Adresse aux fripouilles qui nous gouvernent (sur le nucléaire)

Je ne peux rien dire qui soit adapté à l’impensable. Je souffre. Réellement. Presque à chaque instant, je pense à ceux de là-bas. Au Japon. Aux massacrés, aux victimes perpétuelles de ce crime perpétuel qu’est le nucléaire. Ce que je peux écrire, c’est que les choses ne seront plus jamais comme avant. Ni pour moi, ni pour quantité d’autres habitants de cette terre. Je n’oublierai jamais. Je ne pardonnerai jamais. Je maudirai jusqu’à ma dernière seconde tous ceux qui ont entraîné les hommes dans ce si grand malheur.

En tout cas, tâchons de nous souvenir ensemble que le petit peuple des écologistes a eu historiquement raison. Oui, relevons la tête. Nous avons eu raison contre cette infernale coalition des grands ingénieurs et des petits politiciens. Raison quand André Giraud, ingénieur des Mines, ministre de l’Industrie sous Giscard et ministre de la Défense sous Chirac – en 1986 – voulait bâtir en France une « Shell de l’atome ». Il y est parvenu. Nous avons EDF et Areva, qui ne sont évidemment pas réformables. Le seul destin que des hommes puissent leur souhaiter, c’est la mort.

Lisez avec moi ce texte de 1973, rédigé par des scientifiques du mouvement Pugwash, et que je retrouve dans un livre paru en 1975, L’Escroquerie nucléaire (Stock) : « Les problèmes non encore résolus de la gestion des déchets et les problèmes, peut-être insolubles, qui concernent les dégagements catastrophiques de radioactivité et le détournement d’explosifs nucléaires, se combinent pour susciter de graves appréhensions, parfaitement justifiées, sur la rapide croissance de l’énergie nucléaire qui est prévue un peu partout. La sagesse d’une telle croissance doit sérieusement être mise en question dès maintenant ».

Dites-moi : qui a eu raison ? Eux, ou nous ? Giscard, Chirac, Mitterrand, Rocard, Marchais, et leurs pitoyables successeurs ? Ou bien les écologistes ? Qui a raison aujourd’hui ? Ceux qui pleurent de compassion et de rage, ou Sarkozy, prêt à vendre du nucléaire à toutes les brutes de la planète ? Je me répète, jusqu’au radotage : il faut se révolter.

Putain, ces gens me rendent malade (sur le nucléaire)

Je manque affreusement de mots pour dire le dégoût que m’inspirent nos politiciens. Je parle bien entendu du désastre nucléaire en cours, qui me mène chaque quart d’heure au bord des larmes. Oui, sincèrement, j’ai envie de pleurer. Et qu’on ne me vienne surtout pas m’emmerder avec cette antienne du « tous pourris », censée écarter la critique radicale de ce monde exténué, et d’ailleurs perdu. Avant d’être pourris – et certains le sont, plus nombreux qu’on ne l’écrit -, ces gens sont des imbéciles. De purs connards, qui ne comprennent rien, et d’ailleurs s’en foutent, car leur intérêt d’individus dérisoires est ailleurs. En février 2007, tant Ségolène Royal que Nicolas Sarkozy, alors candidats à l’élection présidentielle, répondirent n’importe quoi à une question du journaliste de RMC Jean-Jacques Bourdin. Et la question était tout de même de savoir le nombre de sous-marins d’attaque nucléaires dont disposait alors la France. Misère ! Sarkozy montra au passage, pour faire le compte, qu’il ignorait tout des différences entre musulmans sunnites et musulmans chiites, clé pourtant, parmi quelques autres, de la situation politique mondiale. Il n’y a rien à attendre. Il faut renverser, et refonder.

À propos de l’horreur nucléaire japonaise, je dois confesser que j’ai en moi des pulsions extrêmes. Ce n’est pas la gloire, mais c’est un fait. Jack Lang, désastreux personnage entre tous, sur LCI :« Un peu de calme, un peu de responsabilité, c’est un sujet trop grave pour que ce soit source d’affrontements entre politiciens (…) L’énergie nucléaire est une énergie pacifique, une énergie non polluante, une énergie qui représente pour l’économie française, je crois, 30% de son énergie, on ne va pas d’un coup d’aile ou d’un coup de main écarter cette source d’énergie ». Comment réussir à dire autant de conneries en si peu de phrases ? J’avoue ne pas le savoir. J’aimerais mieux que Lang explique dans quelles conditions sa femme Monique a pu être salariée par la Lyonnaise des Eaux, et pour quoi. Et pourquoi Google garde-t-il si peu de traces de cet événement pourtant si éclairant.

Côté droit, l’ancien ingénieur agronome Pierre Méhaignerie, ancien ministre UMP, vient de déclarer des choses qui lui ressemblent, et ce n’est pas un compliment. Sur le Talk Orange/Le Figaro : «Un référendum n’aboutirait pas à grand-chose parce qu’à un problème complexe, on ne peut pas répondre par une réponse simple ». Et j’arrête là, car je veux dormir un peu cette nuit. Aucun, aucun politicien de droite ou de gauche ne peut nous aider dans cette tache historique : abattre les féodalités de l’énergie, abattre le corps des ingénieurs de Mines, sortir du nucléaire, imposer à l’industrie des process qui divisent par cinq la consommation unitaire d’énergie.

Il est clair à mes yeux que le moment arrive de sortir à l’air libre. Et d’agir. Nous nous le devons. Nous le devons à nos enfants. Nous le devons au Japon crucifié. Nous le devons à l’humanité.

Un grand rassemblement cet été (sur l’énergie)

Je ne sais si cette idée aboutira, mais nous sommes quelques-uns à en discuter. Il s’agirait d’organiser cet été un très grand rassemblement – 100 000, 200 000, 300 000 personnes ? – à la fois festif et infiniment sérieux. Centré sur la question des gaz de schistes, ce rendez-vous s’ouvrirait, par force, à la tragédie du nucléaire et aux questions de l’énergie en France. Il serait, il pourrait devenir la pierre de touche d’un immense débat national sur l’énergie. Pas les conneries habituelles de la Commission nationale du débat public (CNDP). Non, non ! Bien plutôt l’irruption de la société dans le lieu décisif où se prennent en son nom les décisions les plus folles.

Ce rassemblement serait mondial, et inviterait à la fois des Chinois et des Africains, des Latinos, des Européens de partout. On y dirait enfin, ensemble et dans la liberté, ce dont nous avons besoin. Quels sont nos vrais besoins énergétiques, et comment nous entendons les satisfaire. Sans le nucléaire, cette industrie atroce, insupportable, folle et criminelle. Sans les combustibles fossiles qui sont en train de ruiner l’équilibre climatique. La voie est étroite ? Elle l’est. On ne la distingue pas même. Mais c’est la seule que je suis capable d’entrevoir. Si vous adhérez à ce projet, je vous en prie, réagissez. Car pour l’heure, il est dans les limbes. Il ne peut advenir qu’avec vous, il ne peut se produire que si nous nous y mettons tous ensemble. Merde aux tenants de la mort industrielle ! Merde au nucléaire et à ses sbires !

Pendant ce temps, EDF (sur le nucléaire)

Je fais comme tout le monde, j’essaie en ce samedi matin d’en savoir plus sur le tremblement de terre au Japon, qui semble réserver de très mauvaises surprises nucléaires. Je clique, je vais regarder la presse, étrangère ou française. Tout à l’heure, parcourant un article du Point sur le sujet, une publicité s’est surimposée à l’écran. Cela arrive de plus en plus souvent, car cette industrie du mensonge est partout. Mais cette fois, j’ai eu un sursaut, car la pub était en faveur d’EDF. EDF !

On ne peut faire revivre l’esprit qui a présidé à la naissance de ce monstre, en février 1946. On appliquait alors le programme de nationalisations du Conseil national de la résistance (CNR), et l’heure était à l’illusion lyrique. La nation enfin rassemblée autour de nobles objectifs avait un vital besoin d’énergie, et cette dernière ne pouvait plus être soumise à l’intérêt privé. 64 ans plus tard, la boîte est entre les mains de Proglio, proche de Sarkozy comme tant d’autres, et des grands ingénieurs d’État. Une gigantesque alliance entre les staliniens – car le PCF et la CGT sont indissociables de l’histoire d’EDF -, l’État et les ingénieurs a conduit à la confiscation généralisée. Quel bilan !

Oui, le débat sur l’énergie a été confisqué par ces gens, et nous n’avons pas eu notre mot à dire. Nous sommes face à une industrie électronucléaire surpuissante, et bien entendu irresponsable. Qui paierait les dégâts si demain un tiers de notre pays devenait inhabitable ? La catastrophe est impossible tant qu’elle ne s’est pas produite, pour reprendre la forte pensée de Jean-Pierre Dupuy. Mais si elle advient, elle le devient rétrospectivement. Elle était possible, puisqu’elle s’est produite, et nous sommes tous morts vitrifiés.

Amis lecteurs de Planète sans visa, je ne voudrais pas me montrer trop solennel, mais dans le même temps, nous avons besoin de sérieux, et d’engagement. Je crois que nous devons faire le serment, alors que s’effondre au Japon une centrale nucléaire, de ne plus jamais lâcher ceux qui ont décidé à notre place. Que ce soit sur le nucléaire ou les gaz de schistes, une oligarchie entend trancher, et imposer. Ce sont nos adversaires. Il faut les combattre sans plus hésiter. Et il faut vaincre, je n’ai pas peur de ce mot guerrier. La priorité des priorités est d’arracher un vaste débat public, étendu sur des mois, qui nous permette de répondre à une question clé. La voici : quels sont nos vrais besoins énergétiques ? Comment diviser par trois ou quatre la consommation par habitant ? Je me répète : faisons serment.

Remerciements éternels à Nicolas Sarkozy (sur le nucléaire)

J’écris alors que je ne sais si la tragédie s’invite une fois de plus à notre table commune. Peut-être le tremblement de terre qui vient de frapper le Japon restera un avertissement de plus, vite oublié. Peut-être a-t-il infligé de graves dommages à l’industrie nucléaire de ce pays si proche et si lointain. Ce matin du 11 mars 2011, on parlait de 6 morts. On en est à plus de 1 000. On ne sait donc encore rien, si ce n’est qu’une partie des réacteurs est à l’arrêt. Par mesure de précaution, disent ces autorités que plus personne ne croit. On verra donc, car il n’y a rien à faire. C’est-à-dire rien. Le nucléaire est notre fatum. Le destin qui nous a été imposé. Des fous que nous soutenons pourtant, et pour qui nous votons pourtant, ont laissé se développer une industrie qui n’a pas le moindre droit à l’erreur, et qui, partant, est antihumaine. Définitivement.

Notre Premier ministre François Fillon sera en visite au Japon, si l’archipel est encore là, du 10 au 13 avril prochain. J’extrais ceci de son agenda :

Samedi 12 avril

7h15 (h15) : Départ de l’Hôtel

8h40 (1h40) : Décollage de l’aéroport de Tokyo Haneda

10h (3h) : Atterrissage à l’aéroport de Misawa

10h45 (3h45) : Arrivée sur le site nucléaire de Rokkasho Mura

ROKKASHO MURA

11h05 (4h05): Accueil par M. Akira AMARI, ministre de l’Economie, du Commerce et de l’Industrie

11h10 (4h10): Visite du centre d’entreposage des déchets vitrifiés et de l’usine de retraitement, suivie d’une rencontre avec les ingénieurs d’AREVA

12h15 (5h15) : Intervention du Premier ministre

12h30 (5h30): Point de presse

13h05 (6h05): Départ du site de Rokkasho Mura pour l’aéroport de Misawa, après un bref
arrêt sur le futur site ITER de Rokkasho

13h50 (6h50) : Décollage de l’aéroport de Misawa.

Voyez comme nos affaires nucléaires avancent, à pas de géant. Je rappelle qu’au moment même où la « Bande des Quatre » – WWF, Greenpeace, Fondation Hulot, France Nature Environnement – commençait, sur fond d’embrassades, la pantomime du Grenelle de l’Environnement, Sarkozy finalisait le projet de vente d’une centrale nucléaire française au boucher de Tripoli, Mouammar Kadhafi. Nous étions à la fin de l’été 2007, et rien n’était trop beau pour le dictateur libyen. Et pour tous les autres. Je cite Sarkozy, proclamant du haut de la tribune des Nations unies, le 25 septembre 2007 : « Il n’y a pas une énergie de l’avenir pour les pays occidentaux et des pays d’Orient qui n’auraient pas le droit d’y avoir accès(…) La France est prête à aider tout pays qui veut se doter de l’énergie nucléaire civile ».

Il y avait donc, il y aurait donc, il y aura peut-être du nucléaire pour tous les satrapes de la terre. Sans que nul, car c’est impossible, puisse garantir que le nucléaire civil ne servira pas à obtenir du nucléaire militaire. On hésite devant le qualificatif que mérite notre président. Et si j’hésite, ce n’est pas pour la raison que j’aurais peur d’insulter un chef d’État. J’hésite car je ne dispose pas des mots qu’il faut. Mais bien entendu, Sarkozy n’est qu’un symptôme d’une maladie plus répandue et beaucoup plus redoutable encore. Celui qui sera peut-être son challenger à la prochaine élection présidentielle, Dominique Strauss-Kahn, est comme on sait le directeur du Fonds monétaire international, ce FMI chargé d’étrangler les peuples.

Le 9 février 2011, il y a donc un peu plus d’un mois, le FMI rendait les conclusions d’un rapport de terrain mené en Libye, chez notre ancien grand ami. Et ce texte, je le précise, a été revu par Strauss-Kahn soi-même. On ne le peut trouver qu’en anglais, croyez que je le regrette (c’est ici). En voici les dernières lignes : « Directors encouraged the authorities to further advance structural reforms to support private sector development. They commended the authorities for their ambitious reform agenda, and looked forward to the effective implementation of the many important laws passed in the last year, complemented by policies aimed at adapting the labor force to the economic transformation. Directors encouraged the authorities to continue to improve economic and financial statistics ».

La traduction que je propose est celle-ci : « Les directeurs ont encouragé les autorités à faire progresser les réformes structurelles de manière à soutenir le développement du secteur privé. Ils félicitent les autorités pour leur ambitieux programme de réformes ambitieux, et attend impatiemment la mise en œuvre effective des très importantes lois votées l’an passé, qui doivent être complétées par des politiques visant à adapter la main-d’œuvre à la transformation économique. Les directeurs ont encouragé les autorités à continuer d’améliorer les statistiques économiques et financières ». Le texte est certes épouvantable dans sa forme, mais il est évidemment odieux sur le fond. Qui a été décidé par ce grand socialiste de Strauss-Kahn.

Lequel, et cela nous permettra de refermer la boucle, a été un lobbyiste officiel, et donc rétribué, de l’industrie nucléaire. Quand la gauche fut envoyée au tapis électoral, en 1993, monsieur DSK n’a pas souhaité perdre la main, et il a présidé entre 1993 et 1997 un lobby appelé le Cercle de l’Industrie, regroupant une sorte de gotha des (grandes) affaires. Dans le noble but de favoriser ses clients auprès de la Commission européenne, à Bruxelles. En 1994, après avoir signé un contrat avec EDF, il s’est rendu à de nombreuses reprises en Allemagne – il parle la langue du pays – pour tenter de convaincre ses amis du SPD. De quoi ? De la nécessité pour l’Allemand Siemens de rejoindre le Français Framatome et EDF dans le vaste chantier de l’EPR, le nouveau réacteur nucléaire français. On applaudit debout.

Ensuite, en 1997, comme la gauche revenait au pouvoir, monsieur Strauss-Kahn se retrouva sans transition ministre de l’Économie et des Finances, chargé donc de la politique française dans ce domaine essentiel qu’est le nucléaire, qui dispose de deux acteurs publics majeurs, EDF et Areva. Inutile de chercher la moindre morale dans cette histoire. Je serais très étonné, pour ma part, qu’il y en eût une.

RECTIFICATIF DÉPOSÉ LE 15 MARS 2011 : MERCI À GRANIT, LECTEUR DE CE BLOG, QUI ME SIGNALE UNE ERREUR. LA MIENNE, QUE J’ASSUME DONC TOTALEMENT. JE ME SUIS EMMÊLÉ DANS L’AGENDA DE FILLON, ET LA VISITE AU JAPON ÉTAIT PRÉVUE EN 2008, ET PAS EN 2011. CELA NE CHANGE PAS GRAND CHOSE ? CERTES, MAIS C’EST TOUT DE MÊME UNE ERREUR. MILLE EXCUSES.