arrivez vous à faire vous M. Nicolino? Ce fût des heures, des jours, des semaines de réflexions, de batailles acharnées, de stress, et j’en passe. Alors que vous ne soyez pas d’accord, je l’entends, je peux le comprendre, mais que vous jetiez aux chiens tout ce travail me parait assez petit. La place de Sébastien vous tente-t-elle ? FNE est une fédération jouissant d’un système démocratique, joignez vous à eux afin que vous puissiez apporter votre temps, votre matière grise, vos réflexions pertinentes, constructives, et débattre en bonne intelligence.
Concernant le volet travail, Sébastien passe environ 40 heures par semaines pour FNE (CES compris) à minima. L’unique compensation financière est issue du CES et donc très récente. Elle est de l’ordre de 861,98€ par mois (vos sources sont erronées) pour des déplacements hebdomadaires à Paris. Il ne profite guère des « subsides de l’Etat » que vous évoquiez…
Il a également une entreprise d’élagages délicats où chaque salarié, dont je fais partie, est fier de bosser dans cette entreprise citoyenne, et surtout humaine. Il gagne le même salaire (voire moins) que ses salariés, tout en assurant la gérance. Le partage et l’intégrité ont du sens pour nous, pour lui. Alors les commentaires des bobos me paraissent si ternes…
Je ne vous écris pas en tant que “l’épouse de” mais en tant qu’une femme qui connaît l’envers du décor et que ce type de discours indigne.
Je ne connais pas Mme Jouanno, mais je la plains sincèrement de devoir sans cesse essuyer ce type de discours primaires.
Vous connaissez l’adage, « la critique est facile, mais… » vous devez connaître la suite.
Je vous souhaite de tout cœur, que votre travail, vos valeurs, et votre engagement ne soient jamais remis en question de la sorte, pour vous, ni votre famille également.
Bien à vous,
Bérangère GENEST
Ma réponse à madame Genest
Chère madame,
Croyez-le ou non, je respecte votre point de vue, et comprends, me semble-t-il du moins, votre colère. Je vais tâcher de vous répondre calmement.
Un, le titre était évidemment une blague. Il sous-entendait, il est vrai, un accord entre deux personnages publics. Mais sûrement pas autre chose. Je n’ai donc rien à révéler, et si mon sens de l’humour vous a blessée, je vous prie de m’en excuser.
Deux, et pour le reste, je ne retire pas un mot de mon commentaire. Votre époux est un personnage public, qui a voulu et accepté de l’être. Le droit de critique, même acerbe, même dérangeant, même injuste – à vos yeux – est imprescriptible. Et je le pratique.
Je ne doute pas une seconde de ce que vous écrivez. Je suis bien certain que Sébastien Genest est actif depuis des lustres. Moi aussi, figurez-vous. Pensez-vous que la sincérité et la vaillance soient réservées à vous et à vos proches ?
Je crois la situation assez grave pour autoriser le débat et l’affrontement même. Je n’ai pas accusé votre époux de taper dans la caisse, d’être pédophile ou proxénète. Je pense, et j’écris, qu’il contribue à fourvoyer gravement un mouvement auquel j’appartiens, et dont dépend en partie l’avenir de la vie sur cette terre.
Quand on n’a pas envie de prendre des coups, on ne s’expose pas, voilà tout. J’ai ouvert ce lieu sur le Net, je m’expose et reçois parfois en retour, comme aujourd’hui, une grosse engueulade. Et je n’en meurs pas.
Enfin, concernant vos allusions transparentes à mon passé, il m’a semblé, mais je peux me tromper, que vous aviez quelques doutes. Eh bien, qu’y puis-je ? Vous ne savez strictement rien, et je ne saurais donc vous en vouloir. Je suis bien né, et j’ai réellement grandi dans le sous-prolétariat urbain, dans des conditions telles qu’elles vous étonneraient. Et ma contribution personnelle aux conversations parisiennes qui vous font fantasmer est voisine de zéro. Mais je sais que votre opinion est faite, et qu’elle ne changera pas de sitôt. La mienne pas davantage.
Bien à vous,
Fabrice Nicolino
PS : Vous m’aurez mal lu. Je ne cite aucun chiffre concernant les indemnités d’un membre du Conseil économique et social.