La première des choses à faire (sur la faim)

Les ennuis continuent sur Planète sans visa. Aucun commentaire ne peut être mis en ligne, pour des raisons qui m’échappent, et qui, comme je l’ai dit la dernière fois, ont peut-être à voir avec une intention. Mon ami Alban s’occupe de l’affaire, qui trouvera son épilogue rapidement, je l’espère en tout cas.

Nous avons évidemment besoin d’une révolution morale. Avant tout autre mouvement humain, nous avons besoin de proclamer l’unité, l’unicité de notre espèce, et l’égalité essentielle de ses membres. Rien ne pourra changer réellement, dans la profondeur de l’âme, si nous ne marchons pas à la rencontre de la réalité. Et cette réalité, avant tout autre considération, c’est que plus d’un milliard de nos frères souffrent de la faim. C’est un drame, c’est une complète abjection. Nul ne peut rien demander à personne si cette question n’est pas réglée.

Or, elle ne l’est pas. Au printemps 2008, une dramatique flambée des prix alimentaires avait provoqué, dans nombre de pays du Sud, des émeutes de la faim. Cela recommence, en pire peut-être. La Banque mondiale, cette ennemie des peuples – mais pas des régimes -, alerte dans un rapport les supposées élites du monde oublié. Selon ses chiffres, 44 millions d’êtres aussi importants que vous ou moi sont passés sous le seuil de l’extrême pauvreté entre juin et décembre 2010, rejoignant environ un milliard d’affamés chroniques. Ils seraient 1,2 milliard à survivre avec 1,25 dollar par jour. Selon l’indice de la Banque, les prix alimentaires ont augmenté de 15 % entre octobre 2010 et janvier 2011. Comment voulez-vous qu’un extrême pauvre puisse espérer s’en sortir ?

Ces chiffres, ces évocations ont par force quelque chose d’obscène. Car nous mangeons. Tous. Je le répète au risque de me faire malmener : tous. On ne peut feindre la tragédie, on ne saurait ruser avec cette complète horreur qu’est la famine. Il faudrait la connaître, et nous l’ignorons. Faut-t-il insister ? Si je devais voter un jour, ce serait pour des candidats qui mettraient au premier plan cet impératif catégorique de tout projet public digne d’être proposé, et approuvé. Le reste est infâme.

Le point de départ de toute renaissance, en nos terres occidentales, est le combat pour la destruction de l’agriculture industrielle. Et le soutien déchaîné, quel que soit le prix à payer, à l’agriculture vivrière. Celle des peuples. Celle des pauvres. Celle des estomacs vides. Tant que nous n’y serons pas parvenus, nous n’aurons rien fait.

Problèmes techniques (ou autres ?)

Je suis actuellement loin de chez moi, et ne peux rien écrire sur Planète sans visa. Retour lundi prochain, à peu près. À tous qui écrivez ici, je dois vous prévenir qu’il y a des problèmes concernant les échanges entre vous et moi. Cela coince, pour des raisons que je suis incapable de comprendre pour le moment. Mon hébergeur avance l’hypothèse d’un hacker, au milieu d’autres possibilités. Je n’exclus rien, mais en l’état, cela peut très bien s’expliquer par de simples raisons techniques. Dans tous les cas, je vous prie de m’excuser.

PS : priorité totale à la bagarre contre les gaz de schistes.

Fatale irresponsabilité de Borloo (sur les gaz de schistes)

La situation est d’une rare limpidité : Jean-Louis Borloo se planque. Surtout, surtout éviter le moindre mot qui pourrait écorner sa si belle image d’écologiste de droite. Je vous rappelle qu’il a signé, en sa qualité de ministre de l’Écologie et de l’Énergie réunies, des autorisations scélérates d’exploration en vue de découvrir des gisements de gaz de schistes. Le 1er mars 2010, et sur des surfaces géantes, qui incluent Larzac et Cévennes. Entre autres.

Bien entendu, comme je l’ai déjà écrit, un pauvre garçon comme Borloo, une pauvre madame comme Kosciusko-Morizet n’ont le plus souvent pas la moindre idée de ce qu’ils paraphent chaque soir. Ils n’ont pas le temps, figurez-vous ! Ils passent leur temps à soigner leur carrière publique, à parlotter, à serrer des mains, et à éviter les chausse-trapes. Entourés par un petit staff à leur service – leur cabinet, qui arrive et part en même temps qu’eux -, ils sont censés commander à l’administration centrale de leur ministère. Laquelle est entre les mains, ici en tout cas, d’ingénieurs des Mines et des Ponts et Chaussées. Si vous voulez réellement trouver des corps de pouvoir oligarchique en France, voilà la meilleure adresse qui soit.

Donc, Borloo se planque. Le courage et la vertu consisteraient à assumer, fût-ce en expliquant. Mais il a bien trop peur de s’empêtrer dans ce qui pourrait se transformer en un retentissant scandale. Car en effet, sous sa signature, la France a accepté de vendre le sous-sol de régions sublimes sans daigner en informer leurs habitants. À Total, Suez, à des compagnies américaines. Au pire. La logique s’impose : courage, fuyons !

Mais alors, les amis, qui est responsable ? Cela devient réellement passionnant, car la réponse est : personne. Certes oui, comme indiqué hier ici-même, celui qui a préparé et supervisé le permis dit de Nant, proche du Larzac, porte un nom. Il s’appelle Pierre-Marie Abadie, directeur de l’Énergie. Par délégation de l’autorité de Borloo, il a en effet signé un document. Je l’ai en ma possession, mais ne peux le reproduire ici. Quoi qu’il en soit, c’est le seul nom de Borloo qui figure sur le Journal officiel (30 mars 2010) de la République. On peut légitimement parler d’imbroglio.

En effet, le ministre se défile, car il prépare sa candidature de 2012. Et l’ingénieur des Mines se défilera sans nul doute si on lui pose la question, car il répondra fort justement que la seule responsabilité appartient à l’autorité publique. Lui, dans la majesté de ses bureaux, monte des dossiers à partir des étroites considérations liées à sa formation. Ensuite, avec la toute-puissance attachée au corps des Mines dont il est un éminent responsable, il présente à la signature du ministre des documents de diverse importance, dont certains sont évidemment décisifs pour notre avenir.

Voilà donc où nous en sommes. « On » a vendu la France, mais ce « on » restera à jamais un pronom indéfini. Vous aimez ?

Qui a signé les permis (sur les gaz de schistes) ?

Le suspense devient insoutenable : qui a pu signer, dans le dos du peuple français, les permis d’exploration des gaz de schistes ? Je ne peux rappeler ici tous les épisodes précédents, dont certains sont sur Planète sans visa. Qui, mais qui a donc osé ? Eh bien, voici une première réponse, qui porte sur le permis dit de Nant. Celui-ci a été accordé à deux sociétés américaines, Schuepbach Energy LLC et Dale, ainsi qu’au champion français Suez. Ce permis concerne une surface de 4 414 kilomètres carrés. Une paille.

Or donc, qui ? Officiellement, et comme il se doit, Borloo, car le texte date du 1er mars 2010, date à laquelle l’ami Jean-Louis était ministre de l’Écologie et de l’Énergie. Seulement, un ministre paraphe ce que d’autres préparent. Et en l’occurrence, ceux qui ont préparé le permis de Nant sont, comme je l’ai déjà écrit, des ingénieurs des Mines. En la circonstance, le directeur – à l’époque – de l’Énergie au ministère de l’Écologie, c’est-à-dire  Pierre-Marie Abadie, ingénieur-en-chef des Mines. Un oligarque. Un parfait oligarque au temps du choléra de la démocratie. Au plan politique, rien ne me semble plus urgent que d’abattre les monopoles de pouvoir que se sont octroyés une poignée de féodaux. Ce n’est certes pas suffisant, mais c’est assurément nécessaire. Montons à l’assaut, car il faut avancer à toute force. On y va ?

PS : Je ne sais pas qui a préparé, pour le ministre, les autres permis. Dès que je le saurai, je vous le dirai. Mais je suis prêt à parier que des ingénieurs des Mines sont derrière chaque décision. Car telle est la fonction qu’une société aveugle, sourde, atone, leur a concédé.  ¡ Nos vemos !

La supercherie de madame Kosciusko-Morizet (sur les gaz de schistes)

Vous lisez comme moi les journaux, ou vous écoutez sans doute les radios. Sentant monter une vraie grande colère nationale contre les gaz de schistes, madame Kosciusko-Morizet (ici) tente d’éteindre l’incendie, qui la menace directement. Car bien sûr, comment justifier une telle horreur quand on se prétend écologiste et qu’on entend – elle l’a dit et répété – devenir un jour présidente de la République ? C’est ce que j’appellerais une mission impossible.

La plupart des écologistes de cour et de salon adôôôrent madame Kosciusko-Morizet. Ils la trouvent belle, ils se trouvent beaux de la trouver belle. Ils rient avec elle sur les photos, vantent ses supposées qualités et ses soi-disant compétences. Fort bien. J’ai l’honneur de ne pas faire partie du club et de penser sans détour que madame Kosciusko-Morizet, secrétaire générale adjointe de l’UMP – vous imaginez ce que cela veut dire ? – est une politicienne ordinaire. Point barre.

Le moratoire, c’est du vent

Sur l’affaire des gaz de schistes, je n’ai hélas pas le temps de développer, mais je le ferai dès que possible. Il faut oser parler d’une supercherie. D’abord parce que le moratoire évoqué par madame Kosciusko-Morizet ne peut venir d’une parole, fût-elle ministérielle. Il faut une décision, écrite. Ce n’est pas le cas pour l’heure, et les propos de madame Kosciusko-Morizet ne sont donc, en tout cas pour le moment, que du vent. De l’air brassé sous le nez de journalistes complaisants. Mais il y a bien pire. Car madame Kosciusko-Morizet a également annoncé la création d’une mission d’expertise. Elle est bonne, elle est excellente, on nous a déjà fait le coup 1 000 fois.

Dans ce pays perclus qu’est la France, à qui diable peut-on confier pareille expertise ? Mais à des experts, pardi ! Seulement, ce travail technique hautement spécialisé est un monopole, tout simplement. Qui appartient à deux corps d’ingénieurs d’État, ceux que Pierre Bourdieu appelait fort justement la « noblesse d’État ». J’ai nommé le Conseil général de l’industrie, de l’énergie et des technologies (CGIET), créé avant la Révolution française, et qu’on a longtemps appelé le Corps des Mines ; et puis le Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD), l’ancien corps des Ponts et Chaussées.

Derrière le programme électronucléaire

Pour aller très vite, ces deux corps trustent un nombre de postes de pouvoir ahurissant. Dans les ministères clés comme dans l’industrie. Le premier  a lié son histoire, depuis la guerre, avec le nucléaire, dont la bombe, et le pétrole. Ce sont les Mineurs qui ont arraché la décision de bâtir notre parc électronucléaire. C’est l’un d’entre eux, Pierre Guillaumat, qui a été le premier patron d’Elf-Aquitaine. À mon sens, ce corps pourrait bien être le pouvoir le plus considérable de notre pauvre République. Le corps des Ponts et Chaussées, de son côté, est derrière une infinité de destructions, dont le réseau routier et autoroutier, les ponts et rocades, les châteaux d’eau, les ronds-points.

Je vous le dis très calmement : ces gens tiennent le manche, mus, soutenus par un sentiment de toute-puissance lié à leur histoire pluricentenaire. Ils ont résisté aux guerres comme aux révolutions. Les ministres et les régimes passent, eux restent. Bien entendu, l’écologie n’a jamais été au programme de leurs écoles, entièrement au service de la technique et du pouvoir. Mais pour en revenir à notre sujet, quand un ministre crée une mission d’expertise, elle est fatalement confiée à ces braves serviteurs de l’intérêt commun. Madame Kosciusko-Morizet n’a pas dérogé à cette règle et sa mission sur les gaz de schistes est entre les mains du CGIET et du CGEDD. Or, le premier, bien plus encore que le second, est à la fois juge et partie. Car je vous en fais la confidence ici, et vous demande de la répéter partout où vous le pourrez : le moteur de cette folie globale appelée « gaz de schistes », en France du moins, c’est le corps des Mines, c’est le CGIET. On demande à ceux qui ont promu cette nouvelle aventure de nous expliquer les problèmes qu’elle poserait éventuellement. Au secours !

Croyez-vous que ce pauvre Borloo, signataire en mars 2010 des autorisations d’exploration, connaissait quoi que ce soit au sujet ? Évidemment, non. Mais les ingénieurs des Mines, oui. J’ai le pressentiment qu’ils veulent rééditer leur exploit du début des années 70, quand ils ont obtenu du régime pompidolien de l’époque le droit de semer partout des centrales nucléaires, ce qui a leur donné un surcroît de puissance sans égale. S’ils obtiennent satisfaction avec le gaz de schistes, ils offrent du même coup au pouvoir actuel un semblant d’indépendance énergétique, ce qui les rend intouchables pour longtemps.

On se doute bien que ces grands ingénieurs ont d’autres soucis en tête que le dérèglement climatique, non ? J’ajoute qu’une réforme passé inaperçue a créé en région les directions régionales de l’environnement, de l’aménagement et du logement (les Dreal), qui ont englouti la maigrelette administration de l’Écologie (les Diren) ainsi que les directions de l’Équipement. Dans ces nouvelles structures, ingénieurs des Mines et ingénieurs des Ponts et Chaussées font la loi, comme il se doit. Ce sont ces Dreal qui auront à gérer les dossiers concrets d’exploration des gaz de schistes.

Chez Total, Vallourec, Suez, et dans les ministères

À ceux qui pourraient croire que je fantasme, je conseille vivement de lire et de se renseigner. J’ai à peine commencé mon propre travail de mise à jour que je tombe déjà sur cette évidence : les ingénieurs des Mines sont partout dans ce dossier pourri. À la tête de Total et de Suez, bien sûr. Mais aussi chez Vallourec, qui produit les tubes destinés à l’exploitation du gaz. Et bien évidemment au ministère de l’énergie de ce cher monsieur Besson. Et bien évidemment au ministère de l’Écologie de cette chère madame Kosciusko-Morizet.

En résumé, nous avons affaire à un coup de force oligarchique. Je ne suis pas en train de parler d’un complot. Je suis aux antipodes de ces fumeuses visions. Ces gens ne se montrent pas sur la place publique, certes. Mais c’est de notre faute, et de notre faute seulement. Tout est à portée de main, et de critique : une infime minorité de puissants entend passer en force sur la question décisive de l’énergie. Comme en 1974 à propos du nucléaire. Cette fois-là, nous avons été battus à plate couture. Mais aujourd’hui, sur fond de crise climatique, nous n’avons plus le choix. Il faut gagner ce combat. Et donc, surtout, avant tout, ne pas se laisser manipuler par des personnages comme madame Kosciusko-Morizet ou MM. Borloo et Sarkozy.

En attendant des échéances qui se rapprochent à toute vitesse, on peut évidemment signer la pétition, et la faire tourner (http://www.petitions24.net/signatures/gaz_de_schiste__non_merci/). Ce n’est, toujours et encore, qu’un début.

PS : mon ami, mon cher ami François Veillerette, vice-président du Conseil régional de Picardie, a obtenu un vote remarquable que je vous laisse découvrir. François, des bises pour vous trois !

COMMUNIQUE DE PRESSE
Le 4 février 2011

Gaz et pétrole de schiste : Le Conseil régional de Picardie décide d’interdire par tous les moyens l’exploitation sur son territoire

Lors de la session de ce matin 4 février, le Conseil régional de Picardie a voté à l’unanimité une délibération engageant la région à s’opposer par tous les moyens à l’exploitation des gaz et des pétroles de schiste sur le territoire. Porté par François Veillerette, vice président chargé de la santé et Christophe Porquier, vice président énergie-climat, ce vote confirme la position ferme et nette du Conseil régional à ce sujet.

C’est sans consultation avec les collectivités locales et encore moins avec la population que l’Etat par l’intermédiaire de son ministre de l’environnement de l’époque, Jean-Louis Borloo a accordé un permis d’exploration à la société Toréador Energy France SCS dans la région de Château-Thierry (Aisne). Ce permis délimite une surface de 779 km2 dans laquelle sont programmés 6 forages.

Ce type d’exploitation engendre de lourdes conséquences pour l’environnement et la santé publique. La technique utilisée pour extraire les gaz, ou, comme c’est le cas en Picardie, du pétrole de schiste, consiste à fracturer la roche à l’aide de millions de litres d’eau (il faut environ 20 000 m3 d’eau pour un seul puit) additionnés à un mélange de produits chimiques particulièrement toxiques.

Mercredi 2 février, Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’environnement, a annoncé la création d’une mission chargée « d’évaluer les enjeux, et d’abord les enjeux environnementaux » de l’exploitation des gaz et pétroles de schistes. En attendant le rapport de la mission en juin prochain, aucune autorisation de travaux ne sera donnée.

Ce réveil tardif de l’Etat confirme la nécessité qu’une réelle concertation publique soit menée.

C’est pourquoi, en  plus de sa décision d’interdire l’exploitation des gaz  et pétroles de schistes, la Région exige un moratoire sur la prospection de ces gaz et demande l’organisation d’un débat public et la réalisation d’études d’impact. Par ce biais, la région compte garantir la protection de la population et de l’environnement et lui apporter l’information nécessaire et faire valoir ainsi le principe constitutionnel de précaution.

François Veillerette
Vice-président chargé de l’agriculture, alimentation, santé