Dans l’absolue beauté d’un comté des sables

C’est l’un des plus beaux textes sur la nature que je connaisse. Je l’ai lu une première fois au moment de sa sortie chez Aubier, en 1995, et je le relis à petites goulées, à toutes petites foulées, car je sais qu’il y a la fin au bout. Ce livre fabuleux entre tous, c’est Almanach d’un comté des sables, écrit par un magicien appelé Aldo Leopold. Il est en poche chez Garnier Flammarion, et il doit bien en rester quelques exemplaires. Foncez ! Foncez ! Il est précédé d’une belle préface de J.M.G. Le Clézio, que je vous offre ci-dessous, la considérant comme un vrai cadeau. Elle est tirée d’un site dont j’ai déjà dit grand bien, La Buvette des Alpages (ici). Je n’ai donc pas eu à recopier.

Voici un livre que chacun devrait avoir avec soi, amoureux de la nature ou simple promeneur du dimanche, aventurier du retour à la terre ou sympathisant du mouvement écologiste, dans son sac ou sa bibliothèque.

Écrit au soir de sa vie, alors que le monde avait sombré dans la destruction et le crime systématisés, l’Almanach d’un comté des sables, d’Aldo Leopold, un petit livre modeste et savant, plein de l’humour et du charme de la société rurale du nord-est des États-Unis, est devenu au long des années pour la jeunesse américaine le bréviaire de la foi nouvelle dans l’équilibre de la vie.

Que nous dit-il ? Très simplement (mais non pas de façon simpliste) la nécessité de faire une révolution. Et c’est la force première de l’Almanach; il y a dans ces pages l’expérience d’un homme, toute sa vie: durant ce demi-siècle, Aldo Leopold a vécu le passage du monde ancien à l’âge nucléaire, il a expérimenté tous les progrès et tous les échecs de l’époque moderne.

Lorsque, en 1912, Aldo Leopold, sorti de la première école forestière de Yale, est nommé député-surveillant de la Forêt nationale Kit Carson, au nord-ouest du Nouveau Mexique, l’Amérique est encore une corne d’abondance, où survivent l’idée de conquête et l’esprit pionnier. On y chasse sans retenue l’antilope, le cerf et aussi le loup, le lion des montagnes et le grizzli. Les Indiens exterminés en même temps que leur double animal, le bison, ont été remplacés par la civilisation, et la Grande Prairie s’est recouverte de fermes, de barbelés et de bromes, ces mauvaises herbes. Quarante ans plus tard, à l’époque où Aldo Leopold écrit l’Almanach d’un comté des sables, il ne reste plus rien de cette liberté qui enivrait les pionniers. La terre écorchée, brûlée par les sabots du bétail et par les incendies, appauvrie par la disparition des lupins générateurs d’azote, n’est plus qu’un espace monotone rongé par la désertification, rayé par les autoroutes, symboles de la permanente fuite en avant de la race humaine.

Avec une rigueur scientifique (il est alors l’un des professeurs les plus écoutés de l’université du Wisconsin, et le porte-parole des idées du jeune mouvement écologiste), Aldo Leopold démonte pour nous le mécanisme de cette catastrophe à l’échelle du monde, au cours de laquelle disparurent en quelques décennies les graminées de la Prairie, les forêts de chênes séculaires qui leur servaient de sentinelles, et les marécages de la région des Grands Lacs, condamnés pour leur improductivité – catastrophe qui s’acheva au début du siècle par la disparition des pigeons voyageurs, cet «ouragan biologique» qui traversait chaque année le continent américain de haut en bas et de long en large, consommant les baies sauvages et donnant en échange l’amour intense pour cette terre et pour ce ciel grand ouvert qu’ils embrassaient de leurs ailes.

Pour Aldo Leopold, né dans le rêve pionnier, passionné de chasse, l’évidence de la détérioration est une constatation physique, non un parti pris intellectuel. Chargé en 1922 d’organiser l’un des premiers sanctuaires de vie sauvage du Sud-Ouest, dans la région d’Ojo Caliente, au Nouveau-Mexique, qui fut longtemps le camp retranché des Apaches de Cochise et de Géronimo, avant d’être livrée aux éleveurs de bétail, il a pu mesurer la conséquence tragique de la disparition des prédateurs – loups, pumas et ours. La prolifération des cerfs a condamné la montagne à une mort lente, que les incendies chaque été rendent aujourd’hui plus inexorable. Mais accepter le voisinage des prédateurs, dit Leopold avec un humour amer, eût été ne plus penser comme un homme, mais «apprendre à penser comme une montagne».

Voilà le sens révolutionnaire de l’Almanach, la raison pour laquelle, au milieu de tant de traités et d’un tel bruissement d’idées, il a pris cette importance. Car ce qu’il nous dit est simple et clair: que, dans notre monde d’abondance de biens et d’appauvrissement de la vie, nous ne pouvons plus ignorer la valeur de l’échange et la nécessité de l’appartenance – ce fragile équilibre qu’il résume dans le motif de «l’éthique de la terre» et qui sera le souci du siècle à venir.

Le pouvoir de ce livre n’est pas seulement dans les idées. Il est avant tout dans la beauté de la langue, dans les images qu’il fait apparaître, dans la fraîcheur des sensations. On pense à Henry David Thoreau dans sa retraite de Concord, à sa conviction presque mystique que «le salut du monde passe par l’état sauvage».

L’Almanach d’un comté des sables révèle la permanence du monde, dans tous ses gestes et dans tous ses règnes. Il parle du voyage que les oies commencèrent au pléistocène, proclamant chaque année au printemps «l’unité des nations depuis la mer de Chine jusqu’aux steppes sibériennes, de l’Euphrate à la Volga, du Nil à Mourmansk, du Lincolnshire au Spitzbergen», Il parle de la danse magique des bécasses dans l’amphithéâtre des marécages, de l’ivresse du vent, du langage des arbres et de leur mémoire, inscrite dans les cercles de leurs troncs, aussi précieuse et précise que les traités d’histoire des bibliothèques, du tableau sublime que sait peindre la rivière Wisconsin certains matins d’été et des domaines illimités de l’aube, qu’aucun fonctionnaire du cadastre ne pourra jamais arpenter.

Le pouvoir de l’Almanach est dans la musique des mots qui fait surgir les odeurs, les couleurs, les frissons, dans tous ces noms qui écrivent le poème de la terre: la sauge, le sumac, la fleur de pasque, le silphium survivant au désastre, ou Draba, la plus petite fleur du monde, ignorée des botanistes, qui pousse dans le sable des marais. Noms d’oiseaux, colverts, mésanges, pluviers, grouses, avocettes, grèbes des marais, oies sauvages et grues du Grand Nord, chacun avec son langage, ses rituels, sa danse, son jeu dans le théâtre universel.

Malgré le temps écoulé, et nos désillusions quotidiennes, l’Almanach d’un comté des sables a gardé aujourd’hui toute sa profondeur, toute son émotion. Le regard prophétique qu’Aldo Leopold a porté sur notre monde contemporain n’a rien perdu de son acuité, et la semence de ses mots promet encore la magie des moissons futures. Voilà un livre qui nous fait le plus grand bien.

J.M.G. Le Clézio

Albuquerque, Nouveau-Mexique, septembre 1994

Kofi Annan raconte n’importe quoi (sur la misère et la faim)

À New York, nouvelle palabre mondiale autour de la misère et de la faim. Les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) ne seront évidemment pas atteints. Sarkozy va au restaurant et pérore. Kofi Annan, ancien secrétaire général de l’ONU, montre en toutes lettres son abyssale ignorance. Y a de la joie.

Comme c’est chiant à écrire ! Comme j’aimerais écrire autre chose ! Énième raout, dix millième embrassade, mille millionième entretien avec l’un des supposés grands de ce monde. À propos de la faim et de l’abjecte misère qui l’accompagne. Au sujet de la mort programmée, froidement assumée, de millions d’êtres aussi intéressants que vous et moi. Vous le savez, 192 chefs d’État et de gouvernement sont réunis à New York pour un sommet censé faire le bilan des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) annoncés en 2000 par l’ONU. Il s’agit, il s’agirait, il se serait agi de « réduire de moitié la pauvreté extrême dans le monde d’ici 2015 ». Et tant qu’on y est, de combattre le sida, favoriser l’éducation, promouvoir l’égalité entre les sexes, réduire la mortalité infantile, et faire du shopping à New York.

Ce dernier point est à peine inventé. Notre illustrissime Sarkozy est arrivé deux jours avant la grande réunion avec madame, et l’on a pu les voir sortant du restaurant français Amaranth où, comme par hasard, des photographes les attendaient. Madame adore positivement New York, où elle est parvenue à entraîner son cher mari plusieurs fois depuis leur mariage. C’est magnifique. Comme il se doit, ragaillardi par l’ambiance locale, Sarkozy est allé faire son discours préfabriqué par quelque sbire. Je vous recommande chaudement la lecture du papier du Figaro (ici), dont le titre est déjà une merveille : « Sarkozy mobilise l’ONU contre la pauvreté ». Eh bien, quelle fierté dans notre petit cœur national. La France va une nouvelle fois terrasser le dragon. Notre président propose une taxe mondiale sur les transactions financières. Hi, hi ! Je n’ai pas même la force de rappeler toutes ses fadaises, notamment sa si forte volonté de moraliser le capitalisme et de faire disparaître en fronçant les sourcils les paradis fiscaux. Je n’ai pas davantage d’énergie pour rappeler les mots de la droite, la sienne, contre la taxe Tobin, imaginée dès 1972, avant d’être reprise par les altermondialistes en 1998. Bah, vous savez, tout.

Bien évidemment, cette réunion de New York est une immense foutaise. Les pauvres, les vrais miséreux de ce monde atroce, vont continuer à crever la gueule ouverte. J’ajouterais qu’il existe un consensus caché, car inavouable, et même impensé, sur la question de la faim. Je ne dis pas que tous le partagent. Je dis, au risque de choquer, que seul un racisme des profondeurs permet de comprendre un peu moins mal pourquoi rien n’est fait. De vous à moi, et je préfère ne pas insister, laisserions-nous mourir de faim des millions de gosses blancs ? Tant que nous n’aurons pas examiné jusqu’au tréfonds des consciences ce qui a pu fonder l’esclavage et les conquêtes coloniales, nous en resterons là. Et nous en restons donc là. Un mot sur la situation en cours. L’accaparement de millions d’hectares de terres agricoles pour le besoin d’États solvables ou de transnationales, dans les pays les plus pauvres, ne peut qu’aggraver la faim. Le boom écœurant des biocarburants, qui consiste à changer des plantes alimentaires en carburant, ne peut qu’aggraver la faim. Le reste n’est que foutue hypocrisie. Ne me dites pas que vous l’ignorez.

Je viens de lire une tribune de l’ancien secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, dans le journal Libération (ici). Misère ! Quelle nullité crasse !  Je pioche au milieu du néant. Premier extrait : « Je crains que ces obstacles transforment le sommet sur les OMD en un exercice futile, ponctué de grands discours et de promesses soigneusement formulées, mais suivi de peu d’actions significatives. Plusieurs donateurs importants ont déjà revu leurs engagements ou ont relâché leurs efforts, invoquant une gamme de raisons allant des doutes sur l’efficacité de l’aide au besoin d’un accord global providentiel ». Ô le bel arnaqueur ! Il a dirigé l’ONU entre 1997 et 2006, et il n’aura rien vu venir ? Et il n’aura rien dit. Cette connerie d’OMD, mais c’est SA chose. C’est sous son règne que l’ONU a inventé cette bluette censée calmer notre si sincère conscience. Deuxième extrait : « Le message doit être clair. Réaliser les OMD n’est pas une option, mais bien une nécessité. Celle d’investir pour un monde plus sûr, plus humain et plus prospère ». Même commentaire, auquel j’ajoute que la langue bureaucratique est en soi un mensonge.

Lisant ce si vilain papier signé Annan, je suis tombé sur une invraisemblable erreur. Une erreur qui en dit si long sur l’ignorance du grand personnage. Citant quelques progrès malgré tout obtenus, Annan écrit : « Nous avons vu les taux d’inscription à l’école pratiquement doubler en Ethiopie et en Tanzanie, et des pays comme le Malawi et l’Algérie passer du statut d’importateurs de produits alimentaires à celui d’exportateurs ». J’ai aussitôt bondi, car si je ne sais à peu près rien du Malawi, je connais assez la situation de l’Algérie pour avoir immédiatement saisi que Kofi Annan racontait n’importe quoi. Lisez plutôt ce qui suit (ici), qui date de 2008 : « L ’Algérie est aujourd’hui le premier importateur africain de denrées alimentaires, avec 75% de ses besoins assurés par les importations. L’insuffisance de la production agricole algérienne, couplée à une demande massive et croissante de produits agroalimentaires, fait de l’Algérie un pays structurellement importateur. De façon générale, les importations algériennes ont augmenté de 42% en 2008 par rapport à 2007. Dans le même temps, les importations alimentaires ont affiché une croissance supérieure à 55%, pour atteindre 7,7 Mds USD, soit le 3ème poste d’importation de l’Algérie en 2008 ».

Il est vrai qu’entre janvier et mai 2010, les importations alimentaires de l’Algérie ont baissé, mais à la suite de mesures étatiques et douanières. Lesquelles ne changent rien au fait que l’Algérie est et restera un importateur massif de nourriture. Donc, Annan déconne, à pleins tubes, à propos d’un pays majeur de la scène internationale. Que peut-il en être, dans ces conditions, du Malawi ? Je pose respectueusement la question. Et au-delà, je crois devoir écrire que je ne donnerai plus jamais ma voix à qui ne mettrait pas en avant, comme priorité absolue, la lutte véritable contre la misère. Oui, je pense au milliard d’humains qui n’ont rien à manger sur une terre où tant se goinfrent. J’y pense en me rasant. J’y pense quand je ne me rase pas. On ne risque pas de me voir à la sortie d’un isoloir en 2012.

Hollande, Aubry, Royal et leurs petits poignards

Le dernier week-end de l’été s’achève. Olivier Besancenot, du NPA, le communiste Pierre Laurent, le Vert Jean-Vincent Placé ont posé sur la même photo que le socialiste Benoît Hamon au Vieux-Boucau (Landes) où se tenait  l’université de rentrée du courant Emmanuelli-Hamon. De son côté, Ségolène Royal rassemblait sa « Fête de la fraternité » à Arcueil (Val-de-Marne) sous l’œil hypocrite de tous les crocodiles socialistes, excepté DSK, retenu au FMI pour une énième saignée d’un peuple lointain. Un livre récent éclaire sur l’état d’esprit véritable de nos socialistes à nous, Petits meurtres entre camarades, par David Revault d’Allonnes (Robert Laffont, 20 euros)

Ne me dites pas que je perds du temps, car je le sais. Il n’y a rien à attendre. Je perds du temps, et ne vous recommande pas de perdre le vôtre. J’ai eu la curiosité malsaine d’aller jeter un regard sur le blog (ici) de François Hollande, premier secrétaire du parti socialiste entre 1997 et 2008, date de l’arrivée de Martine Aubry à ce poste. Hallucinant reste un faible mot pour décrire mon sentiment. Ce machin est lamentable de la première ligne à la dernière image (il y en a beaucoup, évidemment). Si vous en avez le temps et le courage, tapez donc sur le moteur interne de recherche des mots comme écologie ou biodiversité. Vous ne serez pas déçu de ce court voyage. Hollande n’est au courant de rien. Cet homme de 56 ans – ce n’est pas le perdreau de l’année – aura donc passé au moins trente ans à faire de la politique sans se rendre compte que la vie sur terre, et donc l’avenir des sociétés humaines, et donc celui des désolants politiciens dans son genre, étaient désormais en question.

Il ne sait foutre rien. Et il a commandé le principal parti de la gauche pendant onze années. Jospin, qui occupait le poste avant lui, était aussi ignare, tendance stupide. Et Aubry ne vaut pas mieux, tandis que Royal feignait – feignait seulement – d’avoir des lumières qui lui font radicalement défaut. Mais pourquoi radoter une fois encore au sujet si navrant de la social-démocratie ? Mais parce qu’ils souhaitent remplacer Sarkozy dans deux ans ! Voilà pourquoi. Que feraient-ils dans ce domaine plus important qu’aucun autre ? Rien. Je vous le dis, et vous en faites ce que vous voulez : rien. Ils n’ont rien lu, rien compris, et ne savent rien de la nature, du rôle des écosystèmes, des extrêmes menaces qui pèsent sur eux, rien.

Mais que font-ils donc de leurs saintes journées ? Ils s’exècrent. Ils attendent de pouvoir dégainer, de se venger, de mordre, ou plutôt mordiller, car leurs dents sont de dentiers. Le livre du journaliste de Libé  David Revault d’Alonnes, cité plus haut, le montre avec précision. Je précise que ce journaliste ne s’en indigne pas plus que cela. Il est visible qu’il considère tout cela comme normal. Et je lui donne raison, puisque c’est moi, qui ne suis pas normal. J’allais presque oublier : d’abord, ils truandent. Ce sont des truands de cette démocratie qu’ils convoquent dix fois par discours. Des truqueurs, des tricheurs qui bourrent les urnes sans état d’âme, comme en 2008, lorsque Martine Aubry a fini par l’emporter sur Ségolène Royal de 42 voix. Le récit de cette vaste opération, reconnue dans le livre par ses acteurs, est impressionnant. La fraude, massive, était dans les deux camps. Aubry, épaulée par des voyous au sang très froid, est parvenue in extremis à repousser Royal dans les ténèbres extérieures.

Je m’arrête une seconde, tant nous sommes tous blasés. Les socialistes violent le principe de base sur lequel est basé le système démocratique. Ils refusent la loi du vote et de la majorité. Je dois hélas rappeler que cette triche est un délit pénal. Et que si elle avait été établie devant les tribunaux, elle aurait pu – dû ? – conduire ses auteurs en taule. Je vous laisse en compagnie de deux questions. La première : est-il crédible de s’attaquer à ce ruffian de Woerth en absolvant les trucages électoraux socialistes ? Seconde question, neuneu à n’en pas douter : des politiciens de ce calibre s’arrêtent-ils en route ? Arrivés au pouvoir, changent-ils brutalement de comportement ? Deviennent-ils vertueux ? Respectent-ils la parole donnée au moment de la campagne électorale ? Hésitent-ils à utiliser les services d’un cabinet noir ? Reculent-ils devant l’usage d’écoutes téléphoniques sauvages ? Etc, etc. J’ai mon idée, soyons sincère.

Et puis ? Vous lirez, plus probablement vous ne lirez pas. Tous ces gens sont d’une médiocrité à faire peur. Ce sont de toutes petites personnes, qui n’ont pas la moindre idée de l’avenir. Pas la moindre, vous pouvez m’en croire. Osons le mot : ce sont des nains, et pardon à ces derniers, qui n’ont rien à voir là-dedans. Disons qu’ils ont les dimensions de leur carrière et de leur rêve. Dans les deux cas, il s’agit de niquer ceux qui s’opposent à leur appétit de pouvoir de pacotille. Le niveau de haine, de mépris, de mensonge, de coups bas, d’intrigues que l’on rencontre dans ce parti m’a soufflé. Moi, qui en ai tout de même vu d’autres. Hollande vomit Aubry, qui le traite de « couille molle ». Mais il est vrai qu’elle agonit d’insultes tous ceux qu’elle exècre, et elle exècre tout le monde. Ségolène Royal lévite, ce qu’on savait, sans jamais dépasser le niveau du comice agricole. Les flingueurs patentés – Cambadelis ou Bartolone -, les apprentis tueurs, bien plus nombreux, se côtoient dans un pandémonium où tout semble pouvoir arriver. Et tout finira par arriver, peut-être même la victoire en 2012.

Mais quelle victoire, grands dieux ! Je ne suis plus assez naïf pour croire qu’une structure de pouvoir dégénérée peut se réformer de l’intérieur. Le parti socialiste est au moins aussi corrompu, moralement parlant, que l’était la SFIO de Robert Lacoste et Guy Mollet en 1956. Seules les circonstances l’empêchent, pour le moment en tout cas, de verser dans le déshonneur public. Non, je ne rêve pas d’un parti qui serait vertueux. Mais je m’étonne sincèrement, profondément qu’aucun responsable ne soit capable de sortir le pied de cette fange et d’assumer une rupture franche avec cette merde.  Ce n’est vraiment pas bon signe. Tous, je dis bien TOUS – et Mélenchon, qui tente de faire croire, avec son Parti de Gauche, qu’il serait un autre, a tout partagé avec cette joyeuse bande – acceptent le jeu sordide de la lutte à mort pour les places.

La gauche ? Mes pauvres orphelins, je vous rappelle que le parti communiste a truqué ses congrès tout au long de son histoire de sang. Je vous rappelle que l’ancienne direction d’Attac, venue du Monde Diplomatique, a été lourdement accusée d’avoir triché au cours d’élections internes décisives. Et je viens de vous raconter ce qu’il en est des socialistes. Si vous pensez que ces structures-là peuvent incarner, si peu que ce soit, un avenir désirable, soyez sûrs que je vous envie. La foi du charbonnier, c’est émouvant. Le sourire de l’enfant, imaginant le gros Père Noël passer par la cheminée, c’est émouvant. Je vous envie, il n’y a pas de doute.

La fulgurante avancée des ours d’Espagne

Posons-nous une seconde. La nouvelle est merveilleuse, simplement merveilleuse. Les ours de la cordillère cantabrique, au nord de l’Espagne, se portent au mieux. Un journal régional, La Nueva España (lire ici) écrit : « Los osos viven un auténtico «baby boom» en Asturias. Los guardas del Principado han identificado al menos 21 madres con un total de 43 oseznos, 12 más que el año pasado ». Je traduis par acquit de conscience : les gardes de la région ont identifié au moins 21 mères et 43 oursons. Un autre journal, El Diario de León (lire ici) note qu’à la surprise générale, les ours des monts Cantabriques ne seraient pas autour de 110 – en deux noyaux -, comme on le pensait, mais environ 170 !

170 ours dans les Cantabriques ! Et moins de 20 dans la totalité de la si vaste chaîne pyrénéenne ! On connaît le mot de Pascal dans Les Pensées : « Plaisante justice qu’une rivière borne ! Vérité au-deçà des Pyrénées, erreur au-delà ».  En France, un ministère de l’Écologie déconsidéré refuse tout renfort de population ursine chez nous, condamnant la petite vingtaine d’ours à végéter, avant de mourir tôt ou tard. Cela, l’année de la biodiversité. Cela, l’année où Borloo aura à peu près tout tenté pour devenir Premier ministre de Sarkozy. Mais ce soir, pour une fois, on s’en fout, de leur nullité. Ce soir, pensons aux ours. Là-bas, de l’autre côté, ils vivent, et pour de vrai. C’est le bonheur.

Statistiques et salopards (sur la faim)

Je ne sais pas. Je ne peux rien garantir. D’ailleurs, il n’y a rien à garantir. Seulement, la FAO, cette agence de l’ONU bureaucratisée jusqu’à l’os, infestée par les grands lobbies industriels, vient de proclamer à la face du monde que les affamés chroniques seraient passés de 1,023 milliard en 2009 à 925 millions en 2010 (ici). Ces chiffres sont absurdes, ils sont à la fois politiques et criminels, bien que repris par la totalité de la presse française. Absurdes, car nous sommes le 15 septembre, et comment oser tirer un bilan de cette nature, foutus bureaucrates, sur moins des trois quarts d’une année ? Criminels, car même s’ils étaient vrais – et ils sont faux -, ils ne pourraient que conduire à démobiliser le peu qui se lève contre cette lèpre universelle. Or, de l’aveu même des crapules – je répète, crapules, de la FAO – cette diminution providentielle apparaît après  quinze années d’augmentation constante.

Tout cela n’est que bluff abject. Savoir qui a faim est une entreprise colossale, qui implique l’envoi de milliers de gens de bonne foi, militants et honnêtes, dans les villages des trous du cul du monde, où personne n’ira jamais. Évidemment, la FAO ne s’appuie que sur des courbes et statistiques, des tableaux qui ne disent rien sur rien. C’est lamentable. Je n’insiste même pas, car mon écœurement est sans bornes. La vraie raison de ce ramdam médiatique est que les bureaucrates qui ont le cul vissé sur leur si confortable fauteuil, Viale delle Terme di Caracalla, au siège romain de la FAO, ont besoin de chiffres pour continuer à jouir de secrétariats, de voitures climatisées avec chauffeurs, de notes de frais arrosées de grappa. La FAO, en sa munificence, a promis de réduire de moitié le nombre des affamés à l’horizon 2015. Les chiffres doivent suivre. Et ils suivront. Parce qu’il le faut bien.

Par ailleurs, je vous laisse lire  le début d’un article de Peuples solidaires ( la suite ici). Il n’y a pas de commentaire.

Kenya : Carburant contre paysans

En janvier 2010, les populations de la région de Malindi sont alertées par des fumées inhabituelles émanant de la forêt de Dakatcha. Elles comprennent que des bulldozers ont commencé à raser les arbres : une entreprise étrangère vient d’obtenir l’accord des autorités pour exploiter 50 000 hectares de terres afin de produire du jatropha, une plante dont l’huile sera utilisée comme carburant. Vingt mille personnes pourraient être déplacées et l’équilibre écologique de la région est menacé.
Ce projet est emblématique d’un phénomène global : l’accaparement des terres pour la production d’agrocarburants, dont l’impact sur la faim dans le monde et le climat risque d’être catastrophique. Il est donc essentiel de soutenir les organisations kenyanes qui se mobilisent face à cette situation.

Au Kenya, comme ailleurs en Afrique, le gouvernement est aujourd’hui partagé entre deux politiques contradictoires : d’un côté, il renforce les droits des communautés à cultiver leurs terres ; de l’autre, il cède aux appétits d’entreprises et Etats qui veulent exploiter ces mêmes parcelles.

Ainsi, dans la région côtière de Malindi, le gouvernement vient de confier 50 000 hectares de terres à une entreprise privée qui projette de raser une forêt de 30 000 hectares et d’exploiter les terres des communautés locales. D’après ActionAid Kenya, 20 000 personnes seraient affectées et éventuellement déplacées. Parmi elles, de nombreux paysans dont les productions vivrières nourrissent la population et une communauté indigène, les Wa Sanya, qui vit de la chasse et de la cueillette.