Archives mensuelles : juin 2010

Allègre et la folie du progrès perpétuel (sur une Fondation)

Ourse m’apprend sans prévenir que Claude Allègre s’apprête à lancer une fondation, « Écologie d’avenir ». Eh, attention à mon cœur fragile ! Je crois qu’il n’est guère besoin de présenter une nouvelle fois, ici en tout cas, mon bon ami Claude. Je me permettrais néanmoins d’inviter les plus patients – c’est long – à lire un article écrit sur Planète sans visa le 19 septembre 2007, il y aura bientôt trois ans. Son titre ? Tazieff et Allègre sont dans un bateau (lire ici). Je ne l’ai pas relu, mais je sais qu’il contient beaucoup d’informations qui ne se trouvent pas aisément. Il montre au passage comment deux soi-disant adversaires déchaînés se sont au moins retrouvés d’accord pour signer en 1992 l’Appel dit d’Heidelberg. Manipulé par l’industrie transnationale et ses excellents manœuvriers, il avait à l’époque été conçu pour faire pièce au Sommet de la terre de Rio, dont les grandes entreprises, bien à tort, avaient pris peur.

Cet Appel condamnait sans appel les écologistes, et s’achevait par ces mots : « Les plus grands maux qui accablent notre Terre sont l’ignorance et l’oppression, et non la science, la technologie et l’industrie dont les instruments, lorsqu’ils sont adéquatement gérés, deviennent les outils indispensables à un futur façonné par l’Humanité, par elle-même et pour elle-même, lui permettant ainsi de surmonter les problèmes majeurs tels que la surpopulation, la famine et les maladies répandues à travers le monde ». Bref, sous le couvert habituel de la philanthropie, le scientisme.

Et voici donc qu’Allègre poursuit aujourd’hui sa route, exactement dans le droit fil d’il y a vingt ans. Ce que c’est que la constance. Sa fondation semble avoir déjà reçu l’appui de Limagrain, d’Alstom et de GDF-Suez. Le premier des trois groupes est le champion français des OGM et de l’agriculture industrielle. Bien. Le deuxième a fourni une bonne part des turbines géantes du barrage chinois des Trois-Gorges, dénoncé par des scientifiques chinois de premier plan, bien qu’officiels, comme une folie globale. Le troisième est en train de bâtir un immense complexe de barrages en Amazonie brésilienne, qui ruine l’écosystème de la rivière Jirau et menace le sort de milliers d’Indiens, dont certains vivent en dehors de contacts avec nous. D’autres capitaines d’industrie, et peut-être – qui sait ? – quelques chevaliers itou, apporteront plus tard leur soutien. S’il est une chose qui ne risque pas de faire défaut à Allègre, c’est bien le fric. Ces gens ont toujours besoin et auront toujours plus besoin de cautions susceptibles de leur faciliter la tâche. Et cette tâche, on le sait, est de détruire le monde, opération d’ores et déjà bien avancée.

On prête à Spinoza ce bout de phrase célèbre, dont je ne suis pas sûr qu’il l’ait prononcée : « Ni rire ni pleurer, mais comprendre ». Peut-être quelqu’un saura me dire ce qu’il en est ? Je suis en revanche bien certain qu’il a écrit ceci : « Pour moi, ces troubles ne m’incitent ni au rire ni aux pleurs ; plutôt développent-ils en moi le désir de philosopher et de mieux observer la nature humaine ». Et j’en suis certain, car ces mots figurent dans une lettre adressée en septembre 1665 à Henri Oldenburg. Je crains de ne pas être exagérément crédible dans le rôle de l’observateur spinoziste, détaché, philosophe. Il ne faut pas croire, j’ai ma part de lucidité. Mais malgré ce qui précède, qui fait dangereusement monter un sanglot – rire et pleur entremêlés – dans ma gorge, je peux et je dois me ressaisir.

Je le fais en abordant la question des soutiens individuels qu’Allègre a d’ores et déjà obtenus. Je passe sur le premier, extraordinaire baudruche de comédie connue sous le nom de Luc Ferry. En 1992, l’année d’Heidelberg, le monsieur pensant a publié un livre inénarrable, Le Nouvel ordre écologique (Grasset). Pour bien apprécier la saveur du titre, il faut savoir que les nazis, et l’expression est demeurée dans les livres d’histoire, entendaient fonder un Nouvel ordre européen. Hasard ? Je n’en jurerai pas. Ferry les gros bras – et la petite tête – est en effet un expert du syllogisme. Je vous résume en un coup de cuiller à pot son livre : Hitler aimait les animaux; les écologistes aiment les animaux; les écologistes sont hitlériens. Je renvoie les sceptiques au texte, confiant dans leur jugement.

Plus étrange, en apparence, est le soutien apporté à l’Allègre entreprise par des personnalités scientifiques. Je citerai les deux premiers connus, soit Albert Fert et Hervé Le Bras. Le premier est tout de même, mazette, prix Nobel de physique. Et le second, démographe, enseigne à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Cette dernière n’est certes pas un temple de la science dure, mais tout de même, la maison est sérieuse ! Alors, pourquoi ? Pourquoi des gens valeureux sur certain plan intellectuel se vautrent-ils dans un soutien public à un truqueur ?  Car Allègre est un truqueur, un homme qui n’hésite pas à inventer des « données » pour démontrer sa vision « iconoclaste » de la crise climatique. J’ai rendu compte ici même de l’implacable livre qu’a consacré Sylvestre Huet aux billevesées de Claude Allègre (voir ici). Tout est sur la place publique. Indiscutable. Terrifiant à plus d’un titre, car les plus grands journaux continuent à donner la parole à un « scientifique » convaincu de forfait intellectuel. Encore une fois, pourquoi diable ce soutien ?

Que les journaux écrivent n’importe quoi, je suis assez bien placé pour le confirmer. Mais un Fert, mais un Le Bras ? Je les crois possédés. Non pas à la manière qu’affectionne le diable, quoique. Je les crois possédés par la passion, au moment même où ils prétendent ne défendre que la raison. Oui, les Fert et les Le Bras, et il y en aura d’autres, sont passionnément tenus par l’idée centrale des sociétés occidentales depuis 1750. C’est l’idée du progrès, comme vous aviez sans doute deviné, d’un progrès non seulement linéaire mais définitif. Un progrès qui débouche fatalement sur l’abondance, et peut-être la paix éternelle. C’est le mythe de l’alliance – vertueuse – entre la raison et la science, entre l’esprit et la technique. C’est la croyance qu’il existe nécessairement une solution technologique aux problèmes qui se posent. C’est au fond une très pauvre pensée, incapable de saisir le neuf, incapable de comprendre les points de rupture et de basculement, incapable en conséquence de proposer la moindre perspective.

En fait et en réalité, il s’agit d’idéologie concentrée, qui ne peut se présenter comme telle, jusques et y compris dans la tête des Fert et des Le Bras. Il leur faut croire, absolument, que nous sommes, nous les écologistes, des charlatans et des obscurantistes, tandis qu’ils maintiendraient dans la tempête la lueur des Lumières. Pathétique ? Oui, je dois avouer que je trouve cela pathétique. Des hommes qui ont eu le privilège insigne d’étudier, de réfléchir, de s’informer, acceptent de faire la courte échelle à un vulgaire imposteur de la pensée. Voilà peut-être ce que voulait dire Spinoza quand il se proposait de « de mieux observer la nature humaine ».

Marius Vazeilles, grand homme barbu

 J’ai retrouvé tout à l’heure un texte qu’un homme vivant sur le plateau de Millevaches m’avait demandé, dans le cadre d’un hommage à Marius Vazeilles. Vous jugerez. Il s’agit d’un court souvenir. Vazeilles, né en 1881, avait donc 87 ans l’année où je l’ai rencontré. Il m’a marqué, c’est le moins que je puisse écrire. Forestier de génie – certes, d’une autre époque -, il a conduit une partie du reboisement de ce plateau corrézien qui n’évoque pas 1 000 bovins, mais autre chose. Quoi ? Le géographe Onésime Reclus, frère de mon anarchiste adoré Élisée, penchait pour un calembour antique involontaire, appuyé sur un jeu de syllabes néo-latines. Plus vraisemblablement, Millevaches désigne une montagne désolée. Vazeilles était aussi un archéologue prodigieux, bien qu’amateur. Par lui, grâce à ses gestes inlassables de laboureur du passé, la région de Meymac a retrouvé son histoire romaine, et mérovingienne. Moi qui vous écris en ce moment, j’ai tenu en main – sous sa scrupuleuse vigilance – les restes d’une épée du temps des centurions et de Rome l’impériale.

Ce n’est déjà pas mal. Mais Vazeilles était en outre un combattant social d’avant le grand désastre stalinien. Entre 1924 et 1928, lors que le parti communiste n’était pas encore couché devant les assassins, il fut un cadre important de ce mouvement. En 1936 encore, il était député communiste de Corrèze. Mais l’accord conclu en 1939 entre les deux grandes canailles du siècle passé – Staline et Hitler -, connu sous le nom de pacte germano-soviétique, le força à rompre. C’était une question d’honneur, voyez-vous ?

Bien que dégoûté par ce pacte immonde, Marius fut arrêté comme communiste, puis assigné à résidence par la droite – déjà – au pouvoir. Pendant la guerre, on le sait, ou plutôt, on ne le sait, les crapules staliniennes laissèrent tomber les héros éternels de la MOI, ceux de l’Affiche rouge, ceux du groupe Manouchian, ces jeunes étrangers qui tiraient à bout portant sur la soldatesque. Et comme ils ne pouvaient pardonner à ceux qui avaient remis en cause le dogme de l’infaillibilité de Staline, ils chassèrent Vazeilles de son parti, ignominieusement, en décembre 1944. Jeunes, cela ne vous dit rien du tout. Vieux, cela ne vous dit probablement pas davantage. Mais l’histoire est l’histoire. Thorez pouvait bien être ce froussard planqué en Russie pendant toute la guerre. Duclos pouvait bien être l’homme des basses besognes policières, dans l’Espagne républicaine de 1936 à 1939. Les dirigeants de l’après-guerre, c’était eux. Pas Marius.

Tout cela, bien entendu, je l’ignorais, ce jour de gloire de l’été 1968 où je croisai par miracle la route de Marius Vazeilles. L’aurais-je su que je lui aurais dit quelque chose. Car j’avais beau n’avoir pas encore 13 ans, je savais déjà de menues bricoles sur l’infamie des staliniens. Bon, assez causé. Voici le petit texte que j’ai écrit il y a une poignée d’années en souvenir de Marius Vazeilles, le grand homme barbu de mon enfance.

Un matin du tout début juillet 1968, j’ai pris le train gare d’Austerlitz, et je n’étais pas seul. Nous étions toute une bande de jeunes échappés des banlieues, sous la garde de moniteurs désemparés par nos cris de hyènes et nos sauts de puces. J’avais un peu plus de douze ans, et j’allais rejoindre un camp de vacances de la Caisse d’allocations familiales (CAF) d’Ile-de-France, installé à Meymac (Corrèze). Tous les cas sociaux de la région parisienne étaient représentés. Il y avait parmi nous des orphelins, des excités qui jouaient du couteau jusque dans le couloir du train, des gentils, des abrutis, pas mal de paumés qui appelaient leur mère. Laquelle ne répondait pas, comme on s’en doute.

À Limoges, nous prîmes un car, qui nous mena au terminus. En bas d’une colline se tenaient les bâtiments en dur, dont la cantine. Et sur les pentes était dressé un village de tentes où nous dormions, huit par huit. Je me souviens très bien des chasses au lézard et à la vipère : je participais volontiers aux premières, mais surtout pas aux secondes, qui me flanquaient la trouille. Un gars de plus de treize ans avait trouvé une combine avec un pharmacien de Meymac, qui lui achetait je crois le venin des serpents. Le gosse en profitait, il était riche.

Pour ma part, j’étais triste, pour des raisons que je ne peux pas détailler ici. Mais triste. Sauf ce jour dingue où nous allâmes visiter le musée d’un certain Marius Vazeilles, dont je n’avais bien sûr jamais entendu parler. J’en ai gardé le souvenir que voici : des grandes salles, une lumière brune sur des vitrines où dormaient des épées romaines tombant en miettes. Peut-être ai-je rêvé. Je revois pourtant quantité de restes d’armées défuntes, ainsi que des morceaux de poteries, les traces d’un monde disparu.

Et c’est alors que l’enchantement fut complet. Car je rencontrais ce même jour le créateur du musée, Marius Vazeilles soi-même, et je compris pour la première fois de ma vie, je veux dire concrètement, les liens qui unissent les hommes par-delà le temps. Vazeilles en personne, et nul autre, avait fouillé la terre avant d’en exhumer les trésors. Ici, alentour, dans les environs de Meymac, où je posais le pied, d’autres humains avaient vécu jadis. On peut, on doit même appeler cela une révélation. Mais j’ai également le souvenir physique de Marius. C’était, pour le gosse que j’étais en tout cas, un géant de légende, venu tout droit de l’Iliade et de l’Odyssée.

Il me semble qu’il portait un béret, ou une casquette. À coup sûr, il avait une barbe fournie, jupitérienne. Et il parlait, figurez-vous, en français que je comprenais ! J’ai su ce même jour qu’il avait dirigé le reboisement du plateau de Millevaches. Mais je dois avouer que je n’ai pas compris l’ampleur de l’entreprise. Le plateau, pour moi, c’était une clairière dans laquelle j’allais me gorger de myrtilles, et dans mon souvenir toujours, ce plateau est pentu, il n’est nullement plat. Quelqu’un peut-il m’expliquer ?

Pour clore cette journée folle, nous nous sommes retrouvés chez Marius, dans le parc qui entourait sa vaste maison. Où ? Je ne sais. Mais j’en fus marqué à tout jamais. Car le grand forestier avait planté là, côte à côte, des conifères venus du monde entier. Des lointaines Amériques, d’Asie centrale, du Chili, de Russie, de l’Atlas peut-être. Je venais de la banlieue parisienne, je n’avais rien vu de rien, j’étais d’une ignorance totale, et Marius m’offrait le monde et ses splendeurs, d’un seul coup d’oeil. Je me souviens des différences de taille entre ces arbres, de leurs couleurs si variées, de leur invraisemblable solidité. Et Marius parlait, parlait, parlait. J’ai sa voix dans mon oreille au moment où j’écris ces lignes. Il savait parler aux enfants. Il était grand.

Jean-Marc Ayrault a refait sa vie (en Espagne)

 À CEUX DE NOTRE-DAME-DES-LANDES (ET À MARIE)

Résumé des épisodes précédents. Jean-Marc Ayrault fut, comme on le sait, député-maire socialiste de Nantes pendant quelque trois siècles. Avant son départ précipité, il avait, dans un geste ultime de philanthropie, offert à sa ville la perspective grandiose et futuriste d’un nouvel aéroport à la campagne, sur les terres chouannes de Notre-Dame-des-Landes ( lire le résumé ici). On le sait, l’ingratitude du petit peuple est sans limites, et les paysans au front bas du bocage, poussés vers l’émeute par une chienlit écologiste, monta un jour à l’assaut de l’hôtel de ville de Nantes, fourches au poing, hurlant des obscénités sur le compte pourtant valeureux de monsieur Jean-Marc Ayrault. N’entendit-on pas ces criminels ensabotés, crottés jusqu’aux narines, hurler : « Ayrault, fumier, tu serviras d’engrais » ? Si. Ils le firent.

Alors, comme vous vous en souvenez tous, le maire fut contraint au départ, n’emportant qu’une maigre valise, embarquant in extremis à bord d’un antique Avion III créé par Clément Ader, doté de tiges de bambou, barbes en toile et papier de Chine. Pendant 120 ans environ, le sort de Jean-Marc Ayrault est demeuré inconnu, et je ne suis pas peu fier, aujourd’hui, de vous livrer en exclusivité un scoop de derrière les fagots, qu’on ne trouve pas sous le sabot d’un cheval, dont on parlera dans Landerneau, digne des meilleurs professionnels.

Ayrault a réussi à refaire sa vie en Espagne, sous un faux nom naturellement. Visiblement bien introduit sur place, il est parvenu en peu de temps à tenir une place aussi enviable que celle qu’il occupait chez nous. Car il est en effet président – socialiste toujours – de la région chère au cœur de l’Ingenioso Hidalgo Don Quijote de la Mancha, autrement dit Castille-La Manche. Mais se refait-on jamais ? Connu en Espagne sous le nom de José Maria Barreda, Ayrault a décidé, financé, soutenu de toutes ses vives forces un aéroport international appelé Ciudad Real. ll ne peut s’agir que d’un clin d’œil au formidable humour que l’on prête à Miguel de Cervantes. Car autant vous le dire, Ciudad Real signifie, comme vous ne l’ignoriez sûrement pas, Ville Réelle. Ville Royale d’abord, mais aussi Ville Réelle.

Mais quel facétieux, cet Ayrault-Barreda ! Après investissement de 500 millions d’euros – ce n’est qu’un début, une mise en bouche – et construction de pistes de 4 kilomètres de long pouvant accueillir des Airbus 380, l’aéroport est prêt à recevoir ses 2,5 millions de passagers par an ( lire ici). Beau travail, Jean-Marc (tu permets que je t’appelle Jean-Marc ?) ! Beau travail. Des centaines d’emplois ont été créés, et des entreprises ont installé des bureaux à prix cassés par les aides publiques. Normal : le TGV doit relier Madrid en moins de cinquante minutes, les autoroutes sont innombrables, et l’emprise directe au sol – 1250 hectares – permet d’envisager des agrandissements à répétition.

Bien sûr, il reste à régler quelques détails. Après le départ de la compagnie Air Berlin, l’Irlandaise Ryanair occupe à elle seule l’aéroport international, retenue au moment où elle pliait bagage par une subvention publique. En somme, tout est désert, fantasma. Les 24 comptoirs d’enregistrement sont fermés toute la sainte journée, on ne croise ni hôtesse ni passagers, mais tout de même quelques-uns des 300 employés chargés de l’entretien et de la gestion. Car il faut bien gérer, non ? La passerelle prévue pour relier l’aéroport à la ligne de train Madrid-Séville s’achève au-dessus du vide. On peut toujours sauter.

La réussite est complète. Deux ans après son inauguration, le bel oiseau a déjà creusé un trou de 300 millions d’euros, entraînant la faillite de la Caisse d’épargne de Castille-La Manche (CCM), obligeant la région de mon ami Jean-Marc-José à créer de toute urgence une société publique capable de financer les pertes astronomiques. Et c’est là, je vous le demande personnellement, que nous devons tous nous lever pour applaudir. Je vous en prie, faites-moi confiance au moins une fois dans votre vie. Standing ovation ! N’écoutant que son courage de grand élu socialiste, Ayrault-Barreda refuse de baisser les bras.

Fin mai, notre homme double s’est à nouveau engagé, en hidalgo : « El presidente de Castilla-La Mancha, José María Barreda , aseguró que el Gobierno regional hará todo lo posible, dentro de la legalidad, para que el proyecto del aeropuerto privado de Ciudad Real tenga viabilidad en el futuro y “pueda despegar definitivamente”». Vous pourrez lire le texte intégral (ici ), ou vous en tenir à mon court résumé. Ayrault-Barreda veut davantage de fric pour que Ciudad Real  « pueda despegar definitivamente ». Pour qu’il puisse « décoller définitivement ». J’espère que vous goûtez comme moi, et à nouveau, l’humour noir de Janus. Décoller. Définitivement. Cela ouvre bien des perspectives.

Dans un autre entretien, Ayrault-Barreda a finement présenté les deux termes de l’alternative.  Ou l’argent public coule à nouveau, ou l’on abandonne. Et si l’on abandonne, il ne faudra pas s’étonner que « crezca la hierba en la pista de aterrizaje y se estropeen las instalaciones ». Il y en a pour trembler, comme dit un vieil homme de ma connaissance. L’herbe pousserait alors sur les pistes, et les magnifiques installations rouilleraient peu à peu, avant de disparaître dans la poussière de Rocinante. Rossinante, quoi.

Et maintenant, avant de rendre l’antenne, deux post-scriptum.

Le premier : l’Espagne est en train de sombrer. Il est plaisant qu’un olibrius comme moi ait pu le dire si longtemps avant les commentateurs appointés (lire ici, ici encore, et  ). Elle sombre. Un million de logements y sont en vente. 40 % des jeunes de moins de 25 ans sont au chômage. La spéculation et la corruption de masse ont détruit un pays. Telle est la réalité. Extrait de l’article cité tout en haut de cette page : « Surtout, au lieu de construire 800 000 logements chaque année, l’Espagne va se limiter à 100 000 pendant plusieurs années. Avec un impact terrible sur la croissance et sur l’emploi : “Il faut réinventer 18 % du PIB”, résume un économiste ». Oui, c’est à eux, aux économistes, aux politiques responsables de ce désastre biblique qu’on demande de réinventer du PIB. PIB ! Paltoquets, Imbéciles, Branlotins. Nous en sommes là, au point zéro d’une histoire à recommencer.

Le second : la dette des régions d’Espagne atteint 95 milliards d’euros, une somme inouïe. Le siège luxueux des braves gens aux commandes, les ronds-points, les subventions à l’agriculture industrielle, aux barrages, aux transferts d’eau vers le Sud à sec, les aides aux villes fantômes du littoral, tout cela coûte cher. Au fait, Ségolène Royal ne se faisait-elle pas appeler la Zapatera, nom dérivé de celui de José Luis Rodríguez Zapatero, le cornichon socialiste en place à Madrid, qui achève de dynamiter ce qui reste ? le Figaro rapporte une visite de Royal à Madrid en octobre 2007. Elle vient donc de perdre face à Sarkozy. Et voici l’extrait du journal, qu’il faut savourer à la petite cuiller : « Zapatero aurait chaleureusement encouragé Ségolène Royal à se présenter à la prochaine élection présidentielle. “Je me sens très proche de Zapatero et de cette gauche pragmatique”, a commenté celle que l’on dénomme ici “la Zapatera francesa”. Enchantée de porter ce surnom, Royal a estimé qu’elle avait plusieurs points communs avec Zapatero : “Au départ, Zapatero n’était pas forcément le favori au sein de son parti. Il était jugé trop jeune, inexpérimenté ou sans stature, mais il a réussi à prouver le contraire…” ».

Roland de Miller a besoin de nous

Je vous ai parlé ici même de la Très Grande Bibliothèque de l’écologie réunie en une vie de travail par Roland de Miller (ici). Chassé comme un malpropre de la ville de Gap, il a dû déménager des dizaines de milliers de volumes comme à la cloche de bois. Des lecteurs de Planète sans visa sont allés lui donner un coup de main, et je les en remercie chaudement, même si cela vient affreusement tard. En tout cas, la situation n’est que stabilisée. René me demande de relayer un nouvel Appel, ce que je fais avec plaisir. Voici :


La Bibliothèque de l’Ecologie est désormais stockée provisoirement en un lieu dans l’attente d’une réinstallation définitive. Pour autant, les ennuis de Roland de Miller ne sont pas terminés. Le sauvetage de la bibliothèque l’a amené à contracter une dette importante qu’il lui faut rembourser à très court terme. Pour ce faire, il propose à la vente une partie des quelques 8000 ouvrages de la Librairie de l’Ecologie, basée à Gap, en trois tranches de dix mille euros chacune ou six tranches de cinq mille euros chacune. Cette proposition pourrait sans doute intéresser des bibliothèques et/ou des associations désireuses de se constituer ou de compléter un fonds dans des domaines variés comme l’écologie, la nature, la santé, la littérature, les pays et les voyages, l’histoire, etc.. Des listes de livres sont disponibles, classées par thèmes. Merci de faire circuler le plus possible cette information auprès des personnes qui pourraient aider Roland de Miller, pour sauvegarder définitivement la Bibliothèque de l’Ecologie.

 

Roland de Miller, roland.demiller@free.fr