Evo Morales stoppe (provisoirement ?) le chantier maudit

Toute cette partie en gras est un rajout du 28 septembre en début de soirée. Avouons-le, je suis scié. On me traitera peut-être de naïf, mais je suis scié. Près de 140 commentaires sur le cas Mélenchon, traité ici il y a deux ou trois jours. Avec trémolos au bout des doigts chez nombre de mélenchonistes. Et moi qui ai tant répondu à leur « indignation sans borne » ! Quel idiot je fais ! Car voilà que j’aborde un cas exemplaire, qui concerne nos frères indiens de Bolivie. Chez Morales. Et pas un de ces apprentis Saint-Just ne prend la plume. Moi, je me répète : je suis pour la justice universelle. Mais pas eux.

Je vous ai déjà servi l’affaire il y a un mois ici (c’est là). Evo Morales, président de Bolivie, prêt à sacrifier un territoire indien sur l’autel du soi-disant progrès et du supposé développement. En construisant une route criminelle coupant en deux un territoire unique. Mais en Bolivie, cela chie, qu’on me pardonne ce mot aujourd’hui nécessaire. Les Indiens de las Américas n’acceptent plus de plier, fût-ce devant l’un des leurs. Piteux, Morales vient de suspendre le chantier de cette route maudite, après avoir envoyé ses flics contre les Indiens, ses plus fidèles soutiens jusqu’ici. Je tends l’oreille du côté des gauches françaises,  aussi radicales qu’elles prétendent être. Avez-vous entendu un mot contre la politique bolivienne ? Moi pas.

Quelques infos récentes, piquées à Radio-Canada :

Bolivie : le pouvoir ébranlé après la répression d’Autochtones d’Amazonie

Mise à jour le mardi 27 septembre 2011 à 23 h 03

Le président Evo Morales annonce la suspension de la construction de la route reliant Villa Tunari et San Ignacio de Moxos (26 septembre 2011)

Photo: AFP/Jorge Bernal

Le président Evo Morales annonce la suspension de la construction de la route reliant Villa Tunari et San Ignacio de Moxos (26 septembre 2011)

Le conflit social qui oppose le pouvoir bolivien à des Autochtones de l’Amazonie protestant contre la construction d’un axe routier sur des terres ancestrales prend des allures de crise politique.

Deux jours après une intervention policière contre une marche d’un millier d’Autochtones à Yucumo, dans le nord-est du pays, le gouvernement Morales continue mardi d’en subir les contrecoups avec la démission d’un troisième haut responsable.

Mis en cause dans la répression qui a fait quelques blessés et suscité de vives condamnations en région, le ministre de l’Intérieur, Sacha Llorenti, a quitté son poste mardi à la suite du départ de son sous-ministre, Marco Farfan. M. Llorenti avait reproché à ce dernier d’avoir agi sans autorisation.

Lundi, la ministre de la Défense, Cecilia Chacon, a pour sa part présenté sa démission en dénonçant l’intervention de Yucumo.

Traditionnellement allié du pouvoir socialiste, le premier syndicat COB a annoncé qu’il déclenchera mercredi une grève générale pour appuyer les marcheurs autochtones.

Le projet de route suspendu

Le mouvement de contestation est donc appelé à se poursuivre en dépit de la volte-face annoncée par le président Evo Morales.

En conférence de presse lundi soir, il s’est dissocié des actes de répression qu’il a qualifiés d’impardonnables et a annoncé la suspension du projet de route reliant Villa Tunari et San Ignacio de Moxos. Il a expliqué que cette interruption doit permettre de tenir des consultations pour « que le peuple décide, en particulier les deux provinces concernées » : Beni et Cochabamba.

Mardi, les Autochtones qui marchent depuis plusieurs semaines pour défendre la réserve naturelle ont annoncé leur intention de poursuivre leur marche vers La Paz, dont ils ont parcouru la moitié, soit quelque 300 km.

Les dernières vagues provoquées par ce conflit ont terni l’image sociale du président Morales, au même titre qu’en 2010, lorsqu’il avait dû faire marche arrière sous la pression populaire après la hausse des prix des carburants.

« Les liens que le président avait avec les mouvements sociaux et les organisations de caractère indigène sont en train de se rompre », estime le politologue Jorge Kafka, de l’Université catholique.

Radio-Canada.ca avec Agence France Presse et Associated Press

24 réflexions au sujet de « Evo Morales stoppe (provisoirement ?) le chantier maudit »

  1. Merci de renvoyer la patate chaude à notre  » Ché » national ! Il devrait certainement avoir une phrase définitive sur le sujet ! Non ? Me trompe-je ?

  2. Le pouvoir respectera-t-il finalement les avis des populations ? On peut se le demander.
    En tout cas, on peut saluer la mobilisation de la population et même (une fois n’est pas coutume) ce qui semble être le sens des responsabilités d’un syndicat et de quelques ministres.

  3. on peut quand même saluer le fait que la résistance populaire a fonctionné, le gouvernement a changé d’avis et il est même ébranlé par des démissions.
    on peut comprendre que qq’un comme Morales puisse encore « croire » à des choses comme le progrès et le développement, et l’en excuser. Remettre en cause ces deux concepts ne va pas de soit, ni dans les pays développés ni à plus forte raison dans les pays pauvres et qui cherchent à se libérer. on ne peut pas vouer aux enfers tous ceux qui auraient encore du chemin a accomplir pour oser remettre en question des modèles convenus de sociétés de consommation et de croissance. il faut communiquer et démontrer la validité des autres voies, en restant audible.
    mais en tout cas, la repression policière n’a pas été plus brutale qu’elle ne l’aurait été en France ou en Zunie par exemple… dans un cas identique.
    il serait bon de soutenir Morales aujourd’hui, pour avoir écouté la volonté populaire et pourquoi pas, saisir l’occasion de lui faire connaitre d’autres chemins de pensées que la « gauche productiviste ».

    il faudrait lui adresser des félicitations collectives des lecteurs de « planète sans visa » par exemple. se serait positif.
    Fabrice, tu nous pondrais pas un message collectif qu’on pourait signer ?

  4. El lunes Morales anunció la suspensión de la carretera y la realización de una consulta en los departamentos concernidos, pero a pesar de ello los indígenas se organizaban para reiniciar su marcha de protesta hacia La Paz y los trabajadores realizarán una huelga general de trabajadores este miércoles para apoyarlos.
    José Arturo Cárdenas (AFP)Aujourd’hui

  5. @ Merci Bernhard !
    Les français ont déjà du mal avec l’anglais ! LoL
    —————
    Traduction:
    Lundi, M. Morales a annoncé la suspension de la route et l’exécution d’une requête dans les départements concernés, mais malgré cela les Indiens ont été organisé pour redémarrer leur mouvement de protestation de Mars à La Paz (la capitale) et les travailleurs ont tenu une grève générale mercredi, pour les soutenir.
    José Arturo Cardenas (AFP) Aujourd’hui

  6. Je n’irai pas jusqu’à appuyer les propositions de Hammel mais ses remarques sont pertinentes. D’une certaine manière je cois que nous sommes tous un peu contaminés par l’effet « bon indien » qui peut prendre des formes totalement opposées d’ailleurs :
    – il est indien donc il sait ce qu’il fait et c’est forcément pour le bien de son peuple, pensez donc ! Autant dire que c’est le Messie, toute critique est désormais interdite. C’est la tendance de qui vous savez…
    – il est indien donc il est inconcevable qu’il soit ainsi acquis à la thèse du développement comme n’importe quel vulgaire politicien de la région. Blanc ce serait normal, métis passe encore, noir on serait déçu mais on pardonnerait par contre indien c’est inacceptable !
    Il faut se rendre à l’évidence Morales n’est aujourd’hui qu’un homme politique, ce n’est ni le messie des Andes ni le diable en personne, rien qu’un politicien aux origines vaguement indigènes, et alors ?
    Est-ce que le fait d’être indigène doit forcément mettre à l’abri de la sirène Développement, que l’on soit simple paysan ou président ? En Bolivie comme ailleurs la réponse est clairement non. Les peuples indigènes qui refusent catégoriquement notre mode de vie, ils ne sont plus qu’une infime minorité, essayent tant bien que mal de s’en tenir le plus à l’écart possible et c’est effectivement ce qu’ils ont de mieux à faire avant de basculer dans la catégorie suivante. Ceux qui n’ont plus aucune chance d’éviter le contact essayent de s’en accommoder comme ils peuvent et suivant les cas nous pouvons être soit séduits par leur résistance admirable en tous points ou au contraire fortement choqués par leurs concessions au « progrès » qui tournent parfois au burlesque, souvent au tragique. Et les deux approches peuvent coexister à peu de distance. Dans un cas comme dans l’autre on en revient toujours à notre archétype du bon indien, soit confirmé, soit infirmé. Au lieu de juger s’ils font bonne ou mauvaise route suivant nos propres critères pourquoi ne pas essayer de comprendre aussi ce que eux ont à nous proposer et d’échanger nos expériences car bien que n’étant pas indiens nous aussi nous avons des valeurs à transmettre, issues de nos expériences, peu importe qu’elles soient plutôt mauvaises que bonnes. Un exemple : comme on s’en doute, l’agro-écologie est effectivement assez développée en Bolivie mais l’agriculture peut y être aussi intensive qu’ailleurs (ah la quinoa…) et dans les deux cas les travailleurs sont indiens, que cela nous plaise ou non. En fait de tels échanges ont déjà eu lieu en 2009 en Bolivie (http://www.minga.net/spip.php?article303) ; la seconde mi-temps en France n’a été que partielle car la Morales Team est comme toutes les cours, royales ou présidentielles peu importe, et tôt ou tard les vieux démons reprennent le dessus ; les ponts directs entre peuples ne sont pas du goût de tout le monde. Donc en Bolivie comme ailleurs rien n’est tout blanc ou tout noir, et en définitive on se fout complètement du karma de Morales et de qu’il croit ou ne croit pas, ce qui compte c’est l’évolution du peuple (à dominante indienne) de Bolivie, son aptitude à résister aux tentations à l’occidentale et à trouver sa propre voie qu’il n’est pas interdit d’espérer aussi écologique que possible… De ce point de vue c’est aujourd’hui un pays passionnant.

    Petite rectification : le gouvernement n’a pas « changé d’avis », sous la pression populaire il a été contraint d’ajourner une décision, c’est différent. Pour un peu on se croirait en Ardèche…

  7. Ben à part ici, on en parle pas beaucoup de ce projet!
    Et il y a quelques jours j’ai entendu à la radio un raccourci scandaleux émanant d’une personne de la croix rouge!
    Cette personne était scandalisée par des chiffres; un milliard d’obèses pour 900 000 sous alimentés… Cette personne oublie juste qu’un grosse partie des personnes en état d’obésité sont des personnes en état de mal nutrition! Pfffff On fait dire ce qu’on veux aux chiffres.

  8. Oui mais la bolivie ,comme toute l’amérique est leurs terres,et ce que font les blancs reste une ingérence .n’oublions pas que c’est par un génocide que nous nous somme implanté sur leurs terres.le béton remplace la foret ,et ce partout dans le monde,morales reste dans la pensee de changez pour changez,c’est a dire suivre l’idéalogie du moment.

  9. On en entend pas beaucoup parler, non, c’est vrai. Et encore moins des 20.000 paysans ougandais chassés manu militari de leurs terres, leurs maisons brûlées, pour que des milliers d’hectares de pins soient plantés et piègent du carbone, aussitôt transformé en crédits du même nom.

    « New Forests Company m’a pris ma terre. Les employés de New Forests sont arrivés avec les autres forces de sécurité et ont commencé à détruire les récoltes, et à démolir les habitations avant de nous ordonner de partir », a-t-il raconté. « Ils ont frappé des résidents, surtout ceux qui ne pouvaient pas courir. Je me suis enfui en courant avec mes enfants, mes petits-enfants et ma femme. Cela a été une dure épreuve parce que les expulsions ont été commises avec une telle brutalité et violence ».

    « Lorsqu’ils nous ont expulsés, ils nous ont dit qu’un homme blanc voulait la terre. Nous avons entendu dire que nous avions été expulsés par New Forests Company » ; elle a ensuite ajouté : « Il y a eu quelques réunions mais pas de consultations et pendant les réunions, ils se sont contentés de nous dire que la terre ne nous appartenait pas, et que nous étions censés partir parce qu’il s’agissait d’une réserve forestière ». « Lorsqu’ils nous ont ordonné de partir, beaucoup n’avait nulle part où aller, c’est pourquoi nous avons résisté. Nous avons été expulsés violemment. [Des hommes armés] ont saccagé ma bananeraie et détruit ma maison ». Elle dit que les évictions ont fait d’elle une
    « personne désespérée ». « Je n’espère plus rien maintenant. Tout ce que je fais est survivre. Nous devons être dédommagés. Nous savons que nous ne pouvons pas revenir en arrière, mais nous avons besoin d’un endroit pour vivre. On nous traite comme des ennemis. »

    etc., etc..

  10. la justice brésilienne vient de mettre un point d’arrêt à la construction de Belo Monte !

    « La justice brésilienne a ordonné mercredi 28 septembre l’arrêt des travaux du gigantesque barrage hydroélectrique de Belo Monte en plein cœur de la forêt amazonienne, auxquels s’opposaient les Indiens de la région et les mouvements écologistes.

    La justice fédérale de l’Etat du Para, dans le nord du pays, a interdit au consortium Norte Energia d’altérer le lit du fleuve Xingu, par « l’implantation d’un port, des explosions, la construction de digues, le creusement de canaux ou tous autres travaux qui modifient son cours naturel » et « portent atteinte à la faune ichtyologique ». »

  11. Faut être juste, quand même: Moralès aurait pu, comme ça se fait quand même dans beaucoup de pays (Hacène donne l’exemple de l’Ouganda, mais il y en a tant d’autres) leur envoyer l’armée pour les assassiner. Ou, comme ça se fait dans le nôtre, continuer sans complexe à détruire, en ricanant « cause toujours, tu m’intéresses ».

    Il doit subir des pressions énormes, Moralès, pour « développer » son pays.On pourrait au moins le soutenir (avec vigilance) quand il prend les bonnes décisions.

  12. Allez !!! Oui !!! Une deuxième bonne nouvelle :

    http://www.lemonde.fr/planete/article/2011/09/29/au-bresil-la-justice-stoppe-la-construction-d-un-barrage_1579328_3244.html

    incroyable ! c’est grâce aux poissons exotiques de nos aquarium que cette folie ne se fait pas… J’aurais cru que la nature dans son entier et les gens qui y vivent auraient suffit, ben non… Il faut juste que l’on puisse encore acheter qqs poissons jolis de là bas…

    Allez je ne boude pas mon plaisir… Heureux…

    pour un peu je me paierais un aquarium tiens !

  13. Bonjour,
    Je n’ai pas suffisamment de « culture » politique pour critiquer ou non vos propos mais je viens souvent vous rendre visite afin d’humer l’air ambiant de la france et du monde dans les commentaires de vos intéressants billets. entre nous je ne compte pas acquérir cette culture politique -pourrie de toute part, il faut être sacrément malade/guerrier pour devenir un personnage politique national -quel que soit son bord-, je préfère plutôt me consacrer à la culture de mon jardin. je crois comprendre que nous sommes de plus en plus nombreux… et les petites rivières font les grands fleuves… je le souhaite… pierre rabhi partage cette vision…
    à une prochaine fois pour vous lire.

  14. @provola
    mais si, mais si, moi, j´avais compris depuis longtemps 🙂
    En tous les cas, merci pour votre blog, je viens de le découvrir, avec grand plaisir.

  15. La justice sociale ? Laquelle ?

    On prend le budget écologique de la planète et on divise par 6 milliards d’Humains. Ainsi, chacun a sa part sans toucher au « capital Nature », pour que nos descendants puissent aussi profiter de la générosité de cette planète.

    Et là, on voit par exemple, qu’en France, il faut baisser notre consommation collective d’énergie de 80%. Oui, 80% !

    Certes, certains devront baisser leur consommation individuelle de 99,99 ou plus et d’autres de 50% ou moins, mais il faudra TOUS baisser et changer profondément nos habitudes de consommation. Pas très populaire, ça…

    Pourtant, diviser par 6 milliards d’Humains, voilà la seule vraie Révolution, voilà le seul vrai Universalisme.

    C.

  16. Il y a encore un PEUPLE en Bolivie, cette affaire est exemplaire et c’est bien dommage (mais non surprenant) que les médias hexagonaux fassent silence. Ils préfèrent nous raconter des foutaises sur la renommée fainéantise des grecs ou sur l’austérité à appliquer aux vilains pays endettés. C’est à peine s’ils parlent des mouvements contre le gaz de schiste, alors les indiens en Bolivie, vous pensez bien …

  17. MERCI, Fabrice, de toutes ces infos, que je viens de découvrir, après avoir lu votre remarquable article sur le décès de cette si courageuse prix Noebel de la Paix que fut la kényane WANGARI MAATHAI, sur le blog de mon amie espérantiste Elisabeth Barbay .
    J’avais déjà beaucoup apprécié : » la faim, la bagnole, le blé et nous » !!et je le mets sur les stands que je tiens dans diverses rencontres !!
    Toutes mes félicitations !

  18. Moi aussi je suis scié ! L’année dernière, une répression policière brutale en Allemagne rend un homme aveugle à Stuttgart. Que faisaient les manifestants ? Ils protestaient contre un projet stupide de destruction de la gare de Stuttgart pour la remplacer par une gare souterraine. Bref, une aberration écologique fondée sur le mythe de la vitesse. Et je cherche dans l’index du blog : pas une référence sur Stuttgart. Cette démonstration par l’absurde (des exemples de violences policières ne sont jamais rares) me permet de poser la question : pourquoi aller chercher des exemples dans une amérique latine lointaine et complexe, alors que d’autres évènements largement à notre portée ne sont pas pris en compte ? On le sait bien que les gouvernements de gauche d’amérique latine ne sont pas que porteurs d’espoirs, on nous le rabache suffisamment.

  19. M. Morales a écouté son peuple (voir ci-dessous). On ne peut pas en dire autant de l’Europe qui applique avec froideur, saloperie et morbidité le traitement de choc ultralibéral qui nous fera refluer de 200 ans en arrière pour enrichir des riches qui veulent être riches à nous en faire tous crever.

    L’Europe actuelle n’écoute pas ses peuples, elle préfère les faire taire et rayer de la carte les votes populaires indésirables (cf. le référendum de 2005 carbonisé par l’UMP et le parti « socialiste » en 2008.

    L’Amérique latine des gauches est largement en avance sur nous !

    ——-

    24/10/11 – 21 h 00 AFP – MONDE

    Bolivie : Evo Morales tourne la page du conflit avec les Indiens amazoniens

    Les autorités boliviennes ont conclu lundi un accord mettant un point final au mouvement de protestation mené depuis deux mois par des Indiens d’Amazonie opposés à un projet de route qui a fortement mobilisé l’opinion, jusqu’à mettre en difficulté le gouvernement d’Evo Morales

    Vendredi, le président socialiste avait ouvert la voie à une résolution du conflit en accédant à la principale exigence des Indiens: l’annulation du projet routier devant traverser le territoire indigène du Parc national Isiboro Secure (Tipnis), dans le nord-est du pays.

    Mais des négociations se sont poursuivies tout au long du week-end pour répondre à 15 autres doléances d’une plate-forme communiquée par les Indiens aux autorités.

    Les pourparlers ont permis « que tous les points soient résolus, avec des engagements sur les délais », a annoncé Fernando Vargas, un des représentants indiens, sans toutefois fournir de précisions sur les termes de l’accord, qui n’avaient pas été communiqués à la presse lundi après-midi.

    Parmi les demandes des Indiens d’Amazonie figuraient également la fin des activités gazières dans le parc Aguaragüe, qui fournissent 80% de la production nationale de gaz, la principale richesse du pays, des garanties sur la préservation de leur habitat ainsi que la réaffirmation de leur droit à vivre dans un milieu naturel préservé.

    « Je pense que le gouvernement a fini par comprendre qu’il ne pouvait pas détruire un parc national. Je ne sais pas si c’est parce qu’il a compris ou parce qu’il a cédé sous la pression de la marche », a poursuivi M. Vargas.

    Plusieurs centaines d’Indiens avaient entrepris le 15 août une marche de protestation de 600 km entre Trinidad, en Amazonie, et La Paz, la capitale, au coeur des montagnes andines, principalement pour manifester leur opposition au projet de route devant traverser le Tipnis, territoire ancestral de 50.000 Indiens.

    Le projet routier Villa Tunari-San Ignacio de Moxos prévoyait de relier deux provinces enclavées et devait traverser sur 177 km le Tipnis. D’un coût de 332 millions de dollars, le projet devait être financé et réalisé par le Brésil.

    Les Indiens ont parcouru à pied 600 km et bravé l’altitude, le froid, les intempéries, ainsi qu’une violente tentative policière de dispersion qui avait fait 74 blessés à Yucumo (nord-est), avant d’être accueillis en héros la semaine dernière par les habitants de La Paz.

    L’intervention de la police du 25 septembre, dont le gouvernement nie avoir été à l’origine, avait débouché sur une grève générale, la démission de deux ministres et une demande publique de pardon de la part d’Evo Morales, lui-même d’origine indienne aymara.

    A la veille de l’arrivée de quelque 2.000 Amazoniens à La Paz – et devant la mobilisation de l’opinion et des médias – ce dernier avait finalement accepté de rencontrer directement les représentants indiens, après avoir tenté, en vain, de négocier par l’intermédiaire de 11 ministres envoyés successivement à la rencontre des marcheurs.

    Une centaine d’Indiens ayant établi un campement de fortune devant la présidence attendaient pour lever le camp le vote par l’Assemblée et la promulgation par le président – prévus lundi soir – d’une loi annulant le projet de construction du tronçon de route contesté.

    Avec ce vote « nous pourrons mettre un point final à ce conflit qui nous a causé du souci pendant ces deux derniers mois », a confié aux journalistes le ministre de la Communication, Ivan Canelas.

    Depuis son arrivée au pouvoir en 2006, c’est la deuxième fois que M. Morales fait marche arrière sous la pression populaire. En décembre 2010, il avait annulé un décret sur la hausse des prix des carburants qui avait déclenché grèves et manifestations violentes.

    AFP

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