On aurait découvert des humains intelligents ! (par Frédéric Wolff)

L’information est à prendre au conditionnel, tant elle semble édifiante : on aurait découvert des humains communicants et, chose plus incroyable encore, intelligents…

D’après nos premières investigations, ces individus seraient capables de lire l’index de leurs compteurs électriques sans être connectés à un écran d’ordinateur ou de smartphone. Il semblerait même qu’ils aient la faculté de réduire leur consommation d’énergie sans compteur intelligent, sans émetteur radio et sans smartphone. Les plus ingénieux éteindraient leurs appareils en veille et isoleraient leur maison. Les radicaux, quant à eux, revêtiraient un pull en hiver. Quelques-uns, parmi les plus intégristes, se passeraient même de congélateur, voire de frigo et de téléviseur pour les fondamentalistes.

Nous les avons suivis dans leurs activités quotidiennes afin de mieux saisir l’étendue de leur génie. Ce qui nous a frappés, d’emblée, c’est leur capacité à communiquer sans passer par un écran. Ainsi, cette espèce serait pourvue d’une aptitude à la parole de visu, sans aucune assistance électronique. A ce don, s’ajouterait celui des gestes, des mimiques et des émotions, ce que nous appellerons la « communication ». Certains s’écriraient des lettres à la main qu’ils insèrent dans des enveloppes. Ils seraient même en mesure de lire des livres en papier et se passeraient ainsi des liseuses numériques.

Ce qui semblerait guider ces humains, c’est le plaisir de partager des moments de vie réelle avec leurs semblables. Ils seraient, à proprement parler, connectés entre eux par tous les sens, ainsi qu’au monde qui les entoure. Ne disposant pas de téléphone intelligent, ils pourraient soutenir des conversations sans être interrompus par une sonnerie ou par une vibration, sans être contraints de devoir répondre à des dizaines de messages. Ils seraient pleinement présents à l’instant et au lieu où ils sont, prendraient le temps de contempler les arbres, de réfléchir et même de ne rien faire.

Leurs faits et gestes ne seraient pas surveillés en permanence. Ayant refusé d’être assujettis à un portable, ne disposant pas de carte de crédit ou de fidélité, n’étant inscrit sur aucun réseau social, ils auraient à cœur de préserver leur vie privée et leur intimité.

La plupart de ces individus hors réseau cultiveraient leurs légumes sans aucun dispositif d’arrosage à déclenchement automatique ni capteurs de détection des besoins hydriques. Ils pailleraient leur sol avec des matières végétales locales et se passeraient des matériaux composites connectés de la dernière génération. Apparemment, leurs récoltes seraient abondantes.

Concernant leur santé, nos premières observations font apparaître des conclusions de toute première importance. Leur denture ne présenterait aucun problème majeur, bien que non entretenue par une brosse à dents intelligente. Quant à leur sommeil, sa qualité serait très nettement améliorée. Nos analyses ont relevé quatre fois moins de réveils nocturnes et sept fois moins d’endormissements tardifs. Ces individus s’endormiraient avec le silence et se réveilleraient avec la lumière du jour ; aucune dépendance n’a été remarquée avec les molécules innovantes, les musiques de détente et d’éveil. D’autres paramètres sont en cours d’approfondissement, comme l’appétit, la régulation thermique, les migraines, les complications digestives, les problèmes cognitifs… Les premières conclusions plaideraient en faveur d’une moindre exposition aux ondes toxiques, ce qui confirmerait les études scientifiques menées par les chercheurs indépendants depuis des dizaines d’années.

Nous avons analysé l’impact de ces donné en termes d’espérance de vie. Il apparaît que cette catégorie d’humains sans prothèse vivrait jusqu’à sept ans de plus que le reste de la population. Quant à l’espérance de vie en bonne santé, la différence serait de plus de douze années en faveur des humains non connectés à la planète 2.0.

Si ces informations s’avéraient confirmées, elles marqueraient un tournant dans l’évolution de l’espèce. Ces humains intelligents et communicants pourraient bien être les précurseurs d’une humanité perfectionnée, en bonne santé, équipée d’un cerveau opérationnel et susceptible de pourvoir à ses besoins sans être dépendante d’un système technologique de plus en plus fragile, toxique et intrusif.

Nous allons poursuivre nos recherches afin de mieux appréhender l’ampleur du phénomène et ses évolutions.

Dépêche de l’aéronef 6222, depuis la Terre, pour la planète Médianus de la galaxie Z43, le 24 septembre 2022, conformément au calendrier terrestre.

Rêveries d’un dimanche de printemps (par Frédéric Wolff)

Un dimanche d’avril, allongé dans l’herbe, à regarder passer les nuages. Pas d’autre compagnie que celle des arbres et du ciel. Les semailles ? Elles attendront plus tard. Tout comme les nouvelles du monde. Il y a mieux à faire aujourd’hui. Hier, demain, le jour, la nuit, tout se mélange. J’embarque dans les errances. Le vent est le chemin.

Il y aurait un grand chaos, une tempête comme jamais. La foule envahirait les rues, les parlements.

Partout sur le territoire, les raffineries seraient bloquées. Respirer ! Le mot serait sur toutes les lèvres, sur les banderoles, sur les pages des journaux. Les voitures, les camions, les avions, adieu. Place à la lenteur, aux transports partagés. Au nom des vies empoisonnées ici, ailleurs. Au nom des morts de faim par les agro-carburants. Au nom des irradiés par les voitures « propres ».

On lancerait la grève générale des achats superflus et toxiques. Des files d’attente ininterrompues se formeraient aux entrées des supermarchés. On rapporterait ce qui prend la place du silence, de l’eau pure à la source, de l’air que l’on peut respirer sans être malade, de l’attention au monde, aux autres et à soi-même.

Les casseurs de bocages, de zones humides et d’équilibres de la vie sur terre seraient déférés aux tribunaux. Mise en danger de la vie d’autrui, empoisonnement, homicide, biocide… Les mêmes, hier, qui dictaient la marche du monde et des affaires devraient enfin répondre de leurs actes.

L’état d’urgence écologique serait décrété, les champs nécro-industriels réquisitionnés avant qu’ils ne deviennent des déserts. A la place, on planterait des arbres. Entre les arbres, il y aurait des jardins et des immensités rendues à la vie sauvage.

Par centaines, par milliers, on démissionnerait des emplois inutiles et nuisibles. On retrouverait le temps de penser, de faire par soi-même.

Quelque chose dans l’air se mettrait à vibrer. Chacun, chacune lèverait les yeux. Une évidence gagnerait les uns et les autres, agrandis par une présence au monde pleine et entière. Nous en aurions fini de n’être que des ombres errantes suspendues à nos boitiers tactiles dont nous sommes les fantômes comateux, puisant notre semblant de vie dans les fréquences de nos interfaces morbides.

Le réel serait-il devenu si lent, si ennuyeux qu’il n’y aurait d’autre issue que de le congédier, et nous avec, à plus ou moins brève échéance ? De quoi nous privent les commodités de la vie moderne ? Qu’avons-nous gagné à aller plus vite d’un endroit à un autre, des questions aux réponses, de l’absence à la présence ? Qu’avons-nous perdu ? De quoi sommes-nous diminués à force d’être augmentés de mémoire ambulante, de force de calcul sans pareil ? De quoi sommes-nous plus pauvres ? De qui ? Qui rendons-nous plus pauvres pour assouvir nos caprices et nos droits d’égo-citoyens sans limites ? A quelles précarités participe l’usage de nos futilités fabriquées par des esclaves sous-payés, maltraités, empoisonnés ?

Ces questions et bien d’autres seraient dans les pensées, dans les conversations. Elles imprègneraient les actes de tous les jours. Tout ne serait pas perdu. Il suffirait de le décider. Tout pourrait être différent.

Retour parmi les herbes et les belles heures du printemps. Le ciel est plein d’oiseaux. J’ai bien envie de prolonger ce temps de la rêverie. Il reste des territoires à habiter.

Notre maison brûle… (par Frédéric Wolff)

Les raisons de désespérer ne manquent pas. Celles d’espérer sont-elles perdues ? Je veux croire que non. Des brèches s’ouvrent par où la marge humaine pourrait faire tomber des murs de notre vieux monde. Entre le pire et le possible, mon balancier hésite. L’équilibre viendrait-il de n’occulter ni l’un ni l’autre ?
« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. » C’était il y a 13 ans. L’avenir de la vie sur terre vacillait et pouvait se réduire à des cendres si nous ne changions rien au cours du monde.

Qu’en est-il aujourd’hui ? L’incendie est-il endigué ? Avons-nous épargné des flammes les bases de la maison commune ? Où se portent nos regards ? Quelle formule faudrait-il employer pour saisir les temps où nous sommes ?

Une phrase s’est imposée à moi, alors que ces questions me tourmentaient : « La maison brûle et nous soufflons sur le feu. »

Le feu… Nous n’avons d’yeux que pour lui. Nous n’avons Dieu que lui. Toute notre intelligence, tous nos moyens techniques sont mis à son service. Des pyromanes, c’est ce que nous sommes, nous les sociétés de l’âge industriel. Nous laissons derrière nous une terre incendiée, un monde suffocant, une eau qui porte le contraire de la vie.

Le feu, il n’y a plus que lui. Les autres éléments, tant pis. Ils ne font pas le poids. La terre, l’eau, l’air, adieu. Adieu à tout ce qui les peuple. Ce n’est qu’une question de temps. Place à la reproduction artificielle de la vie. Nos chercheurs y travaillent. Nos politiques y voient des gisements de croissance et d’emploi. L’âge des mutants approche. Il a déjà commencé. Soyons sans crainte.

Tous les feux sont au rouge et nous accélérons. L’ivresse nous gagne. Tête baissée, nous courrons vers notre mise à mort. Les piques, les banderilles, nous ne les voyons pas. Nous ne voulons pas les voir. Seule importe la cape agitée devant nous.

Le climat, l’agonie des sols et des océans, l’empoisonnement et l’irradiation qui gagnent où que l’on soit… Tous les indicateurs sont au rouge. Il serait fastidieux et déprimant de les énumérer, tant ils abondent.

Qu’importe que nous les connaissions, que nous les déplorions. Nous accélérons. Mais comme nous sommes des sociétés soucieuses du bien commun, n’est-ce pas, nous couvrons de vert les feux de signalisation. Le temps doit se plier à nos humeurs. Nous n’avons plus la patience d’attendre. Quelques minutes de nos élites sont plus précieuses qu’une montagne à éventrer pour faire passer un TGV ; des terres vivantes ne pèsent rien, en regard d’un aéroport, d’un centre de loisirs, d’une zone d’activités, de galeries marchandes…

Le temps réel a congédié le réel, chaque seconde de nos vies doit être connectée, c’est-à-dire asservie, mais il faut parler la langue de son temps, on ne peut être contre son temps, alors réjouissons-nous, restons connectés pour le meilleur et le pour meilleur.

Innover, croître, le mot d’ordre est sans appel. Le mal est devenu le remède. Nous n’avons foi qu’en ce qui nous dévore, nous les Prométhée brûlant de tous les feux, qu’ils soient nucléaires, chimiques, électromagnétiques, génétiques, nanotechnologiques… Une nuisance s’ajoute à une autre et nous place dans une situation de non-retour. Le totalitarisme du système technique, c’est aussi cela : s’imposer sans débat et perpétuer ses nuisances pendant des millénaires. Comme il faut aller de l’avant, comme il faut prendre de vitesse l’offre et la demande, la conscience et la contestation du désastre, il est inconcevable d’évaluer quoi que ce soit et d’en tirer les conséquences.

Ce que fabrique notre âge technologique ? Des monstres. Et comme tous les monstres dignes de ce nom, ils nous échappent. Les conséquences possibles de nos innovations sont telles qu’elles deviennent impensables, imprévisibles. Tout se conjugue pour nous rendre hyper-insensibles à la banqueroute générale : la complexité, l’étendue des dévastations dans le temps et dans l’espace, le déni qui est le nôtre…

Comment se représenter l’irreprésentable ? Qui contrôle encore quoi que ce soit, de la réaction en chaine, chaotique comme jamais ?

La profusion des biens et des services nous rend-elle plus heureux, plus riches ?

Qui est riche, qui est pauvre, dans ce monde où l’on fait commerce de tout ? Dans « Les origines de la pensée grecque », Jean-Pierre Vernant écrit ceci : « La richesse remplace toutes les valeurs […]. Elle ne comporte aucune limite […]. L’essence de la richesse, c’est la démesure […]. » A sa racine, on trouve « la pléonexie : le désir d’avoir plus que les autres, plus que sa part, toute la part. »

C’est contre cette convoitise que s’est construite la philosophie. « Celui qui s’accommode avec la pauvreté est riche, en effet, et on doit estimer pauvre non celui qui a peu de choses, mais celui qui en désire davantage », énonçait Sénèque. Quant à Aristote, il notait déjà que « les plus grands crimes » étaient perpétués « pour se procurer le superflu et non le nécessaire. »

Quelle inversion des valeurs, quelle régression. Ces crimes, dont parlait Aristote, sont devenus nos commandements :

– Se goinfrer de futilités et qu’importe si d’autres sont privés du nécessaire.

– Avaler du bitume et tant pis si les agro-carburants font mourir de faim des misérables par millions. Tant pis si l’or noir du Nigéria empoisonne l’air, la terre et les cours d’eau, tant pis s’il repose sur la guerre et sur la famine. Tant pis si le nucléaire détruit le monde, nos voitures atomiques valent bien ça.

– Rester connecté quitte à ce que des esclaves fabriquent nos smartphones. Quitte à ce que des êtres humains soient empoisonnés par nos déchets électroniques et par les mines de métaux rares. Quitte à ce que tout le reste du vivant soit irradié.

– Etendre la société marchande à toutes les sphères de l’existence, fabriquer des jamais assouvis, des frustrés perpétuels, des êtres de pacotille et, un jour ou l’autre, des invendus, des incendiés.

Et voilà que, dans le brasier, des individus tentent de sauver ce qui peut l’être. Ils se réapproprient leur alimentation, leur énergie, leur habitat, leur santé, leur pensée, leur humanité. Ils tentent de s’affranchir des tutelles où s’étiolent leurs jours. Ils incarnent leurs valeurs, ils habitent le monde autour d’eux et le rendent habitable pour d’autres qu’eux. Ils prennent la défense des zones où foisonne la vie. La vie dans une poignée de terre, dans une mare, dans des arbres mémorables, la vie dans nos lambeaux d’humanité, ils la préservent. Ils mettent en actes leurs idées.

Serait-ce le début d’un grand chambardement ? Le ferment du monde à venir serait-il dans ce flot d’initiatives ? Ces gouttes vertueuses, ô combien nécessaires, suffiront-elles à vaincre la fournaise ? Que faudrait-il en plus pour peser vraiment ?

Je ne me risquerai pas à jouer les devins. Le sursaut à opérer me semble si colossal que ses formes et ses contours dépassent l’imagination, en tout cas la mienne. A quatre pattes dans ma pépinière d’oignons et de poireaux, je laisse venir les pensées, sans volonté d’aucune sorte.

Ce qui surgit d’abord, ce sont des questions, des doutes…

– Cultiver son jardin, bien sûr, mais les nuages chimiques et radioactifs, les terres qui deviennent des déserts ? Refuser les téléphones et les compteurs intelligents, fort bien, mais leurs nuisances et l’emprise de la planète intelligente ?

– Comment faire nombre ? Comment franchir le seuil critique au-delà duquel un basculement est possible ?

– Où commencent, où s’arrêtent les alliances possibles ?

– La fin est-elle dans les moyens ? Devons-nous prendre les armes de nos adversaires ? Les armes sont-elles neutres, selon l’usage que l’on en fait ? Quel horizon, à ce jeu-là, sinon devenir de parfaits techniciens ou des guerriers perpétuels ?

– Tous les arguments sont-ils bons à prendre ? Doivent-ils être jugés prioritairement à l’aune de leur efficacité ? Comment imaginer que nous gagnions quoi que ce soit à cette aune-là, terrain de prédilection de la Machine, justement ? Devons-nous taire nos valeurs morales, au motif qu’elles sont inaudibles ? Faut-il leur préférer des arguments pragmatiques, économiques et financiers ? Qu’avons-nous à attendre vraiment d’une victoire remportée pour de mauvaises raisons ?

– Faut-il souscrire à l’accord tacite, passé entre les pouvoirs et les organisations citoyennistes, ne remettant nullement en cause les fondamentaux, mais restant dans le cadre dicté par l’oligarchie : la gestion des nuisances, le marchandage de simulacres, la concertation – le mot fétiche pour ne pas dire l’acceptation –, l’oubli des causes premières au profit du fonctionnement, de la communication, de la reconnaissance ?

A mesure que la pépinière s’éclaircit, les questions laissent place aux rêveries. Les chants d’oiseaux portent en eux des refrains qui se cherchent…

Ça serait un jour du printemps, un jour quand on serait plus mort. Partout, ça ferait comme un chant jusque dans l’âme et dans le corps. L’ivresse et les écrans plasma avec facilités d’paiement, on pourrait vivre sans tout ça et s’offrir enfin du bon temps. On démissionn’rait des usines et des ministèr’s à croqu’-mort qui font turbiner les turbines et les supermarchés d’la mort. Jusque dans les tréfonds d’nos vies, partout ça sonn’rait l’angélus. On serait plus des engloutis. Un jour, on serait tant et plus, que dans les vill’s et les faubourgs, dans les campagn’s et les prairies, y aurait partout, jour après jour, inflation sur le goût d’la vie…

Allongé dans l’herbe, les yeux rêvant dans les nuages, je me laisse emporter par le chant. J’imagine un mouvement qui grandit, des appels à la prise du pouvoir, à commencer par le pouvoir de non-achat ! Quelle force nous avons là si, collectivement, nous savions en faire usage. Commencer par se mettre en grève des achats superflus et nuisibles…

– Ne plus être des compulsifs, des consommateurs qu’on somme de consumer le monde, en finir d’être des têtes de gondoles que d’autres se payent à moitié prix, en avoir soupé des vieilles lunes de la croissance, de la relance, du gagner plus…

– Ne pas prendre plus que notre part, parce qu’il y va de la vie des autres, parce que nous ne serons jamais ni repu(e)s, ni épanoui(e)s à vouloir toujours plus.

– Pourvoir à nos besoins essentiels par nous-mêmes, à l’échelle locale, faire une œuvre commune de nos paroles, retrouver la mémoire de nos mains, devenir artisans et, pourquoi pas, artistes de nos vies.

– Cesser de travailler à notre asservissement et à celui des autres.

– Refuser d’être des cibles, des données exploitées par les algorithmes. Ne plus se laisser réduire à des chiffres, à des comportements prévisibles et obéissants.

– Remplacer les détecteurs électroniques de fumée, de présence humaine, de bactéries dentaires indésirables, de frigo intelligent à remplir… par des détecteurs d’enfumage et de mensonges proférés par les marchands, les décideurs et les valets.

– Proclamer la nuit debout du 4 août avec, autour de la table, les oubliés de toujours, je veux parler des misérables que notre mode de vie décime, je veux ne pas oublier les animaux au supplice dans les bagnes industriels et tous ceux, toutes celles qu’on empoisonne, les vies humaines et non-humaines qui n’ont plus leur place sur la terre…

– Promulguer la Déclaration de nos droits et de nos devoirs.

Sans un coup de canon, des empires, que l’on croyait indestructibles, s’écrouleraient. Ce ne seraient plus seulement des gouttes d’eau que l’on verserait sur l’incendie. La fable tant de fois citée proposerait une autre version. C’est aux pyromanes en chef que l’on s’attaquerait. Leurs forfaits seraient très clairement dénoncés et des sanctions tomberaient. Ils cesseraient d’être des mécènes, des demi-dieux adulés. Nous nous passerions d’eux, enfin. Pour prendre une autre métaphore, nous fermerions le robinet au lieu d’éponger sans fin l’eau qui déborde de partout.

Le souffle serait tel qu’au lieu de relancer les flammes, il les éteindrait une à une.

Pris dans mes folles spéculations, je m’enflamme… Les questions de méthode se dissipent et une évidence s’impose : le mouvement se trouvera en marchant.

Retour sur la terre sacrée. Qui l’emportera de l’incendie ou du grand souffle de la vie ?

De jour en jour, ma pépinière n’en finit pas de grandir. Partout, la végétation s’épaissit, partout les arbres deviennent plus foisonnants. Ce matin, une nouvelle exhortation me vient, avec la renaissance du soleil…

Dès à présent, s’accroupir dans un arpent de jardin sauvage, regarder les millions de brins d’herbe et de gouttes de rosée qui font comme des soleils multipliés. S’imprégner de cette beauté-là et se découvrir millionnaire. Millionnaire en brins d’herbe et en constellations.

La beauté, l’étonnement, la gratuité, les racines de la vie… Gardons-les serrés sur notre cœur. Mais je sais que ces fortunes vous sont précieuses, ami(e)s des causes communes que je salue, dans les beaux jours du printemps.

Franchement, ça va trop loin (le cas Baupin)

À l’heure qu’il est ce lundi 9 mai 2016, je ne sais vraiment pas grand-chose. Denis Baupin est vilainement accusé de harcèlement sexuel – peut-être plus – par différentes militantes d’Europe-Écologie-Les-Verts. À ce stade, et sans entrer dans des détails qui concerneront peut-être la justice, il est déjà une évidence : elles n’ont pas menti, elles les dénonciatrices. Elles peuvent s’être donné le beau rôle, elles peuvent avoir oublié des détails qui comptent, elles peuvent éventuellement – cela s’est vu – charger la barque. Mais sauf à imaginer un complot étendu sur des mois et mobilisant nombre de menteuses en vue de s’attaquer à une personne dont tout le monde se fout – Denis Baupin -, il est clair, à mes yeux en tout cas, que Baupin a franchi une ligne.

Au-delà de l’histoire, qui ne fait que commencer, je souhaitais dire à quel point monsieur David Cormand, pauvre apparatchik de banlieue et néanmoins « patron » des Verts, me donne envie de dégueuler (voir, dans un autre genre, mon article précédent). Voici ce qu’il ose déclarer : « Il [Baupin] ne peut plus occuper cette fonction et doit en démissionner. Pour moi, c’est une évidence ». Ce qui est surtout évident, c’est que Cormand et sa clique, au premier rang de laquelle la reine Cécile Duflot, ont choisi de se comporter comme les voyous du Parti socialiste avec DSK. Silence, on tourne. Silence, on vend l’image d’un parti honnête, seul capable de « faire de la politique autrement ». Pour en coulisses se taire, et passer au point suivant de l’ordre du jour. J’exagère ? Je délire ? Voyons ensemble.

Il y a en ligne un article signé Vanessa Jérome, dans le cadre du congrès de l’Association française de science politique (AFSP) tenu en 2013, il y a trois siècles. Et voici ce qu’on y lit page 11 (ici) « Les limites entre l’acceptable et l’inacceptable des violences ne semblent, chez Les Verts, pas plus claires ou plus simples qu’ailleurs. Elles disent souvent la difficulté à dénoncer les violences, les doutes et les ambiguïtés dans lesquels se trouvent celles et ceux qui se font pour devoir de garantir la préservation des intégrités et des statuts. La charge de la preuve incombe, ici encore, aux victimes. Et elle ne peut être convoquée qu’après décision de justice. C’est ce qui ressort, selon nous, de la comparaison de deux « affaires » chez Les Verts : celle, connue, médiatisée, jugée et finalement pardonnée de Stéphane Pocrain, et celle, citée par la rumeur mais jamais dénoncée, du harcèlement sexuel auquel se livrerait un élu depuis plusieurs années, et qui aurait même suscité l’intervention d’une dirigeante, proposant d’importantes sommes d’argent aux salariées du siège harcelées afin qu’elles ne déposent pas plainte.
Un journaliste du Canard enchaîné enquête, dit-on dans le parti… Sorte de « DSK des Verts », cet élu semble bénéficier d’une forme de bienveillance, qui n’est pas sans rappeler celle dont bénéficie Dominique Strauss ».

Veut-elle parler de Baupin ? Je ne sais pas, même si tout l’indique. En revanche, ce qui est certain, c’est que de multiples signaux ont été adressés au fil des ans aux fiers chevaliers blancs qui tenaient de leurs mains immaculées le mouvement : Placé, Rugy, Cosse, Cormand et bien entendu Duflot, qui n’a strictement rien fait. Pourquoi donc, ami de la justice ? Mais parce que la politique – leur politique, à vrai dire -, c’est comme cela. La préparation hasardeuse d’une assemblée générale – ce qu’on appelle ailleurs un congrès – oblige à compter ses alliés. S’attaquer à un Baupin, qui a si longtemps incarné le centre – ou ventre mou, selon – aurait obligé à se poser d’autres questions. Aurait contraint à être quelqu’un(e) d’autre qu’un(e) pauvre arriviste parmi tant d’autres. Ce qui n’était en aucun cas prévu au programme. D’où cette désastreuse poltronnerie. D’où cet affligeant grand-guignol où l’art suprême consiste à ne pas prendre un coup de bâton dans l’arène médiatique où ces bouffons finiront bien par disparaître.

Les sociétés humaines se disloquent, ces grands personnages montrent leur beau visage.