Archives mensuelles : décembre 2010

Les loups sont entrés en Ariège (chanson)

D’abord cette précision : je n’écrirai rien sur Planète sans visa ces prochains jours. Probablement pendant une semaine. Les commentaires que vous pourriez faire en attendant seront bloqués dans la machine et il ne s’agira donc pas, à ce stade, d’un acte de censure ou d’indifférence. Il faudra patienter. Voilà ce que je nous souhaite à tous, voilà ce que j’espère vivement pour vous et pour nous : apprendre ou réapprendre l’art d’être patient. Sans oublier l’ardente obligation où nous sommes d’agir vite. C’est une contradiction ? Comme nous sommes à quelques jours d’une autre année, je me contenterai de dire : une tension. Une satanée tension. Une de plus. À très bientôt.

Un brave monsieur – je prends des cours de politesse – appelé Jean-Luc Fernandez, président de la Fédération des chasseurs de l’Ariège, est en colère (ici). Je ne pense pas qu’il l’aura deviné, mais il m’a distrait en cette fin d’après-midi de dimanche. Il m’aura même fait rire devant cet ordinateur, seul, à côté de ma fenêtre, qui ouvre sur la neige. Monsieur Jean-Luc crie au loup et annonce que ce monstre antédiluvien est revenu en Ariège, d’où les ancêtres l’avaient chassé à coups de fusil et de strychnine. Il est malin, Jean-Luc, on ne la lui fait pas. Il déclare notamment (ici) : « Je n’accuse personne. Seulement, nous les chasseurs, nous connaissons bien la nature. Et nous avons du mal à nous imaginer que des loups puissent venir aussi facilement qu’on nous le dit depuis les Alpes ou les Abruzzes, en passant par le Massif Central, comme on nous le raconte. Ainsi, pourquoi est-ce que nous avons des loups qui viennent d’Italie, alors que les loups espagnols eux, ne viennent pas ? ».

Plein de bon sens, hein ? Ben non. Je vous raconte en quelques phrases trop brèves, faute de temps. Le loup a été exterminé en France grâce aux Jean-Luc Fernandez d’antan et aux primes d’État. Le très probable, c’est qu’il n’y en avait plus un seul sur notre territoire à la fin des années 20 du siècle passé. Après une présence continue, ici même, pendant plus de temps que nous, les hommes. Il y en avait partout par milliers, en plaine, dans les prés, au bord des rivières et des mers, auprès des villes et villages bien plus tard. La civilisation ayant progressé comme jamais, il n’y en eut plus. Et les nobles humains vécurent enfin dans la paix retrouvée, préparant avec la gentillesse qu’on leur connaît Auschwitz, Treblinka et le Rwanda.

Il y a de cela dix ans, j’ai rencontré à Rome Luigi Boitani, un biologiste de réputation mondiale. Il est l’un des meilleurs connaisseurs du loup. En outre, et je ne sais pas comment il fait, mais c’est un type sympathique, qui force en vérité la sympathie. Il est vrai que j’étais dans de bonnes dispositions. Je revenais d’une virée dans le quartier de Trastevere, je ne sais pas si vous connaissez. Je m’éloigne, non ? Je n’ai pourtant pas le temps, pour de vrai.  Boitani m’avait raconté toute l’histoire. Soit une population résiduelle de loups, dans les Apennins  – une montagne d’Italie -, dont le nombre commence à augmenter vers 1975, à la suite de mesures de protection. Et qui fait ce que tous les groupes de loups ont toujours fait et qu’on nomme la dispersion. Des jeunes quittent la meute et font parfois des centaines de kilomètres pour conquérir de nouveaux territoires favorables. Cela marche, ou non.

Boitani, qui savait cela, avait prévenu les autorités françaises que le loup reviendrait tôt ou tard par les Alpes, ce qui s’est fait. Sa lettre doit être dans le coffre-fort d’un imbécile de l’administration, qui au lieu de la montrer, préfère que le fantasme sature la moindre discussion sur le sujet. On a vu le loup dans un vallon du massif du Mercantour en 1992, et depuis, il avance. Et c’est une merveille totale que d’assister à une telle poussée de la vie sur cette terre malmenée. Hourra ! Triple hourra ! Vive le loup ! Vive le loup libre ! Bienvenue à la maison, grand fou !

Des Alpes, il a franchi la vallée du Rhône, le fleuve, la ligne TGV, l’autoroute, puis gagné des parties des Cévennes, et même – les analyses ADN de poils et de crottes sont certaines – les Pyrénées catalanes dites françaises. L’Ariège est à deux pas. Il n’y a aucun mystère. Mais monsieur Fernandez, avec son gros fusil, a besoin de mystère et d’obscur complot pour passer à la télé et dénoncer ce scandale intolérable. Non pas que nos modes de consommation ont trucidé cette culture merveilleuse qu’est le pastoralisme, changeant les bergers en fonctionnaires additionnant les primes. Non pas. Mais plutôt que la police des forêts n’a pas encore abattu l’anarchiste, ce combattant anarchiste qui défie l’ordre et le monde. C’est de l’anthropomorphisme ? Je confirme. Pleinement.

Je suis à la fois pessimiste et optimiste. Une sale petite crapule vient de tuer un loup dans les Alpes avant de le coller dans un sac et de jeter le tout, lesté, dans un étang d’Isère (ici). Connard. Triste connard. Il n’est pas le premier, il ne sera pas le dernier. Ni le connard, ni le loup. Mais d’un autre côté, le retour miraculeux du loup nous donne une occasion unique de refonder nos relations avec ce qui nous échappe et ne nous appartiendra jamais. Je n’ai jamais dit et je n’ai jamais pensé que la présence d’animaux comme l’ours et le loup était facile à accepter. En France, en particulier, par je ne sais trop quelle singularité. Mais justement ! C’est précisément parce que c’est difficile, voire impossible, que c’est nécessaire et grandiose.

Notre rapport au sauvage doit changer. Maintenant. La mémoire ancienne de notre espèce – cet inconscient collectif qui nous vient de dizaines de milliers d’années de confrontation avec la bête -, pèse lourd. Très lourd. Monsieur Fernandez ne se doute pas, mais sa tête en est si pleine que, lorsqu’il se penche devant une caméra, il lui faut faire un héroïque effort pour se redresser. Oui, cette sinistre envie de flinguer tout ce qui dérange domine l’esprit. Mais nous n’avons d’autre choix que de miser sur la liberté, la beauté, la coexistence, la diversité. Ou nous sommes morts.

Franchement, imaginez la suite (sur la neige et le climat)

Je ne vais pas vous faire injure : vous savez cela ou vous pouvez le savoir en réfléchissant seul deux secondes. Nous sommes une civilisation en bout de course. Il aura suffi de quelques centimètres de neige en France pour que la grande panique s’installe. On aura vu un olibrius, directeur je crois de l’aéroport de Roissy – ou ponte d’Air France, je ne sais plus – affirmer d’un ton sérieux que jamais on n’avait vu autant de neige à Roissy.

Baste ! Les aéroports de New York et même Moscou sont atteints du même mal. Il est vrai qu’il y est tombé plus de neige que chez nous. Mais le principe reste le même partout : nous sommes menacés par la dislocation. Les connaisseurs du roman de Barjavel Ravage comprendront mieux ce que je veux dire. La crise climatique démentielle dans laquelle nous entrons pour la simple raison que nous sommes fous, cette crise ne peut que faire exploser les digues de la raison technique. Ce n’est pas une prédiction. C’est une prévision.

Un bon Noël en compagnie d’Aldo Leopold

 Je n’oublie pas que c’est le soir de Noël, je ne saurais oublier le Père Noël, qui a tant compté dans ma vie, jusqu’à aujourd’hui. J’ai déjà publié ici, dans les premiers jours de Planète sans visa le texte qui suit. C’est un extrait de la préface au livre ensorcelant d’un certain Aldo Leopold, que j’ai lu plusieurs fois. Almanach d’un comté des sables est d’une beauté à couper le souffle. J’ai eu la chance de le lire dès 1995 (paru alors chez Aubier), mais sachez qu’il existe une édition de poche. La préface ci-dessous est signée par J.M.G Le Clézio. Je ne trouve pas de plus beau cadeau à vous faire. Je le jure, il est splendide. Bon Noël, du fond du fond de mon  cœur.

Almanach d’un comté des sables

L’Almanach d’un comté des sables  révèle la permanence du monde, dans tous ses gestes et dans tous ses règnes. Il parle du voyage que les oies commencèrent au pléistocène, proclamant chaque année au printemps « l’unité des nations depuis la mer de Chine jusqu’aux steppes sibériennes, de l’Euphrate à la Volga, du Nil à Mourmansk, du Lincolnshire au Spitzbergen ».

 

Il parle de la danse magique des bécasses dans l’amphithéâtre des marécages, de l’ivresse du vent, du langage des arbres et de leur mémoire, inscrite dans les cercles de leurs troncs, aussi précieuse et précise que les traités d’histoire des bibliothèques, du tableau sublime que sait peindre la rivière Wisconsin certains matins d’été et des domaines illimités de l’aube, qu’aucun fonctionnaire du cadastre ne pourra jamais arpenter.

 

Le pouvoir de l’Almanach est dans la musique des mots qui fait surgir les odeurs, les couleurs, les frissons, dans tous ces noms qui écrivent le poème de la terre : la sauge, le sumac, la fleur de pasque, le silphium survivant au désastre, ou Draba, la plus petite fleur du monde, ignorée des botanistes, qui pousse dans le sable des marais. Noms d’oiseaux, colverts, mésanges, pluviers, grouses, avocettes, grèbes des marais, oies sauvages et grues du Grand Nord, chacun avec son langage, ses rituels, sa danse, son jeu dans le théâtre universel.

 

Malgré le temps écoulé, et nos désillusions quotidiennes, l’Almanach d’un comté des sables a gardé aujourd’hui toute sa profondeur, toute son émotion. Le regard prophétique qu’Aldo Leopold a porté sur notre monde contemporain n’a rien perdu de son acuité, et la semence de ses mots promet encore la magie des moissons futures. Voilà un livre qui nous fait le plus grand bien.

 

J. M. G. Le Clézio, prix Nobel de littérature 2008, préface au livre d’Aldo Leopold, Almanach d’un comté des sables (Aubier, 1995)

 

 

 

Vive l’Ademe ! Vive la France ! Vive l’arnaque !

Comme je n’ai pas de temps en ce moment, vous me permettrez de recycler ci-dessous un article de moi paru dans l’hebdomadaire Charlie-Hebdo. Vous y verrez comme se porte bien l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie (Ademe). J’y ajoute pour le même prix une information très, mais réellement très importante. Xavier Beulin vient d’être élu président du syndicat de l’agriculture industrielle, la FNSEA. Cela tombe admirablement bien, car Beulin est le patron d’une transnationale appelée Sofiproteol, qui pèse cinq milliards d’euros de chiffre d’affaires. Sofiproteol, c’est notamment l’industrie des nécrocarburants, que ses promoteurs appellent biocarburants. Et que soutient au travers d’Agrice l’agence publique, payée sur fonds publics, appelée Ademe. Vous voyez que cela se tient. Voici l’article de Charlie.

L’Ademe, ami lecteur, c’est très beau. D’ailleurs, c’est écolo. Créée en 1974 pour faire des économies d’énergie, au temps où ces salopards d’Arabes augmentaient les prix du pétrole, elle a pris plusieurs noms. En 1982, les socialos en ont fait l’Agence française pour la maîtrise de l’énergie (AFME). Elle est aujourd’hui , retiens ton souffle, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie.

Et voilà que ces corniauds de la Cour des Comptes ont décidé d’aller éplucher les dépenses et l’organisation interne. Cela donne un document très drôle, écrit pourtant dans une langue morte : « Communication à la commission du Sénat (article 58-2 de la LOLF) ». On en apprend de belles. L’Ademe ne connaît pas la crise. Au 31 décembre 2009, l’agence employait 1032 personnes, en augmentation de 8,5% par rapport à 2008 et de 12% par rapport à 2007. Avec en outre un « dépassement du plafond » des emplois temporaires, incluant la sous-traitance et l’intérim. Généreux, l’État n’applique pas à l’Ademe la règle de non-remplacement d’un départ à la retraite sur deux.

Question budget d’intervention, tout baigne de la même manière. Il est passé de 340 millions d’euros à 670 millions d’euros entre 2008 et 2009. Sauf erreur de CM1, on n’est pas loin du double. Mais le plus extraordinaire est ailleurs : le grand Emprunt national lancé le 22 juin par Sarkozy prévoit de refiler 2,85 milliards d’euros à l’Ademe. On entre là dans la cour des grands. Pourquoi tant d’argent ? Pour remplir quatre missions magnifiquement vagues : « connaître, convaincre et mobiliser, conseiller, aider à réaliser ». Cela fait cher la conviction. Mais après tout, et si l’Ademe était à la hauteur ?

La Cour des comptes exprime à mots camouflés les doutes les plus sérieux sur la question. D’abord, l’agence est installée sur trois sites – Paris, Angers, Valbonne (Alpes-Maritimes) – très éloignés les uns des autres. Ce qui provoque cloisonnement et surcoûts. Mais pas question de déménager. Ensuite et surtout, le travail de l’Ademe ressemble à un vaste merdier. « Les listes de projets financés, note la Cour, montrent qu’à l’exception de quelques grands équipements (unités d’incinération d’ordures ménagères, réseaux de chaleur etc…), l’Ademe finance en région une multitude de petits projets portant sur un grand nombre de thématiques pour lesquelles les besoins sont virtuellement infinis (des HLM en haute qualité environnementale, des plans de déplacement d’entreprises, des achats de véhicules électriques, des analyses d’éclairage public etc.), sans que l’Ademe paraisse particulièrement proactive ».

Toute cette belle dépense « n’a de sens que si ces petites opérations créent des précédents et visent un effet de contagion. Pour que cet objectif soit atteint, il faudrait que l’Ademe soit capable de faire remonter ce qui est réellement innovant ». Mais, crotte de bique, ce n’est pas le cas. Et pour comble, l’Ademe n’a plus de conseil scientifique depuis septembre 2009, ce « qui est particulièrement pénalisant dans une période où les activités de recherche de l’établissement sont au cœur des nouveaux dispositifs Grenelle et Grand emprunt »

 Nous y voilà peut-être. Le Grenelle de l’Environnement. Cette grande farce montée en 2007 était destinée à faire de Sarkozy le roi planétaire de l’écologie. Pour la seule com’ autour de ce grandiose événement, l’Ademe a été autorisée à claquer 80 millions d’euros. Pas mal. L’Ademe, présidée jusqu’en 2008 par une proche de Sarlozy, Michèle Pappalardo, servirait-elle les mises en scène présidentielles ? Charlie verse au dossier un point indirectement évoqué par la Cour des Comptes, qui note sans insister : «  Au titre de l’action “démonstrateurs énergies renouvelables et chimie verte”, la convention Etat-Ademe publiée au Journal officiel le 8 août 2010 affecte 450 millions d’euros au  versement de subventions et 900 millions d’euros à des interventions sous forme de prêts, avances remboursables et prises de participation ».

 Ce qui se cache derrière ces beaux cadeaux s’appelle Agrice. Un invraisemblable lobby industriel abrité au cœur de l’Ademe, qui défend les intérêts des biocarburants (autrement appelés nécrocarburants). Ceux qu’on obtient en transformant des plantes alimentaires en carburant, dans un monde qui compte un milliard d’affamées chroniques. L’Ademe aide donc avec élégance Agrice, qui regroupe entre autres le chimiste Rhodia, Total, Limagrain, Bayer CropScience, l’Association Générale des Producteurs de Blé et autres céréales (AGPB), le CEA. On voit mieux où part l’argent. Le blé.

En complément du précédent (sur Total, Suez et nos députés)

Il paraît qu’il ne faut pas critiquer la représentation nationale. Les députés, les sénateurs, toutes ces excellentes personnes qui veillent scrupuleusement sur l’intérêt général. Je ne sais pas ce que l’avenir réserve, et je suis bien convaincu que la violence est, historiquement, une arme qui s’est toujours retournée contre les pauvres et les gueux. Seulement, si elle revient un jour hanter nos contrées, il faudra bien savoir de quel côté se situer. Vous ne pensez pas ? Voici deux articles. Le premier a paru dans Le Figaro. Le second dans Libération. Cela ne saurait durer des siècles.

(Je reprends la plume le 21 décembre au matin, car dans la nuit, craignant sans doute des remous, les députés ont modifié le projet de loi évoqué dans l’article du Figaro ci-dessous. Sans rien changer, fondamentalement, à son épouvantable esprit)

(1) Le Figaro

L’Assemblée restreint les pouvoirs de la commission pour la transparence financière.

Par Sophie Huet
20/12/2010

Coup de théâtre, lundi, en commission des lois à l’Assemblée. Jean-François Copé et Christian Jacob ont fait adopter sans aucune publicité deux amendements destinés à ne pas augmenter les pouvoirs de la commission pour la transparence financière de la vie politique. Le nouveau secrétaire général de l’UMP et son ami, le président du groupe des députés UMP, ont ainsi supprimé la nouvelle incrimination (sanctionnée de deux ans d’emprisonnement et 30.000 euros d’amende) pour déclaration volontairement incomplète ou mensongère du patrimoine d’un député. Jean-Luc Warsmann, le président de la commission, et Charles de la Verpillière, le rapporteur UMP du projet de loi organique sur l’élection des députés, dont l’examen a débuté lundi soir, se sont prononcés sans succès contre les amendements Copé-Jacob.

Le 8 décembre, le député UMP Jean-Paul Garraud (Gironde) avait voté contre l’amendement du rapporteur créant cette nouvelle incrimination, qui avait été adopté de justesse en commission des lois, l’UMP et le PS étant divisés sur le sujet. Garraud est revenu lundi après-midi à la charge, en soulignant que « cette incrimination pénale nouvelle n’a pas lieu d’être, car il est inutile que la commission pour la transparence financière devienne une sorte d’autorité judiciaire préalable, et qu’il y a dans l’arsenal juridique toute la gamme d’infractions nécessaires».

Jean-François Copé et Christian Jacob n’ont en revanche pas réussi à empêcher la commission de demander communication des déclarations d’impôt sur le revenu et d’impôt de solidarité sur la fortune des députés. Mais ils ont fait supprimer une autre disposition, également adoptée le 8 décembre: la commission pour la transparence financière ne pourra pas demander au député une communication sur la situation patrimoniale du conjoint séparé de biens, du partenaire lié par un pacs ou encore du concubin. Les débats en commission ont été houleux. Bernard Roman (PS, Nord) a dénoncé « la rupture du compromis» intervenue entre la majorité et l’opposition sur ce texte. René Dosière (PS, Aisne) a annoncé son intention de défendre deux motions de procédure contre le projet de loi organique ainsi modifié. « Avec ces amendements, la commission pour la transparence financière ne sert plus à rien. On est en train de l’enterrer», dénonce ce spécialiste de la traque aux dépenses publiques. En séance, lundi soir, il a même qualifié de «dangereux» un texte qui était, selon lui, «consensuel» à l’origine.

La commission des lois a aussi approuvé lundi un amendement de Bernard Roman, qui prévoit que quand un député est élu au Sénat ou au Parlement européen il peut être remplacé par son suppléant, sans procéder à une élection partielle comme c’est le cas actuellement. Un autre amendement socialiste, également adopté, stipule que quand le Conseil constitutionnel annule l’élection d’un candidat et le déclare inéligible en raison d’irrégularités de son compte de campagne, l’intéressé doit « reverser à l’État le montant perçu du remboursement de ses dépenses».

 

 

(2) Libération

Même réformée, la retraite des députés reste très avantageuse

 Par LUC PEILLON, 03/11/2010

L'Assemblée nationale.

 

Faites ce que je vote, pas ce que je fais. Ou comment les députés, contraints de réformer leur régime (très) spécial de retraites, ont accepté hier de l’aménager, mais sans renoncer totalement à leurs avantages. Une réforme approuvée par l’ensemble des partis représentés au bureau de l’Assemblée, à l’exception du Vert François de Rugy.

Mesure phare qui existait jusqu’ici pour les représentants du peuple: le système de double cotisation lors des trois premiers mandats, puis d’un et demi sur le suivant. Celui-ci permettait aux députés de cotiser 22,5 ans pour une retraite complète, contre plus de 40 ans aujourd’hui pour le commun des mortels. Avec la réforme, les députés ne pourront plus cotiser «que» 1,5 fois sur les deux premiers mandats, 1,33 sur le suivant, puis 1,25 sur ceux d’après. «Un effort de réforme sans précédent», selon le cabinet de Bernard Accoyer, président de l’Assemblée nationale. Et qui conduira à amputer les retraites de 25%.

En réalité, même réformé, le régime restera très confortable. Ainsi, au bout d’un mandat, un député sera encore assuré de toucher une pension de près de 1200 euros (contre 1600 euros auparavant). Soit une retraite obtenue en cinq ans quasi équivalente au montant de la pension médiane touchée par les Français (1334 euros) après une carrière complète (près de 40 ans de cotisation). Et si le député fait un second mandat, il touchera alors le double (2400 euros, au lieu de 3200 euros auparavant). Pour faire taire les critiques, l’Assemblée insiste sur le fait que le mandat moyen d’un député est de 7,5 ans. Ce qui fait tout de même une retraite moyenne de 1800 euros après 7,5 années de cotisations…

Pas de décote pour les députés

Un rendement imbattable, rendu possible grâce à la surcotisation ouvrant droit à une majoration d’annuités, mais également par le fait que les députés ne sont pas soumis au dispositif de la décote. Pour un salarié lambda, par exemple, la retraite sera proportionnelle au nombre d’annuités cotisées, mais aussi amputée d’une décote de 5% par année manquante (dans la limite de cinq ans). Pour les députés, pas de décote, la pension est calculée au prorata du nombre d’années effectuées. Argument de l’Assemblée: leur système n’étant intégré à aucun autre, leurs années ne comptent pas dans la reconstitution finale de la carrière. Sauf à faire 31 ans de mandat pour une carrière complète, tous seraient soumis à la décote. Et devraient attendre l’âge d’annulation de celle-ci que la nouvelle loi sur les retraites a justement repoussé à 67 ans.

Reste que ce système, même réformé sur d’autres points (suppression du 13e mois, recul de l’âge légal, alignement du taux cotisation sur celui du privé), demeure sans doute le plus lucratif de tous les régimes spéciaux. Mais l’écrire, «c’est être accusé d’antiparlementarisme primaire», glisse un député frondeur. Pour le patron du groupe UMP, Jean-François Copé, c’est même «un bon accord, équilibré, qui nous rapproche singulièrement du régime général». Ne reste plus, alors, qu’à aligner le régime général des salariés sur celui des députés…