Archives mensuelles : novembre 2017

Et si on (re)commençait ?

Ceci est le troisième versant d’un propos général. On peut le lire sans les deux textes précédents, mais on y perdrait une logique, une cohérence qui s’y trouve bel et bien.

Je commence ce troisième papier consacré à la politique en découvrant un nouveau rapport, plus effarant que bien d’autres encore (ici). Publié par The Lancet, revue scientifique de haut prestige, adossé à un ensemble de 24 institutions mondiales comme l’Organisation météorologique mondiale (OMM), il fait le point chaque année sur les liens prévisibles entre la santé et le dérèglement climatique. On peut toujours faire son Claude Allègre, et penser que ces gens ourdissent un ténébreux complot. On peut, avec plus de raison, considérer qu’ils produisent le meilleur de ce qu’on peut savoir en cette fin d’année 2017. Eh bien, il annonce que jusqu’1 milliard d’humains pourraient migrer d’ici la fin du siècle. Songez un peu à ce que provoque, dans un pays comme la France, la perspective d’un million de réfugiés. Nous parlons de 1000 fois plus, certes répartis. Mais dites-moi, où iraient massivement des réfugiés climatiques venus du nord de l’Afrique ou du Moyen-Orient ? Dans le désert libyque ?

Un glyphosate, trois vérités

J’en reviens à mon propos. Ainsi que j’ai dit dans mon dernier papier, il faut repolitiser la société dans sa réalité. En tenant compte de ce qu’elle est aujourd’hui. Autant que possible, hors des références politiques – je ne dis pas morales, on s’en doute – qui furent celles des deux siècles précédents, qui n’apportent plus que confusion mentale. Alors voilà : je pense qu’il faut s’entendre, et s’entendre par millions, sur un point simplement vital : nous souhaitons tous être protégés au moment où les menaces s’accumulent.

Par quel bout prendre une telle affaire ? Sur quel fil tirer pour tenter de mobiliser vraiment ? Eh bien, je crois après très mûre réflexion, commencée voici des mois, qu’on pourrait choisir tous ensemble le glyphosate, matière active de tant de poisons, dont le Roundup. Je pense que nous pouvons énoncer d’emblée trois vérités. La première est que cette matière active est cancérigène, sans préjuger d’autres qualités aussi éminentes comme la reprotoxicité, voire la perturbation endocrinienne. Or on en trouve la trace dans presque toutes les analyses d’urine qui la recherchent.

La deuxième : les autorités, de quelque ordre que ce soit, de quelque niveau que ce soit, sont incapables de faire le travail élémentaire de tout apprenti gouvernant : protéger les siens, notamment parce qu’est reconnu à l’Etat et à ses innombrables prolongements le monopole de la violence légitime, ainsi que l’a noté avec finesse Max Weber. Il s’agit sans détour d’une rupture frontale du contrat social. La confiance n’est plus, tout le monde est en droit de se méfier de tout. La troisième vérité est que nous sommes des millions à en avoir assez. Oh certes ! pas tous de la même manière. Pas avec les mêmes mots, pas avec les mêmes considérations, pas avec les mêmes explications, mais tous sentant avec une force chaque jour plus évidente que rien ne va plus. Que le danger, pour les gosses, les bébés, les fœtus est omniprésent, accablant.

Ne pas oublier les boulistes du Touquet

Telle peut être la base d’une action collective encore jamais vue où l’on verrait d’innombrables segments de la société se mettre en mouvement ensemble – à peu près -, mais chacun d’entre eux à son rythme, avec ses mots, avec ses silences et ses non-dits, ses réserves et doutes, ses limites. Avant de crier à la douce folie du rêve, laissez-moi m’expliquer. Ce que je propose, c’est trois phrases, et les voici :

« Le glyphosate est un pesticide cancérigène, qu’on trouve partout dans les urines des humains. Nos autorités proches et lointaines acceptent cet empoisonnement, qui est désormais certain. Nous demandons protection, c’est-à-dire l’interdiction immédiate de ce produit chimique dangereux ».

Bien peu de gens, croyez-moi, trouveraient à redire réellement à semblables évidences. Questionnés, certains se sentiraient bien tenus de tergiverser, comme la patronne de la FNSEA Christiane Lambert – et encore ! – ou Jean-Charles Bocquet, l’ancien directeur du lobby des pesticides, l’Union des industries de la protection des plantes (UIPP) ou un quelconque Wauquiez. Soit. Reste qu’il existe comme un fabuleux gisement de millions de gens qui trouveraient cette demande raisonnable et défendable, y compris par eux. Notez bien dès l’avance que ce texte ne s’accompagne d’aucune des fioritures – que je ne conteste pas, on s’en doute – qu’on trouve dans tout texte militant ou seulement critique. Non, nulle mention du criminel Monsanto, de ses complices, de la politique en général et en particulier. Mais cette évidence, oui, que nous demandons protection.

La suite est clairement hypothétique, mais aujourd’hui, je m’en fous bien. J’y crois ? Pardi, j’y crois. Il s’agirait que ce texte soit approprié massivement, sur une longue durée, par tous ceux qui le souhaitent. Qu’il devienne le sésame, le porte-clés, le talisman de milliers de chercheurs de vérité, nous disons. Et qu’il soit diffusé jusque dans le plus petit des lieux possibles de France. Aucun hameau ne doit être oublié, aucune ferme, aucune cage d’escalier, aucun manoir en Dordogne.

Moi, je gage que tout le monde peut se reconnaître. Le club cycliste de Lamballe, les femmes musulmanes d’Aubervilliers, les boulistes du Touquet, l’amicale laïque du Tarn-et-Garonne, les employés de la crèche municipale d’Aubenas, les joueurs de Go de Saint-Sulpice, la Coordination rurale du Pas-de-Calais, les philatélistes du XIVème arrondissement de Paris, les Veuves de guerre, le 3ème RIMA, le NPA, les retraitées actives de Niort, les Petits Chanteurs à la Croix de Bois, Sud-PTT, Laurent Berger, Nicolas Hulot, Jacques Chirac, la fanfare municipale de Blaye, Michel Blanc, les grévistes de la Souterraine et d’ailleurs, les conseils municipaux de 33 400 communes de France, les colombophiles amateurs de Perpignan, le cercle espérantiste de Vannes, les usagers des restos du cœur de Lyon, Marseille, Lorient, Bordeaux, Dax, Limoges, Nancy, Colmar, Dieulefit, l’association des Tamouls de France, les deux foyers sénégalais de Montreuil, l’Assemblée des évêques de France, la CGT, le Grand Rabbinat de Paris et la Grande Mosquée du même lieu, les surfeurs de la côte Atlantique, les teufeurs de partout, les services pédiatriques et d’urgence de la totalité de l’APHP, puis les services de médecine, de gériatrie, de chirurgie, d’orthopédie, de rééducation fonctionnelle, Luc Besson, Jean-François Balmer, Michèle Bernier et ses enfants, Bruno Gaccio et ses enfants, Ali Baddou, Patrick Cohen, j’en oublie des milliers et des milliers et des milliers. Il s’agit d’un programme minimum, d’un socle, de l’affirmation minimaliste que nous sommes une société humaine.

La liberté à la boutonnière

Attention : il ne s’agit pas de porter la bonne parole avec l’autocollant écologiste sur la poitrine, non ! Il s’agirait de mettre en mains, dans les mains de parfaits inconnus, un texte qu’ils auraient toute liberté de diffuser à leur tour, de reproduire, de signaler à d’autres connaissances. Sans le changer jamais. Telle serait la seule condition : ces phrases seraient pour toujours le trait d’union entre des millions d’êtres qui ne se connaissent pas.

Bon, il ne s’agit pas d’une pétition, mais d’une ébullition. A feu doux, qui durera le temps nécessaire, fût-ce sur plusieurs années. Je vous rappelle sans rire qu’il s’agit de refonder la politique et les contrats qu’elle implique, ce qui ne saurait se faire en une saison. Si je ne me trompe et à la condition de bien s’y prendre, ces quelques phrases peuvent – et doivent en tout cas – se répandre lentement, puis de plus en plus rapidement, de plus en plus profondément. Le maître-mot me paraît être celui de liberté. Tout groupe, tout individu qui entend défendre cet oriflamme doit chercher le moyen de s’exprimer aussi haut qu’il sera possible. Le modèle, s’il en existait un, se rapprocherait peut-être de celui si discutable par ailleurs du Téléthon. Des gens de bonne volonté polarisent l’attention par une performance proportionnée à leur force et à leurs savoirs. Pendant que les mots diffusent avant de surgir par dizaines, puis par centaines et milliers des formes d’expression – inventons ! – amplifiant le propos de départ.

Nous parlons là d’un tsunami démocratique, dont je me dois de rappeler qu’il est au départ une ride sur l’océan. Une insurrection démocratique sans chef ni hiérarchie, sans autre but que d’obtenir satisfaction d’une demande en apparence dérisoire ou presque. Dans un premier temps au moins, on ne centralise rien, on n’impose rien, ce qui n’interdit pas de suggérer fortement ce qui pourrait être la règle d’or d’un tel mouvement : on ne négocie pas. ON NÉGOCIE RIEN, NI MAINTENANT NI JAMAIS. Car il n’y a rien à négocier. La situation ainsi créée me ferait penser à la fabuleuse mobilisation du Peuple des dunes, dont j’ai parlé ici il y a près de dix ans (ici). Laissons les puissants mariner dans le chaudron, et maintenons simplement la même exigence répétée sur tous les tons du violon : vous êtes représentants, agissez puisque telle est notre demande. Entrer dans le cycle sans fin des discussions signifierait au passage acceptation de l’inacceptable et adoubement de gens fondamentalement sans honneur.

N’appartiens jamais à personne

Si des millions de personnes, au bout d’un an, de deux, de trois ou plus, reprenaient cette exigence, il faudrait bien, à un moment quelconque de l’aventure, centraliser. Unifier. Réunir les volontés en montrant leur force collective hors du commun. Peut-être, mais sûrement pas au départ, pourrait-on imaginer un engagement pétitionnaire permettant de nous compter. Sans doute, si le virus de la liberté se répandait ainsi que je l’espère, peut-être faudrait-il rendre compte – site, son, images, textes, livre(s) – de ce qui est en train de se passer. Mais que cela soit clair : pour qu’une telle mobilisation ait lieu, la condition sine qua non serait qu’elle n’appartienne à personne. Qu’elle appartienne au peuple lui-même et qu’aucune structure des anciens temps ne puisse s’emparer de la millionième part de sa légitimité.

Y est-on ? Au bout d’un temps long, des millions de personnes sont devenues les copropriétaires d’une exigence de base : ne plus supporter l’empoisonnement par un produit dangereux. C’est alors que tout commence. Car réfléchissons ensemble, je vous en prie. Dans tous les cas, si du moins la mobilisation prend comme je me contente d’espérer, en bien, on peut espérer l’explosion, L’EXPLOSION du système politique actuel, qui ne mérite plus que cela.  Car de deux choses l’une. Ou le gouvernement décide de donner satisfaction aux demandeurs, et il ouvre une crise politique majeure avec l’Europe telle qu’ils l’ont construite, et qui impose des lois gangrénées par les lobbies industriels d’une part; avec sa propre majorité pro-business; avec les transnationales comme Monsanto, Bayer ou ChemChina, à qui il ne refuse jamais rien.

Dites-moi, où est le pouvoir ?

C’est très improbable, mais admettons. Dans ce cas, cela serait donner un souffle d’anthologie à la véritable démocratie. Cela signifierait qu’en s’unissant derrière une demande simple mais apparemment hors de portée, on peut obtenir une victoire. Comme l’esprit humain est fait, ce serait ouvrir une brèche qui ne se refermerait plus. Ce serait la preuve dont nous avons tant besoin pour réclamer plus. Pour réclamer tout ce dont nous n’osons plus rêver. Une société conduite par des besoins humains, hors du cercle de fer de l’économie. Ce serait l’ébauche d’une révolution.

Mais plus certainement, le gouvernement tergiverserait, tournicoterait autour de la demande, en ergotant sans cesse, en nous envoyant des armées de communicants nous expliquer qu’il faut attendre telle réunion, telle décision, tel menu changement institutionnel, qu’il faut respecter le cadre européen si difficilement dessiné, dans la grande tradition de l’enfumage. Pourquoi le ferait-il ? Mais parce qu’il serait coincé entre deux injonctions contradictoires. Celle, tout de même,  de respecter le souhait d’un peuple qui l’a fait – plus ou moins – roi. Et celle de sa nature profonde, qui est de s’incliner devant la puissance de feu de l’industrie et des règles générales de l’économie. Exactement comme le scorpion de la fable qui pique la grenouille qui lui fait passer la rivière sur le dos, et meurt avec elle comme un imbécile. Car c’est dans sa nature.

Seulement, dans ce cas-là, ce serait presque trop beau. Car on assisterait en direct à une leçon de choses politique de très haute volée. On verrait, des millions de citoyens pourraient verraient de leurs yeux que le système de représentation est bloqué, qu’il empêche et interdit de protéger la santé de tous, au profit de quelques-uns. Moi, je gage sans preuve qu’on pourrait alors se lancer dans une immense entreprise de repolitisation de la société, qui lui permettrait de comprendre ce qu’est le pouvoir, comment il circule , comment il est confisqué, et au service de quoi.

Un autre serment du Jeu de paume

Ce serait d’ailleurs la même chose, peu ou prou, si le gouvernement cédait, pour la raison évoquée plus haut que cela permettrait à beaucoup, ayant déjà beaucoup appris chemin faisant, de réclamer bien plus et au-delà. Mon obsession à moi n’a rien de secret : il faut à toute force créer du mouvement. La statique, c’est la mort pour tous, au moins morale, pour cause de crise écologique exacerbée. Le mouvement au contraire, sur fond de réclamation en apparence presque anodine, est la chance donnée d’avancer enfin. De se poser des questions ensemble. D’y répondre ensemble. De créer pas à pas une culture politique neuve qui enverra au cimetière des idées le libéralisme et le capitalisme, les fascismes et les stalinismes, les social-démocraties, les gauches en fait, l’individualisme.

Vous le savez, nous le savons tous : nous n’avons plus beaucoup de temps. Il faut tout faire en une seconde, à peine plus : apprendre une langue et sa grammaire, la parler, trouver des locuteurs, imaginer un nouveau récit plus efficace et vrai que le progressisme qui domine encore, rebâtir le monde et son incroyable beauté. Le nouveau récit, nous le connaissons bien : il appartient à l’homme, aux hommes, de proclamer ses devoirs envers toutes les formes vivantes. En proclamant, comme les ancêtres dans la salle du Jeu de paume, le serment de sauver les conditions de la vie sur Terre.

 

Mais pourquoi la politique est-elle morte ?

Attention, ce texte est la poursuite du précédent et ne saurait à mon sens être compris sans avoir lu le précédent et celui viendra derrière. On peut appeler cela une trilogie, mais comme cela semble bien pompeux, restons-en à l’idée d’une série de trois. Enfin, voyez.

Lecteurs, amis, adversaires éventuellement, je suis bien sûr d’une chose : vous partagez un même sentiment sur la politique. Car la politique, fondamentalement, c’est l’action. Or nous ne pouvons plus bouger. Aucun geste ne donne plus rien. Aucune mobilisation ne débouche plus sur le moindre changement, aussi dérisoire qu’il puisse être. Ce n’est pas une panne, c’est la fin ultime d’un cycle probablement né chez nous en 1789.

La Révolution française aura été un souffle prodigieux, qui a montré qu’un mouvement dans la société pouvait conduire à un changement d’état radical. Il est difficile d’imaginer ce qu’un tel tremblement de terre a pu signifier pour des générations. Je passe volontairement sur la suite des événements, qui a dû en décevoir plus d’un. Au passage, ce triomphe (si provisoire) de la volonté a également permis l’établissement d’une foi meurtrière dans l’homme. Le délire de toute-puissance et cette hubris – la démesure déjà décrite par les Grecs anciens – qui sert de fondement aux entreprises techniques les plus folles, ne sont pas nés là. Bien sûr. Mais ils auront trouvé dans ce soulèvement d’un peuple – mais oui, toute aventure merveilleuse contient sa part d’ombre et tout avers son envers – des raisons nouvelles de se déployer. Ne l’oublions pas : 1789 est aussi la grande naissance politique du progressisme, cette croyance naïve dans le sens de l’histoire, qui ne connaîtrait qu’une direction. Le pire en réalité, c’est que le progressisme a vaincu toutes les autres propositions politiques par une alliance indéfectible avec la machine et le savant. Avec de tels acteurs, l’industrialisation du monde, qui est notre monstre bien vivant, ne pouvait que déferler sur des sociétés humaines éberluées par la puissance et le neuf.

Tout cela est terminé. L’alliance est encore là, mais comme elle se heurte à des murailles que personne ne franchira, elle est franchement obsolète, dans le sens qu’elle ne sert plus, qu’elle ne servira plus qu’à détruire, car plus rien ne saurait être construit dans ces conditions. Que s’est-il passé ? D’abord, cette chose aussi vieille que le monde : les idées périssent ou en tout cas s’épuisent au point de n’avoir pas plus de force qu’un vieillard centenaire, et grabataire. Combien de temps aurai duré l’ivresse de 1789 ? On sait qu’elle aura inspiré le coup de force bolchevique de 1917, et donc ce qui a suivi en Russie, puis dans tant de pays du monde. J’ai déjà assez dit l’horreur définitive que m’inspirent les stalinismes, qui sont toujours dans la tête de trop d’humains.

En tout cas, 1789 s’est étiolé et les rêves sont devenus des nuages s’effilochant au ciel des sociétés humaines. C’est ainsi, et il n’en sera jamais autrement. Mais il est un autre changement, bien plus radical, qui condamne toutes, je dis bien toutes les formes actuelles de la politique : l’évidence croissante qu’il existe des limites physiques à l’aventure humaine. La crise écologique nous mord la nuque et bientôt la brisera si nous ne tentons pas quelque chose d’inédit.

Je ne reprends pas la litanie, mille fois décrite ici.  Nous consommons bien plus que ce que les écosystèmes naturels acceptent de nous offrir chaque année, et cela ne saurait durer, ce que peut comprendre un enfant de cinq ou six ans. Si tu ajoutes une bille à un gros paquet chaque matin et que tu en perds deux chaque soir, eh bien, il arrivera, quelle que soit la taille du sac, que tu n’auras plus rien pour jouer, mon biquet. Tu pleureras, mais ce sera trop tard, sauf si tes bons parents t’achètent d’autres billes chez le marchand. Le tout petit problème est qu’il n’y a pas de marchand de terres. Nous faisons gaiement comme s »il en existait trois ou quatre, et demain, avec l’appétit croissant de centaines de millions d’Indiens et de Chinois – entre autres -, il en faudra bien cinq. Mais je me rends compte que mon historiette n’est pas si drôle, pardon.

L’aventure, celle-là, est finie. Or toutes les formes politiques, jusqu’au dernier sous-comité public, jusqu’à la moindre assemblée mélenchoniste, jusqu’aux absurdes mouvements prétendument écologistes, oui, toutes font comme si cela pouvait durer. Ne me dites pas que vous n’êtes pas au courant ! Une élection perdue ? Bah, attendons cinq ans, ou sept, ou vingt-cinq. Jamais aucun parti ne propose ni ne proposera des mesures de rupture vraie avec ce monde. Par exemple mettre en question l’existence même des transnationales, ce centre nerveux de la destruction planétaire. Ou la bagarre assurée, assumée contre la prolifération des objets matériels, qui passe sans nul doute par l’interdiction de la publicité, cette industrie du mensonge. Ou l’abolition de la pêche industrielle, qui trucide des équilibres écosystémiques vieux de millions d’années. Ou encore la lutte organisée pour la fin de l’agriculture industrielle, responsable essentiel de l’Apocalypse des insectes évoquée dans mon dernier papier ici.

Ce ne sont que quelques exemples de bon sens. Les gens qui nous représentent – partis, syndicats, associations, structures publiques de tout niveau – nous précipitent au tombeau collectif parce qu’ils n’entendent pas mener les combats vitaux pour notre avenir. Encore cinq minutes, monsieur le bourreau ! comme a dit – peut-être – Jeanne du Barry en montant sur l’échafaud en 1793. Eh bien oui, nous aurons les cinq minutes, mais pas plus. Sont-ils cons comme des brêles ? Oui, assurément, ils le sont, puisqu’ils ne comprennent pas l’essentiel et se perdent dans de picrocholines querelles. Mais il faut quand même aller plus loin, même s’il m’arrive, comme à vous je l’espère, de les maudire tous.

Je ne reprends pas les raisons – celles que j’entrevois en tout cas – d’une telle faillite, encore que le mot juste, vu les dimensions du drame, reste à inventer. Je me contenterai de constater qu’ils sont tous, mais alors tous, les représentants d’un astre mort. Pour des raisons diverses, intellectuels, syndicalistes, politiques ne parviennent pas à s’extraire pour de vrai du cadre passé et désormais forclos. Voyez par exemple ces tristes exemples de messieurs Hamon et Mélenchon, qui se disputent la dépouille et la mémoire d’un Mitterrand, né il y a 101 ans, et qui n’a bien entendu jamais dit un mot sur la crise écologique, pourtant évidente déjà du temps de son vivant.

Tous les repères, toutes les carrières, tous les livres ou presque, toutes les écoles, toutes les Académies, tous les journaux ne parlent au fond que d’un univers disparu. Le grand fantasme est de récréer le divin passé. Selon les semblants de camp, les Trente Glorieuses, la France éternelle de Dunkerque à Tamanrasset, la rupture – tu parles ! – avec le capitalisme. Comme aucun n’y arrivera, voilà la grande nouvelle que j’entends partager avec vous : la politique est morte, car rien de significatif n’a plus la moindre chance d’arriver comme l’on faisait avant. Le cadre a totalement changé, mais il est décidément trop dur de se séparer des vieilles tapisseries. On garde, on meurt.

Y a-t-il une issue ? Je suis bien loin d’en être sûr, mais peut-être. Seulement, ainsi que je vous l’ai écrit, il faut accepter de rompre sans esprit de retour. Il faut se mettre dans un état intérieur tel que nul ne pourra plus venir dans l’intérieur de nos têtes y faire les diverses propagandes qu’on sait. Il faut tenter de devenir libre. Attention, je suis fort loin d’y être ! Ne croyez-pas que je me présente comme un modèle, car franchement, dans le genre, il y a mieux. En tout cas, j’essaie d’être sincère, honnête, et volontaire. La politique est morte, mais il existe sans doute un (des) moyen(s) de la ressusciter. Rappelez-vous : la politique, c’est l’action. Sans action, nous sommes cette fois irrémédiablement condamnés au pire. Mais en agissant, peut-être pas.

Donc, la politique. Moi, je crois que ce grand peuple a le besoin et la possibilité de se repolitiser en profondeur, sur des bases neuves. Et j’ai ma petite idée sur le sujet que je m’empresse de partager avec vous. Mais voilà que je me rends compte qu’il est 16h58 et que je n’ai pas encore bu mon thé vert de l’après-midi. Damned ! La suite et fin provisoire dès que possible. Juré.