Rêveries d’un dimanche de printemps (par Frédéric Wolff)

Un dimanche d’avril, allongé dans l’herbe, à regarder passer les nuages. Pas d’autre compagnie que celle des arbres et du ciel. Les semailles ? Elles attendront plus tard. Tout comme les nouvelles du monde. Il y a mieux à faire aujourd’hui. Hier, demain, le jour, la nuit, tout se mélange. J’embarque dans les errances. Le vent est le chemin.

Il y aurait un grand chaos, une tempête comme jamais. La foule envahirait les rues, les parlements.

Partout sur le territoire, les raffineries seraient bloquées. Respirer ! Le mot serait sur toutes les lèvres, sur les banderoles, sur les pages des journaux. Les voitures, les camions, les avions, adieu. Place à la lenteur, aux transports partagés. Au nom des vies empoisonnées ici, ailleurs. Au nom des morts de faim par les agro-carburants. Au nom des irradiés par les voitures « propres ».

On lancerait la grève générale des achats superflus et toxiques. Des files d’attente ininterrompues se formeraient aux entrées des supermarchés. On rapporterait ce qui prend la place du silence, de l’eau pure à la source, de l’air que l’on peut respirer sans être malade, de l’attention au monde, aux autres et à soi-même.

Les casseurs de bocages, de zones humides et d’équilibres de la vie sur terre seraient déférés aux tribunaux. Mise en danger de la vie d’autrui, empoisonnement, homicide, biocide… Les mêmes, hier, qui dictaient la marche du monde et des affaires devraient enfin répondre de leurs actes.

L’état d’urgence écologique serait décrété, les champs nécro-industriels réquisitionnés avant qu’ils ne deviennent des déserts. A la place, on planterait des arbres. Entre les arbres, il y aurait des jardins et des immensités rendues à la vie sauvage.

Par centaines, par milliers, on démissionnerait des emplois inutiles et nuisibles. On retrouverait le temps de penser, de faire par soi-même.

Quelque chose dans l’air se mettrait à vibrer. Chacun, chacune lèverait les yeux. Une évidence gagnerait les uns et les autres, agrandis par une présence au monde pleine et entière. Nous en aurions fini de n’être que des ombres errantes suspendues à nos boitiers tactiles dont nous sommes les fantômes comateux, puisant notre semblant de vie dans les fréquences de nos interfaces morbides.

Le réel serait-il devenu si lent, si ennuyeux qu’il n’y aurait d’autre issue que de le congédier, et nous avec, à plus ou moins brève échéance ? De quoi nous privent les commodités de la vie moderne ? Qu’avons-nous gagné à aller plus vite d’un endroit à un autre, des questions aux réponses, de l’absence à la présence ? Qu’avons-nous perdu ? De quoi sommes-nous diminués à force d’être augmentés de mémoire ambulante, de force de calcul sans pareil ? De quoi sommes-nous plus pauvres ? De qui ? Qui rendons-nous plus pauvres pour assouvir nos caprices et nos droits d’égo-citoyens sans limites ? A quelles précarités participe l’usage de nos futilités fabriquées par des esclaves sous-payés, maltraités, empoisonnés ?

Ces questions et bien d’autres seraient dans les pensées, dans les conversations. Elles imprègneraient les actes de tous les jours. Tout ne serait pas perdu. Il suffirait de le décider. Tout pourrait être différent.

Retour parmi les herbes et les belles heures du printemps. Le ciel est plein d’oiseaux. J’ai bien envie de prolonger ce temps de la rêverie. Il reste des territoires à habiter.

5 réflexions au sujet de « Rêveries d’un dimanche de printemps (par Frédéric Wolff) »

  1. La vitesse, la course, la course « contre » la mort (considérée comme une maladie à vaincre pour certains) où tout le monde souhaite voir la fin du film, le gain de puissance, et il faut le faire avec une efficacité accrue et tout en accélérant ! Vers l’infini et au-delà. C’est urgentissime sinon quoi, on tombe, on n’est plus dans le coup, on est obsolète, dépassé, un rebus du système. On le sera de toute façon tôt ou tard par des automates, par des algorythmes, ou peut-être avant par des nécrotechnologies. C’est inscrit dans cette volonté inflexible de puissance et de maîtrise absolue de la matière. C’est le souhait de celui qui attend toujours le maximum des autres, alors pourquoi être déçu quand on peut créer ou acquérir à moindre coût ce qui peut entrainer des performance toujours plus grandes dans son environnement proche. Agir local, impact global.
    Oui.
    Il est surtout urgent de ne rien foutre (ou si peu), de refuser d’être personellement efficace ou performant, d’avoir le sentiment d’être seul/diminué que mal accompagné par tout ce fatras sans âme, d’arrêter de pomper en ayant crainte qu’il se passe quelque chose de pire, de ne plus rechercher un gain de puissance illusoire ou une parcelle supplémentaire de maîtrise de son pré-carré (réduit de jour en jour à peau de chagrin) à l’aide de prothèses électroniques ou encore de mantras en tout genre (sociaux, politiques, économiques, techniques) pour vivre dans et changer LE monde qui est de plus en plus extérieur, étranger; il faut désacraliser nos totems et/ou foutre tout ça en l’air avant que ce soit ça qui nous désacralise et nous foute en l’air.

  2. Dimanches de printemps. Jours fatidiques. Rêverie cassée. Difficile d’échapper aux psychopathes de la tondeuse, et autres taille-haies, tronçonneuses, roto-fil, le tout fonctionnant au mazout comme de bien entendu. Déambulant en allers-retours permanents, l’air hébétés et hagards, bras tendus devant-eux à l’horizontale, zombies technos périodiquement revenus à chaque pleine lune week-end. Et vous vous tapotez les oreilles, vous essayez d’introduire un tire-bouchon dans votre conduit auditif, pour vous débarrasser de cet insistant acouphène artificiel, en vain. Adieu les chants des merles, des serins cini, des mésanges, les cri-cri des orthoptères. Repli stratégique dans la maison. Dans le sous-sol, le bruit rentre par la cheminée de la chaudière. Saperlipopette, où ai-je rangé la dynamite pour faire sauter cette satanée cheminée ? Refuge un niveau plus haut, fenêtres à double vitrage verrouillées, ouf…..
    Accalmie. Chouette ! Cette année une sixième espèce d’orchidée sauvage dans le jardin ! Préservée des armes de destructions massives. A identifier. Et puis le nichoir installé l’automne dernier émet des gazouillis ténus, très aigus, à peine perceptibles. Miracle de la Nature. Une mésange charbonnière fait des allers-retours. 3 semaines après, ça piaille un maximum là-dedans. Et puis le lendemain, pfuiiit ! Plus personne. La petite famille est partie…

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