Un chef-d’œuvre signé Victor Serge (aux éditions Agone)

Préambule indispensable : exceptionnellement, ce qui suit ne concerne pas la crise écologique. Nul n’est obligé de s’intéresser à Victor Serge, qui habite les hauteurs les plus élevées de mon Panthéon personnel. J’ai connu cet homme en 1971, lors que j’avais 16 ans. Je l’ai aussitôt aimé, avant de l’admirer. Qu’on se le dise : j’ai l’admiration bien rare. Mais Serge est clairement à part, et je lui dois d’ailleurs le nom de ce lieu imaginaire appelé Planète sans visa (ici). Je lui dois bien plus que cela. Je lui dois d’avoir choisi la liberté comme valeur conductrice de la vie humaine. Je lui dois d’avoir compris ce qu’est le vrai courage, moi qui n’ai (presque) jamais eu à en éprouver l’existence. Je lui dois l’exigence qu’on est en droit d’attendre des relations avec les autres humains. Je le salue souvent encore, dans le silence de ma tête, comme un père lointain, comme un frère réel.

Ajoutons que la lecture de ce livre n’est pas facile pour qui ne s’intéresserait pas à l’époque dont il est question. De très nombreuses références à l’histoire politique, notamment celle de la première moitié du siècle précédent, peuvent dérouter le lecteur.

Et voici le vrai début : gloire aux éditions Agone, de Marseille (http://atheles.org/agone/). Cette petite maison publie souvent des livres formidables – parfois plus discutables -, mais celui-ci m’aura secoué comme bien peu. Il s’agit des Carnets (1936-1947) de Victor Serge (840 pages, 30 euros), et la première singularité de ces textes, c’est qu’ils n’ont pas été modifiés, élagués, censurés pour complaire à quelque vivant que ce soit. Ce que nous avons en main, c’est ce que Serge a écrit de sa propre volonté au cours de ces onze et si terribles années du siècle passé. Mais bien entendu, commençons par le commencement : qui est-il ? Sa vie est telle qu’on se ridiculiserait à paraître la résumer. Trois mots, et le reste attend ceux que ça intéresse. Né en 1890, Serge est né Виктор Львович Кибальчич, Viktor Lvovitch Kibaltchitch, de parents émigrés politiques russes, réfugiés à Bruxelles. À Paris, il est anarchiste individualiste, et croise la route de quatre membres de la future Bande à Bonnot. Bien que n’ayant jamais soutenu leurs actions, bien qu’ayant critiqué leur dérive, Serge est condamné à cinq ans de prison, pour complicité. En somme, un innocent, dans nos républicaines prisons de 1912.

À peine sorti, en 1917, il est à Barcelone, une ville alors traversée de part en part par le souffle de la révolution sociale. Après bien des entraves, il arrive au début de 1919 dans la Russie bolchevique, dont il deviendra lui, le si vibrant libertaire, l’un des dirigeants. Il côtoie tous les chefs de ce mouvement, de Lénine à Trotski, passant par Staline. Mais l’anarchiste n’est pas mort en lui. Il voit avec stupéfaction, bientôt avec horreur, la révolution devenir une prison. Il aide qui il peut aider. On le sollicite de partout, car c’est un homme, qui aime les hommes. Année après année, il affermit son opposition à la dictature. Il est arrêté, libéré, déporté en Asie centrale, où il va passer trois ans. Des milliers, des millions d’autres sont broyés sous la meule stalinienne. Serge est l’un des rarissimes révolutionnaires de la première époque de la révolution bolchevique à échapper au grand massacre. In extremis, une campagne menée dans les milieux intellectuels français et belges – il est connu pour être un écrivain – le sort du goulag. Romain Rolland arrache sa grâce a cours d’un entretien privé, à Moscou, avec le grand maître de l’Union soviétique.

Serge s’installe à Bruxelles, car à Paris, les flics n’ont toujours pas oublié Bonnot, pourtant si éloigné de Victor. Il suit les déchirements de l’Espagne d’après le 19 juillet 1936. Il voit, comme bien peu, combien le stalinisme a tout gangréné. Est-il trotskiste, comme l’en accusent faute de mieux ses nombreux adversaires ? Non, c’est un révolutionnaire. Et c’est un démocrate. Et c’est un humaniste incandescent. Il soutient la révolution espagnole étranglée à la fois par Hitler et Staline, et c’est à cet instant que commencent les Carnets publiés par Agone.

Première note, en novembre 1936, à Paris. Serge rencontre André Gide, dont il trace le portrait, entre photo, vidéo avant l’heure, aquarelle. Il a l’art du portrait, une sorte de génie de l’instantané. Voilà l’entrée de ces stupéfiants Carnets, où Serge montre l’une des facettes d’un esprit qui en eut tant : le goût de la culture, de la littérature, de la pensée, de l’intelligence. De Gide, qui avait tant intérêt à rester dans le giron stalinien, il loue la « vitalité du vieil intellectuel », qui a osé écrire ce qu’il avait vu en URSS, quand la plupart des visiteurs mentaient. La politique n’est jamais plus loin que le pas de la porte : fin mai 1937, Serge est touché au cœur par la disparition d’Andreu Nin, responsable du Poum, parti espagnol révolutionnaire antistalinien. Les tueurs du Guépéou, aidés par les communistes locaux, ont enlevé, torturé et assassiné l’une des âmes de la révolution espagnole de juillet 1936. Commence une litanie. Une interminable série d’épitaphes pour tous ceux qui, tués par les staliniens, sont en outre diffamés, traînés dans l’ordure, accusés de collusion avec Hitler, Mussolini, quand ce n’est pas le Mikado japonais ou les services secrets britanniques.

Cette liste des martyrs est insupportable et n’en finit d’ailleurs pas. Les staliniens, et parmi eux des crapules aussi retentissantes que le Français Jacques Duclos, qui conserve une station de métro à son nom, ont proprement massacré une génération politique, qui incarnait la possibilité d’une autre Histoire. À l’heure où, écrit Serge, « l’Urss est la plus vaste prison du monde », les bourreaux qu’elle a envoyés partout où elle le peut éliminent les militants qui gênent le pouvoir de Staline. Victor note des éléments précis concernant Krivistki, Reiss, et tant d’autres, qui ne serviront à rien ni à personne. Il échappe de peu à la police vichyste, et donc à la Gestapo, attrape le Capitaine-Paul-Lemerle, un navire qui quitte Marseille, comme on le ferait du dernier métro. Nous sommes en mars 1941, et Serge finira, après tant d’aléas, à débarquer au Mexique.

Commencent alors les dernières années de la vie de Serge. Il mourra en novembre 1947 à Mexico, probablement d’une crise cardiaque. Mais avant cela, jour après jour, il note rencontres, voyages sur les routes mexicaines, réflexions, inquiétudes, projets. Pour un Journal, c’est remarquablement écrit. Et ce qui me frappe peut-être le plus, aujourd’hui du moins, c’est l’insatiable curiosité de Serge, lors même qu’il est réellement menacé de mort. Il passe du pire à l’émerveillement pour les codex précolombiens. À Oaxaca, au Monte Albán, il dit son émotion devant « le travail de mains inconnues ». Devant le temple de Teotihuacan, il note : « J’ai l’impression de contempler une des plus grandes choses que nous puissions voir ici-bas : d’être en contact avec une humanité tout à fait différente de la nôtre (…) ». Les paysages, les volcans, les pauvres villages indiens, le soleil, l’horizon, la Terre lui sont l’occasion de pages aussi simples que belles. En février 1944, il écrit : « En entrant dans le Michoacán, le sites changent, verdissent : amples vallées, champs clairs, cela fait aux yeux un bien inestimable. Je sens combien la vie végétale nous est proche et nécessaire ». Comme il a vu beaucoup de pays, il peut lier telle vue du Mexique et tels panoramas d’Europe centrale, ou d’Italie, ou de la Lozère. Ou encore comparer les merveilles aztèques et les antiquités hellénoscythes.

Est-il un écologiste avant l’heure ? Bien sûr, je me suis posé la question, et la réponse est : non. Il ne l’est pas. Car il est entier dans ce monde englouti où les nazis et les staliniens s’unissent contre l’espoir. Et pourtant ! Pourtant, je le jurerais, Serge n’est pas loin du grand combat de notre siècle. À Mil Cumbres, à 2600 mètres d’altitude ce 19 août 1943, il s’exclame : « C’est l’écorce terrestre que l’on voit ». Car Serge voit, à la différence de tant d’aveugles. Il voit. Le contact sur place avec Paul Rivet, fondateur du Musée de L’Homme, lui permet de saisir la sensationnelle beauté du monde, malgré la tragédie toujours présente. En août 1943, toujours : « Pendant que le volcan reprend du souffle, sa silhouette se ternit, puis noircit. On suit la montée des météores et leur chute. Il en est qui s’en vont parmi les étoiles vertes et y planent un long moment. La Voie lactée tombe sur le volcan, de sorte qu’il semble avoir deux prolongements à l’infini : le prolongement obscur, lourd et menaçant des nuées et celui, aérien, glacial, doucement lumineux de la Voie lactée. Par contraste avec l’embrasement terrestre, les étoiles sont d’un bleu d’acier scintilant et virent au vert. »

Il me serait aisé d’extraire des morceaux suggérant, davantage encore, que Serge le prophète envisageait cette épouvantable crise de la vie dans laquelle nous sommes désormais tous plongés. Mais ce serait tordre la réalité. Victor, extralucide à n’en pas douter, était quoi qu’il en soit de son temps. Eût-il vécu, peut-être aurait-il rejoint notre si noble combat. Intimement, je le crois. Mais je ne le sais ni ne peux prétendre le savoir. Quant au reste, il me faut dire encore à quel point Victor Serge, alors qu’il est décidément minuit dans le siècle, est admirable.

Redisons calmement que Victor est un survivant. Le splendide survivant d’une génération politique fracassée. Mexico est la ville où Léon Trotski a été assassiné par un sbire stalinien, quelques mois avant l’arrivée dans la ville de Serge. Le face-à-face avec ce mort si troublant est un moment difficile pour le lecteur. Car Serge a beau admirer celui que l’on appelait Le Vieux, il n’est pas un dévot. Après sa mort, il va visiter à plusieurs reprises sa veuve Natalia Ivanovna Sedova, et constate qu’ils sont tous deux les derniers représentants en vie de ceux qui ont mené la révolution bolchevique de 1917. Moi qui n’ai pas de sympathie pour Trostki, moi qui ne suis pas d’accord avec les choix faits par Serge entre 1919 et 1930, je dois dire que ces souvenirs sont poignants.

Je résume, pour ceux qui ne savent pas. La totalité de ceux qui ont incarné octobre 1917 ont été déportés et plus souvent assassinés par la dictature stalinienne. Serge rend hommage – pour ma part, je suis sur la réserve – à ces révolutionnaires qui crurent dynamiter le vieux monde. Je crois, moi, que la structure mentale et politique des bolcheviques les condamnait à l’arbitraire et à la répression de la différence. Serge croit qu’une autre voie fragile était possible. Que Trotski aurait dû arracher le pouvoir à Staline quand il était encore temps, en 1926 ou 1927. Qu’alors, l’Union soviétique ne serait pas devenue un immense camp de concentration. Attention ! il n’a pas la naïveté de penser que tout aurait été différent. Il juge qu’en l’absence d’une révolution européenne salvatrice, en 1920-1922, Trotski aurait pu représenter une sorte d’absolutisme socialiste éclairé. En tout cas, il ne s’absout pas. Le 14 mars 1946, il admet cette terrible évidence : « L’erreur de pensée la plus grande (…), ce fut de ne pas voir que nous construisions un État totalitaire ».

Certes oui, et ce constat est glaçant. Quant au reste, Serge est d’une intelligence qui foudroie sur place. Ayant été parmi les premiers à comprendre la nature du stalinisme, il ne peut que mettre en garde, mais en vain, ceux qui continuent à rêver de révolution. Car l’affrontement n’est pas seulement, comme de ni nombreux combattants l’ont cru, entre le fascisme et la démocratie. Le stalinisme est devenu un ennemi mortel. Serge décrit avec une prescience sidérante les objectifs de l’URSS après la chute de Hitler. Il voit, et il écrit que l’Europe centrale va passer dans le camp soviétique, sur fond de manipulations, d’assassinats, de calomnies sans fin et sans frein. Héraut du mouvement socialiste d’avant Staline, Serge « apprend le métier de vaincu » (19 février 1944). Car « l’époque est celle de la conscience obscurcie » et des « valeurs falsifiées ».

Permettez-moi d’insister encore. Victor nous parle d’un temps capital. Lorsqu’il arrive à Paris en 1909, alors anarchiste de 19 ans, le mouvement ouvrier est une splendeur. Une merveilleuse création humaine, le fruit d’une authentique civilisation. Les bourses du travail, les mutuelles, les syndicats, les causeries, les livres, le lien vivant avec la recherche scientifique font espérer des temps nouveaux. Tout est en place pour une société meilleure. La Première guerre mondiale met tout à bas. Et le stalinisme, atroce maladie de l’esprit avant tout – le mensonge, la calomnie, le dénigrement, la manipulation, la violence – détruit à la racine l’espérance révolutionnaire. Serge est un homme des ruines. Et ce qui me touche plus que tout dans ce livre, c’est que, ayant vécu dans sa chair la tragédie – sa femme russe, Liouba, est devenue folle, ses manuscrits ont été volés, ses amis assassinés, ses deux enfants récupérés par miracle -, il ne renonce pas.

Non, Serge ne renonce pas. Car il est un combattant. Un révolutionnaire mais un humaniste. Il continue de rêver d’une meilleure organisation des hommes. De respect. D’amour, je crois, bien que le mot lui soit inconnu. Le 16 mai 1946, dans la petite ville de Morelia, il est pris de vertiges. Avec le recul, on comprend sans peine que son cœur si fabuleux est sur le point de lâcher. « Je me sens en état de disponibilité, dit-il, prêt à partir, disparaître simplement ». Son fils Vlady, peintre de valeur, va lui survivre. De même que sa fille Jeannine. De même que sa compagne Laurette Séjourné. Comment vous le dire autrement ? J’aime Victor Serge.

PS 1 : Honneur aux éditions Agone, je l’ai déjà dit, et à Charles Jacquier, directeur de la collection Mémoires sociales. Honneur également à Claudio Albertani et Claude Rioux, auteurs de cette édition impeccable.  Honneur aux préparateurs de cette même édition : Michel Caïetti, Thierry Discepolo, Gilles Le Beuze, Philippe Olivera.

PS 2 : France 5 a diffusé le 25 mars 2012 un film de la Chilienne Carmen Castillo, Victor Serge L’insurgé. Castillo a partagé les derniers instants dans la clandestinité de Miguel Enriquez, responsable du Mir abattu par la soldatesque de Pinochet en 1974. Je ne souhaite rien dire du film, que je n’ai pas aimé. En revanche, un mot sur l’insupportable présence – pour moi – de Régis Debray en grand témoin de la vie de Serge. Je considère cette incongruité comme une insulte faite au mort. Debray a en effet été pendant de longues années un soutien décidé à la dictature de Castro à Cuba, et n’a en fait jamais rompu son lien originel avec l’esprit du stalinisme. Autant dire qu’il n’avais pas sa place dans un film présenté comme un hommage. On le voit pérorer et déclarer notamment : « Au fond, ce qui me passionne, c’est la tragédie de la solitude ». Ce psychologisme de bazar cache des dizaines d’années de répressions staliniennes, qui incluent l’histoire lamentable des gauches latino-américaines après la prise de pouvoir de Castro en 1959. Et cette histoire concerne au premier chef Régis Debray. Je ne peux croire que le Victor Serge que je connais eût pu être l’ami de cet homme-là.

PS 3 : Il me manque un mot. Le singulier itinéraire de Victor Serge signifie, entre mille choses, qu’un autre destin social était possible. Comme je l’ai écrit ici : une autre Histoire était concevable. Le stalinisme n’était pas fatal. Les fascismes n’avaient rien d’une certitude. La guerre elle-même aurait sans nul doute pu être évitée. Serge et ses camarades sont depuis longtemps des cendres froides, mais le souvenir de leur existence menace toujours les édifices les plus solides.

15 réflexions au sujet de « Un chef-d’œuvre signé Victor Serge (aux éditions Agone) »

  1. Chère planète,
    Il est d’usage de s’adresser des vœux pour la nouvelle année et j’imagine que des pensées nombreuses vont t’accompagner en ces premiers jours de janvier.
    Je ne suis pas familier des protocoles et des formules académiques ; trop souvent ils me semblent convenus. Pourtant, d’une manière détournée, je me livre à l’exercice, n’étant pas à une contradiction près, qui en est exempt, du reste.
    Si je t’écris à l’aube de cette année, c’est donc pour m’adresser à toi d’une façon plus personnelle.

    Ce coin de planète où je vis est encore épargné, enfin c’est ce que l’on pourrait penser à première vue.
    J’ai la chance d’être entouré d’arbres et d’herbes hautes où vivent des insectes, des oiseaux et de bien d’autres existences encore dont je ne soupçonne pas même la présence. Il y a aussi des talus où poussent des chênes, des genêts, des ajoncs et des ronces. En ce moment, les bernaches sont en conversation, seuls quelques goélands se mêlent à ce bavardage léger.
    « Je sens combien la vie végétale nous est proche et nécessaire », écrivait Serge en 1944, c’est peu de dire que je fais mienne cette pensée.
    Le décor est planté, donc, on pourrait presque s’imaginer en des siècles lointains, avant la grande révolution industrielle. Et comme je bouge très peu, hormis dans les vagues des mots et des herbes hautes de mon jardin, pour l’essentiel, j’ai parfois l’impression de vivre à l’abri de l’âge moderne. Si je te confiais que, plusieurs fois par jour, il m’arrive de faire le tour du monde en 80 pas dans mon jardin, me croirais-tu ?

    Mais voilà, les machines à détruire sont à l’œuvre partout. Elles se moquent bien des arbres et des talus d’ajoncs. Il y a ce que nous voyons de la laideur et il y a ce que nous ne voyons pas, soit parce que nous y sommes devenus insensibles, soit parce qu’elle nous est invisible.

    Pendant quelques jours, autour de Noël, j’ai accueilli une personne allergique aux ondes de téléphonie mobile, aux produits chimiques et au courant électrique. Je pensais, nous pensions, que ce lieu où je vis pourrait être un abri pour elle, une terre d’asile.
    Elle a cherché un lieu, partout, vers le bas du jardin, protégé par les arbres, près du châtaignier aux forces telluriques, dans la maison. Mais de plus belle, très vite, les douleurs dans la tête jusqu’à vouloir mourir pour que ça cesse. Et moi, je la retrouve là, assise dans la cuisine, elle a mis sa tête dans ses bras et elle pleure, elle dit que ça ne finira jamais, qu’il n’y a plus un endroit pour elle, nulle part, elle dit qu’elle n’en peut plus.

  2. Chère planète, suite

    Plus un ailleurs où vivre serait possible, ô combien ce constat rejoint l’expression « Planète sans visa » chère à Victor Serge et à Fabrice. Plus de visa pour un coin de planète que les électro-sensibles pourraient habiter, même plus de parcs naturels pour les loups, plus de place pour la vie bientôt, déjà pour certains.
    Mais tu sais tout ça bien mieux que moi et depuis plus longtemps. Tu sais le peu d’espoir à mesure que passent les années.

    Au moins, j’aimerais te dire ma gratitude pour ce que tu accomplis chaque jour de miracles, gratuitement. Ce miracle qu’est la vie, que nous devrions placer au-dessus de tout, ce miracle que nous devrions protéger de toutes nos forces, c’est à lui que je pense, en ce premier jour de l’année.
    C’est à la beauté du monde simple et fragile que je me sens relié. De saison en saison, je lui réserve une place en moi, la plus grande possible, pour m’en faire un refuge, pour ne pas m’habituer à la laideur, pour combattre à ma façon la nuit qui avance.
    Tu vois, chère planète, ça pourrait être ça, mon vœu. Chacun, chacune, être porteur de cette beauté qui est la tienne, pour que s’épanouissent les vies, toutes les vies.

    Etre fleur de partout
    Essaimer et s’aimer
    A l’aube de s’aider
    Sans rien céder de nous

    Je te laisse à présent. J’ai à faire.
    Des branches mortes à ramasser dans le sous-bois voisin. Quelques fagots à rassembler au pied du châtaignier, ce châtaignier qui me fait l’amitié d’être là depuis si longtemps.
    Des arbres à planter, aussi. Je sais qu’il me faudra attendre des années avant de pouvoir cueillir les premiers fruits et c’est aussi cela qui me plaît, dans un monde où l’on voudrait tout posséder, avant même de l’avoir désiré.
    Le soleil se lève sur le jardin. Le vent feuillette mon allée d’herbes et de feuilles, le ciel à ma fenêtre est traversé d’oiseaux. Je vais commencer ma journée.
    Pensées.
    Frédéric

    PS : Une pensée particulière, également, à Fabrice, digne héritier de Victor Serge. Sans oublier les compagnes et les compagnons de Planète sans visa. A Chacun, à chacune, mes meilleurs vœux.

  3. Merci infiniment, Frederic, pour ces lignes qui trouvent écho en moi et me touchent énormément.

    Meilleurs voeux à vous, ainsi qu’à Fabrice, bien sûr… et à vous tous, amis lecteurs inconnus.

  4. “Être libre, c’est être maître de soi-même. Ce n’est pas faire tout ce qui nous passe par la tête mais s’émanciper de la contrainte des afflictions qui dominent l’esprit et l’obscurcissent. C’est prendre sa vie en main au lieu de l’abandonner aux tendances forgées par l’habitude et à la confusion mentale. C’est mettre le cap vers la destination choisie, celle qu’on sait la plus souhaitable pour soi et les autres. » (Matthieu Ricard in “L’art de la méditation”).

    C’est là tout ce que je nous souhaite pour 2013!

    Sans oublier que « La liberté n’est pas un privilège… c’est une épreuve, nulle institution humaine n’a le droit d’en exempter l’homme.” (Leconte du Nouy)

  5. Bonjour,

    Merci.

    Que pourrions nous exprimer de plus beau, après ce que nous a écrit « notre » poète, Fréderic ? Tout en éprouvant une grande tristesse pour son amie. Merci d’être si présent pour elle.

    Je n’aime pas le rituel des voeux, longue litanie, répétition de mots, et les « promesses » sont souvent bien vite évaporées les jours suivant, si elles ne le sont pas déja dans l’acool de la soirée.

    Qu’on se le dise, une bonne fois pour toute! A chaque seconde je souhaite le meilleur a qui veut bien l’accepter. D’ailleurs le mot bonjour en dit long aussi. 😉

    Merci a toutes et tous de votre précieuse présence. Avec grande affection. Non pas infection! 😉 Affection.

  6. Allo,

    La promotion la plus « loufoque » me paraît être celle de Pascal Lamy, promu commandeur de la Légion d’Honneur « au titre du ministère du commerce extérieur ».

    Autrement dit, la France est reconnaissante au directeur général de l’Organisation Mondiale du Commerce, organisation internationale responsable de l’abolition des barrières douanières, d’avoir oeuvré sans relâche pour permettre à la Chine d’inonder le marché européen et, en l’espèce le marché français, de produits fabriqués à coûts très bas (avec des salaires du 1/10ème des salaires européens et sans charges sociales) qui ont été à l’origine de notre désindustrialisation et de la perte de millions d’emplois … et cela continue.

    C’est un commentaire copié collé.

  7. Travaillant actuellement sur Orwell et la destruction du POUM, je vous suis très reconnaissant d’avoir attiré mon attention sur ce livre. A vrai dire, c’est Fleur Pellerin, « follement » socialiste, qui m’a ramené ici. Au moins un truc positif

  8. Bonjour,
    Désolé de peut-être refroidir votre enthousiasme concernant les éditions Agone. Mais celles-ci on traversent une grosse crise. C’en est fini du fonctionnement collectif suite à une violente poussée d’autoritarisme. Résultat à la fin janvier 2013 il ne restait plus que le directeur éditorial, les cinq autres salariés ayant quitté la maison d’édition.

  9. je vous aime beaucoup et cet article plein d’admiration est très beau. Un bémol : Cuba n’est pas sous régime stalinien, les Cubains ne vivent pas avec la peur au ventre, ils manquent de beaucoup de choses mais peuvent exprimer leur critique du gouvernement sans se cacher, j’en ai eu 1000 fois la preuve.
    Et à François qui vous a écrit le 4 janvier 2013 : pourquoi ce mépris pour Depardieu,je pense même qu’il a probablement dû lire Victor Serge par amour pour les idées de son père.
    solidairement ND

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