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Magouilles à Notre-Dame-des-Landes (le cas Dantec)

Imaginez un peu. Les 9 et 10 juillet, les opposants à l’aéroport de Notre-Dame-des-landes organisaient un nouveau rassemblement de soutien, quelques jours après le référendum mijoté dans les arrières-cuisines de l’Élysée. L’ambiance est à la fête, une fête combative. Il n’est évidemment pas question de céder. Quelques chefs d’EELV sont là, dont David Cormand, bras articulé de Cécile Duflot, laquelle tente ainsi qu’on sait de se présenter à l’élection présidentielle de 2017.

On voit également sur place un certain Ronan Dantec, sénateur EELV de Loire-Atlantique, qui n’a été élu que grâce aux voix obligeantes, mais payantes, du parti socialiste, celui même de MM.Hollande et Valls. Les gens d’EELV sont présents, bien entendu, pour soutenir le si juste combat des zadistes et de leurs nombreux amis. Sauf que tout cela est totalement bidon. Voici ce que j’ai appris de sources hélas certaines : Dantec joue un double-jeu éhonté. D’un côté, il soutient le combat, mais de l’autre confie à quelques initiés de son goût que les jeux sont faits, que l’aéroport se fera, et qu’il faut désormais songer à « une sortie de crise honorable ».

Le monsieur se voit en monsieur Bons-Offices de l’Élysée, où il a ses entrées, et devrait même voir demain lundi 11 juillet François Hollande en personne.[Ici s’arrête ce que je garantis exact. La suite est un commentaire] L’objectif annoncé est d’offrir quelques colifichets de couleur aux combattants « raisonnables », de manière à isoler les irréductibles. En somme, de préparer le terrain à une intervention policière qui reste de toute façon nécessaire pour parfaire l’image de Manuel Valls. Le Premier ministre veut et cherche un affrontement à Notre-Dame-des-Landes car, pense-t-il, cela lui permettra d’éventuellement se présenter à l’élection présidentielle de 2022 comme un candidat acceptable et peut-être même désirable pour une partie de la droite. Son rêve nullement dissimulé est de devenir le Georges Clemenceau de ce début du siècle. Or Clemenceau, je je rappelle, est resté dans les livres comme l’homme qui sut faire tirer à balles réelles sur des grévistes, comme à Draveil, en 1908 (deux morts : Pierre Le Foll  et Émile Giobellina, 17 ans).

Une autre source, que je ne peux certifier elle, m’assure qu’à l’Élysée, Jean-Vincent Placé serait à la manœuvre sur le dossier Notre-Dame-des-Landes. Cela n’aurait rien d’étonnant chez un individu d’aussi considérables ressources, et serait cohérent avec les plans de carrière du monsieur. Quant à Dantec, pour y revenir une seconde, il me faut rappeler qu’il est sénateur. Je ne sais de quel poids pèse cette occurrence sur son attitude actuelle, mais en tout cas, sans le PS, Dantec n’est plus rien, politiquement parlant en tout cas.

Ce sera bref comme tout

Je suis loin de chez moi, face à un vallon, face à des hirondelles, face à des martinets, face à un Circaète Jean-le-Blanc qui tourne, tourne et tourne à la recherche de serpents et de lézards. Dire que je les admire tous ne signifie encore rien. Je les aime.

Je voulais vous dire trois mots. La France n’a jamais été aussi riche – selon leurs mortifères calculs – qu’en cette année 2016. L’Insee prévoit d’ailleurs une croissance de leur damné PIB de 1,6 % d’ici décembre. C’est inouï et lamentable, d’autant que, dans le même temps, le solde naturel – mortalité mois natalité – se situe aux alentours de 230 000 personnes de plus chaque année. Disons 300 000 pour éviter la contestation, en y incluant le solde migratoire. Et rapportons le tout à la population française, soit 66,3 millions d’habitants au 1er janvier 2015. Je ne fais pas le calcul, mais à la louche, cela doit se situer entre 0,4 et 0,5 % d’augmentation annuelle.

Autrement dit, les grands crétins qui dirigent, gouvernent et décident ne sont pas même capables d’imaginer autre chose que le spectacle qu’ils offrent chaque matin. Attention ! Je me place de leur point de vue, pas du mien, qui est tout autre. Selon leur logique d’apothicaires et de comptables, la croissance du PIB est la clé du bonheur universel. Or cette croissance explose et se transforme sous nos yeux ébahis en bagnoles, télés plasma, tracteurs pressurisés, ordinateurs, visites chez le médecin et anxiolytiques, et le reste.

Eux forment le cercle de la raison, celui des Attali et des Minc. Et nous celui des super-couillons, qui ne songent qu’à gâter la fête. Restons calmes.

Notre maison brûle… (par Frédéric Wolff)

Les raisons de désespérer ne manquent pas. Celles d’espérer sont-elles perdues ? Je veux croire que non. Des brèches s’ouvrent par où la marge humaine pourrait faire tomber des murs de notre vieux monde. Entre le pire et le possible, mon balancier hésite. L’équilibre viendrait-il de n’occulter ni l’un ni l’autre ?
« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. » C’était il y a 13 ans. L’avenir de la vie sur terre vacillait et pouvait se réduire à des cendres si nous ne changions rien au cours du monde.

Qu’en est-il aujourd’hui ? L’incendie est-il endigué ? Avons-nous épargné des flammes les bases de la maison commune ? Où se portent nos regards ? Quelle formule faudrait-il employer pour saisir les temps où nous sommes ?

Une phrase s’est imposée à moi, alors que ces questions me tourmentaient : « La maison brûle et nous soufflons sur le feu. »

Le feu… Nous n’avons d’yeux que pour lui. Nous n’avons Dieu que lui. Toute notre intelligence, tous nos moyens techniques sont mis à son service. Des pyromanes, c’est ce que nous sommes, nous les sociétés de l’âge industriel. Nous laissons derrière nous une terre incendiée, un monde suffocant, une eau qui porte le contraire de la vie.

Le feu, il n’y a plus que lui. Les autres éléments, tant pis. Ils ne font pas le poids. La terre, l’eau, l’air, adieu. Adieu à tout ce qui les peuple. Ce n’est qu’une question de temps. Place à la reproduction artificielle de la vie. Nos chercheurs y travaillent. Nos politiques y voient des gisements de croissance et d’emploi. L’âge des mutants approche. Il a déjà commencé. Soyons sans crainte.

Tous les feux sont au rouge et nous accélérons. L’ivresse nous gagne. Tête baissée, nous courrons vers notre mise à mort. Les piques, les banderilles, nous ne les voyons pas. Nous ne voulons pas les voir. Seule importe la cape agitée devant nous.

Le climat, l’agonie des sols et des océans, l’empoisonnement et l’irradiation qui gagnent où que l’on soit… Tous les indicateurs sont au rouge. Il serait fastidieux et déprimant de les énumérer, tant ils abondent.

Qu’importe que nous les connaissions, que nous les déplorions. Nous accélérons. Mais comme nous sommes des sociétés soucieuses du bien commun, n’est-ce pas, nous couvrons de vert les feux de signalisation. Le temps doit se plier à nos humeurs. Nous n’avons plus la patience d’attendre. Quelques minutes de nos élites sont plus précieuses qu’une montagne à éventrer pour faire passer un TGV ; des terres vivantes ne pèsent rien, en regard d’un aéroport, d’un centre de loisirs, d’une zone d’activités, de galeries marchandes…

Le temps réel a congédié le réel, chaque seconde de nos vies doit être connectée, c’est-à-dire asservie, mais il faut parler la langue de son temps, on ne peut être contre son temps, alors réjouissons-nous, restons connectés pour le meilleur et le pour meilleur.

Innover, croître, le mot d’ordre est sans appel. Le mal est devenu le remède. Nous n’avons foi qu’en ce qui nous dévore, nous les Prométhée brûlant de tous les feux, qu’ils soient nucléaires, chimiques, électromagnétiques, génétiques, nanotechnologiques… Une nuisance s’ajoute à une autre et nous place dans une situation de non-retour. Le totalitarisme du système technique, c’est aussi cela : s’imposer sans débat et perpétuer ses nuisances pendant des millénaires. Comme il faut aller de l’avant, comme il faut prendre de vitesse l’offre et la demande, la conscience et la contestation du désastre, il est inconcevable d’évaluer quoi que ce soit et d’en tirer les conséquences.

Ce que fabrique notre âge technologique ? Des monstres. Et comme tous les monstres dignes de ce nom, ils nous échappent. Les conséquences possibles de nos innovations sont telles qu’elles deviennent impensables, imprévisibles. Tout se conjugue pour nous rendre hyper-insensibles à la banqueroute générale : la complexité, l’étendue des dévastations dans le temps et dans l’espace, le déni qui est le nôtre…

Comment se représenter l’irreprésentable ? Qui contrôle encore quoi que ce soit, de la réaction en chaine, chaotique comme jamais ?

La profusion des biens et des services nous rend-elle plus heureux, plus riches ?

Qui est riche, qui est pauvre, dans ce monde où l’on fait commerce de tout ? Dans « Les origines de la pensée grecque », Jean-Pierre Vernant écrit ceci : « La richesse remplace toutes les valeurs […]. Elle ne comporte aucune limite […]. L’essence de la richesse, c’est la démesure […]. » A sa racine, on trouve « la pléonexie : le désir d’avoir plus que les autres, plus que sa part, toute la part. »

C’est contre cette convoitise que s’est construite la philosophie. « Celui qui s’accommode avec la pauvreté est riche, en effet, et on doit estimer pauvre non celui qui a peu de choses, mais celui qui en désire davantage », énonçait Sénèque. Quant à Aristote, il notait déjà que « les plus grands crimes » étaient perpétués « pour se procurer le superflu et non le nécessaire. »

Quelle inversion des valeurs, quelle régression. Ces crimes, dont parlait Aristote, sont devenus nos commandements :

– Se goinfrer de futilités et qu’importe si d’autres sont privés du nécessaire.

– Avaler du bitume et tant pis si les agro-carburants font mourir de faim des misérables par millions. Tant pis si l’or noir du Nigéria empoisonne l’air, la terre et les cours d’eau, tant pis s’il repose sur la guerre et sur la famine. Tant pis si le nucléaire détruit le monde, nos voitures atomiques valent bien ça.

– Rester connecté quitte à ce que des esclaves fabriquent nos smartphones. Quitte à ce que des êtres humains soient empoisonnés par nos déchets électroniques et par les mines de métaux rares. Quitte à ce que tout le reste du vivant soit irradié.

– Etendre la société marchande à toutes les sphères de l’existence, fabriquer des jamais assouvis, des frustrés perpétuels, des êtres de pacotille et, un jour ou l’autre, des invendus, des incendiés.

Et voilà que, dans le brasier, des individus tentent de sauver ce qui peut l’être. Ils se réapproprient leur alimentation, leur énergie, leur habitat, leur santé, leur pensée, leur humanité. Ils tentent de s’affranchir des tutelles où s’étiolent leurs jours. Ils incarnent leurs valeurs, ils habitent le monde autour d’eux et le rendent habitable pour d’autres qu’eux. Ils prennent la défense des zones où foisonne la vie. La vie dans une poignée de terre, dans une mare, dans des arbres mémorables, la vie dans nos lambeaux d’humanité, ils la préservent. Ils mettent en actes leurs idées.

Serait-ce le début d’un grand chambardement ? Le ferment du monde à venir serait-il dans ce flot d’initiatives ? Ces gouttes vertueuses, ô combien nécessaires, suffiront-elles à vaincre la fournaise ? Que faudrait-il en plus pour peser vraiment ?

Je ne me risquerai pas à jouer les devins. Le sursaut à opérer me semble si colossal que ses formes et ses contours dépassent l’imagination, en tout cas la mienne. A quatre pattes dans ma pépinière d’oignons et de poireaux, je laisse venir les pensées, sans volonté d’aucune sorte.

Ce qui surgit d’abord, ce sont des questions, des doutes…

– Cultiver son jardin, bien sûr, mais les nuages chimiques et radioactifs, les terres qui deviennent des déserts ? Refuser les téléphones et les compteurs intelligents, fort bien, mais leurs nuisances et l’emprise de la planète intelligente ?

– Comment faire nombre ? Comment franchir le seuil critique au-delà duquel un basculement est possible ?

– Où commencent, où s’arrêtent les alliances possibles ?

– La fin est-elle dans les moyens ? Devons-nous prendre les armes de nos adversaires ? Les armes sont-elles neutres, selon l’usage que l’on en fait ? Quel horizon, à ce jeu-là, sinon devenir de parfaits techniciens ou des guerriers perpétuels ?

– Tous les arguments sont-ils bons à prendre ? Doivent-ils être jugés prioritairement à l’aune de leur efficacité ? Comment imaginer que nous gagnions quoi que ce soit à cette aune-là, terrain de prédilection de la Machine, justement ? Devons-nous taire nos valeurs morales, au motif qu’elles sont inaudibles ? Faut-il leur préférer des arguments pragmatiques, économiques et financiers ? Qu’avons-nous à attendre vraiment d’une victoire remportée pour de mauvaises raisons ?

– Faut-il souscrire à l’accord tacite, passé entre les pouvoirs et les organisations citoyennistes, ne remettant nullement en cause les fondamentaux, mais restant dans le cadre dicté par l’oligarchie : la gestion des nuisances, le marchandage de simulacres, la concertation – le mot fétiche pour ne pas dire l’acceptation –, l’oubli des causes premières au profit du fonctionnement, de la communication, de la reconnaissance ?

A mesure que la pépinière s’éclaircit, les questions laissent place aux rêveries. Les chants d’oiseaux portent en eux des refrains qui se cherchent…

Ça serait un jour du printemps, un jour quand on serait plus mort. Partout, ça ferait comme un chant jusque dans l’âme et dans le corps. L’ivresse et les écrans plasma avec facilités d’paiement, on pourrait vivre sans tout ça et s’offrir enfin du bon temps. On démissionn’rait des usines et des ministèr’s à croqu’-mort qui font turbiner les turbines et les supermarchés d’la mort. Jusque dans les tréfonds d’nos vies, partout ça sonn’rait l’angélus. On serait plus des engloutis. Un jour, on serait tant et plus, que dans les vill’s et les faubourgs, dans les campagn’s et les prairies, y aurait partout, jour après jour, inflation sur le goût d’la vie…

Allongé dans l’herbe, les yeux rêvant dans les nuages, je me laisse emporter par le chant. J’imagine un mouvement qui grandit, des appels à la prise du pouvoir, à commencer par le pouvoir de non-achat ! Quelle force nous avons là si, collectivement, nous savions en faire usage. Commencer par se mettre en grève des achats superflus et nuisibles…

– Ne plus être des compulsifs, des consommateurs qu’on somme de consumer le monde, en finir d’être des têtes de gondoles que d’autres se payent à moitié prix, en avoir soupé des vieilles lunes de la croissance, de la relance, du gagner plus…

– Ne pas prendre plus que notre part, parce qu’il y va de la vie des autres, parce que nous ne serons jamais ni repu(e)s, ni épanoui(e)s à vouloir toujours plus.

– Pourvoir à nos besoins essentiels par nous-mêmes, à l’échelle locale, faire une œuvre commune de nos paroles, retrouver la mémoire de nos mains, devenir artisans et, pourquoi pas, artistes de nos vies.

– Cesser de travailler à notre asservissement et à celui des autres.

– Refuser d’être des cibles, des données exploitées par les algorithmes. Ne plus se laisser réduire à des chiffres, à des comportements prévisibles et obéissants.

– Remplacer les détecteurs électroniques de fumée, de présence humaine, de bactéries dentaires indésirables, de frigo intelligent à remplir… par des détecteurs d’enfumage et de mensonges proférés par les marchands, les décideurs et les valets.

– Proclamer la nuit debout du 4 août avec, autour de la table, les oubliés de toujours, je veux parler des misérables que notre mode de vie décime, je veux ne pas oublier les animaux au supplice dans les bagnes industriels et tous ceux, toutes celles qu’on empoisonne, les vies humaines et non-humaines qui n’ont plus leur place sur la terre…

– Promulguer la Déclaration de nos droits et de nos devoirs.

Sans un coup de canon, des empires, que l’on croyait indestructibles, s’écrouleraient. Ce ne seraient plus seulement des gouttes d’eau que l’on verserait sur l’incendie. La fable tant de fois citée proposerait une autre version. C’est aux pyromanes en chef que l’on s’attaquerait. Leurs forfaits seraient très clairement dénoncés et des sanctions tomberaient. Ils cesseraient d’être des mécènes, des demi-dieux adulés. Nous nous passerions d’eux, enfin. Pour prendre une autre métaphore, nous fermerions le robinet au lieu d’éponger sans fin l’eau qui déborde de partout.

Le souffle serait tel qu’au lieu de relancer les flammes, il les éteindrait une à une.

Pris dans mes folles spéculations, je m’enflamme… Les questions de méthode se dissipent et une évidence s’impose : le mouvement se trouvera en marchant.

Retour sur la terre sacrée. Qui l’emportera de l’incendie ou du grand souffle de la vie ?

De jour en jour, ma pépinière n’en finit pas de grandir. Partout, la végétation s’épaissit, partout les arbres deviennent plus foisonnants. Ce matin, une nouvelle exhortation me vient, avec la renaissance du soleil…

Dès à présent, s’accroupir dans un arpent de jardin sauvage, regarder les millions de brins d’herbe et de gouttes de rosée qui font comme des soleils multipliés. S’imprégner de cette beauté-là et se découvrir millionnaire. Millionnaire en brins d’herbe et en constellations.

La beauté, l’étonnement, la gratuité, les racines de la vie… Gardons-les serrés sur notre cœur. Mais je sais que ces fortunes vous sont précieuses, ami(e)s des causes communes que je salue, dans les beaux jours du printemps.

Avis à ceux qui soutiennent encore les Verts (et Cormand)

Quand on aime, on ne compte pas. Aussi bien, je refuse de faire le tri parmi les lecteurs de Planète sans visa. Il s’en trouve nécessairement qui ont leur carte à Europe-Écologie-Les Verts, et je suis ravi de leurs visites ici. Ce qui suit ne leur fera pas forcément plaisir, mais on commence à me connaître, n’est-ce pas ?

Alors voilà. Une ribambelle de gentilles dames et de charmants damoiseaux se sont vendus à piètre prix au pouvoir en place : Placé bien sûr – qui n’aurait-il sacrifié en riant ? -, Emmanuelle Cosse – elle vante désormais dans les gazettes un impossible « Hollande écologiste » -, Barbara Pompili, qui ne s’arrêtera pas de sitôt sur la piste de sa dégringolade. Et puis, il y a tous les autres admirables, qui espéraient tant une récompense de la part des socialos : François de Rugy, François-Michel Lambert, Jean-Luc Bennahmias. Je dois dire sérieusement à tous merci. Le spectacle de leur reptation m’aura amené aux lèvres, et plus d’une fois, un rire que je dois qualifier de gargantuesque. On prétend sauver le monde et l’humanité, et puis on tend la sébile pour y récupérer un centime d’euro. C’est vraiment du bon théâtre.

Mais ce n’est pas de cela que je souhaitais vous parler. Je viens de lire un article du Nouvel Obs sur la destinée de plusieurs chefaillons des Verts depuis vingt-cinq ans, et bien qu’il soit médiocre, il m’a intéressé. Figurez-vous qu’on y parle du petit nouveau, David Cormand, promu secrétaire national d’EELV après le départ précipité de madame Cosse vers les ors ministériels. De vous à moi, je savais déjà Cormand apparatchik. Il fut l’homme de Placé – total respect -, puis celui de Duflot, ce qui suppose de grandes, fortes, belles et sincères convictions. En 2004, Cormand était déjà porte-flingue et il a joué un rôle intéressant dans le flingage politique de Gilles Lemaire, qui était en cette année-là le secrétaire national des Verts, et l’un des moins baroques. Que dit donc de lui l’Obs (n°2685, page 66) ? Je vous recopie mot pour mot la citation :

« Plus de dix ans après, Gilles Lemaire ne s’est pas remis de la “fraude massive” lors du vote interne au “pôle écolo”. Un graphologue avait même été convoqué pour constater la manœuvre. Dans son mail de démission, il la raconte par le menu et accuse David Cormand, le nouveau secrétaire national, de “crime contre la démocratie”. Rien que ça ». C’est entre les douces mains de David Cormand que ce parti indéfendable poursuit sa noble route. Les sacs vomitoires ne sont pas fournis.

Stéphane Le Foll et l’éternelle vérole des pesticides

Il y a neuf ans ces jours-ci, j’ai publié un livre avec mon ami François Veillerette (Pesticides, révélations sur un scandale français, chez Fayard). Il s’est étonnamment bien vendu, bien que je ne dispose d’aucun chiffre précis, arrêté. Entre 30 000 et 40 000 exemplaires, je crois. François comme moi sommes fiers de ce livre, qui nous a coûté pas mal de sueur. Je me souviens fort bien de notre rencontre avec celui qui allait devenir notre éditeur, Henri Trubert. Nous étions réunis un soir – d’hiver, me semble-t-il – dans son bureau : François bien sûr, Henri bien sûr, moi bien sûr, et Thierry Jaccaud, le rédacteur-en-chef de L’Écologiste, qui nous introduisait chez Fayard.

Je ne connaissais pas Henri, mais je lui ai parlé franchement. Faire un livre sur les pesticides ne nous convenait pas. Nous voulions le clash, l’accusation flamberge au vent, et même courir le risque d’un ou plusieurs procès. S’il ne sentait pas le projet – et ses risques -, eh bien, il n’avait qu’à le dire à ce stade, car notre détermination était totale. Il s’agissait pour nous de décrire un système en partie criminel. Nous citerions des noms, nous ne nous jouerions pas les gens bien élevés, car bien élevé, je ne l’étais pas. Je dis je, car je ne peux parler ici que de moi. Je ne suis réellement pas bien élevé.

En mars 2007, donc, le livre est sorti et il a fait du bruit et il a fait du bien. Encore aujourd’hui, je pense qu’il a marqué un territoire. Je doute qu’on puisse redescendre en-dessous et oublier, fût-ce une seconde, que les pesticides sont d’incroyables poisons chimiques de synthèse, imposés par des pouvoirs politiques aux ordres, faibles et stupides, inconscients. Et achetés ? Dans certains cas, j’en suis convaincu, bien que ne disposant pas des preuves qui valent devant un tribunal.

Six mois après la parution, le granguignolesque Grenelle de l’Environnement, décrété par un Sarkozy aussi manipulateur et limité qu’il a toujours été. J’ai fait la critique radicale de ce vilain show ici même, en temps réel – ce que je préfère, et de loin – et notamment parce qu’il a été le théâtre d’une farce atroce (ici). Les ONG présentes dans une commission s’étaient hâtées de triompher, car Borloo  venait d’annoncer la diminution de l’usage des pesticides de 50 % en dix ans. Avant que Sarkozy, dûment rappelé à l’ordre par la FNSEA, ne donne la bonne version de l’annonce : on diminuerait la consommation des pesticides de 50 % en dix ans, oui. Mais à la condition que cela soit possible. Et, ainsi qu’on a vu, cela n’a pas été possible.

J’ai critiqué à l’époque François Veillerette et son Mouvement pour les droits et le respect des générations futures (MDRGF), devenu Générations Futures. Je précise qu’il reste un ami cher, ainsi que Nadine Lauverjat, qui le seconde, et que j’embrasse au passage. Seulement, quelque chose ne tourne pas rond. La bagarre contre les pesticides, en France, passe par Générations Futures (ici), et elle est sur le point de devenir ridicule. Pourquoi ? Mais parce que la France s’est dotée en 2009 d’un plan Écophyto1, armé d’un budget de 40 millions d’euros par an. Il s’agissait comme à vu, à la suite du Grenelle, de diminuer de 50 % l’usage des pesticides d’ici 2018. Sans préciser d’ailleurs, preuve de la malhonnêteté intrinsèque du projet, s’il s’agissait d’un tonnage général, du poids de matière active, des pesticides jugés les plus inquiétants, etc.

Or donc, un flou dissimulant une embrouille. Les pesticides ne se sont jamais aussi bien portés chez nous. En 2013, augmentation de 9,2%. En 2014, de 9,4%. En 2015, on ne sait pas. Dans un monde un peu mieux fait, où l’on tiendrait l’argent public pour la prunelle de nos yeux à tous, les guignolos à la manœuvre auraient été chassés -restons poli – à coups de balai. Mais dans celui-ci, Stéphane Le Foll, notre ministre de l’Agriculture, a été autorisé à lancer le plan Écophyto2, avec 71 millions d’euros à claquer chaque année. Avec les mêmes acteurs, voyez-vous : les chambres d’agriculture, la FNSEA. La FNSEA ! Ces gens ne manquent pas d’un humour singulier, car qui est le patron de la FNSEA ? Xavier Beulin, gros céréalier de la Beauce, mais aussi P-DG de la holding agro-industrielle Avril (ils avaient honte de leur nom précédent, Sofiprotéol). Chiffre d’affaires d’Avril en 2014 : 6,5 milliards d’euros, dont une partie sous la forme de vente de …pesticides. Ah, ah, ah !

Le Foll. Si j’écrivais ce que je pense de cet homme, je passerais devant un tribunal, et j’y serais condamné. Ce serait justice, car on ne doit pas injurier quelqu’un, du moins publiquement. Que dire ? Cette créature de Hollande – il a été son factotum pendant onze années, quand notre bon président était Premier secrétaire du PS et en tirait les innombrables ficelles – est devenu salarié permanent du Parti socialiste dès 1991. Sans Hollande, il le serait resté. Avec lui, le voilà devenu ministre et porte-parole. On le voit à la télé. J’espère que cela lui plaît. Dans quatorze petits mois, tout sera en effet terminé.

Qui se souviendra de lui ? Moi. Le monsieur se donne des airs, et promeut en vaines paroles l’agro-écologie quand dans le même temps et par ses actes, il défend la Ferme des 1000 vaches et les pesticides. Les pesticides ? Eh oui ! Comme il a dealé – notez que le résultat politicien n’est pas fameux – avec la FNSEA de Beulin, il n’a plus rien à refuser à l’agro-industrie. Et d’ailleurs, il n’a pas hésité à envoyer une lettre aux députés. Lesquels discutaient ces jours-ci d’une éventuelle interdiction des pesticides néonicotinoïdes tueurs d’abeilles dans le cadre de la Loi Biodiversité. Dans cette lettre – quelle fourberie, quand même ! – il demandait aux élus de ne surtout pas voter cette interdiction. Laquelle a finalement été obtenue de justesse, avec prise d’effet en 2018.

Voilà en tout cas la situation, et elle est insupportable. Le Foll est un pur et simple bureaucrate du PS, qui fait où on lui dit de faire. Mais le charmant garçon, comme tant d’autres aussi valeureux que lui, aimerait en plus qu’on l’aime. Eh bien, pas ici. Ni aujourd’hui ni jamais. Comme on disait et comme on ne dit plus : il a choisi son camp. Et c’est celui des salopards. Dernière interrogation : l’association Générations Futures ne gagnerait-elle pas à se poser de nouvelles questions ? Quand un combat si ardent échoue d’une manière aussi totale, je crois que le moment est venu de la remise en cause. Comment faire reculer vraiment le poison des pesticides ? Comment ne pas demeurer l’alibi d’un système prompt à tout digérer au profit de son équilibre final ? Oui, que faire ?