Archives mensuelles : mars 2009

Scott Reuben, héros de notre époque

Sommes-nous bien protégés contre les maladies ? Mais bien sûr ! Pensez aux dizaines de milliards de dollars engloutis dans la recherche pharmaceutique ! Et je ne parle pas de la publicité, des cadeaux constamment offerts aux médecins, dont ces voyages prétendument séminaires dans les destinations les plus exotiques qui soient. Oui, nous sommes protégés par des milliers de sauveteurs, qui ne songent qu’au bien-être universel.

Dont certains appartiennent par bonheur à la transnationale Pfizer, leader mondial de la pharmacie. Fondé en 1851 aux Etats-Unis, le groupe s’est étendu au reste du monde après 1950 et compte aux alentours  de 100 000 salariés. Avant la crise boursière commencée à l’automne 2008, sa capitalisation frôlait les 220 milliards de dollars américains. Même le monde des animaux n’est pas inconnu du grand philanthrope. Pfizer est également numéro 1 mondial du médicament vétérinaire. Une bonne adresse.

Mais le 14 mars 2009, par une absurde inversion de tous les signes convenus, un événement inouï se produit aux Etats-Unis, la mère patrie de Pfizer. Madame Jane Albert, porte-parole du Baystate Medical Center de Springfield dévoile une fraude géante dans les travaux d’un des plus célèbres anesthésistes du pays, Scott Reuben. Reuben ! Le grand, l’immense Reuben ! Celui qui a écrit des dizaines d’articles sur l’analgésie dite « multimodale », pour soigner les douleurs post-opératoires. L’habitué des revues médicales les plus prestigieuses, comme Journal of Clinical Anesthesia, Anesthesiology, Anesthesia and Analgesia, toutes dotées de comités de lecture rigoureux !

Aussitôt appelé le « Le Madoff de la recherche médicale »  (ici), Reuben trafiquait en réalité depuis de longues années. Ses études étaient bidonnées, ses essais inventés, ses malades n’ont pas existé. Mais il était le roi, et comme tel choyé par tous. Depuis qu’il est à terre, les langues se délient, et l’un de ses collègues s’étonne aujourd’hui, mais un peu tard, que Reuben, en quinze ans de « travaux » sur la douleur, n’ait jamais obtenu que des résultats positifs.

Donc un truand. Et alors ? Et alors Pfizer. Cette noble entreprise a été le principal sponsor des « études » Reuben depuis 2002 et l’a payé, car il passe bien à la télé, pour vanter en public la qualité de médicaments Pfizer provenant directement des « recherches » Reuben. Bien entendu, on peut toujours croire que la bonne foi de Pfizer a été prise en défaut. Mais pas si vite. En 2004 déjà, la transnationale a été condamnée à payer 430 millions de dollars pour la promotion de la gabapentine. Ce médicament, destiné à l’épilepsie, était commercialisé, sans indications étayées, pour la douleur, les troubles psychiatriques, la migraine.

Par ailleurs, dans un article publié en septembre 2008 dans la revue Jama (Industry-Sponsored Clinical Research. A Broken System, Jama. 2008;300(9):1069-1071.), Marcia Angell, professeure à Harvard, décrit un système devenu incontrôlable. Incontrôlable par nous. Voici le début de ce texte éclairant : « Au cours des deux dernières décennies, l’industrie pharmaceutique a acquis un contrôle sans précédent sur l’évaluation de ses propres produits. Les firmes pharmaceutiques financent désormais la plupart des recherches cliniques sur les médicaments d’ordonnance. Et les preuves qui s’accumulent indiquent qu’elles falsifient fréquemment la recherche qu’elles sponsorisent ».

Ce n’est déjà pas mal. Voici la suite : « Compte tenu des conflits d’intérêts qui imprègnent la démarche de recherche clinique, il n’est pas surprenant d’apprendre qu’il existe des preuves solides du fait que les résultats de la recherche sponsorisée par les firmes sont favorables aux médicaments des commanditaires. Cela s’explique d’une part par la non publication des résultats défavorables, et d’autre part par le fait que les résultats favorables font l’objet de publications répétées, sous forme à peine différente. Sans parler de la réécriture qui fait paraître sous un jour favorable même des résultats négatifs de la recherche sur un médicament ». Le texte complet en français est consultable en cliquant ici.

J’ai beau chercher une morale à cette histoire, je n’en vois guère. Ou bien, toujours et encore, ce constant appel à la révolte que je prêche ici ou ailleurs. Quand je pense que certains me reprochent mes attaques contre le mouvement écologiste officiel et médaillé ! Je crois que nous ne vivons pas dans le même monde. J’en suis sûr.

Ze zont des bêtes moins mauvaizes qu’on le dit (Charlemagne Tricotin)*

 Je connais un peu, un tout petit peu Sylvie Cardona, de l’association Aves France (ici). En voilà, une véritable association écologiste ! Je pique ce matin à Sylvie un article qu’elle a écrit sur le loup. Un mot personnel : perpétuellement sur la défensive, s’excusant de demander pardon, le mouvement officiel de protection de la nature n’a jamais été capable de lancer une vraie campagne populaire en faveur du loup, ce frère capital. Capital, car tant que nous n’obtiendrons pas un succès éclatant pour ce mal-aimé, nous ne gagnerons rien d’important ailleurs. Le loup est une frontière mentale. Le loup est un choc anthropologique à lui tout seul. Sur ce, le texte de Sylvie Cardona.

Régulation du loup : le début de la fin ?

Nouvelle provocation ou premiers signes d’une capitulation de l’Etat ? Les chasseurs de Haute-Savoie demandent un plan de chasse pour le loup. L’animal bénéficie du statut d’espèce protégée et ses effectifs n’ont pas atteint le seuil qui permettrait de le tirer d’affaire. Comme d’habitude, les chasseurs veulent ajouter une espèce à leur (longue) liste d’animaux-gibiers sans se préoccuper de cette biodiversité si fragile que nous devons protéger. L’exception française sans doute…

La biodiversité « à visage humain » a décidément de nombreux partisans. Dans un article du Dauphiné, la fédération des chasseurs de Haute-Savoie réclame à terme, et entre autres, un plan de chasse loup. Le loup abattu par un chasseur au Petit-Bornand a bien évidemment été l’élément catalyseur. Malgré la faiblesse des effectifs du loup en France, les chasseurs demandent à être associés aux tirs de défense et d’effarouchement et une décentralisation au préfet des autorisations de tir. Leur principal argument est de pouvoir ainsi désamorcer le conflit qui opposent le loup (et ses défenseurs) aux éleveurs (mieux vaut tirer quelques loups de temps en temps que de laisser faire les braconniers…).

Les tirs en hiver sont également réclamés. Au début du mois de mars, la secrétaire d’Etat à l’Ecologie avait pourtant refusé d’accéder à cette demande. Les chasseurs évoquent également un nombre de loups élevé – et non vérifié – et la possibilité que les animaux dévorent entre 450 et 700 chamois par an. Après ce carnage, les loups s’en prendraient bien évidemment aux troupeaux. On a peine à croire qu’un tel tissu d’inepties puissent être proférées. Néanmoins, et suite aux innombrables cadeaux faits par le gouvernement aux chasseurs, les associations de protection de la nature devraient rester vigilantes sur le dossier.

En l’état actuel de la population de loups et de la protection juridique dont jouit canis lupus, il ne saurait être question d’envisager de réguler les loups et d’autoriser des plans de chasse. De même que les tirs d’effarouchement et de défense sont soumis à un protocole précis, il serait dangereux de confier de plus larges pouvoirs au préfet. Par ailleurs, et malgré la bonne volonté de la plupart, certains éleveurs rechignent toujours à mettre en place la batterie de moyens de protection pour les troupeaux. Elus locaux, chasseurs et éleveurs aiment également à distiller les discours alarmistes et trompeurs sur le loup auprès des populations locales. De gros efforts restent à fournir pour informer la population sur la biologie et le comportement du loup. Et une certaine presse locale est particulièrement responsable de la mauvaise image véhiculée par les anti-loups, ce qui n’arrange rien.

Petit rappel : le projet de nouveau protocole (plan loup 2008-2012) prévoit de renforcer les pouvoirs du préfet, sur qui repose une série de décisions et de possibilités d’interprétations en matière de tirs de défense comme de tirs de prélèvements. Le préfet pourrait également décider des armes utilisables pour les tirs de défense, alors que ce choix relevait jusqu’à présent du niveau national. De même que lors de la réunion de janvier 2009, la Fédération Nationale des Chasseurs a rappelé l’incompatibilité entre prédateurs et élevage en l’absence de régulation et la demande de la mise en œuvre d’un quota par massif…

AVES FRANCE réitérera aussi souvent que cela sera nécessaire, auprès des autorités compétentes, son opposition à une régulation du loup. Nous nous étions prononcés contre les tirs de défense accordés aux éleveurs, craignant que cela ne prépare la voie à une régulation du loup. La pression se fait sentir depuis un bon moment déjà, ces tirs de défense ne satisfaisant pas les éleveurs. Malgré que les pertes dues au loup ne représentent qu’une petite partie en comparaison des attaques de chiens errants, des dérochements dus aux orages et surtout au regard de la crise de la filière ovine, chasseurs et éleveurs sont prompts à demander une limitation des populations de loups, espérant ainsi garder la montagne sous contrôle. A quand des parcs de vision où loups (stérilisés et tatoués) et touristes pourront déambuler, sans gêner ainsi les troupeaux et les chasseurs ?

Sylvie Cardona

* Le titre est tiré d’un roman en tout point délicieux, Un loup est un loup, par Michel Folco (Le Seuil)

En être ou pas (sur la grève)

Je me prépare à rejoindre le vaste cortège parisien des grévistes de ce 19 mars 2009. Je ne peux rien écrire contre ce mouvement, surtout parce qu’il s’oppose à un gouvernement indécent, même obscène. Et imbécile par surcroît. Mais je ne peux rien avancer en sa faveur. C’est ainsi.

Au-delà des revendications de toujours, qui seront comme toujours matérielles, je pense à l’eau, dont personne ne parlera. Gérard Borvon, un écologiste sincère de Bretagne, m’a envoyé un lien qui le désole autant que moi. Je vous le redonne (ici).Vous savez comme moi qu’un Forum mondial de l’eau se tient en ce moment en Turquie, en présence de ministres de 120 pays, de scientifiques, d’écologistes et de milliers de flics.

D’ici 2030, il n’y a plus aucun doute qu’au moins la moitié de la population humaine vivra dans des zones dites de « stress hydrique ». N’importe quel esprit normalement constitué sait que ces pénuries essentielles déclencheront de terribles violences, des guerres inédites. Mais les manifestants de ce 19 mars 2009 n’en parleront pas. Comme ils se tairont sur le crime barbare des biocarburants. Comme ils se tairont sur le reste, qui est tout, et qu’ils ne veulent pas voir.

Mais stop ! j’avais promis de ne rien dire contre eux, que je vais rejoindre une heure ou deux, histoire de lever le poing au soleil. J’ai remarqué que ce geste, tant de fois répété dans mon passé personnel, a tendance à rouiller ces derniers temps. Donc, le poing levé. Mais pas en faveur des oublieux. En faveur des victimes véritables de ce monde sordide, qui ne sont pas que des humains. En faveur donc du Sud, et des gueux. En faveur des animaux et des plantes. Et contre le personnage grotesque élu par les Français en 2007. Allons ! Au soleil !

Ode au puffin inconnu (visite à l’archipel de Riou)

Au printemps 2001, alors que j’étais jeune et fringant, je suis allé sur l’archipel de Riou, tout près de Marseille. Pas Frioul, qui se trouve en face quand on se tient à l’entrée du Vieux Port. Non, Riou, que tant de Marseillais ignorent totalement. Si je repense à ces instants de bonheur pur, c’est parce que j’en ai soupé. Pour un temps, je ne peux plus supporter ces misérables embrouilles dont je vous entretiens pourtant à loisir. J’en ai marre, de ces joutes, du pouvoir, des cheffaillons, de ces tristes structures humaines qui nous déshonorent tous un peu. Moi qui déteste tant l’autorité, la hiérarchie, les convenances, tous ces salamalecs qui rendent les sociétés humaines possibles – sinon désirables -, je pense donc à l’archipel.

Un jour, je me suis retrouvé à l’arrière d’un Zodiac courant sur l’eau à une vitesse désarçonnante. Tenant un bout, autrement dit une corde, pour ne pas être éjecté droit dans la mer Méditerranée. Le pneumatique tapait, cognait contre l’eau et faisait des bonds de cabri. Quel sport ! Si je m’étais retourné à ces moments-là, j’aurais aperçu le cap Croisette, masquant Marseille. Mais comment aurais-je pu faire ?

Alain tenait le manche, apparemment indifférent aux formidables tressautements. Responsable de Conservatoire, études des écosystèmes de Provence (CEEP), une association naturaliste et scientifique, il s’occupait de l’archipel pour le compte du Conservatoire du Littoral. Faisait-il beau ? Oui, il faisait beau. Un soleil couleur feu. Une mer couleur Marine. Passant au sud de l’île Maïre, la plus proche de la côte, Alain m’a montré sur une corniche l’un des faucons pèlerins de l’archipel. On eût dit une souris grise assise sur une nappe blanche, à 100 mètres de hauteur. Oui, j’ai oublié de le préciser, tout Riou est calcaire. Blanc calcaire. Et Maïre ressemble à un éléphant blanc dont la peau crevassée remonterait aux temps affreux où n’existait pas encore l’urbanisation généralisée des côtes de Mare Nostrum.

Dites-moi, vous souvenez-vous que la Méditerranée est Mare Nostrum ? Notre mer à tous ? Mais revenons à Riou, qui compte quatre îles – Riou, Jarre, Maïre et Plane – et des îlots. De loin sur l’eau, l’effet est incroyable. Car les heutes falaises de certaines îles, Riou notamment, semblent des montagnes de sel, ou de sucre, posées sur le bleu noir des flots. Il y a 8 à 9 000 ans, Riou n’était qu’une pointe de terre en mer. Après avoir puissamment baissé – entre 100 et 120 mètres – au cours de la régression grimaldienne, la Méditerranée est ensuite remontée, créant Riou et ses petites soeurs. Je le précise, la régression grimaldienne n’a rien à voir avec Albert Grimaldi, prince de Monaco. Du moins, je ne crois pas qu’il puisse s’agir du même phénomène.

Le Zodiac a tournicoté autour des îles avant de s’engouffrer, au sud de Riou, dans une minuscule faille, une lèvre entre deux parois où le clapot, devenu furieux, paraissait capable de nous casser la tête contre la pierre. Le lieu s’appelle « La calanque des Anglais ». Il n’est pas impossible que des contrebandiers se soient cachés ici. Seulement une petite heure, le temps de tromper l’ennemi, avant de repartir la peur au ventre. Riou est un lieu empli d’une histoire dense, pour qui sait lire. L’île a été une pêcherie de thon à l’époque gallo-romaine, ce qui ne se produirait plus aujourd’hui. Car le thon, pillé, n’est plus. Elle a été un repaire de pirates, lesquels se sont reconvertis. Elle a été la cible des Barbaresques, elle a été carrière de sable et de pierre, et bien entendu avant-poste militaire. Quelle île n’aura pas été, dans le passé humain, un avant-poste militaire ?

Bon, je préfère l’état actuel. Sur Riou, l’un des points les plus secs de France, il ne pleut que 350 mm d’eau par an, et le vent fou de Méditerranée souffle 362 jours par an, dont 200 plutôt fort. Les plantes se sont adaptées et portent des feuilles écailleuses qui limitent l’évaporation. Le plus étonnant, c’est que 360 espèces végétales ont été recensées, dont 18 sont protégées, comme la passerine hirsute, l’astragale de Marseille ou la petite saladelle.

Ce jour-là, j’ai débarqué sur la plage de Monasterio, accueilli par des criaillements de goélands leucophées. Il y en a des milliers. Des milliers, dont certains vous frôlent depuis les cieux. Un désordre écologique de plus, qui s’explique largement par les décharges de l’arrière-pays continental. En choisissant – avec goût – Riou pour pondre, les goélands apportent aussi, par leurs déjections, un azote qui finira en nitrates. C’est un bon dopant, qui favorise les plantes les plus banales, au détriment des petites du pays. Et les rats s’en donnent à  cœur joie. Pas les surmulots de nos égouts, mais des rats noirs, introduits là par Dieu sait qui et quand. Ceux-là mangent à l’occasion des plantes.

Les rats noirs se plaisent donc beaucoup à Riou. Sur l’île Plane, on en a dénombré jusqu’à 140 à l’hectare ! Du coup, on les piège. Je sais, c’est assez cruel, mais ces animaux ne sont pas seulement des herbivores. Ils s’attaquent aux oeufs et aux poussins de goélands. Pas grave ? D’un certain point de vue, ce n’est pas si grave, en effet, puisque les goélands se comptent en milliers de couples. Mais que faites-vous des puffins ?

En 2001, quand j’étais là-bas, l’archipel de Riou abritait 10% des puffins de Méditerranée, 27 % des cendrés, et 30% des pétrels tempête ! Je parle là, bien entendu des oiseaux « français ». Qui sont comme de tout petits albatros, passant l’essentiel de leur vie en pleine mer, à l’autre bout du monde, avant de revenir nicher à Riou au printemps. Les puffins nichent, il n’y a pas de meilleur mot, dans des terriers de pierre, à flanc de falaise quand c’est possible. Cela limite la casse, certes, mais les rats se jouent de la plupart des difficultés. Et le poussin de puffin est contraint de passer la journée tout seul, terré dans le calcaire, en attendant le retour des adultes ! Si le rat arrive, je réfère ne pas imaginer.

Mais ce jour de 2001, j’ai eu une chance insolente. Après visite, infructueuse, de deux terriers, je me suis glissé dans un semblant de grotte. J’entendais la mer au-dessous, qui paraissait grignoter le soubassement de pierre. Elle bouillonnait d’une jeune vie inépuisable. À un moment, il m’a fallu comme plonger dans le noir, me frottant à des parois humides, sans émettre le moindre son, bien entendu. Avec prudence. Avec délicatesse. Mais cela valait la peine. Allumant une discrète lampe frontale, j’ai bel et bien vu un puffin cendré, qui lui-même me regardait sans crainte apparente. Ces oiseaux, qui vivent si loin de nos folies, nous redoutent moins qu’il ne faudrait. Je vous donne mon avis. En tout cas, un puffin, dans une grotte, au-dessus d’une mer assaillante.

Puis quoi ? Puis rien. Pensant à ces (déjà) lointains souvenirs, ce mercredi 18 mars 2009, je me dis que la vie reste belle, dans quelques interstices en tout cas. Voyez le bien que me font les puffins. J’en ai oublié, provisoirement il est vrai, tous ceux qui s’en prennent à la vie. Tous ceux qui s’en accommodent. Tous ceux qui pourraient, qui devraient, et qui se taisent pourtant. Je n’ai cité personne. Une belle journée de printemps à tous.

Trois documents sur la chasse (et pour rire jaune)

Cela vous aura échappé, je le crains. Jeudi 12 et vendredi 13 mars, France Nature Environnement (FNE) a organisé à Lille son 33ème congrès national, à l’occasion de ses quarante ans. J’ai beaucoup ferraillé contre ce grand machin qui fédérerait 3 000 associations de protection de la nature en France. Pour ceux qui voudraient des détails, se reporter aux articles enregistrés ici entre le 26 février et le 9 mars. Et, compte tenu de ce que je vais écrire, surtout les articles des 2, 3 et 9 mars 2009.

Alors, et ce grand raout de Lille ? Eh bien, franchement, la honte. Comme un grand, j’ai honte pour tout FNE. Cette structure « écologiste » a permis que le ministre de l’Agriculture, Michel Barnier, adresse une adresse au congrès en ouverture, sous la forme d’un message vidéo. Chantal Jouanno, sous-ministre à l’Écologie, a de son côté ouvert les travaux du deuxième jour, et Jean-Louis Borloo, ministre en titre, les a conclus. Pas mal, non, pour des écologistes ? Il est vrai que les sous viennent pour l’essentiel des poches de l’État. Faut pas se montrer ingrat.

Côté invités, la liste est simplement extraordinaire. Aucun combattant n’en fait partie. Nul paysan bio. Nul Dédé Pochon, résistant à l’agriculture intensive dans les Côtes d’Armor, qu’on aurait pourtant dû porter en triomphe. Pas le moindre lanceur d’alerte. Pas d’hommage à mon si cher Henri Pézerat, mort il y a peu, à qui l’on doit en bonne part l’interdiction de l’amiante en France. Aucune place pour la contestation du monde. Aucun espace pour sa critique, fût-elle policée, à la différence de la mienne.

En revanche,  étaient présents, car invités, la FNSEA, des chambres d’agriculture, l’Inra, l’ONF, les propriétaires privés de forêts, la Caisse des dépôts et de consignations, et cetera. En bref, étaient là ceux qui ont conduit la France là où elle est. Et absents ceux qui défendirent sous les huées une autre voie pour notre pays. C’est équitable. C’est logique. C’est même imparable. Je crois pouvoir écrire sans esprit polémique que les apparatchiki de France Nature Environnement (FNE) ont choisi leur camp. Qui n’est pas le mien.

Je vous mets ci-dessous le texte de deux documents fabuleux, qui montrent à nouveau que FNE sert une politique contraire aux intérêts de l’écologie. Ainsi qu’un lien vers un article, public donc, à la différence des précédents. Ils concernent tous la chasse. J’ai écrit récemment comment les responsables de FNE qui tiennent ce dossier se font balader par les politiciens professionnels comme Borloo. Et comme ils intoxiquent ainsi toute l’opinion écologiste française. Je vous préviens, ces textes ne sont pas drôles à lire, mais ils sont passionnants. Un mot du contexte : les tenants de la chasse, soutenus par un groupe d’études parlementaires – autour de 130 ou 140 députés de droite ou de gauche -, viennent d’obtenir des avantages après lesquels ils couraient depuis des années. Je gage qu’une des raisons de leur triomphe tient justement aux divisions introduites par le réseau Nature de FNE, tenu par la Ligue ROC, longtemps présidée par le grand Théodore Monod.

Ne croyez pas une seconde que je pavoise. Je suis triste. Infiniment triste de constater un tel désastre. Une telle dégringolade. Bon, le premier doc est une lettre du sénateur UMP Ladislas Poniatowski, grand artisan de la nouvelle loi Chasse. Elle est adressée à Charles-Henri de Ponchalon, président de la Fédération nationale des chasseurs (FNC). Bien entendu, elle n’est pas publique. On y lit toute la vérité. Celle qui s’écrit dans notre dos. Les chasseurs de France sont en train de gagner la partie, avec le soutien empressé, je dirais presque militant, de Jean-Louis Borloo, le grand ami de FNE. Au reste, sachez que Borloo ira à l’Assemblée générale des chasseurs la semaine prochaine, comme il est venu à celle de FNE. On parie ? Il y sera ovationné. Il le mérite.

Le deuxième document est abscons, mais renversant. Il n’est pas davantage public. Les gros durs de la chasse, soit l’Association nationale des chasseurs de gibier d’eau (ANCGE), y écrivent pour leur base tous les acquis obtenus par ce gouvernement compatissant. Si vous lisez, malgré le jargon, vous comprendrez sans peine qu’ils sont sur un petit nuage. Le 9 mars, tandis que FNE préparait les petits fours destinés à Borloo et Jouanno, ce même Borloo recevait ces braves de l’ANCGE. Et des promesses ont été faites, car « certains points importants (…) abordés (…) n’ont pu être repris dans le communiqué officiel ». Pardi ! Le maître mot de la stratégie des chasseurs est devenu « silence ». Silence et prudence, leurs amis sont pouvoir. Et FNE avalise. Evviva !

Le troisième document éclaire de manière sinistre le deuxième. Il s’agit d’un article de La Voix du Nord (ici), qui vaut la peine d’être lu, copié et recopié. Car il rapporte la joie des mêmes chasseurs d’eau, ceux de l’ANCGE. L’ami Borloo vient de débloquer 190 000 euros pour leur payer de nouvelles huttes de chasse. Il y a donc de l’argent en France, et même au ministère de l’Écologie. Champagne ! Champagne pour Borloo et FNE, désormais tous les deux dans le même bateau. Champagne !

DOC 1 : La lettre de Poniatowski à De Ponchalon, patron des chasseurs (J’ai été obligé de glisser de nombreux sic dans le texte, qui est truffé de fautes d’orthographe).

PALAIS DU LUXEMBOURG – 75291 PARIS  CEDEX 06
MAIRIE – 27680 QUILLEBEUF-SUR-SEINE – TEL : 02 32 57 51 25 – FAX : 02 32 56 55 90
E-MAIL : l.poniatowski@senat.fr

Paris, le 5 mars 2009

Monsieur le Président

A la veille de l’Assemblée générale de la Fédération Nationale des Chasseurs ou j’aurais [sic] le plaisir de vous rencontrer à nouveau, je souhaitai [sic] vous informer personnellement des changements survenus au sein du groupe chasse du Sénat que je préside depuis 10 années.

Après ma réélection au Sénat en  septembre 2008, j’ai fais [sic] le choix de m’investir à la présidence du groupe d’études sur l’énergie, en raison de mon engagement permanent  sur ce dossier complexe et sensible pour notre pays. Lorsque j’étais député, j’ai longtemps présidé aux destinées du  groupe d’études sur l’énergie de l’Assemblée nationale.

Comme la règle du Sénat interdit à juste titre de cumuler deux présidences de groupe [sic] d’études, j’ai décidé de passer la main pour le groupe chasse.  C’est mon collègue  Pierre Martin, sénateur de la Somme qui vient d’être élu à la présidence du groupe chasse. Mes collègues  ont profité  de cette élection pour me nommer président d’honneur du groupe chasse.

Bien sur, je tiens à vous confirmer que mon engagement pour  la chasse reste entier et que je serais [sic] toujours  en première ligne au Sénat comme ailleurs  pour défendre notre passion.

Je profite de cette correspondance pour faire le point sur les problèmes de la gestion du dossier chasse qui n’ont pas encore trouvé de solutions ou qui sont apparus ces derniers mois. Je voudrais ainsi, rassurer certains d’entre vous et démentir certaines fausses informations.

Vous pouvez compter sur moi et sur mon étroite collaboration avec la Fédération Nationale des Chasseurs pour que les prochains textes législatifs de simplification de la chasse  soient conformes à vos attentes et à l’idée que je me fais d’une chasse démocratique et populaire.

La proposition de loi que j’ai préparé [sic], défendu [sic] et fait voté [sic]  à l’unanimité au Sénat en mai 2008 et qui a été  voté [sic] conforme à l’Assemblée nationale  le 18 décembre 2008 est le parfait exemple de la volonté politique des élus qui défendent la chasse et les chasseurs. Et c’est en parfait accord avec Jean Louis Borloo que cette proposition de loi est devenue, à la surprise générale et  en quelques mois, une loi immédiatement applicable.

Pourtant vous n’êtes pas sans savoir que l’ordre du jour du Parlement était  totalement saturé et qu’une telle initiative n’aurait pas pu voir le jour sans un appui politique fort. Sans l’intervention  pertinente de Jérôme Bignon, Patrick Ollier et  Jean François Copé  et le soutien total  de Jean Louis Borloo, la « Loi Poniatowski » qui contient de nombreuses avancées pour les fédérations et les chasseurs, serait toujours en attente d’inscription au Parlement.

Même le sujet sensible du délit d’entrave à la chasse, que j’avais retiré des débats après un engagement formel du Gouvernement,  va connaître une issue favorable. Jean Louis Borloo vient de confirmer au président de la Fédération nationale des chasseurs  qu’un décret était en préparation  à la Chancellerie et devrait faire l’objet d’une signature rapide après une dernière concertation.

Lors de la récente rencontre entre le Ministre de tutelle de la chasse française et la Fédération Nationale des Chasseurs, des engagements très précis ont été pris sur de nombreux dossiers qui intéressent le quotidien des chasseurs. La venue de Jean Louis Borloo à votre Assemblée générale sera l’occasion de confirmer  ses engagements et d’annoncer le calendrier de leur réalisation.

D’ailleurs votre ministre de tutelle qui n’a pas la langue de bois à clairement reconnu qu’il avait commis des erreurs dans la gestion du dossier chasse ces derniers mois. Il n’a pas hésité à remettre en cause certaines de ses propres décisions comme sur « la martre et la belette » ou le grand tétras, qui étaient des initiatives malheureuses qui dénotent une méconnaissance flagrante de la gestion de la faune sauvage.

Plusieurs des dossiers qui viennent d’être débloqués sont l’application stricte  des engagements du Président de la République et notamment ceux pris devant vous lors du Forum de la chasse du 20 février 2007. C’est en particulier le cas concernant la gouvernance scientifique. La création dans les prochains jours du Groupe d’Experts pour les Oiseaux et leur Chasse (GEOC) répond à l’urgence de la mise en place d’une gouvernance scientifique partagée. Cela évitera les décisions politiques prises  au gré des pressions respectives des uns et des autres.

Reste le dossier très sensible des dates d’ouverture et de fermeture de la chasse aux oiseaux migrateurs qui dépend très largement de Bruxelles et pour lequel nous ne pouvons pas choisir librement. Le travail au sein de la table ronde présidée par mon collègue et ami, Jérôme Bignon, a donné un bilan peut-être imparfait aux yeux des chasseurs de gibier d’eau, mais positif puisque 20 jours de chasse supplémentaires ont été obtenu [sic] pour de nombreuses espèces. C’est un bon début de reconquête.

Pour ma part, j’ai l’intime conviction que l’engagement personnel de Jean Louis Borloo  et l’arrivée de Chantal Jouanno sont des signes positifs qui vont aboutir à de véritables changements y compris dans l’organisation et dans le financement de la chasse française. C’est pourquoi je souhaiterais que le monde de la chasse évite d’être défaitiste au moment ou la reconquête se confirme et conforte notre place au cœur de la ruralité et de la biodiversité.

Je vous prie de croire, Monsieur le Président, à l’expression de mes sentiments les meilleurs.

Ladislas PONIATOWSKI

Doc 2 : l’Association Nationale des Chasseurs de Gibier d’Eau adresse une lettre à ses membres.

Paris, le 10 mars 2009

JL. BORLOO et J.BIGNON s’engagent pour la chasse du gibier d’eau

Dans le cadre de la rencontre qui s’est tenue le 09/03 au MEEDAT entre JL. BORLOO, J.BIGNON, l’ANCGE, la FACE et l’UFC, certains points importants ont été abordés qui n’ont pu être repris dans le communiqué officiel.

• PMA huttes : le chantier va être ouvert sans délai. Le décret Cochet qui bloque cette évolution sera modifié comme le demande l’ANCGE depuis plusieurs années et le PMA éthique huttes introduit dans la réglementation.
• Mesures législatives : J.BIGNON a réaffirmé la volonté de l’Assemblée Nationale d’introduire, via des DDOC (diverses dispositions d’ordre cynégétique) adossées à la proposition de loi Poniatowski, plusieurs amendements répondant à des requêtes de l’ANCGE : chasse de nuit en Vendée, droit de marchepied sur le DPF,…
• AEWA : Le ministre a souhaité être saisi par l’ANCGE d’une demande officielle de prise en compte de cet accord international dans le droit interne français. Une note technique a déjà été réalisée sur le sujet, la requête officielle est en cours. Cette démarche est essentielle pour pouvoir chasser les oies jusqu’au 20 février.
• Déplacement des huttes et gabions : Conformément aux engagements pris, l’ANCGE a déjà transmis au ministre ses propositions de modifications réglementaires tant pour les huttes des zones humides intérieures que pour les gabions du DPM (un problème récurrent pour les ACM des grandes baies et estuaires).

Voilà, c’est fini pour aujourd’hui. Essayez de garder dans un coin de la tête l’acte 1, scène IV, de la pièce de Shakespeare, l’inoubliable Hamlet. Horatio est capitaine des gardes et Marcellus un simple garde. Dans cette scène, le spectre, qui est le roi Hamlet, père du personnage principal, vient de sortir. Voici la suite :

Horatio : …To what issue will this come ?

Marcellus : Something is rotten in the state of Denmark.

Horatio : 
Heaven will direct it.

Ce qui veut dire à peu près :

Horatio : …Quelle sera l’issue de tout cela ?

Marcellus : Il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark.

Horatio : Le ciel avisera.