Archives mensuelles : août 2006

Biocarburants : un barrage contre le Pacifique

(Bretagne Vivante n°11, 2006)

Vous qui avez tant aimé les pesticides, vous adorerez sans peine les biocarburants. Il s’agit d’une farce grandiose, un brin tragique, mais il faut reconnaître qu’elle est très bien mise en scène. Soit pour commencer une humanité shootée comme jamais au pétrole. Soit ensuite une peur croissante et justifiée du vaste dérèglement climatique en cours. Soit enfin une curieuse coalition de gens honnêtes et de margoulins qui prétendent avoir (re) découvert la pierre philosophale.

Bon sang, mais c’est bien sûr ! Si l’on plante massivement du colza, de la betterave et du tournesol – dopés comme il se doit, avec ce que vous savez -, plus aucune friche en France, des débouchés assurés, des paysans heureux, des automobilistes au paradis. Les biocarburants sont en effet un miracle capable de changer le végétal en carburant, en recrachant au total infiniment moins de carbone que les combustibles classiques. Roulez jeunesse, en avant comme avant !

Hum. Premier très léger problème : est-il acceptable de planter des céréales, dans un monde qui a faim, pour faire rouler une bagnole ? Deuxième ennui, à peu près dérisoire : les biocarburants sont en train d’achever les dernières forêts tropicales de la planète. Car voyez-vous, tandis qu’on amuse chez nous le chaland avec des arguments de pure propagande, d’autres au Sud ont compris les leçons que le Nord dispense depuis si longtemps. Comme il y a un marché florissant pour l’éthanol et ses petits camarades, des pays comme la Malaisie, l’Indonésie, et demain le Brésil sont bien décidés à l’occuper.

Comment ? Mais en plantant partout des palmiers à huile ou du soja, qui sont de remarquables matières premières pour les biocarburants. Selon une étude fouillée de l’association internationale Friends of the Earth, 87 % de la déforestation en Malaisie, de 1985 à 2 000, serait due aux plantations de palmiers à huile. La ruée vers l’or vert !
Pour nous, qui ne voulons en aucun cas renoncer à la voiture individuelle, c’est parfait. Roulons tous à l’éthanol, et vive la liberté ! Le rite magique durera ce qu’il pourra durer. Au fait, à quoi sert un barrage contre le Pacifique ?