Pour bien terminer l’année, quelques vieilles idées

Je vous parlerai de Chávez dans quelques jours. Au moment où je vous écris, je ne sais rien du résultat de l’élection présidentielle du Venezuela. On verra. On verra qu’il y a à dire, du point de vue de l’écologie, sur la ganache au pouvoir à Caracas. Et un peu, au passage, sur ces tristes comiques – Mélenchon and co – qui vont passer quelques jours sur place et reviennent éblouis comme l’étaient les habitués du voyage à Moscou, il y a 80 ans.

Il y a plus important. Je retrouve un texte écrit pour le jour de l’An 2008. Cela fera bientôt cinq ans. Je le remets en ligne, car je crois dans son importance. Attention ! lecteurs pressés, je ne me pousse pas du col pour autant. J’ai le sentiment, et cela je l’assume, qu’il contient ample matière à réflexion. L’action, ma foi, ne viendrait que par surcroît. Sait-on jamais.

Pour bien commencer l’année (une idée folle)

Ce que je vais vous dire ce 1er janvier n’a rien de fignolé. Je commence en effet à près de 17 heures, et je n’ai guère de temps, en réalité. Mais je suis poussé malgré moi. Rien de grave. Rien de léger non plus. Voici mon point de départ : s’il devait y avoir une priorité, une priorité véritable, quelle serait-elle ? Eh bien, ma réponse est celle-ci : il n’y a rien de plus urgent que de restaurer ce qui peut l’être dans le fonctionnement des écosystèmes naturels.

Je reconnais que, présenté de la sorte, cela ne vaut pas le champagne du Nouvel An. Mais il est certain que tout sera désormais plus difficile, à mesure que les prairies et les cultures, les rivières, les océans, les forêts, les zones humides, les savanes se dégraderont davantage. Il est temps, il est même bien tard pour rappeler que toute société humaine, tout projet de quelque nature que ce soit repose in fine sur la bonne santé écosystémique de la planète.

Le deuxième point est aussi évident. Il existe dans nos circuits financiers délirants des masses jamais encore assemblées de puissance matérielle. Cette dernière accroît en proportion la gravité de la crise écologique et se dissout dans des achats aussi intéressants que le Big Mac, le Rafale, la Kalachnikov, la voiture, l’autoroute urbaine, le téléphone portable, la télé à écran plat, la guerre en Irak, le salaire des bûcherons d’Amazonie, le salaire des planteurs de palmiers à huile, le check-up confirmant l’obésité universelle, la corruption, sans compter le pur et simple gaspillage sous l’une de ses dix milliards de formes. En bref, il y a de l’argent. Il n’y en a jamais eu autant, il n’y en aura peut-être jamais autant.

Troisième point : le travail utile socialement disparaît massivement. Qu’elle s’appelle chômage au Nord, économie informelle ou désoeuvrement ailleurs, l’inactivité « occupe » une quantité invraisemblable d’humains. Combien ? Aucune statistique ne permettra jamais de savoir quelle est la quantité de travail disponible sur terre. Je postule qu’elle est, pour la question qui m’intéresse, sans limites discernables. Si l’on y tient, je gagerai qu’au moins un milliard d’entre nous, peut-être deux, et qui sait davantage, pourraient travailler plus utilement, rapidement qui plus est.

Et alors ? C’est là, bien entendu, que tout se complique abominablement. Ce que j’entrevois n’a rien de secret. Il faut trouver un moyen de relier ces données indiscutables. Il faut trouver un biais qui permette d’utiliser une fraction importante de la richesse produite, de la distribuer dans de bonnes conditions, jusqu’à la plus petite communauté perdue, en échange d’un travail concret, au service de tous, au service de l’ensemble, au service de l’avenir commun.

Ce n’est pas la peine de protester encore. Laissez-moi préciser un peu. D’abord, il ne s’agit pas d’imposer. Ce travail servirait en priorité ceux qui s’y adonneraient. Si vous limitez la sécheresse ou l’inondation en tel point précis du globe par des travaux de génie écologique, qui en profitera d’abord ? Eux ou d’autres ? Non, il s’agit de proposer un salaire, peut-être un revenu familial garanti à qui accepterait de rétablir des équilibres rompus. Ici, ce serait par le développement de l’agro-écologie, au détriment des cultures industrielles et chimiques. Là, par le retour de la rivière aux règles hydrologiques éternelles. Donc, contre les grands barrages et l’irrigation au service de l’exportation. Ailleurs, par la reconstitution minutieuse de communautés végétales stables, par exemple sous forme de vraies forêts.

Un tel projet mondial est essentiellement utopique, j’en conviens. Il suppose des pouvoirs qui n’existent pas. Il impose une révolution planétaire qui donnerait, au passage, le pouvoir sur la terre aux paysans. Ruinant à jamais les restes si puissants de la féodalité, l’un des rapports sociaux les plus résistants qui soient. Mais d’un autre côté, avons-nous bien le choix ? Est-il simplement concevable de laisser la vie disparaître à une telle vitesse ?

Je reprends donc. D’abord, créer une idée, qui serve de drapeau à tous, au nord comme au sud. Une phrase suffirait, qui dirait : « Restaurons la vie sur terre ». Dans un premier temps, nous ne serions qu’une poignée derrière une telle proclamation. Mais ensuite, mais demain, mais dans dix ans ? Je crois profondément que nous devons recréer l’espoir. Soit un but magnifique qui rassemble enfin la jeunesse fervente du monde, et les vieux. Les petits-bourgeois effarés que nous sommes et les paysans du riz, au Sri Lanka ou aux Philippines. Les derniers peigne-culs du Tyrol et les gosses des rues de Bogota ou Rio. Les métallos de Detroit et les va-nu-pieds de Kinshasa. Les cadres tokyoïtes et les éleveurs de yacks du Tibet. Les Iakoutes. Les banlieusards. Les Yanomani. Les alcoolos de Moscou et Kiev. Les Bushmen. Les éleveurs de la brousse australienne.

Je crois pour ma part que l’humanité – au moins la partie la plus noble de l’humanité – attend sans le savoir une parole de reconstruction. Je suis même sûr qu’un message unique, répercuté d’un bout à l’autre de la terre, changerait radicalement la donne. À condition d’être ferme. À condition d’être patient. En se souvenant de tout ce qui a été tenté dans le passé, et parfois réussi.

Recommençons. Un, les écosystèmes. Tout n’est pas possible, car certaines destructions sont irréversibles. Mais la marge est géante. Il existe une plasticité de la vie, telle que nous pouvons espérer renverser le courant. Pas partout, non. Pas toujours, hélas. Il reste, néanmoins, que la puissance de feu des hommes, si affolante dans ses effets négatifs, peut être tournée en son contraire. Je pense profondément qu’on pourrait retrouver une partie de la fertilité d’antan. Assez, en tout cas, pour échapper au pire.

Deux, la richesse. La taxe Tobin était une sorte de plaisanterie. Il faut désormais acculer l’oligarchie qui tient les rênes de la si mal nommée économie. Ne plus rater la moindre occasion d’accuser ceux qui préfèrent l’argent à l’existence. Tout en clamant qu’il nous faut récupérer au moins 10 % de la totalité de la richesse produite chaque année. Je n’ai pas le chiffre exact en tête, mais le total se chiffre en milliers de milliards de dollars. Fou ? Raisonnable au contraire. Que représentent ces 10 % au regard de l’enjeu ? Vous, personnellement, ne renonceriez-vous pas immédiatement à 10 % – et bien davantage – de vos revenus en faveur de qui sauverait votre vie et celle de vos proches ?

Non, 10 % est raisonnable, au point dément où nous sommes rendus. Bien entendu, tout resterait à faire. Car nul pouvoir existant ne serait en mesure de gérer et de distribuer comme il convient une telle manne. Mais croyez-moi sur parole : les solutions apparaissent dans le cours d’une action. Pas quand on reste inutilement autour d’une table, la tête entre les bras.

Trois, le travail. C’est peut-être le plus difficile. Mais à coup certain le plus passionnant des trois points que j’évoque. Il s’agirait d’une sorte d’affranchissement de tous, au bénéfice de tous. Cela ne semble pas sérieux. Ça l’est. Je m’autorise un rapprochement, absurde tant tout est différent, mais qui rendra mon propos plus clair. Ceux qui ont osé penser la fin de la royauté et la République en 1750 étaient-ils seulement des fous ?

Je plaide pour un changement d’échelle, de valeurs, de combat. Je pressens comme certain qu’une mise en mouvement, par-delà les différences d’âge et de conditions, toucherait cette part généreuse de l’homme, celle qui peut et doit tout changer. Nous savons, pour notre malheur, que le monde sollicite sans relâche l’individualisme, l’envie, la laideur, la petitesse. Je suggère de nous tourner vers le reste, caché dans les replis de notre âme commune.

Bien entendu, une belle année 2008 à tous.

23 réflexions sur « Pour bien terminer l’année, quelques vieilles idées »

  1. L’annee commence tot !

    « Il s’agirait d’une sorte d’affranchissement de tous, au bénéfice de tous. »

    C’est cela le plus important sur le long-terme.

    A voir comment « les riches detruisent la planete » (Herve Kempf), comment les guerres, les famines, les nettoyages ethniques et les « retour au moyen-age » sont longuement prepares, planifies par une bande assez rarefiee de riches petits vieux et de titulaires de doctorats, il est clair que le diable c’est l’elitisme.

    La seule solution c’est d’eduquer tout le monde, d’une maniere radicalement plus efficace qu’on ne l’a fait jusqu’a present.

    Seul cela donnera des garde-fous a une elite qui soit se reproduira soit se re-formera toujours.

    A « l’egalite des chances », degradation cynique et caricaturale du projet de Jules Ferry, substituer « la realisation du potentiel de tous ».

    Tous ceux cites par Fabrice, et tous les autres encore. Nous tous.

    La situation est si grave qu’on ne peut pas se permettre qu’un seul d’entre-nous reste assis les bras croises, sans rien faire. Or tant d’entre-nous sont deja programmes d’avance pour devenir des esclaves, programmes des l’ecole pour ceux qui ont la chance d’y aller, programmes par leurs conditions de vie pour ceux qui n’ont pas d’ecole. Programmes pour serrer les boulons qu’il faut, comme il faut. Pour devenir terroriste la ou il faut, quand il faut. Pour construire un « nouvel ordre mondial » concu par d’autres.

    Il faut changer le concept d’education. Comme Rudolf Steiner a commence de le faire dans son projet magnifique, ou comme Gayatri Chakravorty Spivak en parle dans « une education esthetique a l’ere de la globalisation »

  2. Entre une « idée folle » et une idée raisonnable pour préserver la vie, sans détour, je choisis la première.
    Semeur de grains de folie, en voilà un métier d’avenir. La folie de se questionner sur le sens de son travail et de se demander : ce que je produis est-il utile, est-il nuisible ? La folie d’essayer de partager cette question avec des collègues ou des syndicats. La folie d’arrêter une activité qui n’apparaît d’aucune « utilité sociale », pour revenir aux racines de la vie, pour planter des arbres, nourrir sans nuire, laisser la vie sauvage en paix dans des endroits refuges…
    Beaucoup plus de gens qu’on ne croit seraient prêts à prendre ce virage dans leur vie. Bien des obstacles seraient à lever comme l’accès au foncier, l’accompagnement, l’aide aux petits projets…
    Cette question de la redistribution de la richesse n’est pas la moindre, en effet. Aujourd’hui, la société aide ceux qui détruisent la vie en reportant le prix à payer sur les victimes du crime industriel. Les économistes appellent ce phénomène l’externalisation. On paye une marchandise ou un service une fois à la caisse du supermarché, une autre fois au fisc (subventions agricoles, aux nouvelles technologies…), à la Sécurité Sociale (coût des maladies liées à la pollution), au service des eaux (dépollution de l’eau)…
    Non seulement il conviendrait de réintroduire tous ces coûts dans le prix à payer en caisse, mais surtout, surtout, il faudrait aider ceux qui aident la vie. Or aujourd’hui, quand vous vous installez sur une petite surface agricole pour un projet d’agro-écologie, vous n’avez aucune aide. Quand vous passez des heures, des jours, à protéger la faune et la flore, 99 fois sur 100, vous n’entrez pas dans les cases des formulaires prévus à cet effet. Ce qui, forcément, dissuade bon nombre de personnes à s’orienter vers ce métier à faire aimer : Bienfaiteur de la vie
    Une idée pour les contrats d’avenir ?
    Frédéric

  3. Frederic, je suis vraiment d’accord:

    « Beaucoup plus de gens qu’on ne croit seraient prêts à prendre ce virage dans leur vie »

    Et j’ajouterais meme que ce n’est pas forcement une affaire de noir et blanc, de grand saut ou de bruler les ponts… Affaire de chacun.

    En tout etat de cause, faire un travail qui a du sens est bon pour la sante. (et l’inverse est vrai aussi, voir le taux de suicide chez les « pilotes » de drones de l’armee americaine, la plus elevee de toute l’armee, pour des gars qui physiquement ne font rien d’autre que manipuler des joysticks assis sur un fauteuil de bureau, et pourtant l’armee americaine perd plus de soldats par suicide qu’au combat)

    Bref, donner du sens a ses actes est bon pour la sante, et y compris pour la sienne propre ! Et peut-etre que ca repond a Pierre – qui semble rejoindre, en plus laconique, l’opinion de Willy Rozenbaum: La vie est une maladie sexuellement transmissible et constamment mortelle – Meme si la seule chose qui nous restait a faire serait de passer le moins desagreablement possible le peu qui nous reste a vivre, ca serait deja une raison suffisante pour tenter de donner du sens a son travail, pour tenter d’aider les autres a trouver leur sens a leur travail !

  4. Sur ARTE mardi 16 octobre à 20h50 : Les Moissons du futur.

    Après « le Monde selon Monsanto » et « Notre poison quotidien », Marie-Monique Robin nous propose le 3ème opus de sa série de documentaires sur l’agriculture.

    En réponse au message désespéré 😉 de Pierre, une multitude d’exemples qui redonnent espoir et prouvent que la résistance s’organise partout sur notre petite planète…

  5. @ Frédéric Wolff,

    J’aime bien ce que vous écrivez sur le sens donné à son travail, et je crois que vous avez raison.
    Je suis persuadée que très bientôt nous allons assister à un retour à la terre,et je crains qu’il se fasse dans la douleur.La preuve, le nombre d’installations en agriculture par an baisse encore:les gens n’ont pas envie de cultiver.
    Ils vont juste y être obligés,sans s’y être préparés.
    Je crois qu’il faut alerter, dire que nous allons devoir retourner aux champs, il faut que les gens se préparent au moins mentalement à cela.Ceux qui sont prêts à prendre ce virage ,comme vous dites, ne sont , à mon sens, pas aussi nombreux qu’il le faudrait.

    Un document intéressant, voir de la page 57 à 62 en particulier;
    http://agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/Le_monde_agricole_en_tendances.pdf

    Fabrice, ton article est un beau rêve, espérons qu’il devienne réalité !
    Très bonne journée à tous.

  6. Laurent,
    « L’armée américaine perd plus de soldats par suicide qu’au combat ».
    Une évidence s’impose à moi en lisant cette phrase : L’humanité a perdu le sens de ses actes et se laisse emporter dans un lent suicide.
    « Donner du sens à ses actes est bon pour la santé », oui, et bien davantage encore : c’est devenu une condition de la survie.
    Chercher le sens n’est pas nécessairement « brûler des ponts » en effet, ni « une affaire de noir et blanc ». Pour ce qui me concerne, j’ai quand même ressenti comme un vertige à mesure que la lucidité se faisait jour en moi. En tirer les conséquences dans mon travail et dans ma vie a été, à un moment, de l’ordre du « grand saut » à la fois matériel (l’incertitude pesant sur la viabilité d’une vie à la marge) et existentiel : serai-je à la hauteur de mes choix, où ce chemin va-t-il me conduire… ? Très vite, ces inquiétudes se sont dissipées et la certitude a gagné d’être là où je devais être. Sans doute parce que ces actes posés étaient justes, en harmonie avec moi-même. Sans doute aussi parce que, sur mon chemin, sont venus des témoignages qu’une autre vie était possible. Sans doute aussi parce que des mains se sont tendues vers moi pour m’aider. Mais il m’a d’abord fallu m’engager pleinement, irrévocablement.
    Le propos de Pierre (« On ne peut plus rien faire »), je l’interprète comme un désarroi qui peut nous saisir quand on rapproche nos quêtes de sens individuelles ou collectives au rouleau-compresseur de la société industrielle qui écrase tout.
    Tout en étant souvent désemparé par ce combat aux forces inégales, je pense que tout est à faire, à inventer. Se construire une vie d’utilité sociale et jusqu’au dernier souffle, chercher une « parole de reconstruction » de l’humanité. Oser cette parole même quand tout semble perdu. Et passer de cette parole aux actes. La guérison de notre humanité est à ce prix, je crois.
    Frédéric

  7. Bonjour à tous,

    Fabrice, je viens de lire ça : http://www.lepoint.fr/monde/exclusif-afp-jose-mujica-je-ne-suis-pas-un-president-pauvre-j-ai-besoin-de-peu-08-09-2012-1503978_24.php

    Avant d’applaudir une telle initiative, j’aimerais savoir si ce monsieur est si respectable que ça. Peut-être avez-vous des informations à son sujet ? J’ai vu qu’il a relancé un accord commercial avec Chavez, donc je reste dubitatif.

    Au sujet de votre texte, j’aurais une remarque au sujet de l’emploi (du travail) : serait-il possible de mettre au point une sorte d’ANPE parallèle, en se reposant sur les différentes associations soucieuses de protéger l’environnement, pour indiquer à ceux qui le veulent quels sont les emplois disponibles dans le cadre d’un projet de sauvegarde de l’environnement ?

    Je sais que c’est confus, je vais prendre un exemple pratique : je suis traducteur technique, toute la journée, je traduis des documents en rapport avec l’informatique, les hautes technologies et le marketing. Pas vraiment en rapport avec mes idéaux, mais, croyez-moi, j’ai eu beau chercher, c’était ça ou le RSA.

    J’aimerais bien trouver un boulot en rapport avec mes convictions. Je suis sûr que je ne suis pas le seul, d’ailleurs. Il y a plein de cadres, d’ingénieurs, de maillons de la chaîne de mort, qui voudraient faire un boulot qui les rendent plus fiers. Mais bon, pointez-vous à l’ANPE, pardon, au « pôle emploi » avec ce discours… On vous écrasera d’un « soyez réaliste » !

    C’est pour ça qu’un réseau tissé entre différentes associations/acteurs de la protection de l’environnement proposant des offres d’emploi serait le bienvenu. Enfin, c’est juste une suggestion, comme ça.

    Bonne journée !

  8. ce qui est dans le fond désolant ce sont ces divisions incessantes sur tous les sujets! de chavez à sarkozi! en passant par l’énergie et la bio! pourquoi n’arrivons nous pas à dégager de fortes convergences, par manque de transcendance peut être?

  9. « L´humanité a perdu le sens de ses actes… », mais l´a-t-elle jamais eu ? Personnellement, je ne le crois pas. L´âge d´or de l´humanité n´a jamais existé. Son histoire est une longue succession de guerres, de conflits, d´affrontements à grande ou à petite échelle. La destruction a primé et prime toujours dans son mode de fonctionnement. Le monde dans lequel elle évolue, elle l´a créé de ses propres mains. Il est le reflet d´un niveau de conscience encore engoncé dans sa gangue d´obscurantisme. Je suis très pessimiste quant à son avenir. Mais cela ne veut pas dire qu´il faille rester les bras croisés à se désoler. Pour ne pas perdre courage, je pratique, comme une amie le disait d´elle-même, l´idéalisme pessimiste 🙂 !

  10. Marieline,
    Merci.
    « Nous allons devoir retourner aux champs », oui, je le pense aussi. C’est toute une révolution mentale à mettre en marche. Dans mes jeunes années, on m’apprenait qu’un pays sous-développé avait un pourcentage élevé de paysans. Ce mot de paysan, de cul-terreux, de bouseux était la pire menace que l’on pouvait brandir face à un élève nonchalant. Une forme de malédiction planant au-dessus des gamins bercés au doux rêve d’être ingénieur ou bureaucrate du monde moderne. Travailler avec la terre et le vivant peut être une source de joies infinies, même s’il ne faut rien idéaliser.
    Vous écrivez : « Ceux qui sont prêts à prendre ce virage ne sont à mon sens, pas aussi nombreux qu’il le faudrait. » J’écrivais pour ma part : « Beaucoup plus de gens qu’on ne croit seraient prêts à prendre ce virage dans leur vie. »
    Il n’y a pas de contradiction entre ces deux assertions. Pas aussi nombreux qu’il faudrait, certainement, mais plus nombreux qu’on ne croit.
    Avant d’entreprendre mon long chemin vers une vie différente, je pensais que ce rêve de donner du sens à son travail était le fait d’une poignée d’individus un peu louches. Sur ce chemin, j’ai rencontré des centaines et des centaines de gens qui avaient fait le pas, d’autres centaines qui y songeaient.
    Mais le passage aux actes est loin d’être simple. Parce que tout le discours ambiant vous répète inlassablement que c’est tout simplement impossible ou que le prix à payer est exorbitant. Parce que, quand n’a pas un sou en poche pour se lancer dans l’aventure agro-écologique en petite structure, c’est un parcours du combattant. Mais pour côtoyer régulièrement des porteurs de projets atypiques, je reste persuadé que le potentiel est là et qu’un dispositif d’aide et d’accompagnement serait d’une grande utilité.
    Frédéric

  11. Martine,
    J’ignore s’il y a eu un âge d’or de l’humanité. Certaines lectures, comme celles de Marshall Sahlins, évoquant le temps des chasseurs-cueilleurs comme une ère d’abondance, me font imaginer que, peut-être, y-a-t-il eu des temps plus fastes.
    « Avoir perdu le sens de ses actes » signifie pour moi, entre autres, agir dans la démesure, sans considération des conséquences de ses actions. Un paysan qui met de côté le grain pour ensemencer les saisons à venir a le sens de ses actes. Quand il plante un arbre au soir de sa vie, il y a du sens dans ce geste d’aller au-delà de sa personne.
    Les actes que nos sociétés accomplissent ont une portée qui n’a plus rien à voir avec les actes d’antan, au moins pour deux raisons, me semble-t-il :
    – La puissance technique qui peut entraîner un effondrement apocalyptique ;
    – Le chaos systémique. Les interactions entre chaque pièce de nos sociétés complexes peuvent susciter des réactions en chaîne incontrôlables. L’humanité a construit un monde qui le dépasse, qui s’est affranchi, pour ainsi dire. Ce monde est « le reflet de nos consciences » mais pas seulement. Il reflète également une machine qui s’est emballée. L’humanité peut-elle reprendre la main sur ce chaos en cours ? Je n’en sais rien.
    Frédéric

  12. Bonjour Marie, votre question me touche. Je ne crois pas qu’il faille s’inquieter des differences, parfois apparemment incompatibles, exprimees sur ce ce blog. Apres tout ce ne sont que des echanges epistolaires entre personnes qui pour la plupart, probablement, ne se sont jamais rencontrees. (Se rencontreront-elles ? Je ne sais pas) Mais ce que je trouve tres beau, c’est la convergence de fait, tres forte, entre les actions pratiques, quotidiennes, des gens inspires par l’ecologie, dans le monde entier. Cette beaute vient justement de la grande diversite des raisons invoquees, des justifications, des motivations. Toutes ces opinions subjectives n’ont qu’une importance secondaire pour le monde, meme si elles sont necessaires a chacun d’entre nous. La seule chose qui compte pour le monde, c’est ce que nous faisons. le reste, apres tout, c’est une question de style. Chacun son style ! Meme si le style, c’est essentiel. En fait, la grande beaute de cette convergence dans les aspects les plus pratiques alors meme que les points de depart philosophiques, sensibles, les idees, sont si differents, est un signe que ceux qui agissent sous l’inspiration de l’ecologie, quelle que soit son « ecole », participent a la construction de quelquechose de plus grand qu’eux-memes.

  13. Marieline, merci beaucoup pour vos liens. J’avais un peu peur que mon commentaire soit passé à la trappe. Je vais regarder ces sites.

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