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Un coup de main pour Antonio (Fischetti)

Il s’agit d’un copinage, qui n’a rien à voir avec la tenue de ce rendez-vous, et je vous dois trois mots. Antonio Fischetti travaille à Charlie, comme moi. Il suit en particulier les questions de science. Nous nous affrontons si souvent que notre face-à-face, à lui seul, est devenu un running game. Bon, le désaccord n’empêche pas la fraternité. Antonio est en train de rassembler du fric pour boucler le projet d’un film, et le moins que je pouvais faire, c’est d’en parler autour de moi.

Vous trouverez juste après un texte de présentation sous la plume d’Antonio. À votre bon cœur…

 

L’annonce d’Antonio Fischetti

Comme Fabrice, je suis journaliste à Charlie. Je sollicite votre soutien pour terminer un projet qui me tient à cœur depuis longtemps.

Il y a une quinzaine d’années, j’ai commencé à tourner un film avec la psychanalyste Elsa Cayat, bien avant qu’elle ne devienne chroniqueuse à Charlie et victime de l’attentat. Avec la prostituée Momo, nous formions un trio dans lequel je m’interrogeais sur la sexualité. Il me reste des heures d’images, mais je n’avais jamais réussi à en faire un film.

Les années ont passé. Le 7 janvier 2015 est arrivé. Et j’ai besoin de redonner vie à ces images. Je réalise que le discours d’Elsa prend encore plus de sens aujourd’hui, et qu’il résonne avec ce que j’ai toujours vécu avec Charlie, depuis mon enfance dans les années 1970. Il me faut terminer ce film en tournant d’autres images. Il prendra la forme d’une quête déjantée et joyeuse, pour chercher des réponses à la fois intimes et universelles sur le pouvoir du sexe et de la religion.

Malheureusement, je n’ai obtenu aucun financement pour ce projet. Ni du CNC, ni des chaînes de télé, qui sont généralement plus intéressées par les reportages formatés que par les documentaires de création.

Ma dernière chance est donc de lancer un crowdfunging, pour payer les frais des scènes à tourner, et surtout le montage du film.

Vous trouverez toutes les infos sur ce projet (teaser, synopsis…) sur le site Ulule :

https://fr.ulule.com/film-maman/

Ainsi que d’autres images sur le Facebook du film :

https://www.facebook.com/jeneveuxplusyallermaman/

Votre participation est essentielle pour donner vie à ce film, dont je vous garantis au moins une chose  : il sera original et unique. A l’image de Charlie, et aussi à l’image d’Elsa. Merci d’avance.

Antonio Fischetti

 

 

Un silence de mort

Je vous mets un article que j’ai publié dans Charlie, et qui concerne les conditions de sécurité infernales qui sont celles de l’équipe. Je le fais d’une part parce que cela vous concerne aussi, mais également parce que je suis écœuré. Quoi ! nos « intellectuels » – les Debray, Onfray Plenel, Finkielkraut, Todd, Halimi et tant d’autres – se taisent, eux qui aiment tant les parlotes. Et de même nos médiacrates bien à l’abri de leurs rédactions. Et nos politiques, bien sûr, et toutes ces nobles consciences qui n’ont strictement rien à branler de ce que des gens faisant un journal soient menacés de mort au beau milieu de Paris. Beaux parleurs et négateurs de la morale commune la plus élémentaire, je vous exècre.

Mon papier : Sécurité

Mais que faire de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes ?

Je suis allé faire un tour dans la ZAD, et vous trouverez plus bas le long papier que j’en ai tiré pour Charlie. Mais avant cela, lisez donc cet article de Télérama (ici), qui raconte à quel degré de bêtise sont tombés les éditorialistes français. On croirait un gag, et merci au passage au journaliste Samuel Gontier, dont les commentaires m’ont bien fait rire. Si le mot de journaliste avait encore un sens digne d’être défendu, ces gens – Christophe Barbier, Ghislaine Ottenheimer, Yves Calvi, Gilles Bouleau, Anne-Sophie Lapix – seraient obligés de chercher un travail socialement utile, et ce serait sans moi.

Ils expriment une telle ignorance de ce dont ils parlent, une telle suffisance idéologique, un tel mépris de faits pourtant documentés, qu’ils en deviennent effrayants. Effrayants, car ils sont aux manettes. Mais qui est derrière cette fantasmagorie ? Assurément, pour moi en tout cas, is fecit cui prodest. Celui qui a fait est celui à qui ça profite. Je sens, narine à l’arrêt, l’action d’officines dont certains policiers ne doivent pas être éloignés. Il est clair qu’un continuum existe entre des intérêts politiques, des factions flicardes et certains organes de presse pleinement dégénérés. Lesquels ? Est-il besoin ? Je gage que nos livres d’histoire, s’il est demain une histoire encore, raconteront ce qu’ils décrivent aujourd’hui de l’extrême pourriture de la presse d’avant la guerre, quand les rédacteurs-en-chefs faisaient antichambre dans les ambassades pour vendre leurs éditoriaux en échange de valises de billets.

La ZAD n’est pas un paradis. C’est un lieu d’exception où des humains se posent les questions essentielles de toute vie. Et c’est bien cela que les tenants de l’ordre à tout prix ne supportent pas, et préfèrent voir étouffé sous les coups, et pire encore. Mais oui, les journalistes au petit pied savent encore reconnaître le souffle de la vraie liberté quand elle leur chatouille l’épiderme. Rien n’est pire à ces terrifiants Assis. Ils disent sans peine aimer Rimbaud, mais ils vomissent sa poésie, car elle les condamne au néant. Vous souvenez-vous ? Rassis, les poings noyés dans des manchettes sales,/Ils songent à ceux-là qui les ont fait lever/Et, de l’aurore au soir, des grappes d’amygdales/Sous leurs mentons chétifs s’agitent à crever.

Je suis donc allé sur la ZAD et ce que j’en ai écrit n’est pas irréprochable. Mais la distance entre mes mots et leur logorrhée est tout de même celle qui sépare le véridique du faux grossier. Mais peut-être me direz-vous votre sentiment ?

Mon reportage est  ici. Bonne lecture

 

 

Daniel Schneidermann me lourde pour délit d’opinion

Ce qui suit est réellement dérisoire, et ceux qui me lisent ici depuis dix ans – ou moins – n’auront pas besoin de dessin. Si je publie les échanges qui suivent, c’est parce que les questions morales – ici élémentaires – continuent nonobstant de me tracasser. Je résume : depuis une année environ, je faisais des chroniques sur l’écologie pour le site créé par Daniel Scheidermann, Arrêt sur images. Il m’était plaisant de faire des vidéos, ce que je n’avais pas encore fait. Par ailleurs, j’écris pour Charlie, et la semaine passée, j’ai ressenti le devoir d’y écrire un long texte sur Edwy Plenel, qui avait pris la liberté extrême de nous insulter et de contribuer même à menacer la vie des survivants de Charlie, dont je suis.

Quel rapport avec Arrêt sur images ? Aucun, sauf les liens croisés existant entre le boss, Schneidermann, et Plenel, de Mediapart. Je répète : un article publié par Charlie, sans le moindre rapport avec mes activités de chroniqueur vidéo. Le reste vous appartient. Schneidermann le preux chevalier blanc m’a viré de son antenne pour délit d’opinion, ni plus ni moins. On peut s’en foutre, ce qui serait de loin le mieux. On a aussi le droit de dégueuler et de passer à autre chose. J’ai vomi, je passe à autre chose.

 

Voici dans l’ordre, en cinq courts épisodes, ce qui s’est déroulé

 

1/ Schneidermann m’adresse un mail énigmatique, sans nulle précision

De :     Daniel Schneidermann <d…com>
Objet :     Message personnel…
Date :     16 novembre 2017 10:05:34 HNEC
À :     Fabrice Nicolino <f…fr>

https://www.arretsurimages.net/chroniques/2017-11-16/Charlie-contre-Mediapart-bien-joue-les-attardes-id10327

2/ J’ouvre le lien et découvre ce qui suit, en ligne sur son site  :

chronique du 16/11/2017 par Daniel Schneidermann
Charlie contre Mediapart : bien joué, les attardés !

Une semaine déjà que je ne vous ai pas parlé de LA guerre. Parce qu’il y a une guerre, puisque tout le monde le répète, puisque BFMTV en fait des bandeaux, puisque Le Monde interroge des spécialistes d’Oxford. Non pas que je m’en désintéresse. Je suis comme vous. Je regarde siffler les balles. J’écoute les belligérants se traiter de nazis ou d’assassins. J’observe les supplétifs accourir de tous les recoins de Twitter, dans le tumulte joyeux de la mobilisation générale. Je cherche les mots pour simplement dire ce qu’on voit. Je ne les trouve pas. Alors je me tais.

Hier, pour la première fois depuis plus de deux ans, j’ai acheté Charlie Hebdo. Le fameux numéro où Riss explique que Plenel sera responsable de son assassinat. C’est celui qui vient après la couverture Plenel, lequel venait lui-même après la couverture Ramadan. Je l’avais lu partout en ligne, cet édito, mais je voulais voir le reste. J’ai peiné à le trouver. Deux kiosques étaient en rupture (on n’était pourtant que mercredi soir). Hé, ça paye, la guerre !Ça marche ! C’est vendeur. Ils doivent aussi crouler sous les abonnements, à Mediapart. Ce n’est pas nouveau. Elle le sait depuis toujours, la presse, que la guerre paye. C’est pour ça qu’elle l’aime tant. Et qu’elle s’en fabrique des fausses, faute de vraies.

Bref, j’ai fini par le trouver. A côté de l’édito de Riss, donc, en pages deux et trois, un long texte de Fabrice Nicolino. Nicolino nous a rejoints au printemps, après nous avoir convaincus qu’un site comme le nôtre devait parler régulièrement d’écologie (il faut dire qu’on ne demandait qu’à se laisser convaincre). C’est évidemment l’écolo historique et sans concession, que nous avons recruté. Pas l’éclopé du 7 janvier 2015. J’ai voulu croire qu’on pourrait dissocier les deux.

Mais dans ce long texte, Nicolino ne parle pas d’écologie. C’est une longue charge anti-Plenel. Elle commence par une héroïque attaque contre Romain Rolland, écrivain français mort en 1944. Pourquoi Romain Rolland ? Parce que Plenel l’a appelé à la rescousse dans un de ses fameux tweets où il sait si bien monter aux tours. Alors que Romain Rolland, le savait-on, fut un idiot utile du stalinisme. Je ne rêve pas. Ce qui pousse Nicolino à se lever le matin, en ce moment, ce n’est pas l’aluminium dans les vaccins, ni la chimie hors de contrôle, ni les hydrates de méthane, qui sont peut-être la catastrophe climatique de demain. C’est de régler son compte à Romain Rolland, écrivain français mort en 1944. Je comprends mieux pourquoi on n’a plus de nouvelles de lui depuis quinze jours. Trop occupé à enfiler chaque matin et à défaire chaque soir son uniforme de réserviste d’on ne sait trop quelle der des ders, avec sa gourde et son paquetage. La guerre les rend fous.

Je ne sais pas s’il y a “une gauche Mediapart” contre “une gauche Charlie”, comme l’affirment les gauchologues. Naïvement, je pense que beaucoup de combats pourraient les rapprocher. Le climat. Les pesticides. Les abus sexuels. Les minorités. La corruption. La formidable révolution de la prise de parole des femmes. Et des réflexions, aussi. L’urgence d’une réflexion sur l’intelligence artificielle et le transhumanisme. Bref, des choses aussi futiles que la planète et l’humanité. Mais non. Il faut qu’ils s’empaillent à propos d’une bande d’assassins moyen-âgeux, que les Etats occidentaux ont tous les moyens de contenir, faute de les réduire. Dans bien des guerres (pas toutes) vient un moment où personne ne sait plus pourquoi on se bat. On se bat d’abord parce que le sang a été versé. Et puis, de sang en sang, on se bat parce qu’on se bat. Bien joué, les moyen-âgeux.

Accessoirement, dans son texte de Charlie, Nicolino me réquisitionne au passage, en rappelant comment Plenel, parmi tous ses forfaits, m’a viré du Monde en 2003, à l’occasion de la crise dite de “La face cachée du Monde”. Hé, sympa, Fabrice, de me filer à moi aussi un uniforme, mais non merci. Je n’ai rien demandé. Je vais essayer de me cramponner à mes priorités à moi. D’ailleurs, tu vois, je flotte dedans. Je reste en civil, ça ne protège de rien, mais c’est plus seyant.

Romain Rolland (1866-1944)

Par Daniel Schneidermann le 16/11/2017

3/ Je lui réponds aussitôt ceci :

Objet :     Rép : Message personnel…
De :     Fabrice Nicolino <f…fr>
Date :     16 novembre 2017 10:32:41 HNEC
À :     Daniel Schneidermann <d…com>

Bon. Quelques points.

Je n’ai pas été silencieux depuis quinze jours, j’ai fait une chute redoutable. Et dans le même temps, je t’ai tout de même proposé une chronique sur la COP23 que tu as refusée.

J’ai proposé un papier sur Plenel mercredi de la semaine passée, et je l’ai écrit dans l’après-midi de jeudi.

Si mon papier commence en effet sur Rolland, présenté comme un professeur de morale par Plenel, il s’étend sur près de dix feuillets et contient en fait un point de vue détaillé, politique et moral, sur un itinéraire, ce que tes lecteurs ne sauront pas.

Je ne t’ai pas enrôlé, j’ai rappelé ton licenciement. Je ne savais pas qu’il ne fallait pas.

Tu détestes Charlie sans le lire, et donc sans savoir ce qu’il contient, mais néanmoins en le sachant.

J’ai compris depuis un moment que la relation entre toi et moi devenait problématique, sans bien savoir pourquoi. Mais tu dois y voir plus clair toi-même.

Je prends acte. Je prends acte que tu préfères tes relations avec cette sphère politique – Plenel, Mediapart et consorts – à la vérité, et que ma présence hasardeuse sur ton site était plus embêtante que profitable.

Sache que j’apprécie à sa valeur quelqu’un qui ne prend pas même le soin de décrocher son téléphone et qui envoie sans un mot une chronique dérisoire et sans honneur.

4/ Il m’envoie à son tour cela :

De :     Daniel Schneidermann <d….com>
Objet :     Rép : Message personnel…
Date :     16 novembre 2017 11:24:09 HNEC
À :     Fabrice Nicolino <f….fr>

Alors :

Je t’ai laissé hier un message sur ton fixe. Tu ne l’as pas eu ?

Je compatis avec ta chute, mais elle ne t’a pas empêché d’aller ferrailler avec Arfi sur France 5, alors que tu as laissé sans réponse tous nos appels pour venir faire la photo de V2.

Ton appartenance à Charlie ne me pose aucun problème. Je la connais depuis le début. Ton papier sur Plenel n’est absolument pas incompatible avec une chronique chez nous. On n’est pas dans la plenelosphère. Elle est même furieuse contre moi depuis mon papier de la semaine dernière (Que savait Mediapart ?). On n’est nulle part. On compte les points avec désespoir, pendant que la planète se réchauffe. Quant à mettre de “l’honneur” là-dedans ! Pitié ! Déroulède, sors de ce corps ! Mon honneur, c’est de ne pas me laisser détourner de l’essentiel.

Bref, tu es le bienvenu, si tu veux revenir nous parler de l’essentiel.

5/ Et moi, pour finir provisoirement :

Objet :     Rép : Message personnel…
De :     Fabrice Nicolino <f….fr>
Date :     16 novembre 2017 12:38:20 HNEC
À :     Daniel Schneidermann <d….com>

Je vois qu’on peut encore rire de tout.

En somme, tu as le droit de m’insulter publiquement sans même m’en prévenir, de désinformer grossièrement sur le travail que j’ai mené au sujet de Plenel, et moi celui de revenir au bercail faire mes chroniques. Sous ton contrôle vigilant de journaliste sachant distinguer l’essentiel du futile. Sur la question de l’honneur, je vois sans une immense surprise que tu ne vois pas de quoi il peut s’agir. Bien entendu, ton pauvre billet public valait licenciement sans préavis, car je sais encore lire.

Un bref instant d’autosatisfaction

Amis lecteurs, lecteurs ennemis, si vous fréquentez Planète sans visa, vous aurez constaté mon absence. Sans entrer dans les détails, je n’ai pas une forme olympique, ni olympienne. La faute, pour ceux qui s’en souviennent, aux trois balles reçues dans la peau au matin du 7 janvier 2015. Comme je n’écris pas, il m’arrive de vagabonder dans ma tête, et je viens juste de me souvenir du triclosan.

Histoire de me gonfler un peu d’importance en ce moment pénible, histoire de vous dire que vous ne perdez pas votre temps à venir me visiter, je vous mets ci-dessous trois textes. Le premier a été publié ici même le 6 juin 2013. Il y a quatre ans. J’y attaquais nos autorités à propos d’un poison on ne peut davantage public, le triclosan. Et c’était la toute première fois qu’on demandait des comptes à ce sujet. Vous lirez, et vous me direz.

Le deuxième articulet, paru dans Charlie en juin 2017, sous ma signature bien sûr, signale une étude fracassante sur le sujet. Le troisième, toujours signé par moi, montre que mon alerte de 2013 n’avait que quelques années d’avance. Je vous l’avoue, cela ne fait pas de mal de se féliciter soi-même. Je ne me sens pas encore menacé de sombrer dans la vanité.

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1/ L’article publié ici en juin 2013

Mais que fout donc l’Anses (à propos du triclosan) ?

Il y a un préambule, et ce préambule-là concerne l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). Madonna ! comme ces gens sont inventifs. L’Anses a vu le jour en 2010 sur les ruines de trois agences publiques déconsidérées.

1/ D’abord la plus petite,  l’Agence nationale du médicament vétérinaire (ANMV). Difficile de ne pas être rosse. Cette agence avait bien sûr pour vocation, parmi d’autres tâches, de veiller à l’incroyable gabegie dans l’usage des antibiotiques destinés aux animaux d’élevage. On le sait – on devrait le savoir -, 50 % des antibiotiques produits dans le monde sont destinés à l’élevage industriel. Les antibios servent beaucoup à augmenter « rendements » et « productivité » dans la « fabrication » de bidoches diverses. Les conséquences sont lourdes, au premier rang desquelles l’explosion de l’antibiorésistance. Des bactéries jadis aisément défaites s’adaptent au traitement, mutent, et deviennent parfois redoutablement dangereuses, comme le Staphylocoque doré résistant à la méticilline.

Bilan de l’ANMV dans ce domaine crucial ? Le dernier rapport de cette agence avant son absorption par l’Anses en 2010, est de faillite (ici). Malgré tant d’alertes, dont certaines angoissées, l’exposition des animaux aux antibiotiques a AUGMENTÉ de 12,6 % entre 1999 et 2009. Dans ces conditions, à quoi aura pu servir l’ANMV ? Je vous remercie d’avoir posé la question.

Guy Paillotin pète un câble

2/ Deuxième agence digérée par la création de l’Anses, l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset). Que faire d’autre que rire ? Le lundi 10 octobre 2005, au cours d’un colloque tenu au Sénat, Guy Paillotin se lâche. Cet ancien président de l’Inra est alors à la tête du conseil d’administration de l’Afsse, sur le point de devenir Afsset. Comme on se plaint des conflits d’intérêt, à l’intérieur de l’agence, au sujet du téléphone portable, Paillotin déclare : « L’AFSSE est effectivement un lieu de pouvoir, mais, comme tout lieu de pouvoir, il est creux. Vous indiquez que l’expertise sur la téléphonie mobile n’est pas bonne, ne vous plaît pas. L’expertise de l’AFSSE sur la téléphonie mobile n’a jamais suivi, ni de près, ni de loin, les règles que l’AFSSE s’est fixées à elle-même ; donc c’est une expertise que je considère, en tant que président du conseil d’administration, comme n’existant pas, n’étant pas le fait de l’AFSSE, puisqu’elle ne correspond pas aux textes que le conseil d’administration a lui-même adoptés. Vous allez me dire que c’est terrible. Eh bien, c’est tout le temps comme ça. Le CA fixe des règles, mais n’est pas habilité à les mettre en œuvre […]. Comme partout ailleurs, on s’assoit dessus. »

Hum, qu’en dites-vous ? Un rapport conjoint de l’Inspection générale des Affaires sociales et de l’Inspection générale de l’Environnement, en janvier 2006, confirmera les paroles de Paillotin, insistant sur les conflits d’intérêt flagrants entre agence publique et intérêts industriels. Ajoutons pour le plaisir de la moquerie que l’Afsset était en charge de la surveillance des pesticides en France, mission qu’elle a, cette fois encore, excellemment menée. Une étude de l’Institut national de veille sanitaire (InVS), en mars 2013, a rappelé aux oublieux la réalité. Les Français – cocorico ! – sont plus contaminés par les principaux pesticides que les Allemands, les Canadiens, les Américains.

3/  Troisième agence constitutive de l’Anses, créée je le rappelle en 2010, l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa). Lancée en 1999 sur fond de maladie de la vache folle, l’Afssa a acquis très vite une réputation disons contrastée. Thierry Souccar, qui tient le très intéressant site internet Lanutrition.fr, a violemment secoué l’Afssa dans son livre Santé, Mensonges et propagande, paru au Seuil en 2004. Selon lui, à cette date, 65 % des experts de l’Afssa auraient eu des « liens avec l’industrie ». Et l’agence aurait été d’une noble discrétion sur des questions décisives dans l’orbe alimentaire, comme le sel et le sucre.

Martin Hirsch mange le morceau

Pour le même prix, cette citation d’un interview donné le 9 décembre 2010 à Libération par Martin Hirsch, ancien directeur général de l’Afssa entre 1999 et 2005 : « Quand j’ai quitté l’Afssa en 2005, après avoir été traité par l’industrie agroalimentaire d’« ayatollah de la santé publique » l’équipe d’après a dit aux industriels : « Maintenant, nous redevenons partenaires ». Quand je vois le rapport d’un groupe de travail sur les régimes amaigrissants, je me dis qu’il a moins de force quand il apparaît, dans la déclaration d’intérêt de son président, des rémunérations provenant de quatre grands laboratoires… Et qu’il renvoie à plus tard l’examen des compléments alimentaires, qui constituent un juteux marché ».

Bon, il n’est que temps de passer à l’Anses, chargée donc, comme indiqué au début, de la sécurité sanitaire publique dans le travail, dans l’alimentation, dans l’environnement. Vaste programme, qui entraîne de bien dérangeantes questions. Je précise avant cela que je ne tiens pas l’Anses pour un repaire de crapules décidées à nous faire souffrir les mille morts. J’ai croisé certains de ses membres, y compris des responsables, et en vérité, ils m’ont fait une bonne impression. Non, je n’entends pas juger l’Anses en bloc. Seulement, que penser de l’affaire du triclosan ?

Officiellement, cette question n’existe pas. Je viens de cliquer dans l’onglet Recherche du site de l’Anses (ici), et on ne trouve aucun article consacré au sujet. Il y a 25 documents sur le bisphénol A, aucun sur le triclosan. Or, j’ai lu hier ceci sur le site américain de la télévision CBS : « The Food and Drug Administration is finally going to decide whether antibacterial soap actually works, or if it’s causing more harm than good. Government researchers plan to deliver a review this year on the effectiveness and safety of triclosan, the germ-killing ingredient found in an estimated 75 percent of antibacterial liquid soaps and body washes sold in the United States. The chemical has been in U.S. households for more than 40 years, used for cleaning kitchens, people’s bodies and clothing ».

40 ans à regarder ailleurs

Voici venir la traduction résumée  : l’administration fédérale en charge des aliments et des médicaments – The Food and Drug Administration (FDA) va mener une enquête sur le triclosan, que l’on retrouve dans 75 % des savons liquides et gels de bain vendus aux États-Unis. Ces produits causeraient-ils plus de mal que de bien ? On les trouve depuis plus de quarante ans dans les produits de nettoyage des cuisines, des humains, des vêtements. Fin de ce semblant de traduction.

J’ai consulté des sites plus critiques, et la plupart insistent sur l’incroyable passivité de la FDA, sous un titre qui revient souvent : « FDA to Review Triclosan After Decades of Delay ». C’est-à-dire : la FDA étudie le triclosan avec 40 ans de retard. Franchement, il y a de quoi hurler. Le 15 janvier, la revue Environmental Science and Technology (ici) publiait une étude sur la pollution par le triclosan dans huit lacs américains. Je précise que je tire mes infos d’une source sérieuse française (ici), et que je n’ai fait que parcourir l’étude originale en anglais. En tout cas, ces lacs reçoivent des eaux usées qui contiennent évidemment du chlore utilisé pour leur traitement. Le triclosan, ce charmant composé chimique, réagit au soleil avec des dérivés du chlore et produit gaiement des polychlorodibenzo-p-dioxines (PCDD). Des dioxines, oui, dont l’une, la 2,3,7,8-tétrachlorodibenzo-p-dioxine, ou TCDD, est au centre de la catastrophe de Seveso en 1976.

Dans le dentifrice Colgate

Ne croyez surtout pas que j’en ai fini. Le triclosan peut également former du chloroforme, toujours en lien avec le chlore, ce dernier étant classé cancérigène potentiel. Et surtout, il est à coup certain un perturbateur endocrinien (voir mon précédent article), à des doses que personne ne connaît exactement (ici). Encore ne sait-on encore rien, puisque ces braves bureaucrates de la FDA se mettent seulement au boulot. Et la France, amis de Planète sans visa ? Oh, il ne fait aucun doute que nous allons vers le énième scandale de santé publique. Bien que n’étant pas devin, je vous l’annonce en exclusivité. Car du triclosan, chez nous, il y en a partout. Dans des centaines de produits d’usage courant : des dentifrices, des jouets, des déodorants, des savons. Que Choisir en a trouvé dans le dentifrice Colgate Total, mais il suffit de chercher ailleurs pour fatalement trouver. Car ce poison est légal. LÉGAL.

Et l’on est donc bien obligé de se tourner vers l’Anses, qui n’en branle pas une. Je suis sûr, car je sais comment cela se passe, que l’agence va finir par réagir. Et même mon coup de gueule y aura contribué, fût-ce pour une très faible part. Mais n’est-ce pas épuisant, déprimant, désespérant ? Un poison chasse l’autre. Sauf qu’aucun ne disparaît. Sauf que tous se recombinent à l’infini, créant de nouvelles chimères, qui sont d’effroyables réalités. L’Anses, à quoi ça sert ?

PS : J’ai dû rectifier il y a quelques minutes un calamiteux semblant de traduction. Avis à ceux qui auraient lu la première version.

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2/ Un article de juin 2017, sur Charlie

Gamins et vieillards, oubliez le dentifrice

Encore une belle étude, publiée dans la revue Environmental Science and Technology (1). Une équipe américaine a étudié des échantillons d’urine de 389 mères et leurs enfants, et y a découvert des traces de triclosan dans 70 % des cas. Passons des détails pourtant intéressants, et courons à la conclusion : les gosses qui se lavent les mains cinq fois par jour et se brossent les dents souvent ont bien plus de triclosan dans le corps que les autres.

Est-ce ennuyeux ? Très. L’administration de contrôle, la Food and Drug Administration (FDA), a interdit l’an passé – l’étude était déjà lancée – le triclosan dans les savons, car ce pesticide est un perturbateur endocrinien, fortement suspecté, en outre, d’être cancérogène.

Mais comme c’est un bon antibactérien et un bon fongicide, l’industrie l’a foutu dans des centaines de produits d’usage courant, comme les savons ou les cosmétiques. Colgate, qui commercialise de goûteux dentifrices au triclosan, a réussi l’exploit d’échapper à l’interdiction de la FDA. Comment ? Mystère insondable du lobbying.

En France, où l’on dort à poings fermés, tout continue comme avant. L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES), chargée de notre sécurité, n’a jamais jugé bon d’intervenir. On trouve donc légalement du triclosan, poison chimique, dans le dentifrice Colgate et des centaines de produits aussi quotidiens que les déodorants, les crèmes, les suppositoires, les savons. Encore merci, ô nobles savants et toxicologues officiels.

 

(1) http://pubs.acs.org/doi/abs/10.1021/acs.est.7b00325


 

3/Un article de Charlie, toujours sous ma signature, en juillet 2017

206 scientifiques en soutien à Charlie

Si Charlie radote pas qu’un peu, c’est que le monde entier l’aura précédé sur cette pente fatale. Et du reste, c’est pour la bonne cause. Il y a de ça quelques numéros, je vous entretenais, heureux lecteurs, du triclosan. C’est une infâme saloperie chimique – en fait un pesticide – que l’industrie, lui trouvant des qualités antibactériennes, a fourré dans des centaines de produits courants, comme les dentifrices de notre bon docteur Colgate. Or, c’est un perturbateur endocrinien certain et un cancérogène (plus que) probable. Bien sûr, chez nous, tout le monde s’en fout.

Or voilà que des savants du monde entier viennent de décider d’appuyer les criailleries de Charlie. Pas moins de 206 scientifiques de France et d’Amérique, de Suisse ou d’Autriche, d’Allemagne – 29 pays au total – contresignent (1) un Appel réclamant l’interdiction mondial du « dangereux biocide triclosan ». Les messieurs et dames rappellent l’extrême toxicité du composé chimique et constatent toutes les fantaisies attachées à son usage planétaire. À cette concentration, il ne peut avoir aucune action désinfectante de la peau, ce qui est pourtant son principal, sinon unique argument publicitaire. Mais il peut au passage dévaster une flore cutanée fort utile à la santé quotidienne. Il est soupçonné de « déclencher le cancer du sein, d’altérer les spermatozoïdes, d’attaquer le foie et les muscles ainsi que de favoriser la résistance aux antibiotiques ». Bien sûr, il est allergène, et comme il se dégrade fort mal, on le retrouve dans la majorité des échantillons de lait maternel, d’urine ou de sang du cordon ombilical. Associés, additionnés à tous les autres polluants chimiques, qui se comptent par centaines et milliers. Eh, la madame Buzyn, notre ministre de la Santé à nous ! Eh ! plutôt que d’imposer 11 vaccins obligatoires « améliorés » par des adjuvants à l’aluminium toxiques, ça serait-y pas mieux de s’intéresser en priorité au triclosan ? À l’avance, et sûr déjà du résultat, madame la ministre, Charlie vous présente ses salutations enthousiastes.

 

 

(1) euractiv.fr/section/sante-modes-de-vie/news/appel-mondial-pour-linterdiction-du-triclosan. Le texte est publié au départ dans la revue Environmental Health Perspectives : ehp.niehs.nih.gov/ehp1788/