Deux nouvelles (une bonne, une mauvaise)

Je suis un brave garçon et je vais le montrer une nouvelle fois, sans me forcer. Voici une bonne nouvelle : les biocarburants sont enfin entrés (discrètement) dans le débat public. En tout cas, avant-hier dans Le Monde, Jean-Paul Besset et Yannick Jadot signaient ensemble une tribune (ici) sur l’état du Grenelle de l’environnement de l’automne passé. Déjà un an ! Jean-Paul est un ami de longue date, devenu « bras droit » de Nicolas Hulot. Et Yannick Jadot est l’ancien directeur des campagnes de Greenpeace en France. Tous deux briguent un poste de député européen, ce que je n’ai pas manqué de moquer ici même.

Passons. Dans une lettre ouverte adressée à Jean-Paul le 2 septembre (ici), je lui écrivais ceci : « Eh bien moi, Fabrice Nicolino ton ami, je te le demande : où sont les réformes ? Qu’avez-vous gagné à ces belles discussions de salon avec Borloo and co ? Et qu’avons-nous tous perdu, alors qu’il reste si peu de temps utile ? Je vais te dire une chose que je juge grave. Mais grave pour de vrai. J’ai honte de ce que vous n’avez pas fait. Oui, honte. Il y avait au moins un dossier où je vous attendais, où je vous espérais de toutes mes forces. C’est celui des biocarburants. Il était facile, il eût été facile de lancer l’Alliance pour la planète, Hulot et tous autres dans une bataille claire et publique, une dénonciation de ce crime contre les hommes, le climat, les forêts.

Il eût été facile de réclamer au moins, pour le moins, la fin des subventions publiques françaises à cette monstruosité. J’en aurais été fier pour notre famille écologiste ».

Revenons à la tribune du Monde. Je ne prétends pas être la cause de cette évolution, même je m’en contrefiche. Seul le résultat compte. C’est donc avec bonheur que je lis sous la plume de Jean-Paul et Yannick, très critique – enfin – sur le Grenelle et Sarkozy : « Manque de moyens ? La défiscalisation des agrocarburants, aberration écologique et sociale, coûtera près de 900 millions d’euros pour la seule année 2008 ! Les banques centrales occidentales ont dépensé en quelques jours plus de 400 milliards d’euros de fonds publics pour tenter de réparer les dérives du laisser-faire financier. Combien nous coûtera le laisser-faire environnemental ? ». À ma connaissance, c’est la première fois que des responsables écologistes contestent les insupportables cadeaux publics offerts à l’industrie criminelle des biocarburants. Jean-Paul, encore un effort ! Mais d’ores et déjà, merci. Ce n’est rien, mais c’est.

Voyez à quel point je suis rendu. Ce qui précède était ma bonne nouvelle du jour. La mauvaise est exécrable, mais elle est si drôle aussi que je vous livre pour commencer un tableau comme on a rarement vu (ici, en anglais). Nous sommes dans le cours de cette nuit en France, au moment même où je dormais. Aux États-Unis, en revanche, il était aux alentours de 22 heures le jeudi 25 septembre. À la Maison-Blanche, on semblait tout près d’un accord entre démocrates et républicains pour sortir 700 milliards d’argent public destinés à sauver ce qui reste là-bas de système financier et bancaire. Tout près. Bush, qui devait s’en tordre je ne sais trop quoi, avait accepté les conditions démocrates, le grand show devant les caméras approchait à vive allure. Y aurait-il eu des majorettes ? On ne le saura jamais.

Au dernier moment, un traître de comédie se glisse sur scène. Il s’appelle John A. Boehner, et dirige le groupe républicain au Congrès. Et, à la stupéfaction générale, il refuse d’engager son parti dans l’accord tant attendu. En libéral conséquent – idéologue à 100 % -, il refuse que l’État rachète des actifs véreux. Badaboum. Tous s’effondre dans la confusion, la colère et les cris. Plus d’accord. Dans le salon Roosevelt de la Maison-Blanche, un peu plus tard, se déroule une scène d’anthologie. Le Secrétaire au Trésor Henry M. Paulson Jr. – disons leur Christine Lagarde – se met à genoux, pour de vrai, aux pieds de Nancy Pelosi, speaker démocrate de la Chambre des représentants, un poste très élevé là-bas.

À genoux. Pourquoi ? Pour la supplier de ne pas aggraver les choses, et de ne pas accabler son parti à lui, les Républicains donc. Alors Pelosi aurait dit, selon des témoins, moquant la position inattendue de Paulson Jr. : « Je ne savais pas que vous étiez catholique ». Elle aurait aussitôt ajouté « ce n’est pas moi qui fais capoter l’accord, mais les Républicains ».

Pourquoi évoquer ici cette tragi-comédie ? Parce que, d’évidence, les responsables politiques d’Occident sont des incapables. Un Bush, un Sarkozy – son discours, hier, à Toulon ! – seraient excellents pour garder des boeufs ou chanter jusqu’à la fin de la nuit, accompagnés d’un karaoké. Je les vois même aisément mener un duo, l’un faisant des claquettes tandis que l’autre pousserait la chansonnette. Mais quant à diriger un pays en crise !

Je ne sais évidemment pas comment tourneront les choses. Il se pourrait désormais qu’elles aillent loin dans la désorganisation sociale, ce dont je ne me réjouirai jamais. Car à ce jeu terrible, les plus pauvres sont toujours ceux qu’on éreinte le plus. Quoi qu’il en soit, ces hommes au pouvoir sont dans le noir le plus total qui soit. Or la crise financière, grave, n’est rien à côté des conséquences désormais certaines de la crise écologique. Ces grands ignorants qui nous gouvernent n’ont et n’auront aucune idée pour nous éviter le gouffre.

C’est une pitié d’entendre un Sarkozy dire d’un côté que les (dérisoires) décisions du Grenelle seront appliquées – quand, en 2070 ? – et de l’autre vanter le fulgurant développement du nucléaire made in France, de la Libye à la Chine, en passant par l’Angleterre et l’Afrique du Sud. Voter pour des gens pareils – ou les autres, identiques – n’a plus aucun sens pour moi. Et je suis pourtant, je le dis et le répète au risque du radotage, un partisan définitif de la liberté. La liberté, oui. Mais la macabre pantomime, non.

13 réflexions au sujet de « Deux nouvelles (une bonne, une mauvaise) »

  1. Fabrice, concernant la crise financière aux U.S.A, je pense un peu différement de toi, en effet, je ne pense que cette (crise) soit le fait du hasard, et je ne le crois pas même un seul instant !… Mais au contraire, je pense que cette politique, (d’autres diront « crise ») a été pensé, calculé, imaginé, de longue date par les gens qui règnent aux Etats-Unis…

    Quelles sont les vraies victimes de cette crise ?… Et quelles seront les vraies victimes de cette crise dans l’avenir ?… Qui va t-elles touchées ?… Quelles répercussions aura t-elle sur le monde ?… A long terme qui en sortira vainqueur, (quel pays) ?… Et qui en ressortira encore plus appauvrit (à long terme) ?…

    J’invite les blogueurs à aller au-delà des simples apparences…

  2. @ Nicolas: la réponse à toutes tes questions dépend de nous: la crise économique et écologique étant désormais identifiée clairement, à nous de faire entendre notre voix, plus seulement entre nous mais à plus haut niveau, afin que les choix faits désormais soient cohérents.
    La crise peut accélérer la prise de conscience de tous qu’un nouveau paradigme est nécessaire.

  3. Amicalement à tous je vous demande concrètement ce que vous proposez pour faire bouger le système dans le bon sens. Quoi d’autres que des blogs pour critiquer les tentatives plus ou moins réussies de ceux qui au moins bougent et essayent et participent à rendre le changement dans la tête de chacun souhaitable et inéluctable????
    jeremy

  4. A Jérémy : les réponses figurent au fil des discussions (manger bio ET local – via les AMAP, par ex; privilégier – quand c’est possible – marche, vélo et transports en commun sur la sacro-sainte voiture; de façon générale, éviter la consommationite généralisée, etc.). Pour ma part, quand je prends les brochures de l’ADEME (entre autres) où sont listés les « bons gestes pour la planète », il ne me reste qu’un seul (gros) point noir : par quoi remplacer ma chaudière au fuel, sachant que le bois est techniquement impossible ? On m’a récemment conseillé de lui adjoindre une pompe à chaleur air / eau – je suis preneur de vos avis.

  5. @ Bruno, pour la chaudière au fioul, as-tu déjà bien isolé ta maison ? Il existe des fournisseurs de laines de bois, chanvre, mouton . L’isolation extérieure se révèle très intéressante également. Avant toutes choses, il me parait judicieux de faire un bilan énergétique de son habitation afin de réduire ce dernier au maximum , et après d’y adjoindre le mode de chauffage le plus adapté . Et attention aux arnaques dans ce domaine…

  6. Merci, Bénédicte. Oui, doubles vitrages, isolation correcte partout (y compris avec de la cellulose dans l’extension en bois) mais toujours besoin de cette fichue chaudière au fuel et bois impossible – alors quoi ?

  7. alors ça dépend de la région où tu habites également, de ton terrain , car un terrain bourré de tuyaux empêche toute implantation d’arbres .
    là où je suis, même si ce n’est pas la panacée, c’est la chaudière à bois qui parait le plus logique , les panneaux solaires faisant suite pour l’eau chaude . Concernant la pompe à chaleur, c’est bien mais il faut vraiment se renseigner . en un an, j’ai vu et reçu presque une dizaine d’entreprises me vantant chacune leurs pompes .Il y avait même une pompe qui fonctionnait au fluide pour frigo ! super écolo ! Tu ne connais pas une personne de confiance qui pourrait faire un diagnostic énergétique de ton habitation ?

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