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Un gaz cancérogène dans la bouche des nouveau-nés

Attention, cette enquête a été publiée en mars 2021

Charlie révèle de quoi faire sauter la Direction générale de la Santé de ce bon Jérôme Salomon, de la Répression des fraudes et sans doute de l’Anses. Car en effet et en toute conscience, on stérilise avec un gaz abominable les bistouris, les cathéters, les valves et poches de sang, les aliments les plus ordinaires. Et les tétines de nourrissons ? Et.

Attention ! Encore une fois et sans préavis, Charlie s’attaque à la France, à son administration, à ses chefs et sous-chefs à plumes, à ses lois, à ses absences de loi, à ses politiques enfin, ce qui fait du monde. Surtout que l’Europe est elle aussi en cause. Mais commençons donc par le Rapid Alert System for Food and Feed, RASFF de son petit nom. Ça ne fait pas très envie, mais faut. Ce machin créé par l’Europe en 1979 est censé alerter sur les risques sanitaires liés à l’alimentation.

Le 9 octobre 2020, nos braves se réunissent avec les comités idoines, pour les informer (1) « of high levels of ethylene oxide being found in sesame seeds imported from India ». Eh ben oui, de hautes concentrations d’oxyde d’éthylène ont été découverts dans du sésame importé. C’est un poil fâcheux, car l’oxyde d’éthylène, que l’on va découvrir en majesté, est un gaz hautement cancérogène, mutagène et reprotoxique, entre autres.

Il faut donc agir. En France, le correspondant du RASFF est une unité d’alerte de la Répression des fraudes, dont l’acronyme insupportable est DGCCRF. Branle-bas de combat ! Le Sénat propose dans une note un ordre de bataille ébouriffant (2) : « Recommandation no 1 : demander à l’Anses de rendre un avis sur l’oxyde d’éthylène et son métabolite pour mieux comprendre les risques, évaluer les seuils pertinents et mieux identifier l’origine des contaminations constatées ».

Donc se presser, mais pas trop quand même. La fiche de l’Institut de recherche et de sécurité (INRS) – public – fait foi en France depuis des décennies. Or depuis des années, cette fiche note sobrement que l’oxyde d’éthylène donne le cancer, et provoque des anomalies génétiques. Idem au plan européen. On admirera d’autant la trouvaille du Sénat français : demander un avis à une autre structure publique, l’Anses.

Mais cette extrême précipitation se heurte à un mur, celui de l’opinion. Il faut changer d’allure, car des associations puissantes comme l’UFC-Que Choisir ou 60 millions de consommateurs sont en embuscade. La norme européenne, très discutable par ailleurs, est en effet de 0,05 mg/kg d’oxyde d’éthylène. Or certaines graines de sésame en contenaient 186 mg, soit…3700 plus.

Alors la Répression des fraudes, magistrale, dresse une liste de produits contaminés. Des produits qu’il faut rappeler, c’est-à-dire sortir des éventaires, remballer, et en théorie du moins renvoyer à l’expéditeur. Des milliers de produits, distribués aussi bien par Carrefour, Casino, Système U, Leclerc, Auchan que par les magasins bio La Vie Claire, Naturalia ou le réseau Biocoop.

De novembre 2020 jusqu’à aujourd’hui, la liste s’étoffe chaque jour un peu plus, dévoilant une grande folie commerciale. Et mondiale. Au moment où ces lignes sont écrites, 3869 produits sont concernés (3). Citons parmi tant d’autres des baguettes de pain, du poivre et quantité d’épices, des huiles, des canapés apéritif, des nouilles, des fromages, du « mélange pour salade bio », des bonbons, du chocolat, des émincés de poulet, des burgers, des « barres aux noix et aux fruits bio », du thé, du café, du tofu, du chorizo, etc, etc, etc.

Mais pourquoi diable utiliser l’oxyde d’éthylène (OE ou EO sur les étiquettes) à si grande échelle ? Parce qu’il est l’arme fatale qui permet à des milliers d’exportateurs d’envoyer partout dans le monde des produits déclarés safe. L’oxyde d’éthylène (voir encadré) est en effet un petit génie de la chimie. On place une marchandise x dans une chambre étanche sous vide. Puis on envoie le gaz, qui pénètre aisément les emballages avant de se déposer à la surface des produits. C’est un tueur. Aucun micro-organisme ne lui résiste. Une cargaison traitée au gaz ne peut contenir, à priori, aucune moisissure, aucun champignon, aucune bactérie. Le menu problème est qu’elle contient fatalement de l’oxyde d’éthylène.

Celui qui veut se faire grand-peur peut aller visiter le site de l’entreprise française Ionisos, qui possède des usines à Gien, à Sablé (Sarthe), dans l’Ain, dans l’Aube. Elle annonce bravement par un audacieux bandeau (4)  : « Stérilisation oxyde d’éthylène,Idéal pour les dispositifs médicaux ». Tellement idéal que l’on continue en 2021 à stériliser en France « les prothèses mammaires, gants, seringues, compresses, plateaux chirurgicaux ou encore cathéters », ainsi que le détaille Ionisos.

Pour bien mesurer l’ampleur de cette affaire, je suis obligé de prendre la parole, moi l’auteur de cet article. En 2011, j’ai travaillé avec ardeur sur l’oxyde d’éthylène, ce qui me conduisit à cosigner un dossier dans Le Nouvel Observateur dans des conditions très spéciales (voir encadré).

L’évidence est que nos autorités mentent constamment, qui prétendent redécouvrir à chaque saison l’oxyde d’éthylène. En vérité, une circulaire de 1979 que j’avais découverte raconte déjà l’essentiel. À cette époque, Jacques Barrot, qui est ministre de la Santé, expédie aux préfets, à l’équivalent de la Direction générale de la santé (DGS) et des Agences régionales de santé (ARS) un texte ahurissant, qui sera publié au Journal officiel de la République le 10 janvier 1980.

Il affirme qu’il ne faut utiliser l’OE que « si aucun autre moyen de stérilisation approprié n’existe ». Or, « d’autres procédés aussi fiables (par exemple la vapeur d’eau sous pression) » sont disponibles. Ce n’est pas tout. « Les dangers inhérents à l’emploi de ce gaz », poursuit la circulaire, « notamment des sondes, tubes et tous ustensiles en caoutchouc et matières plastiques » peuvent provoquer chez des malades des troubles « pouvant évoluer vers la mort ». Enfonçant le clou, elle précise que l’oxyde d’éthylène présente « la caractéristique de pénétrer en profondeur dans la structure de nombreuses matières plastiques et caoutchouteuses et de s’en extraire très lentement ».

Je ne sais s’il y a là matière à poursuites pénales, mais je le souhaite. Depuis quarante ans, en effet, il est certain qu’un nombre x de malades ont vu leur état s’aggraver, ou pire, à cause de ce mode de stérilisation. En toute conscience de quiconque se tient un peu au courant.

Je pus établir également que des millions de tétines de biberons étaient elles aussi stérilisées de la sorte. Les hostos, y compris ceux de l’AP-HP, en commandaient sans sourciller et sans doute la moitié – au moins – des nouveau-nés avaient pour premier contact alimentaire une tétine empoisonnée. Je crois que je fis mieux encore en produisant des lettres assassines. Ainsi, les 12 et 20 mars 2009, la lanceuse d’alerte Suzanne de Bégon adressait une lettre à la Direction générale de la santé (DGS) pour l’alerter sur l’usage d’OE pour les biberons. Le 7 avril, Jocelyne Boudot, sous-directrice, lui répondait de joindre la Répression des fraudes, cette DGCDRF évoquée plus haut, celle qui vient de rappeler des milliers de produits.

Le 20 novembre 2009, de Bégon prévenait cette administration, qui répondait le 18 janvier 2010. Passons sur le salmigondis bureaucratique, et retenons cette double phrase sensationnelle : « En conclusion, l’utilisation de l’oxyde d’éthylène n’est pas autorisée pour désinfecter les objets destinées au contact des denrées tels que les biberons. Par conséquent, il sera donné les suites nécessaires aux informations nécessaires ». Pas autorisé ! Donc interdit !! Ni la DGS ni la Répression des fraudes ne bougeront un orteil.

Entre-temps, l’OMS, cette Organisation mondiale de la santé farcie de conflits d’intérêts – par exemple au travers de lourds financements par la fondation Bill Gates – sera elle aussi prévenue cette même année 2009. Le 31 mars 2009, dans un sabir mal traduit de l’anglais, une madame Elizabeth Mason répond texto : « L’OMS n’a pas de recommandations sur l’utilisation de cette substance dans les tétines et les biberons ». Il faut dans ces conditions contacter l’agence française AFSSA, devenue peu après l’Anses, celle-là même que le Sénat conseille en 2021 de joindre (voir plus haut) pour en savoir plus. En juillet 2005, l’AFSSA avait réalisé l’exploit de pondre un rapport complet sur le sujet (Recommandations d’hygiène pour la préparation et la conservation des biberons) sans seulement citer l’oxyde d’éthylène (5).

Donc tout continue. On laisse entrer n’importe quelle bouffe, y compris bio, passée par le poison. On utilise chaque jour et partout des bistouris, des poches de sang, des cathéters, des valves passés au poison. L’explication générale est assez évidente : l’oxyde d’éthylène, c’est la mondialisation. Le droit pour les transnationales de dicter une loi supérieure à celle des États. Sans que personne ne moufte dans les ministères et chez les grands courageux de la Direction générale de la Santé et de la Répression des fraudes. Encore bravo, les gars. Et les filles.

(1) ec.europa.eu/food/sites/food/files/safety/docs/rasff_ethylene-oxide-incident_crisis-coord_sum.pdf

(2) senat.fr/rap/r20-368/r20-3680.html

(3)economie.gouv.fr/dgccrf/sesame-psyllium-epices-et-autres-produits-rappeles-comprenant-ces-ingredients

(4) ionisos.com/sterilisation-oxyde-dethylene/

(5) http://sbssa.spip.ac-rouen.fr/IMG/pdf/Recommandations_Biberons_AFSSA_Francais.pdf

L’Oxyde d’éthylène et moi

L’oxyde d’éthylène est un vieux camarade. À la fin du printemps 2011, je découvris que des millions de tétines de biberons étaient stérilisés à l’aide d’un gaz puissamment cancérogène, qui s’accrochait au caoutchouc. Or j’étais pigiste, or j’avais besoin d’argent.

Qui paierait une longue enquête ? Je pris contact avec le Nouvel Obs et fis affaire avec un journaliste maison bien connu. Nous bouffâmes au (bon) restau interne du journal, en compagnie de Laurent Joffrin, alors le patron. Et l’accord ayant été conclu, je me lançai à l’assaut. Un long et fructueux travail. Je remis un texte au journaliste, qui tapait dur, vu que je ne sais pas faire autrement.

Naïf comme il n’est pas permis, je crus que ce texte, après retouches, serait publié. N’avais-je pas fait la totalité du boulot ? Macache bono. Le journaliste écrivit sa propre sauce, d’une main lourde, et mon article disparut corps et bien. Les révélations extraordinaires qu’il contenait furent noyées dans de telles circonvolutions qu’elles en étaient méconnaissables (1). C’était raté, exécrable, mais je cosignai, seule chance de récupérer au moins un peu de ma sueur. Así son las cosas, ainsi va la vie réelle.

La suite est pareille. Pendant des mois, il me fallut relancer, relancer, relancer pour obtenir le salaire pourtant convenu au départ. Un pigiste, c’est un chien qui fait le beau.

(1) Le Nouvel Obs du 17 novembre 2011

Du côté du gaz moutarde

Comme souvent avec la chimie, l’oxyde d’éthylène (OE) a été synthétisé sans savoir à quoi il pourrait servir. En la circonstance, le chimiste français Charles Adolphe Wurtz fait réagir du 2-chloroéthanol avec une base, et zou. Nous sommes en 1859.

Pendant un demi-siècle, il est largement oublié, puis retrouvé par l’industrie de guerre, qui va en tirer, à partir de 1917, de l’ypérite, le gaz moutarde. Charmant. Il servira aussi dans d’autres synthèses chimiques, parmi lesquelles les éthers de glycol.

Quand a-t-on commencé à savoir ? En 1968 – il y a plus d’un demi-siècle -, les professeurs suédois Hogstedt et Ehrenberg (1) concluent que l’OE est un cancérogène pour l’homme. Concluent ? Concluent, car il s’agit du résultat d’un patient travail étendu sur neuf ans. Dans les usines de production, mais aussi dans les hôpitaux, où le poison est très utilisé pour la stérilisation des instruments chirurgicaux.

Il faudra attendre 1994 pour que le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), qui dépend de l’ONU, confirme ce travail impeccable. Depuis, quantité d’études ont montré les conséquences mutagènes et génotoxiques d’une exposition à l’OE. À quoi il faut ajouter pertes de mémoire, troubles du système nerveux central et du sang, neuropathies périphériques, dommages parfois irréversibles aux poumons et au système respiratoire, convulsions, coma, etc.

Détail rassurant : l’OE ne sent pas. Plutôt, quand on le sent, c’est qu’il déjà présent à des concentrations toxiques. Mais alors on s’en fout, car sa saveur est très douce, presque enivrante. On en redemanderait.

(1) https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/3198208/

Les facéties criminelles de l’administration

Y aura-t-il un jour un procès pénal de l’oxyde éthylène (OE) ? Rappelons en deux mots toute l’affaire. Un, on sait depuis 1968, par des travaux suédois, que l’OE est un cancérogène pour l’homme. Deux, on sait depuis une circulaire du ministère de la Santé de 1979 qu’il tue et qu’un autre système de stérilisation – efficace – par vapeur d’eau existe, sans faire courir le moindre risque. Trois, depuis 1994, une agence spécialisée fort réputée – le CIRC/ONU – a prouvé que l’OE est cancérogène pour l’homme. Quatre, en 2005, l’agence publique française AFSSA – devenue en 2010 l’Anses – publie un rapport de 116 pages (Recommandations d’hygiène pour la préparation et la conservation des biberons) qui ne cite même pas l’OE. Cinq, suite au dossier publié par l’Obs (voir encadré), le ministre de la Santé Xavier Bertrand promet un rapport de l’Inspection générale des Affaires sociales (IGAS). Six, l’IGAS remet son travail en juillet 2012 et noie le poisson avec une prudence de sioux. Résumé de Charlie : y a peut-être quelque chose qui cloche, il aurait peut-être fallu faire autrement, il n’est pas exclu qu’on ait laissé de côté quelques informations, et donc, « il appartient en tout état de cause aux autorités sanitaires françaises de déterminer les suites à donner aux constats de la mission ». Beau coup de pied en touche.

Sept enfin, et cette fois l’on atteint au chef d’oeuvre, le Haut Conseil de la santé publique (HCSP), énième machin lié au ministère de la Santé, rend le 1er mars un Avis intitulé « Recommandations pour la stérilisation des biberons en établissements de santé ». On remarquera – défense de rire – combien le titre est proche de celui de l’AFSSA en 2005. Mais que dit-il ?

Exactement ceci : « Le HCSP établit qu’il n’est pas nécessaire d’utiliser des biberons stériles car un niveau de propreté bactériologique suffit dès lors que des mesures d’hygiène validées sont obligatoires sur toute la chaine de production et d’utilisation ».

Ce serait suffisant, mais on enfonce le clou, deux fois. Le HCSP explique d’abord qu’il intervient « suite d’un à l’avis du Conseil supérieur de la santé (CSS) belge de décembre 2018, sollicité notamment sur les alternatives à la stérilisation à l’oxyde d’éthylène, substance carcinogène dont l’usage est interdit dans la stérilisation des contenants alimentaires ». Et il recommande ensuite « de ne pas utiliser de biberons stérilisés à l’oxyde d’éthylène ;

[de]

ne pas recourir à l’utilisation de biberons et/ou tétines stériles pour tous les enfants et nourrissons, même les plus à risque, aucune situation clinique le justifiant n’ayant été identifiée ».

Si l’on sait encore lire le français, l’oxyde d’éthylène dans les biberons ne sert à rien d’autre qu’à remplir les poches des industriels qui les fabriquent. On peut sans risque d’erreur y ajouter les matériels médicaux (voir encadré). On empoisonne donc massivement, mais nul n’est responsable, encore moins coupable. La vie est belle, pour les salopards.

Pompili et Le Drian foutent la zone nucléaire

EDF est en faillite et fourgue des réacteurs EPR un peu partout. Le projet indien Jaitapur vient d’être relancé par une visite de la ministre Barbara Pompili, suivie de Le Drian. Derrière le rêve de la plus grande centrale nucléaire du monde, un sac de nœuds rempli de folie.

Ah quels petits cachottiers ! En janvier 2021, la ministre de l’Écologie Barbara Pompili se rend en Inde. Pendant cinq jours. Et s’y fait épingler par Survival International pour y avoir cautionné une réserve naturelle où l’on tire à vue sur les hommes. Son agenda ne prévoyait pas de discussion sur le nucléaire, mais comme elle est ministre d’État et exerce la tutelle d’EDF, la question des centrales EPR de Jaitapur a fatalement été évoquée.

Il y a moins de quinze jours, c’est Jean-Yves Le Drian qui était en Inde à son tour. Le ministre des Affaires étrangères, peu glorieux VRP du nucléaire made in France, semble y avoir débloqué ce fort lourd dossier, en panne depuis 2009. Résumé express : cette année-là, le groupe public Areva – devenu Orano – propose à l’entreprise du nucléaire indien Nuclear Power Corporation of India Limited (NPCIL) un projet qui n’est alors pas précisé. Fin 2010, on apprend qu’il s’agirait de construire 6 réacteurs de nouvelle génération dits EPR sur un plateau du village de Jaitapur, qui domine la mer d’Oman, au centre-ouest.

À ce moment, l’affaire est entre les mains d’Anne Lauvergeon, patronne d’Areva soutenue par le président Sarkozy. Mais Areva sombre dans des emmerdements financiers sans précédent, et du côté indien, aucune décision n’intervient, d’autant que la catastrophe de Fukushima en mars 2011, démontre une fois de plus la fragilité de cette industrie.

Pendant dix ans, tous nos gouvernants, à commencer par Hollande, puis Macron et déjà Le Drian, sont allés faire de la lèche à Delhi. Et en 2016, c’est EDF qui reprend le flambeau, activant tous ses réseaux. Cela en vaut la peine : Jaitapur, une fois terminé, serait la plus extravagante centrale nucléaire au monde, susceptible de fournir de l’électricité à 70 millions de personnes. Le coût ? Secret d’État, mais il faudra compter en dizaines de milliards d’euros, alors qu’EDF est endettée à hauteur de 42 milliards d’euros.

Si EDF vient de présenter une « offre technico-commerciale engageante » de 7000 pages, c’est sous une forme très inattendue : elle fournirait les équipements et l’ingénierie, mais laisserait la responsabilité de la construction au partenaire indien. Pourquoi ? Pour au moins deux raisons. Un, la construction de prototypes EPR à Flamanville (France) et Olkiluoto (Finlande) est devenue un cauchemar, avec des retards qui atteignent des années et des surcoûts de milliards d’euros. Mais aussi parce que Jaitapur est un sac de nœuds.

Sur place, cinq villages seraient évacués pour laisser place à l’atome-roi. Or la zone est considérée comme l’un des hot-spots – points chauds – de biodiversité en Inde et au-delà, et même si une partie des villageois ont accepté des transactions pour partir ailleurs, la résistance locale reste très forte, et a déjà entraîné mort et blessés chez les opposants.

Reste la question de la sécurité qui fait flipper tous les gens raisonnables. Dans une tribune publiée par le quotidien The Indu en janvier 2019, deux physiciens, Suvrat Raju et M.V. Ramana, mettent les pieds dans le plat et, soulignant les problèmes de sécurité rencontrés en Finlande et à Flamanville par les prototypes EPR, dénoncent les opacités du projet et les risques inouïs que courrait l’Inde.
Reste enfin la question géologique. De très nombreux rapports, depuis un demi-siècle, démontrent les risques sismiques de la zone, parcourue par une faille préoccupante. Le terrain, formé de latérite dégradée,résisterait-il à un tremblement de terre ? Jaitapur a connu trois secousses supérieures au niveau 5 de l’échelle de Richter en seulement vingt ans…Et certains évoquent même des risques, plus hypothétiques, de tsunami.

Résumons. EDF est dans une nasse financière qui se referme et a choisi la fuite en avant, la seule capable de la sauver, selon elle en tout cas, de la banqueroute. Mais comme la guêpe n’est pas folle, elle entend refiler la responsabilité de Jaitapur aux Indiens, l’important étant de signer le plus grand nombre possible de contrats au moment le chantier des EPR britanniques a du plomb dans l’aile.

Il n’y a besoin de chercher bien loin la moralité de l’histoire, car elle n’existe pas. Des politiciens français médiocres – de Sarkozy à Macron, passant par Pompili ou Le Drian – nous lancent sans nous tenir au courant dans une énième et terrible aventure nucléaire. Tout plutôt que reconnaître l’évidence : le nucléaire français, qui avait promis en 1971 la Lune, et une Lune presque gratuite, est une gabegie. Plutôt, une faillite morale, politique et financière.

L’éternel retour des algues vertes

Mais quelle surprise ! Comme chaque année au printemps, la Bretagne renoue avec ses chères – si chères – algues vertes. Comme chaque année, il vaut mieux incriminer la température et le soleil que le vrai responsable : l’élevage industriel.

C’est reparti pour un tour. La presse régionale bretonne – Le Télégramme (https://www.letelegramme.fr/cotes-darmor/saint-brieuc/deux-photos-qui-montrent-l-ampleur-des-echouages-d-algues-vertes-a-plerin-27-04-2021-12741505.php), Ouest-France, France 3 – publie ces dernières heures des photos navrées de la plage de Plérin, en baie de Saint-Brieuc (Côtes d’Armor). Faut reconnaître que ça craint : à perte de vue, des algues vertes dans ce que les Bretons appellent depuis des décennies la Baie des Cochons.

C’est drôle, mais sinistre, car ainsi qu’on le sait depuis des lustres, les algues vertes tuent. Elles étouffent évidemment, par prolifération, les écosystèmes côtiers, massacrant des milliers et millions d’êtres vivants qu’on ne montre jamais à la télé. Mais leur décomposition flingue volontiers, également, sangliers (https://www.lefigaro.fr/environnement/2011/09/06/01029-20110906ARTFIG00699-les-algues-vertes-coupables-de-la-mort-des-sangliers.php), chevaux (https://www.leparisien.fr/societe/algues-vertes-la-famille-d-un-joggeur-mort-en-2016-saisit-la-justice-18-07-2019-8119296.php) et même humains () faisant leur jogging sur les plages.

Cette année 2021 promet d’être de haute qualité, car les échouages d’algues sont très supérieurs à la moyenne. Une équipe du Centre d’Étude et de Valorisation des Algues (https://www.ceva-algues.com/document/etude-et-suivi-des-marees-d-algues-vertes-en-bretagne) a survolé les côtes bretonnes le 13 avril, et constate l’évidence : le niveau des températures et la forte luminosité jouent un rôle significatif dans le phénomène. Mais bien sûr, pas question de parler de la cause première que tout le monde connaît : l’élevage industriel concentrationnaire.

Pour la millième fois, expliquons l’affaire (https://www.fne.asso.fr/dossiers/algues-vertes-bretagne-cons%C3%A9quences-origines-solutions). Certes, des caractéristiques propres à la Bretagne, dont (souvent) la faible profondeur et la clarté des eaux côtières. Mais l’azote reste le grand criminel. Massivement présent dans les engrais industriels dits azotés, et dans les déjections animales – 14 millions de porcs sont abattus chaque année en Bretagne, sans compter les poulets, canards et bovins -, cet azote dépasse de très loin ce que les plantes peuvent utiliser.

La partie excédentaire se retrouve dans l’eau des rivières, puis sur les côtes, où elle dope la production d’algues, créant un phénomène d’asphyxie appelé eutrophisation. Par un tour de passe-passe bien connu, les profits restent chez les producteurs, et les dégâts sont à la charge de la société. Les différents programmes de « dépollution », comme celui appelé Eau Pure, ont mobilisé des centaines de millions d’euros d’argent public, en vain (https://www.eau-et-rivieres.org/lejouroujuin2002). Il y avait environ 5mg de nitrates dans un litre d’eau – en moyenne – des rivières bretonnes, et l’on ne descend guère au-dessous de 33 mg. L’affaire est parfaitement connue depuis 1971. Un demi-siècle d’atermoiements.

L’American way of life n’est pas négociable

Publié en mars 2021

Quoi de neuf chez Biden ? Rien. L’autre cinglé a été balancé par la porte et projette de revenir par la fenêtre. John Kerry, envoyé spécial du premier pour le climat assure désormais que son pays devra « montrer l’exemple ». Qui se souvient du 8 décembre 1997 ? Ce jour-là, le vice-président américain Al Gore prenait la parole devant la première conférence mondiale sur le climat (1). Et s’engageait, oh ! s’engageait follement, précisant : « Our fundamental challenge now is to find out whether and how we can change the behaviors that are causing the problem ». Oui, il fallait changer les comportements qui causaient ce menu problème d’un climat déréglé. Mais comme on n’a rien tenté, on n’a pas non plus réussi, et le monde a simplement perdu un quart de siècle.

Quoi de neuf chez Biden ? Prenons ensemble le cas édifiant d’un homme qui porte bien son nom. Jim Justice est le 36ème gouverneur de Virginie occidentale, État américain qui a longtemps regorgé de mines de charbon. Cette précision a sa petite importance, car Jim a hérité de terres grâce auxquelles il aura percé plein de mines avant de devenir milliardaire. C’est un patron modèle, épinglé de multiples fois pour des entorses à la sécurité au travail de « ses » mineurs, et il oublié plus d’une fois de payer ses taxes et impôts.

Couleur politique ? Pastel tirant sur le noir. Il abord la carte du parti républicain mais en février 2015, quand il veut devenir gouverneur, il devient Démocrate et c’est sous la bannière du parti de Biden qu’il s’empare en 2016 de la Virginie occidentale. Au détriment d’un Républicain. En janvier 2019, il se lance dans la course pour sa réélection, mais entre-temps, séduit – qui ne le serait ? – par Trump, il est reparti chez les Républicains et l’emporte contre un Démocrate. Ce qui n’empêche pas les ennuis : une nouvelle tuile vient de tomber du toit, car l’administration fédérale cherche à récupérer une amende de 3 millions de dollars pour violation d’une loi sur la pollution de l’eau (2). Bon courage.

Récapitulons, ce sera rapide : Al Gore, Démocrate fervent, n’a rien foutu quand il était au pouvoir et l’ami Justice oscille d’un parti à l’autre, car tantôt c’est bon pour lui de ce côté, et tantôt c’est plutôt ailleurs. Comme si cela ne suffisait pas, voilà qu’on apprend avec une totale surprise qu’un autre État américain, le Colorado, a été dévasté par l’exploitation gazière et pétrolière.

Sur le papier, qui ne vaut guère plus que celui qu’on trouve dans les chiottes, l’industrie doit nettoyer derrière elle. Mais voilà, pas question. Après avoir siphonné un puits, il faudrait le refermer. Ce qui signifie des travaux lourds, de manière à ne pas polluer les nappes souterraines ou les sols alentour. Quand on est bien élevé, on coule de grosses quantités de ciment, on enlève nombre de tuyaux pour éviter toute dispersion des polluants, en bref on colmate pour rendre l’installation inerte.

Mais ça rapporte quoi ? Un puits convenablement obturé coûte, selon les sources, entre 82 500 et 140 000 dollars. Or des puits à l’abandon, il y en a 60 000 dans le seul Colorado, ce qui représente jusqu’à 8 milliards et 400 millions de dollars. 7 milliards d’euros. Malgré tant d’évidences, il y a comme en France des gogos toujours prêts à rempiler. Citons sans méchanceté un certain Josh Joswick (3), de l’ONG Earthworks (earthworks.org) : « Maintenant, nous avons un gouvernement qui veut agir contre ça ».

En 1992, George Bush père avait déclaré pour l’ouverture du Premier sommet de la Terre : « Le mode de vie américain n’est pas négociable ». De Kennedy à Reagan, de Clinton à Bush Junior, d’Obama à Trump, puis Biden, rien n’a réellement changé.

(1) clintonwhitehouse2.archives.gov/WH/EOP/OVP/speeches/kyotofin.html

(2) propublica.org/article/this-billionaire-governors-coal-companies-owe-millions-more-in-environmental-fines?ct=t(RSS_EMAIL_CAMPAIGN)

(3) hcn.org/issues/53.4/south-energy-companies-have-left-colorado-with-billions-of-dollars-in-oil-and-gas-cleanup

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Rugy, Placé, Duflot, trio perdant

Faut-il vraiment parler de ce pauvre de Rugy ? D’un côté, non. L’ancien membre d’Europe-Écologie, le traître de comédie de la primaire de la gauche – il avait juré de voter pour le vainqueur avant de rallier Macron -, l’ancien président de l’Assemblée nationale amateur de homards, l’ancien ministre insignifiant, même mis ensemble, n’ont pas le moindre intérêt. Mais patience.

Il vient de donner un génial entretien au Point, où il vomit sur plus d’un quart de siècle d’adhésion à l’écologie politique. Comme on lui demande comment il est passé de sa position de 2017 – 100 % d’énergies renouvelables en 2050 – à son soutien déchaîné au nucléaire, il ose tranquillement : « J’ai regardé au fond des choses et j’ai approfondi les dossiers. J’ai pu vérifier que l’enjeu de sécurité nucléaire (…) était extrêmement maîtrisé en France ». Et à peu près idem sur les OGM ou la science, dont il ne sait visiblement rien.

Rugy n’est rien dans la réalité, mais il reste une excellente illustration de ce qu’était le parti des Verts jusqu’à ces dernières années. Son petit copain Jean-Vincent Placé, qui en fut le grand chef jusqu’en 2015 ? Il vient d’être condamné à une amende pour avoir lourdement dragué une gendarme, après avoir chopé une peine de prison avec sursis pour violences et outrages. En 2006, alors que Cécile Duflot était sa compagne, il déclarait à un député socialo (2) : «T’as vu qui est secrétaire nationale ? Ma meuf ! C’est moi le patron maintenant ». Ce grand amoureux de Napoléon (3) a demandé, après être sorti du gouvernement en 2017, à devenir colonel de réserve d’une unité hautement spécialisée, le 13ème régiment de dragons parachutistes, qui fait dans le renseignement militaire (4).

Quant à Cécile Duflot, qui a abandonné en flammes un parti qui semblait perdu – en 2017 -, elle est devenue depuis directrice générale d’OXFAM-France, association humanitaire. Elle semble regretter, car elle occupe ses loisirs à saboter la candidature de Yannick Jadot, vieil ennemi s’il en est. Question : où est le bilan de ces turpitudes ?

(1) lepoint.fr/politique/francois-de-rugy-il-faut-en-finir-avec-les-tabous-de-l-ecologie-13-03-2021-2417551_20.php

(2)lemonde.fr/politique/article/2008/05/20/jean-vincent-place-le-rad-soc-des-verts_1047283_823448.html

(3)lemonde.fr/election-presidentielle-2012/article/2011/12/07/jean-vincent-place-un-requin-chez-les-ecologistes_1614258_1471069.html

(4)lopinion.fr/edition/politique/jean-vincent-place-colonel-dans-forces-speciales-103029

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Quand l’AFP devient une idéologie

C’est bien triste de s’en prendre à l’Agence France Presse (AFP), qui rend tout de même de signalés services, mais c’est comme ça. Une dépêche du 12 mars 2021 titre : « Climat : et si ça basculait… dans le bon sens ? », et aussitôt, tous les journaux reprennent. Geo, Arte, Ouest-France, la télé belge, L’Express, quantité d’autres. La presse, mes enfants, c’est comme ça : la caution de l’AFP autorise à publier, souvent à recopier.

Que contient la dépêche ? Des informations qui, prises séparément, sont légitimes. Tel économiste a dit ci. Tel chercheur a publié ça. Le Royaume-Uni interdit les voitures thermiques en 2030. La Chine opte pour la « neutralité carbone » d’ici…2060. Le plus dérisoire est certainement dans cet extrait : « L’inquiétude sur l’urgence climatique est bien plus prégnante qu’avant », relève Stephen Fisher, professeur de sociologie politique à l’université d’Oxford, qui a piloté une enquête pour l’ONU, sondant 1,2 million de personnes dans 50 pays. Plus de 60% se disaient inquiètes, dont « la grande majorité veulent des actions urgentes et d’envergure ».

Qu’est-ce qui justifie de titrer une dépêche de la sorte ? Rien. Rien d’autre qu’un bon vieux trip idéologique, appuyé sur la mortelle croyance qu’on a le temps, et que des mesures cosmétiques pourraient suffire.

Le pire est qu’il suffit de lire jusqu’au bout pour que tout disparaisse en fumée : « Les énergies fossiles représentent encore 85% de l’énergie consommée dans le monde, subventionnées à hauteur de 500 milliards de dollars chaque année, selon l’OCDE ». Faut-il parler de désinformation ? Oui.

Mais d’où vient ce salopard de virus ?

Tout le monde en a marre, non ? Des milliers d’heures sur les radios et télés, des kilomètres de signes dans les gazettes auront été consacrés au coronavirus. Pour dire et répéter les mêmes choses dans un sens puis dans l’autre, et retour. Non ?

En mars 2020, quand nous n’en étions qu’au début, l’infectiologue Didier Sicard, pas plus con que tant d’experts de TF1 ou de France-Inter, s’interrogeait (1). Très au fait du sujet, il réclamait un examen en urgence des causes animales de la pandémie. Et comme il connaissait fort bien une partie de l’Asie, il ajoutait : « Ce qui m’a frappé au Laos, où je vais souvent, c’est que la forêt primaire est en train de régresser parce que les Chinois y construisent des gares et des trains. Ces trains, qui traversent la jungle sans aucune précaution sanitaire, peuvent devenir le vecteur de maladies parasitaires ou virales et les transporter à travers la Chine, le Laos, la Thaïlande, la Malaisie et même Singapour. La route de la soie, que les Chinois sont en train d’achever, deviendra peut-être aussi la route de propagation de graves maladies ». 

La nouvelle Route de la soie, qui fait se pâmer tant d’économistes et autres crétins, reliera à terme la Chine – on y achève une quatre-voies de 5000 km –, l’Asie centrale et même l’Europe où un Viktor Orbán, clone hongrois de Trump, est en train de vendre son pays à Pékin. Précisons à l’attention des grincheux que je ne suis spécialiste de rien. Je vois, car je lis, qu’une affaire mondiale comme celle-là recèle d’innombrables mystères. En fera-t-on le tour ?

Mais cela ne doit pas empêcher de parler de ce que l’on sait avec une raisonnable certitude. Et nul doute que la crise écologique planétaire est le responsable principal de l’émergence de tant de virus menaçants. La logique en est dans l’ensemble connue : les activités humaines remettent en circulation des organismes vivants neutralisés par des relations biologiques stables depuis des millénaires, parfois des centaines de millénaires.

L’incursion des humains – braconniers suivant la piste des bûcherons – dans les forêts tropicales les plus intouchées ne pouvait manquer d’avoir des conséquences. Et ce n’est qu’un petit exemple. Quantité de virus dits émergents sont en effet des zoonoses, des maladies ou infections qui passent de l’animal à l’homme. Tel est le cas d’Ebola, des hantavirus, du SRAS, de la fièvre du Nil occidental, probablement du sida. Ce n’est qu’un aperçu, car l’on compte environ 200 zoonoses, dont beaucoup sont bactériennes.

Dès le 17 avril 2020 – il y aura bientôt un an -, 16 responsables d’autant d’organismes scientifiques différents écrivaient (2) : « La pandémie de Covid-19 est étroitement liée à la question de l’environnement : c’est bien, encore une fois, une perturbation humaine de l’environnement, et de l’interface homme-nature, souvent amplifiée par la globalisation des échanges et des modes de vie, qui accélère l’émergence de virus dangereux pour les populations humaines ».

Et les mêmes posaient une question qui devrait pétrifier nos responsables : « À la lumière de la crise sanitaire que nous traversons, il est paradoxal de constater que les études de médecine et de pharmacie continuent d’ignorer largement la biologie de l’évolution, et que celle-ci est récemment devenue facultative pour les deux tiers d’un parcours scolaire de lycéen ».

En clair, tout le monde s’en tape. Pourquoi ? Parmi les nombreuses raisons en cause, j’en retiens deux. Un, nos chefaillons actuels, qui incluent les écologistes officiels, sont d’une inculture monumentale. Ils ne savent pas, obsédés que sont la plupart par leur sort personnel et leur place dans l’appareil d’État. Deux, les rares qui entrevoient une lueur n’ont pas le courage de remettre en question le monde qui est le leur, son organisation, ses buts.

Il y faudrait la force d’un Gandhi et nous n’avons à notre disposition qu’une classe politique et administrative plus bas-de-plafond que le dernier des nains de jardin. Voilà pourquoi votre fille est muette.

(1)franceculture.fr/sciences/didier-sicard-il-est-urgent-denqueter-sur-lorigine-animale-de-lepidemie-de-covid-19

(2) lemonde.fr/idees/article/2020/04/17/la-pandemie-de-covid-19-est-etroitement-liee-a-la-question-de-l-environnement_6036929_3232.html

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Jean-Louis Beffa, héros méconnu de l’amiante

Le coût de l’amiante est tel qu’il ne sera jamais calculé vraiment. L’industrie en a longuement profité, et maintenant la société paie les dégâts, les milliers de morts chaque année, les vies disloquées. Des braves se battent depuis 25 ans devant les tribunaux, et parfois gagnent, et souvent perdent, et continuent pourtant.

En 2017, une expertise judiciaire estimait qu’on ne pouvait pas connaître la date précise d’une contamination par l’amiante, menant droit à un non-lieu en 2018. Les magistrats jugeaient alors impossible de retenir la responsabilité pénale de tel ou tel dirigeant d’une entreprise. En l’occurrence, il s’agissait de l’usine Everite située à Dammarie-les-Lys, en Seine-et-Marne. Gros soupir de soulagement patronal.

Mais la cour d’appel de Paris vient d’infirmer ce non-lieu, et renvoie le dossier à des juges d’instruction. Selon eux, en effet, et il s’agit de citations tirées de son arrêt, « c’est toute la période d’exposition qui contribue à la maladie et/ou au décès ». Du même coup, « chaque dirigeant successif peut avoir participé, à son échelle de responsabilité, à l’exposition des salariés aux fibres d’amiante ».

C’est déjà beaucoup moins drôle pour certains, car Everite était une filiale de Saint-Gobain, ce qui nous rapproche fatalement d’un certain Jean-Louis Beffa. Ce personnage central du capitalisme français est entré à Saint-Gobain en 1974, dont il a été le P-DG dès 1986, quand il était encore légal d’empoisonner le prolo avec l’amiante.

Le cas est d’autant plus intéressant qu’un Beffa, dans notre sainte république, semble intouchable. Ingénieur des Mines, un temps membre du club Le Siècle, il a été aussi des conseils d’administration ou de surveillance de GF Suez, de Siemens, de la Caisse des dépôts, de BNP-Paribas, etc.

Cerise amiantée sur le gâteau, Beffa fait partie dès 1994 du conseil de surveillance du journal Le Monde, qu’il préside depuis 2017. En Italie, travaillant des années sur des milliers de pièces, un tribunal d’appel à condamné en 2013 l’industriel de l’amiante Stephan Schmidheiny à 18 ans de taule. Beffa, quelle chance.

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Les Tartarin veulent la peau du Loup

Comment va le Loup en France ? Pas bien. Je rappelle qu’il est revenu naturellement d’Italie il y a une trentaine d’années, après avoir été totalement exterminé. Pas bien, donc, et c’est l’Office français de la biodiversité (OFB) qui le détaille dans un rapport, avec le CNRS (1). Attention, l’OFB, c’est pas les Naturalistes en lutte : les chasseurs, pour s’en tenir à eux, siègent à son conseil d’administration.

Il n’empêche que le texte est limpide. S’appuyant diplomatiquement sur des « points de vigilance », ses auteurs constatent qu’entre 2014 et 2019, la mortalité atteint 42%, toutes classes d’âge confondues, contre 26% avant 2014. Ce qui rapproche l’espèce du point au-delà duquel la population commence à décliner.

En ajoutant d’autres signes préoccupants, les rédacteurs de la note sortent un peu plus du bois, et ils écrivent : « Plusieurs signaux vont dans le sens d’une dégradation de la dynamique de la population ». Et appellent entre les lignes, mais sans détour, à une révision de la politique actuelle, qui vise, ça c’est Charlie qui le dit, à contenir les oppositions et satisfaire quelques clientèles électorales.

Il n’y a aucun mystère : depuis 2014, des centaines de loups ont été butés « légalement », malgré leur statut de protection. Ils seraient 580 et en cette année qui commence, l’État donne le droit d’en abattre 121. Courons donner des leçons aux paysans africains sur la cohabitation avec les éléphants. Et aux gueux de l’Inde sur la sauvegarde des tigres, si mignons à la télé.

(1) https://www.loupfrance.fr/mise-a-jour-des-effectifs-et-parametres-demographiques-de-la-population-de-loups-en-france-consequences-sur-la-viabilite-de-la-population-a-long-terme/