Archives mensuelles : septembre 2009

Un autre rendez-vous (sur la bidoche)

 Planète sans visa, infatigable et valeureux rendez-vous consacré à la crise écologique, ne rendra pas les armes. Qu’on se le dise ! Qu’on le clame des plaines aux coteaux, des mers juqu’aux sommets des terres émergées ! Mais il y a tout de même un blème, autrement dit une difficulté. Demain sort un livre, que j’ai décidé d’appeler Bidoche (L’industrie de la viande menace le monde). Il paraît aux éditions LLL (Les liens qui libèrent), et si je le précise, c’est parce que la maison créée par Henri Trubert et Sophie Marinopoulos est neuve. Elle débute, elle est petite, elle est fragile, elle a besoin de toutes les attentions du monde.

Revenons au blème. Pendant quelques semaines, je vais devoir m’occuper vaille que vaille de Planète sans visa et d’un nouveau rendez-vous sur le net que je vous invite à visiter dès maintenant : http://bidoche.wordpress.com/. Vous me direz ce que vous en pensez, sans hésiter à le critiquer, car telle est la règle souhaitable entre gens bienveillants. Et je sais que vous l’êtes. Bienveillants.

Je vous demande sans façon de faire circuler cette adresse autant qu’il vous sera possible. Au bout de quelques jours, si tout se passe bien, il suffira de taper bidoche sur Google pour tomber dessus. Voilà. Que vous dire d’autre ? Sans l’aide d’Olivier Duron, un graphiste de grand talent – en plus d’être un ami fraternel -, ce site sur la bidoche n’existerait pas. Je ne peux que faiblement le remercier ici.

Quelques mots sur ce qu’on appelle la promo. Je déteste à un point qu’aucun de mes interlocuteurs ne doit soupçonner, car dans le cas contraire, personne ne m’inviterait plus nulle part. Sachez que je suis passé hier sur France-Inter, dans l’émission de Mathieu Vidard, La tête au carré. C’est un homme que j’apprécie réellement et comme je débutais cette tournée avec lui, je lui dois beaucoup. J’ai enchaîné avec Teddy Follenfant, pour RCF. Je suis allé ce matin sur RMC, dans l’émission de Jean-Jacques Bourdin, entre 10h45 et 11 heures. J’ai ensuite couru chez Olivier faire une ultime vidéo pour le site Bidoche avant de tourner un sujet pour Rue89, qui sera certainement sur le net demain ou après-demain. Ce soir, à 22h10, France-Info devrait m’appeler. Et demain, qui est un autre jour, s’annonce encore plus chargé.

L’accueil dans les médias est donc, pour l’heure, important. Je le dois largement aux efforts d’Anne Vaudoyer, une attachée de presse davantage qu’épatante. Elle a l’art de rentrer par la fenêtre dès qu’un goujat ou une gougnafière l’ont virée par la porte. Bien entendu, le blog que je vais tenir à propos de mon livre donnera le maximum de détails sur cette petite aventure qui consiste à vendre un livre dans la France de 2009.

Que puis-je vous dire encore que vous ne sachiez déjà ? Sans lecteurs, un livre est un objet mort recouvert par les sables et les cendres. La vie est préférable.

Lessivé (je suis lessivé)

Je ne chercherai jamais à me faire plaindre, mais je suis bel et bien fatigué. La journée a été consacrée au lancement de mon livre Bidoche, qui sera en vente dans les excellentes librairies mercredi (éditions LLL). Je suis passé en début d’après-midi dans l’émission de Mathieu Vidard, sur France-Inter, et j’ai enchaîné avec Teddy Follenfant, sur RCF (l’émission doit passer dans quelques jours, avec rediffusion en prime).

Je vous raconterai cela plus en détail, car demain, vrai de vrai, vers 19 heures ou 20 heures, j’ouvrirai un nouveau rendez-vous sur le Net, exclusivement consacré à Bidoche. Pour l’heure, une bière. À la vôtre !

Chevènement et le çon du canon (à bas les questions !)

Le hasard d’un voyage en train m’a permis de lire l’hebdomadaire Marianne, que je n’ouvre pas d’ordinaire. Et d’emblée, je veux dire sans prévenir, un (modeste) chef-d’œuvre. Jean-Pierre Chevènement, ancien ponte socialiste, ministre récidiviste, se trouvait interrogé par deux journalistes en page 50.

Chevènement, je le dis pour les jeunes et tous ceux, plus nombreux encore, qui s’en foutent, Chevènement a puissamment aidé Mitterrand à s’emparer du parti socialiste en 1971. Dans ces années-là, le monsieur incarnait l’aile gauche de ce parti, dans une version quasi-insurrectionnelle mais surtout ridicule. Il avait fait l’ENA, abondamment copiné dès les années 60 avec Alain Gomez, qui dirigerait l’entreprise Thomson – missiles et autres beautés, commissions liées aux fameuses frégates de Taïwan – entre 1982 et 1996. Ce n’est pas une anecdote, car Gomez et Chevènement ont monté de concert leur petite entreprise interne au PS, connue sous le nom de Ceres.

Grossièrement, de 1970 à 1981 au moins, Chevènement, pour achever de se rendre sympathique, mangeait dans la main des staliniens, dont on a depuis beau temps oublié quelle loi ils faisaient régner là où ils commandaient. Chevènement est l’un de ces « grands hommes » de la gauche gouvernementale en France. Il est aussi de cette race patriotarde que j’ai toujours eu en horreur. Bien qu’un procès d’intention soit toujours condamnable, je m’en autorise un à son endroit. Rétrospectif, en outre ! Eût-il été « socialiste » en 1914, je crois bien qu’il n’aurait pas hésité une seconde à signer du sang des autres le pacte d’union nationale qui régna en France pendant toute la Première Guerre mondiale. Et même si j’ai tort – et j’ai tort d’imaginer ce qui n’est pas arrivé -, il demeure certain que Chevènement aura toujours pleurniché sur la France, même quand il bombait le torse en même temps.

Baste ! L’homme qui voulait rompre avec le capitalisme en 100 jours – nous étions en 1981 -, cet homme-là, revenu de tout et rejeté de partout, était donc interrogé dans le numéro 649 de Marianne. Je cite : « J’ai un désaccord philosophique fondamental avec les Verts. Ils pensent, comme Malthus, que le monde est trop petit pour l’homme. Or, les prophéties de Malthus au début du XIXe siècle se sont révélées fausses. Je crois en la raison de l’homme, en ses capacités d’invention et de créativité (…) Je me situe dans l’héritage rationaliste des Lumières, je combats l’obscurantisme et la technophobie ».

Je vous avais prévenu, c’est un chef-d’œuvre, aussi modeste soit-il. Tout y est, aligné comme un des ces rangs militaires qu’affectionne tant Chevènement. Il s’agit d’un concentré d’idéologie comme je n’avais pas lu depuis longtemps. Malthus ! Est-ce malin ! Chevènement est l’un de ces politiciens, dans la lignée des Rocard et Sarkozy, qui n’ont pas lu une ligne des centaines de livres sérieux consacrés depuis cinquante ans à la crise écologique. Il ne s’agirait, pense cet affreux nigaud, que d’une joute philosophique. Du bon côté, la raison, les Lumières, la majestueuse aventure humaine. Et de l’autre, les ténèbres, la caverne des origines, au mieux la bougie.

Comment une telle chose est-elle possible ? Oui, je vous pose la question : comment est-ce possible ? Si Royal avait gagné en 2007,  cet homme ignorant tout de l’essentiel serait probablement devenu son Premier ministre. Probablement. Après Jospin. On sait peut-être que ce dernier et Chevènement se détestent. Il est sûr, de même, que Rocard et Chevènement vomissent l’un sur l’autre depuis plus de 35 ans. Tous réunis, ils incarnent à la perfection le mouvement socialiste dans sa soi-disant diversité. Moi, je vais vous dire : un fil rouge réunit cette pauvre bande en déroute.

Ce fil rouge, c’est l’indifférence radicale au sort des écosystèmes, et partant de ceux qui dépendent d’eux pour survivre. Tous, je dis bien tous : Fabius, Aubry, Bartolone, DSK, Hollande, Montebourg, Peillon, Royal, Rocard, Jospin, Chevènement et 100 autres, tous se moquent éperdument de la crise écologique. Et ils s’en moquent pour la raison simple qu’ils ignorent tout de son existence. Jamais ils n’ont pris le temps d’une lecture approfondie, d’une rencontre salvatrice, jamais ils ne changeront. Ou alors quand nous aurons tous la tête sur le billot.

Le mouvement socialiste, que j’envoie au diable dans sa totalité, a connu en France nombre d’heures misérables. En 1914, quand il accepta la boucherie. En 1936, quand il refusa d’armer la République d’Espagne. En 1956, quand il déclencha cette si belle opération militaire de Suez. De 1954 à 1958, quand il lança la France dans la guerre d’Algérie, acceptant sans broncher la torture de masse alors même qu’il était au pouvoir.

Quant à 1981, chacun peut se faire une idée. Voici la mienne : ce mouvement, qui prétendait changer la France, a en fait réhabilité le capitalisme et ouvert la voie, comme jamais, au pouvoir des transnationales. Tout occupé à manipuler le mouvement des jeunes immigrés, il a laissé s’enfoncer la banlieue dans un ghetto dont elle ne sortira pas de sitôt. Du côté de l’agriculture, les Nallet, Cresson, Glavany, Rocard – déjà – se sont couchés au pied des lobbies, moquant ouvertement la bio, qu’ils avaient l’opportunité historique de propulser enfin. Je ne développe pas davantage à propos des tapis rouges dépliés sous les pieds de la Françafrique, ni sur l’ignoble soutien apporté aux génocidaires du Rwanda.

À quoi bon se faire du mal ? Chevènement fut le prophète de ce mouvement-ci. Il demeure son porte-voix, même s’il n’en fait plus officiellement partie. Entre eux et moi, entre eux et – je l’espère – une notable partie d’entre vous, il y a un abîme, il y a des abysses qui ne seront jamais comblés. Pour avancer, il faudra passer. Au-dessus d’eux. Par-dessus leur insondable insignifiance.

Cet étrange DSK et ces curieux journalistes (du cul au FMI)

Je vais être direct : je déteste DSK. L’un des premiers papiers de Planète sans visa lui était consacré (ici). Il est inouï que nul n’ose attaquer celui qui a osé – oui, je le répète : osé – devenir le directeur du Fonds monétaire international (FMI). Cet organisme a joué un rôle crucial dans la dévastation des terres et des cœurs, dans les mortelles atteintes à la beauté et à la diversité du monde et de ses habitants.

DSK démontre là, mais toute sa carrière le clame, qu’il est l’homme de la destruction, des claques dans le dos aux grands patrons, du mépris définitif pour les gueux, mes frères. Je le déteste. Même en face d’un Sarkozy, je ne voterai jamais pour lui. Et je suis encore assez vivant pour rêver d’épisodes historiques où l’on pourrait enfin demander des comptes politiques et moraux à des hommes comme lui.

Sur tout autre plan, il y a la question de sa vie privée.Un livre récent affirme que Frédéric Lefebvre, l’aboyeur de l’UMP et le toutou de Sarkozy, détient des photos de cul de DSK, qui pourraient lui être fatales (ici). J’écris de cul, car c’est de cela qu’il s’agit. Et qu’en penser ? Et faut-il en penser quelque chose ? Je crois que oui. Quand Berlusconi drague des jeunesses de 18 ans et baise des putes – ou l’inverse, je ne sais plus -, la presse de gauche française, Nouvel Obs en tête, s’indigne, pousse les hauts cris, et note cette évidence que le président du Conseil italien a perdu les pédales.

Mais sur DSK, chut ! Or, je vais vous révéler ce qui est un secret de Polichinelle : le microcosme sait parfaitement à quoi s’en tenir. Moi-même, qui ne vais ni aux conférences de presse, ni dans les soirées, je sais depuis des années. Un mien ami, journaliste dans un titre de gauche fort connu, m’a rapporté une scène à laquelle il avait assisté chez des noceurs et partouzards. Il y a bien six ou sept ans. Je n’insiste pas. Sauf qu’ayant fait une allusion aux faits dans son article – car il était là en reportage -, ledit titre l’a secoué, à la suite d’un coup de fil de protestation.

Chacun fait semblant de croire qu’un tel comportement est possible chez un éventuel président de la République. Moi pas. Pour deux ordres de raisons. D’abord, parce qu’il signale une vision des relations entre l’homme et la femme qui sont à l’opposé des valeurs auxquelles je crois. Ensuite, parce qu’un homme qui se met constamment en danger dans des situations limites, met en danger les institutions dont il a la charge.

Vous n’êtes pas d’accord ? C’est bien votre droit. Mais je ne confierai ni ma petite sœur ni le feu nucléaire à quelqu’un qui ne sait pas respecter les femmes ni retenir ses pulsions. C’est moral ? C’est aussi moral.

Enfin d’accord avec Dominique Guillet (de Kokopelli)

Il y a quelques jours, je me suis heurté au créateur de l’association Kokopelli (ici), Dominique Guillet. Je ne plaisante pas beaucoup sur l’affaire du climat, comme peut en témoigner Hacène, fidèle parmi les fidèles de Planète sans visa. Mais le hasard de la vie me permet de retrouver Dominique sur un autre terrain, où nous sommes parfaitement d’accord.

Ce terrain s’appelle Carson. Non, pas Kit. Rachel. Rachel Carson. Cette zoologiste, née en 1907, a écrit un livre stupéfiant, renversant, pionnier, fondateur, sur les ravages de la chimie de synthèse. Plus exactement sur les pesticides. Plus précisément encore sur le DDT, mis au point en 1939, et longtemps tenu pour un miracle. Rachel était une femme curieuse de tout, dans le domaine de la nature en tout cas. Elle s’intéressa aux océans, écrivit des scripts pour des émissions de radio, quantité d’articles sur l’histoire naturelle.

En 1958, alors qu’elle est en retraite – anticipée – depuis des années, un ami lui signale une mortalité très élevée d’oiseaux dans la région du cap Cod (Massachusetts), à la suite d’épandages de DDT. C’est le début d’une aventure inouïe, qui la conduira à publier en 1962 son chef-d’œuvre, Silent Spring. Ce Printemps silencieux a été traduit en français aussitôt, et mis en vente chez nous dès 1963. J’en ai un exemplaire devant moi, que je ne cèderais pour rien au monde. Je vous passe tous les affreux détails. Aux États-Unis, l’industrie des pesticides traite cette femme admirable de vieille cinglée. Ou d’agent de Moscou. Ou des deux. Et lance des campagnes de calomnie qui seront relayées par des scientifiques stipendiés ou crétins – voire les deux – en France même.

Il faut dire que Carson écrit ceci : « Pour la première fois dans l’histoire du monde, l’homme vit au contact de produits toxiques, depuis sa conception jusqu’à sa mort. Au cours de leurs vingt ans d’existence, les pesticides synthétiques ont été si généreusement répandus dans les règnes animal et végétal qu’il s’en trouve virtuellement partout ». Nous sommes en 1962, et Roger Heim lance, dans la préface française, des mots qui fouettent encore la conscience : « On arrête les “gangsters”, on tire sur les auteurs de “hold-up”, on guillotine les assassins, on fusille les despotes – ou prétendus tels –, mais qui mettra en prison les empoisonneurs publics instillant chaque jour les produits que la chimie de synthèse livre à leurs profits et à leurs imprudences ? ».

Qui est Heim ? Un homme qui est à cette époque à la fois président de l’Académie de sciences et directeur du Muséum national d’histoire naturelle. Où l’on voit l’incroyable régression dans laquelle nous sommes plongés. L’Académie des sciences est devenue une place-forte du scientisme. Et le Muséum applique sans broncher les méthodes du libéralisme à la conservation des merveilles qu’il abrite. En 1962, qu’on se le dise, un homme rassemblait la science française à lui seul, sans ces séparations qui font le bonheur des réductionnistes et des marchands. Et cet homme était un écologiste.

Bon, et Guillet, alors ? Dominique a écrit sur le blog de Kokopelli (ici) un article que je contresigne immédiatement. Une maison d’édition, Wildproject (ici), publie en français, à nouveau, Printemps silencieux. Mais la préface de Heim a été éliminée, et remplacée par une fadaise d’Al Gore, l’ancien vice-président américain. Et là, non ! Et là, merde ! Dominique écrit fort justement : « L’Association Kokopelli s’était fait un plaisir de distribuer la réédition de l’ouvrage de Rachel Carson, Le Printemps Silencieux, lorsque nous nous sommes aperçus que la préface avait été rédigée par Mr Al Gore. La préface originelle de Roger Heim a été supprimée de cette édition. L’éditeur interrogé à ce sujet a répondu: Nous avons décidé que la préface de Roger Heim, outre son intérêt historique, n’était pas pertinente pour présenter Rachel Carson et la signification de Printemps silencieux. Celle d’Al Gore nous semblait beaucoup plus fine, plus juste, plus renseignée, et d’une teneur intellectuelle bien supérieure”».

Du coup, Kokopelli, qui avait commandé 100 exemplaires, les a rendus. Et j’aurais fait pareil. Gore, l’homme du système, de ce système qui a conchié Carson et provoqué les désastres dénoncés dans son livre, n’a tout simplement pas le droit moral de préfacer Carson. Certains d’entre vous trouveront cela sévère pour l’homme qui a réalisé Une vérité qui dérange, et qui s’agite beaucoup autour de la crise du climat. Je n’oublie moi, ni n’oublierai qu’il écrivit dès 1992 un livre posant pourtant de bonnes questions (Earth in the Balance, 1992, La terre dans la balance), avant de s’installer dans le néant de huit années de vice-présidence des États-Unis.

Oui, Gore fut vice-président de 1993 à 2001. Au milieu, la conférence de Kyoto. Et rien. Et rien. Non, Al Gore n’avait pas le droit moral de préfacer Rachel Carson.

PS : En vérité, non, je ne contresigne pas les développements de Dominique sur Gore et ses liens supposés. Cela, je lui laisse volontiers. Mais sur Carson, mille fois d’accord.