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Cette vérité cachée sur l’aluminium

Ce qui suit a été publié y a pas si longtemps par Charlie. Signé de mon nom, cela va (presque) de soi.

 

C’est un livre rare, et il restera longtemps à portée de main (Toxic Story, deux ou trois vérités embarrassantes sur les adjuvants des vaccins, Actes Sud). Le professeur de médecine Romain Gherardi n’a rien d’un séditieux. Médecin et scientifique à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil, il mène depuis près de vingt ans, avec une petite équipe, un travail exemplaire sur ce que l’on ajoute aux vaccins pour les rendre plus efficaces. Les adjuvants. Gherardi sait et répète sans se lasser que les vaccins, qui ont sauvé des millions de vie, sont l’une des plus grandes découvertes. Mais les adjuvants ?

On découvre dans son livre et l’on comprend enfin l’affaire de la présence d’aluminium dans un grand nombre de vaccins, y compris ceux, obligatoires, destinés aux enfants. Le récit, mené il est vrai de main de maître, est parfois haletant. On y découvre un monde organisé pour la dénégation : celui des agences de santé publique, des cabinets ministériels, de l’OMS. Il ne fait plus aucun doute que l’aluminium – les considérations économiques et financières dont décisives – est un danger considérable pour une partie des vaccinés.

Gherardi est tout sauf un idéologue. Il avance ses pions à mesure qu’il peut établir des faits par la science. Mais justement ! Il ne peut poursuivre ses travaux que s’il est financé. Or il ne le sera pas, car une coalition qui s’ignore se met soudainement en travers. La vanité de certains pontes s’ajoute à l’habituelle soumission à l’autorité, sur fond d’invraisemblables conflits d’intérêts. Jusques et y compris des ministres de la République ont participé aux banquets de l’industrie pharmaceutique. Tous pourris ? Non, mais tous complices d’un mépris viscéral pour l’esprit scientifique. Décidément, un grand livre.

L’entretien

Aviez-vous conscience de livrer un tel polar ? Je résume : un mystère; puis un suspect, qui deviendra le coupable; un détective aussi malin qu’obstiné; des dupes; des complices; des fripouilles.

 

Romain Gherardi : Cette histoire a été effectivement celle d’une longue traque d’allure policière. Comme dans un roman de Simenon elle s’est déroulée dans un contexte particulier, mal connu du grand public: celui du système de santé, avec ses acteurs (patients, médecins, industriels), ses régulateurs, ses décideurs, tous mêlés dans des luttes féroces aux enjeux financiers, sanitaires et politiques énormes. Sur les questions biomédicales de fond nous sommes allés de surprise en surprise, ce qui est le propre de la science.

 

Donc, un jour, vous assistez à l’une des réunions biannuelles d’une sorte de club réunissant la fine fleur des neuropathologistes français. On vous montre des diapos, qui n’ont de sens pour personne. Même pas pour vous. On y voit une lésion faite de coulées violettes entre les crayons roses d’un muscle. Plus tard, vous repensez à ces diapos, et on a envie de crier avec vous : « Bon Dieu ! mais c’est bien sûr ! ».

 

R.G : Oui c’est exactement cela. Les microscopistes stockent en permanence des images pathologiques, qui ne demandent qu’à resurgir comme un flash quand une image semblable se présente. C’est un phénomène purement visuel, assez analogue à la reconnaissance inopinée du visage d’un acteur célèbre dans la rue. Cette lésion que nous baptiserons bien plus tard « myofasciite à macrophages » a été vue d’abord à Bordeaux en 1993, puis assez rapidement dans toute la France. Nous avons décidé collectivement de décrire les 14 premier cas de cette nouvelle pathologie sans en connaître la cause. Le Lancet a accepté avec enthousiasme de publier cet article en 1998.

 

Jusqu’à ce point de l’histoire, vous êtes un héros. Disons un bon, un très bon scientifique. The Lancet, revue prestigieuse, publie donc votre article, et vous êtes convoqué plus tard dans le saint des saints, au siège de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à Genève. Vous êtes confiant, car votre travail est solide. Mais quelque chose commence à se détraquer.

 

R.G : Cette convocation a été déclenchée par la découverte surprenante d’aluminium au sein des lésions, et par la démonstration formelle de l’origine vaccinale de cet aluminium. La donne changeait complètement. Plutôt qu’une nouvelle maladie infectieuse, j’avais levé un lièvre très embarrassant : l’adjuvant vaccinal le plus utilisé dans le monde, l’hydroxyde d’aluminium, était susceptible de persister de nombreuses années dans les cellules immunitaires chez certains. Ce qui est bien sûr tout à fait indésirable. Dans un premier temps l’OMS s’est donc courtoisement assurée de la solidité de nos résultats et a dû admettre que certains individus ont probablement une difficulté particulière à éliminer l’adjuvant de leur organisme. Lors de la seconde réunion, elle est passée à l’attaque émettant des doutes, puis elle a tenu sa troisième réunion à huis clos. Sans nier que nos patients présentent des douleurs musculaires et articulaires, une fatigue chronique, des troubles de l’attention, de la mémoire et du sommeil, l’OMS et les agences sanitaires françaises ont qualifié ces troubles de « non spécifiques », une terme volontairement ambigu, minorant et péjoratif. Or cette combinaison de symptômes forme un syndrome parfaitement caractérisé par des critères internationaux appelé syndrome de fatigue chronique ou encéphalomyélite myalgique. Les agences ne pouvaient pas l’ignorer car cette affection est officiellement reconnue par l’OMS depuis 1969 et que parallèlement à notre dossier, l’OMS traitait de façon totalement cloisonnée, le dossier de 69 infirmières canadiennes ayant développé un syndrome de fatigue chronique après des vaccins aluminiques contre l’hépatite b !. Depuis, d’importantes séries de syndrome de fatigue chronique survenues dans les suites de vaccins aluminiques ont été rapportées dans pas moins de 7 pays différents…

 

 

Les réactions successives de l’OMS n’étaient qu’un avant-goût. Vous vous retrouvez à Porto-Rico, en 2000, pour un rendez-vous mondial des illustres Centers for Disease Control (CDC) américains, consacré à l’aluminium dans les vaccins. Et là, vous voilà attaqué en piqué par le grand spécialiste de la chose, qui tonne sur la base d’une étude grotesque portant sur deux lapins. Je vous l’avoue, on a du mal à le croire.

 

R.G : Porto-Rico, capitale des multinationales du médicament. Le pape des adjuvants aluminiques, un chimiste nommé Stanley Hem, déclarait à l’époque que le destin des microparticules d’aluminium était de fondre, permettant à l’aluminium d’être éliminé par le rein. Il n’avait pas compris que la majeure partie de l’adjuvant est en fait rapidement capturée par les cellules immunitaires, ce que montraient nos résultats. Sur la base de cette erreur théorique première, il a conduit l’unique étude de référence sur ces adjuvants. En lisant cette étude de 1997, on est effaré par le nombre de fautes qu’elle contient : l’hydroxyde d’aluminium a été injecté à seulement deux lapins, l’étude n’a duré que 28 jours, plusieurs organes importants ont été égarés (les os), oubliés (le muscle injecté), ou mal choisis (ganglion intestinal au lieu du ganglion drainant le muscle injecté), et, cerise sur le gâteau, les conclusions sont contraires à l’évidence des résultats. En effet seulement 6% de l’aluminium injecté avait été éliminé au 28ème jour, c’est-à-dire que 94% était encore dans l’organisme des lapins. C’est pourtant sur cette base « rassurante »  que les agences sanitaires et les sociétés savantes se fondent encore aujourd’hui pour affirmer l’innocuité d’adjuvants aluminiques administrés à des milliards d’individus dans le monde !

 

La suite, passionnante et presque envoûtante, est dans le livre. Professeur Gherardi, qu’espérez-vous encore des autorités de santé de votre pays ?

 

R.G : Comme scientifique, je souhaite que soit pris en compte l’effondrement de plusieurs dogmes. Il faut à l’évidence tout reprendre pour comprendre la diffusion des adjuvants aluminiques vers les organes lymphoïdes, la rate et le cerveau. Comme médecin, je souhaite que nos patients soient enfin reconnus et dédommagés. Comme citoyen, je souhaite que l’on sorte de la « co-production de santé publique » imposée aux États par les multinationales du vaccin, dont les agences sanitaires sont l’incarnation.

 

Trump fait monter le prix du somnifère

 

Amis lecteurs, trumpistes et non-trumpistes, je vous livre ci-dessous le billet que j’ai écrit vers 14 heures pour le site de Charlie, et qui y est encore visible. Il est court, comme vous verrez, et ne contient donc pas les méandres habituels de ma pensée. Mais enfin, il dit quelque chose que je pense. J’en ai réellement marre des  sérénades et des lamentations. Je viens de lire un papier de Reporterre, dont le titre m’a fait sursauter : « Trump, candidat de l’anti-écologie ». Par Dieu, Clinton ne l’était-elle pas, elle qui était la candidate des transnationales, moteur essentiel de la crise climatique ? Comme je suis fatigué, je ne vais pas plus loin. Mais mon point de vue essentiel, le voici : nous avons grand besoin d’un point de vue écologiste sur la marche du monde. Indépendant des modes, des truismes, des habitudes de pensée. C’est urgent, cela brûle même. Assez de jérémiades : Trump est ce qu’il est, mais Clinton tout autant. Au passage, la question du Tafta – et du Ceta – est un sujet-clé, car son sabordage rendrait un immense service à nous tous. Allez-y de vos commentaires.

 


Le billet de Charlie sur son site :

 

Comme il n’est pas encore intronisé, ce ne peut être considéré comme injure à chef d’État : Trump est un gros empaffé, et le restera. Dans le domaine si décisif de la crise écologique, il va probablement frapper très fort. Ainsi qu’on sait peut-être, il ne croit pas au dérèglement climatique, ce qui risque quand même de plomber l’ambiance à Marrakech, où se déroule en ce moment le 22e épisode des sommets climatiques internationaux. Royal et Fabius passeront moins à la télé.

Répétons : ce gros empaffé – bis – n’en a rien à foutre de rien. Mais est-ce bien une raison pour tout à fait regretter Clinton ? Cette si Grande Dame, défendue par tant de si Braves Gens, était pieds et poings liés au pied du big business américain et se demandait ces derniers temps comment se tirer du bourbier du Tafta, ce projet de traité commercial avec l’Europe. La pauvrette était coincée entre, d’un côté, ses supporters des transnationales et, de l’autre, la révolte de plus en plus vive d’une Amérique qui ne croit plus à la mondialisation.

Trump, ce gros empaffé – ter -, vole au secours des altermondialistes et, s’il tient parole, flinguera le Tafta à la hache et au couteau, comme il aimerait faire avec les Mexicains et les musulmans. Est-ce à dire, docteur, qu’on a mal au fion et qu’il n’y a pas de remède ? Certains jours, oui. Certains matins, on ferme les volets, on se bouffe un somnifère et on oublie le monde.

Ces « écologistes » qui flinguent les peuples

Paru dans Charlie y a pas longtemps

Le WWF et deux autres structures du même genre sont accusés par l’ONU de préférer la « protection » des réserves à la protection des humains. Patron du WWF en France ? Un ancien ministre de Hollande, Pascal Canfin.

Franchement, les boules. Je ne savais pas qu’il existe un Rapporteur spécial des Nations unies sur les droits des populations autochtones. En l’occurrence, une : Victoria Tauli-Corpuz. Cette fille appartient à un peuple des Philippines qu’on appelle Igorot, et c’est une combattante. Elle a notamment aidé des paysans pauvres, du temps de ce salaud de Ferdinand Marcos, à bagarrer contre un projet de barrage sur la rivière Chico, finalement abandonné en 1980.

Si je parle de cela, c’est que Tauli-Corpuz est une véritable écologiste, ce qui donne tout son sens à ce qui suit. Un congrès de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) vient de s’achever à Hawaï et la dame en a profité pour lâcher une bombe : d’importantes associations de protection de la nature violent allègrement les droits des peuples autochtones et soutiennent divers projets qui aboutissent à chasser de leurs terres ancestrales des populations pauvres. Qui finissent – c’est moi qui le précise – au bordel ou dans les bidonvilles. Tout cela, bien entendu, au nom de la protection des écosystèmes.

Tauli-Corpuz n’a cité aucun nom au cours de son intervention, mais a confié en marge qu’elle visait dans son rapport à l’ONU, non encore publié, trois grandes boutiques : Wildlife Conservation Society (WCS), Conservation International (CI) et le WWF. L’affaire n’est pas exactement nouvelle, et j’en ai déjà parlé ici, mais il faut y revenir. En 2004, la prestigieuse revue américaine WorldWatch publiait un article renversant (1), sous le titre : « Un défi pour les conservationnistes ».

L’auteur, Mac Chapin, y montrait ce que sont devenues les grands business de la protection de la nature, dont le WWF et Conservation International. Si le mot business s’impose, c’est que ces transnationales brassent des centaines de millions d’euros par an, et qu’elles sont cul et chemise avec la grande industrie et les États les plus corrompus de la planète. Leurs pontes, payés dans les 400 à 500 000 euros par an, vivent d’ailleurs comme des PD-G.

Chapin rappelle au passage que la presse mexicaine, il y a près de quinze ans, a accusé les bonnes gens de Conservation International de vouloir faire expulser par les flics locaux des Indiens vivant dans la forêt Lacandone. Dans le Chiapas, dans l’épicentre de la révolte zapatiste contre Mexico ! Le texte de Chapin a fait à l’époque grand bruit, et puis a été oublié.

Plus près de nous, si j’ose écrire, l’association Survival attaque depuis des années le WWF, documents à l’appui, et l’accuse de financer au Cameroun des brigades qui s’en prennent aux Pygmées baka. Survival : « Les Baka n’ont ni consenti à la création de zones protégées sur leur territoire, ni accepté les lois qui les criminalisent et les assimilent à des braconniers parce qu’ils chassent pour se nourrir. Ils subissent harcèlement, coups et torture et nombreux sont ceux qui dénoncent des morts parmi eux ».

C’est d’autant plus dingue et rageant que de nombreux travaux démontrent que les peuples autochtones sont les mieux placés pour protéger les territoires dont ils tirent leur subsistance. Ceux qui détruisent à coup de bull et de tronçonneuses sont justement les copains des « conservationnistes ». Lesquels ont visiblement pris des cours de com, car le patron du WWF, Marc Lambertini a aussitôt déclamé : « Le rapport de madame Tauli-Corpuz est un importante contribution à l’avancée des bonnes pratiques en matière de droits des autochtones ». Et tous d’affirmer la main sur le cœur que les cas dénoncés sont « de la vieille histoire ». Tauli-Corpuz, qui n’est pas née de la dernière pluie, assure de son côté que tout continue comme avant sur le terrain.

Le directeur du WWF en France est l’ancien sous-ministre Pascal Canfin, en charge du « développement » entre 2012 et 2014. Je lui rappelle que l’Agence française de développement (AFD), dont il avait la tutelle, a financé en Éthiopie l’un des barrages sur l’Omo, qui a détruit la vie de milliers de Daasanach et de Muguji. On peut donc parler de continuité.

(1) worldwatch.org/system/files/EP176A.pdf

Je me répète : tous sur le pont contre l’aéroport

Amis, lecteurs, simples curieux, je vous rappelle que samedi 8 octobre, des dizaines de milliers de braves se retrouvent à Notre-Dame-des-Landes, pour un énième rassemblement contre le projet d’aéroport. Je gage que celui-ci aura une importance considérable.

Moi, je suis heureux d’avoir évoqué cette abominable affaire il y a bientôt…neuf ans. Ici même. Oui, alors que je commençais Planète sans visa, et que personne en France ne s’intéressait encore au sujet, j’ai publié un article dont je dois dire que je n’ai rien à retrancher. Je crois que j’avais vu clair. Voici la reproduction exacte.


Nantes, cinq minutes d’arrêt (ou plus)

Publié le 26 décembre 2007

Voler ne mène nulle part. Et je ne veux pas parler ici de l’art du voleur, qui conduit parfois – voyez le cas Darien, et son inoubliable roman – au chef-d’œuvre. Non, je pense plutôt aux avions et au bien nommé trafic aérien. Selon les chiffres réfrigérants de la Direction générale de l’aviation civile (DGAC), ce dernier devrait doubler, au plan mondial, dans les vingt ans à venir. Encore faut-il préciser, à l’aide d’un texte quasi officiel, et en français, du gouvernement américain (http://usinfo.state.gov).

Les mouvements d’avion ont quadruplé dans le monde entre 1960 et 1970. Ils ont triplé entre 1970 et 1980, doublé entre 1980 et 1990, doublé entre 1990 et 2 000. Si l’on prend en compte le nombre de passagers transportés chaque année, le trafic aérien mondial devrait encore doubler entre 2000 et 2010 et probablement doubler une nouvelle fois entre 2010 et 2020. N’est-ce pas directement fou ?

Les deux estimations, la française et l’américaine, semblent divergentes, mais pour une raison simple : les chifres changent selon qu’on considère le trafic brut – le nombre d’avions – ou le trafic réel, basé sur le nombre de passagers. Or, comme vous le savez sans doute, la taille des avions augmente sans cesse. Notre joyau à nous, l’A380, pourra emporter, selon les configurations, entre 555 et 853 voyageurs. Sa seule (dé)raison d’être, c’est l’augmentation sans fin des rotations d’avions.

Ces derniers n’emportent plus seulement les vieillards cacochymes de New York vers la Floride. Ou nos splendides seniors à nous vers les Antilles, la Thaïlande et la Tunisie. Non pas. Le progrès est pour tout le monde. Les nouveaux riches chinois débarquent désormais à Orly et Roissy, comme tous autres clampins, en compagnie des ingénieurs high tech de Delhi et Bombay. La mondialisation heureuse, chère au coeur d’Alain Minc, donc au quotidien de référence Le Monde lui-même – Minc préside toujours son conseil de surveillance -, cette mondialisation triomphe.

Où sont les limites ? Mais vous divaguez ! Mais vous êtes un anarchiste, pis, un nihiliste ! Vade retro, Satanas ! Bon, tout ça pour vous parler du projet de nouvel aéroport appelé Notre-Dame-des-Landes, près de Nantes. Je ne vous embêterai pas avec des détails techniques ou des chiffres. Sachez que pour les édiles, de droite comme de gauche, sachez que pour la glorieuse Chambre de commerce et d’industrie (CCI) locale, c’est une question de vie ou de mort. Ou Nantes fait le choix de ce maxi-aéroport, ou elle sombre dans le déclin, à jamais probablement.

Aïe ! Quel drame ! Selon la CCI justement, l’aéroport de Nantes pourrait devoir accueillir 9 millions de personnes par an à l’horizon 2050. Contre probablement 2,7 millions en 2007. Dans ces conditions, il n’y a pas à hésiter, il faut foncer, et détruire. Des terres agricoles, du bien-être humain, du climat, des combustibles fossiles, que sais-je au juste ? Il faut détruire.

La chose infiniment plaisante, et qui résume notre monde davantage qu’aucun autre événement, c’est que l’union sacrée est déjà une réalité. l’Union sacrée, pour ceux qui ne connaissent pas, c’est le son du canon et de La Marseillaise unis à jamais. C’est la gauche appelant en septembre 1914 à bouter le Boche hors de France après avoir clamé l’unité des prolétaires d’Europe. L’Union sacrée, c’est le dégoût universel.

L’avion a reconstitué cette ligue jamais tout à fait dissoute. Dans un article du journal Le Monde précité (http://www.lemonde.fr), on apprend dans un éclat de rire morose que le maire socialiste de Nantes, le grand, l’inaltérable Jean-Marc Ayrault, flippe. Il flippe, ou plutôt flippait, car il craignait que le Grenelle de l’Environnement – ohé, valeureux de Greenpeace, du WWF, de la Fondation Hulot, de FNE – n’empêche la construction d’un nouvel aéroport à Nantes. Il est vrai que l’esprit du Grenelle, sinon tout à fait sa lettre, condamne désormais ce genre de calembredaine.

Il est vrai. Mais il est surtout faux. Notre immense ami Ayrault se sera inquiété pour rien. Un, croisant le Premier ministre François Fillon, le maire de Nantes s’est entendu répondre : « Il n’est pas question de revenir en arrière. Ce projet, on y tient, on le fera ». Deux, Dominique Bussereau, secrétaire d’État aux Transports, a confirmé tout l’intérêt que la France officielle portait au projet, assurant au passage qu’il serait réalisé.

Et nous en sommes là, précisément là. À un point de passage, qui est aussi un point de rupture. Derrière les guirlandes de Noël, le noyau dur du développement sans rivages. Certes, c’est plus ennuyeux pour les écologistes à cocardes et médailles, maintenant majoritaires, que les coupes de champagne en compagnie de madame Kosciusko-Morizet et monsieur Borloo. Je n’en disconviens pas, c’est moins plaisant.

Mais. Mais. Toutes les décisions qui sont prises aujourd’hui, en matière d’aviation, contraignent notre avenir commun pour des décennies. Et la moindre de nos lâchetés d’aujourd’hui se paiera au prix le plus fort demain, après-demain, et jusqu’à la Saint-Glin-Glin. Cette affaire ouvre la plaie, purulente à n’en pas douter, des relations entre notre mouvement et l’État. Pour être sur la photo aujourd’hui, certains renoncent d’ores et déjà à changer le cadre dans vingt ou trente ans. Ce n’est pas une anecdote, c’est un total renoncement. Je dois dire que la question de l’avion – j’y reviendrai par force – pose de façon tragique le problème de la liberté individuelle sur une planète minuscule;

Ne croyez pas, par pitié ne croyez pas, ceux qui prétendent qu’il n’y a pas d’urgence. Ceux-là – tous – seront les premiers à réclamer des mesures infâmes contre les autres, quand il sera clair que nous sommes tout au bout de l’impasse. Qui ne les connaît ? Ils sont de tout temps, de tout régime, ils sont immortels. Quand la question de la mobilité des personnes sera devenue une question politique essentielle, vous verrez qu’ils auront tous disparu. Moi, je plaide pour l’ouverture du débat. Car il est (peut-être) encore temps d’agir. Ensemble, à visage découvert, dans la lumière de la liberté et de la démocratie. Peut-être.

Publié dans Développement

 

Merci Linky (par Frédéric Wolff)

(Je publie ci-dessous un nouvel article de Frédéric Wolff. Je précise que Frédéric est un vieux lecteur de Planète sans visa, mais que je ne l’ai jamais rencontré. Comment en est-on arrivé à ce point, où je passe des points de vue qu’il m’adresse ? J’avoue ne pas même m’en souvenir. En tout cas, je m’en félicite)

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La fronde contre les compteurs communicants gagne du terrain. Des communes – 91 à ce jour – s’opposent à ces mouchards toxiques, des collectifs s’organisent, des individus cadenassent leurs bons vieux compteurs… Manifestement, le courant a du mal à passer.

Vendredi dernier, une réunion publique a rassemblé près de 400 personnes dans un village du nord-Bretagne. Du jamais vu, de mémoire d’autochtone. La salle était comble, les prises de parole se sont succédé pour dénoncer avec véhémence l’assujettissement technologique et les méthodes des installateurs – c’est à croire que les maîtres et leurs valets font tout pour nous pousser à les rejeter. Une jeune femme électro-hypersensible a témoigné de sa vie en errance dans un monde où elle n’a plus sa place. Prochaine réunion mardi, en plus petit comité, pour réfléchir à la suite.

Des fils seraient-ils en train de se nouer entre individus et collectifs issus d’horizons différents ? Nos modes de vie et nos prothèses sans fil vont-ils être mis en question ?  Des liens vont-ils se faire, dans les consciences, entre la planète intelligente et la surveillance, la contrainte, la déshumanisation électroniques ? Bref, Linky serait-il l’un des liens manquants pour penser, se rassembler et, pourquoi pas, s’affranchir de l’emprise des machines ? Dira-t-on bientôt : Merci Linky ?

En attendant l’arrivée de ces compteurs sur ma commune – dont j’interpelle depuis des mois les élus sans succès jusqu’ici –, j’ai préparé ma lettre de refus. La voici. Refuser… Soyons nombreux à faire nôtre ce verbe et à lui adjoindre le maximum de métastases industrielles de notre choix !

Cher Messieurs Linky et consorts,

Vous m’informez de votre venue chez moi pour m’installer un compteur communicant et, mieux encore, intelligent, d’après vos déclarations. C’est très aimable à vous, de penser à mon bien-être sans aucun frais, mais malheureusement, je ne vais pas pouvoir donner suite à votre proposition, en raison de tout l’intérêt qu’elle ne présente pas.

Pourquoi cela ? Tout simplement parce que j’ai déjà ce qu’il faut.

– Question conteur, mon ami Roland, entre autres, me donne toute satisfaction, et tous les deux, nous communiquons admirablement bien, nous n’avons pas besoin de machine pour cela. Quand il passe me voir, il a toujours une histoire à me raconter et, sans vouloir désobliger, je doute qu’un compteur, aussi communicant soit-il, me parle et m’écoute avec autant d’humanité sensible. C’est une question de bonne connexion avec ses semblables, une manière d’être sur la même longueur d’ondes, autrement dit.

– A propos des ondes justement, je dispose déjà d’une collection assez complète à domicile, et ce, 24 heures sur 24 : la wifi de mes charmants voisins qui aiment beaucoup partager apparemment, les antennes tout près de chez moi et, où que j’aille, la camelote des shootés du selfie, du twitt et du trip d’être “joint” à toute heure et en tous lieux.

Vous me proposez gentiment d’en rajouter une couche, vous m’assurez de l’absence de risque, sans assurance couvrant quoi que ce soit, curieusement… Bref, vous me demandez de vous croire sur parole, vous qui êtes juge et partie. Vous me permettrez d’être libre de mes croyances et de ne pas m’en laisser conter en ce domaine, quelle que puisse être l’intelligence de vos compteurs.

Et voyez-vous, ce que je crois, c’est avant tout ce que je vois : des alertes par milliers, venant de scientifiques, de médecins, de l’Europe, de l’OMS, à propos des dangers de toutes ces ondes nocives. Je vois des sœurs et des frères humains qui doivent quitter tout ce qui donne de la valeur à leur vie : leur maison, leurs amitiés, leur famille, leur travail, la joie simple d’être vivant. Ils le quittent, non par masochisme ou par phobie, mais parce que ces ondes sont devenues une torture pour leur corps et pour leur cerveau. Ce que je vois, ce sont des êtres qui n’ont plus ni refuge, ni lieu où vivre sans douleurs, parce que vous et vos gadgets détruisez ce qui reste de monde habitable.

Alors vraiment, merci, mais je préfère ne pas devenir Alzheimer, même pour mon bien. Désolé, mais finalement, non, je ne vais pas profiter de vos offres de maladies gratuites, j’ai d’autres projets dans ma vie. Je vais peut-être vous paraître rétrograde, mais j’aime autant éviter un cancer, même intelligent.

– Pour l’intelligence, j’essaie de faire avec celle dont je dispose et dont je n’ai exploré qu’une parcelle infime. Je n’ai nullement besoin d’une machine qui pense à ma place, je sais encore lire l’index de mon compteur situé dans mon garage. J’ai juste le désir d’avancer dans ma conscience du monde et de la vie, avec d’autres cœurs intelligents, et je doute fort que votre intelligence électronique soit celle de l’âme de notre humanité.

– Ce qui reste d’humanité, précisément, vous le remplacez par des puces, en laissant derrière vous des êtres désœuvrés, seuls avec leurs écrans et, quand ils ne peuvent plus supporter leurs ondes toxiques, seuls avec leurs souffrances.

Personnellement, je n’ai aucune envie d’être pucé, fiché et fliqué, que ce soit par un compteur, un téléphone, des objets connectés ou des machines qui parlent à des machines. Je n’aspire pas à brader ma vie privée à des fins commerciales ou policières, au profit d’escrocs ayant ou n’ayant pas pignon sur rue.

– Vous me certifiez que ces nouveaux compteurs épargneront mes économies et la planète par-dessus le marché. J’ai dû me pincer plusieurs fois car, pour tout vous dire, je ne vous savais pas philanthropes à vos heures.

Enfin, quand même… Vous et votre énergie de destruction massive, vous et vos EPR ruineux et dangereux, vous et vos pertes financières, vos centrales hors d’usage et vos déchets radioactifs dont vous ne savez que faire… Et vous vous voudriez être acclamés comme sauveurs de la planète et de nos petites économies ? Permettez-moi juste d’exprimer ma perplexité, pour ne pas dire mon impression d’être pris pour un débile profond qui a décidément besoin d’être assisté de prothèses intelligentes pour comprendre le monde un tant soit peu.

D’ailleurs, je ne suis pas sûr de tout saisir. Un exemple ? En quoi gaspiller des dizaines de millions de compteurs qui fonctionnent parfaitement est-il écologique ? Je pensais naïvement que nous avions à combattre l’obsolescence programmée, mais sans doute, cette résolution est-elle obsolète à son tour, grâce aux dogmatiques de la croissance verte dont vous êtes ?

Un autre exemple ? Vous expliquez doctement que ces compteurs permettront d’avoir enfin des factures précises, non basées sur des estimations, en feignant d’ignorer que, depuis des années, il est possible de communiquer par téléphone l’index de sa consommation réelle.

Quant à vos exhortations sempiternelles à nous connecter à vos pages d’accueil et à vos tableaux de bord, via des smartphones, des ordinateurs et des tablettes, en quoi cela est-il vertueux, quand on sait ce que ces technologies dilapident de ressources rares et d’énergie ? Vous qui avez incité au chauffage nucléaire dans des logements passoires, vous voilà aujourd’hui adeptes de l’hyper-connexion polluante et prédatrice. Franchement, je m’incline.

En matière de cynisme, vous rayonnez au-delà de toute limite. Ainsi, commercialiser des produits et des services liés à ces compteurs – comme des alarmes contre le vol, après avoir rendu nos données privées piratables par des cambrioleurs, notamment !  – vous appelez ça comment ? Une source d’économie ? Une arnaque au carré ? Avec vous, on n’est jamais déçu. Tant qu’à faire dans l’indécence, autant mettre le paquet en se payant une vertu et nos têtes de nœud par la même occasion.

Cerise sur le gâteau, votre courant, qu’on dit porteur en ligne (CPL), peut provoquer des incendies et endommager les appareils électriques. Comme vous dégagez toute responsabilité, comme les assurances ont exclu de leurs garanties les dommages causés par vos ondes, la facture sera payée par qui ? Par les victimes de ces sinistres ! Chapeau bas. Le doute n’est plus permis : vous êtes hors concours.

Sachez quand même que je ne vous ai pas attendu – et je suis loin d’être le seul –  pour me passer de votre énergie délétère et pour aller vers la sobriété et, même si le mot vous déplaît, vers la décroissance.

Bref, vous l’aurez compris, votre compteur, fût-il intelligent, communicant – ou bienveillant pendant que vous y êtes –, je n’en veux pas. Ne comptez pas sur moi pour faire partie des pigeons que l’on plume et qui finissent cobayes dans les micro-ondes de votre monde-laboratoire.

Je préfère des humains qui comptent pour moi, des êtres de chair et d’âme à qui parler de vive voix, avec qui vivre en bonne intelligence et, si le cœur nous en dit, pourquoi pas, avec qui conter fleurette, un dimanche de soleil, dans les bonnes ondes du printemps.

Inutile de me proposer un moratoire ou je ne sais quelle autre supercherie dilatoire. Vous êtes nuisibles sur tous les plans et vous le resterez, moratoire ou pas.

Sans façon, merci de ne pas me refourguer vos mesures d’exposition en millivolt par mètre, fussent-elles scientifiques et indépendantes. Parce qu’enfin, à partir de quel seuil d’irradiation risque-t-on pour sa santé, en fonction de son âge, de ses antécédents et de sa vulnérabilité ? Quels effets cocktails convient-il d’éviter entre les différentes fréquences de Méga-hertz et les millions de molécules chimiques dont nous abreuvent les industriels depuis le jour de notre conception ? Combien faudra-t-il torturer de cobayes de laboratoire pour savoir ce que nous savons déjà : ces technologies sont incompatibles avec la vie. La société de surveillance et de contrainte deviendra-t-elle subitement acceptable parce que nous aurons câblé les circuits électriques de nos habitations ? La dévastation du monde sensible et naturel sera-t-elle recevable parce que vos appareils de mesure n’afficheront aucune valeur critique sur leurs écrans ?

Monsieur “Linky”, Monsieur “Smartphone”, Monsieur “Wifi”, Monsieur “Tablette”, Monsieur “GPS”, Monsieur “RFID”, Monsieur “Restez connecté”, je ne vous salue pas.

Connecté, je le suis, mais pas à vous. Je le suis à la vie, enfin j’essaie, malgré les efforts que vous déployez pour nous éloigner d’elle, vous et vos collègues de l’empoisonnement chimique. Ce que vous incarnez, tous autant que vous êtes, c’est le contraire de la vie et de la liberté. Et j’espère – oh, si peu, mais quand même –, j’ose espérer que l’opposition à Linky fera boule de neige dans les consciences et dans les vies de quelques-uns, de quelques-unes qui le refusent. Verra-t-on un jour émerger des slogans qui diront : « Linky, smartphone, wifi, tablette, gadgets connectés, mêmes nuisances, mêmes refus » ?

Monsieur “Linky”, Messieurs qu’on nomme “intelligents”, je vous prie de ne pas franchir les portes de ma maison et de ne pas croire à ma considération distinguée.

Frédéric Wolff