40 articles sur la bouffe industrielle

 Amis lecteurs de Planète sans visa, je ne pouvais manquer de vous signaler le hors-série de Charlie Hebdo qui vient de paraître. Au moins pour deux raisons. La première, c’est qu’il parle de l’industrialisation de la bouffe, phénomène inouï qu’il est très difficile – je dirais : impossible – d’appréhender dans toutes ses dimensions. En un peu plus d’un siècle, ce qu’on appelait jadis la nourriture est devenu une abstraction, une activité transnationale dont l’un des piliers est l’amoralité.

La seconde raison, c’est que j’ai écrit la totalité de la quarantaine d’articles que contient ce hors-série. Les dessins sont de Charb, de Luz, de Catherine, d’Honoré, de Cabu, de Riss, de Tignous, et les textes sont de moi. Autrement dit, en bien ou en mal, tout me revient.

Dois-je faire de la réclame pour mon propre travail ? Ben oui, quand même un peu. Et puis, il serait curieux que je ne parle pas de ce qui m’a occupé un peu et parfois beaucoup au cours des mois écoulés. Si vous voulez en savoir (un peu) plus, je vous renvoie à un site qui donne à lire un des quarante articles dans sa totalité (ici). À ceux qui achèteraient ce hors-série, qui le liraient et qui finalement l’apprécieraient, il n’est pas interdit d’en parler. Sans hypocrisie, je dois écrire ici que cela me ferait plaisir.

PS : Je continue à réfléchir à l’avenir de Planète sans visa, mais soyez sûrs que cela ne durera pas dix ans.

72 réflexions au sujet de « 40 articles sur la bouffe industrielle »

  1. Précédemment, il était question d’un soutien financier à Planète sans visa. L’idée m’a questionné un instant. Il me semble que ce n’est pas de cela qu’il s’agit, même s’il faut de l’argent pour vivre.
    Au fond, je crois que le soutien qui compte, c’est celui de la fidélité. Acheter les livres de Fabrice, les offrir, parler de sa pensée autour de nous, en être dignes…
    J’achèterai ce numéro de Charlie Hebdo parce que le sujet m’intéresse, parce que je suis certain d’y trouver des choses intéressantes et parce que c’est reconnaître les heures de travail et de recherche de son auteur.

  2. Bonsoir Fabrice,

    Je vais acheter ce numéro et le faire circuler. Bien manger est un vrai plaisir. Si même cela on nous l’enlève, c’est à en vomir…

  3. Coucou,

    Merci.

    Acheter Hors série?
    Je ne sais pas!
    Je me tâte.
    Cela demande grande réflexion.
    Dix ans?

    Je rigole! 🙂

    Coucou Martine, un petit plaisir par la poste?

    « Au fond, je crois que le soutien qui compte, c’est celui de la fidélité ». Merci Frédéric. Ca je sais faire! 😉

    Bien a vous toutes et tous,

  4. Bonjour Fabrice,
    C’est un ouvrage à mettre entre toutes les mains. Je voudrais apporter une précision à propos d’Éco -emballages … Page 28, « les imbéciles que nous sommes » ne paient pas 3 mais 4 fois l’emballage … c’est le « point vert » que 80 % de la population prend pour emballage recyclable … alors que ça signifie juste le paiement d’une contribution à Éco-emballages pour la mise en place du tri sélectif … au conseil d’administration de cet « organisme » siègent les « grands » de la grande distribution. C’est pourquoi les emballages en mini doses sont toujours plus nombreux … à chaque apparition du logo, perception de la taxe !
    Autre info, le E qui se trouve parfois à coté du poids ou du volume fait référence à une norme européenne sur les tolérances du contenant … c’est toujours 0 la limite supérieure de tolérance, ce qui signifie que le contenant contient moins que ce qui est écrit sur l’emballage… Exemple sur 2kg, c’est 27g de moins qui est toléré. Encore une fois le consommateur est lésé …
    Ne plus acheter des produits de l’agro industrie, voilà une sage résolution
    Bien à vous
    Rémy de Metz (57)

  5. Eh bien, disons-le, un régal !
    Vous pouvez aller l’acheter, vous ne serez pas déçu(e)s. Un tour d’horizon extrêmement complet sur un grand nombre d’aspects de la (mal)bouffe d’aujourd’hui. Cela va des maladies provoquées par la nourriture industrielle au poids des lobbies et à la propagande en passant par les » intérêts convergeants » des multinationales et des organismes officiels, en particulier l’OMS. C’est pas triste (enfin si). Plutôt écœurant.
    Même si on s’intéresse à la question depuis un bout de temps, on apprend encore un tas de choses.
    Je le déguste à petite dose pour ne pas le finir trop vite, et je vais l’offrir autour de moi, (déjà six victimes en vue !) ; chacun(e) en retirera fatalement quelque chose (sauf les borné(e)s, mais ça on ne peut pas y faire grand-chose).
    Frédéric, très bien dit. Tout à fait ce que je pense aussi.
    Catt, merci pour la vidéo. Ces images d’animaux dans les élevages concentrationnaires sont toujours très difficiles à regarder, peut-être pires que les mises à mort dans les abattoirs. Les regards des cochons sont absolument terrifiants, toute l’incompréhension et la détresse du monde. Et en même temps une résignation. Ca fait très mal. On se demande ce qui pourrait bien faire cesser cette folie.
    C’est pour les poules qui vivent dans l’enfer des cages que j’irai tracter vendredi devant le Monop de Lille avec L214. http://www.l214.com/agenda-evenement-animaux
    Bien amicalement à vous tous qui êtes un réconfort.
    Encore bravo Fabrice et mille fois merci pour cette somme de travail qui est la preuve de l’estime que tu portes à tes lecteurs.

  6. LBL,
    ben, oserai-je dire oui ? Peut-on résister à une offre aussi séduisante ? Non, impossible ! Je craque et j´accepte avec le plus grand plaisir 🙂

    Merci d´avance et bonne journée.

  7. Bonjour Fabrice,
    Merci pour ce Hors-Série qui tombe à point nommé ! Pour moi, après avoir pas mal creusé le sujet il y a bien des années, c’est une piqure de rappel bienvenue car mon engagement écologiste a commencé en grande partie par la remise en question du mode de production agro-industriel (j’avais commencé par remettre en question le travail mais n’arrivais pas encore à m’en dépatouiller 😉 ).
    En tous cas, refuser de me laisser servir passivement de la malbouffe fut l’un de mes premiers engagements concrets, je fus d’ailleurs longtemps végétarien avant de recommencer à manger fromages, œufs et viandes en provenance d’AMAP – grâce à des éleveurs passionnés et respectueux des animaux, ceux et celles dont parle Jocelyne Porcher dans un livre dont je conseille ici la lecture (http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Vivre_avec_les_animaux-9782707169006.html).
    Je ne vais donc pas me priver pour faire tourner l’info de la sortie de ce hors série !

    J’en profite pour informer le lectorat du Blog de votre participation au dernier EcoRev’ qui sera au centre d’un débat à Paris, le 21 mai prochain. Plus d’informations ici : http://ecorev.org/spip.php?article949
    🙂

  8. Cher Fabrice et chers tous, c’est un plaisir de vous lire!

    Cela me fait penser a un ami fana de « aquaponique »: Il fait pousser des legumes a feuilles et des poissons dans des bacs en plastique en circuit ferme. A chaque fois que je lui demande pourquoi il n’utilise pas de bambous a la place du PVC, ou un simple trou dans la terre a la place d’un bac en ciment, il me repond qu’il ne
    veut pas de microbes! Mais quand je lui fait remarquer que le PVC et les plastiques en general, ainsi que le ciment, sont de parfaits supports a microbes et souvent toxiques, il me repond… qu’il a besoin de microbes! Il semble que ce debat sur le PVC est en cours sur les sites d’aquaponique, et que tous ces gens veulent du PVC parecqu’ils sont obsedes par l’idee d’avoir un circuit aussi ferme que possible, aussi detache que possible de la terre.

    Cela me semble une erreur fondamentale, car se nourrir est avant tout une relation a la terre, non? Tout comme l’ecologie!

    (D’ailleurs ses legumes n’ont strictement aucun gout, et ajoute a ses depenses d’electricite exorbitantes, cela fait qu’il n’a aucune chance de develloper le systeme… pour l’instant!)

    Mais cela m’a rappele un beau passage de Novalis dans « Fragments et Poemes », dont je n’ai retrouve qu’une edition Anglaise sur le web, (avec une tres interessante interview de Derrida), ici traduite rapidement:

    Toute jouissance, toute absorption et toute assimilation, n’est autre que manger, ou plutôt: Manger n’est rien d’autre que de l’assimilation. Tout plaisir spirituel peut être exprime par l’acte de manger. En amitié, on mange réellement de l’ami, on se nourrit de lui. C’est une véritable métaphore que de remplacer l’esprit par le corps – et, lors d’un diner commémoratif pour un ami, de jouir, avec une imagination franche et supersensuelle, de sa chair a chaque bouchée, et de son sang à chaque gorgée. Cela semble certainement barbare au gout de notre époque – Mais qu’est-ce qui nous oblige à penser précisément à la chair et au sang crus et pourrissants ? L’assimilation physique est assez mystérieuse pour être une image magnifique de la signification spirituelle – et est-ce que le sang et la chair sont réellement si répugnants et ignobles ? En vérité, il y a ici plus qu’or et diamants, et le temps est proche quand nous aurons une conception plus haute du corps organique.

    Novalis, Fragments et Poèmes

    http://www.e-flux.com/journal/an-interview-with-jacques-derrida-on-the-limits-of-digestion/

  9. (il y a dans ce fragment de Novalis un example typique d’un de ses coups de genie, d’avoir compris que les symboles sont a double sens: Ils sont toujours « symbolises a leur tour par ce qu’ils symbolisent »)

  10. Comme promis je l’ai acheté et déjà lu de nombreux articles. Bravo pour la qualité des investigations. Cela confirme de façon très étayée ma pratique qui est 1) d’éviter les restaurants, 2) de bannir les plats cuisinés, 3) d’acheter bio à des producteurs que je connais et 4) d’éviter de manger des animaux.

    Pour ceux qui connaissent les 29 règles des Bishnoïs figure celle-ci en bonne place :

    21- KARE RASOI HATH SU, AAN SU PALLA NA LAVE

    Cuisiner soi-même et ne pas accepter de nourriture préparée par un fidèle d’une autre religion ou secte.

    C’est une règle qui voulait protéger les Bishnoïs de l’influence néfaste de l’alcool, des drogues, de la saleté des gens de mauvaise vie qui formaient une grande majorité au sein de la population du temps de jambeswar-Ji.

    De nos jours, les Bishnoïs préfèrent se marier entre eux bien que ce ne soit pas obligatoire, puisque le Bishnoïsme n’est pas une caste, afin de s’assurer que la communauté conserve une pureté physique et morale et une cohésion religieuse.

    Les Bishnoïs sont libéraux. Ils acceptent la nourriture d’un cuisinier non Bishnoï à condition qu’il ne soit pas intoxiqué et qu’il ait une hygiène irréprochable.

    28- MANS SU DUR HI BHAGE : Ne pas manger de plats de viande ou non-végétariens

    Pour retrouver des informations sur ce très beau peuple :
    http://planetbishnoi.wordpress.com/
    http://www.irenefrain.com/laforetdes29.php
    http://www.indexploration.com/les-bishnois.htm

  11. microbes et pvc laurent fournier il ya parfois un coté don quichotte dans cette tentetive pédagogique ! comment faire comprendre ce qui est de l’ordre de l’humanité première, de l’intuition profonde, de l’enfance, à ceux qui en sont , curieusement d’ailleurs, si dépourvus?

  12. Salut les Big Jim de la malbouffe ! Je viens de m’enfiler un paté de campagne monique ranou, hum je n’ose pas savoir les détails de fabrication… GRRRRR pas merci Mr Nicolino pour me faire douter de mes patés…. ! 🙂

  13. Ce numéro spécial est un sacré plat de résistance, c’est colossal. Je grappille, parce tout avaler d’un coup peut exposer à des troubles graves. La malbouffe industrielle, pléonasme du « grand progrès »…
    L’édito met le doigt sur des points cruciaux : une industrie intouchable et incontrôlable, la santé publique remisée derrière l’exigence de rentabilité financière, les multinationales qui font la loi, le pire à venir (viande sans animal, bidoche clonée, nano-aliments…), le grand nombre qui préfère s’acheter un portable plutôt que du « vrai pain »…
    Le vrai pain, c’est peut-être bien lui qui m’a mis sur le chemin de l’agro-écologie. Je préfère cette expression à celle de la bio, qui perd son âme des origines trop souvent : semences hybrides, variétés cytoplasmiques mâles (des quasi-ogm !), champs de plastic noir, intrants et produits transformés du bout du monde, cahiers des charges de plus en plus laxistes, main d’œuvre sous-payée…
    Donc, le pain m’a dit ce qu’il en coûte de le traiter par le mépris. Il m’a conduit à retrouver les gestes d’autrefois, quand on prenait encore le temps de pétrir la pâte avec du levain, quand on n’était pas pris par mille et une sollicitations, quand préparer son repas était un acte important de chaque jour, quand on cultivait son bout de lopin pour se préparer de bonnes soupes en hiver avec de vrais légumes qui avaient encore la couleur de la terre par endroits, quand on rangeait une à une les pommes dans des cageots et que la cave se remplissait d’odeurs enivrantes, quand on se partageait tout ça entre amis, les tranches de vies, les saisons, le temps, l’ombre d’un tilleul ou d’un châtaignier…
    Ce sont tous ces gestes que j’ai retrouvés petit à petit. Ces gestes que nous perdons à cause de l’industrie de la malbouffe, à cause de la vie moderne.
    Je serais passé à côté de quelque chose, si je n’avais pas connu ce que c’est, de passer des heures, des jours, sur une planche de carottes, d’enlever à la main les brins d’herbe un à un, de sentir la terre tout près qui respire…
    Je n’imagine pas d’autre activité qui ait plus de sens.

  14. Marie c’est pas seulement Don Quichotte, c’est aussi une question d’odeur!

    Les chaussures en plastique sentent tres vite les pieds, meme quand on les lave souvent, alors que les chaussures en cuir ou les espadrilles, meme jamais lavees -en cuir- ou pas souvent lavees – en jute – ne sentent pas les pieds! Et l’odeur du PVC me donne des haut-le-coeur…

    On croit parfois que plastiques, materiaux et pollution non organiques sont indifferents aux germes et bacteries, c’est faux: Il y a cent fois plus de germes dans un litre d’air du Parc Montsouris a Paris qu’a la pointe du Raz en Bretagne, et cent fois plus de germes a la place de la Concorde qu’au Parc Montsouris!!! (Je ne me souviens plus si c’est un rapport 100 ou un rapport 1000, d’ailleurs)

    Et puis on a vu avec les fromages industriels que plus un environnement est aseptise plus il est vulnerable aux epidemies de germes toxiques.

  15. Bonjour,
    je viens de l’acheter,
    il me faudra un peu de temps pour digérer cette bonne lecture.
    A consommer sans modération!

  16. Je l’achète aujourd’hui ! Merci de l’info ! (de toutes façons je l’aurais acheter vu le sujet !)

    Pour ne pas trop flipper voir ces petits gars qui font dans le salutaire :

    http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=352

    et puis un gars qui mérite qu’on ne cesse de parler de ce qu’il dénonce :

    Franck Lepage

    http://www.youtube.com/watch?v=g3tVkkT3toc

    http://www.youtube.com/watch?v=9jVeTtX_zlE

    Voir la scop lepavé : http://www.scoplepave.org/

    faites passez ! Merci pour tout !

  17. Presque tout lu, d’un trait. C’est écoeurant. D’autant que lu d’un trait ?
    A petit pas (impossible de parler de gorgées), ce pourrait être pire ! On ne sait plus…

    La couverture m’a amenée encore plus loin.
    Outre qu’elle m’a rappelé une « pensée expérimentale » d’un philosophe (?) contemporain (Roger-Pol Droit) : essayez, je vous prie, de boire en urinant.
    http://www.rpdroit.com/index.php?option=com_content&view=article&id=79%3A101-experiences-de-philosophie-quotidienne&catid=52%3Aexperiences-et-contes-philosophiques&Itemid=73&showall=1

    J’ai toujours ré-imaginé : et déféquer en mangeant ? De l’ordre de l’indicible ? Ou expérience oncologique totale ?
    On y est donc.
    Sauf que la saucisse ou le boudin qui sort en première page de Charlie-Hebdo (témoignant d’un intestin en bonne santé ? ou simplement d’une alimentation bourrée de viande, que le corps n’assimile pas bien) est sans doute aujourd’hui d’une merde maximisée, sinon absolue, et non un produit naturel intéressant pour la planète et la vie.
    Non content de restituer l’ensemble des ingrédients qui l’ont constitué, l’étron (ou plus réalistement la boue) adjoint une multitude de déchets issus de la médication, de l’eau (polluée)…
    Yann Olivaux nous éclaire un peu sur la qualité de l’eau dite potable contemporaine, et qu’il appellerait eau salubre, si elle correspondait à une réelle exigence sanitaire.
    http://www.youtube.com/watch?v=dxb09W9iMCQ
    Impossible de croire que les « magnifiques » et gigantesques étals des pharmaciens s’évaporent dans les trous noirs de l’univers, après que nous les ayons ingurgités, injectés, ou apposés sur notre délicat derme… Si au moins ils nous guérissaient ! Là, j’ai aussi de plus en plus mal aux seins.

    Une dernière petite note sur le hors-série : les consommateurs y sont assez protégés.
    Une sale idée me préoccupe en ce moment, sans doute d’avoir travaillé avec des auto-constructeurs, dans le bâtiment. J’avoue ne pas avoir fait le tour de cette idée. C’est sous l’angle de la responsabilité que j’entre : elle est absente du statut de consommateur, par le contenu de la loi même. Dernier rouage de la production industrielle et capitaliste, le consommateur est un drôle de type : abusé par le système, il sait aussi en « profiter » (toute-puissance du revers ? aussi illusoire que pratiquée).
    No sé.

  18. Petite rectification, puisque j’en ai l’habitude. OnTologique, et non oncologique.
    Mais quand le cancer devient familier… le destin de tout être humain ?
    Lire le hors-série Charlie-Hebdo !

  19. puisqye Florence parle d’étron, petite remarque en passant légèrement HS..la fonction « évacuation des déchets » est (une de nos ) fonctions fondamentales : pas d’évacuation : la mort! dans d’atroces souffrances..

    la terre peut elle encore évacuer et recycler ses déchets et les notres?

  20. Prenons 2 cas :
    1/ Une personne s’envoie une compote de pommes industrielle achetée en grande surface. Actions de sa part : acheter le truc en barquette, le rapporter at home, le bouffer, balancer l’emballage et refaire dans les cabinets la compote digérée. Processus mis en œuvre : des gigantesques outils de culture, de transport, de fabrication, de chimie, d’emballage, de contrôle, de distribution plus les kilowattheures pour faire fonctionner tous les outils. Flux énergétiques, financiers et matériels monstrueux en regard de cette modeste action. La personne est un vrai bon consommateur chéri par l’industrie de la bouffe, mais grâce aux quelques euros mis dans la compote, elle a pu épargner du temps pour lire de nombreuses pages du hors-série de Charlie.
    2/Une personne s’envoie une compote de pommes achetées chez un petit producteur local et biologique. Actions de sa part : acheter des pommes chez son producteur proche, les rapporter, les éplucher, les cuire, mouliner puis bouffer le tout, faire la vaisselle, récupérer les déchets de pommes et refaire dans les cabinets la compote digérée. Processus mis en œuvre : quelques modestes outils domestiques, quelques joules pour la cuisson, et du savoir-faire. Flux énergétiques, financiers et matériels minimes. Zéro euro pour les business de machines, de chimie, d’emballage, de transport, de contrôle. Zéro système financier. La personne est, avec la nature, le principal réalisateur de sa bouffe. Elle a fait un effort de mise en œuvre et de nettoyage. De nos jours, on dit « elle s’est emmerdée à faire une compote ». Elle a humé l’odeur des pommes en cours d’épluchage puis l’odeur des pommes cuites, elle a influé sur le plaisir gustatif procuré par sa purée de pommes et elle a épargné quelques euros, mais elle n’a eu pas eu de temps pour lire le hors-série de Charlie.

    La généralisation du cas 1 alimente et explique une bonne partie de ce qui est décrit dans le hors-série de Charlie. Il était donc primordial que, en achetant massivement industriel, la population sauvât du temps pour le lire. Ayant lu et compris Charlie, toutes les personnes du cas 1 se convertissent immédiatement au cas 2.
    Le cas 2 se généralisant, les hors-série de Charlie deviennent inutiles et ne sont plus lus à cause du temps pris par l’épluchage de pommes.
    Moralité : si ce hors-série fait un tabac, Charlie n’en a plus pour longtemps.

  21. Coucou,

    La pommade avec humour?

    Hors série. 1000 fois Merci, Fabrice.
    J’ai passé une nuit merveilleuse en votre compagnie.
    Suis comblée.
    En ai gardé pour une seconde nuit. 😉

    J’ai bel et bien raison,(pour une fois). Vous êtes le meilleur!

    ————–

    Merci a tous et toutes pour vos commentaires.
    Frédérique, comme vous, tout ce qui peut se faire a la main, l’est. Pour le reste j’utilise un « produit » formidable. Je me permet de faire marcher le business en vous donnant la marque: Laisséferlanatur.

    ————–

    Du rat et du renard pour de la viande de boeuf

    Plus de 900 personnes ont été arrêtées récemment en Chine pour des fraudes alimentaires, dont la vente de viande de rat ou de renard présentée comme du boeuf ou du mouton.

    Un «dangereux» virus hybride mis au point

    Des biologistes se sont vivement alarmés vendredi des travaux «dangereux» menés par des scientifiques chinois qui ont créé dans leur laboratoire un virus hybride de la grippe aviaire.

    Siège aux allures phallique pour l’organe du PCC

    La silhouette du nouveau siège du «Quotidien du peuple», le célèbre «organe central» du Parti communiste chinois (PCC), fait la joie des internautes, qui lui trouvent une inspiration phallique.

    Bien a vous, toutes et tous,

  22. Bon, j’ai dévoré « Bon appétit », il est bourré d’informations intéressantes. j’ai bu tous les articles d’un trait.
    Pourtant, au menu il manquait (à mon avis) deux plats supplémentaires. c’est pourquoi je suis un peu resté sur ma faim.
    D’abord peu ou pas de grande distribution, pourtant il me semble qu’elle a un rôle fondamental dans le développement de l’emballage et des progrès continus dans la merdification de la bouffe.
    Ensuite aucune cuisine politique (mais ça c’est Fabrice), non! Borel Monsanto, Guyau, Nestlé, Gates, InVivo, etc… ne sont pas des méchants prédateurs du système, sans qui, rien ou presque ne serait arrivé. Ils SONT le système et le système à un nom. S’ils n’existaient pas ils auraient été inventés !
    Je me permet donc simplement de corriger le titre de la page 32 en : « Gagner, c’est encore gaspiller » Moins oxymore que l’inverse mais beaucoup plus vrai.
    Bon ceci dit, cela ne va pas perturber ma digestion, chacun son truc. Le constat peut être partagé, même si pour les solutions, le mouvement d’en bas sans le mouvement d’en haut reste, pour moi, insuffisant, et réciproquement …

  23. Pardon pour le hors-sujet, je voudrais simplement rappeler LES GRANDES MANIFESTATIONS CONTRE LA CORRIDA QUE LE CRAC EUROPE ORGANISE À ALÈS LES 11 ET 12 MAI 2013. L´objectif est d´obtenir l´abolition de la corrida à Alès.

    http://www.l214.com/lettres-info/2013/05/03-contre-corrida-ales/

    J´espère que le sinistre de l´Intérieur, amateur de sang répandu dans l´arène, ne fera pas brutalement cogner ses milices sur les manifestants.

    En allant sur le site de la manifestation, on trouve même une liste des commerçants abolitionnistes. Bizarre, aucun boucher parmi eux !!!

  24. et aussi manquait « le mystère » de la perte du gout; comment le gout s’est perdu..comment peuvent ils se suffire de ces tomates sans saveur en plein mois de décembre? de ce pain blanc et fade, de ces salades tristes..et tout le reste à l’avenant; sur qu’il doit y a voir un rapport entre dépression et manque de gout généralisé de la nourriture.
    ensuite comment peuvent-ils manger dans ces endroits? cet excellent doc : restauration française: un pavé dans la mare » http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=NWnLeaEcONc

  25. Marie,
    Je reviens sur vos mots : « Comment le gout s’est perdu, comment peuvent-ils se suffire de ces tomates sans saveur en plein mois de décembre… de ces salades tristes et tout le reste… Sûr qu’il doit y avoir un rapport entre dépression et manque de gout généralisé de la nourriture. »

    Je retiens votre stupeur et votre hypothèse. Le goût d’une tomate noire de Crimée, de la mâche verte de Cambrai, le goût de vivre, la faim d’aimer, il y a bien des rapports en effet.

    A l’ombre d’un châtaignier, j’ai poursuivi ma lecture de Charlie, qui aurait pu sous-titrer « Bonne chance » à côté de « Bon appétit » (clin d’œil à Pierre Rabhi). Je me suis attardé sur les pommes cumulant 36 traitements pesticides en moyenne.
    Dire qu’hier soir, je me suis mijoté une compote de reinettes d’Armorique du jardin. Elles ont des rides qui les rendent plus belles encore, quelques taches par endroits et toutes les nuances du jaune au rouge.
    Elles feraient fuir le grand nombre, pourtant. Elles n’ont pas le clinquant, pas le calibre, pas le goût neutre universel. Elles ne sont pas compétitives.

    Mais elles ont tenu jusqu’ici, sans un traitement, sans un frigo, elles ont le goût d’un terroir oublié. Elles nous aident à « manger pour vivre et non pour crever ». Et à ne pas désespérer.

  26. Vu ce matin, de passage à la ville, cette affiche publicitaire : un gosse avec des ailes en forme de petits LU, et dessous le slogan : « Nourrir nos rêves ».
    Osons, comme disait l’autre.

  27. Merci Daniel pour l’évocation du parfum des pommes cuites, magique en effet!
    De plus, je me demande si on a vraiment vérifié le taux de phtalates et autres résidus de plastique dans de la compote contenue des mois dans ces emballages coûteux sur tous les plans .
    Quoi de plus simple que d’acheter une pomme crue prête à croquer, facile à transporter ,dont les résidus retournent directement à la nature (compost)?

  28. Il y a ce que l’on mange et il y a le reste. Ce que l’on regarde, ce que l’on respire, ce que l’on consomme, ce que l’on lit, notre relation aux autres, au monde…
    A bien y regarder, la malbouffe est devenu générale. On avale tout et n’importe quoi, au sens propre comme au sens figuré. On se gave, pareils à des boulimiques au stade terminal. Peu importent la qualité, le goût, les conséquences. L’essentiel est de bâfrer jusqu’à en suffoquer. Remplir pour oublier le vide.
    Une forme aigüe d’hypoglycémie menace, on frise la syncope quand le pic d’insuline est au plus bas. La dépendance est totale, on sort la seringue à être anesthésié, l’écran à malbouffe télévisuelle, on consomme du tourisme, des kilomètres de bitume, on envoie des SOS qu’on appelle SMS… Et on croit se guérir en augmentant la dose.
    Il faudrait imaginer un dégueuloir immense où l’on viendrait vomir ce (et ceux) qui nous empoisonne(nt). En espérant qu’il n’y ait pas des gens qui viennent se précipiter sur toute cette merde pour la recycler dans le business ali-menteur.
    « Pourra-t-on se passer du dégueulis ? », peut-on lire dans Charlie. A l’échelle individuelle, certainement, à condition qu’il reste encore demain des espaces de vie. A l’échelle collective, c’est une autre affaire. L’industrie du dégueulis veille au grain. Et pas seulement.
    Vous avez vu le projet de loi sur les class action à la française ? La santé publique et l’environnement en sont exclus. Faut-il s’en étonner ?

  29. Frederic, vous lire est un peu comme manger une vraie pomme: on a le gout, l’odeur presque, et le sens…

    C’est extraordinaire que la sante publique et l’environnement soient exclus des « class action », en effet. Car si l’on retire cela, qu’est-ce qu’il reste qui soit specifique a la « class action »? Rien du tout, ou je me trompe?

  30. Laurent,
    Merci. D’après ce que j’ai lu, les consommateurs victimes d’une pratique abusive, frauduleuse ou anticoncurrentielle pourront se regrouper et faire saisir un juge par une association de consommateurs agréée afin d’obtenir réparation de leur préjudice.
    Bref, une vision consumériste de la société et des individus.
    Le ministre, Benoît Hamon, nous explique que ce projet « s’inscrit dans un projet plus global en faveur du pouvoir d’achat ».
    On est là dans la pure rhétorique, évidemment.
    Pour les Amis de la terre, le gouvernement « semble étonnamment peu soucieux de la libération du pouvoir d’achat par la réduction de l’obsolescence programmée. » Ils suggèrent d’intégrer les préjudices environnementaux, de créer un délit et des sanctions contre l’obsolescence programmée, d’étendre la garantie de tous les biens de consommation à 10 ans, de soutenir le secteur de la réparation…
    Peu de chance d’être entendus, les Amis.
    Toujours plus, toujours moins cher, moins viable, sous-payé, externalisé… C’est inhérent au catéchisme de la croissance infinie, non ?

  31. Salut chers tous ,

    Chaque fois que je lis un article sur la malbouffe (je n’ai pas encore lu le hors série) me vient la même question ? mais pourquoi les gens, enfin un grande majorité de gens, sont ils clients de ces merdes ? les caddies de supermarché et les parkings de mcdo sont pleins à craquer et personne n’a mis un fusil sur la tempe à tous ces con-sommateurs , alors , à partir de quel moment est ce que ça part en sucette ? je n’ai pas la réponse , je suis sidérée et j’ai un immense chagrin à voir ce gâchis, ce désastre. j’achète sans emballages , je mange bio et aussi local que possible , je trie , je fais le compost, je ne prends plus l’avion , j’essaie de moins rouler , bref.. j’essaie de garder la foi en un avenir plus radieux et non irradié et si je continue à faire ces gestes quasi dérisoires c’est pour pouvoir me regarder dans un miroir sans trop de honte d’appartenir à cette humanité cinglée.
    a part ça le Vercors est très beau en ce moment , très vert et comme disait Giono ici on n’est pas loin , on est ailleurs . bises à tous .

  32. Une « abeillocalypse » menacerait les Etats-Unis d’un desastre alimentaire:

    http://rt.com/usa/bee-pollination-disaster-food-959/

    « les apiculteurs Etats-uniens font prendre la route a 1,5 million d’essaims, pour poliniser les amandiers Californiens, qui mobilisent chaque annee 60% des ruches Etats-uniennes pour poliniser une recolte qui vaut 4 milliards de dollars »

    « le taux de survie des essaims est trop bas actuellement pour nous permettre d’etre confiant dans notre capacite a repondre a la demande de polinisation des recoltes Etats-uniennes », selon un rapport du ministere de l’agriculture.

  33. @babeole vercors,
    comme vous, je me demande aussi bien souvent pourquoi les consommateurs remplissent-ils leurs chariots de toute cette malbouffe. En effet, rien ni personne ne les y oblige. C´est désespérant de voir qu´ils se goinfrent volontairement de ces produits dénaturés.

  34. merci Babeole Vercors
    je partage votre chagrin mais aussi vos choix (jamais l’avion , local et bio , compost et jardin, déplacements réduits)
    j’espère que de plus en plus nombreux, seront ceux qui font de même.
    Une belle journée à tous

  35. Je vais tenter un détour par les paroles d’une chanson de Jacques Bertin, Menace. Celle-là, on ne l’entendra pas dans la star académie. Je vous glisse quelques extraits ci-dessous (elle dure plus de dix minutes).
    Ça part d’une « maladie balancée dans la chaîne alimentaire », ce qui n’est pas sans rappeler le thème qui nous occupe. Et ça parle de la colère, de la technologie, des oreilles de coton, de la peur qu’il soit trop tard, qu’il n’y ait plus de refuge, plus de route. Ça parle de la parole :
    « Dîtes, qu’avez vous fait de la parole qui est une braise ardente ? »
    Et ça finit par un appel à se lever, à tout recommencer.
    Se lever, samedi, se rassembler dans une grande chaine humaine, une chaine qui libère, à Notre-Dame-des-Landes. Un grand rendez-vous. Peut-être nous y croiserons-nous.

    Les extraits :
    « Dans un bureau conditionné, peut être, il y aura eu
    Une défaillance dans le calcul du compte des denrées
    Ou une maladie balancée dans la chaîne alimentaire…
    Il sera aussitôt et simplement trop tard
    Trop tard pour tout, pour la colère et pour le cri
    Trop tard pour la fuite et trop tard pour la révolte
    Trop tard pour le dernier bateau et pour la lutte et pour la vie…
    Il n’y a plus de refuge au bout de la route, plus de route…
    La bourgeoisie règne en papier crépon sur son royaume
    Sûre d’elle même, de sa technologie, de ses oreilles de coton
    On ne sait pas trop où l’on va mais qu’importe…
    Il reste peu de temps pour la sainte colère
    Je vous vois comme un cheval aux jambes brisées
    Les yeux fous qui cherchent à se lever, qui cherchent une aide…
    Dîtes, qu’avez vous fait de la parole qui est une braise ardente…
    Que se lèvent ici, ceux qui ont de l’esprit pionnier dans la tête
    Il va falloir dès ce soir tout recommencer. »

    Le lien vers les paroles et la chanson :
    http://www.parolesmania.com/paroles_jacques_bertin_15372/paroles_menace_1039019.html

  36. La parole qui est une braise ardente, pas de souci nous l’avons sur ce blog !
    Frédéric, samedi à NDDL, de nombreux lecteurs de Planète Sans Visa se croiseront peut-être, sans se reconnaître. Dommage.
    Aujourd’hui dans mon jardin j’ai planté un sorbier et une jeune aubépine qui s’étaient semés là où il ne fallait pas. Des merles se répondaient dans le calme qui précède l’averse. Pas très loin dans la zone humide, un pic-vert ricanait. Je n’en reviens pas de la chance que j’aie d’habiter cet endroit. Et je pense aux résistants de NDDL, et d’ailleurs.
    Non, il n’est pas trop tard. Samedi moi aussi je serai (sauf jambe cassée ou cyclone) avec les révoltés.

  37. Une nourriture saine commence dés le stade de la semence. La biodiversité est aussi dans les champs et dans les potagers. La souveraineté alimentaire passe par des semences de pays que l’on peut ressemer de saison en saison. La vie, c’est la variété, la variabilité, la reproductibilité…
    Autant de choses qu’il faudrait préserver, encourager ? Eh bien non.
    L’un des acteurs majeurs des semences vivantes, Kokopelli, vient d’être condamné par la justice.
    Heureusement qu’on a eu un Grenelle de l’environnement et une conférence environnementale. Merci les imposteurs !
    http://www.oulala.info/2013/05/kokopelli-condamnee-biodiversite-la-fin-des-illusions/

  38. A Bételgeuse,

    Un sorbier et une jeune aubépine s’aimaient là où il ne fallait pas.

    Un pic-vert ricanait tambourinant la nouvelle.

    Ils furent transplantés.

    😯

  39. A marie le 9 mai 2013, « à nddl, essayons de nous reconnaitre par un signe…lequel? »:
    notre planète étant appelée la belle bleue, un simple disque de couleur bleu devrait suffire.

  40. 6h20. Le jour se lève sur le jardin. Partout, ça chante. Les poules sont étonnées de mon passage à cette heure si matinale. Je distribue le petit-déjeuner à la famille gallinacée qui s’ébroue, je finis le mien. Mon sac à dos des grands jours de manif et c’est parti !

    7h50. Premiers à fouler la place de la liberté à Saint-Brieuc. Le cercle s’agrandit, des visages familiers sont là, fidèles, les cars s’engagent sur le parking, on pose pour la photo. Cap sur Notre-Dame-des-Landes.

    8h45. « S’il vous plait, j’ai une demande à formuler. Il y a dans le car au moins deux personnes qui sont malades à causes des ondes de portables. Est-ce que vous pourriez éteindre votre téléphone pendant le trajet ? Je vous en remercie d’avance, vraiment. Là aussi, il y a des zones à défendre. Pour les personnes intéressées, j’ai des dépliants d’informations. »
    J’ai osé, bien que peu enclin à ce genre d’exercice. Pas d’émeute, tout le monde coupe son smartphone, quelques questions ici et là, un certain intérêt.
    Rumeur de paroles échangées, entre le paillage au goémon, les souvenirs de Plogoff et des tirs horizontaux avec des fusées de détresse pour faire fuir les bleus, les parcours de vie qui se croisent…
    De plus en plus, il y a des arbres, du vert partout, Notre-Dame-des-Landes enfin.

    11h10 : Tout près de l’église, une affiche de taille modeste, je ne résiste pas au plaisir de vous en dire deux mots. Vous connaissez l’icône du parti socialiste, la rose au poing. A la place de la rose, deux billets de 500 euros.
    La légende : Régie privée d’eau, aéroport de Notre-Dame-des-Landes : Comme nous, votez PS. Signé : Vinci et Véolia, sponsors officiels du PS.

    11h20 : Notre petit groupe de nord-Bretagne est affecté à l’un des tronçons de la chaine humaine. Nous avançons en suivant les consignes des organisateurs à vélo.

    12h30. L’heure de manger, enfin. Pieds nus dans l’herbe, vue sur un pré fleuri de boutons d’or, quelques chênes qui prennent le soleil. Nadia sort son pipeau, ébauche un pas de danse, une voiture se fraie un passage, des oiseaux chantent.

    13h50. « Un peu à droite, un peu à gauche. » On tend ses mains, la chaîne humaine prend forme. « Il y a un trou. Avancez par là… Y a des grumeaux dans la farine. Plus par ici… »
    Et nous voilà encerclant sur 25 km le site de l’aéroport imaginé par des représentants des intérêts capitalistes et étatiques.

    14h. Drôles de bruits dans le ciel. Un hélico. Les mains s’accrochent les unes aux autres. La carcasse de métal se rapproche. « Souriez pour la photo ».
    Une drôle de sensation, soudain. L’impression d’être un figurant de la grande machine à communiquer, à produire du chiffre, du spectacle vu du ciel. Le sentiment confus d’être un chiffre qui s’additionne à d’autres chiffres, une statistique dans la loi des grands nombres où je me sens si étranger, plus seul encore qu’au bout du monde parmi les arbres.
    Quelque chose de la nostalgie, aussi, pour les slogans improvisés du 17 novembre, qui fleurissaient sur le bord des routes, sur des panneaux de fortune. Quelque chose du jaillissement spontané qui s’éloigne, remplacé par des flyers en quadrichromie, des pin’s qui sont tous les mêmes, des slogans triés sur le volet, une organisation planifiée, efficace, technique.
    Que faut-il préférer ? Je n’ai pas la réponse. Simplement, je sens en moi un décalage sans savoir encore l’exprimer clairement.

    14h35. Ceux d’en haut continuent leur ballets tonitruant. Pendant une heure, les hélicos vont survoler la chaine, emportant à leur bord des journalistes, sous la houlette de l’ACIPA. Ceux d’en bas continuent de poser.
    « Avec tous ces hélicos, il va être temps de le construire, cet aéroport. » Sur l’instant, c’est tout ce qui me vient. Ça rigole à moitié dans les rangs.

    14h45. Des chiffres circulent. 26 000. D’autres parlent de 40 000. J’imagine les multiplicateurs de divisions au ministère de l’intérieur, penchés sur leurs machines à additionner les soustractions.
    Quand nous serons tous puçés, tout le monde sera d’accord, la préfecture, les organisateurs. La parole des experts ne souffre aucune contestation.

    14h55. « C’est bon, ils ont pris assez d’images comme. On se casse.
    – Si on allait voir la cabane du collectif de Pleudaniel ? On a tout juste le temps avant que le car ne reparte »
    Et nous voilà partis, direction la Gaieté, alors que le gros des troupes s’en va rejoindre le lieu du concert prévu ce soir, pour une ambiance manifestive, comme il se doit désormais. De gaieté de cœur, on avance au pas de charge. Le car part à 17h.
    Un slogan qui traine sur un talus : « Le chômage est un concept rentable pour ceux qui ont de l’argent ». Signé : La bête en cours.

    15h40. Il faut imaginer des palettes de récupération assemblées les unes aux autres, une petite maison tout en bois. Francisco est occupé à terminer un abri à toilette sèche et à douche. La poignée de main est chaleureuse, le dialogue s’engage spontanément.
    Ce que je vois d’abord, chez Francisco, c’est son regard. Des yeux qui vont plus loin. La lutte contre l’aéroport, la lutte contre la société capitaliste et bureaucratique. La libération d’un territoire de l’emprise de l’Etat, de la propriété privée. La terre qui devrait appartenir à tout le monde, à personne. Les grandes machines à représenter, à négocier. Le devenir des zadistes, de ces idées d’un monde vraiment différent, si l’aéroport est abandonné…
    Autant de questions qui me parlent bien et qui expriment à leur manière ce que, confusément, je ressentais tout à l’heure.

    16h10. Retour vers le bourg. On prend le temps de regarder les herbes des talus. Ici des asphodèles, là des sceaux de Salomon, des oenanthes… Une fleur blanche à cinq pétales nous laisse sans voix. Quel est son nom ? Chacun(e) lance une idée, jusqu’à ce que Patrick retrouve la variété : la stellaire holostée !
    Des noms se mêlent en moi, le flûteau nageant, le mouron délicat, l’osmonde royale, tout un monde devenu invisible à nos yeux qui ne savent plus voir, plus reconnaître.
    Et tous ces arbres. Ces bocages épargnés par la folie productiviste. Les busards Saint-Martin, les sphinx de l’épilobe, les rainettes arboricoles…
    Rien que ces mots éveillent en moi ce qu’il y a de richesses à protéger.
    De cette chaine humaine, j’emporte cette idée d’une terre à défendre, de vies à préserver, d’un monde à inventer à des années-lumière des temps où nous sommes enchainés. J’emporte des visages amis et le regard de Francisco qui voit plus loin.

  41. Je me suis ruée sur ce HS et j’en fait une pub effrénée !
    Nous sommes maraichers bio et combattons la malbouffe à notre échelle.
    Merci.

  42. Bonsoir,

    Merci Frédéric. C’est très joliment conté.

    Fabrice, vous pouvez prendre votre retraite! Frédéric vous remplacera ….

    :)))

    Bien a vous toutes et tous,

    PS. Fabrice, je blague! 🙂

  43. LBL,
    Merci.
    Blague à part, évidemment, je ne remplacerai jamais la voix de Fabrice. Ni moi, ni personne. Parce que c’est une voix unique. Une voix qu’on ne retrouve que sur Planète sans visa. Ni dans les livres, ni dans Charlie, ni ailleurs, me semble-t-il. Et c’est cela aussi, c’est cela d’abord qui fait la valeur de ce blog.
    Mais vous le savez. Et vous plaisantiez, j’ai bien compris. Mais votre commentaire fait prendre la mesure de cette voix singulière faite de lyrisme et de conscience du désastre qui ne renonce pas à dire, à penser, à s’exposer. Cette « braise ardente » de la parole, dont parle Bertin, tellement précieuse.

  44. « De cette chaine humaine, j’emporte cette idée d’une terre à défendre, de vies à préserver, d’un monde à inventer à des années-lumière des temps où nous sommes enchainés. J’emporte des visages amis et le regard de Francisco qui voit plus loin. »
    moi aussi Frédéric! nous sommes venues du sud pour accrocher le temps de la chaine nos mains et nos coeurs à d’autres dans ce bocage merveilleux que d’aucuns envisagent froidement de saccager, je ne vois que ce mot. tandis que certains riverains passaient en voiture l’air fermé..

  45. Une bonne synthèse qui va finir sur l’étagère de notre restaurant, à destination des convives…

    Merci Fabrice… A bientôt à Millau –> Kat&Co, 2-4 rue peyssière.

  46. Soyons tous membres de Kokopelli! Et plantons, semons, distribuons tout ce que nous pouvons. A ce stade, l’illegalite est un honneur, non?

    Amities a tous, et merci pour toutes les infos.

  47. Le projet d’aéroport nantais fait des émules. Pas seulement le bois de Tronçay, pas uniquement le Lyon-Turin et tout le reste.

    Voilà que le Tour de France envisage de passer sur une route pastorale dans les Alpes. On y recense plus de 700 espèces végétales et 100 espèces animales protégées, parmi lesquelles le tétras lyre, l’aigle royal, le lagopède, le circaète Jean-le-Blanc, le milan royal, l’apollon, l’azuré du serpolet (en danger d’extinction), le bruant ortolan (en danger d’extinction)… On imagine sans peine les conséquences des travaux, du passage des voitures, des caravanes du Tour.
    Plus d’infos ici : http://lebruitduvent.overblog.com/

    A Poissy, le PSG veut rafler 150 hectares de terres agricoles pour les transformer en centre d’entraînement.
    http://www.reporterre.net/spip.php?article4253

    Ça continue.
    Pas de limites aux pingouins à cravates qui doivent gagner quelques minutes sur leur trajet pour rester compétitifs, quel qu’en soir le prix.
    Pas de limites à la société de distraction massive, aux festivités dans la nature devenue terrain de jeu sacrifié au spectacle de nos réjouissances macabres.
    Du pain et des jeux est en passe de devenir du gain et des jeux. Le gain pour quelques-uns, la misère pour les privés de pain faute de terres à blé, pour la faune et la flore piétinées sans vergogne.
    Que va-t-il rester ?

  48. Bonjour

    Merci a vous toutes et tous.
    Vous qui bouger, pour faire avancer ce qui est le juste. Merci.

    Vous ne savez pas la dernière?

    Fabrice ne se nomme plus Fabrice. Mais Désiré.

    :)))

  49. J’ai bien fait d’en acheter plusieurs chez le kiosquier, il n’y en a plus. Ça permet de faire des cadeaux aux amis qui se moquent gentiment quand je reviens du marché bio. Certes, on peut changer d’amis. Ou simplement leur offrir une livre (500 grammes) de Nicolino !

  50. Bonjour Fabrice,

    J’écris ici car votre page contact semble pédaler dans la choucroute OGM.

    Je viens de finir votre hors série sur la malbouffe et je viens de tomber sur une nouvelle qui aurait très bien pu y figurer : l’impression de nouriture à l’aide d’une imprimante 3D …

    Bien entendu, plutôt que de nous remettre en question, ce nouveau bidule est sensé nous sauver de la famine et du gaspillage, comme d’habitude.

    Lien : http://qz.com/86685/the-audacious-plan-to-end-hunger-with-3-d-printed-food/

    Bonne continuation.

    Alex.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *