Je me répète : tous sur le pont contre l’aéroport

Amis, lecteurs, simples curieux, je vous rappelle que samedi 8 octobre, des dizaines de milliers de braves se retrouvent à Notre-Dame-des-Landes, pour un énième rassemblement contre le projet d’aéroport. Je gage que celui-ci aura une importance considérable.

Moi, je suis heureux d’avoir évoqué cette abominable affaire il y a bientôt…neuf ans. Ici même. Oui, alors que je commençais Planète sans visa, et que personne en France ne s’intéressait encore au sujet, j’ai publié un article dont je dois dire que je n’ai rien à retrancher. Je crois que j’avais vu clair. Voici la reproduction exacte.


Nantes, cinq minutes d’arrêt (ou plus)

Publié le 26 décembre 2007

Voler ne mène nulle part. Et je ne veux pas parler ici de l’art du voleur, qui conduit parfois – voyez le cas Darien, et son inoubliable roman – au chef-d’œuvre. Non, je pense plutôt aux avions et au bien nommé trafic aérien. Selon les chiffres réfrigérants de la Direction générale de l’aviation civile (DGAC), ce dernier devrait doubler, au plan mondial, dans les vingt ans à venir. Encore faut-il préciser, à l’aide d’un texte quasi officiel, et en français, du gouvernement américain (http://usinfo.state.gov).

Les mouvements d’avion ont quadruplé dans le monde entre 1960 et 1970. Ils ont triplé entre 1970 et 1980, doublé entre 1980 et 1990, doublé entre 1990 et 2 000. Si l’on prend en compte le nombre de passagers transportés chaque année, le trafic aérien mondial devrait encore doubler entre 2000 et 2010 et probablement doubler une nouvelle fois entre 2010 et 2020. N’est-ce pas directement fou ?

Les deux estimations, la française et l’américaine, semblent divergentes, mais pour une raison simple : les chifres changent selon qu’on considère le trafic brut – le nombre d’avions – ou le trafic réel, basé sur le nombre de passagers. Or, comme vous le savez sans doute, la taille des avions augmente sans cesse. Notre joyau à nous, l’A380, pourra emporter, selon les configurations, entre 555 et 853 voyageurs. Sa seule (dé)raison d’être, c’est l’augmentation sans fin des rotations d’avions.

Ces derniers n’emportent plus seulement les vieillards cacochymes de New York vers la Floride. Ou nos splendides seniors à nous vers les Antilles, la Thaïlande et la Tunisie. Non pas. Le progrès est pour tout le monde. Les nouveaux riches chinois débarquent désormais à Orly et Roissy, comme tous autres clampins, en compagnie des ingénieurs high tech de Delhi et Bombay. La mondialisation heureuse, chère au coeur d’Alain Minc, donc au quotidien de référence Le Monde lui-même – Minc préside toujours son conseil de surveillance -, cette mondialisation triomphe.

Où sont les limites ? Mais vous divaguez ! Mais vous êtes un anarchiste, pis, un nihiliste ! Vade retro, Satanas ! Bon, tout ça pour vous parler du projet de nouvel aéroport appelé Notre-Dame-des-Landes, près de Nantes. Je ne vous embêterai pas avec des détails techniques ou des chiffres. Sachez que pour les édiles, de droite comme de gauche, sachez que pour la glorieuse Chambre de commerce et d’industrie (CCI) locale, c’est une question de vie ou de mort. Ou Nantes fait le choix de ce maxi-aéroport, ou elle sombre dans le déclin, à jamais probablement.

Aïe ! Quel drame ! Selon la CCI justement, l’aéroport de Nantes pourrait devoir accueillir 9 millions de personnes par an à l’horizon 2050. Contre probablement 2,7 millions en 2007. Dans ces conditions, il n’y a pas à hésiter, il faut foncer, et détruire. Des terres agricoles, du bien-être humain, du climat, des combustibles fossiles, que sais-je au juste ? Il faut détruire.

La chose infiniment plaisante, et qui résume notre monde davantage qu’aucun autre événement, c’est que l’union sacrée est déjà une réalité. l’Union sacrée, pour ceux qui ne connaissent pas, c’est le son du canon et de La Marseillaise unis à jamais. C’est la gauche appelant en septembre 1914 à bouter le Boche hors de France après avoir clamé l’unité des prolétaires d’Europe. L’Union sacrée, c’est le dégoût universel.

L’avion a reconstitué cette ligue jamais tout à fait dissoute. Dans un article du journal Le Monde précité (http://www.lemonde.fr), on apprend dans un éclat de rire morose que le maire socialiste de Nantes, le grand, l’inaltérable Jean-Marc Ayrault, flippe. Il flippe, ou plutôt flippait, car il craignait que le Grenelle de l’Environnement – ohé, valeureux de Greenpeace, du WWF, de la Fondation Hulot, de FNE – n’empêche la construction d’un nouvel aéroport à Nantes. Il est vrai que l’esprit du Grenelle, sinon tout à fait sa lettre, condamne désormais ce genre de calembredaine.

Il est vrai. Mais il est surtout faux. Notre immense ami Ayrault se sera inquiété pour rien. Un, croisant le Premier ministre François Fillon, le maire de Nantes s’est entendu répondre : « Il n’est pas question de revenir en arrière. Ce projet, on y tient, on le fera ». Deux, Dominique Bussereau, secrétaire d’État aux Transports, a confirmé tout l’intérêt que la France officielle portait au projet, assurant au passage qu’il serait réalisé.

Et nous en sommes là, précisément là. À un point de passage, qui est aussi un point de rupture. Derrière les guirlandes de Noël, le noyau dur du développement sans rivages. Certes, c’est plus ennuyeux pour les écologistes à cocardes et médailles, maintenant majoritaires, que les coupes de champagne en compagnie de madame Kosciusko-Morizet et monsieur Borloo. Je n’en disconviens pas, c’est moins plaisant.

Mais. Mais. Toutes les décisions qui sont prises aujourd’hui, en matière d’aviation, contraignent notre avenir commun pour des décennies. Et la moindre de nos lâchetés d’aujourd’hui se paiera au prix le plus fort demain, après-demain, et jusqu’à la Saint-Glin-Glin. Cette affaire ouvre la plaie, purulente à n’en pas douter, des relations entre notre mouvement et l’État. Pour être sur la photo aujourd’hui, certains renoncent d’ores et déjà à changer le cadre dans vingt ou trente ans. Ce n’est pas une anecdote, c’est un total renoncement. Je dois dire que la question de l’avion – j’y reviendrai par force – pose de façon tragique le problème de la liberté individuelle sur une planète minuscule;

Ne croyez pas, par pitié ne croyez pas, ceux qui prétendent qu’il n’y a pas d’urgence. Ceux-là – tous – seront les premiers à réclamer des mesures infâmes contre les autres, quand il sera clair que nous sommes tout au bout de l’impasse. Qui ne les connaît ? Ils sont de tout temps, de tout régime, ils sont immortels. Quand la question de la mobilité des personnes sera devenue une question politique essentielle, vous verrez qu’ils auront tous disparu. Moi, je plaide pour l’ouverture du débat. Car il est (peut-être) encore temps d’agir. Ensemble, à visage découvert, dans la lumière de la liberté et de la démocratie. Peut-être.

Publié dans Développement

 

14 réflexions au sujet de « Je me répète : tous sur le pont contre l’aéroport »

  1. Bonjour Fabrice
    signé évidemment , c ‘est le minimum à faire.
    Très bon article il y a presque 9 ans!
    Bonne journée

  2. Voila un article qui non seulement n’a rien perdu en 9 ans, mais qui a meme gagne, en tout cas pour moi: Il resonne davantage avec ma vie, avec ce que je percois autour de moi. La conclusion sur la mobilite, en particulier, est moins mysterieuse qu’elle ne m’apparaissait a l’epoque. Qui ne voit que la mobilite extreme, celle de ceux qu’on appelait il y a 30 ans la « jet set », la « jet society », n’a d’interet que par contraste, qu’a la condition que la foule des misereux n’aille que la exactement ou on lui dit d’aller. Pour eux, un voyage c’est encore comme il y a 300 ans: On sait ce qu’on quitte, on ne sait pas ce qu’on va trouver, ni meme si on va y arriver, ne parlons pas de revenir…

    Pour l’anecdote, a l’epoque je ne prenais presque jamais l’avion, maintenant mes clients me l’offrent systematiquement, et je refuse, preferant le train, sans pour autant leur faire payer le temps que je passe en train. Mes amis me disent « tu es fou, ca te diminue », mais je parie que mes meilleurs clients, ceux qui comprennent ce que j’essaye de faire, respectent ce minimum de coherence. Et je gagne mon pari.

  3. Très important ce week-end en effet, à surveiller de près pour ceux qui ne peuvent y être.
    Et puis.. ça aussi, coup de poignard dans le dos supplémentaire, trahison de la plus haute gravité car les coupables se couvrent juridiquement !
    S’ils s’amusent comme cela, nous serons obligés de sortir du cadre juridique pour leur faire payer leurs responsabilités le jour de l’accident majeur que nous connaîtrons hélas, j’en suis persuadé car c’est mathématique…
    A diffuser PARTOUT :
    http://www.criirad.org/euratom/16-09-27_cp_consult-transposition.pdf

  4. Ce qui est en jeu est beaucoup plus qu’un aéroport. C’est une vision du monde.
    En 2013, Manuel Valls l’exprimait en ces termes : « Nous avons besoin de projets, de croissance. Un monde sans aéroport, sans exploitation, sans énergie nucléaire… Ce n’est pas notre conception. »
    Que des espèces protégées en fassent les frais importe peu, aux yeux des bétonneurs et de leurs valets. Grâce à la compensation « écologique », le droit est du côté des fossoyeurs. L’argument légaliste ne résistera pas longtemps. Un jour ou l’autre, il sera balayé par la machine administrative et judiciaire.
    Que le climat en pâtisse illustre bien le « simulacre » où nous sommes, pour reprendre l’expression de Fabrice. Des climatologues peuvent lancer une nouvelle alerte – « Le réchauffement climatique va beaucoup plus vite que prévu » –, ils peuvent multiplier les mises en garde – « Sans efforts supplémentaires par tous les principaux émetteurs de gaz à effet de serre, l’objectif de limiter la hausse de température à 2 degrés Celsius pourrait même être atteint plus tôt que prévu » –, les saccageurs du bocage n’entendent rien.
    Ce qu’on peut lire ici et là est édifiant :
    http://www.bastamag.net/Les-compagnies-aeriennes-refusent-de-freiner-le-rechauffement-climatique
    « Le secteur de l’aviation est en pleine croissance : plus de 2500 projets de nouveaux aéroports, agrandissements ou aménagements d’aéroports existants sont sur les rails ! Des investissements faramineux évalués à 441 milliards de dollars, selon une étude parue en juillet 2015. Si c’est en Asie que le nombre de nouveaux aéroports prévus est le plus conséquent (près de 180), l’Europe n’est pas en reste avec près de 50 nouveaux aéroports – dont celui de Notre-Dame des Landes – et environ 75 milliards de dollars qui doivent être investis dans 800 projets au total. L’objectif ? Pouvoir accueillir le doublement de la flotte envisagée d’ici à 20 ans : les constructeurs espèrent ainsi livrer 37 000 appareils neufs pour un montant de 5 200 milliards de dollars. »
    A l’heure du collapsus écologique, de telles perspectives donnent le vertige, d’autant plus que l’aviation a été exemptée de tout engagement climatique lors de la COP21. Mais surtout pas d’inquiétude. La bonne nouvelle est tombée il y a juste quelques jours : Les Etats membres de l’Organisation de l’aviation civile internationale viennent d’adopter un accord sur la limitation des émissions carbone grâce au développement d’agrocarburants, à des moteurs moins gourmands, à l’optimisation du tracé des vols. La première phase sur une base volontaire va démarrer en 2021. A partir de 2027, ce mécanisme sera obligatoire.
    L’abjection est totale : L’auto-limitation en guise de farce, le report des mesures impérieuses aux calendes grecques, toujours plus de trafic grâce à l’optimisation des moyens (le fameux effet-rebond)… Et toujours moins de terres pour nourrir les humains. Le crime climatique ne suffisait pas.
    J’entends d’ici leurs arguments : la compensation carbone. Ainsi, on finance un projet vert (des plantations d’arbres, des centrales photovoltaïques, hydro-électriques…) pour neutraliser le CO2 émis par nos activités climaticides. Non seulement on n’a aucune certitude sur l’efficacité de ces projets – renvoyées à un futur incertain – mais en plus, on se contente de viser un niveau constant d’émissions alors que l’urgence commanderait une réduction. Quant à la pollution générée par les avions, elle ne sera en rien diminuée par cette pseudo-compensation. Elle augmentera et l’on pourra continuer à polluer en bonne conscience. Alors changer nos modes de vie, laissez-moi rire.
    Ce qui compte, dans leur monde, c’est la croissance des flux. Toujours plus vite, toujours plus loin. Un aéroport à Notre-Dame-des-Landes, un plan de relance autoroutier, une libéralisation du transport par autocar… Il faut croitre, exploiter, nucléariser, bétonner, dévaster les derniers trésors que la nature nous offre.
    Et bouger, quel qu’en soit le prix et, pire encore, le sens. Etre de son temps, c’est-à-dire de nulle part, sans racines, sans futur, acclamer la société planétaire, endurer des souffrances au travail pour faire un jour partie des cohortes de retraités blasés que des cars vomissent sur les sites touristiques où se prendre en selfie… Se réjouir d’appartenir aux privilégiés qui consument le monde quand d’autres n’ont plus un sou en poche et qu’on est seulement le 15 du mois. Rouler, voler à tous les sens, et à l’occasion, faire voler les autres pour acheter à bas prix ce que la « mondialisation heureuse » nous offre. Le luxe des uns et la misère des autres, l’agitation perpétuelle pour fuir des vies qui n’en sont plus, pour s’échapper d’un monde de moins en moins habité, de moins en moins habitable…
    D’un côté, « l’Union sacrée » pour l’industrialisation et la marchandisation. De l’autre, des appels à défendre les derniers espaces de vie et de beauté, l’expérimentation d’une société des limites et du partage, au pas des saisons.
    Quelle sera l’issue de cette confrontation ? A court terme, elle est incertaine. Entre la violence – de moins en moins – légale d’un Etat policier et la défense – légitime – d’une planète viable et vivable, nous verrons qui l’emportera. A long terme, qu’en sera-t-il ? Il me vient l’image d’un tableau de Brueghel : la chute d’Icare, pris dans sa démesure d’aller trop près du soleil. Sur cette peinture, on aperçoit deux jambes qui s’agitent dans la mer, celles du héros grec en train de se noyer. Un paysan travaille sa terre, au premier plan ; un peu plus loin un berger scrute le ciel, un pêcheur regarde le bout de sa ligne. Chacun continue de vaquer à ses occupations. Dans sa chute, Icare n’entraîne que lui-même. Il en va tout autrement des Icare de la toute-puissance industrielle et technologique. Et c’est bien là le problème.

    1. Bonjour , je suis totalement en accord avec vous . Je me pose régulièrement la question : comment se fait il que les gens ne soient pas tous prêts à protéger l’environnement et le climat ? Même ceux qui ont des intérêts financiers à continuer le système destructeur , vont subir comme les autres les catastrophes qui s’annoncent . Je suppose que la plupart des gens n’ont pas compris que c’est la survie de l’humanité qui est en jeu à court terme , pour eux c’est impensable . Quand je dis que le problème environnemental est le plus important , on me regarde comme une folle sauf chez ceux qui ont déjà compris . Que faire pour que cette prise de conscience se fasse ? Et qu’elle se fasse chez les politiques ? On voit pourtant déjà les catastrophes dans le monde et chez nous , la température augmente plus vite que prévu . Les climatologues ne sont peut être pas assez percutants dans leurs interventions …PS. J’apprécie beaucoup vos interventions

      1. Nathalie,
        Je reviens sur vos questions : « Comment se fait-il que les gens ne soient pas tous prêts à protéger l’environnement et le climat ? Que faire pour que cette prise de conscience se fasse ? Et qu’elle se fasse chez les politiques ? »
        Je ne détiens pas la réponse. Je vais essayer d’avancer quelques hypothèses :
        – Le déni de la réalité, bien connu. Je ne m’y étendrai pas.
        – La dissonance cognitive et les mécanismes que l’on met en place pour la réduire. On voudrait bien ne pas nuire, mais nos actes ne suivent pas ces belles intentions. Il s’ensuit une contradiction, source d’inconfort moral. Trois solutions pour en sortir : changer son comportement, modifier ses valeurs ou compenser (manger bio pour s’excuser de prendre l’avion…). La première piste est d’une grande exigence. Quand on commence à regarder vraiment la totalité de nos comportements, c’est un vertige. Nos achats, notre travail, la banque où l’on choisit de déposer son argent, nos modes de déplacement, notre alimentation, notre santé, notre chauffage… A peu près tout y passe. Pour peu que l’on mette le doigt dans l’engrenage, c’est toute la main, c’est tout le bras qui vient. Le plus simple est encore de détourner son attention. Se dire que de toute façon, c’est foutu, alors autant en profiter, et qu’est-ce que ça changera d’ailleurs si l’on devenait vertueux ? La vie est déjà si difficile, on est si fatigué, de plus en plus malade, alors en remettre une couche avec le désastre, non merci, la coupe est pleine. Rideau.
        Si bien que l’on pourrait retourner votre question ainsi : Comment se fait-il que des individus se fatiguent à protéger l’environnement et le climat ?
        Vous me direz que l’on peut aussi vivre avec ce hiatus et tenter d’aller vers davantage de cohérence. Ça n’a rien de confortable. La lucidité sur le monde – et sur soi, à l’occasion – n’incline pas spécialement à l’euphorie permanente. C’est une entrave, à court terme, à la quête à tout prix du bonheur, de la sérénité. Loin de moi l’idée de vivre dans une conscience perpétuelle de la catastrophe. Nous avons besoin de moments d’oubli. Le déni, de temps en temps, peut être nécessaire.
        – La distraction. J’entends par là les loisirs, le travail, la consommation… Bref, l’esquive, l’évitement. Ne plus penser à ce qui nous plonge dans le désarroi. Ne plus penser du tout. Ne plus avoir de temps pour réfléchir, pour lire des auteurs importants ; être pris dans la course folle de la vie matérielle, du travail, des enfants, des écrans, des invitations ; déléguer à des experts, à des machines de plus en plus de domaines de nos existences ; se laisser déposséder de son autonomie de vivre, de se nourrir, de se soigner, de mourir, de penser. Tout, dans nos sociétés, nous éloigne d’une vraie parole, tout concourt à la remplacer par une écume de conscience, une langue frelatée. « Environnement », « climat », « biodiversité » sont devenus des abstractions qui nous éloignent du réel. Parler d’environnement, c’est déjà cloisonner, imaginer qu’il y aurait un centre – où nous serions – et une périphérie avec la nature – qui nous serait étrangère. Le réchauffement climatique, qu’est-ce que c’est concrètement ? Les cataclysmes possibles sont tels que l’on est bien en peine de les concevoir. C’est pour plus tard. C’est ailleurs. On trouvera bien une solution. La technologie nous sauvera…
        « Que faire pour que cette prise de conscience se fasse ? » Personnellement, j’ai renoncé à croire que le grand nombre franchisse le pas. Alors les politiques, hantés par leur carrière, prisonnier du court terme, des lobbies, de la douce musique qu’a envie d’entendre la majorité (des emplois sans considération de leurs nuisances, de l’innovation, de la sécurité, de la croissance, du pouvoir d’achat, de la vitesse…). Vous imaginez ça, vous, qu’un candidat à l’élection déclare : nous devons partager avec les plus pauvres des pauvres, notre niveau de vie doit être revu à la baisse, il est incompatible avec la vie sur terre et avec l’équité la plus élémentaire. Il nous faut sortir de l’emprise industrielle et technologique… Combien de voix récolterait-il ? Et quand bien même il serait élu, combien de jours, combien d’heures resterait-il aux commandes avant d’être évincé ?
        Sommes-nous seul(e)s à penser ainsi ? Nous ne le sommes pas. Ce qui se joue à Notre-Dame-des-Landes et ailleurs en est la preuve réjouissante.
        Que faire, que dire ? Ce qui nous semble juste, sans attente, sans calcul. Reconquérir des espaces d’autonomie. Témoigner que l’on peut vivre mieux avec moins. Le salut sera-t-il au bout du chemin ? Peut-être. Peut-être pas. Serait-il dans le chemin lui-même ?

        1. Bonjour Frédéric. Je rejoins Nathalie concernant la pertinence de tes analyses.
          Il manque peut-être une catégorie de personnes, car celles exposées dans ton texte supposent un minimum de crédit d’intention.
          Ceux qui s’en foutent, dont le monde est bâti autour de leur nombril qu’ils ne cessent d’admirer. Les « après moi le déluge », les « moi-d’abord », dont le seul vote est celui du portefeuille. Et malheureusement 35 ans de néo-libéralisme, chantre de l’individualisme-roi, en a formaté des millions. Il n’y a qu’à comparer l’attitude de la France de 1976, qui a absorbé beaucoup de « boat-people » de la péninsule indochinoise qui étaient des « réfugiés » fuyant la guerre et le communisme, et la France de 2016 avec toutes ses histoires de ceux qui ne sont plus que des « migrants », qui eux-aussi fuient la guerre et une autre forme de totalitarisme. Quelle honte.
          Tout est cohérent. Jusqu’aux députés FN européens qui se sont abstenus lors de la ratification du Traité de Paris. Leur esprit est petit, leur monde est petit, il s’arrête aux frontières de l’entre-soi. Ils sont incapables de comprendre et d’anticiper l’énorme vague qui dépasse complètement leur petite fourmilière, et qui va leur tomber dessus, bien abrités derrière leur ligne Maginot mentale. Quand ça sera le cas, ils ne comprendront toujours pas, de toute façon, ça sera la faute du voisin. Comme l’effondrement de la France en 1940, qui était la faute du Front populaire évidemment. Et leurs nombreux électeurs sont à leur image, j’en ai analysé quelques spécimen (mais pas encore disséqués :-)). Ça me rend pessimiste.

          Pour NDDL, les 40000 personnes sur site le 7 octobre doivent en faire réfléchir plus d’un. Royal a senti le vent tourner, elle veut garder son lifting d’écolo, pour plus tard. Hollande a conscience qu’il traîne un boulet pour la forme, il voudra peut-être refiler la patate chaude aux suivants. Valls continue de foncer comme le bourrin qu’il est. Drôle de mayonnaise…

        2. Frédéric , je comprends bien ce que vous dites , mais tout de même en discutant avec les gens je me rends compte que beaucoup ne réalisent pas la gravité de la situation , même par exemple dans le milieu enseignant dans lequel j’ai été pendant 20ans ….
          Si je dis que je ne veux plus prendre l’avion , on me regarde avec des yeux ronds !!!!
          Je me dis qu’il y a une insuffisance de communication de la part des scientifiques ou alors les gens sont dans le déni comme vous dites . Je suis vraiment perplexe et énervée …

  5. Il est intéressant de constater ce qui en est depuis 2007, à propos de cet aéroport. Samedi j’y étais dès 9 heures, je l’ai raconté.
    https://rodolediazc.blogspot.fr/2016/10/notre-dame-des-landes-que-resonnent-nos.html

    Entretemps, dès 2009 des zadistes sont venus s’installer, je les avais alors rencontrés. Ils étaient moins nombreux qu’aujourd’hui (300 environ), mais tout aussi motivés alors que je les avais vus en automne.

    Entretemps, Vinci a beaucoup réduit la voilure par rapport au projet officiel, au point que maintenant c’est paradoxalement moins important que les infrastructures actuelles (avec toujours pas de taxiway), excepté (on va rire) la surface commerciale des boutiques (pas de l’embarquement). Autant rénover à peu de frais la surface actuelle, alors !

    Il est vrai que le seul vrai projet, c’est de remplacer l’aérogare actuelle par des immeubles, voilà, c’est tout ! Sans compter le montage financier qui fait bien rire (euh…pas ceux qui paient) dénoncé tout récemment par Osons causer :
    http://yetiblog.org/index.php?post/2019

    Samedi, le slogan unanime était « Nous sommes là, nous serons là ». C’est clair.
    D’ailleurs des politiques avaient fait le chemin (Duflot, Jadot, Billard…), mais ce n’étaient pas eux, les rois de la fête. Ils se devaient d’être là, comme nous, c’est tout.

  6. En Île-de-France les AMAPs ont besoin de soutien ; une pétition est en ligne : http://petition-amapidf.wesign.it/fr

    Fabrice, on ne trouve rien sur ton blog au sujet des positions de Bernard Viguié par rapport à Sivens. J’y comprends rien mais suis tout de même troublé par ses propos ! ( https://blogs.mediapart.fr/bernard-viguie/blog/111016/sivens-la-desinformation-jusquau-bout ) . A l’occasion si tu as le temps de nous éclairer sur cette affaire…

  7. Je n’ai rien contre les avions, ni l’aviation, ni les aérodromes, il y a simplement trop d’humains sur Terre. Si on s’installe partout, eh bien il y a nécessairement des problèmes.

    La « Surpopulation » n’est pas une mesure comptable, elle est une mesure morale, une mesure éthique. La surpopulation n’est pas de la comptabilité pesant les humains et comparant avec la nourriture, l’eau et l’air, que la planète peut fournir.

    Il n’y a jamais de surpopulation au sens amoral du terme, qui est le sens animal, car le trop-plein de vie dans ce cas se règle de lui-même par la mort des faibles, des malnourris, des malchanceux.

    Il y a surpopulation uniquement au sens moral inventé par les intelligences et consciences que nous nous vantons d’être, or actuellement les conditions de vie de milliards de personnes sont parfaitement immorales. Il y a donc surpopulation selon nos Droits de l’être humain.

    Les conditions de vie d’un de nos futurs associés doivent être préparées avant de l’installer dans le berceau Terre, bien avant et socialement, sinon il est inutile de créer son existence, existence qu’il n’a pas demandé et encore moins dans des conditions malsaines pour lui.

    L’enrichissement est un principe pyramidal qui ne peut fonctionner que par l’accroissement de la population et par l’augmentation du travail fourni par les esclaves que nous sommes aux services des milliardaires.

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