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Un document inestimable (sur la faim)

Je cède ma place avec bonheur à l’OGN Grain, qui vient de publier un grand texte sur la crise alimentaire mondiale. Je voulais vous mettre la totalité du texte ci-dessous, mais des problèmes techniques m’en empêchent. Voici en tout cas le lien (grain.org), que je ne peux que chaudement conseiller. Et un grand bravo aux auteurs du rapport.

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Le sorgho au secours du jatropha

Étonnante dépêche de l’AFP (voir à la fin de ce papier), à la gloire du sorgho destiné aux biocarburants ! Elle me rend furieux, inutilement furieux, car je suis de toute façon impuissant. En deux mots : “des chercheurs” auraient donc trouvé la pierre philosophale. Une plante si géniale qu’elle remplirait à la fois les ventres creux et les réservoirs sans fin. Le sorgho.

L’ignominie de cette « découverte » saute aux yeux : le jatropha étant déconsidéré en partie, le sorgho prend en quelque sorte sa place. Voyez mon article précédent sur ce blog, ou plutôt celui de Sylvie Kauffmann. Voyez le rôle réel du jatropha dans les pays du Sud, ce jatropha que tous les enthousiastes des biocarburants vantaient et vantent encore comme la plante emblématique de leur criminelle industrie. Le jatropha a bien perdu de sa superbe, mais le sorgho pourrait bien le remplacer dans l’esprit des nombreux gogos de la place.

Sachez ce que ne dit pas l’AFP : l’ ICRISAT est peut-être à but non lucratif, mais certainement pas dénué d’arrières-pensées. Parmi ceux qui financent l’entreprise, outre d’innombrables organismes officiels liés à l’agriculture industrielle, je retiens trois héros du monde moderne : la fondation Bill Gates, la fondation Coca-Cola, la fondation Syngenta (un géant mondial de l’agrochimie). Vive l’information libre et gratuite !

Le sorgho, une plante miracle pour l’alimentation et les biocarburants

WASHINGTON (AFP) - Le sorgho paraît être la culture miracle capable de produire en zones semi-arides à la fois du biocarburant et des aliments sans impact néfaste sur le marché alimentaire mondial et l’environnement, ont expliqué lundi des scientifiques travaillant sur un projet pilote en Inde.

“Nous considérons le sorgho à sucre comme la récolte idéale car elle peut à la fois produire de la nourriture et de l’éthanol”, a souligné William Dar, directeur général de l’Indian Crops Research Institute for Semi Arid Tropics (ICRISAT), un institut international de recherche à but non-lucratif dans un communiqué.

Le sorgho à sucre (Sorgum bicolor) est la cinquième grande culture céréalière mondiale après le riz, le maïs, le blé et l’orge.

Il pousse dans des terrains secs, tolère bien la chaleur, des sol détrempés ou à forte salinité, des qualités idéales pour la zone semi-aride de la planète où se trouve une grande concentration de pauvreté, relève Mark Winslow, un agronome de l’ICRISAT dans un entretien avec l’AFP.

Cette plante atteint de 2,6 à 4 mètres de hauteur avec des tiges feuillues très riches en sucre permettant de fabriquer de l’éthanol par distillation.

Pour une même surface cultivée, le sorgho consomme deux fois moins d’eau que le maïs pour une valeur nutritionnelle comparable et huit fois moins que la canne à sucre.

De ce fait, le sorgho requiert peu ou pas d’irrigation qui nécessite des pompes à eau coûteuses en carburant fossiles émettant du CO2, le principal gaz à effet de serre, note M. Winslow.

“Avec une bonne gestion, les petits agriculteurs peuvent par exemple améliorer leurs revenus de 20% par rapport à d’autres cultures dans des zones semi-arides comme en Inde”, a expliqué William Dar dans un communiqué.

Aux termes d’un partenariat entre la firme privée indienne Rusni Distilleries et quelque 791 agriculteurs de l’Andhra Pradesh en Inde, l’ICRISAT a aidé à construire et à faire fonctionner depuis 2007 une usine d’éthanol à partir du sorgho à sucre produit par ces petits fermiers.

En Inde, un gallon (3,78 litres) d’éthanol produit à partir du sorgho revient à 1,74 dollar, comparé à 2,19 dollars pour la canne à sucre et 2,12 dollars pour le maïs, précise l’ICRISAT.

Des projets développés sur le même modèle de partenariat sont en cours aux Philippines, au Mexique, an Mozambique et au Kenya, précise le document de l’ICRISAT dont le siège est en Inde et qui reçoit des fonds publics de gouvernements.

Les Etats-Unis et l’Union européenne sont également très intéressés par le sorgho pour produire du biocarburant, a indiqué Mark Winslow.

Une grande conférence internationale sur le sorgho sponsorisée par le Ministère américain de l’Agriculture est prévue en août à Houston (Texas, sud-ouest) pour évaluer le potentiel de cette culture pour produire de l’éthanol.

“Je pense que le sorgho va être l’une des deux grandes cultures tropicales” pour produire des biocarburants, ce qui va augmenter les capacités du marché mondial dans lequel la demande excède largement l’offre, estime cet expert.

“C’est un situation gagnante sur toute la ligne” pour les pays en développement en particulier, qui peuvent ainsi économiser l’argent pour importer du pétrole et l’investir dans la culture du sorgho et la production d’éthanol, poursuit M. Winslow.

Selon lui, l’Inde pourrait, avec cent distilleries de capacité moyenne comme celle d’Andhra Pradesh (40.000 litres par jour), satisfaire à ses besoins en carburant.

Contrairement au maïs, l’utilisation de sorgho à sucre pour produire du biocarburant a un impact négligeable sur le marché alimentaire mondial car il est peu demandé.

Le sorgho est actuellement cultivé sur 42 millions d’hectares dans le monde dans 99 pays et les Etats-Unis sont le premier producteur.

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Le FMI serait-il immoral ?

Lisez donc ce jugement du Fonds monétaire international (FMI), dirigé par notre Strauss-Kahn national (ici). Ainsi donc, selon l’expert John Lipsky, les biocarburants seraient responsables de 70 % de la hausse du prix du maïs et de 40 % de celle du soja. En somme, le FMI est d’accord avec moi : c’est une première qui me donne envie de me saouler à mort.

Vous noterez que Lipsky ne sait pas quoi penser. Affamer des hommes pour fabriquer du carburant ne lui pose pas de vrai problème. Car au passage, les biocarburants jouent, à la baisse, sur le prix du pétrole. Et donc, notre moraliste hésite. Me saouler, oui.

j’y rajoute cette chronique de la journaliste Sylvie Kauffmann, parue dans le journal Le Monde du 12 mai 2008. Sur la Birmanie. Et les biocarburants.

Qui sème le biodiesel ne récolte plus de riz

Dans son immense dénuement, la Birmanie avait malgré tout réussi à assurer son autosuffisance en riz, aliment de base dans ce pays, grâce à la production des rizières du delta de l’Irrawaddy. En submergeant le “grenier à riz” des Birmans, le cyclone Nargis a tout anéanti. La FAO, l’organisation mondiale de l’alimentation, estime à 80 % la proportion de récoltes détruites. Il va falloir importer. Au drame humain s’ajoute un désastre agricole, qui va provoquer une pression supplémentaire sur le marché mondial du riz, très agité depuis plusieurs mois.

Avant l’arrivée de la dictature militaire et le lancement de “la voie birmane vers le socialisme”, en 1962, la Birmanie avait été le premier exportateur mondial de riz. Puis le pays s’est enfoncé dans la misère et, ces dernières années, le sort des agriculteurs a été encore compliqué par une innovation du régime : remplacer par endroits, de manière parfaitement décousue selon des humanitaires sur place, la culture du riz par celle d’une plante non comestible qui permet de produire un biodiesel, le jatropha, sans tenir compte des propriétés de la terre ni des capacités des cultivateurs à transformer le jatropha. La catastrophe birmane rappelle jusqu’à la caricature le dilemme qui apparaît de plus en plus crûment aux pays en développement ou émergents. Faut-il donner la priorité à la protection de l’environnement ou au nombre de bouches à nourrir ?

L’Asie, qui a surtout fait parler d’elle depuis un an pour ses fonds souverains et ses taux de croissance mirobolants, paraît moins sévèrement frappée par la crise alimentaire que l’Afrique ou Haïti, mais la Banque asiatique de développement (ADB), qui vient de s’engager à débloquer 2,5 milliards de dollars d’aide à l’agriculture d’ici à la fin 2009, estime à un milliard le nombre d’habitants de la région sérieusement affectés par la hausse des prix alimentaires. Des années d’effort de réduction de la pauvreté sont menacées. En Asie, région du monde à la plus forte croissance du nombre de millionnaires, la hausse du niveau de vie a poussé la demande alimentaire, mais plus de 600 millions de gens vivent avec moins d’un dollar par jour.

Le prix du riz, qui fournit le tiers des besoins caloriques de la population asiatique, a commencé à grimper en 2005 ; début 2006, il a franchi le cap des 300 dollars la tonne, puis s’est carrément envolé fin 2007. En avril, il a frôlé les 1 000 dollars la tonne. Plusieurs pays producteurs de la région, confrontés à l’inflation et au risque d’agitation sociale, ont pris des mesures de contrôle des exportations, qui ont eu pour effet de faire encore monter les prix.

Les Asiatiques tiennent pour largement responsables de la hausse des prix des céréales les politiques des pays riches en faveur des agrocarburants, ainsi que la hausse des coûts de l’énergie. Milan Brahmbhatt, économiste de la Banque mondiale spécialiste de l’Asie-Pacifique, relève que l’impact de ces politiques sur le riz est moins direct que sur d’autres céréales parce que, à moins d’être la junte birmane, on transforme rarement la culture du riz en culture de biocarburant : le terrain ne s’y prête pas. Mais l’effet indirect est inévitable, car le riz et d’autres céréales sont substituables. Les avantages tirés de l’utilisation des agrocarburants pour l’environnement justifient-ils le coût pour une partie de l’humanité qui n’arrive plus à payer ses aliments de base ? “Quelle est la valeur du bien-être humain futur (que vise la protection de l’environnement) par rapport à celle du bien-être humain aujourd’hui (assuré par des prix alimentaires abordables) ?, demande Milan Brahmbhatt. C’est l’une des questions clés du débat sur le changement climatique.” La question s’étend aussi, bien sûr, à la culture des OGM, rejetée par les écologistes, mais dont on pense volontiers, dans les pays émergents, qu’ils permettraient d’alléger la crise alimentaire.

A sa manière, le rapport Stern sur l’économie du changement climatique, rendu public fin 2006, privilégiait le bien-être humain futur. En avril, un autre rapport, préparé par l’Association internationale de science agricole et de la technologie du développement, a averti que “l’agriculture moderne devrait changer radicalement si la communauté internationale veut s’accommoder de populations croissantes et du changement climatique”. Le débat continue. Il n’est pas clos non plus en Inde, où les récents propos du président Bush sur la part de responsabilité de la classe moyenne indienne, de plus en plus prospère et donc de plus en plus consommatrice, dans la hausse des prix alimentaires, ont mis la classe politique en fureur. “C’est une mauvaise blague, a dit le ministre de la défense, A. K. Antony. C’est la politique américaine qui est responsable de la pénurie de céréales.” Secrétaire d’Etat au commerce, Jairam Ramesh a mis tout le monde d’accord : “Bush, a-t-il assené, n’a jamais été réputé pour son expertise économique.”

Post-scriptum. Le ministre malaisien des affaires étrangères, Rais Yatim, a proposé que les femmes voyageant seules à l’étranger produisent désormais l’autorisation de leur famille ou de leur employeur, afin d’éviter que des jeunes femmes crédules ne soient utilisées comme “mules” par les trafiquants de drogue : 119 Malaisiens, dont 90 % de femmes, sont actuellement emprisonnés à travers le monde pour des affaires de drogue. Tollé des organisations féminines. Deux jours plus tard, le ministre a apporté une précision : il voulait dire, bien sûr, que la mesure ne s’appliquerait qu’aux moins de 21 ans.

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Avis à tous les opposants

Je viens de trouver ça. Qui annonce un “Forum mondial sur les biocarburants” à Prague en juin prochain. Ma foi, cela pourrait donner des idées à ceux QUI NE SONT PAS D’ACCORD et qui entendent le montrer. On peut toujours rêver. Ces braves gens ontun site. Au troisième degré, c’est d’un drôle… !  http://www.wbfevent.com/


Forum mondial sur les biocarburants à Prague, en juin 2008

Du 9 au 11 juin 2008 se tiendra à Prague un forum mondial sur les biocarburants. Ces deux dernières années ont connu un développement sans précédent de ce type d’énergie, et ce phénomène devrait persister dans les années à venir. Mais en dépit de cette expansion, l’industrie des biocarburants est toujours confrontée à de nombreux défis, tant économiques que politiques.

Le forum, qui réunira les personnalités les plus importantes du secteur, fera une large place à ces questions-clés et permettra aux participants de se tenir informés des dernières innovations. Outre un salon, où des stands présenteront les dernières technologies mises au point en matière de biocarburants, le forum proposera des conférences, des ateliers de réflexion, des rendez-vous avec d’autres acteurs de la branche, des études de cas.

 
     
                 
   

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La fin de la nourriture à bas prix (à lire)

 

Le Belge Olivier de Schutter est le nouveau rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation. Interrogé par le journal Le Monde, il dit des choses qui me semblent importantes, même si je ne les partage pas toutes. Son point de vue sur le Brésil - décidément ! - rejoint celui de son prédécesseur le Suisse Jean Ziegler, grand ami du président Lula. N’importe. Un bon texte reste un bon texte.

La fin de la nourriture à bas prix

La communauté internationale a été prise de court par les émeutes de la faim de façon “inexcusable”, estime Olivier de Schutter dans un entretien au Monde. Ce professeur de droit belge, secrétaire général depuis 2004 de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme a été nommé, le 26 mars, rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation par le Conseil des droits de l’homme, basé à Genève.

 

Le Monde : quelle sera votre première initiative pour faire face à la crise alimentaire ?

Olivier de Schutter : Je vais recourir à “l’option nucléaire”, en demandant une session spéciale du Conseil des droits de l’homme. Symboliquement, il s’agit de mettre les droits économiques et sociaux à égalité avec les droits civils et politiques, invoqués pour saisir le Conseil sur la situation au Darfour, en Birmanie, ou dans les territoires palestiniens. Le Conseil ne peut rester silencieux. J’espère qu’il trouvera sur ce dossier l’unité qui fait défaut ailleurs.

La communauté internationale a-t-elle été prise de court par les émeutes de la faim ?

Oui, et c’est inexcusable. Beaucoup criaient dans le désert depuis des années pour qu’on soutienne l’agriculture dans les pays en développement. Rien n’a été fait contre la spéculation sur les matières premières, prévisible, depuis qu’avec la chute de la bourse, les investisseurs se repliaient sur ces marchés. On paye vingt années d’erreurs. Avec l’augmentation de la demande alimentaire, l’offre ne suit plus. L’agriculture industrielle, fondée sur des intrants coûteux, montre ses limites.

Faut-il blâmer les institutions financières internationales ?

Oui. Pendant vingt ans, elles ont gravement sous-estimé la nécessité d’investir dans l’agriculture - la Banque mondiale l’a reconnu fin 2007. Et les plans d’ajustement structurel du Fonds monétaire international ont poussé les pays les plus endettés, notamment dans l’Afrique subsaharienne, à développer des cultures d’exportation et à importer la nourriture qu’ils consommaient. Cette libéralisation les a rendus vulnérables à la volatilité des prix.

L’ampleur de la crise vous a surpris ?

Le plus étonnant est la rapidité de son explosion. Il a manqué une réaction coordonnée des Etats. Lorsque l’Indonésie ou l’Inde imposent des restrictions à l’exportation, cela fait monter les prix sur les marchés internationaux, et il est plus difficile pour les Philippines d’acheter le riz dont elles ont besoin. Ces réactions désordonnées se contredisent. Le danger serait de mettre des pansements, en distribuant de l’aide alimentaire, sans travailler aux causes profondes derrière les réactions de panique des Etats.

Le pire est-il passé ?

La crise va durer jusqu’aux récoltes du début de l’automne, qui, si elles sont bonnes, vont diminuer la tension sur les marchés. Le thermomètre va baisser, mais la maladie reste. C’est un rappel à l’ordre. L’ère de la nourriture bon marché est derrière nous. Les acteurs internationaux sont mobilisés et je pense qu’on parviendra à éviter la famine. Mais la malnutrition, qui a un impact considérable sur le développement des enfants, est à redouter. Les pauvres en milieu urbain et les populations des pays importateurs de nourriture seront les plus touchés.

Pensez-vous que le développement des agrocarburants, accusés de faire monter les prix, doive faire l’objet d’un moratoire.

Au sens juridique, non. Je suis d’accord avec sa dénonciation, avec des précisions. Il faut reconnaître le droit des pays à se développer. Le poids des bioéthanols au Brésil est tel que je n’imagine pas de retour en arrière. Certains agrocarburants de la première génération sont peut-être prometteurs : des plantes comme le jatropha, ou certaines variétés de sorgho, poussent sur des terres peu fertiles. Mais les objectifs ambitieux en matière de production de biocarburants que se sont fixés les Etats-Unis et l’Union européenne sont irresponsables. La production de colza, l’huile de palme, qui détruit les forêts en Indonésie, l’utilisation d’un quart de la récolte de maïs aux Etats-Unis, c’est un scandale, qui sert uniquement les intérêts d’un petit lobby, avec l’argent du contribuable. J’appelle au gel de tout investissement dans ce secteur.Qu’en est-il des carburants de la deuxième génération, produits à partir de déchets agricoles ?

Ils ne sont pas une panacée, dans la mesure où ils consomment encore plus d’eau que ceux de la première génération. Etudions-les, mais ne nous voilons pas la face : il faut consommer moins d’énergie, utiliser moins d’automobiles, et ne pas se faire d’illusion sur la capacité des nouvelles technologies à nous permettre de poursuivre notre mode de vie occidental.

Le marché alimentaire va s’autoréguler ?

La “main invisible ” n’est pas la solution, c’est le problème. J’étudie des mécanismes de taxation des mouvements spéculatifs, que l’Inde songe à mettre en place. Dans le domaine agricole, l’offre est relativement inélastique et les terres arables ne sont pas extensibles à l’infini. Par ailleurs, un petit nombre d’entreprises, Monsanto, Dow Chemicals, Mosaic, détiennent les brevets sur des semences, des pesticides, des engrais, qu’elles peuvent vendre à des prix élevés pour les petits producteurs. Il faut réfléchir à une modification des règles de la propriété intellectuelle de ces entreprises, dont les profits explosent.Les pays riches doivent-ils mettre fin aux subventions agricoles ?

Je suis pour une suppression graduelle. L’OCDE paye chaque année à ses agriculteurs 350 milliards de dollars, contre un milliard d’aide à l’agriculture pour les pays en développement. C’est une honte. Mais si on supprime les subventions immédiatement, les pays en développement, qui importent ces produits, devront les payer plus cher.

Avant, les Etats-Unis et l’UE déversaient l’aide alimentaire quand il y avait des surplus. Les prix baissaient mettant en difficulté les producteurs locaux. Il faut au contraire les encourager à produire , acheter leurs produits sur les marchés locaux et les donner aux plus pauvres. Au lieu des cargos de blé qui traversent l’Atlantique, il faut une aide financière.

 

Propos recueillis par Philippe Bolopion

Article paru dans l’édition du 03.05.08.

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Menace sur 60 millions d’humains autochtones

Ce texte me vient de l’association Survival, qui le publie ce 2 mai 2008. Nous en sommes donc là, en face du pire.

Le biocarburant menace les terres de 60 millions d’autochtones 

Selon les participants au Forum permanent des Nations-Unies sur les questions indigènes, qui s’est réuni ces jours-ci à New York, la demande mondiale en biocarburant détruit les terres et les vies des peuples indigènes.

Un rapport présenté au Forum dénonce la recrudescence des ‘violations des droits de l’homme, des déplacements et des conflits provoqués par la spoliation des terres et forêts ancestrales pour y produire du biocarburant’. L’un des auteurs du rapport, Victoria Tauli-Corpuz, présidente du Forum, a déclaré que si elle continue à ce rythme, l’expansion des biocarburants menacera les terres et les modes de vie de 60 millions de membres de communautés indigènes du monde entier.

Le palmier à huile est la plus dévastatrice des plantes utilisées pour produire du biocarburant. En Malaisie, plusieurs millions d’autochtones sont déjà affectés par de telles plantations, tout comme en Indonésie, où plus de 6 millions d’hectares ont été plantés, principalement en territoire indigène. En Colombie, des milliers de familles, la plupart indigènes, ont été violemment expulsées de leur terre pour y cultiver le palmier à huile et autres plantes pour biocarburant.

La Malaisie, l’Indonésie et la Colombie sont en train de planifier l’extension de leurs plantations de palmier à huile. L’Indonésie a annoncé qu’un projet de plantation à Bornéo impliquera le déplacement de près de 5 millions d’autochtones et qu’en Papouasie, 5 millions d’hectares, en majeure partie sur des terres indigènes, ont été réservés à la plantation de palmiers à huile. La Colombie se prépare à en planter 6,3 millions d’hectares, ce qui affectera plus de cent communautés indigènes.

‘Si le gouvernement nous prend nos terres, que nous restera-t-il ? Elles seront détruites par ces plantations’ a déclaré un leader Papou à Survival lors d’une interview.

La canne à sucre, le soja, le maïs, le manioc et la jatropha, une plante d’Amérique centrale, sont également utilisés pour produire du biocarburant. Les Guarani du Brésil ont perdu une grande partie de leur territoire au bénéfice des plantations de canne à sucre, tandis que le gouvernement indien projette de consacrer 13,5 millions d’hectares d’une terre qu’il considère comme ‘vide’ mais dont la majeure partie est habitée par des peuples indigènes.

Stephen Corry, directeur de Survival a déclaré aujourd’hui : ‘Le boom du biocarburant n’a pas seulement de graves conséquences sur l’environnement, la hausse du prix des denrées alimentaires ou la survie des orang-outang – il a aussi un impact dévastateur sur les peuples indigènes. Les compagnies qui promeuvent cette industrie ont réellement la volonté de se débarrasser des peuples indigènes afin d’accaparer leurs terres’.

Pour plus d’informations
Dominique Dauzier 00 33 (0)1 42 41 44 10
dd@survivalfrance.org

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Une pompe en moins sur terre

Ce qui suit est un cadeau de Sandro Minimo, que je remercie chaudement : la Confédération paysanne - enfin ! et bravo ! - vient de démonter une pompe à éthanol dans Paris, près de la porte d’Orléans. Regardez, il y a des images. Comme dirait Sandro, que je reprends aussitôt à mon compte : YES !

www.rue89.com

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“Les biocarburants sont catastrophiques pour le climat”

Je vous glisse ci-dessous un article du magazine belge 7 sur 7  - tiré d’une dépêche de l’agence Belga - qui se passe de tout commentaire. Ce qui me fera quelque(s) vacance(s). Bien à vous tous (je n’ai pas abandonné l’idée de laisser ce blog à tout courageux volontaire). L’article :

“Le développement de la première génération de biocarburants a impact catastrophique sur le climat et sur la disponibilité de nourriture. L’Union européenne doit immédiatement changer de trajectoire”, explique mercredi l’expert climatique Peter Tom Jones (KU Leuven) dans les pages du journal De Standaard.

Il y a quelques années, les biocarburants étaient présentés comme la solution aux problèmes environnemental et climatique. Le rêve semble aujourd’hui s’écrouler. “Dans la littérature professionnelle, certaines voix se lèvent pour mettre en garde contre la production à grande échelle des biocarburants. Le danger est scientifiquement prouvé, mais il faut toujours un laps de temps avant que ces preuves ne soient connues du politique et qu’elles soient prises au sérieux par celui-ci”, explique Peter Tom Jones, de la KU Leuven.

“Les biocarburants de la première génération, produits à partir de produits alimentaires tels que la canne à sucre, le soja ou l’huile de palme, n’obtiennent pas de score remarquable sur la balance énergétique. Quant au score CO2, qui était l’une des principales raisons pour la promotion des biocarburants, il est catastrophique”, poursuit-il.

Dans des pays comme le Brésil, l’Inde et la Malaisie, la production de biocarburants est devenue un business en plaine expansion, mais au détriment des écosystèmes vierges, comme la forêt tropicale ou la savane, qui sont détruits pour la culture des plantes servant à la fabrication des biocarburants. (belga).

Le texte original est ici.

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Marre, absolument marre

Je songe sérieusement à fermer ce blog. Je l’ai créé il y a un peu plus de six mois, au moment de la sortie de mon livre La faim, la bagnole, le blé et nous (Fayard), qui était un pamphlet contre les biocarburants.

Je ne suis pas devin, ni Dieu le père. Et j’ai pourtant écrit que cette industrie criminelle menait droit à des famines de masse, à l’aggravation de la crise climatique et à l’assaut contre les forêts tropicale et leur fabuleuse biodiversité. Nous y sommes en plein.

D’innombrables points de vue des plus hautes institutions reconnaissent aujourd’hui le lien entre le déferlement des biocarburants et la tragique crise alimentaire en cours.

Quant à moi, qui suis un homme, j’en ai marre. Marre de ces montagnes d’hypocrisie. Marre de ces associations écologistes françaises qui ne bougent toujours pas un orteil. Marre de ces journalistes incultes qui ne lisent rien et ne savent pas davantage.

Je crois avoir fait mon simple devoir. Et je renvoie à mon livre, car il contient d’évidence de nombreuses vérités profondes sur le monde réel, tel qu’il est réellement. Je dois ajouter que j’ai la rage au coeur, qui ne disparaîtra pas.

PS : Je suis prêt, évidemment, à laisser la gestion de ce blog à qui souhaiterait le poursuivre.

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Lula est devenu sourd (et aveugle)

Misère, grande misère. Je veux parler du président socialiste du Brésil, Lula. Comme je l’ai raconté dans mon livre, comme je l’ai radoté sur ce blog mois après mois, cet ancien métallo compte bien profiter des biocarburants - le Brésil est avec les États-Unis l’un des deux grands dans ce domaine - pour entrer dans l’histoire des imbéciles de tous les temps et de tous les genres.

Comme Mitterrand chez nous, et bien au-delà de différences criantes, Lula a fini par ressembler à l’État qu’il promettait de conquérir au nom des pauvres. Et il n’y a aucun retour en arrière possible. Dernière infamie du personnage, mais on ne les compte plus : il vient, dans un discours, de prendre la défense des biocarburants. Écoutez cette triste voix : « Ne me dites pas que les biocarburants provoquent la hausse des prix ! ». Eh non, ne lui dites pas. De toute façon, il est devenu sourd au cri du peuple.

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Charles Millon l’Africain

Je laisse ma place, avec plaisir, à Thomas Borrell, auteur d’un excellent article paru dans la revue de l’association Survie, Billets d’Afrique et d’ailleurs. Millon, l’homme de toutes les droites et de (presque) tous les ministères, défend les biocarburants. Détail : Chirac l’avait envoyé représenter la France au siège de la FAO, à Rome. La FAO ! L’alimentation ! L’Afrique fait face ces jours à d’épouvantables émeutes de la faim, dans lesquelles les biocarburants jouent un rôle de déclencheur. Et Millon fait des affaires. Gardons cela en mémoire. Oui, n’oublions jamais.

Les Millions de Charles

www.billetsdafrique

Alors que les biocarburants participent à la hausse des prix agricoles et détournent des milliers d’hectares de terres de la chaîne alimentaire, l’ancien ambassadeur de France auprès de l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) investit dans la bioénergie.

Charles Millon, nommé en 2003 ambassadeur de France auprès de la FAO, du fonds international pour le développement de l’agriculture (FIDA) et du programme alimentaire mondial (PAM), donnait 3 ans plus tard sa vision de ce “continent oublié ” : “ On a fait de la santé, de l’éducation, du religieux… mais on a oublié le développement ” (Rhonealpespeople.com, 27 mars 2006). Quant à la lutte contre la faim dans le monde, cela lui inspirait tout de même de belles envolées, comme à l’occasion de l’ouverture du comité mondial pour la sécurité alimentaire du 30 octobre 2006 : “ Nous avons besoin d’une prise de conscience générale, civique, des enjeux non seulement humains mais aussi géopolitiques de la lutte contre la faim à un niveau mondial ”.

Un biocarburant qui demain participera au développement

L’ancien ministre de la Défense, fait alors partie des nombreux décideurs politiques qui semblent éblouis par le mirage des biocarburants. Et il ne manque pas de communiquer son entrain au cours de ses visites. En mission officielle au Bénin en octobre 2006, il venait ainsi “étudier, avec les entreprises béninoises et les banques, les opportunités d’investissement dans les domaines suivants : agricole, agroalimentaire, énergies renouvelables, biocarburants, ressources naturelles ”. Six mois plus tôt, il vantait les bienfaits du Jatropha curcas, dont la plantation sur des milliers d’hectares en Afrique de l’Ouest (10 000 ha pour le seul Mali) allait permettre de produire une huile aux multiples utilisations : insecticide, savon… et carburant. “ Un biocarburant qui demain participera au développement ”, ajoutait-il.
Est-il pensable que les experts du FIDA l’en aient convaincu, moins de deux ans avant de conclure au cours d’une table ronde que “les biocarburants constituent un des facteurs de pression sur la demande et de hausse des prix agricoles. La plupart des pays pauvres, acheteurs nets de produits alimentaires, seront donc perdants, d’autant plus que dépendance alimentaire et énergétique vont souvent de pair”1. Que les services des Nations Unies aient cru ou non aux vertus des agro-carburants à l’époque, il est rassurant de constater qu’il n’en est rien aujourd’hui. On ne peut pas en dire autant de Charles Millon.

Partenariat public-privé
Celui qui dit avoir été “aguerri aux relations internationales ” par sa fonction de ministre de la Défense de 1995 à 1997, a démissionné fin août 2007 de ses fonctions d’ambassadeur de France auprès de la FAO, du FIDA et du PAM. Comme annoncé en 2006, il n’a pas pour autant oublié le continent africain : “ l’Afrique sera toujours là, je m’en occuperai autrement via une association ou à l’extrême en créant ma société de développement ”. Promesse tenue ! … à l’extrême : il est désormais membre du conseil de surveillance de la jeune société française Agro Energie Développement, alias AgroEd, qui souhaite “devenir un opérateur significatif du développement de la bioénergie ” dans les pays en développement, selon le président de son conseil de surveillance, Jean-Claude Sabin. Ce dernier, ancien responsable au sein de puissantes organisations professionnelles agricoles, n’est autre que le président fondateur de Sofiprotéol, l’établissement financier de la filière française des huiles et protéines végétales, dépositaire de la marque Diester. Initiateur de la filière biodiesel en France, il est un pilier des groupes de lobbying qui ont convaincu, dès le début des années 90, les décideurs politiques français et européens d’investir massivement de l’argent public pour le développement des filières agro-industrielles aux débouchés prometteurs (La faim, la bagnole, le blé et nous : une dénonciation des biocarburants, Fabrice Nicolino, Fayard 2007).
La chargée de communication d’AgroEd, Christiane de Livonnière, par ailleurs ancienne directrice de cabinet de Charles Millon, peut donc se vanter que «l’un des principaux avantages de l’entreprise (…) est la qualité des compétences réunies» et parler du travail qui sera mené en partenariat avec l’agence française de développement (AFD) et le FIDA. Le «système basé sur un partenariat public-privé» qu’elle évoque peut en effet compter sur de solides amitiés politiques, et elle le sait. Associée gérante du cabinet de conseil Intelstrat, elle siège aussi au conseil d’Administration d’un think tank établi à Bruxelles, l’Institut Thomas More – tout comme Charles Millon. Plus récemment, tous deux ont rejoint la société Unipay’s qui s’intéresse au gigantesque marché africain du paiement sécurisé à distance par téléphonie mobile. Leur appui dans ce domaine sera-t-il aussi fructueux que pour AgroEd ?
Née en avril 2007, la société signait en effet, le 15 septembre, une convention-cadre avec le Mali “sur un ambitieux projet de production d’agro-carburants, la première d’une série qui couvrira plusieurs pays africains, mais aussi d’Asie et d’Amérique latine” (Marchés tropicaux & Méditerranéens N° 3219, 21 septembre 2007). Charles Millon signait fin novembre une autre convention cadre, avec le Burkina Faso cette fois. Et les médias burkinabés de nous confirmer un partenariat public-privé douteux “l’action de la société AgroEd s’insérera également dans les plans d’actions définis par le FIDA et l’AFD. La société AgroEd bénéficiera du soutien du gouvernement pour l’acquisition de terres pour la production et pour l’implantation d’une unité industrielle d’EMHV (l’Ester méthylique d’huile végétale)” (Le Pays, Ouagadougou, 14 décembre 2007).

La faim justifie les moyens
En attendant, les émeutes de la faim se multiplient en Afrique (voir page précédente). Elles dénoncent les hausses hallucinantes du prix des denrées de base.
Des “troubles sociaux ” évoqués, le 6 mars dernier, par la directrice du programme alimentaire mondial (PAM) devant des députés européens : “ Le changement d’orientation (de nombreux exploitants) en faveur de la production des biocarburants a détourné des terres de la chaîne alimentaire. (…) Les prix alimentaires atteignent un tel niveau que celui de l’huile de palme en Afrique est désormais au niveau des prix du carburant ” (AFP, 6 mars 2008).
En mars 2006, Charles Millon déclarait à Rhonealpespeople.com : “ un poste en politique, c’est ce que vous en faites ; certains s’emmerdent, d’autres se passionnent, s’investissent”. Ou investissent. On aura bien compris.

Thomas Borrell

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Ce devrait être une bonne nouvelle

Vous le savez sans doute, l’Allemagne renonce à soutenir les biocarburants, du moins ceux de première génération, les seuls qui existent pour de vrai. Et qui affament, détruisent les forêts tropicales et leur biodiversité tout en aggravant la crise climatique. Mais on parle déjà, là-bas, de soutenir ardemment les biocarburants de deuxième génération, cauchemar à venir.

Le pire n’est pas même là. Si l’Allemagne renonce, ce n’est pas pour des raisons morales et écologiques, car ces arguments-là n’ont pas la moindre valeur monétaire. Non, si l’on recule, c’est parce que trop de voitures souffriraient de l’apport de carburants végétaux. Le seul motif de cette décision est donc économique. Nous en sommes là.

Autre nouvelle digne d’intérêt : hier, le journal Le Monde publie un article sur les émeutes de la faim en Afrique et rappelle dans un autre article si bizarrement fait qu’il en devient presque incompréhensible le rôle des biocarburants dans le renchérissement du prix de la norriture.

Je me permets de rappeler ici que j’ai décrit tout cela avec force et je crois clarté dans un livre paru en octobre, écrit donc il y a un an. Or, je ne suis pas devin. Or, Le Monde n’a jamais rendu compte de ce livre, ni en fait des terrifiantes réalités qu’il évoque.

J’avoue et je n’ai pas honte : mon amour propre en a été atteint. Mais qu’on le croie ou non, bien peu en vérité. Ce qui m’indigne au plus profond, et qui dit bien la crise inouïe dans laquelle est plongée la presse, c’est qu’un grand journal comme Le Monde a pratiquement fait l’impasse sur l’industrie criminelle des biocarburants, alors que j’ai fait mon possible, tout mon possible, pour l’alerter. Car tel était mon devoir élémentaire. Et rien. Je n’oublierai pas cela. Le temps passera, et cela n’y changera rien au fond, bien entendu, mais pour ma part, je n’oublierai pas ce moment de déshonneur.

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Trois mensonges et une vérité

Je n’avais rien écrit ici depuis le 6 mars dernier. Pourquoi ? Mais parce que, bien entendu. Je sature, pour ne rien cacher à personne. Dire, écrire, dénoncer : je suis d’accord pour tenir le rôle. Personne ne m’a forcé. Mais j’ai le droit d’en avoir marre, et c’est le cas.

Malgré tout, une industrie criminelle déferle sur le monde, qui n’avait certes pas besoin de cela. Je vous résume ce que je retiens des derniers événements, sans plus prétendre à la moindre exhaustivité.

1/Christian Berdot m’envoie des propos de Michel-Édouard Leclerc (le premier, le second). Ce patron de la très grande distribution se vante d’avoir été un militant des Amis de la terre il y a trois vies en arrière. Le malheureux s’essaie à la géostratégie de la faim, et ne montre en vérité que sa grande nigauderie. En résumé, il est impossible que les biocarburants concourent à la faim du monde, et c’est infiniment tant mieux, car Leclerc a beaucoup investi pour équiper ses pompes. C’est si faible que je ne vous suggère même pas d’y aller voir. Oh quel triste pays !

2/Je reçois un incroyable commentaire de Patrick Sadones, que je salue au passage. Cet ingénieur agronome, proche de la Confédération paysanne, suit le dossier des biocarburants depuis bien plus longtemps que moi. Or une nouvelle étude sur le bilan énergétique (et climatique) des biocarburants a été lancée par l’ADEME en octobre 2007. Dans mon livre La faim, la bagnole, le blé et nous (Fayard), paru justement début octobre 2007, je racontais par le menu la grande supercherie de la première étude de 2002, contrôlée par le lobby industriel des biocarburants. Et j’ai la faiblesse de croire que mon travail a joué un rôle dans le soudain empressement de l’ADEME à commander une autre étude.

Alors, Sadones ? Eh bien, grâce à son obstination, il fait partie du comité de pilotage de la nouvelle étude. Et ? Et il révèle aujourd’hui que les “éthanoliers” se livrent à de grandes manoeuvres pour que les calculs d’efficacité soient modifiés de manière à rendre le bilan de l’éthanol plus favorable ! Stupéfiant ! Je ne pensais pas qu’ils oseraient aller jusque là. Mais si.

3/J’ai dit dès l’automne dernier mes différends avec Jean Ziegler, auteur d’un rapport très accusateur contre les biocarburants (pour le compte de l’ONU). Hélas, hélas : Ziegler vient de modifier son point de vue sur les biocarburants du Brésil (rue89.com). Je vous le dis : c’est lamentable. Ziegler, ancien député socialiste, semble avoir été retourné par de vieux copains à lui, proches de Lula. À sa place, je ne serais pas fier.

4/Trois mensonges suffisent. Une vérité nous fera le plus grand bien, même si elle nous vient, par extraordinaire, d’un grand patron suisse, Peter  Brabeck. Dirigeant de la transnationale Nestlé, il a déclaré cette évidence : « Si l’on veut couvrir 20% du besoin croissant en produits pétroliers avec des biocarburants, comme cela est prévu, il n’y aura plus rien à manger ».

Que puis-je ajouter ? Rien.

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Solennelle mise en garde à l’Europe

 Voilà. Nous sommes le 6 mars 2008, et je viens de récupérer sur un site suisse cette dépêche de l’AFP, toute neuve. Il est manifeste que l’information commence à s’imposer sur la manipulation. Mais l’urgence n’a jamais été aussi grande.

Alimentation : l’ONU s’inquiète du développement des biocarburants

Photo prise le 28 septembre 2006  des réservoirs d'éthanol issus de la sucrerie-distillerie de Arcis-sur-Aube

Photo prise le 28 septembre 2006 des réservoirs d’éthanol issus de la sucrerie-distillerie de Arcis-sur-Aube

François Nascimbeni(AFP/Archives)

L’Agence de l’ONU chargée de la lutte contre la faim dans le monde a mis en garde l’UE jeudi contre le danger des biocarburants, qui nourrissent la flambée des prix alimentaires, alors que les 27 en ont fait un axe important de leur politique énergétique.

“Le changement d’orientation (de nombreux exploitants) en faveur de la production des biocarburants a détourné des terres de la chaîne alimentaire”, a souligné la directrice le Programme alimentaire mondial (PAM), Josette Sheeran, lors d’une audition devant des députés européens à Bruxelles.

A cause de ce phénomène, “les prix alimentaires atteignent un tel niveau que celui de l’huile de palme en Afrique est désormais au niveau des prix du carburant”, a-t-elle souligné.

Elle a reconnu que l’envolée des prix des matières premières agricoles et des denrées alimentaires ces derniers mois était aussi en partie due à la spéculation sur les marchés, mais à ses yeux “des facteurs structurels sont un élément des prix que nous avons aujourd’hui”.

Elle faisait référence au choix fait par de nombreux pays industrialisés de développer les biocarburants, fabriqués à partir de matières premières agricoles, pour répondre à la hausse ininterrompue des prix des hydrocarbures.

“C’est peut-être une très bonne affaire pour les agriculteurs mais à court terme les plus pauvres sur la planète seront durement frappés” puisque les cultures destinées aux biocarburants tendent à remplacer celles destinées à l’alimentation humaine, a fait valoir la responsable du PAM.

Dans le cadre de leur stratégie visant à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre d’au moins 20% d’ici 2020 par rapport à 1990, les pays de l’Union européenne veulent que les biocarburants représentent au moins 10% de la consommation totale d’essence et de gazole dans les transports européens.

Lundi, lors d’une réunion à Bruxelles, plusieurs ministres européens de l’Environnement ont exprimé leur inquiétude au sujet des biocarburants et de leurs conséquences environnementales et alimentaires, insistant sur la nécessité pour l’UE de prendre des précautions.

“La flambée des cours des denrées alimentaires est un problème majeur”, avait ainsi insisté le Français Jean-Louis Borloo.

En outre, la responsable du PAM a réaffirmé jeudi à Bruxelles que la mission de son Agence était rendue beaucoup plus difficile par la flambée des prix des produits de base.

“Les prix élevés de l’alimentation ont durement entamé la capacité du PAM à répondre à la faim” dans le monde, avec des coûts pour lui en hausse de 40% depuis juin 2007, a-t-elle dit.

Selon Josette Sheeran, ce phénomène alimente un nouveau type de carence alimentaire dans les pays pauvres, dont les habitants n’ont parfois plus les moyens d’acheter des denrées, même si celles-ci sont disponibles en quantité suffisante, ce qui cause “des troubles sociaux” en Afrique notamment.

Le PAM a déjà prévenu que, faute de fonds supplémentaires cette année, il sera contraint soit de nourrir moins de gens soit de réduire les portions distribuées.

La Commission européenne, qui verse aussi des dizaines de millions d’euros chaque année dans l’aide alimentaire aux pays pauvres, s’était déjà inquiétée en début de semaine de la flambée des prix agricoles, se disant prête à puiser dans ses réserves d’urgence pour ajuster son aide alimentaire mondiale aux besoins.

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Un (grand) rapport sur le Brésil

 À eux deux, le Brésil et les États-Unis produisent environ 70 % de l’ensemble des biocarburants dans le monde. Et, vous le savez sans doute (je rappelle pour une fois que ce blog renvoie à un livre que j’ai écrit : La faim, la bagnole, le blé et nous, chez Fayard), Bush et Lula ont décidé de former un axe stratégique pour le dévelopement de cette industrie criminelle.

Christian Berdot m’adresse un rapport d’une grande qualité, un de plus, sur la situation réelle au Brésil (cliquer). Ses auteurs s’appellent Camila Moreno, chercheuse à Terra de direitos, et Anuradha Mittal, directrice exécutive du Oakland Institute. Mille fois hélas, il est en anglais, mais sachez en tout cas que c’est une pièce décisive de la critique mondiale contre les biocarburants. Moreno et Mittal rappellent que des millions d’hectares d’écosystèmes naturels - y compris dans le Cerrado et la grande forêt amazonienne - sont sacrifiés pour laisser la place au soja et à la canne à sucre. Au passage, les communautés agricoles anciennes sont disloquées, souvent expulsées.

Le rapport détaille aussi le cadre politique et économique dans lequel se développe le commerce des biocarburants, véritable cheval de Troie de la libéralisation des échanges.


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Et le Luxembourg aussi…

Merci à Jean-Paul Brodier, de Metz, qui m’envoie ce qui suit. Le Luxembourg, lui aussi…


Chantiers de la citoyenneté Coorganisés par les Amis du Monde diplomatique-Luxembourg et ATTAC-Luxembourg avec le soutien du Centre de rencontre Abbaye de Neumünster

Les agrocarburants, nouvelle malédiction pour les droits humains

Mardi 11 mars 2008 à 19 heures, salle A11

au Centre de Rencontre Abbaye de Neumünster, 2 rue Münster, Luxembourg Grund
Conférence de Fidel Mingorance, chercheur et président de Human Rights Everywhere, auteur de l’étude Le flux de l’huile de palme Colombie-Belgique/Europe Approche sous l’angle des droits humains

Les politiques européennes de promotion des agrocombustibles sont remises en question par les répercussions sociales et environnementales que cette incitation a ou peut avoir dans les pays producteurs. L’un de ces agrocombustibles est issu de l’huile de palme. Les zones de production de celle-ci, à savoir les grandes plantations de palme à huile dans la région intertropicale de la planète, sont le théâtre de violations et d’attentats contre les populations résidantes. En mettant l’accent sur les répercussions sociales de cette agroindustrie, l’analyse de la chaîne agroindustrielle de l’huile de palme colombienne permet un exercice de réflexion sur la responsabilité de chaque maillon de cette chaîne de production : des régions de production de l’huile de palme en Colombie, où les violations sont commises, au consommateur final européen de la grande gamme de produits d’utilisation quotidienne issus de cette huile végétale, en passant par les politiques publiques de promotion du biodiesel de palme.

Conférence en espagnol traduite simultanément en français

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Quand la Suisse nous fait honte

Nous serons bientôt les plus nuls en Europe. Les derniers à ne pas poser de questions pourtant évidentes sur la nature criminelle de l’industrie des biocarburants. Jusqu’à quand ? Combien de temps durera cette inertie ? Est-ce pour la raison que notre agriculture industrielle reste surpuissante ? Un peu à l’égal, dans un autre domaine, du nucléaire ?

En tout cas, l’agence de presse catholique Apic (voir l’article) me transmet une bonne nouvelle. Je répète : une bonne nouvelle. 18 ONG viennent en effet de saisir la conseillère fédérale madame Micheline Calmy-Rey, l’équivalent de notre ministre des Affaires étrangères. Parmi elles, des groupes en relation avec des églises. Que réclament-elles ? Que la Suisse se bouge enfin et reconnaisse que les biocarburants contredisent le droit humain fondamental à la nourriture.

Elles souhaitent également que leur pays soutienne la démarche de Jean Ziegler, rapporteur spécial de l’ONU sur les problèmes d’alimentation. Ziegler a réclamé en octobre 2007 un moratoire mondial de cinq ans sur les biocarburants. Voilà le texte intégral d’Apic :

Biocarburants: la Suisse doit défendre le droit à la nourriture

Berne, 3 mars 2008 (Apic) 18 organisations non gouvernementales (ONG) dont Caritas Suisse, Déclaration de Berne, Action de Carême, Fian Suisse, Eper, Eglises réformées Berne-Jura-Soleure ont interpellé la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey pour que la Suisse s’engage, au sein du Conseil des droits de l’homme, en faveur de la priorité du droit à la nourriture. Ce droit entre en nette concurrence avec la culture des biocarburants.

Le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies se réunit à Genève du 3 au 28 mars. Jean Ziegler, rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation, présentera à cette occasion son rapport 2008. Dans ce document, il souligne que la culture massive d’agrocarburants (ou biocarburants), tirés de la fermentation de sucres (canne, maïs, blé…) ou fabriqués avec des huiles (palme, soja, colza, tournesol, etc.), porte atteinte au droit à la nourriture.

Les biocarburants représentent également une grave menace contre le droit à la terre de centaines de milliers de familles paysannes dans les pays en développement. Outre des conséquences écologiques et sociales immenses, ces cultures désormais convoitées renforcent également le problème de la famine et augmentent la pauvreté. Notons que le Brésil, par exemple, compte déjà des millions de voitures roulant au bioéthanol, les banques y ont déjà consacré de nombreux fonds de placement. Le président Lula veut faire du Brésil la plus grande puissance énergétique de la planète grâce au biodiesel, mais les défenseurs des petits paysans sont beaucoup moins enthousiastes !

Demande de soutenir Jean Ziegler
Dans une lettre adressée à la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey, les organisations – dont le regroupement d’ONG pour le développement Alliance Sud à Berne - demandent que la délégation suisse au Conseil des droits de l’homme adopte «une position claire, exprime son inquiétude au sujet des conséquences négatives de la production industrielle d’agrocarburants et soutienne l’orientation proposée par le rapporteur spécial».

Jean Ziegler réclame en particulier un moratoire pour la culture de plantes à carburants jusqu’à ce qu’une «deuxième génération», moins problématique, soit développée. Concrètement, les organisations souhaitent que la Suisse propose une clause dans la Résolution du Conseil des droits de l’homme qui stipule que «les agrocarburants ne doivent pas violer le droit à la nourriture».

Les organisations qui ont signé la lettre sont les suivantes: Alliance Sud, Alliance contre la faim, Arbeitsgruppe Schweiz-Kolumbien, Médecins en faveur de l’environnement, Basler Appell gegen Gentechnologie, Bio Suisse, Bioforum Schweiz, Pain pour le Prochain, Caritas Suisse, Déclaration de Berne, Action de Carême, Fian Suisse, Eper, Plateforme pour une agriculture socialement durable, Eglises réformées Berne-Jura-Soleure (Terres Nouvelles), Association suisse pour la défense des petits et moyens paysans (VKMB), Solifonds, Swissaid. JB

Encadré

Les effets pervers des biocarburants
L’énergie «verte» plaît davantage aux grandes compagnies de l’industrie pétrolière qu’aux milieux écologistes et aux paysans du tiers monde, note Alliance Sud. Si les premières y trouvent un palliatif lucratif à la prochaine pénurie de pétrole, les deuxièmes y voient, à juste titre, un grave danger, tant pour l’environnement que pour l’alimentation. La culture intensive de céréales (pour le bioéthanol) et d’oléagineux (pour les huiles) nécessite d’immenses surfaces agricoles, menaçant directement l’agriculture «alimentaire» traditionnelle et détruisant les forêts d’Amazonie pour la culture du soja et celles d’Indonésie pour l’huile de palme. A cet impact écologique déjà considérable s’ajoutent l’emploi massif de pesticides, la consommation d’eau, la surexploitation des sols (utilisation des terres en jachère), la consommation importante d’énergie (production, transformation, exportation…) et les expulsions de petits paysans. (apic/com/be)

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Cyniques de tous les pays, regardez-vous

L’amoralité est toujours aussi fascinante. Lisez plutôt cet entretien paru dans Le Figaro (lefigaro.fr). Un monsieur Benjamin Louvet, directeur-adjoint du fonds d’investissement Prim’Alternative, explique pourquoi et comment il va miser sur la hausse des matières premières, à commencer par les céréales. Au passage, il note sans y penser que l’explosion du prix du blé et du maïs - entre autres - a été largement provoquée par le boom sur les biocarburants. Édifiant.

 «Le blé pourrait valoir 50% plus cher en 2009»

Directeur général adjoint de Prim’Alternative, Benjamin Louvet gère le fonds Prim’Univert. Il mise sur la hausse des matières premières par le biais des contrats à terme.

LE FIGARO.FR Comment se compose votre portefeuille ?

Benjamin Louvet Notre panier se compose de contrats à terme sur sept produits. Ces contrats permettent de miser sur la performance des matières premières sans supporter les risques inhérents aux actions de sociétés. Le sucre et le maïs sont représentés à hauteur de 18,75% des actifs. Le blé, le soja, l’huile de soja, le colza et le canola, qui est un type de colza génétiquement modifié cultivé exclusivement en Amérique du Nord et en Australie, constituent chacun 12,5% du portefeuille. Prim’Univert était également investi initialement dans un contrat à terme sur l’éthanol. Mais celui-ci n’a jamais vraiment fonctionné, faute de liquidités suffisantes. Les capitaux ont donc été répartis sur le sucre et le maïs, les deux sources de production d’éthanol. L’ensemble de ces pondérations est fixe, notamment pour limiter la volatilité.

Comment expliquez-vous la hausse actuelle de l’ensemble des matières premières agricoles ?

Le sucre, le maïs et le blé bénéficient du développement des biocarburants. La politique dans ce domaine est très active aux Etats-Unis, où 20% de biocarburants devront être incorporés dans les carburants d’ici à 2030. Cette orientation modifie complètement la filière agricole. La demande de maïs destiné à la production d’éthanol a augmenté d’un tiers cette année. Le prix de cette céréale a donc bondi. Les producteurs ont alors choisi de semer davantage de maïs, au détriment du blé. Plus rare, celui-ci est devenu plus cher. Les surfaces cultivées en blé ont donc été accrues, au détriment du soja, dont les cours se sont tendus à leur tour. Les biocarburants sont principalement responsables de la flambée actuelle des cours des matières premières agricoles. Mais cette hausse des prix a été renforcée par de mauvaises conditions climatiques. La sécheresse a sévi en Ukraine, qui est le grenier à grain de l’Europe, mais aussi au Maroc et en Australie, où la production l’an dernier a baissé de 60% par rapport à 2005.

Face à l’inflation sur ces matières premières, des pays parmi les plus gros exportateurs mondiaux ont restreint leur offre. Après la Chine et la Russie, le Kazakhstan a pris cette décision. Ce pays est le cinquième exportateur mondial de blé. Seuls les Etats-Unis et le Canada ont aujourd’hui les capacités nécessaires pour fournir des céréales sur le marché mondial. Il y a donc une situation de pénurie relative à la forte demande. Actuellement, les stocks mondiaux de blé représentent deux mois de consommation mondiale. Les réserves de soja n’excèdent pas un mois. La récolte devrait permettre de réduire ces tensions, si les conditions météorologiques sont normales. En cas d’intempéries ou de nouvelle sécheresse, le blé pourrait valoir 40% à 50% plus cher en 2009.

Les matières premières agricoles font-elles l’objet de spéculation, après avoir désintéressé les investisseurs pendant quarante ans ?

Les investisseurs sont rationnels. Ils misent quand les prix augmentent, ce qui n’a pas été le cas pendant les dernières décennies. Ils saisissent les tendances de marchés, mais ne les créent pas. Il ne faut pas stigmatiser les méchants spéculateurs. L’inflation sur les denrées alimentaires n’est pas directement liée à la hausse des matières premières, qui ne représentent que 2% à 5% du prix d’une baguette de pain. D’autres profitent de cette flambée des cours.

Quels sont vos autres thèmes d’investissement ?

Le panier de Prim’Univert permet dans un premier temps de miser sur la croissance de la population mondiale. En s’enrichissant, des pays comme la Chine et l’Inde adoptent de nouvelles attitudes alimentaires, davantage tournée vers les protéines et la viande. La demande de céréales pour l’alimentation du bétail croît fortement. La raréfaction de l’eau est aussi un thème d’investissement que nous avons retenu. Depuis les années 1950, la consommation d’eau dans le monde a triplé. La pollution des nappes phréatiques augmente avec la taille des villes. Pour rendre l’eau potable, de coûteuses infrastructures de retraitement des eaux usées et de dessalement d’eau de mer sont nécessaires. Le coût élevé de ces équipements va contribuer à l’augmentation du prix de l’eau. Comme 70% de l’eau consommée est utilisée par l’agriculture, notamment pour l’irrigation des cultures, le prix des céréales et des oléagineux devrait aussi progresser.

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Le PAM appelle au secours

Vous ne savez pas ce qu’est le PAM ? Je vous explique : il s’agit de la bureaucratie internationale appelée Programme alimentaire mondial. Le PAM est une sorte de pompier planétaire, chargé par l’ONU de nourrir en catastrophe ceux qui ne le peuvent plus par eux-mêmes. C’est une bureaucratie, je suis désolé de l’écrire. Une bureaucratie nécessaire, ô combien.

Cette année 2008, avertit le PAM, sera terrible. Il faudrait réunir de toute urgence 500 millions de dollars, ce qui paraît hors de portée. Lisez plutôt cet extrait sinistre, tiré d’un papier du Monde (lemonde.fr) : « Elaboré à l’été 2007, le budget 2008 (2,9 milliards de dollars) de la plus grande opération humanitaire du monde ne suffit plus. Une ration de nourriture au Rwanda coûte aujourd’hui 40 % plus cher qu’en juin 2007. Pour honorer ses programmes en cours, le PAM va devoir trouver 375 millions de dollars de plus pour la nourriture, et 125 millions de dollars de plus pour alimenter en carburant sa flotte de quelque 30 navires, 70 avions et près de 5 000 camions.

En attendant, le PAM s’en tire en puisant plus vite que prévu dans ses stocks de l’année. Mais faute de contributions, à partir du mois de juin ou de juillet, la nourriture va manquer. La situation est d’autant plus “grave”, explique-t-on au PAM, que l’augmentation des prix a précarisé les classes moyennes de pays comme l’Indonésie, le Yémen ou le Mexique. “Nous observons un nouveau visage de la faim avec des gens qui n’ont plus les moyens d’accéder au marché de la nourriture”, dans des endroits où elle ne manque pas, a expliqué au Financial Times Josette Sheeran, la directrice du PAM ».

J’ai noté, bien obligé, cette phrase insupportable à mes yeux : « En augmentant, le prix du pétrole se répercute sur toute la chaîne alimentaire : engrais, récolte, stockage distribution… Il incite par ailleurs à la production de biocarburants, qui entrent en “compétition”, selon le PAM, avec la production de nourriture ».

Le gras dans le texte est de moi. Combien de temps allons-nous accepter ?

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S’éclater au Sénégal

 La machine avance et prospère, jusque dans ce Sénégal si proche encore de l’imaginaire colonial français. Je vous livre volontiers un article paru ce jour dans un quotidien dakarois, Wal Fadjri, réputé sérieux (allafrica.com). Faut-il le préciser ? Ce pays des plus pauvre ne dispose pas de ce pétrole qui permet d’enrichir les gens en place. D’où peut-être cet indigne rapprochement. La propagande est sans frontière.
Sénégal: Promotion des énergies renouvelables - Le Sénégal et l’Italie jettent les bases d’un partenariat

Wal Fadjri (Dakar)

Ibrahima Diaw

La volonté du président Abdoulaye Wade d’affranchir le Sénégal du diktat du marché pétrolier et de faire des paysans des ‘pétroliers verts de demain’ commence faire des émules. L’Etat et une grande société italienne viennent de signer un pré-accord de partenariat scientifique et technique dans le domaine des biocarburants et des énergies renouvelables.

Le Sénégal et l’Italie viennent de jeter les bases d’un partenariat scientifique et technique dans le domaine des biocarburants et des énergies renouvelables. Les deux parties, représentées respectivement par le ministre des Biocarburants, des Energies renouvelables et de la Recherche scientifique, Christian Sina Diatta et le président de l’une des sociétés phares en matière d’énergies renouvelables en Europe, Tre Tozzi Renewable Energy Spa, Franco Tozzi, ont signé un pré-accord de partenariat dans ce sens, après une séance de travail sur les manifestations d’intérêt de la société italienne en agro-industries des Jatropha au Sénégal. D’après le communiqué de presse du ministère, ces échanges ont permis d’établir formellement des perspectives de partenariat entre les deux Etats.

En ce sens que ce pré-accord paraphé dans les locaux du ministère en présence des collaborateurs des deux parties, donne suite au mémorandum d’accord entre les Républiques d’Italie et du Sénégal, signé le 6 décembre 2007 par le président Abdoulaye Wade. Un document qui propose l’établissement de rapports de collaboration et de consultation techno-scientifique entre les deux pays pour l’accomplissement de programmes de recherche et de faisabilité dans les secteurs qui concernent les infrastructures dédiées à la production d’énergie électrique. Et la cellule de communication de révéler que cette entente s’inscrit en droite ligne de la vision du président Abdoulaye Wade d’affranchir le Sénégal du diktat du marché pétrolier et de faire des paysans des ‘pétroliers verts de demain’.

Ces perspectives de partenariat permettront de créer des emplois surtout dans les zones rurales, mais aussi aideront à développer le potentiel scientifique, technologique et notamment énergétique et économique pour le bien-être social des populations du Sénégal. La conseillère en communication du ministre, Adama Cissé Ndiéguène a également révélé que le Professeur Christian Sina Diatta, après avoir vivement salué l’engagement de notre compatriote Mamadou Lamine Touré, conseiller communal en Italie, qui n’a ménagé aucun effort pour la concrétisation de cette mission, a invité les Sénégalais de la diaspora à s’impliquer pleinement dans les programmes de recherche-développement du pays, selon l’appel du chef de l’Etat.

Aussi a-t-elle rappelé que ce pré-accord fait suite à une mission d’exploration et d’échanges que des sociétés privées italiennes ont effectuée au Sénégal sur des perspectives de partenariat. Une mission qui a rencontré et eu des séances de travail au ministère de l’Agriculture et de l’Elevage, plus spécialement à l’Institut sénégalais de la recherche agricole (Isra), assortie d’une visite de terrain à Saint-Louis, et qui a pu évaluer les initiatives sénégalaises en biocarburant et en énergies renouvelables.

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Crétineries en deux genres

 J’ai déniché l’info qui suit sur un site italien (www.innonation.org). Mais il faut lire l’italien. Pour les autres, je résume. Un extravagant professeur australien, fort bien vu du lobby industriel des biocarburants, propose un pacte mondial. John Mathews, je ne blague pas, enseigne le management stratégique. Et son idée, aussi grandiose que le crime qu’elle sert : réunir les moyens d’un accord international sur les biocarburants. Entre le Nord et le Sud. Pour permettre de tirer les pays pauvres de « leur état d’arriération chronique » tout en offrant des solutions au problème du réchauffement climatique et en améliorant la sécurité énergétique des riches.

C’est beau comme une grande connerie, et ça devrait coûter, calculette en mains, 240 millions de dollars. Une bagatelle, pour qui aime.

Pour le même prix, cette autre ânerie. Le grand, très grand président de Virgin, Richard Branson, se vante d’avoir fait décoller un avion de Londres - direction Amsterdam - avec 20% d’un biocarburant ajouté au kérosène. Ce pauvre monsieur est fier. Voyons ! On a crâmé de l’huile de noix de babassu et de l’huile de noix de coco. Vive la famine !

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Au salon de l’agriculture (du côté de chez Saab)

Grand merci à Bénédicte, qui m’envoie l’adresse d’un site de propagande en faveur des biocarburants : www.roulonspropre. C’est tellement gros, c’est tellement grave que j’en arrive à ricaner malgré moi. Le site, il faut chercher, est en fait payé par le constructeur automobile SAAB : roulonspropre-roulonsnature.com. Je me garderai bien de tout commentaire sur les personnes dont les visages apparaissent sur la page d’accueil de ce - je me bouche le nez - Biopower Team. Dieu m’en préserve.

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Au salon de l’agriculture

Merci à Laurence Mermet, qui m’envoie l’article suivant d’Ouest-France, que je vous livre sans commentaire.

Les agrocarburants montent en régime

On les accuse de concurrencer les cultures alimentaires. Ils sont pourtant en bonne place au salon de l’agriculture.

« Renault, Citroën et Saab carburent « vert. » Les constructeurs développent des modèles fonctionnant à l’éthanol (à partir de céréales, maïs, betterave) et au biodiésel (colza). Parmi les voitures présentées au salon : un cabriolet Saab à 39 000 €. « Les biocarburants de première génération utilisent de la matière noble comme le blé ou le maïs, reconnaît Julie Dumez, attachée de presse chez Renault. Nous sommes conscients de ce problème, c’est pourquoi nous orientons nos recherches sur des carburants de deuxième génération issus de déchets agricoles et forestiers. Ils ne rentreront plus en concurrence avec les cultures alimentaires. »

24 millions de tonnes dans le monde. Les agrocarburants pèsent 2 % de la consommation mondiale. Une goutte comparée au 1,6 milliard de tonnes de carburants fossiles brûlés chaque année dans les moteurs. Au salon de l’agriculture, on les appelle biocarburants mais on peut leur préférer le terme d’agrocarburants car ils sont l’objet de multiples controverses. En particulier sur leur impact écologique. En Amérique du Sud et en Indonésie, on abat des forêts pour planter des palmiers à huile gavés de pesticides.

Sept usines de biodiésel. La filière oléagineuse (colza, tournesol) a répondu à l’appel d’offres gouvernemental pour 2,3 millions de tonnes de biodiésel. Sept usines sur les 9 prévues ont été construites. « En 2010, nous aurons besoin de 2,5 millions d’hectares de colza sur les 3,6 millions disponibles en France, explique Gaël Petton, responsable de l’association Partenaires Diester. Le potentiel européen est important. Nous ne rentrons pas dans une logique de concurrence avec d’autres cultures. » Une soixantaine de collectivités et d’entreprises roulent au B30 (30 % de biodiésel, 70 % de gazole). Parmi les utilisateurs ou futurs utilisateurs : Saint-Brieuc, la laiterie Triballat, les bus de Quimper Métropole, le conseil général d’Ille-et-Vilaine…

1 500 pompes d’éthanol « E 85 ». Le gouvernement a donné l’agrément pour 1 million de tonnes de bioéthanol en 2009. Fabriqué à partir de céréales (220 000 ha soit 2,5 % de la sole céréalière) ou de betteraves, il peut être incorporé dans l’essence (à hauteur de 5,75 %) ou utilisé dans l’un des 4 600 véhicules flex fuel déjà en circulation et pouvant rouler avec un mélange à 85 % d’éthanol. Le frein, c’est le manque de pompes. Les distributeurs de carburant se sont engagés à en installer 1 500 d’ici fin 2008.

Jean-Paul LOUÉDOC.

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Quand l’Allemagne nous donne l’exemple

 Je reconnais que le titre de ce papier est un peu racoleur. Mais enfin, et compte-tenu de ce qu’est aujourd’hui un pays technique d’Europe, on peut dire, en effet, que la position allemande sur les biocarburants a de quoi faire réfléchir (afp.google.com). À l’heure où le ministre Barnier se déshonore en vantant les mérites d’une filière criminelle, l’État voisin réfléchit. Ce n’est pas Byzance, très loin de là, mais c’est mieux quand même. Voici le texte d’une dépêche AFP d’aujourd’hui 22 février 2008.

L’Allemagne va modérer ses ardeurs sur les biocarburants

BERLIN (AFP) — L’Allemagne va modérer ses ardeurs en matière de biocarburants, le temps de vérifier que la production de certains d’entre eux répond bien à des critères écologiques, a indiqué vendredi le ministre de l’Environnement Sigmar Gabriel.

“Nous devons d’abord calculer combien de CO2 est dégagé lors de la production de biocarburants pour être sûr que cela contribue à la protection de l’environnement. Nous n’autoriserons que les biocarburants qui sont au moins 30% meilleurs” en matière de protection climatique que les carburants classiques, a-t-il dit sur la chaîne de télévision ARD.

“Après (la parution de) quatre ou cinq grandes études internationales, nous allons devoir débattre de l’ensemble de notre stratégie sur les biocarburants et voir si elle est compatible avec les nouveaux résultats scientifiques”, a dit M. Gabriel.

Selon des experts américains notamment, l’implantation de cultures destinées à produire des biocarburants, souvent au détriment d’écosystèmes naturels, peut aggraver le réchauffement planétaire en générant pendant plusieurs décennies plus de dioxyde de carbone (CO2), le principal gaz à effet de serre.

L’Allemagne ne fait pas “marche arrière, certainement pas”, a dit M. Gabriel. Mais “tout doit être rééxaminé. Cela ne sert à rien de dire, juste parce qu’on a eu une bonne idée, +allons-y, fonçons+. Les critères que nous posons, au niveau national et de l’Union européenne, doivent être débattus”, a ajouté M. Gabriel. Ceci devra selon lui être fait “d’ici l’été”.

L’Allemagne veut importer uniquement des biocarburants produits de manière “écologique”, “dans des conditions sociales” correctes et pas au détriment des “forêts tropicales”, avait dit M. Gabriel jeudi devant les députés.

Berlin n’importera par exemple pas d’huile de palme, “tant que des accords n’auront pas été conclus” avec les pays qui la produisent pour certifier les critères de production, a précisé M. Gabriel sur ARD.

Et “tout ce que la biomasse n’apporte pas en matière de réduction de CO2, nous devrons l’obtenir d’autres manières”, a-t-il ajouté.

Les biocarburants (éthanol, biodiesel) devront, en 2020, composer 10% du carburant total englouti par les véhicules des Européens, a décidé la Commission européenne.

Le ministère allemand de l’Environnement et le puissant club d’automobilistes ADAC s’affrontent sur le nombre de véhicules qui pourront supporter le nouveau mélange biocarburant/carburant classique imposé par Berlin. “Plusieurs millions de véhicules” ne supporteront pas le dosage incluant 10% de matière bio, contre 5% aujourd’hui, selon ADAC. Le ministère affirme lui que seul 1% des véhicules en circulation ne le supportera pas.

Berlin veut imposer à partir de janvier 2009 un carburant mélangé avec 10% de biocarburant, dans un souci écologique.

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Barnier récidive (mais reste impuni)

Mon Dieu, comment est-ce possible ? Michel Barnier, ministre de l’Agriculture, dans ses oeuvres. Je vous livre ci-dessous un extrait d’un entretien accordé au journal gratuit Metro (metrofrance.com). Barnier reprend point par point le coeur de l’argumentaire du lobby industriel. Tout est faux, mais qui s’en soucie, au moment où le ministre donne son feu vert au pesticides Cruiser, malgré les scandales retentissants du Gaucho et du Regent ? Ces gens-là dégoûtent purement et simplement de la démocratie. Le texte en gras, ci-dessous, est de la rédaction de Metro. Le reste est ministériel.

Les agrocarburants suscitent la polémique car beaucoup craignent une mise en concurrence entre l’alimentation humaine et la demande en énergie. Comment réguler ce marché ?

La polémique fait partie du débat démocratique : il ne faut pas en avoir peur. Pour moi la priorité c’est l’alimentation : on ne sacrifiera la production à fin alimentaire au profit des agrocarburants. Je suis sûr qu’on a besoin des agrocarburants car on a besoin de diversifier notre énergie. Notre pays n’a ni gaz, ni pétrole. On ne peut pas se permettre de dépendre des autres. Défi énergétique est fondamental : le KW moins cher, le fuel qui pollue moins est celui qu’on ne consomme pas. Ensuite il faut consommer autre chose : la première source ce sont les énergies renouvelables. Le bilan énergétique et économique de ces agrocarburants évolue avec temps. Les derniers études de l’Ademe montrent un bilan écologique positif et leur bilan économique devient de plus en plus positif avec l’augmentation du prix du pétrole. On peut améliorer leur bilan écologique avec ce qu’on appelle la deuxième génération d’agrocarburants qui va permettre d’utiliser l’ensemble des plantes et donc d’augmenter leur rendement sans augmenter la surface cultivée.

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Via campesina parle (et bien)

Mon ami Patrick Herman m’envoie ce communiqué précieux de Via Campesina, réseau mondial de paysans auquel adhère la Confédération paysanne. Je ne vous en donne qu’un extrait, mais vous pouvez trouver la totalité sur : viacampesina.org

Une réponse à la crise mondiale des prix alimentaires : L’agriculture familiale durable peut nourrir le monde

(Rome, 14 Février 2008) Les consommateurs du monde entier ont vu les prix des denrées alimentaires de base augmenter d’une façon dramatique ces derniers mois, entraînant de grandes difficultés particulièrement au sein des communautés les plus pauvres. En un an, le prix du blé a doublé et celui du maïs a augmenté de 50%.

Cependant la production n’est pas en crise. Les statistiques démontrent que la récolte de céréales n’a jamais été aussi abondante qu’en 2007.

Les prix augmentent pour diverses raisons. D’abord, une partie de plus en plus importante de la production est actuellement détournée pour la fabrication d’agro-carburants; les réserves mondiales d’aliments sont au niveau le plus bas depuis 25 ans suite à la dérégulation des marchés par l’OMC et certains pays exportateurs comme l’Australie ont connu de mauvaises récoltes en raison d’accidents climatiques. Par ailleurs, les prix augmentent parce que des entreprises financières spéculent sur l’alimentation du monde, misant sur la perspective d’une offre insuffisante. La production alimentaire, sa transformation et sa distribution tombent de plus en plus sous la coupe de compagnies transnationales qui monopolisent les marchés.

La tragédie des agro-carburants: ils nourrissent les moteurs, pas les peuples

Les agro-carburants, (les carburants produits à partir des plantes, de l’agriculture et des forêts) nous sont présentés comme la réponse à la crise pétrolière et au réchauffement climatique. Toutefois de nombreux scientifiques et institutions admettent aujourd’hui que leur pouvoir énergétique et que leur influence sur l’environnement seront limités ou carrément négatifs. Malgré cela, le monde économique se rue vers ce nouveau marché qui entre en compétition directe avec les besoins alimentaires des populations.

Le gouvernement indien envisage de planter 14 millions d’hectares de Jatropha, La Banque inter-américaine de Développement estime que le Brésil dispose de 120 millions d’hectares qui pourraient être cultivés pour des récoltes destinées aux agro-carburants et le lobby des agro-carburants parle déjà de 379 millions d’hectares disponibles dans quinze pays Africains. La demande actuelle de maïs pour la production d’éthanol représente déjà 10% de la consommation mondiale, ce qui fait monter les prix.
Les agro-carburants industriels sont une absurdité économique sociale et environnementale. Leur production devrait être arrêtée et la production agricole devrait être dirigée en toute priorité sur l’alimentation.

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Un rapport sinistre sur l’Indonésie

J’ai écrit hier tout le mal profond que je pense de Michel Barnier. Je persiste et je signe : les politiques français et européens qui défendent les biocarburants se mettent au service d’une industrie criminelle. Puisse la mémoire collective le rappeler, sans cesse et sans limite de temps !

Christian Berdot, infatigable bagarreur, me met sur la piste d’un rapport, en anglais hélas, des Amis de la terre (www.foeeurope.org). Je n’ai fait que le parcourir, mais il est à l’évidence d’un intérêt immense. Car il décrit avec détail le désastre indonésien, à cause du déferlement du palmier à huile. Bien entendu, les nouvelles plantations industrielles, là-bas, visent à satisfaire la demande du Nord en biocarburants. La forêt trinque, mais aussi les hommes. Une association indonésienne, Sawit Watch, qui a participé au travail, a dénombré plus de 500 conflits sur le terrain, entre communautés villageoises et salopards au service de l’industrie (www.sawitwatch.or.id). Lisez, si vous le pouvez. Lisez et faites circuler autant qu’il est possible. Et agissons !