Archives mensuelles : avril 2011

Éric Zemmour est-il un trou du cul (sur les gaz de schistes) ?

Il n’est pas exclu que vous ne connaissiez pas Éric Zemmour. Si. Mais ce n’est pas moi qui pourrais, dans ce cas, bien vous le présenter. Je n’ai pas de télé. Or, c’est visiblement un héros fabriqué par cette si jolie lucarne dans laquelle un peuple se sera suicidé. N’exagérons rien quand même : il m’est arrivé, sur mon ordinateur, de le voir blablater dans des émissions de Laurent Ruquier, en compagnie d’un homme qu’il m’arriva d’estimer jadis, Éric Naulleau.

Par précaution, je vous renvoie à l’inévitable page Wikipédia concernant Zemmour (ici). C’est un écrivant et journaliste de droite, qui se croit provocateur quand il n’est guère que client perpétuel au café du Commerce. Le monde est désormais si ennuyeux, si vain, si vide du moindre relief intellectuel que le premier qui rote est admiré comme un phare de la pensée la plus exquise. Zemmour n’aime pas les homos, ne considère les femmes que si elles se soumettent à son si puissant pouvoir masculin, et veut supprimer ce qui, dans la loi, condamne le racisme comme un délit. Il est magnifique.

Mais n’est-il pas, au détour de quelque envolée, également un trou du cul ? Ce sera ma question du jour. Je viens de l’écouter sur RTL, où il dispose d’une petite tribune quotidienne (ici). Sujet abordé le 27 avril 2011 : les gaz de schistes. Bien entendu, Zemmour ignore absolument tout du sujet. Pendant les deux premières minutes – sur un peu plus de trois -, il lit consciencieusement ce qu’il aura recopié ailleurs. C’est à peu près exact, à quelques sérieuses réserves près.

C’est ensuite que notre grand homme de poche se souvient qu’il est un rebelle, un opposant courageux à la pensée unique, celle de la gauche, croit-on deviner. Celle des écologistes, qui est la même, croit-on entrevoir. Et c’est à ce moment un festival, d’où il ressort que la mobilisation contre les gaz de schistes est un « refus de la science », que c’est « l’idée même du Progrès qui est rejetée, et la Science ostracisée ». Je dois convenir que les capitales à science et progrès sont de mon seul fait, car Zemmour, rappelons-le, se contente de lire un texte. Mais enfin, je crois que les majuscules y sont.

Ensuite ? La France « fut jadis ce pays de la Raison, qui adulait Pasteur et Marie Curie, qui avait inventé la montgolfière, l’avion et l’automobile. Mais c’était il y a fort longtemps ». J’ajoute que l’on voit Zemmour dans les locaux de RTL et que sa tête ne laisse place à aucun doute. Un, il envoie des mimiques à l’animateur, pour lui signifier apparemment combien ce qu’il va dire le navre. Deux, tout le reste de ses mouvements faciaux me paraît montrer qu’il prend un pied géant au cours de sa (trop) courte péroraison.

Que vous dire d’autre ? Zemmour est désormais la mascotte de la droite de l’UMP, qui voit en lui un couillu susceptible de montrer à l’électorat qu’elle en a bel et bien, malgré les apparences. Voilà donc où nous en sommes. Zemmour pourrait aisément servir de point zéro à partir duquel calculer les oscillations de la non-pensée. Cette non-pensée qui sert de discours, c’est indiscutable, à des millions des nôtres.

Est-il un trou du cul ? Je me rends compte que je n’ai pas fourni la réponse. Peut-être la trouverez-vous sans moi ? Cela ne me semble pas hors de portée.

Arnaud Gossement as a guest star

Je vous livre, presque brut de décoffrage, une dépêche de l’AFP qui me fait rigoler. J’ai allumé Arnaud Gossement ici, plus d’une fois. Ce porte-parole de France Nature Environnement (FNE) au moment du Grenelle de si belle mémoire, s’est fortement rapproché de Jean-Louis Borloo et de son noble Parti radical. C’est que le monsieur a de grandes ambitions. Pour lui. Notons qu’il n’est pas le seul. Il faudra dresser un jour la liste de tous ceux qui ont utilisé le mouvement associatif – notamment autour du Grenelle – pour se propulser dans l’aire politique. Il y en a beaucoup. Il ne s’agirait pas d’une entreprise policière, mais de clarification. Et elle nous permettrait de comprendre certains mystères apparents.

En attendant, donc, rions. Madame Kosciusko-Morizet vient de confier au grand juriste Arnaud Gossement une réflexion à propos de la réforme du Code minier. C’est un dossier essentiel, notamment au sujet des gaz et pétroles de schistes. Je ne sais pas ce qu’il sortira de ce méli-mélo, mais une chose est bien certaine : Gossement servira de caution « écolo » à une entreprise politique d’une tout autre nature. J’ai détaillé plusieurs de ces fantaisies dans mon livre Qui a tué l’écologie ? Est-ce de la pub ? Même pas.

Un dernier point encore plus désopilant : Gossement est donc un grand pote de Borloo, qui a signé les permis d’exploration des gaz de schistes. J’attends avec gourmandise, sachant que rien ne viendra, les explications du petit soldat sur les errements de son grand général.

La dépêche de l’AFP

Environnement-énergie
Schiste: le gouvernement réfléchit à une vaste réforme du code minier

PARIS, 27 avr 2011 (AFP) – En plein débat sur le très controversé gaz de schiste, le ministère de l’Ecologie réfléchit à une vaste réforme du code minier, hérité du 19e siècle, qui prendrait mieux en compte les enjeux environnementaux.

Une mission pour évaluer la situation juridique en Europe et les pratiques en cours dans les principaux Etats membres a été confiée par la ministre Nathalie Kosciusko-Morizet à l’avocat Arnaud Gossement, ex-porte-parole de France Nature Environnement (FNE).

Il s’agit de mieux cerner ce qui se fait en matière d' »information du public » et de « protection de l’environnement pour l’exploration et exploitation des sols et sous-sols », a déclaré mercredi à l’AFP le ministère. « Une telle réforme permettrait de répondre aux enjeux, tant démocratiques, industriels qu’écologiques (…) alors que des questions nouvelles se posent à nous, telles que celles relatives à la recherche de gisements d’hydrocarbures, à la géothermie et au stockage de carbone », écrit « NKM » dans sa lettre de mission.

Pour Me Gossement, « le code minier est un instrument qui correspond à une autre époque, où il fallait produire. Sa priorité était de donner des droits aux entreprises qui vont exploiter le sous-sol ». « On ne se souciait pas, comme aujourd’hui, d’environnement et de participation au public. Or aujourd’hui, de nouvelles préoccupations arrivent et ne sont pas assez présentes dans le code », a-t-il expliqué à l’AFP, soulignant que, pour autant, « il ne faut pas faire fuir les industriels ».

« On a besoin d’un équilibre », a-t-il mis en avant. Un premier pas vers une réforme du code minier a déjà été accompli avec le dépôt d’un projet de loi pour instituer notamment « de nouvelles procédures de consultation » du public avant la délivrance des permis de recherche. Les trois permis d’exploration de gaz de schiste dans le sud de la France, délivrés en mars 2010 par l’ex-ministre de l’Ecologie Jean-Louis Borloo et qui ont provoqué une vive opposition sur le terrain, n’avaient été précédés que d’une simple information du public.

Les résultats de la mission confiée à Me Gossement devraient permettre de nourrir le débat législatif sur cette question, et « inspirer le dépôt d’amendements », a précisé l’avocat.

AFP 271509  APR 11

Deux mots à l’attention de Patrick Pappola (ou plutôt, trois)

Cher Patrick Pappola,

Même si je ne trouve jamais le temps de te parler directement, sache que je suis sacrément content que tu sois là, si proche. Et j’en profite pour signaler l’excellent site auquel tu participes, ici. Et d’un .

Merci de même pour ton dernier commentaire concernant la tribune de Corinne Lepage sur le nucléaire, paru dans le journal Libération (ici). Lepage est peut-être bien de droite, mais pas de cette droite odieuse qui règne sur ce pays. Et son papier est absolument remarquable, de la première à la dernière ligne. Je sais ce qu’on lui reproche, notamment son sens affirmé des affaires. Mais, au moins cette fois, oubliez vos préventions, et lisez. Ce texte devrait servir d’étendard. Et de deux.

Enfin, concernant le rassemblement du Larzac dont j’avais imprudemment annoncé la tenue cet été. Il est plus que compromis, faute d’infrastructures, de bénévoles, d’argent. Faute d’autre chose aussi, qui me tracasse, mais dont je préfère ne pas parler aujourd’hui. Nous sommes quelques-uns à réfléchir à un projet redimensionné,  permettant d’accueillir dans de bonnes conditions une quinzaine de milliers de personnes dans les Cévennes. Autour de la question de l’énergie, en reliant les points clés que sont les gaz et pétroles de schistes, le nucléaire et les énergies renouvelables. Mais, et je le dis solennellement, cette idée appartient à quiconque est en mesure de la faire vivre. Si vous êtes d’accord pour les Cévennes, bienvenue aux bras indispensables à la réussite. Et si vous avez meilleure idée, faites-le connaître, et tout de suite ! Et de trois.

Voilà, cher Patrick Pappola, ce que je voulais te dire ce 26 avril 2011, sinistre vingt-cinquième anniversaire de Tchernobyl, fin définitive des croyances imbéciles dans le progrès technologique.

Un épouvantable rapport d’étape (sur les gaz de schistes)

 Courage et confiance, la lecture qui suit n’est jamais qu’un mauvais moment à passer. Si je la crois nécessaire, c’est que je vois à quel point nous sommes tous malades. À quel point il est facile de manipuler, de tricoter un bonnet de nuit avant que de nous pousser au lit. L’affaire, cette si grave affaire des gaz et huiles de schistes ne fait vraiment que commencer. La première manche ayant été gagnée par la belle armée des refusants, voici déjà la seconde, qui ne sera probablement que la deuxième. À ce stade, impossible de prévoir le nombre de batailles, mais elles seront nombreuses. Pour l’heure, un rapport officiel. Le premier d’une longue série.

Ainsi donc, nous y sommes. Le fameux rapport d’étape est arrivé sur ses petits pattes (ici). De quoi s’agit-il ? D’une mission d’expertise confiée par le ministère de l’Écologie et celui de l’Énergie, en février, à deux remarquables institutions françaises, le Conseil général de l’industrie de l’énergie et des technologies (CGIET) et le Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD). Dans la lettre de mission signée par madame Kosciusko-Morizet et monsieur Besson, il était demandé d’éclairer les choix du gouvernement à propos de l’extraction des gaz et pétroles de schistes.

Eh bien, c’est une réussite, car l’éclairage est là, nul doute. Mais commençons par une explication qui nous rafraîchira la mémoire. Le CGIET, c’est le corps des ingénieurs des Mines, né en 1783 – l’école en tout cas -, avant d’être confirmé en 1794. Le CGEDD, c’est celui des Ponts et Chaussées, fondé en 1716, auquel on a adjoint ces derniers temps celui des Eaux et Forêts. Notez avec moi que cette « noblesse d’État » – l’expression est de Pierre Bourdieu – a échappé à toutes les guerres, changements de régime et révolutions.

Plus puissants que les ministres

Le rôle de ces ingénieurs d’État ne saurait être surévalué. Ils sont synonymes de la destruction par la technique et la force matérielle de notre pays. Nés avec la révolution industrielle, ils ont mené, faisant la course en tête, toutes les aventures extrêmes. La bagnole individuelle et le système routier, puis autoroutier. Les canaux et barrages. Les ponts bien sûr, mais aussi les ports et nos magnifiques équipements touristiques. Le pétrole et Feyzin. Le Havre et Fos. Le nucléaire. La Hague. Les villes nouvelles. Superphénix.

Ces corps sont bien plus puissants – en réalité, il n’y a aucune commune mesure – que les ministres. Ces derniers viennent soigner leur image un an ou deux. Les corps d’ingénieurs sont là pour l’éternité, à la tête des administrations centrales, qui préparent les dossiers que d’autres contresigneront en se demandant ce qu’ils mangeront le soir au dîner. De ce point de vue, le cas Borloo est exemplaire. En mars 2010, par exemple, alors ministre de l’Écologie et de l’Énergie, il paraphe entre deux bâillements des permis d’exploration de gaz de schistes, qui vont mettre le feu aux poudres. Qui a préparé les documents ? Son directeur de l’Énergie, ingénieur des Mines bien sûr, Pierre-Marie Abadie. Quand l’affaire tourne en province à la jacquerie, ce même Borloo n’éprouvera aucune honte à déposer, ces dernières semaines, un projet de loi réclamant l’abrogation de ses propres autorisations scélérates. Pendant ce temps, madame Kosciusko-Morizet et monsieur Besson confient un contrefeu au corps des Mines, d’où est issu Abadie. Vous suivez ? On donne aux brillants concepteurs des permis d’exploration le droit de dire quoi penser de ces mêmes permis. Le suspense est insoutenable, n’est-ce pas ?

Le monopole de l’expertise technique

Au passage, notons ensemble qu’un monopole de l’expertise technique fausse tout débat public. Un livre serait à faire – avis ! – sur la manière dont les ingénieurs se sont emparés de ce pouvoir décisif. Oui, comment ont-ils fait ? À chaque fois que le pouvoir politique, qui ne sait pas grand chose par lui-même, veut entrevoir l’avenir, il se tourne vers ces experts en tout. D’où croyez-vous, amis lecteurs, que soit sorti le schéma autoroutier dont certains sont si fiers ? D’où notre parc de 58 réacteurs nucléaires ? D’où le remembrement de notre pays, le recalibrage de milliers de rus et ruisseaux, l’arasement des talus ? D’où ces villes nouvelles – je connais fort bien Noisy-Mont d’Est, à Marne-la-Vallée – dans lesquelles s’entasse la misère humaine ?

Non seulement les ingénieurs d’État déploient leur puissance – la bandaison, papa, ça ne se commande pas – sur fonds publics, mais ils repassent ensuite expliquer doctement, dans des rapports indiscutables et d’ailleurs indiscutés ce qu’il faut penser de leurs belles actions de terrain. Excusez-moi, mais j’y insiste : il y a monopole de l’expertise. Et passe ainsi comme lettre à la poste le fait brutal que l’on a confié l’examen du dossier gaz de schistes à ceux-là mêmes qui ont failli l’imposer sans l’ombre d’un débat. Si l’on ne part pas de ce coup de force oligarchique permanent, on ne comprend rien à l’extrême malignité du dossier.

Une anecdote, que j’ai déjà racontée ailleurs. Un jour de 1992, j’ai longuement rencontré Jacques Bourdillon, ingénieur général des Ponts et Chaussées. Il avait fait sa carrière pleine et entière au ministère de l’Équipement, et je pensais le trouver là-bas. Mais non. Il fallait le joindre ailleurs, car il venait de prendre sa douce retraite après une vie au service de l’État. Je l’appelais et pris rendez-vous dans ses nouveaux bureaux de la rue du Général-Camou, tout proches de la Tour-Eiffel, car il avait repris du service. Juste avant de quitter le ministère de l’Équipement et des Transports, notre ingénieur avait laissé un immense cadeau appelé : « Les réseaux de transport français face à l’Europe », publié en 1991.

Mazette ! À le lire, la France était simplement menacée de marginalisation économique. L’Allemagne, l’Angleterre, le Bénélux, le nord de l’Italie même nous taillaient des croupières, prenant une insupportable avance sur nous. Par chance, Bourdillon veillait. Il suffisait d’investir massivement dans de nouvelles infrastructures – ponts, ports, routes, rocades et autoroutes – et nous reprendrions la main. Le tout pour la somme dérisoire de 1560 milliards de francs en quinze ans, soit plus de 100 milliards par an. Soit 15,38 milliards d’euros. Par an. Et Bourdillon travaillait alors, quand je vins parler avec lui, pour le bureau d’études commun à toutes les sociétés d’autoroute, Scetauroute.

Un préambule nécessaire

Et le rapport d’avril 2011, alors, que faut-il en penser ? Je précise que je l’ai lu, mais n’ai pas étudié la moindre de ses roueries, qui me paraissent, en l’état, fort nombreuses. En préambule, je note que nos ingénieurs n’expliquent nullement comment l’État, et à leur demande, a pu se tromper aussi lourdement. Car notre belle noblesse reconnaît que de nombreux « dysfonctionnements » se sont produits. Et que certains problèmes « environnementaux » n’ont toujours pas été réglés. Pourquoi n’expliquent-ils rien de leur propre fiasco ? Mais parce que ce n’est pas le leur ! Plus malins que quiconque, ils refilent le mistigri, sans le dire, aux politiques. Car tout repose sur un mensonge global : les politiques sont les maîtres, et les ingénieurs leurs serviteurs. Sauf que les serviteurs font des fêtes à tout casser pendant que les maîtres roupillent. À l’arrivée, plus personne n’est responsable de rien. Ni l’État, ni les ingénieurs, ni les conseillers ministériels, ni les ministres bien sûr. C’est ainsi que se préparent les drames de l’amiante ou des pesticides.

Ce n’était qu’un préambule, vous m’en excuserez. La suite. Premier commentaire, que je crois très important : nos ingénieurs mènent en passant une guerre du vocabulaire qu’ils espèrent bien gagner. Qui tient les mots tient une partie du dossier. Vous remarquerez si vous lisez leur prose qu’il ne faut plus parler de gaz et de pétrole de schistes, mais de gaz et pétrole de la « roche-mère ». Ah ? Oui. Bien entendu, nul n’est obligé de me croire. Mais la novlangue n’a pas été inventée pour les chiens. Je gage que, demain, ces messieurs trouveront une autre astuce langagière pour ne plus parler de fracturation hydraulique – la seule connue pour extraire gaz et pétrole – mais par exemple de « stimulation », mot déjà utilisé dans le rapport.

Ces puits qui ressemblent à des villages Potemkine

On se doute que l’essentiel est ailleurs. Pour qui sait lire, c’est évident. La France, si ce rapport a le poids attendu par ses auteurs, va se doter de « puits expérimentaux ». Comme dans les villages Potemkine de la défunte Catherine de Russie, on aura pris grand soin de réparer les routes et repeint de frais les palissades des véritables chantiers. Je cite : « Ces puits, faits par les industriels, seront « suréquipés » de tous les dispositifs de contrôle pour pouvoir « éclairer » tous les points de vigilance ». Et comme de juste, on n’y utilisera pas les centaines de vilains produits chimiques – nombre sont cancérigènes, mutagènes, reprotoxiques – de ces idiots d’Américains, mais plus sûrement une vingtaine, et garantis sans risque pour l’environnement. Le tout écrit sur le ton de l’évidence, sans même essayer, par des références crédibles, de nous faire croire ce conte de fées. Faut-il qu’ils se sentent forts !

Nos ingénieurs, et je crois que le pouvoir politique les y aura encouragés, au plus haut niveau, ont décidé de laisser passer l’orage. J’ai reçu quelques confidences assez fiables qui me font penser que M. Sarkozy tenait ce dossier pour « un emmerdement de plus » dans une campagne présidentielle qui s’annonce rude. Il s’agit à mon sens de tenir jusqu’en 2012. Au-delà, ou la droite repasse et tout redémarre. Ou la gauche l’emporte et…tout redémarre. Pour de multiples raisons que je ne peux détailler ce lundi de Pâques, je crois que les socialistes se laisseront tôt ou tard circonvenir. À moins qu’un très vaste mouvement populaire ne les oblige à réellement changer de cap. Vous pensez sérieusement que l’ultramondialiste DSK accepterait de priver Total et GDF-Suez de réserves prouvées de gaz ? Allons.

Poursuivons. Le cœur du rapport, le voici, sous la forme d’une citation : « Dans deux ou trois ans, l’expérience acquise, aussi bien dans notre pays qu’en Europe et en Amérique du Nord, permettra de prendre des décisions rationnelles sur l’opportunité d’une exploitation de gaz et huiles de roche-mère en France ». N’est-ce pas limpide ? Tout se fera « rationnellement », sous le contrôle strict – pour sûr – de « comités locaux d’information », avec la garantie d’un « Comité scientifique national, composé d’experts ». Exactement comme pour le nucléaire et les nanotechnologies. Il ne manque plus, mais cela viendra, que la bouffonne Commission nationale du débat public (CNDP).

La crise du climat ? Mais quel climat ?

Tout est l’avenant. Malin, retors, désarmant. Encore un mot sur le climat, dont trop peu d’opposants parlent, en tout cas à mon goût. Nous sommes officiellement, c’est-à-dire dérisoirement engagés dans une mobilisation historique visant à diminuer massivement nos émissions de gaz à effet de serre. Tout le monde sait qu’une offre nouvelle et massive entretiendra le gaspillage planétaire d’énergie et qu’aucun État n’acceptera de renoncer à une source – le pétrole, le nucléaire ou le charbon – pour la raison qu’on exploiterait du gaz de schistes. Cela viendra en complément, bien sûr, entretenant les feux de l’enfer de la machine industrielle.

Ni les industriels ni nos ingénieurs ne citent une seule étude soulignant la supériorité des gaz de schistes sur – par exemple – le charbon. Car il n’en existe pas. En leur faveur du moins. En revanche, des études partielles, et qu’il faut donc poursuivre – celle de l’université de Manchester, celle de Cornell – font craindre que le cycle complet des gaz et pétroles de schistes émette en réalité plus de gaz à effet de serre que le charbon.

On comprend mieux ce qui suit. Le rapport des ingénieurs  cite un extrait de la loi sur l’énergie votée en France en 2005, mais omet miraculeusement ici : « La lutte contre le changement climatique est une priorité de la politique énergétique qui vise à diminuer de 3 % par an en moyenne les émissions de gaz à effet de serre de la France. En conséquence, l’Etat élabore un « plan climat », actualisé tous les deux ans, présentant l’ensemble des actions nationales mises en oeuvre pour lutter contre le changement climatique.

  » En outre, cette lutte devant être conduite par l’ensemble des Etats, la France soutient la définition d’un objectif de division par deux des émissions mondiales de gaz à effet de serre d’ici à 2050, ce qui nécessite, compte tenu des différences de consommation entre pays, une division par quatre ou cinq de ces émissions pour les pays développés ». Si nos ingénieurs avaient cité fidèlement le texte, ils auraient dû reconnaître cette évidence que l’extraction de gaz et de pétrole de schistes en France viole sans détour la loi de 2005. Et ils ont donc préféré s’arrêter juste avant l’instant fatal. N’est-ce pas merveilleux ?

Vous le savez certainement, notre glorieuse Assemblée nationale doit étudier et voter un texte de loi le 10 mai prochain, qui devrait, sauf surprise, abroger tous les permis d’exploration de gaz et de pétrole de schistes en France. Une victoire ? Certes oui, mais à la Pyrrhus, comme la plupart de celles dont nous nous contentons. Nous savons, j’espère que vous savez que le véritable pouvoir de décision se situe ailleurs, loin  de nos regards. Il n’empêche que cela nous donnera probablement une bonne année pour organiser mieux encore notre mouvement, qui a grand besoin de grandir et de se fortifier. Il n’est pas interdit de souffler quelques jours, car nous avons collectivement surpris nos adversaires, jusqu’à les obliger à ces humiliantes explications. Ce qui nous attend est le plus dur. Mais aussi le plus exaltant. ¡ Hasta enterrarlos en el mar !

Rien n’est évidemment fini (sur les gaz de schistes)

 Je ne recule vraiment devant aucune audace. Ci-dessous, un article du Figaro daté du 5 avril. Il n’est pas exceptionnel – de loin -, mais il permet de mettre en perspective les annonces en cours concernant les gaz et pétroles de schistes. Évidemment, on assiste à un simple recul tactique du pouvoir en place. Le choix a été fait de ne pas charger davantage le climat préélectoral, à un an de l’élection présidentielle. Mais toutes les informations disponibles montrent que les ingénieurs des Mines, Total, GDF et leurs amis politiques préparent leur revanche. Pour des raisons évidentes que je ne détaille pas ce jour, il est certain que cette diabolique machine repartira tôt ou tard. Le système industriel, auquel tous les politiques sont soumis, ne saurait accepter que l’on lui interdise de forer le sous-sol français. Tout n’est qu’une question de temps et d’opportunité. Nous avons remporté haut la main la première manche, mais ceux d’en face entendent gagner la seconde, et empocher la belle.

Une seule solution, qui est de loin la plus difficile : maintenir une mobilisation sur le terrain pendant un an au moins. Voici donc le papier du quotidien de MM.Mougeotte et Dassault.

Les industriels défendent le gaz de schiste

Alors que l’Etat s’apprête à interdire l’exploitation des gaz de schiste, Total et GDF Suez, jusqu’à présent silencieux, montent au créneau pour faire entendre leur voix.

Si l’Etat semble bien décidé à enterrer les projets d’exploitation de gaz et huile de schiste, il n’en va pas de même pour les industriels. Après Total et le secteur pétrolier, c’est désormais au tour du PDG de GDF Suez, Gérard Mestrallet, de s’exprimer sur le sujet. Dans les colonnes des Echos, le dirigeant regrette que «la France tourne la page des gaz de schiste avant de l’ouvrir».
Le gouvernement vient en effet de faire volte-face sur le sujet. Face à une mobilisation grandissante contre l’exploitation de ces gisements aux effets potentiellement néfastes pour l’environnement, le premier ministre a demandé mercredi l’annulation des permis de recherche. En mars 2010, Jean-Louis Borloo, alors ministre de l’Ecologie, avait autorisé la recherche de ces gaz «non conventionnels» dans le sous-sol français : trois permis avaient été attribués, l’un à Total et deux autres au groupe Texan Schuepbach, associé à GDF Suez.

Impact sur les prix
Il n’est pas certain toutefois que les industriels en restent là. Ils surfent sur la hausse des prix des carburants pour justifier une poursuite de la recherche dans ce domaine. Le PDG de GDF Suez argue ainsi dans Les Echos que «la France gèle les prix du gaz d’un côté et de l’autre refuse de produire des gaz de schiste. Je rappelle que si le gaz naturel n’est pas cher aux Etats-Unis, c’est grâce aux gaz non conventionnels».
Même son de cloche chez Total. Dans un récent entretien au Parisien-Aujourd’hui en France, le PDG du groupe pétrolier, Christophe de Margerie a estimé que les prix de l’essence vont continuer à flamber pour atteindre 2 euros lellitre de super et que cette évolution rend nécessaire la recherche d’autres sources d’énergie. Il cible en particulier les gaz de schiste : «On ne peut pas d’un côté défendre la sécurité de l’approvisionnement en France, et de l’autre, interdire la prospection de ces fameux gaz de schiste. Comment peut-on prendre une décision définitive sans même savoir si ce gaz est présent dans le sol français et s’il est exploitable?»

«Une exploitation «propre» est possible»
De même, Gérard Mestrallet prône une poursuite des recherches, également sur les méthodes d’extraction de ces gaz. «Conclure que jamais on ne pourra mettre au point des technologies propres permettant d’exploiter des gaz de schiste, il y a un pas en tant que scientifique que je ne franchirait pas», déclare le dirigeant. Total va plus loin. Bruno Courme, directeur de Total Gas Shale Europe, la filiale du groupe pétrolier dédiée au gaz de schiste, se dit «certain de pouvoir proposer une exploitation «propre» des gaz de schiste».
Une technologie plus propre, et moins controversée, pourrait amener le premier ministre, actuellement opposé à l’exploitation des gaz de schiste, à réviser sa position: «Il n’est pas question de fermer la porte à des progrès technologiques qui permettraient demain d’accéder à de nouvelles ressources énergétiques», a en effet souligné François Fillon lors de son discours en faveur de l’annulation des permis déjà attribués. Une mission de recherche scientifique sur les possibilités d’exploiter ces gisements avec d’autres technologies se poursuit actuellement.

Pas d’alternative crédible pour le moment
Sauf que cela pourrait prendre du temps. Interrogé par lefigaro.fr, Total reconnaît que, pour l’heure, il n’y a pas d’alternative à la technique de fracturation hydraulique mise en place par le texan Haliburton. Un procédé efficace mais aux effets notoirement nocifs pour l’environnement. Cette méthode vise à créer de petits tremblements de terre à plus de 2000 mètres de profondeur avant d’injecter de grandes quantités d’eau et de produits chimiques pour extraire les combustibles. Le film choc Gasland, nommé aux Oscars 2011 – qui a eu un effet notable sur les mouvements de contestation – démontre concrètement quelles peuvent être les conséquences sur l’eau potable, la qualité de l’air et la santé publique de cette méthode d’extraction.

Cap sur l’étranger
Et en France, une «journée nationale de mobilisation» contre les gaz de schiste doit avoir lieu ce week-end. Il se pourrait alors que les industriels se tournent vers l’étranger. Total vient d’ailleurs de finaliser un accord avec CNPC-PetroChina pour exploiter un gisement de gaz non conventionnel en Mongolie intérieure et le groupe possède deux permis d’exploration pour du gaz de schiste au Danemark et six autres en Argentine. Reste à savoir si l’impact écologique d’une même technique est différent d’un pays à l’autre.

Fin de l’article