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La nature regagne ses droits (La Nouvelle-Zélande au Panthéon)

Ceci est un article que j’ai écrit pour Charlie, publié dans le numéro 1288. J’en suis spécialement heureux.

La fin du monde pour les adeptes de la raison courte. En Nouvelle-Zélande, un fleuve considéré comme sacré par les Maoris, vient de se voir accorder des droits réservés aux humains. Probablement le début d’une remise en cause planétaire de la toute-puissance d’Homo sapiens. Demain les animaux ? Demain les arbres ?

 

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C’est la révolution, et c’est pas tous les jours dimanche. Sur décision du Parlement, le fleuve néo-zélandais Whanganui – Te Awa Tupua en langue maori – est désormais une entité vivante, dont les droits sont les mêmes que ceux d’un humain. Deux avocats veilleront sur ses intérêts et pourront les défendre en tant que tels devant les tribunaux.

Le Whanganui et ses rives, jusqu’au Mont Tongariro, sont tenus pour sacrés par les Maoris, premiers habitants connus de l’île. Jacinta Ruru, professeur de droit, Maori elle-même, résume ainsi l’importance de l’affaire : « La manière dont interagissons avec le monde change, d’autant plus avec le changement climatique. Et cette idée de personnalité légale du fleuve place l’environnement à la fois devant, et au centre ».

On trouvera facilement des critiques de cette décision, des ricaneurs et même des indignés. Serait-on plongé dans une horrible régression animiste ? En ce cas, la tendance est lourde, car la Cour suprême de l’état de l’Uttarakhand, au nord de l’Inde, vient elle aussi d’accorder des droits, jusqu’ici réservés aux hommes, à un fleuve sacré, le Gange et à l’un de ses affluents, la Yamuna. De la même manière qu’en Nouvelle-Zélande, les juges ont désigné des responsables légaux, qui pourront défendre le droit à la vie de ces deux cours d’eau, parmi les plus pollués au monde. 500 millions d’Indiens vivent dans le bassin du Gange.

Où va-t-on ? Fort loin à coup sûr, vers un territoire encore inconnu. Verra-t-on naître, parallèlement à ces fracassantes nouveautés, une Déclaration universelle des devoirs de l’homme ? Dans tous les domaines de la vie, la science (re)met en cause ce qu’on croyait acquis pour l’éternité : l’irréductible singularité du genre humain. Et c’est particulièrement vrai en éthologie, qui démontre chaque jour un peu plus à quel point les animaux nous ressemblent.

Un Pascal Picq, paléoanthropologue réputé, s’interroge depuis plus de vingt ans sur ce que serait le « propre de l’homme », n’hésitant pas, depuis cette époque, à envisager d’accorder des droits humains aux grands singes, présentés comme des frères. Plus près de nous, l’éthologue néerlandais Frans de Waal se pose les mêmes questions, et y répond avec plus d’audace encore. Dans son dernier livre en Français, Sommes-nous trop « bêtes » pour comprendre l’intelligence des animaux ? (Les liens qui libèrent, 2016), il constate la consternante pauvreté du regard que nous portons sur les bêtes.

Ce qui saute aux yeux de grands savants comme Waal, c’est que ces dernières sont intelligentes. L’animal est capable d’utiliser des outils, d’apprendre le langage des signes, de lire des symboles, de distinguer les couleurs et les matières. Mieux encore, il éprouve des sentiments qu’on pensait exclusivement humains, comme l’empathie, et peut mobiliser parfois une mémoire plus puissante que celle du mieux doté des hommes. On ne parle pas là de tous les animaux, évidemment. Mais ces merveilles ne sont pas réservées aux seuls Chimpanzés ou Bonobos. Même si ces derniers ont démontré de prodigieuses capacités à pacifier les relations entre individus par le sexe.

Ainsi, la pie se reconnaît dans un miroir. Le poulpe déplace des coquilles de noix de coco pour se cacher au-dedans. Le crocodile assemble des branchages pour mieux piéger des proies. Le corbeau utilise une branchette pour s’emparer de chenilles coincées dans l’écorce d’un arbre.

Et justement, l’arbre. De nouvelles connaissances sont en train de bouleverser une relation qu’on croyait immobile entre eux et nous. Le livre du forestier Peter Wohleben, La vie secrète des arbres (publié en France par Les Arènes), fait un tabac en Allemagne, où il se rapproche du million d’exemplaires vendus. Et il est d’ores et déjà traduit en 32 langues. Or que nous raconte-t-il, sur la base d’études scientifiques concordantes ? Que les arbres parlent, à leur manière bien sûr. Qu’ils ont des échanges chimiques avec ceux qui les entourent. Qu’ils souffrent, qu’ils se soignent et se chérissent. Qu’ils préfèrent une vie familiale à l’horrible solitude que leurs imposent les forestiers productivistes. Mais avant tout, ils sont lents. Et comme nous vouons un culte imbécile et suicidaire à la vitesse, comment pourrions-nous comprendre leur être ? Demain, des droits pour les arbres et les forêts ?

Mais revenons-en aux rivières. Les Grecs anciens, qui n’étaient pas nécessairement plus cons que nous, avaient fait des fleuves et des rivières des dieux, les Potamoi. Hésiode, dans sa Théogonie d’il y a 2700 ans, en dénombre 3 000, enfantés par Téthys et Océan, dont le Strymôn, le Méandre et l’Istros. Peut-être est-ce la bonne direction. Car si l’on considère comme sacrée une rivière, il devient criminel d’y jeter sa merde. La solution est là, sous nos yeux : il ne s’agit plus de dépolluer, mais de ne plus jamais polluer. Ce qui obligerait à penser des process industriels, commerciaux, domestiques nouveaux, dont les principes de base interdiraient tout rejet toxique dans un cours d’eau. Mais que diraient Veolia et Suez ? Et leurs si nombreux amis de la politique ?

Trump fait monter le prix du somnifère

 

Amis lecteurs, trumpistes et non-trumpistes, je vous livre ci-dessous le billet que j’ai écrit vers 14 heures pour le site de Charlie, et qui y est encore visible. Il est court, comme vous verrez, et ne contient donc pas les méandres habituels de ma pensée. Mais enfin, il dit quelque chose que je pense. J’en ai réellement marre des  sérénades et des lamentations. Je viens de lire un papier de Reporterre, dont le titre m’a fait sursauter : « Trump, candidat de l’anti-écologie ». Par Dieu, Clinton ne l’était-elle pas, elle qui était la candidate des transnationales, moteur essentiel de la crise climatique ? Comme je suis fatigué, je ne vais pas plus loin. Mais mon point de vue essentiel, le voici : nous avons grand besoin d’un point de vue écologiste sur la marche du monde. Indépendant des modes, des truismes, des habitudes de pensée. C’est urgent, cela brûle même. Assez de jérémiades : Trump est ce qu’il est, mais Clinton tout autant. Au passage, la question du Tafta – et du Ceta – est un sujet-clé, car son sabordage rendrait un immense service à nous tous. Allez-y de vos commentaires.

 


Le billet de Charlie sur son site :

 

Comme il n’est pas encore intronisé, ce ne peut être considéré comme injure à chef d’État : Trump est un gros empaffé, et le restera. Dans le domaine si décisif de la crise écologique, il va probablement frapper très fort. Ainsi qu’on sait peut-être, il ne croit pas au dérèglement climatique, ce qui risque quand même de plomber l’ambiance à Marrakech, où se déroule en ce moment le 22e épisode des sommets climatiques internationaux. Royal et Fabius passeront moins à la télé.

Répétons : ce gros empaffé – bis – n’en a rien à foutre de rien. Mais est-ce bien une raison pour tout à fait regretter Clinton ? Cette si Grande Dame, défendue par tant de si Braves Gens, était pieds et poings liés au pied du big business américain et se demandait ces derniers temps comment se tirer du bourbier du Tafta, ce projet de traité commercial avec l’Europe. La pauvrette était coincée entre, d’un côté, ses supporters des transnationales et, de l’autre, la révolte de plus en plus vive d’une Amérique qui ne croit plus à la mondialisation.

Trump, ce gros empaffé – ter -, vole au secours des altermondialistes et, s’il tient parole, flinguera le Tafta à la hache et au couteau, comme il aimerait faire avec les Mexicains et les musulmans. Est-ce à dire, docteur, qu’on a mal au fion et qu’il n’y a pas de remède ? Certains jours, oui. Certains matins, on ferme les volets, on se bouffe un somnifère et on oublie le monde.

Ces « écologistes » qui flinguent les peuples

Paru dans Charlie y a pas longtemps

Le WWF et deux autres structures du même genre sont accusés par l’ONU de préférer la « protection » des réserves à la protection des humains. Patron du WWF en France ? Un ancien ministre de Hollande, Pascal Canfin.

Franchement, les boules. Je ne savais pas qu’il existe un Rapporteur spécial des Nations unies sur les droits des populations autochtones. En l’occurrence, une : Victoria Tauli-Corpuz. Cette fille appartient à un peuple des Philippines qu’on appelle Igorot, et c’est une combattante. Elle a notamment aidé des paysans pauvres, du temps de ce salaud de Ferdinand Marcos, à bagarrer contre un projet de barrage sur la rivière Chico, finalement abandonné en 1980.

Si je parle de cela, c’est que Tauli-Corpuz est une véritable écologiste, ce qui donne tout son sens à ce qui suit. Un congrès de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) vient de s’achever à Hawaï et la dame en a profité pour lâcher une bombe : d’importantes associations de protection de la nature violent allègrement les droits des peuples autochtones et soutiennent divers projets qui aboutissent à chasser de leurs terres ancestrales des populations pauvres. Qui finissent – c’est moi qui le précise – au bordel ou dans les bidonvilles. Tout cela, bien entendu, au nom de la protection des écosystèmes.

Tauli-Corpuz n’a cité aucun nom au cours de son intervention, mais a confié en marge qu’elle visait dans son rapport à l’ONU, non encore publié, trois grandes boutiques : Wildlife Conservation Society (WCS), Conservation International (CI) et le WWF. L’affaire n’est pas exactement nouvelle, et j’en ai déjà parlé ici, mais il faut y revenir. En 2004, la prestigieuse revue américaine WorldWatch publiait un article renversant (1), sous le titre : « Un défi pour les conservationnistes ».

L’auteur, Mac Chapin, y montrait ce que sont devenues les grands business de la protection de la nature, dont le WWF et Conservation International. Si le mot business s’impose, c’est que ces transnationales brassent des centaines de millions d’euros par an, et qu’elles sont cul et chemise avec la grande industrie et les États les plus corrompus de la planète. Leurs pontes, payés dans les 400 à 500 000 euros par an, vivent d’ailleurs comme des PD-G.

Chapin rappelle au passage que la presse mexicaine, il y a près de quinze ans, a accusé les bonnes gens de Conservation International de vouloir faire expulser par les flics locaux des Indiens vivant dans la forêt Lacandone. Dans le Chiapas, dans l’épicentre de la révolte zapatiste contre Mexico ! Le texte de Chapin a fait à l’époque grand bruit, et puis a été oublié.

Plus près de nous, si j’ose écrire, l’association Survival attaque depuis des années le WWF, documents à l’appui, et l’accuse de financer au Cameroun des brigades qui s’en prennent aux Pygmées baka. Survival : « Les Baka n’ont ni consenti à la création de zones protégées sur leur territoire, ni accepté les lois qui les criminalisent et les assimilent à des braconniers parce qu’ils chassent pour se nourrir. Ils subissent harcèlement, coups et torture et nombreux sont ceux qui dénoncent des morts parmi eux ».

C’est d’autant plus dingue et rageant que de nombreux travaux démontrent que les peuples autochtones sont les mieux placés pour protéger les territoires dont ils tirent leur subsistance. Ceux qui détruisent à coup de bull et de tronçonneuses sont justement les copains des « conservationnistes ». Lesquels ont visiblement pris des cours de com, car le patron du WWF, Marc Lambertini a aussitôt déclamé : « Le rapport de madame Tauli-Corpuz est un importante contribution à l’avancée des bonnes pratiques en matière de droits des autochtones ». Et tous d’affirmer la main sur le cœur que les cas dénoncés sont « de la vieille histoire ». Tauli-Corpuz, qui n’est pas née de la dernière pluie, assure de son côté que tout continue comme avant sur le terrain.

Le directeur du WWF en France est l’ancien sous-ministre Pascal Canfin, en charge du « développement » entre 2012 et 2014. Je lui rappelle que l’Agence française de développement (AFD), dont il avait la tutelle, a financé en Éthiopie l’un des barrages sur l’Omo, qui a détruit la vie de milliers de Daasanach et de Muguji. On peut donc parler de continuité.

(1) worldwatch.org/system/files/EP176A.pdf

Une pétition, car tout arrive

Je ne signe jamais une pétition, car toutes me font rire. Je ne signe jamais, sauf quand un ami me le demande. Et je n’aurais pu refuser cela à François de Beaulieu, de Bretagne Vivante. Mais l’ayant signé, je ne pouvais pas quand même pas me planquer. Vous la trouverez donc ci-dessous, et je vous invite à faire comme moi. Pour deux raisons : Notre-Dame-des-Landes, et Notre-Dame-des-Landes.

Un, respecter la loi que les gougnafiers au pouvoir – hier, demain, après-demain – ont eux-mêmes votée me semble un minimum. Deux, vous n’ignorez pas que samedi prochain 8 octobre aura lieu un immense rassemblement contre le si funeste aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Sur place bien sûr. Je ne doute pas que vous serez tous là, physiquement ou en pensée. Il est impérieux de rappeler à tous les Valls du paysage que cette affaire est progressivement devenue sacrée. Leur monde ou le nôtre. Pour ma part, je suis prêt au combat. On sort du simulacre.

Ci-dessous, la pétition. Son texte est ici en ligne : https://www.change.org/p/monsieur-le-pr%C3%A9fet-de-loire-atlantique-respect-des-esp%C3%A8ces-prot%C3%A9g%C3%A9es-%C3%A0-notre-dame-des-landes


Rappel à la Loi : Respect des espèces protégées à Notre-Dame-des-Landes

À partir de janvier 2013, le collectif des Naturalistes en lutte a réalisé un inventaire méthodique de la biodiversité de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Composé d’experts naturalistes de toutes les disciplines il a montré de manière incontestable et incontestée les insuffisances des études officielles. Il a, en particulier, permis de découvrir quatre espèces animales et végétales protégées qui n’avaient pas été observées par les bureaux d’études missionnés par les promoteurs du projet. En lien avec toutes les grandes associations de protection de la nature, le collectif a transmis au Préfet de Loire-Atlantique l’ensemble des éléments permettant de vérifier la présence de ces quatre espèces protégées qui, comme les autres, doivent réglementairement faire l’objet d’une étude écologique et d’une procédure administrative complète préalable à d’éventuels travaux d’aménagement.

Les promoteurs du projet et particulièrement les élus qui le commanditent et qui font sans cesse référence à la loi et à la chose jugée pour le justifier ne peuvent passer outre ces découvertes qui ne font que souligner l’insuffisance des études qu’ils ont menées et qui sont pourtant censées valider la destruction des espaces naturels de la ZAD.

Avec Fabrice Nicolino, Nicolas Hulot, Allain Bougrain-Dubourg et les Naturalistes en lutte, les soussignés demandent simplement le respect de la loi sur la protection de la nature et que monsieur le Premier ministre, madame la Ministre de l’Écologie, monsieur le Préfet de Loire-Atlantique, monsieur le Directeur général de Vinci mettent en place toutes les procédures légalement prévues. Si l’État ne fait pas respecter cette loi, qui le fera ?

Cette pétition sera remise à:

  • Monsieur le Préfet de Loire-Atlantique

Stéphane Le Foll et l’éternelle vérole des pesticides

Il y a neuf ans ces jours-ci, j’ai publié un livre avec mon ami François Veillerette (Pesticides, révélations sur un scandale français, chez Fayard). Il s’est étonnamment bien vendu, bien que je ne dispose d’aucun chiffre précis, arrêté. Entre 30 000 et 40 000 exemplaires, je crois. François comme moi sommes fiers de ce livre, qui nous a coûté pas mal de sueur. Je me souviens fort bien de notre rencontre avec celui qui allait devenir notre éditeur, Henri Trubert. Nous étions réunis un soir – d’hiver, me semble-t-il – dans son bureau : François bien sûr, Henri bien sûr, moi bien sûr, et Thierry Jaccaud, le rédacteur-en-chef de L’Écologiste, qui nous introduisait chez Fayard.

Je ne connaissais pas Henri, mais je lui ai parlé franchement. Faire un livre sur les pesticides ne nous convenait pas. Nous voulions le clash, l’accusation flamberge au vent, et même courir le risque d’un ou plusieurs procès. S’il ne sentait pas le projet – et ses risques -, eh bien, il n’avait qu’à le dire à ce stade, car notre détermination était totale. Il s’agissait pour nous de décrire un système en partie criminel. Nous citerions des noms, nous ne nous jouerions pas les gens bien élevés, car bien élevé, je ne l’étais pas. Je dis je, car je ne peux parler ici que de moi. Je ne suis réellement pas bien élevé.

En mars 2007, donc, le livre est sorti et il a fait du bruit et il a fait du bien. Encore aujourd’hui, je pense qu’il a marqué un territoire. Je doute qu’on puisse redescendre en-dessous et oublier, fût-ce une seconde, que les pesticides sont d’incroyables poisons chimiques de synthèse, imposés par des pouvoirs politiques aux ordres, faibles et stupides, inconscients. Et achetés ? Dans certains cas, j’en suis convaincu, bien que ne disposant pas des preuves qui valent devant un tribunal.

Six mois après la parution, le granguignolesque Grenelle de l’Environnement, décrété par un Sarkozy aussi manipulateur et limité qu’il a toujours été. J’ai fait la critique radicale de ce vilain show ici même, en temps réel – ce que je préfère, et de loin – et notamment parce qu’il a été le théâtre d’une farce atroce (ici). Les ONG présentes dans une commission s’étaient hâtées de triompher, car Borloo  venait d’annoncer la diminution de l’usage des pesticides de 50 % en dix ans. Avant que Sarkozy, dûment rappelé à l’ordre par la FNSEA, ne donne la bonne version de l’annonce : on diminuerait la consommation des pesticides de 50 % en dix ans, oui. Mais à la condition que cela soit possible. Et, ainsi qu’on a vu, cela n’a pas été possible.

J’ai critiqué à l’époque François Veillerette et son Mouvement pour les droits et le respect des générations futures (MDRGF), devenu Générations Futures. Je précise qu’il reste un ami cher, ainsi que Nadine Lauverjat, qui le seconde, et que j’embrasse au passage. Seulement, quelque chose ne tourne pas rond. La bagarre contre les pesticides, en France, passe par Générations Futures (ici), et elle est sur le point de devenir ridicule. Pourquoi ? Mais parce que la France s’est dotée en 2009 d’un plan Écophyto1, armé d’un budget de 40 millions d’euros par an. Il s’agissait comme à vu, à la suite du Grenelle, de diminuer de 50 % l’usage des pesticides d’ici 2018. Sans préciser d’ailleurs, preuve de la malhonnêteté intrinsèque du projet, s’il s’agissait d’un tonnage général, du poids de matière active, des pesticides jugés les plus inquiétants, etc.

Or donc, un flou dissimulant une embrouille. Les pesticides ne se sont jamais aussi bien portés chez nous. En 2013, augmentation de 9,2%. En 2014, de 9,4%. En 2015, on ne sait pas. Dans un monde un peu mieux fait, où l’on tiendrait l’argent public pour la prunelle de nos yeux à tous, les guignolos à la manœuvre auraient été chassés -restons poli – à coups de balai. Mais dans celui-ci, Stéphane Le Foll, notre ministre de l’Agriculture, a été autorisé à lancer le plan Écophyto2, avec 71 millions d’euros à claquer chaque année. Avec les mêmes acteurs, voyez-vous : les chambres d’agriculture, la FNSEA. La FNSEA ! Ces gens ne manquent pas d’un humour singulier, car qui est le patron de la FNSEA ? Xavier Beulin, gros céréalier de la Beauce, mais aussi P-DG de la holding agro-industrielle Avril (ils avaient honte de leur nom précédent, Sofiprotéol). Chiffre d’affaires d’Avril en 2014 : 6,5 milliards d’euros, dont une partie sous la forme de vente de …pesticides. Ah, ah, ah !

Le Foll. Si j’écrivais ce que je pense de cet homme, je passerais devant un tribunal, et j’y serais condamné. Ce serait justice, car on ne doit pas injurier quelqu’un, du moins publiquement. Que dire ? Cette créature de Hollande – il a été son factotum pendant onze années, quand notre bon président était Premier secrétaire du PS et en tirait les innombrables ficelles – est devenu salarié permanent du Parti socialiste dès 1991. Sans Hollande, il le serait resté. Avec lui, le voilà devenu ministre et porte-parole. On le voit à la télé. J’espère que cela lui plaît. Dans quatorze petits mois, tout sera en effet terminé.

Qui se souviendra de lui ? Moi. Le monsieur se donne des airs, et promeut en vaines paroles l’agro-écologie quand dans le même temps et par ses actes, il défend la Ferme des 1000 vaches et les pesticides. Les pesticides ? Eh oui ! Comme il a dealé – notez que le résultat politicien n’est pas fameux – avec la FNSEA de Beulin, il n’a plus rien à refuser à l’agro-industrie. Et d’ailleurs, il n’a pas hésité à envoyer une lettre aux députés. Lesquels discutaient ces jours-ci d’une éventuelle interdiction des pesticides néonicotinoïdes tueurs d’abeilles dans le cadre de la Loi Biodiversité. Dans cette lettre – quelle fourberie, quand même ! – il demandait aux élus de ne surtout pas voter cette interdiction. Laquelle a finalement été obtenue de justesse, avec prise d’effet en 2018.

Voilà en tout cas la situation, et elle est insupportable. Le Foll est un pur et simple bureaucrate du PS, qui fait où on lui dit de faire. Mais le charmant garçon, comme tant d’autres aussi valeureux que lui, aimerait en plus qu’on l’aime. Eh bien, pas ici. Ni aujourd’hui ni jamais. Comme on disait et comme on ne dit plus : il a choisi son camp. Et c’est celui des salopards. Dernière interrogation : l’association Générations Futures ne gagnerait-elle pas à se poser de nouvelles questions ? Quand un combat si ardent échoue d’une manière aussi totale, je crois que le moment est venu de la remise en cause. Comment faire reculer vraiment le poison des pesticides ? Comment ne pas demeurer l’alibi d’un système prompt à tout digérer au profit de son équilibre final ? Oui, que faire ?