Faut-il renoncer à la viande ? (un chat paru dans Le Monde)

Cela tombe excellemment bien, car j’ai de moins en moins de temps. Je vous mets ci-dessous le texte d’un chat – une discussion avec les internautes – organisé par le journal Le Monde, vendredi passé. Voilà comment ça se passe. Un journaliste vous appelle à l’heure prévue, au téléphone, et vous lit des questions d’internautes. Vous, vous causez dans l’appareil, en essayant de ne pas parler trop vite, car il y a quelqu’un, qui est d’ailleurs quelqu’une, qui tape à la vitesse du son vos réponses. Au bout d’une heure, c’est fini, et tant mieux, car vous avez envie de boire une bière. Le journaliste prépare pendant deux ou trois heures la discussion, qui est ensuite mise en ligne. Comme dans la version qui suit.

L’intégralité du débat avec Fabrice Nicolino, auteur de Bidoche, vendredi 28 janvier 2011

Auteur de « Bidoche », Fabrice Nicolino prépare actuellement un livre sur l’état du mouvement écologiste en France, à paraître en mars 2011 (éditions LLL).

François François : Qu’est-ce qui a changé depuis la sortie de votre livre « Bidoche », il y a un an ?
Fabrice Nicolino : Depuis, j’ai été frappé par le fait que les questions que je me posais dans le livre arrivaient au bon moment. Juste après, en décembre 2009, il y a eu le sommet sur le climat à Copenhague et on a vu à ce moment-là apparaitre un début d’opposition organisée à la surconsommation de viande, notamment au travers des déclarations de l’ancien Beatle Paul Mc Cartney et aussi au travers d’une déclaration symbolique de grève de la consommation de viande, lancée par une dizaine de personnalités françaises, dont les écologistes Jean-Paul Besset et Yves Cochet.

L’industrie de la viande a pris très au sérieux cette affaire. Il y a des documents internes que j’ai pu lire des industriels de la viande qui mettent en garde la profession. Ils semblent inquiets et certains estiment que ça pourrait être une menace plus grande que la crise de la vache folle il y a 20 ans.

DDE : Que pensez-vous du livre de Jonathan Safran Foer – Faut-il manger des animaux ? – N’est-il pas un peu extrême et trop « américain » dans sa pensée, ce qui rend ses arguments faciles à contrer par le lobby de la viande français ?

J’ai juste commencé à le lire, il est donc difficile d’en parler. La seule chose évidente c’est que c’est en effet un livre américain qui parle de l’Amérique, où les conditions de l’élevage sont un peu différentes de celles qu’on connait en Europe.

Lyly : La situation européenne diffère beaucoup de la situation américaine, donc ne devrait-on pas parler de ce qui cloche chez nous ? Agriculture intensive, utilisation de pesticides, etc

La différence entre les systèmes américains et européen est un différence de degré et non pas de nature. Je crois que le système industriel de la viande est largement un système planétaire. Même s’il n’existe pas en France des porcheries aussi géantes que dans certains Etats américains où peuvent être réunis plusieurs dizaines de milliers de porcs.

Ce qu’il faut retenir c’est que c’est un seule et même système. La région Bretagne en France est un lieu de très haute concentration de l’élevage industriel avec des centaines de « fermes » où sont traités – et mal traités – des millions d’animaux d’élevage, notamment les poulets et les porcs mais aussi à un degré moindre les bovins.

Jack : Concernant le bien-être animal, la France fait-elle figure de frein, notamment contre les réformes au niveau européen ?

Oui. La France freine des quatre fers. Pour résumer il y a une alliance historique en France qui date de l’après-guerre entre l’Etat, le ministère de l’agriculture, l’INRA, la grande industrie, des laboratoires et des scientifiques qui appartiennent, ou pas, à l’INRA. Il existe en France un modèle industriel de l’agriculture qui pour des raisons de rentabilités évidentes refuse de prendre en compte la question essentielle du bien-être animal, qu’on peut aussi formuler par la souffrance animale.

Il y a des scientifiques en France réputés qui travaillent directement avec l’industrie de la viande et qui par leurs travaux, souvent financés par l’industrie elle-même tentent de nier tous les problèmes liés à la souffrance des animaux.

Par exemple, la question symbolique du foie gras. C’est une institution dite gastronomique en France. On a pas le droit d’y toucher et il faut savoir que la France représente à elle plus de 90 % des exportations de foie gras. L’Union Européenne et ses experts, qui travaillent sur la question du bien-être animal ont établi à de nombreuses reprises l’extrême souffrance des canards et des oies chez lesquels on fabrique un foie malade qu’on appelle donc le foie gras.

Guest : On entend souvent qu’il est possible de se passer de viande. Pourtant, les alternatives semblent plutôt contraignantes au quotidien. Cela implique notamment d’avoir un régime alimentaire différent des autres et donc souvent très limité. Qu’en pensez-vous ?

Je ne suis pas végétarien. Je mange très peu de viande néanmoins. Ce que je sais c’est que manger nettement moins de viande est meilleur pour la santé humaine et ce que j’ai constaté au cours de mon travail c’est que les végétariens se portent très bien. Tous ceux avec qui j’ai pu parler disent qu’il est relativement facile de se passer de viande et de maintenir une excellente santé physique.

Don Diègue : Pour un homme ayant une activité sédentaire (bureau), y a-t-il une quantité de viande hebdomadaire recommandée par les nutritionnistes ?

Non. C’est un sujet très polémique car les industriels de la viande ont intérêt – et ont des moyens pour ça – à nous faire consommer beaucoup de viande. Dans le même temps il existe un très grand nombre d’études, parues dans les plus grandes revues scientifiques sur la planète, qui démontrent qu’en Occident, l’Europe en tête mais également dans un nombre croissant de pays émergents, le niveau de consommation de viande entraîne des problèmes de santé publique très graves. Il y a des peuves scientifiques qui montrent des liens entre une forte consommation de viande rouge et des maladies lourdes telles que les maladies cardio-vasculaires, certaines formes de cancers, l’obésité, le diabète…

Il y a l’étude du professeur Colin Campbell, considéré comme l’un des plus grands nutritionnistes vivants. Il a mené un étude sur un quart de siècle appelée l’étude chinoise, en relation donc avec les autorités chinoises. Il a comparé l’alimentation dans un canton chinois et aux Etats-Unis. Son résultat, c’est que les Chinois mangent essentiellement une nourriture végétale avec très peu de viande et les Américains au contraire beaucoup de produits carnés. Chez les chinois on trouve un certain nombre de maladies associées à la pauvreté (la tuberculose, des maladies respiratoires…) mais ils sont très largement à l’abri des maladies qu’on trouve chez les Américains. L’explication centrale serait le taux de cholestérol qui serait relié directement à la consommation de viande.

Ebene : N’y a t-il pas « quelque chose » de symbolique dans la viande ? Dès que l’on commence à en parler (même sans parler de végétarisme), le débat se ferme… C’est le mot réduction (qui passe pas mal pour le Co2) ou le mot viande ?

C’est vrai mais c’est parce que c’est aussi un débat anthropologique. Il plonge ses racines au plus profond de l’histoire humaine. Il faut comprendre qu’il y a un conpagnonnage entre l’homme et les animaux domestiques qui date de 10 000 ans. L’animal domestique a longtemps été divinisé. Des animaux comme la vache ont été considérés comme des dieux. C’est très profond.

L’animal avait un rôle éminent et puis il y a eu une rupture mentale et historique très importante au 17e siècle. C’est une date arbitraire mais à cette époque en France il y a eu un phénomène très important : le fameux discours de la méthode de Descartes. Descartes y parle des animaux et, pour la première fois à ma connaissance, un intellectuel écrit que les animaux sont des machines. Des machines très complexes mais des machines quand même. Descartes n’est évidemment pas responsable de tout ce qui a suivi mais c’est vrai que la vision mécanique des animaux les prive d’une âme. Il est fondateur d’une nouvelle vision des animaux qui elle va nous conduire à l’élevage industriel et d’une certaine façon, à la barbarie dans nos relations avec les animaux.

Henry delf : Les défenseurs des animaux français ne sont-ils pas condamnés à entendre des écolos et politiques français qu’ils ne sont pas des bons défenseurs des humains ? Que pensez-vous de leurs arguments selon lesquels on devrait renoncer à l’exploitation des animaux, comme on a mis fin à l’esclavagisme, au sexisme…

Je pense que l’élevage industriel et cette barbarie organisée contre les animaux ont des effets sur la psyché des humains. C’est faire sauter des digues dans les esprits des hommes. Exercer de la barbarie sur des animaux, c’est préparer le terrain à la barbarie contre les humains. Le parallèle avec l’esclavagisme ou le sexisme me paraît raisonnable. Au fond, quand on connait l’Histoire, on voit la façon dont les hommes ont nié le caratère d’homme aux esclaves. On se souvient des polémiques, lors de la conquête par les Espagnols de l’Amérique centrale, sur le fait de savoir si les Indiens avaient une âme. Cette polémique a éclatée car, si les Indiens étaient dotés d’une âme, alors on ne pouvait pas les surexploiter jusqu’à la mort comme ça a été le cas dans l’actuel Pérou avec les mines d’argent et les Incas. La même question a été posée aux hommes, en tant que genre, dans leur relation avec les femmes. En France, on a contesté le droit des femmes à voter jusqu’en 1946. C’est la même chose sous des formes différentes. Changer les animaux en machine c’est permettre de les traiter comme de la marchandise.

2514 : Si on suite votre raisonnement sur la barbarie, peut-on en conclure que les urbains sont définitivement plus évolués que les agriculteurs, tortionnaires d’animaux ?

Pour suivre ce raisonnement je dirais l’inverse. Nous déléguons l’élevage industriel et l’abattage des animaux à des gens dont nous ne voulons rien savoir. C’est vraiment « cachez ces abattoirs que nous ne saurions voir ». J’y vois la marque d’une hypocrisie sans nom qui m’indigne. Je pense qu’il faudrait au moins que tous les consommateurs de viande sachent la vérité sur l’élevage et l’abattage des animaux.

Robin : Pour vous, est-ce le fait de tuer et de manger les animaux qui est barbare, ou bien seulement l’élevage industriel ?

C’est une question ouverte qui est très importante mais sans réponse définitive. Je dirais que l’élevage industriel est globalement une barbarie et je suis pour sa disparition pure et simple. Maintenant la question de savoir si le fait de manger de la viande s’apparente à la barbarie, c’est devenu pour moi une question dont j’ignore la réponse.

G Said : La critique de la viande a-t-elle le moindre relais parmi les politiques français ? Droite et gauche sont-ils différents ? Trouvez vous aussi que les écolos continuent de ne pas aller sur ce terrain, pourtant intéressant, et snobent les défenseurs des animaux ?

Oui, la classe politique française en général récuse toute interrogation sur le sort des animaux. Droite et gauche confondus. Même dans les milieux de l’écologie politique tels qu’Europe Ecologie, à quelques exceptions près, personne ne s’intéresse à ces questions. D’abord par indifférence mais aussi par peur qu’on accuse ceux qui prendraient la défense des animaux de se désintéresser du sort des humains. Alors que les deux questions sont intimement liées.

Il y a quelques personnalités au Parlement, à droite comme à gauche, Yves Cochet par exemple, mais c’est rarissime. Il y a surtout des lobbies, tels que l’ « association des amis du cochon ». Qui cachent en fait une défense de l’élevage industriel. Ce qui domine c’est le soutien à l’élevage industriel sous toutes ses formes.

Sébastien : Le SNIV, le syndicat de l’industrie de la viande, a diffusé une lettre ouverte suite à la couverture des Inrocks sur le livre de Jonathan Safran Foer. Le SNIV en appelle au président Sarkozy pour venir défendre le modèle alimentaire français. Est-ce vraiment un modèle à suivre ?

C’est du pipeau. C’est une blague. C’est une pure propagande commerciale et industrielle. Il faut faire croire qu’il existe un modèle français raisonnable, gastronomique, pour maintenir les parts de marché de l’industrie française de la viande. C’est de la publicité.

En cuisine, il y a de plus en plus de chefs qui se tournent vers la viande biologique, qui certe coûte cher mais dont le cahier des charges impose un certain nombre de règles meilleures pour les animaux : des considérations de durée de la vie, l’espace accordé à l’animal, son alimentation, la possibilité d’être en extérieur et non pas enfermé dans des lieux sans lumière.

Tuer des animaux pour les manger c’est une choses, les maltraiter pendant la durée de leur vie sur terre c’en est une autre. De plus en plus de chefs donc se tournent vers ça mais aussi vers les plantes et l’alimentation végétale. C ‘est un phénomène de fond et non pas conjoncturel à mon avis.

Robin : Avec l’augmentation de pouvoir d’achat des Chinois et autres, le problème de l’élevage industriel risque de s’aggraver, non ? Ils veulent manger plus de viande. Mais pourquoi ?

C’est aussi une question très importante car le modèle alimentaire occidental et donc français basé sur une forte consommation de viande n’est pas un modèle généralisable. C’est impossible pour des raisons physiques et objectives.

Produire de la viande, sur le plan énergétique, c’est une folie. Pourquoi ? Parce que pour obtenir une calorie animale, il faut utiliser entre 7 et 9 calories végétales (le boeuf est celui qui nécessite le plus de calories – avec 9, le porc 7, le poulet descendant à 3 calories, selon un scientifique de l’Inra, ndlr) . L’animal est un très mauvais transformateur d’énergie. Il faut des quantité phénoménales de végétaux pour nourrir les animaux qui vont ensuite nous nourrir. En Europe et en France donc, 60 % des surfaces agricoles sont déjà utilisées pour les animaux. Soit sous la forme de paturage soit sous la forme de céréales pour les alimenter.

Les terres agricoles dans le monde sont limitées. On ne peut pas espérer augmenter massivement leur surface. Or dans un pays comme la Chine, sur fond d’hyper-croissance, il existe entre 150 et 200 millions de personnes qui disposent d’un pouvoir d’achat leur permettant de consommer de la viande. Quand on va aujourd’hui en Chine, et qu’on est invité à déjeuner par exemple dans une famille de la classe moyenne urbaine, il y asur la table, fatalement, entre 5 et 10 plats de viande car c’est un signe extérieur de richesse. Un signe de distinction sociale et c’est un mouvement qui semble irrépressible.

Seulement cela pose un problème insoluble. Personne ne sait où on pourra trouver les céréales qui permettraient de nourrir le bétail, chinois notamment. Pour cela, il faut importer des millions et des millions de tonnes de céréales qui font défaut au marché mondial actuel pour nourrir les humains.

Il y a de fait et de plus en plus une concurrence tragique entre l’obligation de nourrir les humains et l’envie de nourrir les animaux pour permettre à la fraction riche de l’humanité de consommer de la viande. On devra peut-être choisir entre nourrir les hommes ou les animaux.

25 réflexions au sujet de « Faut-il renoncer à la viande ? (un chat paru dans Le Monde) »

  1. Fabrice,

    « CHOISIR entre nourrir les hommes ou les animaux. »
    Choisir dis-tu en conclusion ouverte, certes je vois ce que tu veux dire, mais en l’exprimant comme çà, c’est le marché qui imposera la ‘solution’ par la force des pouvoirs d’achat.

    DECIDER (en lieu et place de choisir) déplacerait la question au niveau moral. Qui décidera en fait? (question politique d’accord), quelles doivent être ses qualités pour ce faire? (question morale). Le dernier aspect renvoie simultanément chacun à son autolimitation de consommation de viande…

  2. En ce qui concerne nourrir « les hommes ou les animaux  » j’ai appris en mon enfance que les animaux broutaient les plantes ligneuses que les humains ne pouvaient eux-même consommer et qui poussaient en des lieux impropres à l’agriculture ( trop froid l’hiver , ou trop pierreux ou trop sec.)
    Nous n’aurions jamais dû nous éloigner de cette culture en ce qui concerne la viande( consommée avec grande modération jamais comme base amimentaire sous nos latitudes.)

  3. Bonsoir,

    Merci Fabrice.

    Autrefois, il n’y a pas si longtemps, une famille ne mangeait de viande que le dimanche. Nul n’en est mort!

    Aujourd’hui c’est viande, souvent midi et soir! Il faut cesser, c’est une abhération totale! Grâce a votre livre, Bidoche, que j’ai prèté a gauche et a droite, cela a remis quelques pendules a l’heure, et fait prendre conscience à des âmes sensibles et ouvertes. Grand Merci a Bidoche!

    Pour enfoncer le clou, les méthodes de découragement sont multiples. Beaucoup d’humains portent affection et tendresse a leurs animaux de compagnie et leur faire comprendre que ce qu’ils mangent n’est pas différent, peut aussi faire tilt!

    Humour, mais vrai …

    Mon cher voisin, Robert, celui qui ne porte que des Marcels quand le temps est beau, est un carnassier notoire. Tout y passe, et en quantités astronomiques!
    Ce monsieur, néanmoins au coeur tendre, a pour animal de compagnie un lapin. Tout les soirs, il le cajole, le bisoute, le met sur ses genoux, lui parle ….

    – Mince Robert, a la place de ton civet du dimanche, pourquoi ne prends tu pas, et ne passe a la casserole ton lapin?

    Robert visiblement gèné, hésite a répondre.

    – Un lapin, c’est un lapin, non? Alors Robert, dis moi?

    Dans la tête de Robert cela a fait TILT et depuis il ne consomme plus de civet, il m’a promis.

    Maintenant de la à dire, que son épouse est vache, que sa fille ressemble a une poule de luxe et que son fils a des cuisses de grenouilles, je n’oserais pas.(Pardon, c’est une boutade, juste pour rire). Mais le livre Bidoche est en cours de lecture et fera peut être le reste de l’ouverture de conscience.

    Choisir entre de nourrir les hommes ou les animaux?

    Ah non! pas question de sacrifier les poules!

    Bonne soirée, Léa.

  4. C’est sur c est complètement abhérent cette histoire de donner les céréales dont manquent les pauvres à des animaux pour nourrire des riches souvent déjà trop nourris !!!!!
    Un petit texte sur les animaux et l esclavage de Condoret:
    On a dit encore, le colon intéressé à conserver ses Nègres les traitera bien, comme les Européens traitent bien leurs chevaux. A la vérité on mutile les chevaux mâles, on assujettit quelquefois les juments à des précautions (qu’on prétend que quelques colons ont adoptées pour leurs Négresses). On condamne ces animaux à passer leur vie ou dans le travail, ou tristement attachés à un râtelier, on leur enfonce des pointes de fer dans les flancs, pour les exciter à aller plus vite, on leur déchire la bouche avec un barreau de fer pour les contenir, parce qu’on a découvert que cette partie étoit très-sensible ; on les oblige, à coups de fouet, à faire les efforts qu’on exige d’eux ; mais il est sûr qu’à tout cela près les chevaux sont assez ménagés : à moins encore que la vanité ou l’intérêt de leur maître ne le porte à les excéder de fatigue, et que par humeur ou par caprice les palefreniers ne s’amusent à les fouetter. Nous ne parlons pas de leur vieillesse qui ressembleroit beaucoup à celle des Nègres, si, par bonheur pour les chevaux, leur peau n’étoit bonne à quelque chose.
    Tel est l’exemple qu’on propose sérieusement, pour montrer qu’un esclave sera bien traité, d’après ce principe, que l’intérêt de son maître est de le conserver ! Comme si l’intérêt du maître pour l’esclave, ainsi que pour le cheval, n’était pas d’en tirer le plus grand parti possible, et qu’il n’y eût pas une balance à établir entre l’intérêt de conserver plus longtemps l’esclave ou le cheval, et l’intérêt d’en tirer, pendant qu’ils dureront, un plus grand profit. D’ailleurs, un homme n’est pas un cheval, et un homme mis au régime de captivité du cheval le plus humainement traité, seroit encore très-malheureux.
    Les animaux ne sentent que les coups ou la gêne, les hommes sentent l’injustice et l’outrage ; les animaux n’ont que des besoins, mais l’homme est misérable par des privations ; le cheval ne souffre que de la douleur qu’il ressent, l’homme est révolté de l’injustice de celui qui le frappe. Les animaux ne sont malheureux que pour le moment présent, le malheur de l’homme dans un instant embrasse toute sa vie. Enfin, un maître a plus d’humeur contre ses esclaves que contre ses chevaux, et il a plus de choses à démêler avec eux, il s’irrite de la fermeté de leur maintien, qu’il appelle insolence, des raisons qu’ils opposent à ses caprices, du courage même avec lequel ils essuient ses coups et ses tortures ; ils peuvent être ses rivaux, et naturellement ils doivent lui être préférés.

  5. Fabrice je me répète mais l’élevage industriel est indispensable pour les lobbys agro-alimentaires car c’est la seule façon qu’ils ont pour se débarasser de leurs déchets dont les déchets d’éthanol, les fameuses drèches de maïs dont le nouveau président de la FNSEA veut importer en masse pour nourrir les élevages industriels bretons. S’il n’y a plus les élevages tout s’écroule car les déchets deviendraient une charge impossible à éliminer.
    C’est pour cela qu’ils veulent remettre les farines animales dans l’aliment du bétail.
    Avec le prix des céréales qui explose les animaux d’élevage vont manger encore plus de merde et les consommateurs pauvres aussi.
    Il faut redire que ces animaux sont gavés d’OGM.

  6. Là, pour le coup, la population, Nous, pourrions vraiment influer sur le devenir de la « viande » !
    Il suffirait d’en réduire à l’extrème la consommation, et « orienter »(j’aime pas le mot) nos enfants, vers un certain végétarisme !
    Ok, c’est pas avec Macdo et quick et compagnie que nous les éduquons sérieusement 😉
    C’est un herbivore sans enfants qui vous le dit, et vu mon physique, je n’ai rien d’un dépressif hystérique anti-viande, j’aime les animaux, je ne les mange pas.
    Regardez avec le lait, en France, on nous gave avec cette fable de son bienfait, depuis l’après guerre, hors dans le monde, très peu d’adultes en boivent, tout juste les bébés, et après basta, ils passent à autre chose.
    Faisons de même avec la bidoche, tant pis pour les culturels et les traditions, il vous restera de quoi vous sustenter.

  7. « En ce qui concerne nourrir “les hommes ou les animaux ” j’ai appris en mon enfance que les animaux broutaient les plantes ligneuses que les humains ne pouvaient eux-même consommer et qui poussaient en des lieux impropres à l’agriculture ( trop froid l’hiver , ou trop pierreux ou trop sec.)
    Nous n’aurions jamais dû nous éloigner de cette culture en ce qui concerne la viande( consommée avec grande modération jamais comme base amimentaire sous nos latitudes.) »
    Voilà, c’est exactement ce que je fais!
    J’ai beaucoup à dire et j’ai des solutions alternatives à proposer sur ce sujet. M

  8. « En ce qui concerne nourrir “les hommes ou les animaux ” j’ai appris en mon enfance que les animaux broutaient les plantes ligneuses que les humains ne pouvaient eux-même consommer et qui poussaient en des lieux impropres à l’agriculture ( trop froid l’hiver , ou trop pierreux ou trop sec.)
    Nous n’aurions jamais dû nous éloigner de cette culture en ce qui concerne la viande( consommée avec grande modération jamais comme base amimentaire sous nos latitudes.) »
    Voilà, c’est exactement ce que je fais!
    J’ai beaucoup à dire et j’ai des solutions alternatives concrètes à proposer sur ce sujet. Mais une fois n’est pas coutume, je me sens un peu à l’étroit sur Planète sans visa pour en débattre.
    En deux mots: cesser de consommer de la viande industrielle OUI, absolument.Et donc les produits animaux qui lui sont liées: lait, beurre, fromage, oeufs.
    Cesser de consommer complètement de la viande, pas forcément mais forcément en manger peu, issue de petits élevages paysans où l’élevage à tout son sens,notamant la production de matière organique, fumure, compost.
    Et donc, je pense qu’il faut absolument redistribuer les terres agricoles à la population pour démultiplier le nombre de nouveaux paysans, maraîchers etc…réinventer les filières, les systèmes d’abattage (genre camions itinérants beaucoup moins horribles que les abattoirs qui sont l’enfer sur terre)

    Si « Bidoche » provoque une crise dans l’industrie de la viande, c’est youpie!Youpie!
    Les petits éleveurs qui font un bon travail avec leurs bêtes n’ont pas à redouter un boycott de la viande. Ils sont déjà dans des filières alternatives ou vont s’y mettre grâce à ça.

    Fabrice, sérieusement, et bien que je sache que tu te défend très bien tout seul, si tu as besoin d’une éleveur-paysan pour argumenter avec toi face aux « pauvres éleveurs » industriels qui sont toujours en train de pigner, je viendrai, j’ai du caractère et je sais très bien tenir tête à ces « Messieurs » de l’agriculture!
    Ne dit-ton pas « bergère en colère fait le Roi se taire »…

  9. nourrir les animaux d’élevage est une hérésie,sauf la volaille en général dans la nature,car moins contraignant.Il est plus logique d’utiliser les champs pour la denrée des hommes.et non pas pour le carburant et autres bovins qui ne sont que le reflet de la population

  10. En ce qui concerne le végétarisme, il n’y a vraiment aucune difficulté à se procurer la nourriture nécessaire pour manger équilibré. Légumes, céréales et légumineuses se trouvent partout. Sains s’ils sont bio, pesticidés sinon mais c’est un autre problème.

    Le régime végétarien est souvent présenté comme périlleux. Il faudrait absolument avoir 2/3 de céréales pour 1/3 de légumineuses à chaque repas, sinon tous les acides aminés indispensables (car non synthétisés par notre organisme lui-même) ne sont pas représentés et ce serait la catastrophe !

    Il n’en est rien, bien sûr. Il suffit que ces acides aminés soient tous fournis à l’organisme, sur une semaine ou un mois, peu importe. Comme toujours, manger un peu de tout et tout ira bien.

    En fait, c’est manger équilibré quand on mange de la viande qui est difficile !

    Ce n’est pas pour me vanter, mais je n’ai pas d’anémie et mon bilan lipidique est parfait (j’ai d’autres défauts !).

    Par contre, il faut savoir qu’aller au resto est une gageure. Mais c’est la même chose quand on veut manger bio (quelle est la proportion de restaurants bio ?)

    Les groupes écologistes, dans mon coin, comptent très peu de végétariens et la souffrance animale est rarement abordée. Nous faisons figure d’emmerdeurs, nous gênons. On cherche à nous piéger. Je pense que le mouvement écologiste est très anthropocentriste, ce qui est pourtant le contraire de l’idée même d’écologie.

  11. Et donc, je pense qu’il faut absolument redistribuer les terres agricoles à la population pour démultiplier le nombre de nouveaux paysans, maraîchers etc…réinventer les filières, les systèmes d’abattage (genre camions itinérants beaucoup moins horribles que les abattoirs qui sont l’enfer sur terre)
    adhésion à Slow-food! retour à la terre.

  12. Merci Fabrice pour ce chat. Je ne peux que recommander la lecture de Foer, en rappelant comme tu le fais, que les différences entre les USA et la France ne sont que de forme. En france les exploitations petites à grosses(de 0 à 100ha) sont passés de 1.23 millions en 1980 à 417000 en 2007, pendant que les très grosses (+100ha), passaient de 35 à 90000.
    Mille fois oui, petite bergère, l’industrie de la viande doit disparaitre. Le SNIV doit trembler, les humains se réveiller…
    http://www.lepost.fr/article/2011/01/28/2386463_manger-de-la-viande-tue-la-serie-de-l-hiver_1_0_1.html

  13. Il faut choisir l’humanité. Ce matin je suis tombée sur deux infos…D’abord une spécialiste de la recherche d’emploie à la radio; qui explique que les jeunes sur-diplômer; c’est de leur faute si il ne trouve pas de boulot parce qu’ils n’ont pas les bons diplômes; que les vieux de 50 ans au chômage; c’est de leur faute car il ne sont pas flexible; et se laisse aller physiquement; ensuite elle enchaîne sur les conseil vestimentaire; et le régime…Depuis quand l’excès de poids rend-il inapte au travail??? Et qu’on on a les roulettes en options où la canne blanche; on nous pique???

    Ensuite j’ai entendu dire qu’a Vancouver on avait massacré une centaine de husky; chiens de trainaux qui avaient servi au tourisme des J.O. puis qui s’étaient retrouvé inutile après les J.O….
    http://www.20minutes.fr/article/662732/planete-ouverture-enquete-massacre-chiens-husky-canada

    En fait qu’on ai quatre pattes ou deux pattes on est tous considéré comme du bétail; et dès qu’on est inutile à cette société; devinez la suite…

  14. quelle intervention pitoyable chez picouly

    une somme d’idées préfabriquées, tous les clichés d’un citadin ignorant.
    Allez vraiment a la rencontre des eleveurs francais: on est aux antipodes de ce que vous decrivez…

    Je suis eleveur (non bio) et j’adore mes animaux alors remballez votre propagande…

    LA FRANCE N’EST PAS LES USA!!!!!
    une seule vérité dans votre intervention: le secteur de la volaille:DONC MANGEZ DE LA VOLAILLE LABEL(Loué ou Bresse), idem pour les oeufs.

    Votre analyse est juste une addition de préjugés, alors pour quelqu’un qui se dit journaliste d’investigation, il vous reste beaucoup à enqueter!!!

  15. Monsieur Fabrice Nicolino, vous dites :

    « Maintenant la question de savoir si le fait de manger de la viande s’apparente à la barbarie, c’est devenu pour moi une question dont j’ignore la réponse. »

    – Connaissez-vous l’approche abolitionniste du philosophe américain Gary Francione et qu’en pensez-vous? (http://fr.abolitionistapproach.com/)
    Je trouve en effet dommage qu’aucun de vos articles n’en fasse référence tant la position de ce philosophe semble s’imbriquer dans les problèmes que vous soulevez.

    Je serais curieux de connaitre votre avis.

    @ toto : Ça semble très à la mode de dire qu' »il y a pire ailleurs », que l’on « adore » ses animaux alors que ceux ci vont quand même terminer la tête tranchée. Drôle d’adoration.

  16. Bonjour Fabrice,

    C’était fin octobre 2009. J’ai lu sur Basta une interview de vous à propos de votre livre Bidoche.
    A la fin de l’article, j’ai compris que j’étais végétarienne.

    J’ai ensuite acheté Bidoche, que j’ai lu avec intérêt, bien que déjà convaincue, grâce à l’interview.

    Cela va faire 2 ans que j’ai eu ce « déclic » et je voulais vous remercier pour ça : c’est grâce à votre travail que cette prise de conscience a été possible pour moi.

    Au-delà du fait que je n’ai jamais été aussi en forme que depuis que je suis végétarienne, c’est vraiment un plaisir de mettre en accord ses idées et ses actes… encore faut-il pour cela avoir conscience de ce qui se passe, être informé(e).

    MER-CI !

  17. Comment pouvez-vous justifier le fait de tuer un animal pour sa chair alors que l’on sait très bien maintenant que nous pouvons vivre sans ? Peux-t-on justifier le fait d’ôter la vie d’un animal par simple plaisir gastronomique ?

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