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Une souris rouge qui courait dans l’herbe (bleue)

Génial. Et révolutionnaire. Un chat ne sera plus jamais un chat. C’en est terminé de cette funeste espèce féline qui se contentait de ronronner, boulotter des souris et se lustrer le poil. Merci à toi, grand Kong Il – keun ! Ce professeur coréen, spécialiste du clonage, vient de donner naissance – je ne vois pas d’autre expression – à trois chats mutants, dont un mort-né. En codant une protéine rouge fluorescente (RFP) dans les cellules de la peau de la mère des petiots, il a obtenu trois matous qui apparaissent rouges dans le faisceau d’une lumière infrarouge.

Quel « progrès » attendre de cette splendide avancée ? Je crains que le grand Kon(g) n’y ait pas encore trop réfléchi. On parle, comme à l’habitude – il faut vivre, savez-vous ? – de cellules souches qui serviraient de médicaments, de maladies génétiques qui pourraient enfin être guéries, etc. Bref, on verra. Ah, ce détail, qu’on ne comprend pas davantage : les techniques employées pourraient servir à faire du tigre, du léopard, voire du…chat sauvage (http://tempsreel.nouvelobs.com).

Autre changement, concernant cette fois les souris. Des chercheurs japonais, menés par le professeur Ko Kobayakawa, ont créé des souris transgéniques qui ne craignent plus les félins (http://fr.news.yahoo.com/ap). En somme, là encore, une révolution, car quand le chat est là, les souris continuent désormais de danser. On est heureux, et l’on applaudit à tout rompre le grand scientifique, déclarant à l’agence AP : « Les souris sont naturellement terrifiées par les chats et habituellement elles paniquent ou s’enfuient quand elles en sentent un, mais les souris privées de certaines cellules nasales par des manipulations génétiques n’ont donné aucun signe de peur ».

Évidemment, on est en droit de s’inquiéter : ces souris nouvelles ne risquent-elles pas d’avoir peur des chats rouges ? Bah, dès qu’auront été inventés les chats rouges qui ne font pas peur aux souris, l’affaire sera de toute façon réglée. Mais je me rends compte que Ko Kobayakawa travaille aussi sur une autre piste passionnante : ses courageuses petites souris semblent ne plus dédaigner, quand on leur en offre, une nourriture avariée. Notre savant en espère des retombées fort utiles pour l’espèce humaine. Moi, je lui suggère de se rapprocher de l’industrie agro-alimentaire mondiale, qui a bien du tracas en ce moment. Des humains acceptant pour les siècles des siècles la nourriture frelatée des marchands, n’est-ce pas une perspective intéressante ?

Ce dernier point, grâce à l’ami Patric Nottret : des chercheurs européens signent en ce moment même une pétition contre le gel, décidé par le gouvernement, de la culture du maïs génétiquement modifié résistant à la pyrale (http://nonaumoratoire.free.fr). Selon eux, « la cohabitation des cultures de maïs conventionnel, de maïs génétiquement modifié et de maïs produit selon le cahier des charges de l’agriculture biologique est possible. Elle est déjà une réalité dans de nombreux pays ».

Les sept initiateurs de cet appel sont Français et membres de l’Association Française pour l’Information Scientifique (AFIS). Il s’agit de Michel Naud (président de l’Afis), Marc Fellous (président de la Commission du génie biomoléculaire), Jean-Paul Krivine (rédacteur en chef de Science et pseudo-sciences), Marcel Kuntz (directeur de recherche CNRS) et Louis-Marie Houdebine, Yvette Dattée et Philippe Joudrier (directeurs de recherche à l’Inra).

Quel commentaire ? Ces gens sont des ignorants. Oui. Incapables de sortir d’une sphère étroite, de tisser des liens pourtant essentiels entre compartiments du savoir humain. Sans même vouloir discuter leurs arguments « scientifiques », notons qu’ils laissent radicalement de côté l’histoire, la société, l’industrie, la psychologie et les passions. Des ignorants, je le maintiens.

Mais au-delà, ces histoires montrent une réalité qui ne plaît à personne, même pas à moi. Dans la lutte pour un monde différent et meilleur, nous ne sommes pas tous des alliés. Il y a à côté et en face des adversaires, qui ne demandent qu’à devenir des ennemis. Et qui le deviendront à mesure que la situation se compliquera. Avis à tous ceux qui rêvent d’un immense mouvement positif où les humains s’aideraient et s’embrasseraient. Le conflit est devant nous. Hélas.