Et si on achetait une auberge naturaliste ?

Jean-Marie Ouary est un rouge. Un vrai rouge comme je continuerai à les aimer jusqu’à la fin. Dur aux forts, tendre aux faibles. Un partageux, un partageux tel qu’il étend son sens de la justice au monde des animaux et des plantes. Rien à voir – faut-il le préciser ? – avec les pauvres copies qui font de la retape ici ou là, et qui me servent de cibles perpétuelles. Je ne cite personne. Jean-Marie est un rouge et un prolo dans l’âme, grandi à Noisy-le-Sec, tout près des lieux de mon enfance.

C’est un prolo devenu savant. Il n’aimera pas ce mot, mais je le maintiens. Il sait faire quantité de choses que la plupart ignorent. Sortir sous la mitraille, empoigner par le col les vilains, reconstruire une automobile, convoyer des expéditions jusqu’au Mali pour sauver les derniers éléphants de l’Ouest africain. Il aime puissamment les bêtes et les gens. Et j’ajoute qu’il est un naturaliste de terrain comme il en est peu. Sur le plateau du Vercors – l’un des lieux les plus beaux parmi ceux que je connais -, il surveille comme aucun autre la piste des loups. Car les loups sont là, répartis en trois meutes, et Jean-Marie, Véronique Thiery – des bises ! – et leurs potes de l’association Mille Traces (ici) veillent au grain. C’est-à-dire qu’ils empêchent les tirs des quelques fiérots locaux qui voudraient faire un carton sur le bel animal.

Il y a quelques soirs, j’ai dîné à Paris avec Jean-Marie et l’un des piliers de Mille Traces, François Morel. François, que je ne connaissais pas, m’a fait forte impression. Figurez-vous qu’il fabrique dans le Diois (Drôme), depuis près de 35 ans, des appeaux en bois magnifiques (ici). C’est un artiste, d’évidence, qui passe des mois à parfaire ses créations. Elles sont hallucinantes, et si je peux le dire ainsi, c’est parce que François m’a offert trois de ses œuvres : le coucou, la huppe fasciée, le rouge-gorge. Souffler dedans vous transporte au paradis.

Pourquoi vous parler d’eux ? Pour la raison simple qu’ils cherchent des sous pour un projet que je soutiens, et que je trouve exaltant. Il s’agit d’ouvrir au pied de l’immense Réserve naturelle des Hauts-Plateaux du Vercors – 17 000 hectares parcourus par des loups, des bouquetins, des tétras, des vautours fauves -, la toute première Auberge naturaliste de France. La maison est déjà la, avec ses chambres, ses espaces, ses hôtes. Aux alentours, les pentes du Grand Veymont, dont la beauté m’a fracassé un été d’il y a neuf ans.

On pourra aussi bien se reposer et dormir que boire, manger, rencontrer des amis, échanger sur la vie et les bêtes, glaner quelques idées heureuses sur la marche du monde. Un tel lieu ne se refuse pas, mais il coûte. Une SCI a été constituée, et vous trouverez quelques détails dans les docs ci-dessous appelés Auberge 1 et Auberge 2. Il manque environ 100 000 euros, répartis en parts de 100. Ce n’est rien, à peu près rien. Je ne vous oblige pas, mais pour ce qui me concerne, je vais souscrire, car on ne peut passer à vie à crier contre le monde, comme je le fais sans arrêt. Il faut aussi admirer ce qui reste debout.

Je vais donc acheter quelques parts, qui me permettront de penser que je n’ai pas tout perdu de mon argent gagné. Si vous avez trois sous, je vous jure que l’action le mérite, et bien au-delà. Si vous n’avez pas un rond, envoyez toujours un mot de soutien. Et retenez l’adresse, car cette auberge va ouvrir, sûr et même certain. Vous voulez en être ? On se croisera peut-être là-bas.

auberge-1.PDF

auberge-2.PDF

29 réflexions au sujet de « Et si on achetait une auberge naturaliste ? »

  1. Vive la nature sous cloche et sans ces connards de bergers qui veulent tirer sur les loups parce qu’ils pensent que c’est le seul moyen efficace de leur faire comprendre qu’il ne faut pas confondre troupeau et garde-manger!!!
    En espérant que tout ce beau monde soit autant capable de s’extasier devant une modeste petite herbe de montagne qui porte en elle toute l’histoire des pelouses pastorales, que devant les «siii merveilleux prédateurs » au sommet de la hiérarchie (??). Aujourd’hui ça doit être à ça qu’on reconnaît les anars (ni rouges, ni verts, ni bruns) !!!

  2. Je n’ai pas encore lu le texte, je le ferai. C’est dans le courant des années 1990 que j’ai eu le plaisir de connaitre Jean-Marie Ouary et nous sommes allés pister le loup ensemble lors d’une balade à la tête de graille sur le plateau du Vercors. (loup erratique supposé présent) C’est un type formidable.
    autre: Dans cette même époque 3 loups venus d’Italie avaient conquis la Haute-Maurienne en 1997, j’avais suivi leurs traces sur le chemin du petit bonheur. (voir appellation Internet)
    En hommage au loup tapez: « lefèvre Bruno ode à lupus ». Ceci fut une passion d’écrire sur canis lupus.

  3. à Noir:
    Il ne faut pas confondre éleveurs et bergers salariés!
    Je tenai à vous le préciser.
    Tant de fois, je suis allé à la rencontre de ces gens dans les alpes…
    Pour vous dire: des éleveurs « montrant les cros », oui, les bergers, non.
    Exemple: en 2012, j’ai rencontré un berger retraité en lozère, il me faisait éloge du loup; il me disait que l’homme ne savait pas s’adapter…

  4. Info:
    Jean-marie-Ouary a été vice-président de la FRAPNA-Drôme à une certaine époque pour ce qui est du passé.
    nota: Auparavant l’association MILLE-TRACES éditait un journal appelé « L’épine dromoise ».
    (ils étaient très actifs sur le terrain, le sont d’ailleurs toujours)
    nota: le siège de l’association est à St-Aignan-en -Vercors.
    je leur souhaite ici bon vent pour leur projet.

  5. Le col de Rousset, le Diois, le Grand Veymont, mais c’est vers chez moi ça !
    C’est vrai que le Grand Veymont est magnifique pour avoir randonné par là. 🙂

  6. à Fabrice:
    on peut observer aussi le lagopède alpin* (perdrix) dans le Vercors. En 2004, nous l’avons rencontré sur le GR central traversant en son centre, le haut plateau. A l’époque, ce sentier était abandonné.
    (revu jean-Marie Ouary à cette date)
    * lagopède alpin non mentionné dans texte.

  7. Une note:
    à St-Martin-en-Vercors non loin de St-Aignan (siège APN Mille-Traces), une stèle commémorative a été élevée en 1987 sur une place en mémoire du dernier ours du Vercors (et des alpes) disparu en 1937. (chasse)
    Cet ours avait été vu pour la dernière fois depuis ce village.

  8. les trolls ont certainement quelque chose à se reprocher, il y a un truc qui ne tourne pas rond, qui les titille.
    C’est en effet toujours dans le sens copain-copain avec les écologistes (ou avec Fabrice en particulier) que ça se fait, pour se rassurer, à mon avis.

    Je pense à Pilet14 (chasseur), krolik (fou de l’atome), ou ce dernier sympathisant FN qui inonde le fil.

    On ne verra jamais le sens inverse : les écolos essayant de charmer les chasseurs, les nucléophiles ou les fafs.

    🙂

    Pourquoi ne vont-ils

  9. à Lionel:
    Fabrice m’a donné l’autorisation de poster ici sans que je puisse parler du [bip]. Par ailleurs, je ne connais pas Fabrice bien que je consulte « planète sans visa » depuis bien longtemps. Mon profil est celui d’écologiste qui prime avant tout, penché surtout sur la condition animale. J’ai connu pas mal de monde dans ce milieu depuis les années 2000, et tout ce qui tourne autour…
    Et vous, qu’avez-vous fait?
    Sans prétention, je peux dire que j’ai contribué à la cause, ce que je vous rappelle qui est celle de l’animal sauvage.
    nota: les chasseurs sont aussi bien de gauche que de droite.
    Merci de votre lecture.

  10. Lionel,
    dans les forêts de Suède on voit partout des pancartes portant l´inscription : « Don´t feed the trolls » ! 🙂

  11. à Noir

     » Vive la nature sous cloche et sans ces connards de bergers qui veulent tirer sur les loups parce qu’ils pensent que c’est le seul moyen efficace de leur faire comprendre qu’il ne faut pas confondre troupeau et garde-manger!!! »

    Si les loups se faisaient tuer lors de leurs attaques contre les troupeaux , ils comprendraient en effet qu’ils feraient mieux de chercher à manger ailleurs . Or , les  » tirs de prélèvement  » ( que de préciosité dans l’expression )se font à d’autres moments que pendant les attaques . Dans ce cas , comment espérer que les loups fassent le lien entre la mort d’un des leurs et le fait qu’ils attaquent des moutons ? Aucun conditionnement n’est alors possible , un louveteau sera enfanté pour remplacer le défunt , tué à son tour , et ainsi de suite . Pour que les tirs sur les loups soient dissuasifs , il faudrait qu’ils soient effectués au moment des attaques , c’est à dire qu’il y ait une surveillance constante des troupeaux , donc le retour des bergers ( tout du moins des surveillants ) qui dorment dans les cabanes de bergers , à proximité du troupeau .
    En supposant qu’on en revienne à cette mesure de bon sens , les loups , s’en allant désormais chasser les animaux sauvages , deviendraient ( plus qu’ils ne le sont déjà )les rivaux des chasseurs , ces braves gens qui ont besoin d’un alibi ( la régulation de la faune ) pour jouir sans entrave de leur pulsion de mort .

    Je n’ai personnellement aucune fascination pour les prédateurs , autre qu’esthétique pour certains ( les félins en particuliers ) , que je trouve bien plus beaux quand ils se prélassent à l’ombre que lorsqu’ils bandent leurs muscles quand ils chassent . Le darwinisme social n’est pas mon idéologie . Je n’aime pas les drapeaux , même pas le noir , bien que  » l’ordre sans le pouvoir  » me fasse rêver .

  12. Ahh décidément, ces François Morel sont des chics types!
    J’espère que ces personnes sauront mener a bien leur joli projet d’auberge naturaliste.

    Ici, les sternes Pierregarin sont arrivées, rien de plus merveilleux.

  13. à azer:
    le tir d’effarouchement (autour du troupeau) a été essayé (étudié) pour la première fois au parc de Ste-Croix en Moselle, le parc animalier de Rhode.
    (oncfs)
    la taille retenue des plombs est de 2mm25. (non létal) Procédé autorisé pour l’éleveur en cas de défense de son troupeau.
    Autre: le tir de défense (autour du troupeau) a ensuite été validé par l’état quand plusieurs attaques ont eu lieu sans effet probants.
    la nunition employée est cette fois-ci létale. Il est pratiqué par l’éleveur possédant le permis de chasse.
    Par contre le tir de prélèvement (non spécialement autour du troupeau) est ordonné par le préfet départemental. Il est pratiqué généralement par un lieutenant de louvèterie. (nommé pour cinq ans par le préfet)
    nota: la France compte environ 1 million 200 000 chasseurs. La législation de la chasse a été établie au départ sous une ordonnance de Vichy. (Pétain)
    A ce jour, les APN toutes confondues ne comptabilisent pas ce chiffre indiqué ci-dessus. Malgré tout, 2 APN sont dotées de service juridique.

  14. à martine:
    Ma compagne (origine russe paternel) et moi ne sont pas allé en Suède mais sommes allés en Russie, jusqu’en Carélie, il n’y a pas de troll là-bas… comme en France.

  15. il n’y a pas 1200000 chasseurs,mais 1200000 permis de chasser,certains chasseurs cumulant plusieurs permis départementaux.
    de plus , ce chiffre est fourni par les chasseurs,invérifiable…
    en outre,l’adhésion des chasseurs à une FDC est OBLIGATOIRE,donc tous les chasseurs sont comptabilisés,alors que des millions de personnes sont pour la protection de la nature sans pour autant adhérer à une association

  16. Et je voudrais bien savoir quel est l’age moyen des chasseurs… ! Ceux que je connais sont vieux et souvent en mauvaise santé.J’ai bien l’impression que leur population s’effondre.Quelqu’un a-t-il des précisions à ce sujet ?

  17. à isis:
    bien pour la précision. Je ne voulais pas entrer dans le détail puisque ce n’est pas le sujet évoqué par le texte.
    Quant aux sondages ou enquête d’opinion, c’est facile d’y répondre favorablement dans un sens, et ne plus y penser ensuite.
    Pourquoi le citoyen majoritairement n’adhère pas aux APN?
    Est-ce un mal français sachant que la BIRD anglaise englobe près d’1 million d’adhérent?

  18. à Marieline:
    Tout d’abord, j’ai un message à véhiculer ici sur ce site: « je serai un troll » selon certains internautes. Cela m’amuse beaucoup sachant que lorsque l’on ne plait pas ou que l’on est en désaccord… l’on est immédiatement mis « à l’index ».
    Pour illustrer, c’est un peu comme ceci: « lorsque la caravane passe, les chiens aboient ». (c’est un proverbe arabe)
    Afin de répondre au mieux à votre question ci-dessus, voilà: il y a déjà pas mal de temps, l’Oncfs avait communiqué dans « un fusil pour deux », une mesure toujours d’actualité puisqu’elle est encore en vigueur actuellement. En fait, cela relève du chasseur aguerri et d’un filleul « apprenti-chasseur ». (voir internet)
    A l’époque la FNC s’étaient interrogée de l’âge vieillissant des chasseurs en acca et fdc.
    Donc par ce moyen, « cette entreprise » s’est quelque peu rajeunie dans la dernière décennie sachant que dans la ruralité, c’est une tradition.
    Pour plus ample renseignement, je vous invite à téléphoner au siège de l’association aspas ou à son président Pierre Athanaze depuis le site http://www.aspas-nature.org
    (de la part d’un ancien correspondant)

  19. Bonsoir,

    Merci A toustes,

    C’est une superbe idée. Merci a eux.

    100 euros.

    Ne pourrions nous pas faire de deux pierres, un coup? Oui, je sais, c’est a l’envers, mais j’aime ce qui marche a l’envers! 🙂

    Le prix de votre futur livre se monte a combien? Je vous promet d’en acheter pour 100 euros, les futurs lecteurs sont déja bien ciblés. Et vous, vous réinvestissez dans le projet. Vous méritez plus que tout autre d’en être.

    Merci, grands Mercis, pour tout vos combats, vos justes combats.

    « On se croisera peut-être là-bas. » Nan! 🙂

    Je ne sors plus d’un périmètre décidé de façon mure et assumé!

    Bien a vous toutes, tous,

    ——-

    N’en voulez pas aux trolls.
    Faut savoir leur pardonner.
    Ils tentent de combler un vide affectif.
    C’est triste, très ….

  20. 🙂

    J’ramène ma fraise,

    Désolée de vous mettre a côté de vos pompes.

    « pour 100 balles, vous n’avez plus rien »

    Ca, c’est vous qui le dites, parce que vous n’avez pas les mirettes en face des trous et que vos louches ne savent peut être pas y faire!

    Ceux qui crèchent en cambrousse, chaussés de leurs grosses lattes ont le blair pour trouver des combines qui évitent l’ouverture du morlingue.

    Pour l’instant, les grosses légumes ont encore des biscuits, se font du beurre, se partage la galette, en nous bourrant le mou, en nous roulant dans la farine, mais vu le raz le bol ambiant avec le pressage de citron, la bascule a charlot n’est pas loin d’être ressortie.

    Il nous faut cesser de nager dans le potage, de patauger dans le yaourt! Que les gros cakes gardent leurs patates chaudes, le grisbi n’est pas un but. Passons nous d’eux, ne vivons que de carottes, ils boiront la tasse, ils mangeront leurs chapeau, sans que les omelettes aient cassées pleins d’oeufs.

    —–

    Sérieux,

    MR Ai,

    Je vous propose un stage: Tout ce qu’il est possible de faire sans argent.

    Prix du stage: 100 euros. 🙂

    Non, je rigole! La ou est l’argent, je m’efface.

    Bien a vous,

  21. à LBL:
    Vous me faite rire avec vos propos « plein de maux ».
    faites la révolution si vous en avez l’envie et la force, peut-être avec Mélenchon par exemple. « mélenchons-nous » l’union fait la force. (redondance) Moi, ce sera
    avec d’autres à moins que d’ici là, je sois trop vieux. (retraite dans 3 ans)

  22. Bonjour,

    Ah, bien tant mieux si cela vous fais rire!

    La vraie révolution commence par les actes de tout les jours. Nul besoin de nounou, gourou, et toutes leurs mensongères carottes.

    Ai, vieux c’est dans la tête!

    🙂

  23. à LBl:
    à lire ce que j’ai écrit sur le protectionnisme et communisme dans la page suivante. (hydrolienne – éolienne)

  24. Moi aussi j’achète une parcelle et j’espère aussi pouvoir relayer et m’investir dans le projet.
    Et quand même, François Morel, Fabrice !!! Pas celui de France Inter bien sûr, celui de Quelle est belle compagnie (article dans Politis, long time ago) et de cet appeaux du courlis (qui est peut être être resté dans tes tiroirs…).
    Les miens ceux de La Hulotte et de la mésange fonctionnent toujours à merveille. Et j’ai le souvenir ému de dialogue avec la chouette de mon jardin et plus souvent encore de fous rires avec des copines lorsque les appeaux faisaient aussi de drôles de sons ! Amitiés auvergnates

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