Ne rions pas (trop) du nucléaire belge

Cet article a été publié par Charlie-Hebdo le 13 janvier 2016

Savez-vous qui possède les 7 centrales nucléaires belges ? EDF en a la moitié d’une et tout le reste appartient à Engie – ex GDF Suez -, champion autoproclamé de l’écologie. Ce ne serait encore rien si les centrales belges n’étaient pas de vieilles merdes rafistolées.

Aucun doute, cette histoire belge est superbe. Certes, notre grandiose pays reste le champion du monde du nucléaire, mais la Belgique, qui produit 55 % de son électricité grâce à l’atome, est bel et bien sur le podium. Résumons la situation outre-Quiévrain, comme disent les guides touristiques et les écrivains débutants. Il existe dans le Plat Pays sept réacteurs nucléaires – 58 chez nous -, répartis entre Wallonie et Flandre. Doel, au Nord, à la frontière néerlandaise, en compte quatre. Tihange, à l’Est, du côté du Luxembourg et de l’Allemagne, trois.

Dire qu’ils merdent demeure une immense litote. Doel 1 est remis en service le 30 décembre dernier, après un arrêt en février, pour cause de vieillerie de ce pépère de 40 années. Un vote opportun du Parlement a en effet autorisé une prolongation de vie de dix ans. Décision politique, non technique. Le 2 janvier, trois jours plus tard, une panne l’arrête à nouveau. Le 4 janvier, il est relancé. Courage et confiance.

En 2012, Doel 3 est inspecté, pour le malheur des ingénieurs. On découvre un millier de défauts sur la cuve, et la note finale évoque 8 000 fissures, dont les plus grosses atteignent 18 centimètres. Arrêté en mars 2014, il repart comme un seul becquerel le 21 décembre 2015, après deux années de fermeture. Mais le 25, quatre jours plus tard, fuite d’eau et nouvel arrêt.

Doel 4 est stoppé plusieurs mois en 2014 à la suite d’un sabotage. Tihange 1redémarre le 16 septembre 2014 après un entretien. Deux jours plus tard, le 18, on stoppe les machines à cause d’une pompe d’alimentation en eau. Le 18 décembre, trois mois plus tard, incendie et panne. Tihange 2, comme Doel 3, est farci de fissures, qui entraînent la fermeture de mars 2014 à décembre 2015. Etc, car on ne sait jamais tout des faiblesses du nucléaire.

Mais cessons de rire des couillons de là-bas, car ces cochoncetés sont à la vérité françaises. EDF, notre si grande crapule, possède 50 % de Tihange 1, et tout le reste appartient à Electrabel, propriété à 100 % d’Engie, l’ancien GDF Suez. Notre défunt grand gazier national pilote donc la production électrique belge ! Côté France, les trémolos. Gérard Mestrallet, P-DG d’Engie : « Par la nature et la diversité de ses activités, [Engie] est un acteur essentiel de la transition énergétique et écologique qui doit concilier les objectifs de compétitivité, de sécurité d’approvisionnement et de préservation de l’environnement ». Et côté Belgique la pourriture accélérée des réacteurs nucléaires siglés Electrabel.

Ne pas prendre Mestrallet pour un idiot complet. Lui et ses camarades de bureau ont tout de même compris que le nucléaire belge est un boulet. Financier bien sûr, car les pannes répétées ont déjà coûté des centaines de millions d’euros à ce pauvre Engie. Mais également pour l’image de marque internationale du groupe, qui ne peut espérer incarner le « développement durable » avec une batterie de vieilles casseroles nucléaires au cul. D’où cette rumeur qui ne cesse de refaire surface : Engie aimerait bien se désengager du nucléaire belge. La solution n’a pas encore été trouvée.

La réaction des voisins du Nord et de l’Est pourrait bien accélérer le processus. Car si la France – et sa presse cadenassée par les budgets publicitaires d’EDF et Areva – s’en fout, tel n’est pas le cas des autres. Le 18 janvier, la secrétaire d’État du Luxembourg Camille Gira vient à Bruxelles rencontrer le ministre de l’Intérieur local. Le nom de ce dernier n’a rien de drôle, car il s’appelle pour de vrai Jan Jambon. Le 20 janvier, la ministre néerlandaise de l’Environnement, Mélanie Schulz, se rend à Doel en compagnie du même Jambon. Pour gueuler. Diplomatiquement.

Quant à l’Allemagne, aiguillonnée par une pétition de 200 000 signataires – Pays-Bas, Luxembourg, Belgique, Allemagne -, elle va plus loin encore. Barbara Hendricks, ministre de l’Environnement fédérale, vient de lâcher sur la chaîne de télévision publique ARD : « Nous redoutons que la sécurité nucléaire exigée ne soit pas entièrement assurée ». Ce qui veut dire en français vivant que ça craint. Follement.

12 réflexions au sujet de « Ne rions pas (trop) du nucléaire belge »

  1. Fabrice je retrouve vos articles avec plaisir, ça faisait bien longtemps que vous n’aviez rien écrit ici!
    Juste un mot pour vous demander si vous pouvez parler un peu du site de Bure qui vient de se transformer (avec CIGEO) en futur site d’enfouissement définitif de déchets nucléaires hautement irradiés après avoir été longtemps faussement présenté comme « laboratoire de recherches ». Ceci après avoir copieusement arrosé des municipalités et de nombreuses associations, et en promettant maintenant des emplois dans la décontamination des vêtements et outils irradiés….
    Merci

    Meilleurs moral et santé

  2. EDF: l’empire français du nucléaire en déroute

    HIER : AREVA Plombé PAR L’EPR

    AUJOURD’HUI: EDF Plombé PAR AREVA

    DEMAIN : LA FRANCE Plombée PAR EDF

    Risques d’accidents, distribution de pastilles d’iodes,

    Affolement de l’autorité de sureté du nucléaire,

    Sorti du CAC 40, EDF vaut plus rien

    Fiasco attendu sur L’EPR de Flamanville (la cuve est foutue)

    Endettement monstrueux, licenciements,

    fiasco du Lynky pour bientôt (1 millions jetés à la poubelle, CPL trop fort),

    montant, 800 millions par an pour CIGEO la poubelle du nucléaire,

    55 milliards de travaux pour prolonger les centrales en priant que cela tienne

    EPR anglais plus cher que les renouvelables
    EDF envisage de vendre ses bijoux de familles: le réseau électriques.

    La France se ruine et rate le virage des renouvelables….

    Nous rappelons à lire notre livret, il y a un état d’urgence dans le nucléaire:

    http://journalidp.blogspot.fr/2016/01/edf-lempire-francais-du-nucleaire-en.html

  3. Salut à tous,

    Et puisqu’on aime bien la sécurité à tous les étages, je me demande si nos formidables dirigeants se sont un jour posé la question : « Combien y-a-t-il de kilomètres entre Doel et Molenbeek ? »

    1. Une quinzaine de vols de drones ont été signalés au-dessus ou aux abords de centrales nucléaires françaises, mettant les autorités dans l’embarras.

      Des drones ont survolé, en début de semaine, le site militaire de l’Ile-Longue, dans le Finistère. Cette base opérationnelle de la marine nationale abrite notamment les quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, éléments de la force de dissuasion nucléaire française.

      17 SITES NUCLÉAIRES SURVOLÉS

      Depuis début octobre, 17 sites nucléaires ont été survolés par des drones, certains à plusieurs reprises. Le 19 et le 30 octobre, des « visites » simultanées de centrales pourtant géographiquement éloignées ont même été observées, mettant les autorités dans l’embarras.

      Sur 19 centrales nucléaires en France, 15 ont fait l’objet de l’incursion d’un ou plusieurs drones. En tout, pas loin de 30 survols peuvent être comptabilisés :
      La centrale de Creys-Malville, en Isère, a été la première survolée, le 5 octobre. Ce site en cours de démantèlement a été à nouveau « visité » par un appareil sans pilote un mois plus tard, le 3 novembre.
      Cattenom (Moselle) les 11 octobre et 10 novembre.
      Le Blayais (Gironde) le 13 octobre.
      Chooz (Ardennes) le 19 octobre.
      Gravelines (Nord) 19 octobre.
      Le site du Bugey (Ain) a été survolé quatre fois entre le 19 octobre et le 6 novembre.

      La centrale de Nogent-sur-Seine (Aube) a été la première à être survolée en 2015 : deux drones ont été aperçus au-dessus de ce site qui avait déjà été visité le 19 octobre.

      Flamanville (Manche) le 31 octobre.
      Penly (Seine-Maritime) les 31 octobre et 13 novembre.
      Golfech (Tarn-et-Garonne) les 31 octobre et 12 novembre.
      Saint-Laurent-des-Eaux (Loir-et-Cher) le 31 octobre.
      Dampierre-en- Burly (Loiret) les 31 octobre et 2 novembre.
      Fessenheim (Haut-Rhin) le 31 octobre.
      Saint-Alban (Isère) le 5 novembre.
      Marcoule (Gard) les 6 et 18 novembre.

      Après chaque intrusion de drone sur ces sites sensibles, EDF comme les autorités se sont voulus rassurants et ont certifié que les survols n’ont eu « aucune conséquence sur la sûreté et le fonctionnement des installations ».

  4. Cet accident mortel sur le site de Bure la semaine dernière n’a pas eu beaucoup d’écho :
    http://www.lemonde.fr/societe/article/2016/01/26/bure-un-mort-dans-un-eboulement-sur-le-site-d-enfouissement-de-dechets-nucleaires_4853984_3224.html

    On n’a, à ma connaissance, toujours peu d’infos sur les causes exactes. Ce qu’on sait en revanche, c’est que la terre bouge… Bon, on le savait déjà avant. On sait aussi qu’elle rebougera.

    Les déchets qui seront (peut-être) enfouis ici sont censés restés tranquillement dans le sol pendant 100 000 ans sans faire parler d’eux. Qui peut croire à une telle mascarade ?

  5. ça voudrait dire que la Belgique pourrait nous prendre de vitesse, nous en France, et être la première à avoir un accident majeur ? On a la fierté du nucléaire mais on ne pourrait même pas avoir le plus bel accident… Tsssss.
    Et tout cela devrait faire quelques migrants Belges.
    Effet de bord : catastrophe atomique aux paradis fiscaux; Luxembourg, Belgique et Pays-Bas ne peuvent plus jouer avec le feu financier (feu qui par ailleurs a sans doute aidé Engie à acheter ce feu nucléaire).

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *