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Cette vérité cachée sur l’aluminium

Ce qui suit a été publié y a pas si longtemps par Charlie. Signé de mon nom, cela va (presque) de soi.

 

C’est un livre rare, et il restera longtemps à portée de main (Toxic Story, deux ou trois vérités embarrassantes sur les adjuvants des vaccins, Actes Sud). Le professeur de médecine Romain Gherardi n’a rien d’un séditieux. Médecin et scientifique à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil, il mène depuis près de vingt ans, avec une petite équipe, un travail exemplaire sur ce que l’on ajoute aux vaccins pour les rendre plus efficaces. Les adjuvants. Gherardi sait et répète sans se lasser que les vaccins, qui ont sauvé des millions de vie, sont l’une des plus grandes découvertes. Mais les adjuvants ?

On découvre dans son livre et l’on comprend enfin l’affaire de la présence d’aluminium dans un grand nombre de vaccins, y compris ceux, obligatoires, destinés aux enfants. Le récit, mené il est vrai de main de maître, est parfois haletant. On y découvre un monde organisé pour la dénégation : celui des agences de santé publique, des cabinets ministériels, de l’OMS. Il ne fait plus aucun doute que l’aluminium – les considérations économiques et financières dont décisives – est un danger considérable pour une partie des vaccinés.

Gherardi est tout sauf un idéologue. Il avance ses pions à mesure qu’il peut établir des faits par la science. Mais justement ! Il ne peut poursuivre ses travaux que s’il est financé. Or il ne le sera pas, car une coalition qui s’ignore se met soudainement en travers. La vanité de certains pontes s’ajoute à l’habituelle soumission à l’autorité, sur fond d’invraisemblables conflits d’intérêts. Jusques et y compris des ministres de la République ont participé aux banquets de l’industrie pharmaceutique. Tous pourris ? Non, mais tous complices d’un mépris viscéral pour l’esprit scientifique. Décidément, un grand livre.

L’entretien

Aviez-vous conscience de livrer un tel polar ? Je résume : un mystère; puis un suspect, qui deviendra le coupable; un détective aussi malin qu’obstiné; des dupes; des complices; des fripouilles.

 

Romain Gherardi : Cette histoire a été effectivement celle d’une longue traque d’allure policière. Comme dans un roman de Simenon elle s’est déroulée dans un contexte particulier, mal connu du grand public: celui du système de santé, avec ses acteurs (patients, médecins, industriels), ses régulateurs, ses décideurs, tous mêlés dans des luttes féroces aux enjeux financiers, sanitaires et politiques énormes. Sur les questions biomédicales de fond nous sommes allés de surprise en surprise, ce qui est le propre de la science.

 

Donc, un jour, vous assistez à l’une des réunions biannuelles d’une sorte de club réunissant la fine fleur des neuropathologistes français. On vous montre des diapos, qui n’ont de sens pour personne. Même pas pour vous. On y voit une lésion faite de coulées violettes entre les crayons roses d’un muscle. Plus tard, vous repensez à ces diapos, et on a envie de crier avec vous : « Bon Dieu ! mais c’est bien sûr ! ».

 

R.G : Oui c’est exactement cela. Les microscopistes stockent en permanence des images pathologiques, qui ne demandent qu’à resurgir comme un flash quand une image semblable se présente. C’est un phénomène purement visuel, assez analogue à la reconnaissance inopinée du visage d’un acteur célèbre dans la rue. Cette lésion que nous baptiserons bien plus tard « myofasciite à macrophages » a été vue d’abord à Bordeaux en 1993, puis assez rapidement dans toute la France. Nous avons décidé collectivement de décrire les 14 premier cas de cette nouvelle pathologie sans en connaître la cause. Le Lancet a accepté avec enthousiasme de publier cet article en 1998.

 

Jusqu’à ce point de l’histoire, vous êtes un héros. Disons un bon, un très bon scientifique. The Lancet, revue prestigieuse, publie donc votre article, et vous êtes convoqué plus tard dans le saint des saints, au siège de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à Genève. Vous êtes confiant, car votre travail est solide. Mais quelque chose commence à se détraquer.

 

R.G : Cette convocation a été déclenchée par la découverte surprenante d’aluminium au sein des lésions, et par la démonstration formelle de l’origine vaccinale de cet aluminium. La donne changeait complètement. Plutôt qu’une nouvelle maladie infectieuse, j’avais levé un lièvre très embarrassant : l’adjuvant vaccinal le plus utilisé dans le monde, l’hydroxyde d’aluminium, était susceptible de persister de nombreuses années dans les cellules immunitaires chez certains. Ce qui est bien sûr tout à fait indésirable. Dans un premier temps l’OMS s’est donc courtoisement assurée de la solidité de nos résultats et a dû admettre que certains individus ont probablement une difficulté particulière à éliminer l’adjuvant de leur organisme. Lors de la seconde réunion, elle est passée à l’attaque émettant des doutes, puis elle a tenu sa troisième réunion à huis clos. Sans nier que nos patients présentent des douleurs musculaires et articulaires, une fatigue chronique, des troubles de l’attention, de la mémoire et du sommeil, l’OMS et les agences sanitaires françaises ont qualifié ces troubles de « non spécifiques », une terme volontairement ambigu, minorant et péjoratif. Or cette combinaison de symptômes forme un syndrome parfaitement caractérisé par des critères internationaux appelé syndrome de fatigue chronique ou encéphalomyélite myalgique. Les agences ne pouvaient pas l’ignorer car cette affection est officiellement reconnue par l’OMS depuis 1969 et que parallèlement à notre dossier, l’OMS traitait de façon totalement cloisonnée, le dossier de 69 infirmières canadiennes ayant développé un syndrome de fatigue chronique après des vaccins aluminiques contre l’hépatite b !. Depuis, d’importantes séries de syndrome de fatigue chronique survenues dans les suites de vaccins aluminiques ont été rapportées dans pas moins de 7 pays différents…

 

 

Les réactions successives de l’OMS n’étaient qu’un avant-goût. Vous vous retrouvez à Porto-Rico, en 2000, pour un rendez-vous mondial des illustres Centers for Disease Control (CDC) américains, consacré à l’aluminium dans les vaccins. Et là, vous voilà attaqué en piqué par le grand spécialiste de la chose, qui tonne sur la base d’une étude grotesque portant sur deux lapins. Je vous l’avoue, on a du mal à le croire.

 

R.G : Porto-Rico, capitale des multinationales du médicament. Le pape des adjuvants aluminiques, un chimiste nommé Stanley Hem, déclarait à l’époque que le destin des microparticules d’aluminium était de fondre, permettant à l’aluminium d’être éliminé par le rein. Il n’avait pas compris que la majeure partie de l’adjuvant est en fait rapidement capturée par les cellules immunitaires, ce que montraient nos résultats. Sur la base de cette erreur théorique première, il a conduit l’unique étude de référence sur ces adjuvants. En lisant cette étude de 1997, on est effaré par le nombre de fautes qu’elle contient : l’hydroxyde d’aluminium a été injecté à seulement deux lapins, l’étude n’a duré que 28 jours, plusieurs organes importants ont été égarés (les os), oubliés (le muscle injecté), ou mal choisis (ganglion intestinal au lieu du ganglion drainant le muscle injecté), et, cerise sur le gâteau, les conclusions sont contraires à l’évidence des résultats. En effet seulement 6% de l’aluminium injecté avait été éliminé au 28ème jour, c’est-à-dire que 94% était encore dans l’organisme des lapins. C’est pourtant sur cette base « rassurante »  que les agences sanitaires et les sociétés savantes se fondent encore aujourd’hui pour affirmer l’innocuité d’adjuvants aluminiques administrés à des milliards d’individus dans le monde !

 

La suite, passionnante et presque envoûtante, est dans le livre. Professeur Gherardi, qu’espérez-vous encore des autorités de santé de votre pays ?

 

R.G : Comme scientifique, je souhaite que soit pris en compte l’effondrement de plusieurs dogmes. Il faut à l’évidence tout reprendre pour comprendre la diffusion des adjuvants aluminiques vers les organes lymphoïdes, la rate et le cerveau. Comme médecin, je souhaite que nos patients soient enfin reconnus et dédommagés. Comme citoyen, je souhaite que l’on sorte de la « co-production de santé publique » imposée aux États par les multinationales du vaccin, dont les agences sanitaires sont l’incarnation.

 

Fillon ou Juppé ?

 

Il n’y a pas de suspense. Si ? Je serais considérablement étonné que François Fillon ne soit pas élu ce soir candidat de la droite pour la prochaine élection présidentielle. J’aurais préféré Alain Juppé pour stricte convenance personnelle. Juppé, moins idéologue, nous conservait une chance de ne pas voir d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes. Mais à part cela, quoi ? La France est profondément de droite, l’a montré, le montrera. Il eût été bizarre qu’elle donne ses voix à un homme soutenu en bonne part par la gauche. Je connais plusieurs personnes qui, écologistes ou plus ou moins socialistes, ont voté Juppé la semaine passée. Bon, pas moi.

Se souvient-on de ceux qui dirigeaient la France en 1937, en 1938, en 1939 ou dans les premiers mois de 1940 ? Non pas. Ce rapprochement aisé ne signifie pas que je tiens les deux situations si peu que ce soit semblables. Non, ce que nous vivons est incomparablement pire. Pas un membre de notre triste classe politique n’a la moindre idée globale de ce qu’est la crise écologique planétaire. À commencer par le dérèglement climatique, qui met fin à 12 000 ans d’une relative stabilité qui aura permis l’installation de l’agriculture et de civilisations comme celle de l’empereur Jaune en Chine, celle de la vallée du Gange, celle de l’Égypte des Pharaons, celle des Incas, celle des Aztèques, celle de la Grèce antique, celle de Rome, tant d’autres.

Ce qui me préoccupe un poil plus que l’élection de ce dérisoire Fillon, ou celle très improbable de Juppé, c’est le sort des écosystèmes et de ses habitants humains, animaux, végétaux. Nous devons trouver en nous un courage que nous ne soupçonnons même pas. Celui de dire définitivement non à ce monde à l’agonie. Celui d’oser en proposer un autre.

Trump fait monter le prix du somnifère

 

Amis lecteurs, trumpistes et non-trumpistes, je vous livre ci-dessous le billet que j’ai écrit vers 14 heures pour le site de Charlie, et qui y est encore visible. Il est court, comme vous verrez, et ne contient donc pas les méandres habituels de ma pensée. Mais enfin, il dit quelque chose que je pense. J’en ai réellement marre des  sérénades et des lamentations. Je viens de lire un papier de Reporterre, dont le titre m’a fait sursauter : « Trump, candidat de l’anti-écologie ». Par Dieu, Clinton ne l’était-elle pas, elle qui était la candidate des transnationales, moteur essentiel de la crise climatique ? Comme je suis fatigué, je ne vais pas plus loin. Mais mon point de vue essentiel, le voici : nous avons grand besoin d’un point de vue écologiste sur la marche du monde. Indépendant des modes, des truismes, des habitudes de pensée. C’est urgent, cela brûle même. Assez de jérémiades : Trump est ce qu’il est, mais Clinton tout autant. Au passage, la question du Tafta – et du Ceta – est un sujet-clé, car son sabordage rendrait un immense service à nous tous. Allez-y de vos commentaires.

 


Le billet de Charlie sur son site :

 

Comme il n’est pas encore intronisé, ce ne peut être considéré comme injure à chef d’État : Trump est un gros empaffé, et le restera. Dans le domaine si décisif de la crise écologique, il va probablement frapper très fort. Ainsi qu’on sait peut-être, il ne croit pas au dérèglement climatique, ce qui risque quand même de plomber l’ambiance à Marrakech, où se déroule en ce moment le 22e épisode des sommets climatiques internationaux. Royal et Fabius passeront moins à la télé.

Répétons : ce gros empaffé – bis – n’en a rien à foutre de rien. Mais est-ce bien une raison pour tout à fait regretter Clinton ? Cette si Grande Dame, défendue par tant de si Braves Gens, était pieds et poings liés au pied du big business américain et se demandait ces derniers temps comment se tirer du bourbier du Tafta, ce projet de traité commercial avec l’Europe. La pauvrette était coincée entre, d’un côté, ses supporters des transnationales et, de l’autre, la révolte de plus en plus vive d’une Amérique qui ne croit plus à la mondialisation.

Trump, ce gros empaffé – ter -, vole au secours des altermondialistes et, s’il tient parole, flinguera le Tafta à la hache et au couteau, comme il aimerait faire avec les Mexicains et les musulmans. Est-ce à dire, docteur, qu’on a mal au fion et qu’il n’y a pas de remède ? Certains jours, oui. Certains matins, on ferme les volets, on se bouffe un somnifère et on oublie le monde.

Comment niquer Greenpeace grâce à des prix Nobel

Paru dans Charlie y a pas si longtemps

Superbe coup monté. Grâce à sa belle influence, l’industrie des OGM vient d’entraîner 111 prix Nobel dans une croisade contre Greenpeace, accusée gentiment de « crime contre l’humanité ». Être scientifique et être con.

 

Que claquent les dents, car Greenpeace est coupable de « crime contre l’humanité ». Comme Eichmann, comme Pol Pot, comme les génocidaires du Rwanda. Qui le dit ? La bagatelle de 111 Prix Nobel, qui exhortent les gouvernements, dans un appel (1) larmoyant, à cogner dur sur Greenpeace, accusée d’être « le fer de lance de l’opposition au riz doré », un riz OGM « enrichi », qui « a le potentiel de réduire ou d’éliminer la plupart des décès et maladies causées par une carence en vitamine A ». Or, toujours d’après nos grosses têtes, 250 millions de personnes souffrent de cette carence, qui provoquerait entre un et deux millions de morts par an, surtout chez les gosses de moins de cinq ans.

Les petits salauds de Greenpeace, qui se roulent dans la soie et mangent du caviar à la louche, se moquent évidemment des pauvres et des malheureux. Il est donc urgent que les pouvoirs du monde entier fassent « tout ce qui est en leur pouvoir pour s’opposer aux actions de Greenpeace » tout en accélérant « l’accès des agriculteurs » aux OGM. La morale donc, mais aussi le commerce. Comme c’est charmant, comme c’est frais. Bien entendu, des centaines de journaux de la planète, parfois bien intentionnés, parfois beaucoup moins, ont répercuté jusqu’au fond des pampas et des déserts la terrible nouvelle. Greenpeace, assassin de masse.

Mais venons-en aux faits. Ce n’est pas la première fois – ni la dernière – que de gentilles brêles de Prix Nobel se font grossièrement manipuler par l’industrie. On rappellera pour mémoire qu’en 1992, quelques jours avant le premier Sommet de la terre de Rio, paraît le retentissant Appel d’Heidelberg, signé – déjà -par le quart des Nobel de l’époque. Dont un certain Jean-Marie Lehn, qui paraphe aussi celui de 2016.

L’Appel de 1992 conjurait de combattre « l’écologisme irrationnel », qui « s’oppose au développement scientifique et industriel ». Le gras dans ce dernier mot est de Charlie, car pourquoi ces Nobel se préoccupent-ils à ce point du sort de l’industrie ? Hein ? La réponse se trouve plus que peut-être dans l’Appel contre Greenpeace, comme on va voir. Mais tout d’abord, le riz doré. C’est très con pour les Nobel, mais ce riz transgénique est pour l’heure une impasse. Au bout de 20 ans d’expérimentations en Asie, il n’est toujours pas vendu par ses concepteurs, pour la raison simple que ses rendements ne sont pas à la hauteur espérée. Et qu’il faudrait bouffer des tonnes de riz pour espérer produire un effet sur les carences. À ce stade, la fable de la vitamine A n’est que storytelling des transnationales du secteur, destiné à mieux fourguer les OGM.

Dans ces conditions, que penser de la présence de Jay Byrne dans le tableau ? Le 29 juin, l’Appel contre Greenpeace est lancé en fanfare au National Press Club de Washington. Il y a un videur à la porte – des scientifiques liés à Greenpeace seront refoulés -, et ce videur s’appelle Jay Byrne. Ancien directeur de la com chez Monsanto, Byrne dirige une agence de relations publiques, v-Fluence, qui conseille entre autres l’industrie des OGM. Hasard ? Hasard complet, pauvre parano, car Byrne, interrogé sur son rôle exact, lâche qu’il s’est : « porté volontaire bénévolement pour aider à la logistique ».

Ami de la science et des scientifiques incorruptibles, ce n’est pas fini. Parmi les deux Nobel les plus engagés dans la diffusion du pamphlet anti-Greenpeace, on trouve un Richard Roberts, directeur scientifique d’un machin au service de l’innovation industrielle, et un Philip Sharp, qui dirige plusieurs boîtes de biotechnologie. Encore un petit mot sur Jean-Marie Lehn, et on se quitte.

Prix Nobel de chimie, Lehn est au premier rang, le 5 mai 2009, d’un colloque organisé conjointement par le Collège de France et la transnationale de la chimie Solvay. Attention ! il va parler. Ivre de son savoir et de la reconnaissance mondiale, il se lâche, concluant une envolée par ces mots : « L’homme créera des créatures non vivantes et, j’en suis convaincu, vivantes ». Derrière les OGM, amis du progrès, les dragons, griffons et harpies. Ce coup-ci, stop.

 

(1) science-et-vie.com/2016/06/ogm-cent-prix-nobel-prennent-position-en-faveur-de-ces-biotechnologies

(2) Voir Stéphane Foucart, La fabrique du mensonge, Denoël, 2013

 

 

En Équateur, les Indiens se noient dans le pétrole

Paru dans Charlie y a pas si longtemps

Soit Rafael Correa, président de l’Équateur et grand pote de l’écologiste Mélenchon. Il vient de lancer des forages pétroliers dans un parc national où vivaient jusque-là, tant bien que mal, des Indiens Huaorani. La mort des Fils du jaguar est au programme.

L’Équateur. Reconnaissons qu’on ne sait pas où c’est, et apprenons. C’est un pays d’Amérique du Sud, moitié moins grand que la France, avec une partie le long du Pacifique, une deuxième dans les Andes et une troisième en forêt tropicale amazonienne. Avec environ 45 % de métis – la famille du président en place Correa -, 10 % de noirs et de mulâtres, 15 % de blancs d’origine espagnole et européenne, 30 % d’Indiens. Avant d’expliquer pourquoi et comment les Indiens se font enfler une fois encore, il faut et il convient de parler del presidente.

En 2006, surprenant le monde, Rafael Correa devient président, à la tête d’une coalition mêlant gauche et extrême gauche, chrétiens et cathos proches de la « théologie de la libération », écologistes et mouvement indigéniste. Il est depuis au pouvoir après une troisième élection confortable en 2013. Il est aussi le héros nouveau de Jean-Luc Mélenchon, notre jefe à nous. Hugo Rafael Chávez Frías, le Vénézuélien, a cassé sa pipe en 2013 et sa pâle copie Maduro a aussitôt plongé le pays dans une crise historique. D’où Correa, un mec impeccable, qui ne cesse de parler de « révolution citoyenne », expression que Mélenchon reprend partout où il passe.

Correa est également, et tout comme Mélenchon, un écologiste virulent. La preuve par les Yasuni, mais il va falloir résumer, accrochez-vous au bastingage. En 2007, Correa propose de ne pas exploiter le pétrole planqué sous le parc national Yasuni – où vivent notamment des Indiens Huaorani -. en échange d’une contribution mondiale équivalant à la moitié de ce que le pétrole pourrait rapporter. Soit 3,6 milliards de dollars. Mais seulement 13 millions sont vraiment trouvés, et 116 millions promis. C’était loin d’être con : si le Nord cousu d’or souhaite lutter contre le dérèglement climatique, il peut et doit payer la note de la non-exploitation. Mais c’est ensuite que tout s’est gâté.

Le fric n’arrivant pas, Correa trépigne. En 2013, il déclare : « Le monde nous a lâchés », et obtient de son Parlement un vote autorisant les forages dans le parc Yasuni, réserve de biosphère de l’Unesco. Que crèvent donc les 696 espèces d’oiseaux, les 2 274 d’arbres, les 382 de poissons, les 169 de mammifères. Et voilà qu’on apprend ces derniers jours que les travaux ont finalement commencé. Commentaire avisé du crétin vice-président de l’Équateur, Jorge Glas, présent sur place : « Ici se trouve la nouvelle richesse du pays, nous battrons le record national de production pétrolière ».

Tête des Indiens Huaorani, dont une partie continue de refuser le contact avec notre monde et ses verroteries et maintient des traditions de nomadisme, de chasse et de cueillette. Au total, le peuple Huaorani ne compterait plus que 2 400 membres, mais il s’est toujours battu pour ses droits et son territoire, obtenant in extremis en 1990 la propriété collective de 6 125,6 km² de forêt primaire. Cette dernière est pour eux un foyer, lieu de tous les commencements, Grand Protecteur par excellence. Les Huaorani, profondément attachés à leur cosmogonie, se voient comme des fils du jaguar (1) : comment pourraient-ils admettre les engins, les machines, les routes, la destruction de leur monde ?

Ailleurs en Équateur, les Indiens kichwa du village de Sarayaku savent ce qui attend les Huaorani, car les transnationales du pétrole sont à l’œuvre chez eux depuis près de trente ans. Ainsi qu’on se doute, c’est la désolation, faite de routes et de déforestation, de puits de pompage dont s’échappent chaque jour des millions de litres de déchets toxiques non traités.

Ce que révèle une fois de plus l’affaire de Yasuni, c’est l’incapacité de la gauche dite radicale à respecter ceux qui ne veulent pas monter à bord, en route vers le progrès radieux. Quant à la crise climatique, rions plutôt. Le Venezuela chaviste entend bien exploiter les sables bitumineux de l’Orénoque, et Correa détruire à jamais l’Amazonie équatorienne à l’aide désintéressée des transnationales du pétrole. On attend d’une seconde à l’autre un appel de Mélenchon en faveur des Huaorani.