Archives pour la catégorie Santé

Chimie, pesticides, air, pollutions en tous genres

Frédéric Wolff nous parle de la médecine

Je laisse la parole à l’un des vieux lecteurs de Planète sans visa, Frédéric Wolff. Et avec un plaisir vrai.

 

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Sang contaminé, Mediator, vaccins empoisonnés, gaz toxique et cancérigène utilisé pour stériliser les biberons et le matériel médical, amalgames dentaires au mercure, Isoméride, Distilbène, Vioxx, torture – pardon, acharnement – thérapeutique…
Ça commence à faire beaucoup. Et j’en oublie.

Dans un sursaut d’indulgence, on pourrait qualifier ces phénomènes d’anomalies, de dérives accidentelles, isolées. Je ne le crois pas une seule seconde. Ces dysfonctionnements sont structurels, inhérents à tout système qui dépasse un certain seuil, ce qu’avait dévoilé Ivan Illich à propos de l’entreprise médicale, notamment (Némésis médicale, 1975). La médecine qui rend malade, l’expression a quelque chose d’iconoclaste. Des maladies iatrogènes, c’est ainsi que l’on nomme des pathologies résultant d’un acte médial réalisé dans les règles de l’art. Des effets secondaires aux affections nosocomiales, nous en avons tous entendu parler. Mais le propos va beaucoup plus loin. La médecine industrielle est à l’image de la société du même nom. L’une comme l’autre ne jurent que par les prothèses. Elles nous détournent des remèdes vernaculaires, de notre propre autonomie. Elles colonisent toutes les dimensions de nos existences. Tout doit être médicalisé, et plus l’industrialisation du monde gagne du terrain, plus la médecine étend son emprise, plus il devient difficile d’y échapper.

L’empoisonnement appelle l’empoisonnement. Le corps (comme la terre), court-circuité trop longtemps, ne peut plus se passer de perfusion. Il faudrait cesser d’appeler médecine ce qui n’est plus qu’une machine toxique, ne plus parler de produits phyto-sanitaire mais de poison chimique. Il y a rupture d’harmonie, éclipse de la capacité naturelle des organismes à revenir à leur état d’équilibre (l’homéostasie). La santé, ça pourrait être cette capacité autonome, précisément, et l’on comprend sans peine que cette faculté apparaisse comme insupportable pour une société marchande.

Plus je me penche sur ces questions, plus je prends la mesure de la complexité inouïe du vivant, pour ne pas dire de son mystère. Ce que nous gagnons en connaissances, nous le perdons en compréhension. Notre savoir est de plus en plus spécialisé, je vous l’accorde. Mais ce qui caractérise le vivant, ce sont les liens qui se nouent à l’intérieur de lui, entre lui et son environnement. Prétendre faire œuvre de santé sans mettre en question cet environnement toxique, sans essayer de comprendre ces liens, c’est une imposture absolue. C’est aller à l’encontre du but recherché. Ce ne sont pas quelques minutes passées dans un cabinet médical à expédier des symptômes à coups de molécules chimiques qui règleront quoi que ce soit, pas plus qu’un scanner ou je ne sais quelle technologie de dernier cri.

Face à cette complexité irrémédiable de la vie, je ne vois pas d’autre choix que celui de l’humilité. S’en remettre aux processus d’auto-guérison capables de revenir à l’état d’équilibre en l’absence de perturbations. Ce qui suppose justement d’éviter autant que possible ces perturbations.

J’imagine un médecin prendre une heure ou deux pour écouter vraiment son patient et se prononcer en ces termes : Désolé, mais je n’ai aucune ordonnance à vous délivrer. Le remède est à l’intérieur de vous. Je suis incapable de vous expliquer les mécanismes par lesquels vous pouvez vous guérir. Ce qui importe, ce sont les conditions qui favorisent cette auto-réparation. Or, ces conditions ne peuvent s’exprimer à ce jour. Elles sont contrariées par des toxiques au premier rang desquels votre travail, l’air que vous respirez, les aliments que vous mangez, les mauvaises ondes qui vous traversent, tout ce qui vous éloigne de votre nature profonde, pas seulement organique, mais aussi spirituelle, morale, poétique…

Nous reste-t-il une marge pour restaurer cette régénération dans nos vies ? Je le crois. Vivre est un combat pour faire triompher les équilibres fondamentaux, aux niveaux individuel et collectif. Il y a d’innombrables façons de mener cette bataille, et je ne prétends pas indiquer de voie ou de priorité. Ce combat pour la vie ressemble à une contre-industrialisation et donc, à une réappropriation de nos vies.

Cette vérité cachée sur l’aluminium

Ce qui suit a été publié y a pas si longtemps par Charlie. Signé de mon nom, cela va (presque) de soi.

 

C’est un livre rare, et il restera longtemps à portée de main (Toxic Story, deux ou trois vérités embarrassantes sur les adjuvants des vaccins, Actes Sud). Le professeur de médecine Romain Gherardi n’a rien d’un séditieux. Médecin et scientifique à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil, il mène depuis près de vingt ans, avec une petite équipe, un travail exemplaire sur ce que l’on ajoute aux vaccins pour les rendre plus efficaces. Les adjuvants. Gherardi sait et répète sans se lasser que les vaccins, qui ont sauvé des millions de vie, sont l’une des plus grandes découvertes. Mais les adjuvants ?

On découvre dans son livre et l’on comprend enfin l’affaire de la présence d’aluminium dans un grand nombre de vaccins, y compris ceux, obligatoires, destinés aux enfants. Le récit, mené il est vrai de main de maître, est parfois haletant. On y découvre un monde organisé pour la dénégation : celui des agences de santé publique, des cabinets ministériels, de l’OMS. Il ne fait plus aucun doute que l’aluminium – les considérations économiques et financières dont décisives – est un danger considérable pour une partie des vaccinés.

Gherardi est tout sauf un idéologue. Il avance ses pions à mesure qu’il peut établir des faits par la science. Mais justement ! Il ne peut poursuivre ses travaux que s’il est financé. Or il ne le sera pas, car une coalition qui s’ignore se met soudainement en travers. La vanité de certains pontes s’ajoute à l’habituelle soumission à l’autorité, sur fond d’invraisemblables conflits d’intérêts. Jusques et y compris des ministres de la République ont participé aux banquets de l’industrie pharmaceutique. Tous pourris ? Non, mais tous complices d’un mépris viscéral pour l’esprit scientifique. Décidément, un grand livre.

L’entretien

Aviez-vous conscience de livrer un tel polar ? Je résume : un mystère; puis un suspect, qui deviendra le coupable; un détective aussi malin qu’obstiné; des dupes; des complices; des fripouilles.

 

Romain Gherardi : Cette histoire a été effectivement celle d’une longue traque d’allure policière. Comme dans un roman de Simenon elle s’est déroulée dans un contexte particulier, mal connu du grand public: celui du système de santé, avec ses acteurs (patients, médecins, industriels), ses régulateurs, ses décideurs, tous mêlés dans des luttes féroces aux enjeux financiers, sanitaires et politiques énormes. Sur les questions biomédicales de fond nous sommes allés de surprise en surprise, ce qui est le propre de la science.

 

Donc, un jour, vous assistez à l’une des réunions biannuelles d’une sorte de club réunissant la fine fleur des neuropathologistes français. On vous montre des diapos, qui n’ont de sens pour personne. Même pas pour vous. On y voit une lésion faite de coulées violettes entre les crayons roses d’un muscle. Plus tard, vous repensez à ces diapos, et on a envie de crier avec vous : « Bon Dieu ! mais c’est bien sûr ! ».

 

R.G : Oui c’est exactement cela. Les microscopistes stockent en permanence des images pathologiques, qui ne demandent qu’à resurgir comme un flash quand une image semblable se présente. C’est un phénomène purement visuel, assez analogue à la reconnaissance inopinée du visage d’un acteur célèbre dans la rue. Cette lésion que nous baptiserons bien plus tard « myofasciite à macrophages » a été vue d’abord à Bordeaux en 1993, puis assez rapidement dans toute la France. Nous avons décidé collectivement de décrire les 14 premier cas de cette nouvelle pathologie sans en connaître la cause. Le Lancet a accepté avec enthousiasme de publier cet article en 1998.

 

Jusqu’à ce point de l’histoire, vous êtes un héros. Disons un bon, un très bon scientifique. The Lancet, revue prestigieuse, publie donc votre article, et vous êtes convoqué plus tard dans le saint des saints, au siège de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à Genève. Vous êtes confiant, car votre travail est solide. Mais quelque chose commence à se détraquer.

 

R.G : Cette convocation a été déclenchée par la découverte surprenante d’aluminium au sein des lésions, et par la démonstration formelle de l’origine vaccinale de cet aluminium. La donne changeait complètement. Plutôt qu’une nouvelle maladie infectieuse, j’avais levé un lièvre très embarrassant : l’adjuvant vaccinal le plus utilisé dans le monde, l’hydroxyde d’aluminium, était susceptible de persister de nombreuses années dans les cellules immunitaires chez certains. Ce qui est bien sûr tout à fait indésirable. Dans un premier temps l’OMS s’est donc courtoisement assurée de la solidité de nos résultats et a dû admettre que certains individus ont probablement une difficulté particulière à éliminer l’adjuvant de leur organisme. Lors de la seconde réunion, elle est passée à l’attaque émettant des doutes, puis elle a tenu sa troisième réunion à huis clos. Sans nier que nos patients présentent des douleurs musculaires et articulaires, une fatigue chronique, des troubles de l’attention, de la mémoire et du sommeil, l’OMS et les agences sanitaires françaises ont qualifié ces troubles de « non spécifiques », une terme volontairement ambigu, minorant et péjoratif. Or cette combinaison de symptômes forme un syndrome parfaitement caractérisé par des critères internationaux appelé syndrome de fatigue chronique ou encéphalomyélite myalgique. Les agences ne pouvaient pas l’ignorer car cette affection est officiellement reconnue par l’OMS depuis 1969 et que parallèlement à notre dossier, l’OMS traitait de façon totalement cloisonnée, le dossier de 69 infirmières canadiennes ayant développé un syndrome de fatigue chronique après des vaccins aluminiques contre l’hépatite b !. Depuis, d’importantes séries de syndrome de fatigue chronique survenues dans les suites de vaccins aluminiques ont été rapportées dans pas moins de 7 pays différents…

 

 

Les réactions successives de l’OMS n’étaient qu’un avant-goût. Vous vous retrouvez à Porto-Rico, en 2000, pour un rendez-vous mondial des illustres Centers for Disease Control (CDC) américains, consacré à l’aluminium dans les vaccins. Et là, vous voilà attaqué en piqué par le grand spécialiste de la chose, qui tonne sur la base d’une étude grotesque portant sur deux lapins. Je vous l’avoue, on a du mal à le croire.

 

R.G : Porto-Rico, capitale des multinationales du médicament. Le pape des adjuvants aluminiques, un chimiste nommé Stanley Hem, déclarait à l’époque que le destin des microparticules d’aluminium était de fondre, permettant à l’aluminium d’être éliminé par le rein. Il n’avait pas compris que la majeure partie de l’adjuvant est en fait rapidement capturée par les cellules immunitaires, ce que montraient nos résultats. Sur la base de cette erreur théorique première, il a conduit l’unique étude de référence sur ces adjuvants. En lisant cette étude de 1997, on est effaré par le nombre de fautes qu’elle contient : l’hydroxyde d’aluminium a été injecté à seulement deux lapins, l’étude n’a duré que 28 jours, plusieurs organes importants ont été égarés (les os), oubliés (le muscle injecté), ou mal choisis (ganglion intestinal au lieu du ganglion drainant le muscle injecté), et, cerise sur le gâteau, les conclusions sont contraires à l’évidence des résultats. En effet seulement 6% de l’aluminium injecté avait été éliminé au 28ème jour, c’est-à-dire que 94% était encore dans l’organisme des lapins. C’est pourtant sur cette base « rassurante »  que les agences sanitaires et les sociétés savantes se fondent encore aujourd’hui pour affirmer l’innocuité d’adjuvants aluminiques administrés à des milliards d’individus dans le monde !

 

La suite, passionnante et presque envoûtante, est dans le livre. Professeur Gherardi, qu’espérez-vous encore des autorités de santé de votre pays ?

 

R.G : Comme scientifique, je souhaite que soit pris en compte l’effondrement de plusieurs dogmes. Il faut à l’évidence tout reprendre pour comprendre la diffusion des adjuvants aluminiques vers les organes lymphoïdes, la rate et le cerveau. Comme médecin, je souhaite que nos patients soient enfin reconnus et dédommagés. Comme citoyen, je souhaite que l’on sorte de la « co-production de santé publique » imposée aux États par les multinationales du vaccin, dont les agences sanitaires sont l’incarnation.

 

Baudouin de Menten est mort

Baudouin de Menten vient de mourir, dans des conditions que je crois connaître, mais ne peux confirmer. J’étais fort loin d’être intime, mais je peux dire que nous nous appréciions. Il menait un combat souvent génial pour le vivant – notamment les ours – et contre la totale idiotie de certains de ses plus vifs ennemis. Il avait créé et animé l’admirable site La Buvette des Alpages, qui était un régal pour tous ses lecteurs.

Je suis triste, réellement triste, et je pense en serrant les dents à sa veuve et à sa famille. Merde. Je commence à ne plus supporter du tout la mort.

Une réponse à monsieur le sénateur Dantec

On va faire comme si vous aviez lu le papier précédent, que j’ai consacré à Ronan Dantec, sénateur EELV de Loire-Atlantique. Et si ce n’est pas le cas et que vous vouliez comprendre ce qui suit, je crois qu’il est préférable de vous y mettre. Vous pourrez lire aujourd’hui ma réponse à une lettre de monsieur Dantec, suivie de cette même lettre.  Voici ma prose.

Monsieur Dantec,

D’abord, un merci sincère pour votre intervention sur Planète sans visa. Vous n’étiez nullement obligé, et votre mot signifie que vous êtes ouvert à l’échange, fût-il polémique. Et je dois avouer d’emblée que mon texte n’a pas dû être très agréable à lire.

Avant de répondre sur le fond, deux points qui m’irritent le poil sans faire rien avancer entre nous. Un, j’étais présent à Notre-Dame-des-Landes le 9 juillet, et vous avez donc tort sans discussion, sur ce point en tout cas. Deux, je ne sais pas ce que vous sous-entendez en écrivant « Embarqué dans une croisade anti-EELV dont je serai curieux de connaître les ressorts ». Je ne le sais, mais vous sous-entendez, et cela me défrise, car je n’ai rien à cacher. Je n’ai par chance jamais appartenu à votre mouvement, mais j’ai eu l’occasion professionnelle, dès les années 1988-1989 de m’approcher de vos écuries d’Augias, et je crois pouvoir vous certifier qu’elles méritaient déjà d’être nettoyées de fond en comble, ce qui n’aura jamais été fait. Mes raisons de critiquer sans relâche un mouvement politique dérisoire qui a, pour notre malheur, préempté une cause sacrée, mes raisons sont politiques bien sûr, mais aussi morales. Et je crois devoir inverser l’ordre des mots. Morales, puis politiques. Votre mouvement disparaîtra à coup certain, tant il ne représente rien qu’une coterie, mais il aura fait beaucoup de mal à une société qui n’avait pas besoin de cela. Je vous rassure : je ne partage à peu près rien avec votre parti. Pas depuis hier. Depuis des lustres. Ne cherchez pas plus loin que l’écœurement. EELV m’écœure quand j’y pense, ce qui se fait heureusement de plus en plus rare.

Venons-en à votre réponse. Je sais, je crois savoir que vous êtes plutôt une bonne personne. J’ai toujours dit et souvent écrit que vos murs abritaient, malgré ce qu’ils contiennent aussi, des gens de qualité. Dont vous ? Je n’en sais rien, mais je suis tout prêt à le croire. Seulement, il resterait à le démontrer autrement que par les pénibles mensonges dont vous m’accablez. Un lecteur peu attentionné pourrait croire que vous répondez à un coup de gueule d’un certain Fabrice Nicolino. Au passage, sans lui donner le moyen de savoir ce que j’ai écrit, ce qui ne laisse pas d’être curieux. Mais passons : un semblant de réponse.

Hélas, vous rusez, tel le premier politicien venu. Car vous vous retranchez derrière vos « intentions », que j’aurais maltraitées ici même et dans un petit billet de Charlie. Or moi, j’ai parlé de faits concrets, que vous ne vous hasardez pas à contester. Et vous avez raison, car ils sont vrais. Oui, vous avez le 9 juillet, auprès d’interlocuteurs choisis, décrété que le combat contre l’aéroport était perdu et qu’il fallait songer à une « sortie de crise honorable ». Oui, vous avez annoncé que vous voyiez Hollande le lundi suivant, auprès de qui vous entendiez jouer le rôle de Monsieur Bons Offices. Et cela, monsieur Dantec, je vous mets au défi de le démentir formellement. Je sais, figurez-vous, et je suis sûr que vous savez que je sais. Soyez sûr que je ne me dégonflerai pas, car je ne sais pas faire.

Vos intentions vous appartiennent, et ne les connaissant pas, je ne les commente pas. En revanche, le double-jeu dans une affaire aussi cruciale que celle de Notre-Dame-des-Landes concerne tous les combattants de cette formidable mobilisation. Voilà en quelques mots ce que je souhaitais vous dire. Si vous êtes un homme honnête, ce qui n’a rien d’impossible, peut-être admettrez-vous, au moins au fond de vous même, qu’il peut être utile de tracer des limites au sol. Entre l’honneur et tout ce qui n’en est pas.

Encore merci – sincère – pour avoir accepté de venir ici.

 


LE TEXTE ENVOYÉ PAR RONAN DANTEC

Ma réponse à Fabrice Nicolino : à NDDL, il nous faut absolument préserver notre capacité à rassembler des cultures militantes différentes

Cher Monsieur,

Je ne souhaitais pas répondre à votre précédent billet mais votre écho dans Charlie ne me laisse guère le choix, tant il est chargé de violence verbale contre EELV, et en particulier à mon encontre. Je ne le souhaitais pas car répondre pourrait brouiller un autre message : l’admiration profonde que je nourris pour ceux qui maintiennent la vigueur de leurs plumes et de leurs crayons même quand ils se savent menacés. Je veux donc réaffirmer tout d’abord mon profond respect pour le courage permanent de l’équipe de Charlie.

Mais, vous le reconnaitrez sans nul doute, il faut aussi savoir se dresser contre les postures faciles et les excommunications à la va-vite.

Les intentions qui me sont prêtées dans cet écho au vitriol sont totalement infondées et je les déments fermement. Il y a d’ailleurs dès le départ une contradiction évidente que l’auteur, dont on a bien compris qu’il voyait tout cela de très loin, ne s’est guère embarrassé à démêler. Mais pourquoi aurais-je passé autant de temps et d’énergie avant et après le résultat de la consultation sur un aéroport de Notre-Dame-des-Landes, à souligner qu’elle ne légitimait pas le projet (Libération, RTL, Télénantes le soir de la consultation, tous les médias locaux, au point d’être aussi une des têtes de turc des pro-aéroports sur les réseaux sociaux) pour, quelques jours après, arrêter la lutte pour une poignée de cacahuètes ? La question n’a pas, semble-t-il, effleuré le journaliste. Si les intentions qui me sont prêtées étaient vraies, j’aurais mieux fait, comme d’autres, de solennellement reconnaître le résultat, de dire ma tristesse et mon respect de la démocratie, et le tour était joué !

Ce n’était pas mon choix tant ma colère reste grande sur la transformation par Manuel Valls de cette consultation en tentative de relégitimitation d’un projet indéfendable. Avancer aussi l’hypothèse, au risque d’un populisme atterrant, que je penserais d’abord à un accord électoral en Loire-Atlantique est même risible après l’échange extrêmement tendu que j’ai pu avoir en mars avec Manuel Valls au lendemain de l’annonce des modalités de la consultation (voir ici). Je vous propose, Mr Nicolino, de le visionner pour prendre la mesure de notre complicité politique ! Embarqué dans une croisade anti-EELV dont je serai curieux de connaître les ressorts, notre chroniqueur acrimonieux ne semble pas accepter un fait déjà ancien, sur le rôle des élus EELV pour porter, avec d’autres, la parole dans cette lutte, notamment au niveau national. Nous ne cherchons pas à l’accaparer, mais quand les journalistes nous appellent, nous leur répondons.

Cela nous donne aussi comme responsabilité de bien mesurer où en sont les acteurs de terrain qui portent historiquement cette lutte, notamment les paysans et leurs syndicats, qui continuent aujourd’hui comme hier à avoir notre soutien dans les choix qu’ils font pour la suite de la mobilisation. C’est de là que semble être partie cette incompréhension, pour ne pas dire ces ragots. Oui, j’ai passé mon samedi 9 juillet à NDDL à voir nombre d’acteurs, pour discuter de la suite, et aborder avec eux, sans tabous, toutes les hypothèses, y compris pour dissiper certaines rumeurs préexistantes sur l’attitude à venir de certains acteurs. « Un certain » chroniqueur ne s’est pas, semble-t-il, senti obligé d’en faire autant ! En quinze ans et des centaines d’interventions publiques sur le dossier NDDL, vous ne trouverez donc pas de propos de ma part fragilisant ce mouvement que je trouve exceptionnel sur bien des plans, notamment sur la capacité d’expertise citoyenne qu’il a générée. J’ai affirmé au lendemain de la consultation en Loire-Atlantique (cf. interview dans Libération du 27/06/16), que le refus du gouvernement d’en faire un véritable moment démocratique se concluait sur « deux camps encore plus mobilisés ». On peut difficilement faire plus clair. J’ai effectivement vérifié lors de la journée de mobilisation du 9 juillet dernier à NDDL, en rencontrant nombre de responsables associatifs et syndicaux que cette détermination était intacte, et la manifestation début octobre permettra de le vérifier à nouveau. Je l’ai fait en évoquant toutes les hypothèses possibles, ce qui ne veut pas dire que je les faisais miennes (c’est là que votre papier tourne au procès d’intention sur fond d’anti-EELV primaire). C’est donc bien cette détermination que j’ai pu ainsi mesurer, que je rappelle à ces interlocuteurs parisiens que je rencontre forcément (j’ai quand même beaucoup ri de l’évocation du repas à l’Elysée du 11 juillet où nous étions 300 pour accueillir le président sud-africain ; selon vous, avoir ses « entrées » signifierait donc juste être membre du groupe d’amitiés France-Afrique du Sud !). Et il n’y a pas aujourd’hui de ma part de négociation d’abandon de la lutte en rase campagne, que les choses soient ici bien claires. Seuls les pro-aéroports ont intérêt à faire courir ce genre de rumeurs.

A propos d’EELV, et ne vous en déplaise, notre action ne se limite pas aux interventions publiques. C’est d’ailleurs pour cela que je suis en colère contre cet écho peu responsable. Être brocardé par un distributeur auto-proclamé des bons et mauvais points de la lutte n’est pas d’une très grande importance, mais distiller l’idée que le mouvement se fractionne est plus fâcheux. J’en viens donc à me demander si cette lutte ne vous embête pas un peu, car ses principaux animateurs ont théorisé la complémentarité de l’action, y compris entre des militants aux cultures antagonistes. Contre tous les tenants des combats simplistes, avec les bons et les méchants, elle assume la complexité, y compris en intégrant donc, comble de l’horreur, d’affreux réformistes, des élus locaux en ménage ici et là avec d’encore plus horribles socialistes, ce qui est le comble de l’immoralité pour certains prédicateurs de la pureté des luttes !

Il me semblait pourtant, cher Monsieur Nicolino, que nous partagions un même sentiment sur l’enjeu de cette mobilisation, qui marque l’opposition entre deux visions, celle qui intègre la finitude de la planète comme une exigence s’imposant à toute action publique, face à celle, encore dominante, où s’insérer dans la compétition libérale, y compris entre territoires, reste une priorité inéluctable des choix politiques. Ces deux lectures du monde s’entrechoquent à NDDL, mais pour autant elles ne disent pas l’uniformité des deux camps, bien au contraire. La grande force des animateurs historiques de cette lutte a ainsi toujours été de conserver cette diversité des acteurs, chacun venant avec ses propres convictions et cultures militantes … y compris celles s’inscrivant dans le champ politique du compromis. Ainsi, même si vous ne portez de toute évidence pas EELV dans votre cœur, vous ne pouvez ignorer l’importance qu’ont eu les accords municipaux PS / EELV de Nantes et de Rennes pour obtenir, au printemps 2014, l’engagement du gouvernement à attendre les résultats des recours juridiques en cours avant tous travaux, accords politiques dont le respect reste plus que jamais ma priorité sur ce dossier, champ d’intervention où je suis probablement et humblement le plus utile.

Cette lutte est donc complexe, en tension, sujette aux rumeurs, aux mauvaises interprétations, chaque phrase mal prononcée peut donner lieu à des réactions en chaîne. Mais si nous brisons la capacité de cette lutte à marier des formes d’action d’essences différentes, voire antagonistes, alors cette mobilisation magnifique sera perdue.

J’assume aussi très profondément mes prises de position pour une recherche de solutions. La non-violence n’est pas une posture théorique, une facilité pour s’en laver les mains si les choses dérapent ; c’est bien chercher, de là où on est, à recréer un dialogue, y compris au cœur de la tension. C’est ce que j’ai toujours fait sur ce dossier, appelant sur place à l’arrêt de l’opération César, ou définissant au conseil national de la transition écologique (CNTE) ou dans la presse (cf. Presse Océan du 27 février 2016) les conditions d’une consultation aux résultats acceptables par les uns et les autres, après que le président de la République ait annoncé, suite au drame de Sivens, que la consultation locale pouvait être une réponse pour trancher les situations de blocage. Ma colère est grande car je pense effectivement qu’une consultation bien préparée, avec les expertises indépendantes manquantes, le bon périmètre et l’égalité des moyens, aurait été une vraie démarche non violente, une vraie solution, que Manuel Valls a donc sabordée.

Je n’ai pas à ce stade une idée de la manière d’éviter un affrontement qui pourrait être tragique, car on ne parle pas ici de risque statistique, mais de militants réels qu’on connaît, de jeunes qui peuvent être issus de nos familles. Je suis juste convaincu, dans cette période de surenchère dans les coups de menton et de retour plausible de la droite au pouvoir, que ce risque est bien réel. Il est donc de notre responsabilité de chercher à éviter tout nouveau drame sans pour autant abandonner une lutte légitime. Quitte donc à me retrouver brocardé par certains, au risque de phrases mal comprises, d’hypothèses posées et mal interprétées, je continuerai ce dialogue avec tous les acteurs …

C’est probablement plus risqué que de se contenter de slogans de postures, ça mérite sans nul doute d’être brûlé en place publique par les gardiens de la cause, mais il faut savoir, sans honte, tenir son fil.

Pour obtenir les liens hypertextes actifs contenus dans ce message, voir à cette page :
http://www.ronandantec.fr/index.php/tribunes/680-22-juillet-2016-ma-reponse-a-fabrice-nicolino-a-nddl-il-nous-faut-absolument-preserver-notre-capacite-a-rassembler-des-cultures-militantes-differentes

 

Appel à Nicolas Hulot, Allain Bougrain-Dubourg, Pierre Rabhi et tous autres

 

Amis lecteurs de Planète sans visa, je vous demande de faire un effort personnel. Si vous êtes d’accord avec ce qui suit, diffusez, aussi massivement qu’il vous sera possible. Auprès de vos proches et de vos amis, auprès de vos élus – qui ne risque rien n’a rien -, auprès de tous les groupes possibles, auprès des personnes citées dans le titre, auxquels s’adresse cette Lettre ouverte, qui est évidemment destinée à tous. Je vous en prie : une heure de votre temps doit être consacrée à cette nouvelle bagarre, que j’espère nationale, internationale, planétaire. Ne remettez pas à demain. S’il vous plaît, commencez aujourd’hui même. Et merci.

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Appel à Nicolas Hulot, Allain Bougrain-Dubourg, Pierre Rabhi et tous autres

Je souhaite être solennel. Vous lirez ci-dessous un article que j’ai publié dans Charlie-Hebdo voici quelques semaines. Il n’a rien banal, car il touche aux profondeurs de notre destin commun. Même s’il  s’agit de criminels ordinaires, ordinaires dans notre monde criminel. Un groupe minier russe, qui travaille en Afrique dans des conditions scandaleuses, veut s’en prendre au joyau écologique qu’est la forêt tropicale de la Guyane dite française.

On ne peut laisser faire. À aucun prix. Nous sommes en face d’une modeste mais réelle responsabilité historique. Car la France détient sur le continent américain une fraction de la richesse biologique mondiale. Une mine d’or industrielle là-bas serait le signal que tout, désormais, est possible. Si un pays comme le nôtre accepte de sacrifier cette merveille, quel autre se sentirait tenu de s’arrêter pour réfléchir ? La Chine ? L’Indonésie ? Le Brésil ? Le Rwanda ? La Russie de Poutine ? Voyons, un peu de dignité.

Nous crevons sous le poids de discours illusoires et de déclarations qui n’engagent à rien. Du haut des tribunes frelatées, comme il est aisé de crier : « Notre maison brûle, et nous regardons ailleurs ! ». Elle brûle, en effet, et en enfer. Elle se tord, elle hurle sa douleur chaque seconde de chaque minute, et nous faisons comme si tout devait se passer entre gens de bonne compagnie. Cela ne peut plus durer. Qu’on le veuille ou qu’on le cache, une frontière sépare ceux qui accélèrent dans la dernière ligne droite discernable, et ceux qui se jettent de désespoir sur le frein.

Le noble combat de Notre-Dame-des-Landes est essentiel pour la France, car il affirme dans la clarté qu’on ne peut plus faire comme avant. Ici, dans ce pays-ci. La grande bagarre de Guyane que j’appelle de mes vœux est d’emblée internationale, mondiale, planétaire. Elle signifie que la défense de la biodiversité – nom savant de la vie – oblige à sortir du bois et à compter ses forces. Reculer, ce serait avouer que nous ne sommes pas de taille. Reculer, ce serait accepter tout, étape après étape. Je vous suggère, amis de l’homme, des bêtes et des plantes, d’organiser un voyage de protestation en Guyane même, dès qu’il sera possible. Le crime qui se prépare, car c’en est un, mérite que nous bandions toutes nos forces, et elles sont grandes, malgré tout.

Levons-nous ensemble, car sinon, autant se taire pour l’éternité.


Ci-dessous, l’article paru dans Charlie.

La mine d’or guyanaise d’Attali, Juppé et Macron

Tous aux abris ! La forêt tropicale de Guyane – la nôtre – est menacée par un tsunami affairiste. Le gouvernement donne les clés d’une mine d’or gigantesque à une transnationale russe qui sévit déjà au Burkina Faso.

 

Attention les yeux, on va voir apparaître comme par magie un Attali, un Juppé, un Macron pour le prix de presque rien. Mais dès l’avance, il faut dire deux mots de la Guyane audacieusement appelée française. Il y a là-bas des Noirs Marrons, descendants d’esclaves échappés des plantations philanthropiques. Des Indiens installés au profond de la forêt tropicale, le long des rivières et des fleuves. Et puis des Blancs, car il y a partout des Blancs. Autrement, qui tiendrait le nerf à bœuf, dites-moi ?

La forêt tropicale, qui couvre 95% du pays, est à peu près intacte, ce qui se fait rarissime dans un monde qui crame tout. Et en théorie, les envolées permanentes des nobles politiques sur la biodiversité devraient pouvoir protéger les singes hurleurs, les aras et les jaguars pour l’éternité.

Mais il y a l’or. Des milliers d’orpailleurs clandestins pourrissent les eaux de Guyane depuis des décennies en balançant à tout va de charmants produits comme le mercure – idéal pour extraire l’or de son substrat rocheux – dans les rivières. C’est pas bon, c’est pas beau, et c’est artisanal. Tout autre est la puissance de feu des transnationales, qui peuvent mobiliser des concasseurs de la taille d’un avion et pulvériser des millions de tonnes de roches sans coup férir.

Jusqu’ici, les projets les plus crapoteux ont échoué, mais celui dont on va parler a plus que ses chances. En 2011, la Columbus Gold, boîte canadienne junior – on va expliquer, c’est très malin –, achète huit concessions minières en Guyane. L’une des huit se trouve à 80 km au sud de Saint-Laurent-du-Maroni, au-dedans d’un lieu appelé la Montagne d’Or. Il y aurait 155 tonnes d’or planquées, peut-être le double. Miam.

Pour récupérer la mornifle, il faudra creuser une fosse d’au moins 2,5 Km de long, de 600 à 800 mètres de largeur, de 200 à 250 mètres de profondeur. Compter 460 millions de tonnes de roches à broyer, au bas mot, car on récupère au mieux qu’1,5 gramme d’or par tonne. Prévoir également de gros besoins d’énergie et d’électricité. Disons l’équivalent de ce que consomme la capitale Cayenne en un an.

Mais une telle apothéose, ami technophile, ne peut être déployée par une petite junior, qui apparaît en la circonstance comme le paravent d’une grosse mère que les spécialistes nomment une major. La Columbus Gold ne fait qu’explorer, avant de refiler le bébé au vrai bénéficiaire, la Nordgold, sise à Moscou. Nordgold est seule capable d’exploiter et d’ouvrir les entrailles de Guyane. Et elle est en plus entre des mains charmantes. Une ONG suisse et catho, Action de Carême, a publié en février 2016 un rapport sur les mines d’or au Burkina Faso (1), où l’on peut lire : « Dans beaucoup d’endroits, l’exploitation aurifère détruit les bases de l’existence de populations, porte atteinte aux droits humains ». Avant de préciser : « Les sociétés minières présentes au Burkina Faso, en l’occurrence Iamgold, Nordgold et Amara Mining, ont une grande responsabilité dans les violations des droits humains exposés ».

Si cette mine ouvre, et tous les feux sont au vert, adieu à la forêt tropicale que l’on connaît. En toute certitude, ce sera la ruée vers l’Eldorado, car on trouve de l’or un peu partout. Il y aura des routes, des autoroutes, des barrages, des pylônes à haute tension. Et si tout est désormais sur les rails, c’est que la mine est soutenue par des autorités morales considérables. Jacques Attali, le preux lobbyiste international, siège au Comité consultatif de la Columbus Gold. Alain Juppé, fervent écologiste, en meeting à Cayenne ces dernières semaines : « J’ai conscience des enjeux écologiques de la Guyane. Mais le territoire est vaste, il y a de la marge. La balance doit être faite entre les enjeux environnementaux et humains » (2). Quant à l’immense Emmanuel Macron, il s’est carrément rendu sur le futur chantier, vantant l’excellence du projet, précisant : « Cet industriel [la Columbus Gold] est l’un des fers de lance de la mine responsable ».

C’est maintenant que tout se joue, nazes que nous sommes. Ou la mine ou la forêt. Si les écolos de France et de Navarre arrêtent de se branlotter une seconde, il y a peut-être une chance.

(1) https://voir-et-agir.ch/content/uploads/2016/02/160215_Etude_Or_Burkina-Faso.pdf

(2) Cette citation de Juppé a été modifiée, car une erreur s’était glissée dans l’article de Charlie. La phrase attribuée précédemment à Juppé venait en réalité de Léon Bertrand, ponte UMP de Guyane, qui ouvrait le meeting de Juppé. Merci à Philippe, lecteur de Planète sans visa.