Archives mensuelles : novembre 2014

Après l’Ours, le Loup, le Lynx, le Vautour, le Cormoran, la Grue

Je sais qu’ils s’en foutent, mais j’en veux à ceux – Bové, une bonne part de la Confédération paysanne, nombre d’altermondialistes, y compris journalistes – de soutenir la chasse au Loup, qui tue désormais chaque semaine et parfois chaque jour des animaux revenus dans ce qui est pourtant leur pays, de toute éternité. Ces ennemis du sauvage, s’alliant comme si de rien n’était avec les gros durs de la FNSEA et les chasseurs extrémistes, ont mis le doigt dans un engrenage qui les mènera fatalement plus loin. J’ai écrit ici quantité de papiers sur le sujet (notamment ici, ici, ici, ici, ici). Sur le Loup, sur l’Ours, sur le Vautour, ce dernier transformé pour les besoins d’une cause indéfendable en prédateur.

Voilà que – Raymond Faure, merci – la haine s’attaque aux grues, ces grâces ailées qui nous font l’immense honneur de nous survoler. Il fallait s’en douter : les grues, y en a marre. Il faut laisser ces braves gens faire pousser leur maïs aux pesticides, et trucider par millions poulets, canards, oies, cochons et bovins. Y en a marre. La FDSEA de la Haute-Marne – structure départementale de la FNSEA – vient d’obtenir de la région, gérée par nos bons socialistes, 100 000 euros pour faire face aux « dégâts » créés par les grues, ces barbares des airs. Un monsieur Jean-Louis Blondel,  président de cette FDSEA, a même déclaré à l’AFP : « Les nuisances sont surtout dues au nombre croissant de grues qui restent pendant l’hiver, et en cas de surpopulation déraisonnable il faudrait réguler cette espèce ». On admirera ici l’usage de l’euphémisme. Flinguer, cela s’appelle désormais, chez les tueurs, réguler.

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La dépêche de l’AFP :

 

Le lac du Der, havre de paix des oiseaux migrateurs

 

A peine le jour levé qu’une immense clameur signe le réveil des échassiers qui s’élèvent en nuée dans un ciel orangé: à l’automne, des dizaines de milliers de grues cendrées font escale au lac du Der-Chantecoq en Champagne avant leur migration vers l’Espagne.

Plus grand lac artificiel d’Europe, le Der offre depuis sa création en 1974 un havre de paix aux grands oiseaux migrateurs qui se massent sur les îlots et les vasières pour y passer la nuit à l’abri des prédateurs.

Il aura fallu engloutir trois villages et des forêts de chênes pour construire ce réservoir de 4.800 hectares bordé de 77 kilomètres de rives à cheval entre la Marne et la Haute-Marne afin de prévenir et réguler les inondations du bassin parisien. « Un projet gigantesque qui serait probablement largement contesté de nos jours », remarque Aurélien Deschatres le coordinateur national du réseau « Grues France » de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO).

Selon lui, plus de 200 espèces d’oiseaux dont des animaux rares -pygargues à queues blanches, butors étoilés ou encore hérons pourprés- peuplent le site classé depuis 1986 « zone spéciale de conservation » par le réseau « Natura 2000 ». Mais ce sont surtout les grues cendrées et leurs envols matutinaux majestueux qui ont fait la réputation du lac auprès des amoureux de la nature.

« Les grues qui passent l’été en Europe du Nord se regroupent en Allemagne avant d’entreprendre la traversée vers la péninsule ibérique. Dès la création du lac, elles ont trouvé des conditions d’escales idéales et sont chaque année de plus en plus nombreuses à se poser et même à demeurer pendant les hivers doux », explique M. Deschatres.

Selon les estimations de la LPO, entre 80.000 et 100.000 de ces échassiers, soit près d’un quart de la population européenne, ont été dénombrés aux abords du lac fin octobre et environ 60.000 séjournaient encore sur le Der la première semaine de novembre, attendant des conditions météorologiques favorables à la poursuite de leur voyage.

Un long vol plané synchronisé

« Celles qui décident de partir exploitent les ascendances pour gagner de l’altitude avant de prendre un cap sud-ouest profitant si possible d’un vent de dos pour augmenter leur vitesse », explique l’ornithologue.

« Mais si la douceur persiste, entre 20.000 et 40.000 grues sont susceptibles de passer l’hiver sur place en se nourrissant de graines dans les champs alentours », précise-t-il.

Ce plus grand échassier d’Europe (2 mètres d’envergure pour 4 à 6 kilos) au plumage gris ardoise avec un cou noir, tache rouge sur la tête et queue touffue, quitte aux premières lueurs de l’aube son dortoir en « claironnant » continuellement et vole en formation serrée avec ses congénères vers les champs fraichement labourés ou les pâtures pour trouver sa pitance. A la nuit tombée, les grues repues se reposent au milieu du lac dans un long vol plané synchronisé.

Inquiets des quelques dégâts provoqués par les volatiles dans leurs champs, les agriculteurs ont négocié une enveloppe de 100.000 euros auprès de la Région Champagne-Ardenne.

« Les nuisances sont surtout dues au nombre croissant de grues qui restent pendant l’hiver, et en cas de surpopulation déraisonnable il faudrait réguler cette espèce », estime pour sa part Jean-Louis Blondel, le président de la FDSEA de Haute-Marne.

Un scénario inimaginable pour la LPO qui rappelle que la grue cendrée est un animal protégé depuis 1967 et pointe l’apport économique d’un « tourisme ornithologique » en pleine croissance.

Selon l’office du tourisme du lac du Der, en plus des 200.000 touristes recensés l’été, près de 100.000 amateurs d’oiseaux venus de toute l’Europe fréquentent le site d’octobre à mars offrant aux commerçants locaux une manne touristique à l’année.

Point de rendez vous de ces amoureux de la nature, le « Festival international de la photo animalière et de nature » de Montier-en-Der qui attire chaque près de 40.000 visiteurs chaque 3e week-end de novembre.

Une lettre d’Alexandre Grothendieck (1988)

(Publiée dans le journal Le Monde)

Je suis sensible à l’honneur que me fait l’Académie royale des sciences de Suède en décidant d’attribuer le prix Crafoord pour cette année, assorti d’une somme importante, en commun à Pierre Deligne (qui fut mon élève) et à moi-même. Cependant je suis au regret de vous informer que je ne souhaite pas recevoir ce prix (ni d’ailleurs aucun autre), et ceci pour les raisons suivantes.

1. Mon salaire de professeur, et même ma retraite à partir du mois d’octobre prochain, est beaucoup plus que suffisant pour mes besoins matériels et pour ceux dont j’ai la charge ; donc je n’ai aucun besoin d’argent. Pour ce qui est de la distinction accordée à certains de mes travaux de fondements, je suis persuadé que la seule épreuve décisive pour la fécondité d’idées ou d’une vision nouvelles est celle du temps. La fécondité se reconnaît par la progéniture, et non par les honneurs.

2. Je constate par ailleurs que les chercheurs de haut niveau auxquels s’adresse un prix prestigieux comme le prix Crafoord sont tous d’un statut social tel qu’ils ont déjà en abondance et le bien-être matériel et le prestige scientifique, ainsi que tous les pouvoirs et prérogatives qui vont avec. Mais n’est-il pas clair que la surabondance des uns ne peut se faire qu’aux dépens du nécessaire des autres ?

3. Les travaux qui me valent la bienveillante attention de l’Académie royale datent d’il y a vingt-cinq ans, d’une époque où je faisais partie du milieu scientifique et où je partageais pour l’essentiel son esprit et ses valeurs. J’ai quitté ce milieu en 1970 et, sans renoncer pour autant à ma passion pour la recherche scientifique, je me suis éloigné intérieurement de plus en plus du milieu des scientifiques. Or, dans les deux décennies écoulées l’éthique du métier scientifique (tout au moins parmi les mathématiciens) s’est dégradée à un degré tel que le pillage pur et simple entre confrères (et surtout aux dépens de ceux qui ne sont pas en position de pouvoir se défendre) est devenu quasiment une règle générale, et il est en tout cas toléré par tous, y compris dans les cas les plus flagrants et les plus iniques.

Sous ces conditions, accepter d’entrer dans le jeu des prix et récompenses serait aussi donner ma caution à un esprit et à une évolution, dans le monde scientifique, que je reconnais comme profondément malsains, et d’ailleurs condamnés à disparaître à brève échéance tant ils sont suicidaires spirituellement, et même intellectuellement et matériellement.

C’est cette troisième raison qui est pour moi, et de loin, la plus sérieuse. Si j’en fais état, ce n’est nullement dans le but de critiquer les intentions de l’Académie royale dans l’administration des fonds qui lui sont confiés. Je ne doute pas qu’avant la fin du siècle des bouleversements entièrement imprévus vont transformer de fond en comble la notion même que nous avons de la “science”, ses grands objectifs et l’esprit dans lequel s’accomplit le travail scientifique. Nul doute que l’Académie royale fera alors partie des institutions et des personnages qui auront un rôle utile à jouer dans un renouveau sans précédent, après une fin de civilisation également sans précédent…

Je suis désolé de la contrariété que peut représenter pour vous-même et pour l’Académie royale mon refus du prix Crafoord, alors qu’il semblerait qu’une certaine publicité ait d’ores et déjà été donnée à cette attribution, sans l’assurance au préalable de l’accord des lauréats désignés. Pourtant, je n’ai pas manqué de faire mon possible pour donner à connaître dans le milieu scientifique, et tout particulièrement parmi mes anciens amis et élèves dans le monde mathématique, mes dispositions vis-à-vis de ce milieu et de la “science officielle” d’aujourd’hui.

Il s’agit d’une longue réflexion, Récoltes et Semailles, sur ma vie de mathématicien, sur la création (et plus particulièrement la création scientifique) en général, qui est devenue en même temps, inopinément, un “tableau de mœurs” du monde mathématique entre 1950 et aujourd’hui. Un tirage provisoire (en attendant sa parution sous forme de livre), fait par les soins de mon université en deux cents exemplaires, a été distribué presque en totalité parmi mes collègues mathématiciens, et plus particulièrement parmi les géomètres algébristes (qui m’ont fait l’honneur de se souvenir de moi). Pour votre information personnelle, je me permets de vous en envoyer deux fascicules introductifs, sous une enveloppe séparée. »

Alexandre Grothendieck, mort d’un de nos pères

Je serais bien en peine de vous parler sérieusement d’Alexandre Grothendieck, qui vient de mourir à 86 ans. Mais il a joué un rôle crucial dans l’apparition en France, à la fin des années 60, de la première vague écologiste. Et même si celle-ci a reflué ensuite, Grothendieck mérite amplement qu’on salue sa personne et qu’on accompagne son trépas. Je pense à lui, avec tristesse, et je vais allumer une bougie ici, qui se consumera au rythme lent des vapeurs du temps.

Vous trouverez ci-dessous un texte que Thierry Sallantin, magnifique écologiste historique, vient de me faire passer. Puis une nécrologie publiée dans Le Monde, qui rappelle le génie mathématique de Grothendieck.

LE TEXTE DE THIERRY SALLANTIN

L’introducteur de l’écologie en France, au sens contestataire issu de Mai 68, vient de mourir. Il se trouve que celui qui fut son secrétaire (Christian Escriva) pendant plus de 10 ans, en gros de 1975 à 1985, est exceptionnellement en ce moment hors de son exploitation agricole de Val de Rouvre, dans les Alpes, car il est là-bas planteur -récolteur de plantes médicinales et transformateur de ces plantes en extraits concentrés, car il expose en ce moment au Salon Marjolaine à « Chateau de Vincennes », Parc Floral, au stand K 6 = Le Gatillier.

Avant sa période « néo-rurale », Ch. Escriva était un physicien de haut niveau. Maintenant, il vit de ses plantes et écris de livres sur son approche de la botanique dans la ligne de Goethe… Super occasion pour recueillir son témoignage ! Pour moi, c’est un peu mon père spirituel , et on le dit « plus grand mathématicien du monde » ce que me confirmera le réfugié du stalinisme, le chercheur Leonid  Pliouchtch, Alexandre Grothendieck est donc mort hier à St Girons, à 86 ans.  Il vivait en ermite, ne s’occupant que de plantes, depuis la fin des années 1980, à Lasserre, en Volvestre, Ariège, nord de Saint Girons… Il avait quitté le monde universitaire vers 1988 : dernier poste à Montpellier…

J’ai été un des derniers à être reçu de façon amicale par lui, dans sa cachette à Lasserre, car il m’a de suite reconnu, (je militais à « Survire et Vivre » en 1972-1975) et nous avions comme ami commun Robert Jaulin. L’été 1974, avec le sociologue Serge Moscovici et le documentariste Yves Billon, Grothendieck et Jaulin feront un tour militant avec une exposition de photos dans plein de villages du sud de la France sur le thème : « Occitanie, Amazonie, même combat » = pour dénoncer l’ethnocide et l’écocide ici et là-bas : la destruction des communautés paysannes traditionnelles au nom de « progrès », pour les mêmes raisons qui poussent à la destruction des peuples amérindiens en Amazonie. On réécoutera à ce sujet l’émission de France-Culture de (?) 1974 = débat entre Robert Jaulin et Pierre Samuel = « Ethnocide et écocide » émission « Les Mardis de France-Culture »…

C’est lui qui avait lancé en France la subversion écologique, donc l’écologie au sens révolutionnaire du terme, dans la suite logique des remises en causes profondes de la société industrielle provoquées par « Mai 68 ». Aux Etats-Unis où Alexandre Grothendieck avait été invité suite à son prix international : la Médaille Fields en 1966, il découvrira le mouvement écolo, bien connu depuis l’article fondateur du biologiste Paul Sears : Ecology, a Subversive Subject (revue BioSciences, 1965), et c’est alors qu’il ramènera cette subversion en France, en créant avec deux autres mathématiciens : Pierre Samuel (futur cofondateur de la branche française des Amis de la Terre) et Claude Chevalley (qui fut à Bordeaux proche d’Ellul et Charbonneau) la revue et le mouvement « Survivre et Vivre ».

Ce mouvement se fera connaître en France par sa présence très active à la manifestation anti-nucléaire dite « Bugey-Cobayes » près de Lyon en juillet 1971 et par sa dénonciation du dépôt de futs de déchets radioactifs à côté de centre de recherche de Saclay. Très remuant de 1971 à 1975, ce courant qualifié parfois « d’écolo-situationniste » va s’auto-dissoudre en recommandant à ses militants de cesser de gamberger intellectuellement en ville et de partir partout à la campagne pour créer des communautés, des lieux expérimentaux de vie sociale alternative et révolutionnaire (ce que fera par exemple le biologiste Jean -Paul Malrieu près de Grenade, au Moulin de Montlauzin, qui fut le siège d’une de ces communautés rurales post Mai 1968) : on en trouvera tous les détails dans le gros livre sur « Survivre et Vivre : la contestation de la science dans l’après Mai 1968 » de Céline Pessis aux éditions L’ Echappée 2012. Voir aussi le documentaire d’Hervé Nisic sur la vie d’A. Grothendieck : « L’espace d’un homme »…

L’ARTICLE NÉCROLOGIQUE DU MONDE

Le plus grand mathématicien du XXe siècle est mort

Le Monde.fr | • Mis à jour le | Par

Le mathématicien est mort le 13 novembre.

Considéré comme le plus grand mathématicien du XXe siècle, Alexandre Grothendieck est mort, jeudi 13 novembre, à l’hôpital de Saint-Girons (Ariège), non loin de Lasserre, le village où il s’était secrètement retiré au début des années 1990, coupant tout contact avec le monde. Il était âgé de 86 ans. Apatride naturalisé français en 1971, également connu pour la radicalité de son engagement pacifiste et écologiste, ce mathématicien singulier et mythique laisse une œuvre scientifique considérable.Il naît le 28 mars 1928 à Berlin, dans une famille atypique. Sascha Schapiro, son père, est russe de confession juive, photographe et militant anarchiste. Egalement très engagée, Hanka Grothendieck, sa mère, est journaliste. En 1933, Sascha quitte Berlin pour Paris, où il est bientôt rejoint par Hanka.Entre 1934 et 1939, le couple part pour Espagne où il s’engage auprès du Front populaire, tandis que le petit Alexandre est laissé en Allemagne, à un ami de la famille.A la fin de la guerre civile espagnole, au printemps 1939, Alexandre retrouve ses parents dans le sud de la France. Dès octobre 1940, son père est interné au camp du Vernet d’où il ne partira qu’en 1942 pour Auschwitz, où il sera assassiné. Alexandre et sa mère, eux, sont internés ailleurs. « La première année de lycée en France, en 1940, j’étais interné avec ma mère au camp de concentration, à Rieucros près de Mende », raconte-t-il dans Récoltes et Semailles, un texte autobiographique monumental jamais publié, tiré à quelque 200 exemplaires, mais qui circule désormais sur Internet.

« C’était la guerre, et on était des étrangers – des “indésirables”, comme on disait. Mais l’administration du camp fermait un œil pour les gosses, tout indésirables qu’il soient. On entrait et sortait un peu comme on voulait. J’étais le plus âgé, et le seul à aller au lycée, à 4 ou 5 kilomètres de là, qu’il neige ou qu’il vente, avec des chaussures de fortune qui toujours prenaient l’eau. »

LE MYTHE DES 14 PROBLÈMES DE SCHWARTZ ET DIEUDONNÉ

En 1944, son bac en poche, Alexandre Grothendieck n’a pas encore été identifié par ses professeurs comme le génie qu’il est. Il s’inscrit en maths à l’université de Montpellier puis, à l’orée de la thèse, est recommandé à Laurent Schwartz et Jean Dieudonné.

L’histoire, célèbre, a contribué à forger son mythe : les deux grands mathématiciens confient au jeune étudiant une liste de quatorze problèmes qu’ils considèrent comme un vaste programme de travail pour les années à venir, et lui demandent d’en choisir un. Quelques mois plus tard, Alexandre Grothendieck revient voir ses maîtres : il a tout résolu.

Dans cette première période de production mathématique, Grothendieck se consacre à l’analyse fonctionnelle, domaine de l’analyse qui étudie les espaces de fonctions. Ses travaux révolutionnent le domaine, mais demeurent moins connus que ceux qu’il conduira dans la deuxième partie de sa carrière.

UN INSTITUT FINANCÉ POUR LUI

Dès 1953, le jeune mathématicien se retrouve confronté à la nécessité d’obtenir un poste dans la recherche et l’enseignement. Apatride, il ne peut accéder à la fonction publique et, rétif au service militaire, il ne veut demander la naturalisation française. Il part enseigner à Sao Paulo (Brésil), à Lawrence (Kansas), à Chicago (Etats-Unis).

Deux ans plus tard, à son retour en France, un riche industriel piqué de mathématiques, Léon Motchane, fasciné par l’intuition et la puissance de travail du jeune homme – il n’a que 27 ans – décide de financer un institut de recherche exceptionnel, conçu sur le modèle de l’Institut d’études avancées de Princeton : l’Institut des hautes études scientifiques (IHES) à Bures-sur-Yvette. Le lieu est imaginé pour servir d’écrin au mathématicien qui va y entamer une deuxième carrière.

UNE NOUVELLE GÉOMÉTRIE

Jusqu’en 1970, entouré d’une multitude de talents internationaux, il dirigera son séminaire de géométrie algébrique, qui sera publié sous la forme de dizaines de milliers de pages. Sa nouvelle vision de la géométrie, inspirée par son obsession de repenser la notion d’espace, a bouleversé la manière même de faire des mathématiques. « Les idées d’Alexandre Grothendieck ont pour ainsi dire pénétré l’inconscient des mathématiciens », dit Pierre Deligne (Institut des études avancées de Princeton), son plus brillant élève, lauréat de la médaille Fields en 1978 et du prix Abel en 2013.

Les notions qu’il a introduites ou développées sont aujourd’hui encore au cœur de la géométrie algébrique et font l’objet d’intenses recherches. « Il était unique dans sa façon de penser, affirme M. Deligne, très ému par le décès de son ancien maître. Il lui fallait comprendre les choses du point de vue le plus général possible et une fois que les choses étaient ainsi comprises et posées, le paysage devenait si clair que les démonstrations semblaient presque triviales. »

IL S’ÉLOIGNE DE LA COMMUNAUTÉ SCIENTIFIQUE

En 1966, la médaille Fields lui est décernée, mais il refuse pour des raisons politiques de se rendre à Moscou pour recevoir son prix. La radicalité avec laquelle il défendra ses convictions ne cessera jamais. Et c’est à partir de la fin des années 1960 qu’il s’éloigne de la communauté scientifique et de ses institutions. En 1970, il fonde avec deux autres mathématiciens – Claude Chevalley et Pierre Samuel – le groupe Survivre et Vivre, pacifiste, écologiste et très marqué par le mouvement hippie. A la même époque, il découvre que l’IHES est partiellement – bien que de manière très marginale – financé par le ministère de la défense. Il quitte l’institut.

Lire aussi : Survivre et vivre, « laboratoire de la révolution écologique »

Le Collège de France lui offre alors un poste temporaire, qu’il utilise largement comme tribune politique. Il quitte bientôt le Collège. En 1973, il devient professeur à l’université de Montpellier avant de rejoindre le CNRS en 1984, jusqu’à sa retraite en 1988. Cette année, il reçoit le prix Crafoord, doté d’une forte somme d’argent. Il refuse la distinction. En 1990, il quitte son domicile pour une retraite gardée secrète. Amer, brouillé avec ses proches, sa famille, avec la communauté scientifique et la science, il s’installe dans un petit village pyrénéen dont il gardera le nom secret. Il y est resté, coupé du monde, jusqu’à sa mort.

 


Comment on construit un port en catimini (dans les Yvelines)

 Écologistes et bagarreurs des Yvelines, ce texte vous concerne en priorité.

Je n’ai pas encore travaillé sur le sujet, mais je crois qu’il s’agit d’une vaste folie de plus. Vous lirez ci-dessous un article paru dans un journal des Yvelines, Le Journal des deux rives. On s’apprête à bouleverser la Seine à deux pas de Paris, dans les mêmes conditions d’opacité qu’a été lancé le funeste barrage de Sivens, entraînant la mort de Rémi Fraisse. Tout entier tourné vers les le BTP et ses si vertueuses entreprises, il consistera, autant qu’on peut le savoir à ce stade, en une « plateforme multimodale » contenant des transports par l’eau – la Seine -, le rail et la route. À Achères, à six kilomètres de Saint-Germain-en-Laye. La chose s’appelle pompeusement « Port Seine-Métropole Ouest »(ici)

Pour autant que l’on sache, ça renâcle jusque dans le camp des provisoires vainqueurs, ce qui est un comble dans ce genre d’histoires, où tout est ficelé dès les commencements. Est-ce que cela gêne si peu que ce soit les « promoteurs » du port ? Bien sûr que non. Jusqu’au 2 décembre, ils informent la population sous la conduite de l’inénarrable Commission du débat public, ou CNDP (ici), chargée d’imposer « l’acceptabilité sociale » des projets inutiles et nuisibles, comme par exemple les nanotechnologies. Dans ce cas précis, la composition de la commission locale de la CNDP fleure lourdement la provocation. On y trouve l’inévitable ingénieur des Ponts, un ancien d’EDF, un ancien de Péchiney-Alcan, une ancienne préfète du Tarn-et-Garonne (ce département directement concerné par Sivens), et d’autres personnages aussi intéressants que ce « fondateur de l’Avicenn, association de veille et d’information civique sur les enjeux des nanosciences et nanotechnologies ».

Qu’y a-t-il derrière, outre le BTP ? L’État et nos socialos, car il s’agit de trouver des montagnes de granulat qu’on extraira du lit du grand fleuve martyrisé, avant que d’être conduit en péniches quelque part. Où ? Mais sur les chantiers du Grand Paris, ce mégaprojet qui entend dessiner les contours de la région Île-de-France pour les siècles des siècles. Conséquences pour la Seine, l’eau, les sols, le vivant ? On s’en fout. Il faut avancer. En retour, il n’est pas exclu que ces beaux entrepreneurs entassent sur place des déchets. Le conseil général des Yvelines, qui soutient à fond, écrit noir sur blanc que le site «pourrait aussi accueillir des déblais issus des chantiers franciliens.»

En bref, amis de partout et même d’ailleurs, c’est maintenant qu’il faut agir. Je n’ai aucun conseil à donner, mais il n’est pas interdit d’avoir un avis. Voici le mien : on se réunit au plus vite, on crée un collectif, et on se bat. Pour le fleuve, pour la vie, contre le Grand Paris.

———————L’article du Journal des deux rives

Port d’Achères : le débat public va durer 2 mois à partir d’octobre 2014

 

 

Le débat public au sujet du «Port Seine-Métropole Ouest» s’ouvrira  dès le 2 octobre 2014. Rappelons que ce port sera situé sur la plaine d’Achères et que ce sera une plate-forme trimodale (fleuve, rail, route) de 100 ha principalement orientée vers le secteur du BTP. Un ouvrage qui impactera le territoire des 2 rives, des communes qui la compose  et bien au delà.

 

C’est la Commission Nationale du Débat Public qui a décidé d’organiser un grand débat public (2 mois) sur ce projet auquel Ports de Paris est favorable et maître d’ouvrage. Un  projet soutenu par le Conseil général des Yvelines qui le présente comme devant «permettre l’extraction de granulats au bénéfice des travaux du Grand Paris et leur acheminement par voie d’eau. » Et «pourrait aussi accueillir des déblais issus des chantiers franciliens.»

 

Qu’est-ce qu’une           

plateforme multimodale ?

Une plateforme multimodale accueille sur le même site plusieurs modes de transport. Le projet Port Seine-Métropole est trimodal : il associe le fleuve, le rail et la route.

Cette formule permet de cumuler les avantages : forte capacité de la voie d’eau, faible pollution du fleuve et du rail, flexibilité et proximité de la route. Les activités envisagées sur cette plateforme s’articulent principalement autour du transport de conteneurs maritimes.

Impact, territoire et habitants

La prise en compte des enjeux  environnementaux, économiques et sociaux et des intérêts locaux, régionaux et interrégionaux ainsi que ceux des communes d’Achères, d’Andrésy, de Conflans Sainte-Honorine et de Saint-Germain-en-Laye seront au centre des huit réunions publiques qui ont à leur programme outre la présentation du projet, des débats sur : l’environnement, les travaux, le phasage, l’intermodalité, le développement économique, les aménagements urbains etc. Et puis l’audition publique des acteurs économiques pour finir sur une réunion publique de clôture.

Un précédent local, l’Eco-port des 2 rives

Un tel déroulé de réunions s’est déjà produit pour le Port des deux rives organisé conjointement par les dirigeants de la CA2RS et ceux de Ports de Paris. Concertation il y a eu ainsi qu’une écoute réciproque attentive. Les sujets ont été largement exposés, débattus, confrontés à des critiques  formulées sur les études, les diagnostics, les scénarios environnementaux, les schémas d’aménagement, l’uge du port (déchets, eco-construction etc.).  Une  évaluation socio-économique a été réalisée dont les conclusions ont été sujet à interprétation. On sait aussi que l’enquête publique s’est soldée par un avis défavorable du commissaire enquêteur… dont les dirigeants de la CA2RS n’ont absolument pas tenu compte puisqu’ils maintiennent  ce Port des deux rives dans leurs projets. (Voir vidéo Urbicus)

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             CNDP  Composition de la commission particulière au projet «Port d’Achères»

Michel GAILLARD (président), ancien cadre chez EDF Anne-Marie CHARVET, préfet honoraire, ancienne préfet du Tarn-et-Garonne et de l’Aude – Lucie DEMONDION, diplômée en sciences politiques et en géographie, expériences au sein de cabinet conseil en concertation citoyenne et en collectivités locales – Bruno de TREMIOLLES, ancien cadre de Péchiney-Alcan – Jacques ROUDIER, ingénieur général honoraire des ponts, des eaux  et  forêtsSecrétaire générale : Julie QUENTEL
Secrétaire général adjoint : Philippe BOURLITIO

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Lors des futures réunions de concertation et des ateliers thématiques (s’il y en a),  le monde politique,  associatif et socio-économique ainsi que les médias et les citoyens seront présents.  Assisterons-nous à un «moment» de démocratie participative ? A une «saison» d’échanges et de dialogues ? ou au théâtrale  monologue des «pour» et des «contre» aboutissant à un résultat programmé d’avance ? Il en va autant de la crédibilité de la Commission Nationale du Débat Public que des autres intervenants, politiques compris et que le slogan de la CNDP «Vous donner la parole et la faire entendre» sera appliqué.

Huit réunions publiques sont organisées dans les Yvelines du 2 octobre au 2 décembre

  • Réunion publique d’ouverture – Présentation du projet. 2 oct. 2014, 20H00 – 23H00. A Achères, Salle des fêtes Boris Vian – Place G. Brassens – Avenue Jean Moulin
  • Présentation du projet – Focus sur l’environnement, les travaux, le phasage. 7 oct. 2014, 20H00 – 23H00. A Conflans-Sainte-Honorine, Salle des fêtes – Place Romagné – Avenue Foch
  • Présentation du projet – Focus sur l’intermodalité. 14 oct. 2014, 20H00 – 23H00. A Saint-Germain-en-Laye, Théâtre A.Dumas – Place A. Malraux – Rue Saint-Louis
  • Présentation du projet – Focus sur le développement économique. 6 nov. 2014, 20H00 – 23H00. A Achères, Salle des fêtes Boris Vian – Place G. Brassens – Avenue Jean Moulin
  • Présentation du projet. 12 Nov. 2014, 20H00 – 23H00. A Carrières-sous-Poissy, Espace L. Armand – 142 rue Louis Armand
  • Présentation du projet – Focus sur les aménagements urbains. 18 Nov. 2014, 20H00 – 23H00. A Andrésy, Salle des fêtes Julien Green – 4 boulevard Noël Marc
  • Audition publique des acteurs économiques. 20 NOV. 2014, 20H00 – 23H00. A Poissy, Centre de Diffusion Artistique – 49-53 avenue Blanche de Castille
  • Réunion publique de clôture. 2 DÉC. 2014, 20H00 – 23H00. A Andrésy, Salle des fêtes Julien Green – 4 boulevard Noël Marc

 

Parallèlement aux réunions publiques (mardi 7 octobre à 20 h à la salle des Fêtes de Conflans Sainte-Honorine), deux rendez-vous sont programmés pour le public et la presse avec inscription obligatoire car le nombre de places est limité :

– une visite de terrain le 11 octobre. Pour mieux comprendre le projet et ses impacts, Ports de Paris, conjointement avec la Commission particulière du débat public PSMO, vous propose de visiter le site du projet PSMO et le port de Limay le samedi 11 octobre après-midi. Voir le programme ci-dessous.

– un atelier de travail le 18 novembre. Un atelier animé par des spécialistes est organisé le 18 novembre à Andrésy, avant la réunion publique relative aux aménagements urbains. Le programme sera disponible très prochainement. Cette séance fera l’objet d’une restitution le soir même lors de la réunion publique pour alimenter les réflexions. Pour participer à cet atelier, merci de remplir le formulaire d’inscription.

Une rencontre ouverte au public, associant des étudiants du territoire de Cergy-Pontoise, est également en préparation pour le 24 novembre. Plus d’informations prochainement

Programme de la visite du site du projet Port Seine–Métropole Ouest samedi 11 octobre suivie d’une visite du port de Limay

La Commission particulière du débat public et Ports de Paris proposent une visite guidée du site du projet Port Seine–Métropole Ouest. Cette visite est ouverte à tous sur inscription préalable avant jeudi 9 octobre à 12h00, dans la limite des places disponibles*.

Au programme, visite de terrain sur la plaine d’Achères en autocar. Plusieurs arrêts sont prévus pour comprendre au mieux les différents aspects du site existant et du projet. Après la visite du site du projet à Achères et un point de vue panoramique depuis l’Hautil, départ vers le port de Limay-Porcheville, le premier port fluvio-maritime d’Ile-de-France. A Limay, découverte d’une plateforme multimodale de 125 hectares gérée par Ports de Paris au cœur de la région mantoise dans un cadre paysagé de qualité. Tout le programme en détails  de la visite du 11 octobre à Limay :

13h30 : Rendez-vous pour le départ de la visite devant la gare du RER A d’Achères-ville

14h00 : Départ de la visite en autocar

14h00-15h30 : Visite du site du projet Port Seine-Métropole Ouest

15h30 : Visite du port de Limay

Vers 17h30 :  Retour à la gare d’Achères Ville

Pour s’inscrire, remplir le formulaire sur : http://psmo.debatpublic.fr/autres-rendez-vous-du-debat

 

Villes concernées:

Andrésy, Carrières-sous-Poissy, Chanteloup-les-Vignes, Maurecourt, Meulan/Les Mureaux, Orgeval, Triel-sur-Seine, Verneuil/Chapet, Vernouillet, Villennes/Médan, Autres

Accord hystérique entre la Chine et les États-Unis (sur le climat)

 Le climat. Cette crise climatique que je considère depuis vingt ans comme la mère de toutes les batailles humaines. Je rappelle que le GIEC vient de remettre son cinquième rapport sur la question, et qu’il est réellement effrayant. En 1990, le GIEC parlait d’une augmentation maximale de 3° de la température terrestre moyenne à l’horizon 2100. Puis 3,5° en 1995. Puis 3,6 ° en 2001. Puis 4 ° en 2007. Et aujourd’hui 4,8°. Entre 1880 et 2012, cette température moyenne a augmenté de 0,85 °, avec des conséquences déjà énormes – dont nous nous foutons – sur les précipitations, les sécheresses, la productivité des sols agricoles. Imaginez la suite, avec X milliards d’humains en plus.

Le GIEC peut se tromper. Sur quoi, je n’en sais rien. Mais de toute façon, il est le seul instrument raisonnable dont nous disposons. Et cette lourde machine qui compile les études par milliers montre avec clarté que le temps est désormais compté. J’ajoute que cette bureaucratie, car c’est une bureaucratie, utilise des artifices diplomatiques pour être tant soit peu entendue par nos si grandioses « décideurs ». En clair, le GIEC euphémise systématiquement et permet ainsi aux gazettes de notre monde de répéter l’ineptie selon laquelle on se battrait pour empêcher une augmentation dépassant les 2°. En deçà, cela irait encore. Au-delà, ce serait dramatique.

Il y a de la bouffonnerie, une bouffonnerie tragique, dans tout cela. Comme est bouffonne la grande information du jour. Américains et Chinois auraient signé conjointement un formidable engagement. Oui, si l’on ouvre notre quotidien « de référence » – Le Monde – daté de demain, on peut lire, barrant la première page : « Climat : accord historique entre Chine et Etats-Unis, les deux premiers pollueurs ». Tu parles ! L’accord en question est annoncé en marge du sommet des pays Asie-Pacifique (APEC), qui se tient à Pékin. Pour que les invités puissent respirer autrement qu’avec des masques à gaz, les bureaucrates postmaoïstes au pouvoir ont fermé ou réduit les activités de 2 000 usines du grand Pékin.

Cela ne serait qu’anecdote sans la suite. L’Amérique d’Obama jure qu’elle réduira ses émissions de 26 à 28 % en 2025 par rapport à 2005. La Chine, héroïque, annonce qu’elle fera de mieux en mieux après un pic d’émissions qu’elle situe en 2030. Ce serait donc inouï, fabuleux, fondateur. C’est une farce, et elle est sinistre. Je crois inutile de détailler, car vous trouverez tout dans un excellent article de Valéry Laramée de Tannenberg (ici). J’ajoute un petit grain de sel : Obama veut montrer qu’il bouge encore, quelques jours après sa déculottée électorale et la perte définitive du Congrès. S’il avait voulu agir, la simple logique nous dit qu’il aurait tenté une opération à son entrée en fonction, début 2009. Ou du moins tant que les Démocrates tenaient le Congrès. Mais il ne l’a évidemment pas fait parce qu’il n’en a jamais eu l’intention. S’il le fait dans ces conditions, c’est pour des raisons qui n’ont rien à voir.

Or donc, la presse installée présente cette mystification comme un événement historique. Non pas qu’elle soit vendue. Simplement, elle exprime à la perfection le fait qu’elle est dans l’idéologie de son époque. Laquelle refuse de croire au drame. Laquelle défend l’idée si primaire de « progrès » linéaire. Laquelle veut croire qu’il existe des solutions techniques à des questions anthropologiques. Nous en sommes là, et c’est dingo. Le comble, c’est que le réalisme est du côté d’une institution hautement productiviste (ici), l’Agence internationale de l’énergie (AIE).

L’AIE vient de ridiculiser sans le savoir les vétilleux chefs d’État chinois et américains. Ses prévisions – admises par tous les establishments – indiquent que d’ici 2040, les émissions de gaz à effet de serre liées à l’énergie augmenteront de 20 % (ici). Et si elles augmentent, dites-moi, comment pourraient-elles baisser ? Pour y arriver, il faudrait attaquer de front la question industrielle, actuellement hors de tout contrôle. Et donc affronter les transnationales et tous ceux, innombrables en vérité, qui soutiennent leurs actions de mort. On préfère ne rien faire du tout.

La France est aussi bien placée que les autres. Notre pauvre M.Hollande et sa petite troupe préparent un sommet climatique mondial pour l’an prochain, à Paris. Les trémolos sont donc nécessaires. On a entendu notre Président affirmer (ici) ces derniers jours : « Nous devons être les soldats de la préservation de la planète ». Où l’on voit qu’il a gardé le sens de l’humour au milieu de toutes les calamités qu’il traverse quotidiennement. En visite au Canada début novembre, il y a vanté l’exploitation des sables bitumineux de l’Alberta, qui donne comme on sait du pétrole en tuant tout ce qui entoure les gisements, et en contribuant bien sûr au grand dérèglement climatique. Il faut dire que Total, le Total de son grand amour défunt, Christophe de Margerie, est dans le coup. Ceci explique cela. Extrait du journal Le Monde du 5 novembre :

« Dans le parc national de Banff, dans le sud de la province de l’Alberta, au pied des montagnes Rocheuses où il s’était rendu la veille, jusqu’à la capitale du Canada, le président a promu le savoir-faire des entreprises françaises dans l’exploitation des sables bitumineux, extraits à grande échelle dans le nord de cette province. Sans la moindre allusion à la destruction de l’environnement que cette industrie occasionne ni à leurs effets polluants. Je souhaite que la France puisse continuer à mettre en valeur les immenses richesses de l’Ouest canadien, que ce soit dans les techniques d’exploitation, de transformation, d’acheminement des hydrocarbures ou dans la construction d’infrastructures”, a-t-il déclaré. Le chef de l’Etat, accompagné dans sa visite de 38 chefs d’entreprises françaises, petites ou grandes, a précisé que “Total réalisait actuellement en Alberta son plus gros investissement au monde”, en utilisant, selon lui, “des techniques respectueuses de l’environnement”.

> Parallèlement, et sans y voir matière à contradiction, M.  Hollande s’est efforcé de convaincre le Canada de s’impliquer activement dans la lutte contre le réchauffement climatique, à l’instar des pays de l’Union européenne, qui ont récemment décidé de réduire de 40  % leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici à 2030. Il n’y est apparemment pas parvenu, même si son plaidoyer a coïncidé avec la mise en garde, diffusée dimanche, par les scientifiques du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) aux gouvernements de la planète, pressés d’adopter des mesures supplémentaires pour freiner le réchauffement climatique ».

Croyez-moi sur parole, ce papier me désole, plus que je ne saurais vous l’exprimer.