Archives mensuelles : février 2013

Non, la nature n’est pas « compensable » !

La bagarre contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes a mis en mouvement une tribu qu’on croyait disparue, celle des naturalistes. Les naturalistes, si chers à mon cœur, sont ceux qui, scientifiques ou amateurs, observent le fabuleux spectacle, permanent et gratuit,  de la nature. Certains restent au labo, le nez vissé au microscope; d’autres courent les grèves et les landes, les forêts et pics à la recherche d’une fleur, d’un accouplement, d’une bouse. Comme je les aime !

Je l’ai donc signalé ici (les naturalistes en lutte) ou ailleurs ( dans Charlie Hebdo), les amis des oiseaux et des fleurs ont lancé un inventaire de la biodiversité des 2 000 hectares convoités par les promoteurs de ce foutu aéroport. Par dizaines, ils arpentent le bocage et notent tout ce qu’ils peuvent. Pour ma part, je ne doute pas que ce travail aidera à défaire nos adversaires. Il existe encore, en effet, quelques remparts légaux, dont je reparlerai. Mais en attendant, même si cela paraîtra lointain à nombre de lecteurs de Planète sans visa, j’ai souhaité vous faire partager un texte sur ce qu’on nomme la « compensation ». Les crétins qui commandent estiment que l’on a parfaitement le droit de détruire un lieu si l’on « compense » ailleurs, après travaux de génie écologique éventuellement, ce qui a disparu. C’est contre cet « argument » détestable que s’élèvent les mots qui suivent.

Les décompenseurs en lutte

Que ce soit au regard de la biodiversité ou au titre de la loi sur l’eau, AGO [Aéroport Grand Ouest] et l’État présentent de multiples mesures visant à compenser la destruction irréversible de la ZAD [Zone d’aménagement différé]. La compensation est la dernière étape d’un triptyque Éviter, Réduire, Compenser. S’il nous semble évident que la construction de cet aéroport devrait avant tout être évitée, la Déclaration d’Utilité Publique (DUP) a permis aux « opérateurs » d’avancer jusqu’à l’étape Compenser. Cette démarche est présentée comme « innovante » et plusieurs éléments laissent penser que l’expérience tentée ici, devrait devenir un modèle pour d’autres grands projets en France.

En effet, la méthodologie, commune aux dossiers biodiversité et loi sur l’eau, est proposée par le plus gros bureau d’étude environnemental en France, Biotope. Pourtant, cette méthodologie est critiquable sur de nombreux aspects, aussi bien sur le fond que sur la forme. C’est pourquoi, nous avons créé un groupe de travail, les décompenseurs en lutte, pour tenter de mettre au jour les menaces d’une telle approche, tant pour Notre-Dame-des-Landes que par la « flexibilisation » destructive qu’elle permettrait ailleurs en France.

Voici quelques points sur lesquels nous pensons travailler.

1. La compensation écologique repose sur l’illusion que l’ingénierie et la toute puissance de la technologie permettront de restaurer de la nature. Des études empiriques démontrent pourtant que la restauration de zones humides ne permet jamais de retrouver la biodiversité et les fonctions écologiques des zones naturelles. Cette arrogance technophile est particulièrement inquiétante. Peut-on croire que la techno-science va réconcilier croissance et nature ?

2. La compensation se fait en tranches, après un découpage technocratique : seules les espèces protégées sont considérées, seules certaines « fonctions » écologiques, sont considérées. L’entité que forme l’écosystème détruit n’est pas compensée en tant que telle comme un tout cohérent attaché à un territoire et des pratiques agri-culturelles, mais morceau par morceau. Ces morceaux sont compensés séparément en ignorant leur interdépendance et leur degré de connexion. Peut-on déplacer la nature comme on déplace des voyageurs ?

3. Sur la base de hiérarchies fonctionnelles et de biodiversité les différentes zones se voient attribuées des valeurs et des coefficients de « besoin compensatoire ». Ces coefficients varient de 0,25 pour les zones les plus « pauvres » à seulement 2 pour les plus « riches » (alors que le barème du Comité National de Protection de la Nature (CNPN) préconise des coefficients allant jusqu’à 5 ou 10). Peut-on se satisfaire de ces coefficients, non validés scientifiquement, qui apparaissent comme un bricolage permettant une « compensation » au rabais pour AGO et l’État ?

4. La destruction occasionne une perte de nature immédiate et certaine, tandis que la compensation par des projets de restauration écologique (type « actifs de nature » qui sont une forme de spéculation) ne peuvent éventuellement compenser que de façon différée dans le temps et incertaine. Les mesures compensatoires proposées aussi bien pour l’aéroport que pour le barreau routier prévoient de l’acquisition foncière et des contractualisations (baux ruraux de 9 ans) avec des agriculteurs afin d’« améliorer » le bocage et les zones humides existantes en périphérie de la ZAD. Peut-on accepter qu’aucune garantie ne soit donnée quant à la sécurisation réglementaire de ces mesures dont la durée n’est ni à la hauteur de celle de la concession (55 ans) ni de celle nécessaire à la restauration écologique ?

5. L’équivalence écologique nécessaire à l’échange est formalisée par des « Unités de Compensation » qui visent à rendre commensurables (c’est-à-dire comparables sur une même unité de valeur) des couleuvres et des chauves-souris. Ces unités de compensation peuvent être achetées par des banques d’un nouveau genre, des banques « d’actifs naturels » à l’instar de la CDC-Biodiversité. Partout en France de nouveaux opérateurs de compensation sont labellisés par l’État, autorisant des multinationales (comme Veolia ou Bouygues) à faire des profits supplémentaires grâce à ce nouveau marché compensatoire. Peut-on échanger des espèces et des fonctions écologiques sur des marchés comme des titres d’actifs financiers ?

Si ce travail vous intéresse, entre visites de terrain et décodage de dossiers technocratiques, rejoignez-nous en contactant decompenseurs@gmail.com

Anne, Arnaud, Audrey, Camille, Christophe, Marc, Philippe, Jean-Marie.

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Pour toute nouvelle fraîche, une seule adresse : http://naturalistesenlutte.overblog.com/

Comment on devient une vedette internationale (grâce à la bidoche)

Les lecteurs habituels de Planète sans visa savent sans doute à quoi s’en tenir, mais il me faut aussi penser aux autres. Donc, résumons avant de rire ensemble de bon cœur. En 2009, j’ai écrit le livre Bidoche, l’industrie de la viande menace le monde (LLL, puis en poche chez Actes Sud). Du coup, on me tient pour un expert. Dieu du ciel, je jure que je ne le suis pas. Le scandale en cours appelé désormais horsegate a mené jusque chez moi quantité de radios, de journaux et de télés. Hier a paru dans Le Monde, comme je l’indiquais dans mon dernier papier, deux articles de moi, étalés sur une page entière. Et voilà que la presse étrangère parle de moi. C’est plaisant, mais cela ne m’empêchera pas de dormir. D’ailleurs, je bâille déjà.

Dans l’ordre de mes découvertes :

The Washington Post : « For many Europeans, the issue was less disgust at eating horsemeat than the dishonesty involved in false labeling. But Fabrice Nicolino, a journalist who writes about the food industry and the environment, warned that testing could well turn up unhealthy residue from anti-inflammatory drugs that are often administered to horses. “Nobody really knows what industrial meat contains,” he wrote Monday in Le Monde newspaper ».

http://www.washingtonpost.com/world/europe/horsemeat-scandal-dents-europes-culinary-self-image/2013/02/26/882393fe-801c-11e2-b99e-6baf4ebe42df_story.html

Le quotidien italien en ligne Greenreport :

« Purtroppo per Eurochef e per noi, in questa  vicenda nessuno sembra in grado di rassicurare e, come scrive su Le Monde Fabrice Nicolino, questo potrebbe essere solo l’annuncio di uno scandalo alimentare molto più grosso. Nicolino, che è un noto giornalista di inchiesta francese e che collabora anche con altri giornali come Géo, Le Canard enchaîné, Politis, Télérama, Terre sauvage, La Croix ed è noto per aver scritto due libri che riguardano proprio il rapporto tra industria e cibo: « Pesticides, révélations sur un scandale français » e « Bidoche : l’industrie de la viande menace le monde », quindi ha tutti i titoli per rispondere a due domande: «Che succede veramente nell’universo della carne industriale? E che ci fanno mangiare per ragione o per forza?». Nicolino parte da due studi recenti: il primo (Simultaneous determination of 20 pharmacologically active substances in cow’s milk, goat’s milk, and human breast milk by gas chromatography-mass spectrometry), del 2011, rivela la presenza nel latte di mucca, di capra ed umano, di antinfiammatori, betabloccanti, ormoni e naturalmente di antibiotici ed è il latte di mucca a contenerne di più;  il secondo (Multiclass method for fast determination of veterinary drug residues in baby food by ultra-high-performance liquid chromatography -tandem mass spectrometry), del 2012, un team di ricercatori ha messo…»

http://www.greenreport.it/_new/index.php?page=default&id=20620

Le quotidien espagnol El Confidencial :

« La cadena alimenticia sufre cada vez más las consecuencias del uso de productos químicos para apurar los beneficios, como denuncia el periodista y escritor Fabrice Nicolino en su libro La industria de la carne amenaza al mundo. Pero al mismo tiempo, estas prácticas son consecuencia de una desregulación que en los últimos años tiende hacia una normativa más enfocada en el autocontrol de las propias distribuidoras. »

http://www.elconfidencial.com/alma-corazon-vida/2013/02/20/si-puede-haber-riesgo-para-la-salud-tenemos-un-problema-serio-con-la-carne-en-europa-115261/

Le quotidien roumain Cotidianul :

« ’Astăzi putem arăta cum carnea atins perfecțiunea industrială. Este o industrie mondializată, care este deținută de organisme financiare, de fonduri de pensii private și care are aceleași probleme ca și finanțele mondiale: încearcă să treacă de la rentabilitate de 8% la una de 10%. A ne plânge de scandalul cărnii de cal înseamnă să punem sub semnul întrebării un întreg sistem industrial’’, susține jurnalistul Fabrice Nicolino. »

http://www.cotidianul.ro/acum-40-de-ani-nu-indrazneau-sa-faca-din-mizeria-asta-nici-macar-hrana-pentru-pisici-207102/

Le quotidien allemand Neues Deutschland :

« Der wirkliche Skandal liegt darin, dass niemand weiß, was Fleisch tatsächlich enthält – egal woher es kommt«, meint der Journalist Fabrice Nicolino, der sich bereits 2009 in seinem Buch »Bidoche« mit der Industrialisierung der Fleischindustrie und deren verheerenden Schäden beschäftigt hatte. Es sei zwar einfach, DNA-Tests vorzunehmen, wie es jetzt EU-weit geschieht. Wirklich aussagekräftig wären laut Nicolino aber nur umfassende chemische Analysen. »Diese würden nämlich aufdecken, dass wir in unserer globalisierten Gesellschaft täglich Fleisch essen, das potenziell gesundheitsschädliche, chemische Giftstoffe enthält. Heutzutage muss Fleisch schnellstmöglich ›hergestellt‹ werden. Die Mittel und Techniken dafür sind bekannt: Anabolika, Wachstumshormone, Antibiotika. Wir stellen Fleisch her wie wir Auto produzieren: schnell, am Fließband und so billig wie möglich. »

http://www.neues-deutschland.de/artikel/813475.schnell-am-fliessband-und-so-billig-wie-moeglich.html

N’hésitez pas à acheter Le Monde (sérieux)

Voyez, tout arrive. Le tenancier de Planète sans visa – moi – est aujourd’hui à l’honneur dans le journal Le Monde (édition datée 26 février 2013). Je suis même à la Une. Si. On m’a demandé, et j’en ai été très heureux, de rédiger 13 000 signes découpés en deux articles inégaux – l’un de 10 000, l’autre de 3 000 – sur l’industrie de la viande. Ce qui fait à l’arrivée une page pleine et entière de ce qui reste un grand journal. Je ne peux vous en livrer que le début, car Le Monde est à peine en vente, et je ne peux quand même pas lui faire concurrence.

Voici :

Le scandale alimentaire qui s’annonce

L’affaire de la viande de cheval vendue comme du boeuf n’est que la partie émergée de pratiques industrielles qui mettent la santé publique en danger

Que se passe-t-il vraiment dans l’univers de la viande industrielle ? Et que nous fait-on manger, de gré ou de force ? Avant d’essayer de répondre, il est bon d’avoir en tête deux études récentes. La première, publiée en 2011, montre la présence dans le lait – de vache, de chèvre ou d’humain – d’anti-inflammatoires, de bêtabloquants, d’hormones et bien sûr d’antibiotiques. Le lait de vache contient le plus grand nombre de molécules.

La seconde, qui date de 2012, est encore plus saisissante. Une équipe de chercheurs a mis au point une technique de détection des résidus dans l’alimentation, en s’appuyant sur la chromatographie et la spectrométrie de masse. Analysant des petits pots pour bébés contenant de la viande, ils y ont découvert des antibiotiques destinés aux animaux, comme la tilmicosine ou la spiramycine, mais aussi des antiparasitaires, comme le levamisole, ou encore des fongicides. Certes à des doses très faibles – en général -, mais, comme on le verra, la question se pose aujourd’hui dans des termes neufs.

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On reparlera de cela ici, soyez-en sûrs.

Ajout du 26 février. Voici le lien pour le premier article : http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/02/25/le-scandale-alimentaire-qui-s-annonce_1838402_3232.html

Et pour le deuxième : http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/02/25/la-communication-de-crise-entre-en-scene_1838403_3232.html

La mer, l’air et l’eau (vaines pensées)

J’aime Alexandre Dumas à la folie. Je crois avoir lu Le Comte de Monte Cristo quatre ou cinq fois et au moins trois fois Les Trois Mousquetaires et bien d’autres livres encore de lui, qui était pourtant un épouvantable plagiaire. Dumas n’était pas seulement un copieur, mais un industriel de la récupération d’histoires et de textes, qui utilisa au cours de sa vie littéraire, croit-on, au moins une centaine de nègres écumant pour son compte archives et vieilles éditions. Je ne résiste pas à l’envie de vous donner cet extrait de Comment je devins auteur dramatique, en vous priant d’excuser sa longueur :

« Dieu lui-même, lorsqu’il créa l’homme, ne put ou n’osa point l’inventer ; il le fit à son image. C’est ce qui faisait dire à Shakespeare, lorsqu’un critique stupide l’accusait d’avoir pris parfois une scène tout entière dans quelques auteurs contemporains : c’est une fille que j’ai tirée de la mauvaise société pour la faire entrer dans la bonne. C’est ce qui faisait dire encore plus naïvement à Molière : je prends mon bien où je le trouve. Et Shakespeare et Molière avaient raison, car l’homme de génie ne vole pas, il conquiert; il fait de la province qu’il prend une annexe de son empire ; il lui impose ses lois, il la peuple de ses sujets, il étend son sceptre d’or sur elle, et nul n’ose lui dire en voyant son beau royaume : “Cette parcelle de terre ne fait point partie de ton patrimoine”.» Bon, Dumas ne se voyait pas comme un égal parmi les égaux, et je ne peux pas dire que sa vanité me fasse grand plaisir. Je suppose que le personnage est un tout, dont il est difficile d’extraire seulement ce qui me convient.

Je précise encore deux choses. Un, je reste époustouflé par Le Comte de Monte Cristo, qui multiplie toutes les dix pages des coïncidences et des rencontres parfaitement impossibles dans la vie, et presque autant dans un roman. Ce devrait dissuader de continuer, tant les surprises les plus folles sont à chaque tournant, et pourtant l’on marche en exultant. Je marche en exultant. Deux, tout ce qui précède n’a (presque) rien à voir avec ce qui suit et qui justifie un peu que je vous écrive ce dimanche soir. Tout est parti d’un extrait qui trotte souvent dans ma tête, venu du Grand Dictionnaire de Cuisine de Dumas, publié en 1871, en cette si grande année de La Commune, juste après la mort de son auteur. Je cite : « Dans un cabillaud de la plus grosse taille (…), on a trouvé huit millions et demi et jusqu’à neuf millions d’œufs. On a calculé que si aucun accident n’arrêtait l’éclosion de ces œufs et si chaque cabillaud venait à sa grosseur, il ne faudrait que trois ans pour que la mer fût comblée et que l’on pût traverser à pied sec l’Atlantique sur le dos des cabillauds ».

Le cabillaud, je le précise pour ceux qui ne le savent pas, c’est la morue, qui fut à l’origine de tant de fortunes humaines. Et je reprends. Jules Michelet, l’historien bien connu, était un contemporain de Dumas, et il écrivit de son côté, dans le livre  La Mer (1861) : « Dans la nuit de la Saint-Jean (du 24 au 25 juin), cinq minutes après minuit, la grande pêche du hareng s’ouvre dans les mers du Nord (…) Ils montent, ils montent tous d’ensemble, pas un ne reste en arrière. La sociabilité est la loi de cette race; on ne les voit jamais qu’ensemble. Ensemble ils vivent ensevelis aux ténébreuses profondeurs (…) Serrés, pressés, ils ne sont jamais assez près l’un de l’autre (…) Millions de millions, milliards de milliards, qui osera hasarder de deviner le nombre de ces légions ? ».

Pourquoi ces deux courts textes ? Parce qu’ils montrent une évidence : il y a 150 ans, alors que l’espèce humaine occupait le monde depuis des centaines de milliers d’années déjà, nul n’envisageait les limites de l’océan mondial. On pouvait y puiser sans fin pour nourrir les hommes, on n’en viendrait jamais à bout. La pêche industrielle a détruit en moins d’un siècle des équilibres écologiques stables – dynamiques, mais stables – depuis des millions d’années. Et ce qui est vrai de la mer l’est de l’eau, dont notre corps est fait à environ 70 %. À peine si l’idée pourtant réaliste que nous sommes en train de nous attaquer à coup de canons chimiques au cycle de l’eau douce, que l’on croyait pourtant éternel, à peine si cette idée commence à se répandre. L’impératif catégorique serait de briser le cadre des pensées anciennes, et de proclamer qu’il ne faut plus rien polluer. Que l’eau est sacrée. Que celui qui la profane est un criminel des profondeurs. Fuck Off ! Veolia et Suez. Fuck Off ! J’ai encore assez de jus en moi pour rêver d’un monde où les dépollueurs de l’eau auraient disparu.

De la mer, je suis donc passé aux eaux douces, si durement traitées, et je pense maintenant à l’air. Ce dimanche soir, j’apprends que « la région parisienne est en alerte pollution, du fait du taux élevé de particules fines dans l’air ». Je vis dans cette partie du monde, et je sais que certains d’entre nous, parmi les plus faibles, les plus vieux, les plus jeunes, les plus asthmatiques, vont mourir d’avoir été exposés à ces horribles poisons. Et tout le monde le sait. Cela m’amène à rapprocher l’air et le climat des mots écrits par Dumas et Michelet il y a 150 ans. Même à l’époque de la première vague écologiste, celle d’Ivan Illich, celle d’André Gorz, celle de René Dumont – chez nous -, il y a quarante ans, nul (ou presque) ne voyait le climat comme une menace globale.

Nous avons fait de cet auxiliaire premier de la vie un ennemi, peut-être implacable. C’est une nouveauté si radicale que nombre refusent d’y croire. Parmi eux des Allègre, qui ne comptent finalement pas tant que cela à mes yeux. Et puis d’autres, dont je sais la sincérité et la probité, ce qui me navre bien davantage. Où veux-je en venir ? À ce constat mi-rigolard mi-désespéré que l’époque est rude pour les cœurs tendres que nous sommes. On a cru la mer inépuisable : elle se vide chaque jour un peu plus. On a imaginé le cycle de l’eau hors de portée : un nombre croissant de fleuves n’arrivent plus à la mer. On a négligé l’atmosphère et le climat tant qu’on a pu, pour découvrir enfin que nous sommes en train de détruire la régularité du temps et des précipitations, qui a pourtant permis l’éclosion des civilisations d’où nous venons en ligne directe.

Où veux-je en venir ? Nous avons grand intérêt à serrer nos voiles, nous avons grand intérêt à nous regrouper pour nous tenir chaud, car l’heure des tempêtes est devant nous.