Je me permets de piquer en totalité un article publié ce 1er février dans Le journal du développement durable (ici), que je vous conseille de lire avec attention, car il annonce le début de la grande bataille de l’information. Attention, je n’accuse pas le site en question de propagande, mais Total, oui. J’ai pu constater dans des documents internes de notre groupe pétrolier son avidité pour le sous-sol français. Je vous mets ici un extrait en anglais – je n’ai pas le temps de traduire -, qui montre combien le territoire au-dessus de Montélimar lui paraît prometteur. J’en extrais deux phrases. La première : « Total believes that it has identified a high potential shale gas play in SE France ». Ainsi donc, et déjà, ils ont identifié un « fort potentiel ». Mais où ? Mais comment ? La seconde, dédiée à monsieur Sarkozy : « The fiscal terms in France are amongst the most attractive in the entire world, with a total tax take of ~35% ».
(1) DOC TOTAL
Montelimar Permit
Total is planning to farm?out up to 50% interest in their 100% operated South East Basin, Montelimar Permit acreage in the south east of France.
Success and development
The proximity of major gas infrastructure that has access to the French & European gas
Markets (gas pipeline traverses northeast part of the permit), will enable rapid development
& easy monetization of a successful gas shale project. Natural gas demand in France is
currently ~45 Bcm/year (4.3 bcfd). The majority of French domestic supply is imported; a low cost onshore domestic gas source with attractive fiscal terms would be very competitive. The fiscal terms in France are amongst the most attractive in the entire world, with a total tax take of ~35%.
Technical Summary
The exploration for unconventional plays & particularly shale gas plays in Europe has progressed rapidly following the success of shale gas plays in North America. Total believes that it has identified a high potential shale gas play in SE France; the Liassic Shale Gas Play in the South East Basin. Total determines that the Gas Shale resource could be up to IGIP of 85 TCF. The South East Basin Liassic shale gas play is directly comparable to the Posidonia, Liassic shale play of SW Germany & also has strong similarities to the North American Fayetteville & Woodford Shale Gas Plays.
(2) Et maintenant, lisez avec des yeux dessillés l’article emprunté donc, volens nolens, au Journal du développement durable, sous la signature de Pierre Magnetto. À croire les communiquants de Total, il ne faudrait surtout pas se presser. À les suivre, eux seuls auraient droit d’avancer, en cachette. Mais, messeigneurs, c’est raté.
Gaz de schistes : Total se donne cinq ans pour décider
Le groupe pétrolier français titulaire du permis de recherche de Montélimar se dit surpris par la soudaineté de la polémique suscitée par la recherche de gaz de schistes. Confiant dans la technique de la fracturation hydraulique il prévoit de rentrer dans un processus d’information publique et de rapprochement du terrain
« C’est dommage de susciter une inquiétude très forte alors qu’il n’y a pas encore de réponses à apporter aux questions posées ». Chez Total, on se dit surpris par la soudaineté de la polémique qui s’est propagée ces dernières semaines dans les régions concernées par les permis d’exploration de gaz de schistes délivrés en mars 2010 par le ministère de l’environnement. Il est vrai qu’à l’époque le groupe pétrolier avait rendu l’information publique mais l’info était plutôt passée inaperçue. Total est le titulaire exclusif du permis de Montélimar dans la Drôme, portant sur une zone de 4 300 km2 dont il vient de demander l’extension vers le Nord. Le pétrolier indique que jusqu’à fin novembre début décembre, moment où la contestation a commencé à prendre corps, il n’a guère avancé sur ce dossier en raison du retrait de son partenaire américain Devon, le groupe étant à la recherche de nouveaux associés.
Cinq années d’exploration et d’études
Pour l’heure, les dirigeants temporisent : « nous sommes encore très en amont de l’exploitation. Si le gaz est présent de manière trop diffuse ce ne sera pas exploitable ». L’exploration va se dérouler en trois temps. La première phase qui devrait se terminer vers la fin de l’année est celle des « études géosciences ». Elles permettront de » voir si ces éléments confirment le potentiel ». La phase 2 sera celle de la validation technique, elle consistera notamment à partir de 2 à 3 forages conventionnels aux profondeurs voulues, environ 2 500 mètres, de confirmer les premières données. Viendra ensuite le temps de la validation économique. Il s’agira cette fois de vérifier le niveau d’exploitabilité du gisement en effectuant des forages horizontaux et en utilisant la technique de la fracturation hydraulique.
Ce n’est qu’au terme de ce processus qui devrait durer jusqu’en 2015, la durée du permis de recherche étant de 5 ans, que la décision d’exploiter ou pas pourra être prise. Entre temps, le groupe pétrolier affirme qu’il aura conduit les études sur l’impact environnemental, celles concernant l’origine de l’eau utilisée pour la fracturation, sa récupération et son traitement. Il assure aussi que des études toxicologiques seront menées concernant les additifs utilisés pour éviter les frottements qui atténuent la puissance de l’eau sous haute pression lors de la fracturation.
Les énigmes de Gasland
Restent cependant les images du documentaire Gasland dont on reconnaît chez Total le caractère choc. Pour autant, les ingénieurs et techniciens s’interrogent sur l’origine des contaminations de la nappe phréatique. « On creuse trop profondément pour qu’il y ait des remontées jusqu’aux aquifères qui sont relativement proches de la surface » expliquent-ils en insistant sur le caractère horizontal et non pas vertical de la fracturation. Pour eux le problème ne se situe pas dans la technique elle-même, utilisée disent-ils depuis une dizaine d’années y compris « sur certains gisements conventionnels présentant des problèmes de perméabilité ». Ce serait plutôt dans la gestion des poches de rétention servant à stocker l’eau récupérée après la fracturation pour être traitée que pourrait se situer l’explication.
Mais la contestation à laquelle sont confrontés les titulaires des permis de recherche porte aussi sur l’absence d’information et de concertation sur le terrain. La compagnie assure qu’un processus de concertation est prévu. Il sera conduit sur le modèle de celui mené à Lacq, dans les Pyrénées Atlantique, où elle finit d’exploiter un gisement de gaz naturel tout en ayant mis en œuvre un pilote de stockage de CO2. Sa démarche consiste à rencontrer les administrations, les institutions, les élus concernés, puis de se rapprocher du terrain y compris en participant à des débats publics. Les protestations ont conduit le groupe « à activer un peu les choses » confie-t-on à la direction, les premiers rendez-vous étant prévu pour la semaine prochaine.
1er février 2011, Pierre Magnetto
Je reprends ici la parole. Si vous avez envie de donner votre avis à ceux de Total qui suivent le dossier de Montélimar, voici en prime :
Contact Details to Dispatch the signed CA
Attention Mr. Bruno Gruson
SCR/AN: Business Development? Northern Europe
Total SA (15E54)
2 Place Jean Millier,
La De?fense 6,
92400 Courbevoie, France
Tel : +33 1 4744 4181
Email : bruno.gruson@total.com
Alternative contact :
Attention Mr. Fabrice Chevalier
SCR/AN: Business Development? Northern Europe
Total SA (15E03)
2 Place Jean Millier,
La De?fense 6,
92400 Courbevoie, France
Tel : +33 1 4744 4554
Email : fabrice.chevalier@total.com
La bataille qui commence sera longue et pleine d’embûches. Elle va demander beaucoup d’énergie et de sang-froid. Mais pour commencer, et sans vouloir commander quiconque, il me semble que tout le monde doit se trouver sur le pont.
