Quand Borloo se met hors-la-loi (sur les gaz de schistes)

En décembre 2007, Borloo, devenu ministre de l’Écologie, se baigne à Bali (Indonésie), bien entendu sous l’objectif des caméras. S’il plonge ainsi dans l’océan le 13 décembre 2007, en marge de négociations internationales sur la question climatique, c’est pour réimplanter un morceau de corail sur un massif malmené. En tout point charmant. Borloo prétendra que l’opération n’était pas prévue au programme – télés, radios, journaux étaient bien entendu présents – et pour preuve, prétendra ne pas disposer de maillot de bain ad hoc. On verra donc le ministre, qui pilote alors le Grenelle de l’Environnement depuis septembre, sauter à l’eau dans un caleçon bleu qu’on vient par miracle de lui trouver. Bleu comme la mer. Comme c’est beau.

Nul ne s’en souvient, pour cause, mais alors, tous les écologistes officiels, du WWF à France Nature Environnement (FNE), en passant par la fondation Hulot et Greenpeace, ne tarissaient pas d’éloges sur le grand écologiste que Sarkozy avait donné à la France. Tous lui donnaient du Jean-Louis, le tutoyant et trinquant à l’occasion. Un petit monsieur nommé Arnaud Gossement, en ce temps porte-parole de FNE, est aujourd’hui (discrètement) lancé en politique au côté du Parti radical de Borloo, et je vous fais le pari qu’il réapparaîtra avant l’élection présidentielle de 2010. Hulot, de son côté, continue à voir son « ami » Borloo. Pour les autres, je ne sais. Mais je serais fort étonné que le contact ait été rompu. C’est trop bon. Dès qu’on a goûté, on en reprend.

Pourquoi évoquer Borloo, dont la personne m’indiffère tant ? Parce qu’il est une quintessence de ce qu’est devenue la politique. Un jeu de farces et attrapes. Ou de bonneteau. De loin, ce serait presque rigolo. De près, attention aux vomissures. Je veux parler d’une simple signature, qui engage pleinement la responsabilité personnelle de Jean-Louis Borloo. En catimini, sans en dire un mot, l’ancien ministre de « l’écologie, de l’énergie, du développement durable et de la mer, en charge des technologies vertes et des négociations sur le climat » – son titre officiel -, a signé le 1er mars 2010 des arrêtés scélérats. Je vous en cite un, qui vaut pour tous les autres : « Par arrêté du ministre d’État (…) le permis exclusif de recherches de mines d’hydrocarbures liquides ou gazeux dit « Permis de Villeneuve de Berg » est accordé à la société Schuepbach Energy LLC pour une durée de trois ans à compter de la date de publication du présent arrêté au Journal officiel de la République française. Pour cette période, l’engagement financier souscrit par la société est de 39 933 700 euros ».

La même autorisation, qui concerne aussi bien le pétrole que le gaz, a été accordée sur environ 8 % du territoire français. Je n’ai pas le décompte précis, mais tel est l’ordre de grandeur : 40 000 km2. De quoi s’agit-il ? Grâce à une nouvelle technique dite de « fracturation hydraulique », il est désormais possible d’exploiter des gaz et pétroles « non conventionnels » piégés dans des roches sédimentaires profondes, dont des schistes. Le petit malin qui a inventé cela [ajout le 11 janvier 2011 : la question de la fracturation hydraulique est plus complexe que ce que je croyais. Mais Halliburton est bien leader] est la société américaine Halliburton, longtemps dirigée par Dick Cheney, devenu ensuite vice-président de Bush. Je ne détaille pas les incroyables affaires que cette entreprise a faites avec l’armée américaine en Irak. Halliburton c’est la lie.

Les gaz de schistes sont d’ores et déjà un Eldorado aux États-Unis, où les puits se comptent par centaines de milliers. Je répète : centaines de milliers. Pour arriver à un tel chiffre, il faut massacrer des territoires entiers. Et utiliser des quantités d’eau astronomiques que l’on injecte à très, très haute pression dans le sol de manière à faire exploser la roche. On y ajoute pour faciliter le travail jusqu’à 500 produits chimiques différents, dont une grande partie se retrouvera dans les nappes phréatiques. La machine criminelle qui a lancé cette nouvelle aventure s’abrite derrière le secret industriel pour refuser de fournir la liste de ces poisons. Diverses enquêtes convergentes, bien qu’incomplètes, indiquent qu’un grand nombre est mutagène, cancérigène, reprotoxique, perturbateur endocrinien.

En France, Borloo a ouvert la boîte de Pandore, donnant des permis à des entreprises américaines, à Total, à GDF-Suez. Malgré la destruction assurée d’espaces naturels. Malgré une pollution des eaux qui pourrait se révéler sans précédent connu. Et malgré la loi française sur l’énergie de 2005 (ici) qui impose à la France de diviser par quatre ses émissions de gaz à effet de serre. Car évidemment, lancer une production massive de pétrole et de gaz chez nous ne peut que ruiner les engagements de la France et achever ce qui reste de négociation sur le climat. Borloo a donc, et sans détour, violé la loi de la République française, ce que personne ne lui reprochera jamais. Car il est du côté des maîtres, et du manche. Et nous ne sommes, pour l’heure du moins, que poussière.

Si vous avez le temps, regardez donc le film Gasland (ici). Vous verrez ce qui nous attend en France, grâce à Borloo et aux petits malins écologistes qui l’ont porté aux nues. Notez que la résistance s’organise. Vivement. Ouvrez les oreilles. Je vous tiendrai au courant.

Pourquoi je déteste Mélenchon (sur Cuba, encore et encore et encore)

Mélenchon. Je ne vais pas reprendre toute la litanie, non. Petit ponte de l’immonde organisation appelée OCI à Besançon dans le début des années 70, il a été membre du parti socialiste 31 ans, sous-ministre de Jospin jusqu’en 2002, non sans s’être emparé en 1991, avec son compère Julien Dray – ce grand amoureux des montres – de l’association humanitaire Frères des Hommes, pour les besoins de son courant politique.

J’ai pointé ici les inepties prononcées par lui au sujet du Tibet. Et son formidable soutien à une bureaucratie chinoise qui envoie sur les routes 200 millions de mingong, ce qu’on appelait chez nous, il y a 150 ans, des chemineaux. Des vagabonds. Voilà qu’il récidive au sujet de Cuba, où les frères Castro virent de la fonction publique 500 000 personnes, sur une population de 11 millions 500 000 personnes. En attendant de tripler ce chiffre fou, et au-delà. Mélenchon vient de déclarer que Cuba n’était pas une dictature, et que les Cubains « choisissent librement leurs affaires ». Texto.

Seule l’injure me vient à l’esprit, et de la pire espèce, croyez-moi. Mais je ne m’abaisserai pas devant pareil personnage. Seulement, je veux clamer ce que je ne glisse ici, en règle générale, que par allusions. L’ignoble histoire dont se gargarise ce pauvre monsieur s’appelle le stalinisme, sous toutes les formes possibles. Staline serait-il vivant que Mélenchon nous vanterait probablement les avantages des kolkhozes et des sovkhozes. Mais je vous dis qu’il est un autre fil de l’histoire, qui ne se confond pas avec la barbarie stalinienne.

Moi, quand je pense au siècle des massacres qu’a été le vingtième, je n’oublie jamais mes frères. Ce sont les révoltés de Kronstadt de mars 1921, levés contre la dictature du parti bolchevique, réclamant la liberté pour le peuple, et qui finirent étranglés, fusillés, déportés. Ce sont les braves de l’armée de Makhno, cette makhnovchtchina créée en octobre 1918, et qui combattit pendant quatre ans l’Armée rouge et les armées blanches tsaristes. Ce sont ceux du groupe Los Solidarios, formé à Barcelone vers 1922 par les anarchistes Francisco Ascaso, Buenaventura Durruti,  García Oliver, Gregorio Jover, Antonio Ortiz, Ricardo Sanz,  décidés à rendre coup pour coup à la violence sociale. Ce sont ceux de la colonne Durruti, bataillant par force, en 1936, contre la soldatesque fasciste de Franco et les sbires de la police politique stalinienne espagnole, encadrée par des tueurs venus de Moscou.

Je me fous que cela paraisse grandiloquent. Je m’en fous. Entre un Mélenchon, qui n’aura jamais rien fait que diriger, et d’autres, dont je fais partie, il y a, il y a toujours eu, il y aura toujours des fleuves de sang. Bureaucrates soviétiques, bureaucrates chinois, bureaucrates cubains ne forment qu’une seule et même canaille. Mais tout le monde n’aime pas la servitude. Mais tout le monde n’est pas prêt à applaudir Mélenchon ou se laisser impressionner, si peu que ce soit, par ses moulinets et ses poses robespierristes.

¡ Y que se vaya, él ! Que se vaya al diablo. Que se vaya a la mierda.

PS : En l’occurrence, je suis bien certain que les lignes ci-dessus ont intimement partie liée avec la crise écologique. C’est aussi parce que les mots et la pensée qui les forge ont été pervertis qu’il est si difficile d’avancer. Réfléchissez avec moi. Le changement – valeur cardinale face au danger qui nous cerne de tous côtés – s’exprime depuis cent ans dans une langue surchargée par le mensonge. Si l’on veut du neuf, il est nécessaire de parler autrement. Et donc franchement. Et donc, en disant leur fait aux nombreux Mélenchon de la place.

Chávez, Castro et Mitterrand (ode aux belles idées)

Je mords une nouvelle fois la ligne jaune. Pardon aux lecteurs occasionnels de ce site, auxquels je dois une courte explication. Les autres savent mon vilain penchant. Planète sans visa est consacré à la crise écologique, exclusivement. Presque. Je fais une solide fixation sur le stalinisme, l’esprit du stalinisme, les différentes apparitions historiques, géographiques, politiques du stalinisme. Lequel vit encore, au profond, jusqu’en France. Ce n’est pas seulement que je déteste avec violence le culte du chef, les versions verticales du pouvoir, et tous les goulags, quels que soient leur nom. C’est aussi et surtout que je vois de nombreux jeunes gens sincères verser dans le soutien à des caudillos comme Hugo Chávez, quand ce n’est pas cette canaille de Castro. Je vous livre donc deux infos ci-dessous concernant cette question de principe. Et une autre qui n’a rien à voir, sauf que si.

Information numéro 1 : le plan cubain de « reordenamiento laboral », qui pourrait se traduire en français par « ajustement social », commence ces jours-ci. Il s’agit de lourder pour commencer 500 000 salariés de la fonction publique, fortement encouragés à créer leur propre petite entreprise de restauration, de coiffure, de cirage de pompes et bien entendu, pour les moins « adaptables », de chômage perpétuel. Ils devraient progressivement être rejoints dans ce grandiose effort pour la patrie par 1,3 million d’autres employés de l’État. Soit au total 1,8 million de fonctionnaires jetés sur le marché libre où les renards libres s’occupent si bien des poules libres. Rappelons que Cuba compte 11 millions 500 000 habitants. Une telle révolution dans l’emploi signifierait, en France, 16 millions de personnes contraintes de trouver un nouveau boulot. Soulignons que dans ce pays de rêve, les flics, les militaires, les bureaucrates du parti et ceux qui ont de la famille aux États-Unis paient en dollars et peuvent, à condition d’en avoir assez, tout s’offrir. Les autres se contentent de la libreta de abastecimiento. Un livret de rationnement qui permet de se régaler de patates à moitié pourries et de poissons avec beaucoup d’arêtes.

Le magnifique, c’est que la nouvelle du chamboulement a été annoncée par le syndicat unique appelé Centrale des Travailleurs cubains (CTC), qui non seulement approuve, mais aussi soutient cette mesure barbare. Vous avez toujours voulu savoir ce qu’est le totalitarisme ? Eh bien, c’est cela. C’est quand tout l’espace social, tous les interstices publics sont investis par les mêmes sous différents noms. Quand il n’y a plus de place aucune pour nous. Pour la liberté réelle. Je sais qu’il se trouvera toujours des soutiens de Cuba pour évoquer l’impact de l’embargo américain et les intrigues de l’impérialisme américain. Je plains les plus naïfs. Je maudis tous les autres. Castro est au pouvoir depuis cinquante ans à la place de son peuple.

Information numéro 2 : je n’adore pas le journaliste Jean-Pierre Langellier, correspondant du Monde en Amérique latine, installé à Rio. Mais je le lis, car c’est du moins un professionnel sérieux. Il écrit le 5 novembre une chronique glaçante sur les meurtres qui endeuillent chaque jour Caracas, capitale du « socialisme bolivarien » de Chávez, cher au cœur de tant d’altermondialistes. Caracas est devenue la ville la plus violente d’Amérique latine, avec 16 094 homicides en 2009, dont 93 % restent impunis. Probablement encore une entourloupe de l’impérialisme. Par rapport à 1998, juste avant que le grand jefe Chávez ne prenne le pouvoir, les chiffres ont été multipliés par quatre. Si je comprends bien, plus la révolution triomphe et profite au peuple, et plus le peuple s’étripe lui-même. Car ce sont bien sûr les pauvres qui se tuent entre eux, en priorité. Y a quelque chose qui cloche là-dedans, j’y retourne immédiatement.

Information numéro 3 : quinze ans après la mort de François Mitterrand, une bonne partie des Pleureuses officielles se retrouve donc au cimetière de Jarnac – Jarnac ! – pour un émouvant hommage au cher disparu. Il y aura là Aubry, Royal, Cresson, Lang, etc. Notons parmi les etc. Roland Dumas, éternel complice de Mitterrand, qui vient d’aller embrasser le satrape Gbagbo sur la bouche, à Abidjan. Notons de même Gilles Ménage, héraut des écoutes téléphoniques sous le règne de son maître. Notons encore Michel Charasse, serviteur de chaque instant du monarque défunt, copain comme cochon avec Pasqua. J’arrête là, car à quoi bon ?

Nos socialistes ne rêvent que de recommencer une politique – celle de Mitterrand – qui a sacrifié les banlieues, réhabilité le capitalisme financier le plus débridé – Tapie -, vendu la télé publique, sans produire une seule mesure contre la crise écologique. Qui leur donnera sa voix contresignera ces objectifs-là, et aucun autre. Au total, comme je l’ai déjà écrit douze milliards de fois, il faut sortir du cadre. Les socialismes, qu’ils soient caudillistes ou à bajoue social-démocrate, n’ont plus le moindre souffle. Et n’en retrouveront pas. Je le crois. Je le veux.

Ce qu’Obama nous dit de la France

La situation aux États-Unis annonce exactement ce qui se passe et se passera en France.

Rappelons aux oublieux, nombreux ce me semble, que la crise écologique planétaire est notre destin. Nul n’y échappera. Elle devrait conduire nos politiques, en Europe comme ailleurs, depuis des lustres, mais elle en est absente. Totalement. Sans être décisive, la responsabilité des écologistes officiels, estampillés et même régulièrement décorés, est engagée. Je parle là du WWF, de Greenpeace, de la fondation Hulot et de France Nature Environnement (FNE). Quant à Europe Écologie, dont bien des lecteurs de ce blog sont des électeurs, je ne vois aucune raison de ne pas lui appliquer le même traitement.

La crise écologique, c’est maintenant. Pas quand on aura accumulé tant de forces, dans 5600 ans, que l’on pourra enfin mener les affaires autrement. Maintenant. Ou nous sauvons une partie des équilibres écosystémiques, ou ils disparaîtront. Et nos sociétés d’opulence ne survivraient pas à la perte d’incommensurables services rendus gratuitement. N’insistons pas, en ce début d’année 2011, sur les conséquences hautement probables qui s’ensuivraient. Je veux en tout cas vous parler du cas Obama. J’ai écrit ici, en novembre 2008, plusieurs articles pour dire que je ne misais pas un cent sur le mandat du nouveau président Obama. Ce qui m’a valu – je ne m’en plains aucunement – de nombreux courriers de protestation. Vous pouvez relire ce que j’écrivais alors, car je n’en retire pas un mot. Le premier papier, celui du 5 novembre, résume bien mon propos (ici).

Nous sommes le 5 janvier 2011, plus de deux ans après, et Obama n’a rien fait de réellement important. Le peu qu’il a tenté – une réforme de la santé que nous jugerions ici insultante – risque d’être détricoté par la nouvelle majorité républicaine du Congrès. En deux mots, elle entend opérer des coupes drastiques dans tous les budgets publics, notamment dans ceux de la santé et de l’écologie. Normal ? Oui, normal. Mais poursuivons. L’excellent journaliste du Monde Sylvain Cipel, installé à New York, a publié hier un papier intitulé Plus c’est gros…, dans lequel il revient sur la commission Financial Crisis Inquiry Commission (FCIC), instituée par Obama pour tenter de dénouer les fils et intrigues de la crise financière commencée en 2008 (ici). Comprenant à la fois des démocrates et des républicains, dont deux anciens conseillers de W.Bush, elle devait éclairer le peuple ébloui sur la responsabilité évidente, écrasante, de la dérégulation de l’économie et la puissance hypertrophiée des transnationales. J’ajoute qu’il y a un précédent célèbre : la Commission Pecora, créée en 1932, au milieu de la Grande Dépression, et dont les travaux débouchèrent sur de vraies décisions. Par exemple, la séparation entre les activités bancaires de dépôt et celles touchant directement au business.

Tel n’a pas été le cas avec la FCIC. Incapable de se mettre d’accord, cette commission ne rendra pas de rapport unique. C’est que les Républicains refusent tout net l’emploi de (gros) mots comme fonds spéculatifs, Wall Street, corruption, risque systémique, etc. Le seul responsable à leurs yeux de cette énième catastrophe du capitalisme, c’est l’État. Il serait trop ou pas assez intervenu, il aurait incité les Américains à s’endetter, il aurait tenté même de réguler ce qui ne doit en aucune circonstance l’être – l’avidité -, bref, il serait le monstre venu des profondeurs. Il s’agit certes d’idéologie, et concentrée. Mais est-ce bien là le problème ?

La situation américaine montre de manière limpide l’impasse historique qui est la nôtre. On vote, ou pas. Mais de toute façon sur des sujets totalement secondaires, qui embuent le regard, et font perdre un temps qui ne reviendra jamais. Les énergies – pensez à la jeunesse américaine pro-Obama, enflammée tout au long de l’année 2008 ! – se dispersent et se changent en aigreur. Pendant ce temps, la destruction avance, sans masque. Il faut sortir du cadre, sachant qu’on n’y retournera jamais ! Voyez ce qui se passe en cette année 2011 chez nous. Les quelques forces pour l’heure disponibles sont polarisées par la ridicule élection présidentielle du printemps 2012 qui ne changera rien à la seule question politique qui vaille. Qui est, comme chacun devrait le savoir, la création d’une coalition mondiale des refusants, des dissidents, des solidaires, des combatifs, des courageux. Tous ceux qui ne renoncent pas à l’idée de l’homme. Tous ceux qui ne renoncent pas à l’idée de l’animal. Tous ceux qui ne renoncent pas à l’idée de la plante. Tous ceux qui ne renoncent pas à l’idée d’une vie digne d’être vécue. Potentiellement, cela fait du monde. Il faut et il suffit de rassembler. Les élections, oui, oui et encore oui : un piège à cons.

Paris, l’Arabie Saoudite et le frère de Patrick Balkany

AVANT TOUTE CHOSE, AUSSI CONVENU QUE CELA SOIT, JE VOUS SOUHAITE À TOUTES ET TOUS UNE BELLE ANNÉE 2011. ON NE SAIT JAMAIS ! NE PAS OUBLIER LES INTERSTICES DE LA VIE, LÀ OÙ SE CACHENT TANT DE BEAUTÉS, TANT DE RENCONTRES, TANT DE BONHEURS. JE VOUS SOUHAITE TOUT CELA, ET C’EST SINCÈRE. MAIS OUI, CHERS INNOMBRABLES ENNEMIS ET ADVERSAIRES, JE SUIS QUELQU’UN DE SINCÈRE.

J’arrive à peine, et me retrouve noyé sous les messages, comme de juste après une semaine d’absence. Je n’ai donc pas le temps d’écrire directement pour Planète sans visa, et à la paresseuse, comme il m’est (rarement) arrivé, je vous mets ci-dessous un mien article paru dans le dernier numéro de Charlie-Hebdo. Croyez-moi, c’est une affaire passionnante et grave, dont on reparlera. Le Parisien-Aujourd’hui fait sa une de ce matin sur le sujet, très, très probablement inspiré par le papier de Charlie. Mais de là à le signaler,  macache bono. Comme la presse est prévisible !

L’ARTICLE DE CHARLIE-HEBDO

Faut suivre, parce que ça très vite. Le Bassin Parisien, c’est l’Arabie Saoudite. Sérieux. Cirons pour une fois Le Figaro (le 17/12/10) : « 60 à 100 milliards de barils de pétrole dorment sous le Bassin parisien. Soit l’équivalent de 70 à 120 années de production du Koweït ! Cette estimation réalisée par l’Institut français des pétroles (IFP) suscite la convoitise ». Un homme admirable est déjà sur le coup, auquel Charlie veut rendre hommage avant tout le monde. Dans la famille Balkany, pour une fois, on ne demandera pas le maire de Levallois, Patrick, le héros moral que Sarkozy entraîne dans ses déplacements africains. Mais le frère, le jeune demi-frère de 30 ans à peine, Julien. Ce champion des fonds spéculatifs est installé aux Etats-Unis, où il fait des merveilles. Où il dit qu’il fait des merveilles.

Ce qui est à peu près sûr, c’est qu’il a créé en janvier 2008 avec un monsieur Daryl Nanes une structure à faire pâlir d’envie le Fonds Madoff : Nanes Balkany Partners. Depuis sa création il y a bientôt trois ans, cette belle société affiche en effet « un rendement composé annualisé supérieur à 33 pour cent (1) ». C’est un peu bête de s’arrêter en si bon chemin, mais Julien a décidé de se retirer de l’affaire il y a seulement quelques jours. Probablement a-t-il de bonnes raisons. Ce n’est pas la première fois, malgré son tout jeune âge, que Nanes Balkany Partners fait parler d’elle dans les journaux.

Greg Barr, du Houston Business Journal (26 mai 2008) rapporte une plainte déposée devant une cour fédérale américaine par le patron d’une société pétrolière appelée Vaalco. Robert Gerry, le boss, a réussi quelques coups fumants au Gabon et en Angola, et il a le sentiment pénible qu’un coup fourré a été monté pour s’emparer de sa boîte, et de ses puits florissants. En deux mots, Balkany frère aurait monté une opération boursière en compagnie de la société suisse Pilatus Energy, dont le propriétaire est un émir du Golfe. Mais dans laquelle Loïk Le Floch-Prigent, le nôtre, celui d’Elf Aquitaine, jouerait un rôle caché. Tous ceux mis en cause nient en bloc, à commencer par Le Floch, qui a magnifiquement déclaré : « Une seule chose est vraie, je suis un ami du propriétaire de Pilatus, un riche Émirien. Mais il n’est pas interdit de parler à un ami ».

Ne nous perdons pas en route. Julien a depuis poursuivi sa route éclairée aux torchères, et il est maintenant vice chairman d’une société de Dallas (Texas), Toreador Resources, qui vient de rapatrier dare-dare son siège à Paris. On comprend pourquoi, avec ces milliards de barils qui dorment sous la Tour Eiffel. Attention, il ne s’agit pas du pétrole habituel, mais d’un pétrole piégé dans des schistes, à 2500 mètres de profondeur. Pour arriver à produire, il faut beaucoup de relations politiques, car la technique repose sur la fracturation hydraulique – une eau à très, très forte pression – et des centaines de produits chimiques qui se retrouveront dans les nappes phréatiques.

Mais Julien s’en fout, un peu comme s’il avait déjà des relations politiques, ce qui paraît hautement improbable. Le fait est qu’il parle avec une certaine assurance, comme a pu le constater le 30 avril 2010 le journaliste de Challenges Pierre-Henri de Menthon : « Rencontre, dans les jardins du Bristol, avec Julien Balkany (…) Le demi-frère de Patrick Balkany (…) s’apprête à annoncer un investissement de plusieurs centaines de millions de dollars avec une grande compagnie pétrolière pour une campagne de forage visant, dans la meilleure des hypothèses, à extraire de 100 000 à 150 000 barils par jour en Brie et en Beauce, soit la moitié de ce que produisent des pays comme le Congo ou le Gabon ».

C’est donc tout ce qu’il y a de sérieux. La loi française de 2005 oblige à diviser par quatre nos émissions de gaz à effet serre, mais le petit Julien s’apprête à les faire exploser. Toreador vient d’entrer à la Bourse de Paris – compartiment professionnel – et signé un accord avec le groupe américain Hess qui investira 200 millions d’euros, en espérant se rembourser sur les recettes pétrolières. Les camarades de jeu prétendent que le bassin parisien pourrait produire d’ici cinq ans environ 5 % de la consommation annuelle de pétrole en France, soit plus de 4 millions de tonnes. Un pactole.Julien, qui a, en plus du reste, un humour dévastateur, a même lâché : « On n’a pas seulement des idées en France. On a aussi du pétrole ! ». Tout lien évoqué entre Julien, son frère et l’ami de son frère qu’est marié à la chanteuse serait une belle saloperie. 

(1) http://bourse.lci.fr/bourse-en-ligne.hts?urlAction=bourse-en-ligne.hts&idnews=BNW101221_00005461&numligne=0&date=101221

(2) www.challenges.fr/magazine/0211-030643/double_je.html?mod=1