Frédéric Wolff nous parle de la médecine

Je laisse la parole à l’un des vieux lecteurs de Planète sans visa, Frédéric Wolff. Et avec un plaisir vrai.

 

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Sang contaminé, Mediator, vaccins empoisonnés, gaz toxique et cancérigène utilisé pour stériliser les biberons et le matériel médical, amalgames dentaires au mercure, Isoméride, Distilbène, Vioxx, torture – pardon, acharnement – thérapeutique…
Ça commence à faire beaucoup. Et j’en oublie.

Dans un sursaut d’indulgence, on pourrait qualifier ces phénomènes d’anomalies, de dérives accidentelles, isolées. Je ne le crois pas une seule seconde. Ces dysfonctionnements sont structurels, inhérents à tout système qui dépasse un certain seuil, ce qu’avait dévoilé Ivan Illich à propos de l’entreprise médicale, notamment (Némésis médicale, 1975). La médecine qui rend malade, l’expression a quelque chose d’iconoclaste. Des maladies iatrogènes, c’est ainsi que l’on nomme des pathologies résultant d’un acte médial réalisé dans les règles de l’art. Des effets secondaires aux affections nosocomiales, nous en avons tous entendu parler. Mais le propos va beaucoup plus loin. La médecine industrielle est à l’image de la société du même nom. L’une comme l’autre ne jurent que par les prothèses. Elles nous détournent des remèdes vernaculaires, de notre propre autonomie. Elles colonisent toutes les dimensions de nos existences. Tout doit être médicalisé, et plus l’industrialisation du monde gagne du terrain, plus la médecine étend son emprise, plus il devient difficile d’y échapper.

L’empoisonnement appelle l’empoisonnement. Le corps (comme la terre), court-circuité trop longtemps, ne peut plus se passer de perfusion. Il faudrait cesser d’appeler médecine ce qui n’est plus qu’une machine toxique, ne plus parler de produits phyto-sanitaire mais de poison chimique. Il y a rupture d’harmonie, éclipse de la capacité naturelle des organismes à revenir à leur état d’équilibre (l’homéostasie). La santé, ça pourrait être cette capacité autonome, précisément, et l’on comprend sans peine que cette faculté apparaisse comme insupportable pour une société marchande.

Plus je me penche sur ces questions, plus je prends la mesure de la complexité inouïe du vivant, pour ne pas dire de son mystère. Ce que nous gagnons en connaissances, nous le perdons en compréhension. Notre savoir est de plus en plus spécialisé, je vous l’accorde. Mais ce qui caractérise le vivant, ce sont les liens qui se nouent à l’intérieur de lui, entre lui et son environnement. Prétendre faire œuvre de santé sans mettre en question cet environnement toxique, sans essayer de comprendre ces liens, c’est une imposture absolue. C’est aller à l’encontre du but recherché. Ce ne sont pas quelques minutes passées dans un cabinet médical à expédier des symptômes à coups de molécules chimiques qui règleront quoi que ce soit, pas plus qu’un scanner ou je ne sais quelle technologie de dernier cri.

Face à cette complexité irrémédiable de la vie, je ne vois pas d’autre choix que celui de l’humilité. S’en remettre aux processus d’auto-guérison capables de revenir à l’état d’équilibre en l’absence de perturbations. Ce qui suppose justement d’éviter autant que possible ces perturbations.

J’imagine un médecin prendre une heure ou deux pour écouter vraiment son patient et se prononcer en ces termes : Désolé, mais je n’ai aucune ordonnance à vous délivrer. Le remède est à l’intérieur de vous. Je suis incapable de vous expliquer les mécanismes par lesquels vous pouvez vous guérir. Ce qui importe, ce sont les conditions qui favorisent cette auto-réparation. Or, ces conditions ne peuvent s’exprimer à ce jour. Elles sont contrariées par des toxiques au premier rang desquels votre travail, l’air que vous respirez, les aliments que vous mangez, les mauvaises ondes qui vous traversent, tout ce qui vous éloigne de votre nature profonde, pas seulement organique, mais aussi spirituelle, morale, poétique…

Nous reste-t-il une marge pour restaurer cette régénération dans nos vies ? Je le crois. Vivre est un combat pour faire triompher les équilibres fondamentaux, aux niveaux individuel et collectif. Il y a d’innombrables façons de mener cette bataille, et je ne prétends pas indiquer de voie ou de priorité. Ce combat pour la vie ressemble à une contre-industrialisation et donc, à une réappropriation de nos vies.

Cette vérité cachée sur l’aluminium

Ce qui suit a été publié y a pas si longtemps par Charlie. Signé de mon nom, cela va (presque) de soi.

 

C’est un livre rare, et il restera longtemps à portée de main (Toxic Story, deux ou trois vérités embarrassantes sur les adjuvants des vaccins, Actes Sud). Le professeur de médecine Romain Gherardi n’a rien d’un séditieux. Médecin et scientifique à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil, il mène depuis près de vingt ans, avec une petite équipe, un travail exemplaire sur ce que l’on ajoute aux vaccins pour les rendre plus efficaces. Les adjuvants. Gherardi sait et répète sans se lasser que les vaccins, qui ont sauvé des millions de vie, sont l’une des plus grandes découvertes. Mais les adjuvants ?

On découvre dans son livre et l’on comprend enfin l’affaire de la présence d’aluminium dans un grand nombre de vaccins, y compris ceux, obligatoires, destinés aux enfants. Le récit, mené il est vrai de main de maître, est parfois haletant. On y découvre un monde organisé pour la dénégation : celui des agences de santé publique, des cabinets ministériels, de l’OMS. Il ne fait plus aucun doute que l’aluminium – les considérations économiques et financières dont décisives – est un danger considérable pour une partie des vaccinés.

Gherardi est tout sauf un idéologue. Il avance ses pions à mesure qu’il peut établir des faits par la science. Mais justement ! Il ne peut poursuivre ses travaux que s’il est financé. Or il ne le sera pas, car une coalition qui s’ignore se met soudainement en travers. La vanité de certains pontes s’ajoute à l’habituelle soumission à l’autorité, sur fond d’invraisemblables conflits d’intérêts. Jusques et y compris des ministres de la République ont participé aux banquets de l’industrie pharmaceutique. Tous pourris ? Non, mais tous complices d’un mépris viscéral pour l’esprit scientifique. Décidément, un grand livre.

L’entretien

Aviez-vous conscience de livrer un tel polar ? Je résume : un mystère; puis un suspect, qui deviendra le coupable; un détective aussi malin qu’obstiné; des dupes; des complices; des fripouilles.

 

Romain Gherardi : Cette histoire a été effectivement celle d’une longue traque d’allure policière. Comme dans un roman de Simenon elle s’est déroulée dans un contexte particulier, mal connu du grand public: celui du système de santé, avec ses acteurs (patients, médecins, industriels), ses régulateurs, ses décideurs, tous mêlés dans des luttes féroces aux enjeux financiers, sanitaires et politiques énormes. Sur les questions biomédicales de fond nous sommes allés de surprise en surprise, ce qui est le propre de la science.

 

Donc, un jour, vous assistez à l’une des réunions biannuelles d’une sorte de club réunissant la fine fleur des neuropathologistes français. On vous montre des diapos, qui n’ont de sens pour personne. Même pas pour vous. On y voit une lésion faite de coulées violettes entre les crayons roses d’un muscle. Plus tard, vous repensez à ces diapos, et on a envie de crier avec vous : « Bon Dieu ! mais c’est bien sûr ! ».

 

R.G : Oui c’est exactement cela. Les microscopistes stockent en permanence des images pathologiques, qui ne demandent qu’à resurgir comme un flash quand une image semblable se présente. C’est un phénomène purement visuel, assez analogue à la reconnaissance inopinée du visage d’un acteur célèbre dans la rue. Cette lésion que nous baptiserons bien plus tard « myofasciite à macrophages » a été vue d’abord à Bordeaux en 1993, puis assez rapidement dans toute la France. Nous avons décidé collectivement de décrire les 14 premier cas de cette nouvelle pathologie sans en connaître la cause. Le Lancet a accepté avec enthousiasme de publier cet article en 1998.

 

Jusqu’à ce point de l’histoire, vous êtes un héros. Disons un bon, un très bon scientifique. The Lancet, revue prestigieuse, publie donc votre article, et vous êtes convoqué plus tard dans le saint des saints, au siège de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à Genève. Vous êtes confiant, car votre travail est solide. Mais quelque chose commence à se détraquer.

 

R.G : Cette convocation a été déclenchée par la découverte surprenante d’aluminium au sein des lésions, et par la démonstration formelle de l’origine vaccinale de cet aluminium. La donne changeait complètement. Plutôt qu’une nouvelle maladie infectieuse, j’avais levé un lièvre très embarrassant : l’adjuvant vaccinal le plus utilisé dans le monde, l’hydroxyde d’aluminium, était susceptible de persister de nombreuses années dans les cellules immunitaires chez certains. Ce qui est bien sûr tout à fait indésirable. Dans un premier temps l’OMS s’est donc courtoisement assurée de la solidité de nos résultats et a dû admettre que certains individus ont probablement une difficulté particulière à éliminer l’adjuvant de leur organisme. Lors de la seconde réunion, elle est passée à l’attaque émettant des doutes, puis elle a tenu sa troisième réunion à huis clos. Sans nier que nos patients présentent des douleurs musculaires et articulaires, une fatigue chronique, des troubles de l’attention, de la mémoire et du sommeil, l’OMS et les agences sanitaires françaises ont qualifié ces troubles de « non spécifiques », une terme volontairement ambigu, minorant et péjoratif. Or cette combinaison de symptômes forme un syndrome parfaitement caractérisé par des critères internationaux appelé syndrome de fatigue chronique ou encéphalomyélite myalgique. Les agences ne pouvaient pas l’ignorer car cette affection est officiellement reconnue par l’OMS depuis 1969 et que parallèlement à notre dossier, l’OMS traitait de façon totalement cloisonnée, le dossier de 69 infirmières canadiennes ayant développé un syndrome de fatigue chronique après des vaccins aluminiques contre l’hépatite b !. Depuis, d’importantes séries de syndrome de fatigue chronique survenues dans les suites de vaccins aluminiques ont été rapportées dans pas moins de 7 pays différents…

 

 

Les réactions successives de l’OMS n’étaient qu’un avant-goût. Vous vous retrouvez à Porto-Rico, en 2000, pour un rendez-vous mondial des illustres Centers for Disease Control (CDC) américains, consacré à l’aluminium dans les vaccins. Et là, vous voilà attaqué en piqué par le grand spécialiste de la chose, qui tonne sur la base d’une étude grotesque portant sur deux lapins. Je vous l’avoue, on a du mal à le croire.

 

R.G : Porto-Rico, capitale des multinationales du médicament. Le pape des adjuvants aluminiques, un chimiste nommé Stanley Hem, déclarait à l’époque que le destin des microparticules d’aluminium était de fondre, permettant à l’aluminium d’être éliminé par le rein. Il n’avait pas compris que la majeure partie de l’adjuvant est en fait rapidement capturée par les cellules immunitaires, ce que montraient nos résultats. Sur la base de cette erreur théorique première, il a conduit l’unique étude de référence sur ces adjuvants. En lisant cette étude de 1997, on est effaré par le nombre de fautes qu’elle contient : l’hydroxyde d’aluminium a été injecté à seulement deux lapins, l’étude n’a duré que 28 jours, plusieurs organes importants ont été égarés (les os), oubliés (le muscle injecté), ou mal choisis (ganglion intestinal au lieu du ganglion drainant le muscle injecté), et, cerise sur le gâteau, les conclusions sont contraires à l’évidence des résultats. En effet seulement 6% de l’aluminium injecté avait été éliminé au 28ème jour, c’est-à-dire que 94% était encore dans l’organisme des lapins. C’est pourtant sur cette base « rassurante »  que les agences sanitaires et les sociétés savantes se fondent encore aujourd’hui pour affirmer l’innocuité d’adjuvants aluminiques administrés à des milliards d’individus dans le monde !

 

La suite, passionnante et presque envoûtante, est dans le livre. Professeur Gherardi, qu’espérez-vous encore des autorités de santé de votre pays ?

 

R.G : Comme scientifique, je souhaite que soit pris en compte l’effondrement de plusieurs dogmes. Il faut à l’évidence tout reprendre pour comprendre la diffusion des adjuvants aluminiques vers les organes lymphoïdes, la rate et le cerveau. Comme médecin, je souhaite que nos patients soient enfin reconnus et dédommagés. Comme citoyen, je souhaite que l’on sorte de la « co-production de santé publique » imposée aux États par les multinationales du vaccin, dont les agences sanitaires sont l’incarnation.

 

Fillon ou Juppé ?

 

Il n’y a pas de suspense. Si ? Je serais considérablement étonné que François Fillon ne soit pas élu ce soir candidat de la droite pour la prochaine élection présidentielle. J’aurais préféré Alain Juppé pour stricte convenance personnelle. Juppé, moins idéologue, nous conservait une chance de ne pas voir d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes. Mais à part cela, quoi ? La France est profondément de droite, l’a montré, le montrera. Il eût été bizarre qu’elle donne ses voix à un homme soutenu en bonne part par la gauche. Je connais plusieurs personnes qui, écologistes ou plus ou moins socialistes, ont voté Juppé la semaine passée. Bon, pas moi.

Se souvient-on de ceux qui dirigeaient la France en 1937, en 1938, en 1939 ou dans les premiers mois de 1940 ? Non pas. Ce rapprochement aisé ne signifie pas que je tiens les deux situations si peu que ce soit semblables. Non, ce que nous vivons est incomparablement pire. Pas un membre de notre triste classe politique n’a la moindre idée globale de ce qu’est la crise écologique planétaire. À commencer par le dérèglement climatique, qui met fin à 12 000 ans d’une relative stabilité qui aura permis l’installation de l’agriculture et de civilisations comme celle de l’empereur Jaune en Chine, celle de la vallée du Gange, celle de l’Égypte des Pharaons, celle des Incas, celle des Aztèques, celle de la Grèce antique, celle de Rome, tant d’autres.

Ce qui me préoccupe un poil plus que l’élection de ce dérisoire Fillon, ou celle très improbable de Juppé, c’est le sort des écosystèmes et de ses habitants humains, animaux, végétaux. Nous devons trouver en nous un courage que nous ne soupçonnons même pas. Celui de dire définitivement non à ce monde à l’agonie. Celui d’oser en proposer un autre.

Deuxième complément sur Pierre Rabhi

Voici ce qu’une lectrice m’envoie, qui me paraît digne de retenir notre attention à tous. Je précise qu’il s’agit donc – pour le cas où il y aurait confusion – de propos de mon cher Pierre Rabhi. Je suis d’accord pour l’essentiel, et je me précipite d’écrire que je suis pour le mariage homo, des fois qu’on en douterait.

Sur le débat autour de Pierre Rabhi

Si cela peut apporter quelque lumière : https://reporterre.net/Pierre-Rabhi-Le-superflu-est-sans, son avis sur les mariages divers…

« Un autre sujet de ce début d’année, qui intéresse beaucoup les écologistes, c’est le mariage homosexuel. De quelle manifestation étiez-vous en janvier ?

D’aucune.

Vous n’avez pas d’avis sur le mariage homosexuel ?

Pour être honnête, je ne sais pas comment l’aborder. Cette mobilisation est devenue un tel enjeu de société ces dernières semaines… Pour moi, ça ne figure pas sur l’agenda des priorités. Je crois que c’est quelque chose qui m’intéresse assez peu, je suis beaucoup plus préoccupé par les enfants qui meurent de faim. C’est là qu’on se rend compte que nous ne subissons pas les problèmes fondamentaux, que nous sommes dans une sorte de délire généralisé. Le mariage homosexuel est un symbole de cette manipulation des consciences, où on crée des phénomènes de société qui n’en sont pas.

Le principe de lutte pour l’égalité du droit au mariage ne vous touche pas particulièrement ?

Si, bien sûr. Je suis plein de compassion à l’égard de ceux qui ont été victimes de discrimination et d’exaction. Que des gens s’aiment et aient des attirances, quels que soient les sexes… je ne vois pas où est le problème. Ils sont libres de le faire et heureusement. Mais que cela devienne ensuite une problématique sociale aussi énorme… Par contre, ce qui me pose problème dans le débat actuel, c’est qu’il y a une troisième entité qui n’est pas consulté. C’est l’enfant. L’enfant qu’on va faire naître par je ne sais quel stratagème… »

Bien à vous tous.

Un complément sur Pierre Rabbhi

 

Une lectrice fidèle de Planète sans visa m’envoie un commentaire à propos de Rabhi, et j’ai décidé de le publier ici, suivi du mien. Cela n’a rien d’une thèse, mais d’une réponse au fil de l’eau, qui n’aura pas mûri plus d’une minute et trente secondes. Mais c’est bien mon sentiment.

1/ Le commentaire de Cultive ton jardin :

« Je vois bien que l’auteure est embarrassée, qui oscille entre la réprobation radicale du personnage – ce qu’attend sa revue et, au-delà, cette opinion de la gauche défunte à laquelle elle appartient – et une certaine compréhension, qu’elle paraît partager au moins un peu. » C’est en effet ce que j’ai compris, sans l’interpréter comme toi par une allégeance contrariée à Médiapart. Pour moi, cet article est plutôt positif, il m’a éclairée sur plusieurs points.

D’une part, je suis spontanément positive envers Pierre Rabhi, j’aime sa manière de voir les choses, d’expliquer sa conception du monde, de convaincre, de faire.
D’autre part, je suis gênée par cette propension de ses adeptes à parler de « prophète » (gourou disent ses détracteurs), et leur incapacité à supporter la moindre prise de distance critique avec lui.

Je suis gênée, aussi, par des critiques qui visent essentiellement son entourage: de proche en proche, on peut déshonorer à peu près n’importe qui. Cependant, il n’est pas complètement indifférent au regard que l’on porte sur quelqu’un de savoir qui sont ses proches. Il me semblait donc que l’article de Jade Lindgart était plutôt éclairant sur ce point.

Est ce qu’on a le droit de dire que Pierre Rabhi apporte beaucoup au débat actuel, sans s’aligner sur toutes ses positions? Dire « je prends ça, mais ça, je le refuse fermement », c’est pour moi non seulement un droit, mais un devoir. Personnellement, je refuse fermement (par exemple) sa croyance que l’homosexualité n’est pas « naturelle », son mysticisme, et la tentation d’en faire un homme providentiel, on sait où nous a menés, à droite comme à gauche, cette propension perverse à déifier n’importe qui et à s’appuyer sur une nature fictive pour appuyer des choix politiques.

Sur le droit de caricaturer « le prophète » (pas lui, un autre!) je serais à la fois en désaccord avec lui, bien sûr qu’on a le droit, et en accord, lorsque cette caricature est instrumentalisée par certains pour blesser les sentiments religieux de toute une communauté déjà bien ostracisée par ailleurs. C’est d’ailleurs pour ça que je ne voulais pas « être » Charlie, et là encore, j’ai eu le sentiment qu’on n’avait pas vraiment le droit de ne pas l’être, sans être considéré comme complice des massacreurs.

 

2/Ma réponse

Cultive ton jardin,

Pardonne-moi à l’avance, mais je souhaite que tu te ressaisisses un peu. Tu as bien le droit, heureusement, de penser que l’article que j’ai (un peu) dépiauté serait positif pour Rabhi. Mais alors, que serait donc un article négatif ? L’auteure décrit entre autres un personnage qui serait une « bête de scène », un « communicant redoutable », frayant avec la jet set mondiale,  et plein d’une « appétence pour le luxe ». Adressé à un public très ciblé, cela ne peut vouloir dire qu’une chose : Rabhi est un ruffian, un salopard d’hypocrite qui plaide la sobriété et se torche avec dès que plus personne ne regarde.

Bien entendu, on peut être en désaccord avec Rabhi sur tous les points possibles. Je n’aime pas certains de ses propos, et je l’ai dit, et je l’ai écrit. Encore faut-il savoir de quoi l’on parle. Quand tu prétends que Rabhi pense que l’homosexualité n’est pas naturelle, je te demande sans fard : d’où tiens-tu cela exactement ? Je ne prétends pas qu’il ne l’a pas dit, mais moi, je ne le sais pas. Dans la logique qui est peut-être la tienne et qui est en tout cas celle d’une certaine gauche « radicale », cela signifie en chaîne que Rabhi est un mec épouvantable.

La première des règles est pour moi la vérité. Ensuite, mais ensuite seulement, on peut discuter utilement, éventuellement en s’engueulant. La calomnie est l’une des pires calamités de l’esprit humain, et même si elle est de tout temps, elle a toujours trouvé sur son chemin des opposants radicaux. Je crois en être. Tout ce que tu écris, hélas, est de seconde ou troisième main. Quant à la « la tentation d’en faire un homme providentiel », deux choses. Comme tu le sous-entends toi-même en utilisant l’article « la », ce n’est pas de son fait. Je rappelle qu’il se situe sur le terrain des idées et de la culture, ce qui contredit tes craintes. Et puis, cette utilisation du point Godwin – Hitler ou Staline ? -, ne me paraît pas, restons mesuré, utile.

Encore deux bagatelles. Tu parles de « nature fictive », ce qui me permet de penser que tu ne sais pas grand chose de Pierre Rabhi. Car justement, et cela m’éloigne de lui, il a constamment parlé d’une nature immédiate et concrète, anthropisée, au service des humains. Il a travaillé des années au Burkina, l’un des pays les plus pauvres, pour apprendre aux gueux à cultiver sans abîmer. On parle de la même personne ? Je gage qu’il doit être contre la présence du Loup dans sa chère Ardèche, et je m’en moque, moi qui vénère le sauvage précisément parce qu’il échappe à l’emprise humaine

Je m’en moque, car ainsi que tu sais, je suis un humaniste. Mais réel, au sens que l’humanité doit intégrer pour se sauver elle-même les devoirs qu’elle a nécessairement par rapport au vivant. Ultime pointe, amicale je te le jure : je préfère vivement que tu n’aies pas connu le siècle de combats anticléricaux en France, car tu aurais souffert de voir blessés « les sentiments religieux de toute une communauté ». Une religion reste pour moi un fait social que l’on doit critiquer constamment au plan politique, et accepter sans discussion chez les individus.

Passe une bonne journée,

Fabrice Nicolino