Archives de catégorie : Mouvement écologiste

Gandhi, sa vie, son oeuvre (défense et illustration)

Se révolter ? Il n’y a désormais aucune autre voie possible. Se révolter, donc, mais comment ? La crise écologique globale nous place tous, nous les humains, devant une situation qui n’a jamais eu lieu. Jamais, au cours des deux millions d’années de la présence sur terre de notre espèce, la vie n’a été menacée de la sorte. Directement, complètement, en son principe même.

Autant dire que les exemples tirés de l’histoire politique des hommes – qui n’a que quelques milliers d’années d’âge -, sont par obligation dérisoires. Mais ce sont les seuls dont nous disposons. Voyons donc du côté de Gandhi, cette icône apparemment incomparable. ??????? ?????? ?????, c’est-à-dire Mohandas Karamchand Gandhi, est assurément un de nos très grands hommes.

Qu’a-t-il fait, en quelques mots ? L’impossible avant tout. Il a été le coeur même d’un mouvement d’émancipation gigantesque. Quand il revient en Inde, en 1915, l’Empire britannique est au sommet de sa puissance. Nul ne peut imaginer, sauf lui, qu’il sera vaincu et devra accepter l’indépendance du pays colonisé.

Gandhi, né en 1869, avait mis beau temps avant de devenir lui-même. Timide, longtemps incapable de parler en public, mauvais élève à certains moments de sa scolarité, indifférent dans sa jeunesse à la chose publique, il ne semble pas, pas du tout, prédestiné. Dans les grandes lignes, chacun sait son destin. À Londres, il devient avocat. En Afrique du Sud, il découvre l’injustice faite aux Indiens émigrés là-bas et enclenche les mécanismes de sa révolution intérieure.

Revenu en Inde, il parcourt le pays qu’il ne connaît pas. Et il organise un formidable mouvement paysan, levé déjà contre les cultures d’exportation – l’indigo – qui empêchent le développement de l’agriculture vivrière. Tout ce que nous connaissons est déjà en place : l’extrême violence des milices patronales contre les pauvres, l’atroce discrimination contre certaines castes, dont les fameux Intouchables, la famine, la misère bien sûr. Dans ces années-là, autour de 1920, Gandhi devient à la fois Bapu (père) et Mahatma (Grande âme). Il le restera.

Il le restera car il montrera par sa vie, son oeuvre, le moindre de ses gestes, qu’il est cohérent, sincère, respectueux, moral. Oui, Gandhi était un être profondément moral, attaché comme peu l’ont été dans l’histoire humaine à l’étreinte de la vérité. Cette traduction du sanskrit ????????? – ou satyagraha – n’est pas de moi, vous vous en doutez bien. Cette notion est en tout cas centrale dans la vie du Mahatma. C’est une philosophie, faite de non-violence et de désobéissance civile. À la fois une proclamation de la révolte et une manière de ne pas affronter l’autre sur le terrain qu’il a choisi, en l’occurrence la violence déchaînée.

L’histoire n’est jamais franchement rigolote. Pas même celle de ce grand héros. Les suites de la seule Marche du sel de 1930 – sommet de la geste gandhienne – mènent 60 000 personnes en prison. Et les Anglais étaient alors des chiens méchants, avec crocs. Des milliers, peut-être des dizaines de milliers de combattants de l’indépendance, auront été tués avant que les Britanniques ne plient bagage. Mais ils l’ont fait.

Le rapport avec la crise écologique ? N’insistons pas sur le fait évident – pour moi – que Gandhi serait aujourd’hui, s’il vivait, un combattant écologiste essentiel. Tout le démontre dans sa vie. Tout le clame. Non, laissons cela de côté. Et réfléchissons ensemble à notre situation. Il nous faut nous révolter, je me répète. Vite, et d’une manière encore jamais vue.

Je ne dis pas cela par goût de la distinction. Si je pensais devoir reproduire telle rébellion passée, en l’adaptant un peu, je le ferais sans hésiter, et j’en serais d’ailleurs soulagé. Mais tel ne peut être le cas. Car nous sommes en face d’un phénomène inédit, global, planétaire, qui a la singularité de jeter tous les humains dans une guerre effroyable contre eux-mêmes et les autres formes de la vie.

En comparaison, j’ose l’écrire, le Mahatma Gandhi était un petit chanceux, qui pouvait aisément désigner l’adversaire honni, l’Empire et ses nombreux servants, et ses flics innombrables. Nous devons, nous, abattre un système sans savoir quoi mettre à la place. Et nous devons admettre que les plus purs d’entre nous renforcent les fondations du tout en même temps qu’ils les minent. C’est étrange, c’est même bouleversant.

Néanmoins, je crois que nous trouverons. Nous ne pouvons plus éviter des crises d’une ampleur inégalée. Cela, non, ne rêvons pas, nous n’y échapperons plus. Mais nous pouvons peut-être – et je jure que je le pense – tenir sur le fil du funambule jusqu’à atteindre l’autre bord. Peut-être.

Seulement, ce fil est très haut perché. Pour y poser le pied, nous devrons gravir, et accepter d’être longtemps des Sisyphe, poussant un rocher qui sans trêve roule à nouveau au bas de la pente. Et trouver ensemble, puisqu’il n’y a pas d’autre voie, un chemin réellement neuf. Pas totalement, bien sûr, car nous ne saurions pas. On ne crée jamais qu’à partir de ce qui est. Et dans le domaine de l’insurrection de l’âme, il ne fait aucun doute que Gandhi est un repère, une flamme vive, un modèle.

J’ai l’impression que quelque chose va se produire, pour la raison profonde qu’elle doit se produire. Nous ne pouvons pas être éloignés à ce point de l’acte premier, fondateur, inspirateur d’un temps neuf de la conscience humaine. Qui sera le premier à marquer sa défiance complète et radicale ? Par quel geste, au moyen de quelle entreprise ? Quels sont donc les signes d’une désobéissance civile sans retour ni compromis ?

On verra. Je n’attends pas le Messie, je le jure. J’attends l’homme.

Agression sexuelle contre les mouches (à propos du Grenelle)

Je vous préviens que je commence aujourd’hui ce qui ressemblera fatalement à une série sur le Grenelle de l’Environnement. Ce n’est pas la première (série), cela risque de ne pas être la dernière (lire entre autres ceci et cela).

Je vais faire court, pour une fois, car tout arrive. Au cours de cette nuit de vendredi à samedi, nos vaillants députés ont fini d’examiner le projet de loi sur le Grenelle de l’Environnement, qui pourrait être voté mardi prochain (lire ici). Je n’en ferai pas le commentaire détaillé, car cela n’aurait pas de sens, à mes yeux du moins.

C’est un catalogue de mesurettes sans aucune importance. Il démontre ce qu’un enfant de cinq ans saurait décrypter. Les élus, droite sarkozyste en tête, ne peuvent plus nier en totalité la crise écologique. Elle est si puissante, si écrasante, que même eux sont obligés de faire semblant. Car ils font semblant, bien entendu.

Que changent toutes les apparences du discours pourvu que tout demeure dans la marche des affaires. On va donc donner quelques sous au rail et à l’isolation de certains logements. Au passage, un monsieur Ollier, député de son état, a réussi à glisser un amendement dont on reparlera – dans dix ans, au bas d’une page 17 d’un journal lorrain ? -, qui met le nucléaire en concurrence favorable avec d’autres énergies pour le chauffage domestique.

Tout continue, tout continuera. La prochaine fois, je vous dirai deux mots sur ceux qui ont accepté la supercherie et lui ont donné force et crédibilité. Je veux parler du mouvement écologiste estampillé, officiel et fourvoyé. Ce n’est pas très gai, j’en conviens.

Manger, c’est possible (bis repetita)

Préambule : Une campagne contre le crime des biocarburants est en cours. Il suffit d’un clic, ne prétendez pas que c’est trop, je ne le croirai pas : c’est ici.

Il y a trois jours, j’ai écrit ici un article qui parlait de la terra preta, que j’ai ensuite enlevé par choix. Je reviendrai plus tard sur ce sujet, mais comme j’ai loupé la journée mondiale de l’alimentation, qui se tenait hier, je vous livre à nouveau, ci-dessous, la fin de l’article supprimé par moi. En y ajoutant une grandiose information dont vous me direz des nouvelles. Si vous n’avez pas bien suivi l’embrouillamini qui précède, sachez que c’est normal.

Allonz’enfants. La Commission des finances de l’Assemblée nationale vient de confirmer la fin progressive des aides fiscales aux biocarburants (lire ici). Pour tous les ventres ballonnés du monde, dont le nombre s’accroît à mesure que l’industrie du carburant végétal s’étend, c’est simplement formidable. Je suis heureux, même si cela ne se voit pas. Je dois tenir du chien Droopy (ici).

Il faudra attendre 2012 pour que les aides disparaissent en totalité, mais dès 2009, 401 millions d’euros d’argent public n’iront plus dans la poche de la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB) et du Syndicat de producteurs d’alcool agricole (SNPAA). Comme c’est bon ! Comme me plaît la noble réaction de la CGB, dénonçant ainsi les vilains qui lui font des misères : « Revenir ainsi sur la fiscalité des biocarburants, c’est remettre en cause l’existence même d’outils industriels lancés au vu d’objectifs fixés par l’Etat ». Oh, si c’était un disque, je me le repasserais cent fois. Quelles que soient les raisons de cette décision – elles sont fatalement loin des miennes -, on peut à juste titre parler d’une grande victoire pour l’homme et la nature. Vous avez bien lu, et je ne suis pas, pas encore saoul : un victoire.

J’ajouterai aussitôt une deuxième victoire, qui date de plus d’un an, et dont nous n’avons hélas à peu près rien fait. En mai 2007, pour la première fois de son histoire productiviste, la FAO – agence de l’ONU pour l’agriculture et l’alimentation – a dit la vérité sur l’agriculture biologique (lire ici). Je rectifie : la vérité en laquelle je crois profondément. Quelle est-elle ? Cette première citation : « La principale caractéristique de l’agriculture biologique est qu’elle s’appuie sur des biens de production disponibles sur place et n’utilise pas de carburants fossiles; le recours à des procédés naturels améliore aussi bien le rapport efficience-coût que la résilience des écosystèmes agricoles au stress climatique ».

Deuxième citation : « En gérant la biodiversité dans le temps (rotation des cultures) et l’espace (cultures associées), les agriculteurs bio utilisent la main-d’oeuvre et les services environnementaux pour intensifier la production de manière durable. Autre avantage: l’agriculture biologique rompt le cercle vicieux de l’endettement pour l’achat d’intrants agricoles, endettement qui entraîne un taux alarmant de suicides dans le monde rural ».

Enfin cerise bio sur le gâteau itou, et je vous recommande de garder le tout en bouche deux ou trois minutes : « Ces modèles suggèrent que l’agriculture biologique a le potentiel de satisfaire la demande alimentaire mondiale, tout comme l’agriculture conventionnelle d’aujourd’hui, mais avec un impact mineur sur l’environnement ».

Disons-le tout net : ces phrases constituent un tournant historique, et nous devons tous – tous – nous en emparer. L’industrie de l’agriculture ne nourrit ni ne nourrira jamais tous les gueux de la planète. Elle continuera seulement à saloper le monde jusqu’à épuisement des nappes et des sols. Il y a réellement une autre voie. Y a plus qu’à trouver l’entrée.

Vie et trépas d’un vieux dinosaure (sur l’UICN)

Je sens bien qu’on ne me croira pas, mais au fond, qu’importe : je ne cherche pas à me fâcher avec l’UICN. L’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) est un machin de plus, qui n’est pas le pire. En 1945, à la sortie de la guerre mortelle contre le fascisme, tout le monde y allait de son utopie universaliste. On sait la chanson de cette époque-là, qui avait déjà tourné la tête après 1918 : plus jamais ça. Plus de guerre, plus de massacre, plus d’affrontements meurtriers entre peuples frères.

L’Europe, qu’on confondait alors avec le monde, méritait mieux que cela. Il fallait donc des institutions, meilleures que cette SDN (Société des nations) qui avait si lamentablement échoué à entraver Hitler et ses plans criminels. D’où l’ONU, la FAO, l’accord dit de Bretton Woods, la Banque mondiale – appelée alors Banque internationale pour la reconstruction et le développement – et l’UICN. Entre autres.

Créée en 1948 à Fontainebleau – cocorico -, l’UICN rassemble 83 États, 114 agences gouvernementales, au moins 800 ONG et davantage que 10 000 experts et scientifiques du monde entier. Bon, osons le mot : c’est une formidable bureaucratie. Qui, comme telle, encombre le tableau et prend bien plus de place qu’elle ne le mérite. En France, le comité national est présidé par un homme que je connais et que j’estime, François Letourneux, ancien haut fonctionnaire au ministère de l’Écologie, ancien directeur du Conservatoire du Littoral.

Je me rends compte à l’instant, alors que j’ai discuté bien plus d’une fois avec lui, que j’ignore quelles sont ses opinions politiques partisanes. Preuve, si besoin en était, que je m’en fous. En tout cas, le réseau mondial UICN est réuni à Barcelone ces jours-ci, pour un congrès de plus dans la litanie des rendez-vous absurdes en défense de la biodiversité.

Celui-là bat tous les records, et c’est normal, car la situation n’a jamais été pire. Peut-être avez-vous lu quelques titres dans la presse qui vous convient (un aperçu ici). Je refuse de vous noyer sous les chiffres. Disons simplement, pour ce qui concerne les mammifères – nous en sommes, savez-vous ? -, qu’un sur quatre est menacé d’extinction. Peut-être même, car on ignore bien des choses, 36 % au total.

Jamais depuis 65 millions d’années – autant que nous pouvons le savoir – la vie n’a été à ce point menacée sur terre. Et jamais – je l’espère du moins – nous n’aurons entendu autant de baratin sur un sujet aussi grave. À Barcelone, au congrès de l’UICN, entre autres imbécillités – voyez comme je sais me tenir -, on aura entendu évoquer la naissance d’un indice Dow Jones de la biodiversité. Je ne ricane pas à cause du krach en cours, qui donne fatalement de curieuses couleurs à cette trouvaille calamiteuse, non. Mais parce que mettre la nature, sur quoi tout repose, au rang de l’économie, mère de toutes les tragédies, c’est comme annoncer qu’on a renoncé à lutter. C’est comme servir de guide aux braconniers pour tuer les dernières merveilles du monde.

À Barcelone, et j’arrête là, car la nausée me vient, on aura vu aussi Veolia Environnement devenir partenaire du Comité français de l’UICN. L’ancienne Générale des Eaux est une transnationale des métiers dits de l’environnement, qui gagne de l’argent, beaucoup d’argent, en prouvant chaque matin que l’eau est un bien privé, en tout cas privatisable. À ma connaissance, l’ancien patron de la Société Générale – celle qui nous réserve tant de belles surprises -, Daniel Bouton, fait toujours partie de son Conseil d’administration.

Qu’est-ce qui cloche avec l’UICN ? Mais la liberté, bien sûr, la démocratie, la vie, le changement, le coup de torchon ! L’UICN est l’héritière d’une tradition aujourd’hui plus désuète que le drapeau à fleur de lys : celle des sociétés savantes. Pendant un bon gros siècle, à partir du milieu du XIXème siècle, des professeurs dignes entre tous, certains admirables et d’autres pontifiants, ont monopolisé le discours public sur la nature et sa protection. La société les ennuyait, en laquelle ils ne voyaient qu’aveuglement et ignorance. lls régnaient. Sur un monde immobile à jamais. Sur une terre qu’ils seraient seuls à parcourir. À jamais.

La crise écologique brutale où nous sommes plongés rend ridicule toute l’institution. Laquelle, ayant grossi, a besoin de toujours plus d’argent qui lui est donné par ceux-là mêmes qui organisent la destruction ou l’autorisent : l’industrie et les États. C’est pourquoi l’UICN est à mes yeux définitivement incapable de parler de la nature et de la biodiversité en notre nom commun. À la suivre, nous pérorerons encore jusqu’au moment où nous serons seuls dans la cage, face à quelques arthropodes.

Nous sommes les contemporains d’une crise jamais vue depuis des dizaines, peut-être des centaines de millions d’années, et il faudrait suivre le chemin indiqué par les vieilles barbes du temps jadis ? Je sais que ce n’est pas agréable à lire, et je redis mon estime pour Letourneux, non pour des raisons diplomatiques. Je le sais sincère. Mais il est temps de faire la sociologie, l’histoire et même l’ethnographie des associations dites de protection de la nature. Il est temps d’être rebelle, il est temps de dynamiter, ce n’est plus l’heure des falbalas. Le moment est venu d’agir, ce qui n’a strictement rien à voir.

Soleil noir suivi d’une éclaircie (sur les biocarburants)

Névrose et psychose, les deux pour le même prix. La crise financière actuelle est au passage une honte pour l’esprit humain. Nous ne sommes plus très loin d’un appel au Sauveur suprême. À celui qui rachètera, au moins ravaudera notre bas de laine. À celui qui permettra à l’infernale machine de repartir et d’accélérer encore la fin de tout ce qui compte vraiment.

Complices ? Certes. Tous ? Évidemment, bien que nous ne soyons pas placés, et de loin, au même point. Il faudrait trouver des moyens inédits de marquer notre refus, et je crois que nous sommes quelques uns à réellement chercher une voie. Nous verrons la suite.

Je veux vous signaler ce matin deux faits. L’un brille de tous ses feux noirs. La FAO – agence de l’ONU pour l’alimentation et l’agriculture – vient de mettre en garde contre les biocarburants. Ce qui devrait être une bonne nouvelle n’en est pas une à mes yeux (lire ici). D’abord, la FAO l’a déjà fait, et plusieurs fois. Que ne hurle-t-elle cette fois ?

Elle ne hurle pas parce qu’elle est au fond d’accord. Créée en 1945, la FAO est l’un des bras articulés de l’agriculture industrielle. Elle a accompagné, quand elle n’a pas provoqué, la ruine de l’agriculture réelle, paysanne et populaire, vivrière, celle qui nourrit les peuples et structure leur esprit. Ses innombrables bureaucrates, ses innombrables technocrates empilent depuis soixante ans les rapports qui disent que tout va de mieux en mieux. Ils ont applaudi aux pesticides, aux OGM, à l’irrigation, aux grands barrages, à l’aquaculture intensive, à la surpêche.

Si ce n’était à ce point triste, il faudrait au moins en sourire. Car l’objectif de la FAO, perpétuellement mis en avant, est celui-ci : « Aider à construire un monde libéré de la faim ». Quant à sa devise latine, inscrite sur nombre de documents, elle proclame fièrement : Fiat panis ! On la traduit généralement par Qu’il y ait du pain pour tous !

Il n’y en a pas, tristes sires. Selon vos propres chiffres, ceux qui souffrent de la faim sont passés en quelques mois de 854 millions à 925. Voilà ce que j’appelle un bilan de faillite. Une telle institution devrait, pour cause, être dissoute. Mais elle prospère, sur les ruines du monde réel, qui n’a jamais rien eu à voir avec le Dow Jones ou le Cac 40.

Il faut bien dire quelque chose, néanmoins. D’où ce communiqué évoqué plus haut, où la FAO concède, par la voix de son inamovible directeur Jacques Diouf, que l’irruption des biocarburants a été « l’un des facteurs de la hausse des prix agricoles et de la crise alimentaire mondiale ». Ajoutant même que « les modifications de l’affectation des terres et la déforestation, représentent une grave menace pour la qualité des sols, la biodiversité, et les émissions de gaz à effet de serre ».

La simple logique voudrait donc que la FAO se lève contre cette criminelle industrie, mais ce serait la révolte contre les maîtres, et on ne la verra pas de sitôt. Diouf affirme donc, et en l’occurrence il a raison – pour les corrompus du Sud -, que les biocarburants représentent des « opportunités ».  Pouah !

Par bonheur, il est une bonne nouvelle. Pour la première fois, le mouvement associatif se lance dans une action claire et coordonnée. Je veux citer tous les héros du jour, qui ne sont pas seulement français, comme on va voir. Outre les Amis de la Terre – je m’incline, vous êtes les meilleurs -, le CCFD (Comité catholique contre la faim et pour le développement), Oxfam France – Agir ici; l’Institut Dayakologi (il aide les Dayaks d’Indonésie), Synergie paysanne (syndicat agricole du Bénin), FASE (Fédération d’organisations pour l’assistance sociale et l’éducation, brésilienne), le CINEP  et l’ASCOBA, deux associations colombiennes.

J’imagine que vous avez compris. Le Nord et le Sud ensemble contre le crime. C’est beau, c’est poignant, et je vous invite à visiter (merci, Bernard) le site Internet de la campagne internationale qui vient d’être lancée (ici). Enfin ! un chat y est appelé un chat. Enfin ! on y réclame par pétition – cliquez, pour une fois, cliquez – la fin des subventions aux biocarburants et un changement de fond de la politique européenne.

Où sont les autres associations françaises ? Où est le WWF ? Greenpeace ? La Fondation Hulot ? France Nature Environnement ? Probablement en train de préparer l’anniversaire du Grenelle de l’Environnement. Déjà un an ! Rappelez-vous : tout sourire, nos belles ONG nous annonçaient, en compagnie de Borloo et Kosciusko-Morizet, que nous vivions une « révolution écologique ». Je ne blague pas. Eux, si. Mais ils ne me font pas rire.