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En ce moment, là-bas

Je ne suis que le messager, de l’association mondiale Via Campesina. Je viens de recevoir le communiqué ci-dessous. Cassez vos télés, car elles ne diront jamais rien de vrai. Le vrai, le voici :

La Via Campesina

La face cachée de la crise alimentaire: de multiples violations des droits des paysans

(Jakarta, 21 Juin 2008) Environ 1000 petits paysans et paysannes du Mouvement International Via Campesina, de 25 pays différents et de 12 provinces indonésiennes se sont réunis aujourd’hui à Djakarta en vue de réclamer leur droit de manger et de nourrir leurs familles et leurs communautés. Ils vont participer pendant cinq jours à la Conférence Internationale sur les Droits des Paysans afin d’attirer l’attention à niveau mondial sur le sort des petits producteurs agricoles. Ils représentent presque la moitié de la population mondiale et sont la colonne vertébrale du système alimentaire. Pour autant, leurs droits sont systématiquement violés.

Des petits paysans sont expulsés de leur terre afin de laisser de l’espace pour les grandes plantations ou la construction de zones industrielles, résidentielles ou commerciales. Par exemple en Indonesie, le 29 janvier 2008, 35 agents de sécurité de la plantation nationale PTPN IV Adolina, aidés par 70 policiers du district de Deli Serdan, ont détruit 30 hectares de terre plantés de maïs et de casava appartenant de petits paysans. Sept d’entre eux ont été arrêtés en essayant de défendre leurs récoltes (ils ont été relachés). L’entreprise a mis a nu la terre pour ensuite y planter des palmiers pour la production d’huile de palme. Le Rapporteur spécial des Nations unies sur le Droit au Logement estime qu’environ 71,6% des ménages en Afrique, Amérique Latine  et Asie de l’Est et de l’Ouest (à l’exclusion de la Chine) n’ont plus de terre ou seulement des petits lopins de terre (1). En outre, les paysannes subissent une double marginalisation en tant que paysannes et en tant que femmes. Ce sont elles qui assument la plus grande partie des travaux agricoles mais elles ont moins accès à la terre, aux ressources, aux revenus et aux prises de décisions que les hommes.

Les politiques commerciales actuelles contraignent à la libéralisation des marchés alimentaires et engendrent une invasion des marchés nationaux par des aliments importés. Au Mexique, les accords de libre échange ont
conduit à une importation massive de maïs à bas prix depuis les USA. Les agriculteurs locaux, ne pouvant plus être compétitifs, ont perdu leur gagne pain. L’augmentation récente des prix du maïs sur le marché mondial a fortement augmenté le nombre de personnes souffrant de la faim au Mexique. De nombreux petits paysans disparaissent partout dans le monde. En Turquie, une famille de paysans quitte la terre toutes les 50 secondes. Depuis 2 ans, les paysans ne pouvant plus rembourser leurs emprunts ont commencé à se suicider et cette situation n’a fait qu’empirer depuis.

Les organisations paysannes luttant pour défendre leurs droits, l’accès à la terre, à l’eau, aux semences, en particulier celles qui réclament une plus grande participation aux politiques agricoles sont l’objet  de criminalisation et de répression violente. Au Brésil, en 2007, environ 4.340 familles ont été expulsées de leurs terres par des entreprises privées et 28 personnes ont été assassinées 259 ont reçu des menaces de mort à cause de conflits liés à la terre (2). En novembre 2007, Valmir Mota d’Oliveira (Keno), un leader paysan de la Via Campesina Brésil a été  assassiné par les services de sécurité employés par la multinationale Syngenta lors de l’occupation des terres (3).

En Indonésie au cours de 2007, plus de 196.179 hectares de terres agricoles ont été expropriés et plus de 166 paysans ont été arrêtés et /ou ont subi des violences, 12 personnes ont été bléssées et 8 tuées lors deconflits agraires. (4).

Les paysans et leurs alliés, participant à la Conférence internationale de Djakata vont présenter la situation existante dans leurs pays et unir leurs forces afin que leurs droits puissent être reconnus et appliqués.

Via Campesina demande aux Nations unies de créer un cadre juridique international reconnaissant les Droits des Paysans. Via Campesina pressent leurs gouvernements et les organisations internationales d’assumer leurs responsabilités et d’appliquer  les droits des petits paysans en encourageant une agriculture paysanne durable, en lançant la réforme agraire et en développant les marchés locaux.

La crise alimentaire actuelle et celle de l’environnement sont la conséquence d’une agriculture extensive, du contrôle de la chaîne alimentaire par les multinationales et de la libéralisation du marché des aliments. Tout ceci a entraîné la destruction de l’environnement et le remplacement  de la petite ferme familiale par de très larges exploitations agricoles. L’alimentation se trouvent maintenant dans les mains des investisseurs et des spéculateurs. De telles politiques ont dépouillé les paysans de leur revenu et a jeté la population du monde dans une crise alimentaire mondiale.

C’est maintenant aux gouvernements de résoudre la crise qu’ils ont créée alors qu’ils pensaient que le libre-échange suffirait à organiser les marchés et à nourrir la planète. Il est temps de rediriger les politiques agricoles vers une production alimentaire à échelle humaine, une agriculture durable et des marchés locaux.

L’alimentation n’est pas seulement le problème des paysans, elle concerne l’humanité entière.

(1)    E/CN.4/2003/5/Add.1
(2)    Conflictos no Campo Brasil, CPT, 2007
(3)    More information on www.viacampesina.org
(4)    Serikat Petani Indonesia - Report on Peasant’s Rights Violations – 2007

Plus d’informations: www.viacampesina.org and www.spi.or.id

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Quelques bricoles de plus

 Il n’y aura pas de trêve. Ceux qui croient que les partisans de l’industrie criminelle des biocarburants reculent se trompent. Lourdement. Dans le meilleur des cas, ces derniers rusent et parlent de biocarburants de seconde génération qui n’existent que dans les laboratoires. Ils remplaceraient avantageusement les seuls qui sont produits sur terre, dans dix ans, ou plus. Personne ne sait, et personne ne peut savoir. C’est de la propagande.

Voyez comme les algues font saliver les marchands (ici).

Autre facette inouïe du drame mondial en cours : le Mozambique. Ce grand pays africain, anciennement portugais, est l’un des plus pauvres de la planète.En partie parce qu’il ne s’est jamais remis de la guerre civile qui l’a ravagé entre 1976 et 1992. On parle d’un million de morts, ce qui n’est que statistique. La structure du Mozambique en a été bouleversée, les familles ont éclaté, les enfants ont rejoint les armées combattantes, la faim s’est durablement installée.

C’est dans ce territoire de paysans pauvres ou misérables que des salopards tentent d’imposer des biocarburants. Une étude de la Banque mondiale et du gouvernement italien vient d’être rendue publique. À en croire ces messieurs, le Mozambique est mûr, et devrait se concentrer sur des cultures de tournesol, de canne à sucre et de sorgho. Ces trois plantes, déjà présentes sur place, seraient une excellente matière première pour obtenir des biocarburants  (ici, en anglais).

Léger problème, qui fait tousser ces braves gens : la compagnie portugaise Iberol vient d’annoncer qu’elle cessait de produire au Mozambique du soja et du tournesol destinés aux biocarburants. Et pourquoi diable ? Mais parce que les récoltes étaient largement volées avant que de pouvoir être triturées et changées en essence. Commentaire explicite d’un responsable d’Iberol, Joao Rodrigues : « Comment faire de l’huile destinée aux biocarburants quand les gens vivant en face de la plantation n’ont pas d’huile pour faire à manger ? ».

Eh oui, comment faire ?

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Des envahisseurs, en plus du reste

Je vous renvoie volontiers au site du Matin, journal suisse qui vient de publier, avant les Français, cette dépêche de l’AFP très intéressante (ici pour la version d’origine). Ainsi donc, de nouveaux arguments contre tous ceux qui vantent l’usage cinglé de l’herbe à éléphant ou du jatropha pour fabriquer des biocarburants. Évidemment ! ai-je envie d’écrire. Mais lisez vous-même.

Les plantes pour agrocarburants peuvent menacer la biodiversité

Les plantes utilisées pour développer les agro-carburants sont souvent des “espèces envahissantes” qui mettent en danger la diversité de la vie végétale, a mis en garde mardi l’Union mondiale pour la nature (UICN) à Bonn, où se tient la conférence de l’ONU sur la biodiversité.

20/05/2008 BONN (AFP)

Ces plantes sont généralement sélectionnées en raison de “leur croissance rapide et leur productivité élevée, deux caractéristiques des espèces envahissantes”, a souligné lors d’un point presse Geoffrey Howard, responsable du programme de l’UICN sur les espèces envahissantes.

Les risques de propagation de ces plantes doivent être évalués avant de les utiliser, a-t-il estimé.

Les espèces, végétales ou animales, sont considérées comme “envahissantes” quand elles sont implantées, accidentellement ou volontairement, dans une région dont elles ne sont pas originaires et ou elles se développent très rapidement.

C’est le cas de la canne de Provence (Giant reed, Arundo donax), une plante herbacée introduite dans certaines régions d’Amérique et en Afrique du sud et qui est rapidement devenue envahissante au détriment des autres plantes, a indiqué le responsable de l’UICN.

Cette plante qui peut atteindre rapidement 6 à 7 mètres de haut consomme 2.000 litres d’eau pour chaque mètre de croissance, a-t-il fait remarquer.

D’autres plantes sont visées: l’herbe à éléphant ou roseau de Chine (Miscanthus), une graminée originaire d’Asie, ou le pignon d’Inde (Jatropha curcas), considéré comme l’or vert du désert car il pousse en milieu semi-aride et produit un fruit dont est tirée une huile facile à transformer en biodiesel.

Les espèces envahissantes constituent actuellement une des causes les plus importantes de l’érosion de la diversité de la vie animale et végétale sur la planète.

Le développement des agro-carburants figure parmi les objectifs des dirigeants européens qui veulent en imposer 10% dans les transports afin de porter à 2O% la part des énergies renouvelables et réduire de 20% les émissions de gaz à effet de serre de l’UE d’ici à 2020.

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Les socialistes contre les biocarburants

Je ne vous en dis pas plus, mais vous allez être surpris si vous cliquez ici. Le parti socialiste vient en effet de prendre position contre les biocarburants issus de céréales et de plantes alimentaires. Et il réclame leur interdiction ! C’est inouï, c’est tellement inouï que cela cache quelque chose. Quoi ? Je vous laisse le découvrir par vous-même. Car c’est vrai, certes, mais surtout faux. Appelons cela un jeu (sinistre).

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Un document inestimable (sur la faim)

Je cède ma place avec bonheur à l’OGN Grain, qui vient de publier un grand texte sur la crise alimentaire mondiale. Je voulais vous mettre la totalité du texte ci-dessous, mais des problèmes techniques m’en empêchent. Voici en tout cas le lien (grain.org), que je ne peux que chaudement conseiller. Et un grand bravo aux auteurs du rapport.

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Le sorgho au secours du jatropha

Étonnante dépêche de l’AFP (voir à la fin de ce papier), à la gloire du sorgho destiné aux biocarburants ! Elle me rend furieux, inutilement furieux, car je suis de toute façon impuissant. En deux mots : “des chercheurs” auraient donc trouvé la pierre philosophale. Une plante si géniale qu’elle remplirait à la fois les ventres creux et les réservoirs sans fin. Le sorgho.

L’ignominie de cette « découverte » saute aux yeux : le jatropha étant déconsidéré en partie, le sorgho prend en quelque sorte sa place. Voyez mon article précédent sur ce blog, ou plutôt celui de Sylvie Kauffmann. Voyez le rôle réel du jatropha dans les pays du Sud, ce jatropha que tous les enthousiastes des biocarburants vantaient et vantent encore comme la plante emblématique de leur criminelle industrie. Le jatropha a bien perdu de sa superbe, mais le sorgho pourrait bien le remplacer dans l’esprit des nombreux gogos de la place.

Sachez ce que ne dit pas l’AFP : l’ ICRISAT est peut-être à but non lucratif, mais certainement pas dénué d’arrières-pensées. Parmi ceux qui financent l’entreprise, outre d’innombrables organismes officiels liés à l’agriculture industrielle, je retiens trois héros du monde moderne : la fondation Bill Gates, la fondation Coca-Cola, la fondation Syngenta (un géant mondial de l’agrochimie). Vive l’information libre et gratuite !

Le sorgho, une plante miracle pour l’alimentation et les biocarburants

WASHINGTON (AFP) - Le sorgho paraît être la culture miracle capable de produire en zones semi-arides à la fois du biocarburant et des aliments sans impact néfaste sur le marché alimentaire mondial et l’environnement, ont expliqué lundi des scientifiques travaillant sur un projet pilote en Inde.

“Nous considérons le sorgho à sucre comme la récolte idéale car elle peut à la fois produire de la nourriture et de l’éthanol”, a souligné William Dar, directeur général de l’Indian Crops Research Institute for Semi Arid Tropics (ICRISAT), un institut international de recherche à but non-lucratif dans un communiqué.

Le sorgho à sucre (Sorgum bicolor) est la cinquième grande culture céréalière mondiale après le riz, le maïs, le blé et l’orge.

Il pousse dans des terrains secs, tolère bien la chaleur, des sol détrempés ou à forte salinité, des qualités idéales pour la zone semi-aride de la planète où se trouve une grande concentration de pauvreté, relève Mark Winslow, un agronome de l’ICRISAT dans un entretien avec l’AFP.

Cette plante atteint de 2,6 à 4 mètres de hauteur avec des tiges feuillues très riches en sucre permettant de fabriquer de l’éthanol par distillation.

Pour une même surface cultivée, le sorgho consomme deux fois moins d’eau que le maïs pour une valeur nutritionnelle comparable et huit fois moins que la canne à sucre.

De ce fait, le sorgho requiert peu ou pas d’irrigation qui nécessite des pompes à eau coûteuses en carburant fossiles émettant du CO2, le principal gaz à effet de serre, note M. Winslow.

“Avec une bonne gestion, les petits agriculteurs peuvent par exemple améliorer leurs revenus de 20% par rapport à d’autres cultures dans des zones semi-arides comme en Inde”, a expliqué William Dar dans un communiqué.

Aux termes d’un partenariat entre la firme privée indienne Rusni Distilleries et quelque 791 agriculteurs de l’Andhra Pradesh en Inde, l’ICRISAT a aidé à construire et à faire fonctionner depuis 2007 une usine d’éthanol à partir du sorgho à sucre produit par ces petits fermiers.

En Inde, un gallon (3,78 litres) d’éthanol produit à partir du sorgho revient à 1,74 dollar, comparé à 2,19 dollars pour la canne à sucre et 2,12 dollars pour le maïs, précise l’ICRISAT.

Des projets développés sur le même modèle de partenariat sont en cours aux Philippines, au Mexique, an Mozambique et au Kenya, précise le document de l’ICRISAT dont le siège est en Inde et qui reçoit des fonds publics de gouvernements.

Les Etats-Unis et l’Union européenne sont également très intéressés par le sorgho pour produire du biocarburant, a indiqué Mark Winslow.

Une grande conférence internationale sur le sorgho sponsorisée par le Ministère américain de l’Agriculture est prévue en août à Houston (Texas, sud-ouest) pour évaluer le potentiel de cette culture pour produire de l’éthanol.

“Je pense que le sorgho va être l’une des deux grandes cultures tropicales” pour produire des biocarburants, ce qui va augmenter les capacités du marché mondial dans lequel la demande excède largement l’offre, estime cet expert.

“C’est un situation gagnante sur toute la ligne” pour les pays en développement en particulier, qui peuvent ainsi économiser l’argent pour importer du pétrole et l’investir dans la culture du sorgho et la production d’éthanol, poursuit M. Winslow.

Selon lui, l’Inde pourrait, avec cent distilleries de capacité moyenne comme celle d’Andhra Pradesh (40.000 litres par jour), satisfaire à ses besoins en carburant.

Contrairement au maïs, l’utilisation de sorgho à sucre pour produire du biocarburant a un impact négligeable sur le marché alimentaire mondial car il est peu demandé.

Le sorgho est actuellement cultivé sur 42 millions d’hectares dans le monde dans 99 pays et les Etats-Unis sont le premier producteur.

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Le FMI serait-il immoral ?

Lisez donc ce jugement du Fonds monétaire international (FMI), dirigé par notre Strauss-Kahn national (ici). Ainsi donc, selon l’expert John Lipsky, les biocarburants seraient responsables de 70 % de la hausse du prix du maïs et de 40 % de celle du soja. En somme, le FMI est d’accord avec moi : c’est une première qui me donne envie de me saouler à mort.

Vous noterez que Lipsky ne sait pas quoi penser. Affamer des hommes pour fabriquer du carburant ne lui pose pas de vrai problème. Car au passage, les biocarburants jouent, à la baisse, sur le prix du pétrole. Et donc, notre moraliste hésite. Me saouler, oui.

j’y rajoute cette chronique de la journaliste Sylvie Kauffmann, parue dans le journal Le Monde du 12 mai 2008. Sur la Birmanie. Et les biocarburants.

Qui sème le biodiesel ne récolte plus de riz

Dans son immense dénuement, la Birmanie avait malgré tout réussi à assurer son autosuffisance en riz, aliment de base dans ce pays, grâce à la production des rizières du delta de l’Irrawaddy. En submergeant le “grenier à riz” des Birmans, le cyclone Nargis a tout anéanti. La FAO, l’organisation mondiale de l’alimentation, estime à 80 % la proportion de récoltes détruites. Il va falloir importer. Au drame humain s’ajoute un désastre agricole, qui va provoquer une pression supplémentaire sur le marché mondial du riz, très agité depuis plusieurs mois.

Avant l’arrivée de la dictature militaire et le lancement de “la voie birmane vers le socialisme”, en 1962, la Birmanie avait été le premier exportateur mondial de riz. Puis le pays s’est enfoncé dans la misère et, ces dernières années, le sort des agriculteurs a été encore compliqué par une innovation du régime : remplacer par endroits, de manière parfaitement décousue selon des humanitaires sur place, la culture du riz par celle d’une plante non comestible qui permet de produire un biodiesel, le jatropha, sans tenir compte des propriétés de la terre ni des capacités des cultivateurs à transformer le jatropha. La catastrophe birmane rappelle jusqu’à la caricature le dilemme qui apparaît de plus en plus crûment aux pays en développement ou émergents. Faut-il donner la priorité à la protection de l’environnement ou au nombre de bouches à nourrir ?

L’Asie, qui a surtout fait parler d’elle depuis un an pour ses fonds souverains et ses taux de croissance mirobolants, paraît moins sévèrement frappée par la crise alimentaire que l’Afrique ou Haïti, mais la Banque asiatique de développement (ADB), qui vient de s’engager à débloquer 2,5 milliards de dollars d’aide à l’agriculture d’ici à la fin 2009, estime à un milliard le nombre d’habitants de la région sérieusement affectés par la hausse des prix alimentaires. Des années d’effort de réduction de la pauvreté sont menacées. En Asie, région du monde à la plus forte croissance du nombre de millionnaires, la hausse du niveau de vie a poussé la demande alimentaire, mais plus de 600 millions de gens vivent avec moins d’un dollar par jour.

Le prix du riz, qui fournit le tiers des besoins caloriques de la population asiatique, a commencé à grimper en 2005 ; début 2006, il a franchi le cap des 300 dollars la tonne, puis s’est carrément envolé fin 2007. En avril, il a frôlé les 1 000 dollars la tonne. Plusieurs pays producteurs de la région, confrontés à l’inflation et au risque d’agitation sociale, ont pris des mesures de contrôle des exportations, qui ont eu pour effet de faire encore monter les prix.

Les Asiatiques tiennent pour largement responsables de la hausse des prix des céréales les politiques des pays riches en faveur des agrocarburants, ainsi que la hausse des coûts de l’énergie. Milan Brahmbhatt, économiste de la Banque mondiale spécialiste de l’Asie-Pacifique, relève que l’impact de ces politiques sur le riz est moins direct que sur d’autres céréales parce que, à moins d’être la junte birmane, on transforme rarement la culture du riz en culture de biocarburant : le terrain ne s’y prête pas. Mais l’effet indirect est inévitable, car le riz et d’autres céréales sont substituables. Les avantages tirés de l’utilisation des agrocarburants pour l’environnement justifient-ils le coût pour une partie de l’humanité qui n’arrive plus à payer ses aliments de base ? “Quelle est la valeur du bien-être humain futur (que vise la protection de l’environnement) par rapport à celle du bien-être humain aujourd’hui (assuré par des prix alimentaires abordables) ?, demande Milan Brahmbhatt. C’est l’une des questions clés du débat sur le changement climatique.” La question s’étend aussi, bien sûr, à la culture des OGM, rejetée par les écologistes, mais dont on pense volontiers, dans les pays émergents, qu’ils permettraient d’alléger la crise alimentaire.

A sa manière, le rapport Stern sur l’économie du changement climatique, rendu public fin 2006, privilégiait le bien-être humain futur. En avril, un autre rapport, préparé par l’Association internationale de science agricole et de la technologie du développement, a averti que “l’agriculture moderne devrait changer radicalement si la communauté internationale veut s’accommoder de populations croissantes et du changement climatique”. Le débat continue. Il n’est pas clos non plus en Inde, où les récents propos du président Bush sur la part de responsabilité de la classe moyenne indienne, de plus en plus prospère et donc de plus en plus consommatrice, dans la hausse des prix alimentaires, ont mis la classe politique en fureur. “C’est une mauvaise blague, a dit le ministre de la défense, A. K. Antony. C’est la politique américaine qui est responsable de la pénurie de céréales.” Secrétaire d’Etat au commerce, Jairam Ramesh a mis tout le monde d’accord : “Bush, a-t-il assené, n’a jamais été réputé pour son expertise économique.”

Post-scriptum. Le ministre malaisien des affaires étrangères, Rais Yatim, a proposé que les femmes voyageant seules à l’étranger produisent désormais l’autorisation de leur famille ou de leur employeur, afin d’éviter que des jeunes femmes crédules ne soient utilisées comme “mules” par les trafiquants de drogue : 119 Malaisiens, dont 90 % de femmes, sont actuellement emprisonnés à travers le monde pour des affaires de drogue. Tollé des organisations féminines. Deux jours plus tard, le ministre a apporté une précision : il voulait dire, bien sûr, que la mesure ne s’appliquerait qu’aux moins de 21 ans.

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Avis à tous les opposants

Je viens de trouver ça. Qui annonce un “Forum mondial sur les biocarburants” à Prague en juin prochain. Ma foi, cela pourrait donner des idées à ceux QUI NE SONT PAS D’ACCORD et qui entendent le montrer. On peut toujours rêver. Ces braves gens ontun site. Au troisième degré, c’est d’un drôle… !  http://www.wbfevent.com/


Forum mondial sur les biocarburants à Prague, en juin 2008

Du 9 au 11 juin 2008 se tiendra à Prague un forum mondial sur les biocarburants. Ces deux dernières années ont connu un développement sans précédent de ce type d’énergie, et ce phénomène devrait persister dans les années à venir. Mais en dépit de cette expansion, l’industrie des biocarburants est toujours confrontée à de nombreux défis, tant économiques que politiques.

Le forum, qui réunira les personnalités les plus importantes du secteur, fera une large place à ces questions-clés et permettra aux participants de se tenir informés des dernières innovations. Outre un salon, où des stands présenteront les dernières technologies mises au point en matière de biocarburants, le forum proposera des conférences, des ateliers de réflexion, des rendez-vous avec d’autres acteurs de la branche, des études de cas.

 
     
                 
   

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La fin de la nourriture à bas prix (à lire)

 

Le Belge Olivier de Schutter est le nouveau rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation. Interrogé par le journal Le Monde, il dit des choses qui me semblent importantes, même si je ne les partage pas toutes. Son point de vue sur le Brésil - décidément ! - rejoint celui de son prédécesseur le Suisse Jean Ziegler, grand ami du président Lula. N’importe. Un bon texte reste un bon texte.

La fin de la nourriture à bas prix

La communauté internationale a été prise de court par les émeutes de la faim de façon “inexcusable”, estime Olivier de Schutter dans un entretien au Monde. Ce professeur de droit belge, secrétaire général depuis 2004 de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme a été nommé, le 26 mars, rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation par le Conseil des droits de l’homme, basé à Genève.

 

Le Monde : quelle sera votre première initiative pour faire face à la crise alimentaire ?

Olivier de Schutter : Je vais recourir à “l’option nucléaire”, en demandant une session spéciale du Conseil des droits de l’homme. Symboliquement, il s’agit de mettre les droits économiques et sociaux à égalité avec les droits civils et politiques, invoqués pour saisir le Conseil sur la situation au Darfour, en Birmanie, ou dans les territoires palestiniens. Le Conseil ne peut rester silencieux. J’espère qu’il trouvera sur ce dossier l’unité qui fait défaut ailleurs.

La communauté internationale a-t-elle été prise de court par les émeutes de la faim ?

Oui, et c’est inexcusable. Beaucoup criaient dans le désert depuis des années pour qu’on soutienne l’agriculture dans les pays en développement. Rien n’a été fait contre la spéculation sur les matières premières, prévisible, depuis qu’avec la chute de la bourse, les investisseurs se repliaient sur ces marchés. On paye vingt années d’erreurs. Avec l’augmentation de la demande alimentaire, l’offre ne suit plus. L’agriculture industrielle, fondée sur des intrants coûteux, montre ses limites.

Faut-il blâmer les institutions financières internationales ?

Oui. Pendant vingt ans, elles ont gravement sous-estimé la nécessité d’investir dans l’agriculture - la Banque mondiale l’a reconnu fin 2007. Et les plans d’ajustement structurel du Fonds monétaire international ont poussé les pays les plus endettés, notamment dans l’Afrique subsaharienne, à développer des cultures d’exportation et à importer la nourriture qu’ils consommaient. Cette libéralisation les a rendus vulnérables à la volatilité des prix.

L’ampleur de la crise vous a surpris ?

Le plus étonnant est la rapidité de son explosion. Il a manqué une réaction coordonnée des Etats. Lorsque l’Indonésie ou l’Inde imposent des restrictions à l’exportation, cela fait monter les prix sur les marchés internationaux, et il est plus difficile pour les Philippines d’acheter le riz dont elles ont besoin. Ces réactions désordonnées se contredisent. Le danger serait de mettre des pansements, en distribuant de l’aide alimentaire, sans travailler aux causes profondes derrière les réactions de panique des Etats.

Le pire est-il passé ?

La crise va durer jusqu’aux récoltes du début de l’automne, qui, si elles sont bonnes, vont diminuer la tension sur les marchés. Le thermomètre va baisser, mais la maladie reste. C’est un rappel à l’ordre. L’ère de la nourriture bon marché est derrière nous. Les acteurs internationaux sont mobilisés et je pense qu’on parviendra à éviter la famine. Mais la malnutrition, qui a un impact considérable sur le développement des enfants, est à redouter. Les pauvres en milieu urbain et les populations des pays importateurs de nourriture seront les plus touchés.

Pensez-vous que le développement des agrocarburants, accusés de faire monter les prix, doive faire l’objet d’un moratoire.

Au sens juridique, non. Je suis d’accord avec sa dénonciation, avec des précisions. Il faut reconnaître le droit des pays à se développer. Le poids des bioéthanols au Brésil est tel que je n’imagine pas de retour en arrière. Certains agrocarburants de la première génération sont peut-être prometteurs : des plantes comme le jatropha, ou certaines variétés de sorgho, poussent sur des terres peu fertiles. Mais les objectifs ambitieux en matière de production de biocarburants que se sont fixés les Etats-Unis et l’Union européenne sont irresponsables. La production de colza, l’huile de palme, qui détruit les forêts en Indonésie, l’utilisation d’un quart de la récolte de maïs aux Etats-Unis, c’est un scandale, qui sert uniquement les intérêts d’un petit lobby, avec l’argent du contribuable. J’appelle au gel de tout investissement dans ce secteur.Qu’en est-il des carburants de la deuxième génération, produits à partir de déchets agricoles ?

Ils ne sont pas une panacée, dans la mesure où ils consomment encore plus d’eau que ceux de la première génération. Etudions-les, mais ne nous voilons pas la face : il faut consommer moins d’énergie, utiliser moins d’automobiles, et ne pas se faire d’illusion sur la capacité des nouvelles technologies à nous permettre de poursuivre notre mode de vie occidental.

Le marché alimentaire va s’autoréguler ?

La “main invisible ” n’est pas la solution, c’est le problème. J’étudie des mécanismes de taxation des mouvements spéculatifs, que l’Inde songe à mettre en place. Dans le domaine agricole, l’offre est relativement inélastique et les terres arables ne sont pas extensibles à l’infini. Par ailleurs, un petit nombre d’entreprises, Monsanto, Dow Chemicals, Mosaic, détiennent les brevets sur des semences, des pesticides, des engrais, qu’elles peuvent vendre à des prix élevés pour les petits producteurs. Il faut réfléchir à une modification des règles de la propriété intellectuelle de ces entreprises, dont les profits explosent.Les pays riches doivent-ils mettre fin aux subventions agricoles ?

Je suis pour une suppression graduelle. L’OCDE paye chaque année à ses agriculteurs 350 milliards de dollars, contre un milliard d’aide à l’agriculture pour les pays en développement. C’est une honte. Mais si on supprime les subventions immédiatement, les pays en développement, qui importent ces produits, devront les payer plus cher.

Avant, les Etats-Unis et l’UE déversaient l’aide alimentaire quand il y avait des surplus. Les prix baissaient mettant en difficulté les producteurs locaux. Il faut au contraire les encourager à produire , acheter leurs produits sur les marchés locaux et les donner aux plus pauvres. Au lieu des cargos de blé qui traversent l’Atlantique, il faut une aide financière.

 

Propos recueillis par Philippe Bolopion

Article paru dans l’édition du 03.05.08.

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Menace sur 60 millions d’humains autochtones

Ce texte me vient de l’association Survival, qui le publie ce 2 mai 2008. Nous en sommes donc là, en face du pire.

Le biocarburant menace les terres de 60 millions d’autochtones 

Selon les participants au Forum permanent des Nations-Unies sur les questions indigènes, qui s’est réuni ces jours-ci à New York, la demande mondiale en biocarburant détruit les terres et les vies des peuples indigènes.

Un rapport présenté au Forum dénonce la recrudescence des ‘violations des droits de l’homme, des déplacements et des conflits provoqués par la spoliation des terres et forêts ancestrales pour y produire du biocarburant’. L’un des auteurs du rapport, Victoria Tauli-Corpuz, présidente du Forum, a déclaré que si elle continue à ce rythme, l’expansion des biocarburants menacera les terres et les modes de vie de 60 millions de membres de communautés indigènes du monde entier.

Le palmier à huile est la plus dévastatrice des plantes utilisées pour produire du biocarburant. En Malaisie, plusieurs millions d’autochtones sont déjà affectés par de telles plantations, tout comme en Indonésie, où plus de 6 millions d’hectares ont été plantés, principalement en territoire indigène. En Colombie, des milliers de familles, la plupart indigènes, ont été violemment expulsées de leur terre pour y cultiver le palmier à huile et autres plantes pour biocarburant.

La Malaisie, l’Indonésie et la Colombie sont en train de planifier l’extension de leurs plantations de palmier à huile. L’Indonésie a annoncé qu’un projet de plantation à Bornéo impliquera le déplacement de près de 5 millions d’autochtones et qu’en Papouasie, 5 millions d’hectares, en majeure partie sur des terres indigènes, ont été réservés à la plantation de palmiers à huile. La Colombie se prépare à en planter 6,3 millions d’hectares, ce qui affectera plus de cent communautés indigènes.

‘Si le gouvernement nous prend nos terres, que nous restera-t-il ? Elles seront détruites par ces plantations’ a déclaré un leader Papou à Survival lors d’une interview.

La canne à sucre, le soja, le maïs, le manioc et la jatropha, une plante d’Amérique centrale, sont également utilisés pour produire du biocarburant. Les Guarani du Brésil ont perdu une grande partie de leur territoire au bénéfice des plantations de canne à sucre, tandis que le gouvernement indien projette de consacrer 13,5 millions d’hectares d’une terre qu’il considère comme ‘vide’ mais dont la majeure partie est habitée par des peuples indigènes.

Stephen Corry, directeur de Survival a déclaré aujourd’hui : ‘Le boom du biocarburant n’a pas seulement de graves conséquences sur l’environnement, la hausse du prix des denrées alimentaires ou la survie des orang-outang – il a aussi un impact dévastateur sur les peuples indigènes. Les compagnies qui promeuvent cette industrie ont réellement la volonté de se débarrasser des peuples indigènes afin d’accaparer leurs terres’.

Pour plus d’informations
Dominique Dauzier 00 33 (0)1 42 41 44 10
dd@survivalfrance.org

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Une pompe en moins sur terre

Ce qui suit est un cadeau de Sandro Minimo, que je remercie chaudement : la Confédération paysanne - enfin ! et bravo ! - vient de démonter une pompe à éthanol dans Paris, près de la porte d’Orléans. Regardez, il y a des images. Comme dirait Sandro, que je reprends aussitôt à mon compte : YES !

www.rue89.com

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“Les biocarburants sont catastrophiques pour le climat”

Je vous glisse ci-dessous un article du magazine belge 7 sur 7  - tiré d’une dépêche de l’agence Belga - qui se passe de tout commentaire. Ce qui me fera quelque(s) vacance(s). Bien à vous tous (je n’ai pas abandonné l’idée de laisser ce blog à tout courageux volontaire). L’article :

“Le développement de la première génération de biocarburants a impact catastrophique sur le climat et sur la disponibilité de nourriture. L’Union européenne doit immédiatement changer de trajectoire”, explique mercredi l’expert climatique Peter Tom Jones (KU Leuven) dans les pages du journal De Standaard.

Il y a quelques années, les biocarburants étaient présentés comme la solution aux problèmes environnemental et climatique. Le rêve semble aujourd’hui s’écrouler. “Dans la littérature professionnelle, certaines voix se lèvent pour mettre en garde contre la production à grande échelle des biocarburants. Le danger est scientifiquement prouvé, mais il faut toujours un laps de temps avant que ces preuves ne soient connues du politique et qu’elles soient prises au sérieux par celui-ci”, explique Peter Tom Jones, de la KU Leuven.

“Les biocarburants de la première génération, produits à partir de produits alimentaires tels que la canne à sucre, le soja ou l’huile de palme, n’obtiennent pas de score remarquable sur la balance énergétique. Quant au score CO2, qui était l’une des principales raisons pour la promotion des biocarburants, il est catastrophique”, poursuit-il.

Dans des pays comme le Brésil, l’Inde et la Malaisie, la production de biocarburants est devenue un business en plaine expansion, mais au détriment des écosystèmes vierges, comme la forêt tropicale ou la savane, qui sont détruits pour la culture des plantes servant à la fabrication des biocarburants. (belga).

Le texte original est ici.

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Marre, absolument marre

Je songe sérieusement à fermer ce blog. Je l’ai créé il y a un peu plus de six mois, au moment de la sortie de mon livre La faim, la bagnole, le blé et nous (Fayard), qui était un pamphlet contre les biocarburants.

Je ne suis pas devin, ni Dieu le père. Et j’ai pourtant écrit que cette industrie criminelle menait droit à des famines de masse, à l’aggravation de la crise climatique et à l’assaut contre les forêts tropicale et leur fabuleuse biodiversité. Nous y sommes en plein.

D’innombrables points de vue des plus hautes institutions reconnaissent aujourd’hui le lien entre le déferlement des biocarburants et la tragique crise alimentaire en cours.

Quant à moi, qui suis un homme, j’en ai marre. Marre de ces montagnes d’hypocrisie. Marre de ces associations écologistes françaises qui ne bougent toujours pas un orteil. Marre de ces journalistes incultes qui ne lisent rien et ne savent pas davantage.

Je crois avoir fait mon simple devoir. Et je renvoie à mon livre, car il contient d’évidence de nombreuses vérités profondes sur le monde réel, tel qu’il est réellement. Je dois ajouter que j’ai la rage au coeur, qui ne disparaîtra pas.

PS : Je suis prêt, évidemment, à laisser la gestion de ce blog à qui souhaiterait le poursuivre.

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Lula est devenu sourd (et aveugle)

Misère, grande misère. Je veux parler du président socialiste du Brésil, Lula. Comme je l’ai raconté dans mon livre, comme je l’ai radoté sur ce blog mois après mois, cet ancien métallo compte bien profiter des biocarburants - le Brésil est avec les États-Unis l’un des deux grands dans ce domaine - pour entrer dans l’histoire des imbéciles de tous les temps et de tous les genres.

Comme Mitterrand chez nous, et bien au-delà de différences criantes, Lula a fini par ressembler à l’État qu’il promettait de conquérir au nom des pauvres. Et il n’y a aucun retour en arrière possible. Dernière infamie du personnage, mais on ne les compte plus : il vient, dans un discours, de prendre la défense des biocarburants. Écoutez cette triste voix : « Ne me dites pas que les biocarburants provoquent la hausse des prix ! ». Eh non, ne lui dites pas. De toute façon, il est devenu sourd au cri du peuple.

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Charles Millon l’Africain

Je laisse ma place, avec plaisir, à Thomas Borrell, auteur d’un excellent article paru dans la revue de l’association Survie, Billets d’Afrique et d’ailleurs. Millon, l’homme de toutes les droites et de (presque) tous les ministères, défend les biocarburants. Détail : Chirac l’avait envoyé représenter la France au siège de la FAO, à Rome. La FAO ! L’alimentation ! L’Afrique fait face ces jours à d’épouvantables émeutes de la faim, dans lesquelles les biocarburants jouent un rôle de déclencheur. Et Millon fait des affaires. Gardons cela en mémoire. Oui, n’oublions jamais.

Les Millions de Charles

www.billetsdafrique

Alors que les biocarburants participent à la hausse des prix agricoles et détournent des milliers d’hectares de terres de la chaîne alimentaire, l’ancien ambassadeur de France auprès de l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) investit dans la bioénergie.

Charles Millon, nommé en 2003 ambassadeur de France auprès de la FAO, du fonds international pour le développement de l’agriculture (FIDA) et du programme alimentaire mondial (PAM), donnait 3 ans plus tard sa vision de ce “continent oublié ” : “ On a fait de la santé, de l’éducation, du religieux… mais on a oublié le développement ” (Rhonealpespeople.com, 27 mars 2006). Quant à la lutte contre la faim dans le monde, cela lui inspirait tout de même de belles envolées, comme à l’occasion de l’ouverture du comité mondial pour la sécurité alimentaire du 30 octobre 2006 : “ Nous avons besoin d’une prise de conscience générale, civique, des enjeux non seulement humains mais aussi géopolitiques de la lutte contre la faim à un niveau mondial ”.

Un biocarburant qui demain participera au développement

L’ancien ministre de la Défense, fait alors partie des nombreux décideurs politiques qui semblent éblouis par le mirage des biocarburants. Et il ne manque pas de communiquer son entrain au cours de ses visites. En mission officielle au Bénin en octobre 2006, il venait ainsi “étudier, avec les entreprises béninoises et les banques, les opportunités d’investissement dans les domaines suivants : agricole, agroalimentaire, énergies renouvelables, biocarburants, ressources naturelles ”. Six mois plus tôt, il vantait les bienfaits du Jatropha curcas, dont la plantation sur des milliers d’hectares en Afrique de l’Ouest (10 000 ha pour le seul Mali) allait permettre de produire une huile aux multiples utilisations : insecticide, savon… et carburant. “ Un biocarburant qui demain participera au développement ”, ajoutait-il.
Est-il pensable que les experts du FIDA l’en aient convaincu, moins de deux ans avant de conclure au cours d’une table ronde que “les biocarburants constituent un des facteurs de pression sur la demande et de hausse des prix agricoles. La plupart des pays pauvres, acheteurs nets de produits alimentaires, seront donc perdants, d’autant plus que dépendance alimentaire et énergétique vont souvent de pair”1. Que les services des Nations Unies aient cru ou non aux vertus des agro-carburants à l’époque, il est rassurant de constater qu’il n’en est rien aujourd’hui. On ne peut pas en dire autant de Charles Millon.

Partenariat public-privé
Celui qui dit avoir été “aguerri aux relations internationales ” par sa fonction de ministre de la Défense de 1995 à 1997, a démissionné fin août 2007 de ses fonctions d’ambassadeur de France auprès de la FAO, du FIDA et du PAM. Comme annoncé en 2006, il n’a pas pour autant oublié le continent africain : “ l’Afrique sera toujours là, je m’en occuperai autrement via une association ou à l’extrême en créant ma société de développement ”. Promesse tenue ! … à l’extrême : il est désormais membre du conseil de surveillance de la jeune société française Agro Energie Développement, alias AgroEd, qui souhaite “devenir un opérateur significatif du développement de la bioénergie ” dans les pays en développement, selon le président de son conseil de surveillance, Jean-Claude Sabin. Ce dernier, ancien responsable au sein de puissantes organisations professionnelles agricoles, n’est autre que le président fondateur de Sofiprotéol, l’établissement financier de la filière française des huiles et protéines végétales, dépositaire de la marque Diester. Initiateur de la filière biodiesel en France, il est un pilier des groupes de lobbying qui ont convaincu, dès le début des années 90, les décideurs politiques français et européens d’investir massivement de l’argent public pour le développement des filières agro-industrielles aux débouchés prometteurs (La faim, la bagnole, le blé et nous : une dénonciation des biocarburants, Fabrice Nicolino, Fayard 2007).
La chargée de communication d’AgroEd, Christiane de Livonnière, par ailleurs ancienne directrice de cabinet de Charles Millon, peut donc se vanter que «l’un des principaux avantages de l’entreprise (…) est la qualité des compétences réunies» et parler du travail qui sera mené en partenariat avec l’agence française de développement (AFD) et le FIDA. Le «système basé sur un partenariat public-privé» qu’elle évoque peut en effet compter sur de solides amitiés politiques, et elle le sait. Associée gérante du cabinet de conseil Intelstrat, elle siège aussi au conseil d’Administration d’un think tank établi à Bruxelles, l’Institut Thomas More – tout comme Charles Millon. Plus récemment, tous deux ont rejoint la société Unipay’s qui s’intéresse au gigantesque marché africain du paiement sécurisé à distance par téléphonie mobile. Leur appui dans ce domaine sera-t-il aussi fructueux que pour AgroEd ?
Née en avril 2007, la société signait en effet, le 15 septembre, une convention-cadre avec le Mali “sur un ambitieux projet de production d’agro-carburants, la première d’une série qui couvrira plusieurs pays africains, mais aussi d’Asie et d’Amérique latine” (Marchés tropicaux & Méditerranéens N° 3219, 21 septembre 2007). Charles Millon signait fin novembre une autre convention cadre, avec le Burkina Faso cette fois. Et les médias burkinabés de nous confirmer un partenariat public-privé douteux “l’action de la société AgroEd s’insérera également dans les plans d’actions définis par le FIDA et l’AFD. La société AgroEd bénéficiera du soutien du gouvernement pour l’acquisition de terres pour la production et pour l’implantation d’une unité industrielle d’EMHV (l’Ester méthylique d’huile végétale)” (Le Pays, Ouagadougou, 14 décembre 2007).

La faim justifie les moyens
En attendant, les émeutes de la faim se multiplient en Afrique (voir page précédente). Elles dénoncent les hausses hallucinantes du prix des denrées de base.
Des “troubles sociaux ” évoqués, le 6 mars dernier, par la directrice du programme alimentaire mondial (PAM) devant des députés européens : “ Le changement d’orientation (de nombreux exploitants) en faveur de la production des biocarburants a détourné des terres de la chaîne alimentaire. (…) Les prix alimentaires atteignent un tel niveau que celui de l’huile de palme en Afrique est désormais au niveau des prix du carburant ” (AFP, 6 mars 2008).
En mars 2006, Charles Millon déclarait à Rhonealpespeople.com : “ un poste en politique, c’est ce que vous en faites ; certains s’emmerdent, d’autres se passionnent, s’investissent”. Ou investissent. On aura bien compris.

Thomas Borrell

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Ce devrait être une bonne nouvelle

Vous le savez sans doute, l’Allemagne renonce à soutenir les biocarburants, du moins ceux de première génération, les seuls qui existent pour de vrai. Et qui affament, détruisent les forêts tropicales et leur biodiversité tout en aggravant la crise climatique. Mais on parle déjà, là-bas, de soutenir ardemment les biocarburants de deuxième génération, cauchemar à venir.

Le pire n’est pas même là. Si l’Allemagne renonce, ce n’est pas pour des raisons morales et écologiques, car ces arguments-là n’ont pas la moindre valeur monétaire. Non, si l’on recule, c’est parce que trop de voitures souffriraient de l’apport de carburants végétaux. Le seul motif de cette décision est donc économique. Nous en sommes là.

Autre nouvelle digne d’intérêt : hier, le journal Le Monde publie un article sur les émeutes de la faim en Afrique et rappelle dans un autre article si bizarrement fait qu’il en devient presque incompréhensible le rôle des biocarburants dans le renchérissement du prix de la norriture.

Je me permets de rappeler ici que j’ai décrit tout cela avec force et je crois clarté dans un livre paru en octobre, écrit donc il y a un an. Or, je ne suis pas devin. Or, Le Monde n’a jamais rendu compte de ce livre, ni en fait des terrifiantes réalités qu’il évoque.

J’avoue et je n’ai pas honte : mon amour propre en a été atteint. Mais qu’on le croie ou non, bien peu en vérité. Ce qui m’indigne au plus profond, et qui dit bien la crise inouïe dans laquelle est plongée la presse, c’est qu’un grand journal comme Le Monde a pratiquement fait l’impasse sur l’industrie criminelle des biocarburants, alors que j’ai fait mon possible, tout mon possible, pour l’alerter. Car tel était mon devoir élémentaire. Et rien. Je n’oublierai pas cela. Le temps passera, et cela n’y changera rien au fond, bien entendu, mais pour ma part, je n’oublierai pas ce moment de déshonneur.

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Trois mensonges et une vérité

Je n’avais rien écrit ici depuis le 6 mars dernier. Pourquoi ? Mais parce que, bien entendu. Je sature, pour ne rien cacher à personne. Dire, écrire, dénoncer : je suis d’accord pour tenir le rôle. Personne ne m’a forcé. Mais j’ai le droit d’en avoir marre, et c’est le cas.

Malgré tout, une industrie criminelle déferle sur le monde, qui n’avait certes pas besoin de cela. Je vous résume ce que je retiens des derniers événements, sans plus prétendre à la moindre exhaustivité.

1/Christian Berdot m’envoie des propos de Michel-Édouard Leclerc (le premier, le second). Ce patron de la très grande distribution se vante d’avoir été un militant des Amis de la terre il y a trois vies en arrière. Le malheureux s’essaie à la géostratégie de la faim, et ne montre en vérité que sa grande nigauderie. En résumé, il est impossible que les biocarburants concourent à la faim du monde, et c’est infiniment tant mieux, car Leclerc a beaucoup investi pour équiper ses pompes. C’est si faible que je ne vous suggère même pas d’y aller voir. Oh quel triste pays !

2/Je reçois un incroyable commentaire de Patrick Sadones, que je salue au passage. Cet ingénieur agronome, proche de la Confédération paysanne, suit le dossier des biocarburants depuis bien plus longtemps que moi. Or une nouvelle étude sur le bilan énergétique (et climatique) des biocarburants a été lancée par l’ADEME en octobre 2007. Dans mon livre La faim, la bagnole, le blé et nous (Fayard), paru justement début octobre 2007, je racontais par le menu la grande supercherie de la première étude de 2002, contrôlée par le lobby industriel des biocarburants. Et j’ai la faiblesse de croire que mon travail a joué un rôle dans le soudain empressement de l’ADEME à commander une autre étude.

Alors, Sadones ? Eh bien, grâce à son obstination, il fait partie du comité de pilotage de la nouvelle étude. Et ? Et il révèle aujourd’hui que les “éthanoliers” se livrent à de grandes manoeuvres pour que les calculs d’efficacité soient modifiés de manière à rendre le bilan de l’éthanol plus favorable ! Stupéfiant ! Je ne pensais pas qu’ils oseraient aller jusque là. Mais si.

3/J’ai dit dès l’automne dernier mes différends avec Jean Ziegler, auteur d’un rapport très accusateur contre les biocarburants (pour le compte de l’ONU). Hélas, hélas : Ziegler vient de modifier son point de vue sur les biocarburants du Brésil (rue89.com). Je vous le dis : c’est lamentable. Ziegler, ancien député socialiste, semble avoir été retourné par de vieux copains à lui, proches de Lula. À sa place, je ne serais pas fier.

4/Trois mensonges suffisent. Une vérité nous fera le plus grand bien, même si elle nous vient, par extraordinaire, d’un grand patron suisse, Peter  Brabeck. Dirigeant de la transnationale Nestlé, il a déclaré cette évidence : « Si l’on veut couvrir 20% du besoin croissant en produits pétroliers avec des biocarburants, comme cela est prévu, il n’y aura plus rien à manger ».

Que puis-je ajouter ? Rien.

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Solennelle mise en garde à l’Europe

 Voilà. Nous sommes le 6 mars 2008, et je viens de récupérer sur un site suisse cette dépêche de l’AFP, toute neuve. Il est manifeste que l’information commence à s’imposer sur la manipulation. Mais l’urgence n’a jamais été aussi grande.

Alimentation : l’ONU s’inquiète du développement des biocarburants

Photo prise le 28 septembre 2006  des réservoirs d'éthanol issus de la sucrerie-distillerie de Arcis-sur-Aube

Photo prise le 28 septembre 2006 des réservoirs d’éthanol issus de la sucrerie-distillerie de Arcis-sur-Aube

François Nascimbeni(AFP/Archives)

L’Agence de l’ONU chargée de la lutte contre la faim dans le monde a mis en garde l’UE jeudi contre le danger des biocarburants, qui nourrissent la flambée des prix alimentaires, alors que les 27 en ont fait un axe important de leur politique énergétique.

“Le changement d’orientation (de nombreux exploitants) en faveur de la production des biocarburants a détourné des terres de la chaîne alimentaire”, a souligné la directrice le Programme alimentaire mondial (PAM), Josette Sheeran, lors d’une audition devant des députés européens à Bruxelles.

A cause de ce phénomène, “les prix alimentaires atteignent un tel niveau que celui de l’huile de palme en Afrique est désormais au niveau des prix du carburant”, a-t-elle souligné.

Elle a reconnu que l’envolée des prix des matières premières agricoles et des denrées alimentaires ces derniers mois était aussi en partie due à la spéculation sur les marchés, mais à ses yeux “des facteurs structurels sont un élément des prix que nous avons aujourd’hui”.

Elle faisait référence au choix fait par de nombreux pays industrialisés de développer les biocarburants, fabriqués à partir de matières premières agricoles, pour répondre à la hausse ininterrompue des prix des hydrocarbures.

“C’est peut-être une très bonne affaire pour les agriculteurs mais à court terme les plus pauvres sur la planète seront durement frappés” puisque les cultures destinées aux biocarburants tendent à remplacer celles destinées à l’alimentation humaine, a fait valoir la responsable du PAM.

Dans le cadre de leur stratégie visant à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre d’au moins 20% d’ici 2020 par rapport à 1990, les pays de l’Union européenne veulent que les biocarburants représentent au moins 10% de la consommation totale d’essence et de gazole dans les transports européens.

Lundi, lors d’une réunion à Bruxelles, plusieurs ministres européens de l’Environnement ont exprimé leur inquiétude au sujet des biocarburants et de leurs conséquences environnementales et alimentaires, insistant sur la nécessité pour l’UE de prendre des précautions.

“La flambée des cours des denrées alimentaires est un problème majeur”, avait ainsi insisté le Français Jean-Louis Borloo.

En outre, la responsable du PAM a réaffirmé jeudi à Bruxelles que la mission de son Agence était rendue beaucoup plus difficile par la flambée des prix des produits de base.

“Les prix élevés de l’alimentation ont durement entamé la capacité du PAM à répondre à la faim” dans le monde, avec des coûts pour lui en hausse de 40% depuis juin 2007, a-t-elle dit.

Selon Josette Sheeran, ce phénomène alimente un nouveau type de carence alimentaire dans les pays pauvres, dont les habitants n’ont parfois plus les moyens d’acheter des denrées, même si celles-ci sont disponibles en quantité suffisante, ce qui cause “des troubles sociaux” en Afrique notamment.

Le PAM a déjà prévenu que, faute de fonds supplémentaires cette année, il sera contraint soit de nourrir moins de gens soit de réduire les portions distribuées.

La Commission européenne, qui verse aussi des dizaines de millions d’euros chaque année dans l’aide alimentaire aux pays pauvres, s’était déjà inquiétée en début de semaine de la flambée des prix agricoles, se disant prête à puiser dans ses réserves d’urgence pour ajuster son aide alimentaire mondiale aux besoins.

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Un (grand) rapport sur le Brésil

 À eux deux, le Brésil et les États-Unis produisent environ 70 % de l’ensemble des biocarburants dans le monde. Et, vous le savez sans doute (je rappelle pour une fois que ce blog renvoie à un livre que j’ai écrit : La faim, la bagnole, le blé et nous, chez Fayard), Bush et Lula ont décidé de former un axe stratégique pour le dévelopement de cette industrie criminelle.

Christian Berdot m’adresse un rapport d’une grande qualité, un de plus, sur la situation réelle au Brésil (cliquer). Ses auteurs s’appellent Camila Moreno, chercheuse à Terra de direitos, et Anuradha Mittal, directrice exécutive du Oakland Institute. Mille fois hélas, il est en anglais, mais sachez en tout cas que c’est une pièce décisive de la critique mondiale contre les biocarburants. Moreno et Mittal rappellent que des millions d’hectares d’écosystèmes naturels - y compris dans le Cerrado et la grande forêt amazonienne - sont sacrifiés pour laisser la place au soja et à la canne à sucre. Au passage, les communautés agricoles anciennes sont disloquées, souvent expulsées.

Le rapport détaille aussi le cadre politique et économique dans lequel se développe le commerce des biocarburants, véritable cheval de Troie de la libéralisation des échanges.


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Et le Luxembourg aussi…

Merci à Jean-Paul Brodier, de Metz, qui m’envoie ce qui suit. Le Luxembourg, lui aussi…


Chantiers de la citoyenneté Coorganisés par les Amis du Monde diplomatique-Luxembourg et ATTAC-Luxembourg avec le soutien du Centre de rencontre Abbaye de Neumünster

Les agrocarburants, nouvelle malédiction pour les droits humains

Mardi 11 mars 2008 à 19 heures, salle A11

au Centre de Rencontre Abbaye de Neumünster, 2 rue Münster, Luxembourg Grund
Conférence de Fidel Mingorance, chercheur et président de Human Rights Everywhere, auteur de l’étude Le flux de l’huile de palme Colombie-Belgique/Europe Approche sous l’angle des droits humains

Les politiques européennes de promotion des agrocombustibles sont remises en question par les répercussions sociales et environnementales que cette incitation a ou peut avoir dans les pays producteurs. L’un de ces agrocombustibles est issu de l’huile de palme. Les zones de production de celle-ci, à savoir les grandes plantations de palme à huile dans la région intertropicale de la planète, sont le théâtre de violations et d’attentats contre les populations résidantes. En mettant l’accent sur les répercussions sociales de cette agroindustrie, l’analyse de la chaîne agroindustrielle de l’huile de palme colombienne permet un exercice de réflexion sur la responsabilité de chaque maillon de cette chaîne de production : des régions de production de l’huile de palme en Colombie, où les violations sont commises, au consommateur final européen de la grande gamme de produits d’utilisation quotidienne issus de cette huile végétale, en passant par les politiques publiques de promotion du biodiesel de palme.

Conférence en espagnol traduite simultanément en français

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Quand la Suisse nous fait honte

Nous serons bientôt les plus nuls en Europe. Les derniers à ne pas poser de questions pourtant évidentes sur la nature criminelle de l’industrie des biocarburants. Jusqu’à quand ? Combien de temps durera cette inertie ? Est-ce pour la raison que notre agriculture industrielle reste surpuissante ? Un peu à l’égal, dans un autre domaine, du nucléaire ?

En tout cas, l’agence de presse catholique Apic (voir l’article) me transmet une bonne nouvelle. Je répète : une bonne nouvelle. 18 ONG viennent en effet de saisir la conseillère fédérale madame Micheline Calmy-Rey, l’équivalent de notre ministre des Affaires étrangères. Parmi elles, des groupes en relation avec des églises. Que réclament-elles ? Que la Suisse se bouge enfin et reconnaisse que les biocarburants contredisent le droit humain fondamental à la nourriture.

Elles souhaitent également que leur pays soutienne la démarche de Jean Ziegler, rapporteur spécial de l’ONU sur les problèmes d’alimentation. Ziegler a réclamé en octobre 2007 un moratoire mondial de cinq ans sur les biocarburants. Voilà le texte intégral d’Apic :

Biocarburants: la Suisse doit défendre le droit à la nourriture

Berne, 3 mars 2008 (Apic) 18 organisations non gouvernementales (ONG) dont Caritas Suisse, Déclaration de Berne, Action de Carême, Fian Suisse, Eper, Eglises réformées Berne-Jura-Soleure ont interpellé la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey pour que la Suisse s’engage, au sein du Conseil des droits de l’homme, en faveur de la priorité du droit à la nourriture. Ce droit entre en nette concurrence avec la culture des biocarburants.

Le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies se réunit à Genève du 3 au 28 mars. Jean Ziegler, rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation, présentera à cette occasion son rapport 2008. Dans ce document, il souligne que la culture massive d’agrocarburants (ou biocarburants), tirés de la fermentation de sucres (canne, maïs, blé…) ou fabriqués avec des huiles (palme, soja, colza, tournesol, etc.), porte atteinte au droit à la nourriture.

Les biocarburants représentent également une grave menace contre le droit à la terre de centaines de milliers de familles paysannes dans les pays en développement. Outre des conséquences écologiques et sociales immenses, ces cultures désormais convoitées renforcent également le problème de la famine et augmentent la pauvreté. Notons que le Brésil, par exemple, compte déjà des millions de voitures roulant au bioéthanol, les banques y ont déjà consacré de nombreux fonds de placement. Le président Lula veut faire du Brésil la plus grande puissance énergétique de la planète grâce au biodiesel, mais les défenseurs des petits paysans sont beaucoup moins enthousiastes !

Demande de soutenir Jean Ziegler
Dans une lettre adressée à la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey, les organisations – dont le regroupement d’ONG pour le développement Alliance Sud à Berne - demandent que la délégation suisse au Conseil des droits de l’homme adopte «une position claire, exprime son inquiétude au sujet des conséquences négatives de la production industrielle d’agrocarburants et soutienne l’orientation proposée par le rapporteur spécial».

Jean Ziegler réclame en particulier un moratoire pour la culture de plantes à carburants jusqu’à ce qu’une «deuxième génération», moins problématique, soit développée. Concrètement, les organisations souhaitent que la Suisse propose une clause dans la Résolution du Conseil des droits de l’homme qui stipule que «les agrocarburants ne doivent pas violer le droit à la nourriture».

Les organisations qui ont signé la lettre sont les suivantes: Alliance Sud, Alliance contre la faim, Arbeitsgruppe Schweiz-Kolumbien, Médecins en faveur de l’environnement, Basler Appell gegen Gentechnologie, Bio Suisse, Bioforum Schweiz, Pain pour le Prochain, Caritas Suisse, Déclaration de Berne, Action de Carême, Fian Suisse, Eper, Plateforme pour une agriculture socialement durable, Eglises réformées Berne-Jura-Soleure (Terres Nouvelles), Association suisse pour la défense des petits et moyens paysans (VKMB), Solifonds, Swissaid. JB

Encadré

Les effets pervers des biocarburants
L’énergie «verte» plaît davantage aux grandes compagnies de l’industrie pétrolière qu’aux milieux écologistes et aux paysans du tiers monde, note Alliance Sud. Si les premières y trouvent un palliatif lucratif à la prochaine pénurie de pétrole, les deuxièmes y voient, à juste titre, un grave danger, tant pour l’environnement que pour l’alimentation. La culture intensive de céréales (pour le bioéthanol) et d’oléagineux (pour les huiles) nécessite d’immenses surfaces agricoles, menaçant directement l’agriculture «alimentaire» traditionnelle et détruisant les forêts d’Amazonie pour la culture du soja et celles d’Indonésie pour l’huile de palme. A cet impact écologique déjà considérable s’ajoutent l’emploi massif de pesticides, la consommation d’eau, la surexploitation des sols (utilisation des terres en jachère), la consommation importante d’énergie (production, transformation, exportation…) et les expulsions de petits paysans. (apic/com/be)

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Cyniques de tous les pays, regardez-vous

L’amoralité est toujours aussi fascinante. Lisez plutôt cet entretien paru dans Le Figaro (lefigaro.fr). Un monsieur Benjamin Louvet, directeur-adjoint du fonds d’investissement Prim’Alternative, explique pourquoi et comment il va miser sur la hausse des matières premières, à commencer par les céréales. Au passage, il note sans y penser que l’explosion du prix du blé et du maïs - entre autres - a été largement provoquée par le boom sur les biocarburants. Édifiant.

 «Le blé pourrait valoir 50% plus cher en 2009»

Directeur général adjoint de Prim’Alternative, Benjamin Louvet gère le fonds Prim’Univert. Il mise sur la hausse des matières premières par le biais des contrats à terme.

LE FIGARO.FR Comment se compose votre portefeuille ?

Benjamin Louvet Notre panier se compose de contrats à terme sur sept produits. Ces contrats permettent de miser sur la performance des matières premières sans supporter les risques inhérents aux actions de sociétés. Le sucre et le maïs sont représentés à hauteur de 18,75% des actifs. Le blé, le soja, l’huile de soja, le colza et le canola, qui est un type de colza génétiquement modifié cultivé exclusivement en Amérique du Nord et en Australie, constituent chacun 12,5% du portefeuille. Prim’Univert était également investi initialement dans un contrat à terme sur l’éthanol. Mais celui-ci n’a jamais vraiment fonctionné, faute de liquidités suffisantes. Les capitaux ont donc été répartis sur le sucre et le maïs, les deux sources de production d’éthanol. L’ensemble de ces pondérations est fixe, notamment pour limiter la volatilité.

Comment expliquez-vous la hausse actuelle de l’ensemble des matières premières agricoles ?

Le sucre, le maïs et le blé bénéficient du développement des biocarburants. La politique dans ce domaine est très active aux Etats-Unis, où 20% de biocarburants devront être incorporés dans les carburants d’ici à 2030. Cette orientation modifie complètement la filière agricole. La demande de maïs destiné à la production d’éthanol a augmenté d’un tiers cette année. Le prix de cette céréale a donc bondi. Les producteurs ont alors choisi de semer davantage de maïs, au détriment du blé. Plus rare, celui-ci est devenu plus cher. Les surfaces cultivées en blé ont donc été accrues, au détriment du soja, dont les cours se sont tendus à leur tour. Les biocarburants sont principalement responsables de la flambée actuelle des cours des matières premières agricoles. Mais cette hausse des prix a été renforcée par de mauvaises conditions climatiques. La sécheresse a sévi en Ukraine, qui est le grenier à grain de l’Europe, mais aussi au Maroc et en Australie, où la production l’an dernier a baissé de 60% par rapport à 2005.

Face à l’inflation sur ces matières premières, des pays parmi les plus gros exportateurs mondiaux ont restreint leur offre. Après la Chine et la Russie, le Kazakhstan a pris cette décision. Ce pays est le cinquième exportateur mondial de blé. Seuls les Etats-Unis et le Canada ont aujourd’hui les capacités nécessaires pour fournir des céréales sur le marché mondial. Il y a donc une situation de pénurie relative à la forte demande. Actuellement, les stocks mondiaux de blé représentent deux mois de consommation mondiale. Les réserves de soja n’excèdent pas un mois. La récolte devrait permettre de réduire ces tensions, si les conditions météorologiques sont normales. En cas d’intempéries ou de nouvelle sécheresse, le blé pourrait valoir 40% à 50% plus cher en 2009.

Les matières premières agricoles font-elles l’objet de spéculation, après avoir désintéressé les investisseurs pendant quarante ans ?

Les investisseurs sont rationnels. Ils misent quand les prix augmentent, ce qui n’a pas été le cas pendant les dernières décennies. Ils saisissent les tendances de marchés, mais ne les créent pas. Il ne faut pas stigmatiser les méchants spéculateurs. L’inflation sur les denrées alimentaires n’est pas directement liée à la hausse des matières premières, qui ne représentent que 2% à 5% du prix d’une baguette de pain. D’autres profitent de cette flambée des cours.

Quels sont vos autres thèmes d’investissement ?

Le panier de Prim’Univert permet dans un premier temps de miser sur la croissance de la population mondiale. En s’enrichissant, des pays comme la Chine et l’Inde adoptent de nouvelles attitudes alimentaires, davantage tournée vers les protéines et la viande. La demande de céréales pour l’alimentation du bétail croît fortement. La raréfaction de l’eau est aussi un thème d’investissement que nous avons retenu. Depuis les années 1950, la consommation d’eau dans le monde a triplé. La pollution des nappes phréatiques augmente avec la taille des villes. Pour rendre l’eau potable, de coûteuses infrastructures de retraitement des eaux usées et de dessalement d’eau de mer sont nécessaires. Le coût élevé de ces équipements va contribuer à l’augmentation du prix de l’eau. Comme 70% de l’eau consommée est utilisée par l’agriculture, notamment pour l’irrigation des cultures, le prix des céréales et des oléagineux devrait aussi progresser.

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Le PAM appelle au secours

Vous ne savez pas ce qu’est le PAM ? Je vous explique : il s’agit de la bureaucratie internationale appelée Programme alimentaire mondial. Le PAM est une sorte de pompier planétaire, chargé par l’ONU de nourrir en catastrophe ceux qui ne le peuvent plus par eux-mêmes. C’est une bureaucratie, je suis désolé de l’écrire. Une bureaucratie nécessaire, ô combien.

Cette année 2008, avertit le PAM, sera terrible. Il faudrait réunir de toute urgence 500 millions de dollars, ce qui paraît hors de portée. Lisez plutôt cet extrait sinistre, tiré d’un papier du Monde (lemonde.fr) : « Elaboré à l’été 2007, le budget 2008 (2,9 milliards de dollars) de la plus grande opération humanitaire du monde ne suffit plus. Une ration de nourriture au Rwanda coûte aujourd’hui 40 % plus cher qu’en juin 2007. Pour honorer ses programmes en cours, le PAM va devoir trouver 375 millions de dollars de plus pour la nourriture, et 125 millions de dollars de plus pour alimenter en carburant sa flotte de quelque 30 navires, 70 avions et près de 5 000 camions.

En attendant, le PAM s’en tire en puisant plus vite que prévu dans ses stocks de l’année. Mais faute de contributions, à partir du mois de juin ou de juillet, la nourriture va manquer. La situation est d’autant plus “grave”, explique-t-on au PAM, que l’augmentation des prix a précarisé les classes moyennes de pays comme l’Indonésie, le Yémen ou le Mexique. “Nous observons un nouveau visage de la faim avec des gens qui n’ont plus les moyens d’accéder au marché de la nourriture”, dans des endroits où elle ne manque pas, a expliqué au Financial Times Josette Sheeran, la directrice du PAM ».

J’ai noté, bien obligé, cette phrase insupportable à mes yeux : « En augmentant, le prix du pétrole se répercute sur toute la chaîne alimentaire : engrais, récolte, stockage distribution… Il incite par ailleurs à la production de biocarburants, qui entrent en “compétition”, selon le PAM, avec la production de nourriture ».

Le gras dans le texte est de moi. Combien de temps allons-nous accepter ?

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S’éclater au Sénégal

 La machine avance et prospère, jusque dans ce Sénégal si proche encore de l’imaginaire colonial français. Je vous livre volontiers un article paru ce jour dans un quotidien dakarois, Wal Fadjri, réputé sérieux (allafrica.com). Faut-il le préciser ? Ce pays des plus pauvre ne dispose pas de ce pétrole qui permet d’enrichir les gens en place. D’où peut-être cet indigne rapprochement. La propagande est sans frontière.
Sénégal: Promotion des énergies renouvelables - Le Sénégal et l’Italie jettent les bases d’un partenariat

Wal Fadjri (Dakar)

Ibrahima Diaw

La volonté du président Abdoulaye Wade d’affranchir le Sénégal du diktat du marché pétrolier et de faire des paysans des ‘pétroliers verts de demain’ commence faire des émules. L’Etat et une grande société italienne viennent de signer un pré-accord de partenariat scientifique et technique dans le domaine des biocarburants et des énergies renouvelables.

Le Sénégal et l’Italie viennent de jeter les bases d’un partenariat scientifique et technique dans le domaine des biocarburants et des énergies renouvelables. Les deux parties, représentées respectivement par le ministre des Biocarburants, des Energies renouvelables et de la Recherche scientifique, Christian Sina Diatta et le président de l’une des sociétés phares en matière d’énergies renouvelables en Europe, Tre Tozzi Renewable Energy Spa, Franco Tozzi, ont signé un pré-accord de partenariat dans ce sens, après une séance de travail sur les manifestations d’intérêt de la société italienne en agro-industries des Jatropha au Sénégal. D’après le communiqué de presse du ministère, ces échanges ont permis d’établir formellement des perspectives de partenariat entre les deux Etats.

En ce sens que ce pré-accord paraphé dans les locaux du ministère en présence des collaborateurs des deux parties, donne suite au mémorandum d’accord entre les Républiques d’Italie et du Sénégal, signé le 6 décembre 2007 par le président Abdoulaye Wade. Un document qui propose l’établissement de rapports de collaboration et de consultation techno-scientifique entre les deux pays pour l’accomplissement de programmes de recherche et de faisabilité dans les secteurs qui concernent les infrastructures dédiées à la production d’énergie électrique. Et la cellule de communication de révéler que cette entente s’inscrit en droite ligne de la vision du président Abdoulaye Wade d’affranchir le Sénégal du diktat du marché pétrolier et de faire des paysans des ‘pétroliers verts de demain’.

Ces perspectives de partenariat permettront de créer des emplois surtout dans les zones rurales, mais aussi aideront à développer le potentiel scientifique, technologique et notamment énergétique et économique pour le bien-être social des populations du Sénégal. La conseillère en communication du ministre, Adama Cissé Ndiéguène a également révélé que le Professeur Christian Sina Diatta, après avoir vivement salué l’engagement de notre compatriote Mamadou Lamine Touré, conseiller communal en Italie, qui n’a ménagé aucun effort pour la concrétisation de cette mission, a invité les Sénégalais de la diaspora à s’impliquer pleinement dans les programmes de recherche-développement du pays, selon l’appel du chef de l’Etat.

Aussi a-t-elle rappelé que ce pré-accord fait suite à une mission d’exploration et d’échanges que des sociétés privées italiennes ont effectuée au Sénégal sur des perspectives de partenariat. Une mission qui a rencontré et eu des séances de travail au ministère de l’Agriculture et de l’Elevage, plus spécialement à l’Institut sénégalais de la recherche agricole (Isra), assortie d’une visite de terrain à Saint-Louis, et qui a pu évaluer les initiatives sénégalaises en biocarburant et en énergies renouvelables.

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Crétineries en deux genres

 J’ai déniché l’info qui suit sur un site italien (www.innonation.org). Mais il faut lire l’italien. Pour les autres, je résume. Un extravagant professeur australien, fort bien vu du lobby industriel des biocarburants, propose un pacte mondial. John Mathews, je ne blague pas, enseigne le management stratégique. Et son idée, aussi grandiose que le crime qu’elle sert : réunir les moyens d’un accord international sur les biocarburants. Entre le Nord et le Sud. Pour permettre de tirer les pays pauvres de « leur état d’arriération chronique » tout en offrant des solutions au problème du réchauffement climatique et en améliorant la sécurité énergétique des riches.

C’est beau comme une grande connerie, et ça devrait coûter, calculette en mains, 240 millions de dollars. Une bagatelle, pour qui aime.

Pour le même prix, cette autre ânerie. Le grand, très grand président de Virgin, Richard Branson, se vante d’avoir fait décoller un avion de Londres - direction Amsterdam - avec 20% d’un biocarburant ajouté au kérosène. Ce pauvre monsieur est fier. Voyons ! On a crâmé de l’huile de noix de babassu et de l’huile de noix de coco. Vive la famine !

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Au salon de l’agriculture (du côté de chez Saab)

Grand merci à Bénédicte, qui m’envoie l’adresse d’un site de propagande en faveur des biocarburants : www.roulonspropre. C’est tellement gros, c’est tellement grave que j’en arrive à ricaner malgré moi. Le site, il faut chercher, est en fait payé par le constructeur automobile SAAB : roulonspropre-roulonsnature.com. Je me garderai bien de tout commentaire sur les personnes dont les visages apparaissent sur la page d’accueil de ce - je me bouche le nez - Biopower Team. Dieu m’en préserve.

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Au salon de l’agriculture

Merci à Laurence Mermet, qui m’envoie l’article suivant d’Ouest-France, que je vous livre sans commentaire.

Les agrocarburants montent en régime

On les accuse de concurrencer les cultures alimentaires. Ils sont pourtant en bonne place au salon de l’agriculture.

« Renault, Citroën et Saab carburent « vert. » Les constructeurs développent des modèles fonctionnant à l’éthanol (à partir de céréales, maïs, betterave) et au biodiésel (colza). Parmi les voitures présentées au salon : un cabriolet Saab à 39 000 €. « Les biocarburants de première génération utilisent de la matière noble comme le blé ou le maïs, reconnaît Julie Dumez, attachée de presse chez Renault. Nous sommes conscients de ce problème, c’est pourquoi nous orientons nos recherches sur des carburants de deuxième génération issus de déchets agricoles et forestiers. Ils ne rentreront plus en concurrence avec les cultures alimentaires. »

24 millions de tonnes dans le monde. Les agrocarburants pèsent 2 % de la consommation mondiale. Une goutte comparée au 1,6 milliard de tonnes de carburants fossiles brûlés chaque année dans les moteurs. Au salon de l’agriculture, on les appelle biocarburants mais on peut leur préférer le terme d’agrocarburants car ils sont l’objet de multiples controverses. En particulier sur leur impact écologique. En Amérique du Sud et en Indonésie, on abat des forêts pour planter des palmiers à huile gavés de pesticides.

Sept usines de biodiésel. La filière oléagineuse (colza, tournesol) a répondu à l’appel d’offres gouvernemental pour 2,3 millions de tonnes de biodiésel. Sept usines sur les 9 prévues ont été construites. « En 2010, nous aurons besoin de 2,5 millions d’hectares de colza sur les 3,6 millions disponibles en France, explique Gaël Petton, responsable de l’association Partenaires Diester. Le potentiel européen est important. Nous ne rentrons pas dans une logique de concurrence avec d’autres cultures. » Une soixantaine de collectivités et d’entreprises roulent au B30 (30 % de biodiésel, 70 % de gazole). Parmi les utilisateurs ou futurs utilisateurs : Saint-Brieuc, la laiterie Triballat, les bus de Quimper Métropole, le conseil général d’Ille-et-Vilaine…

1 500 pompes d’éthanol « E 85 ». Le gouvernement a donné l’agrément pour 1 million de tonnes de bioéthanol en 2009. Fabriqué à partir de céréales (220 000 ha soit 2,5 % de la sole céréalière) ou de betteraves, il peut être incorporé dans l’essence (à hauteur de 5,75 %) ou utilisé dans l’un des 4 600 véhicules flex fuel déjà en circulation et pouvant rouler avec un mélange à 85 % d’éthanol. Le frein, c’est le manque de pompes. Les distributeurs de carburant se sont engagés à en installer 1 500 d’ici fin 2008.

Jean-Paul LOUÉDOC.

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Quand l’Allemagne nous donne l’exemple

 Je reconnais que le titre de ce papier est un peu racoleur. Mais enfin, et compte-tenu de ce qu’est aujourd’hui un pays technique d’Europe, on peut dire, en effet, que la position allemande sur les biocarburants a de quoi faire réfléchir (afp.google.com). À l’heure où le ministre Barnier se déshonore en vantant les mérites d’une filière criminelle, l’État voisin réfléchit. Ce n’est pas Byzance, très loin de là, mais c’est mieux quand même. Voici le texte d’une dépêche AFP d’aujourd’hui 22 février 2008.

L’Allemagne va modérer ses ardeurs sur les biocarburants

BERLIN (AFP) — L’Allemagne va modérer ses ardeurs en matière de biocarburants, le temps de vérifier que la production de certains d’entre eux répond bien à des critères écologiques, a indiqué vendredi le ministre de l’Environnement Sigmar Gabriel.

“Nous devons d’abord calculer combien de CO2 est dégagé lors de la production de biocarburants pour être sûr que cela contribue à la protection de l’environnement. Nous n’autoriserons que les biocarburants qui sont au moins 30% meilleurs” en matière de protection climatique que les carburants classiques, a-t-il dit sur la chaîne de télévision ARD.

“Après (la parution de) quatre ou cinq grandes études internationales, nous allons devoir débattre de l’ensemble de notre stratégie sur les biocarburants et voir si elle est compatible avec les nouveaux résultats scientifiques”, a dit M. Gabriel.

Selon des experts américains notamment, l’implantation de cultures destinées à produire des biocarburants, souvent au détriment d’écosystèmes naturels, peut aggraver le réchauffement planétaire en générant pendant plusieurs décennies plus de dioxyde de carbone (CO2), le principal gaz à effet de serre.

L’Allemagne ne fait pas “marche arrière, certainement pas”, a dit M. Gabriel. Mais “tout doit être rééxaminé. Cela ne sert à rien de dire, juste parce qu’on a eu une bonne idée, +allons-y, fonçons+. Les critères que nous posons, au niveau national et de l’Union européenne, doivent être débattus”, a ajouté M. Gabriel. Ceci devra selon lui être fait “d’ici l’été”.

L’Allemagne veut importer uniquement des biocarburants produits de manière “écologique”, “dans des conditions sociales” correctes et pas au détriment des “forêts tropicales”, avait dit M. Gabriel jeudi devant les députés.

Berlin n’importera par exemple pas d’huile de palme, “tant que des accords n’auront pas été conclus” avec les pays qui la produisent pour certifier les critères de production, a précisé M. Gabriel sur ARD.

Et “tout ce que la biomasse n’apporte pas en matière de réduction de CO2, nous devrons l’obtenir d’autres manières”, a-t-il ajouté.

Les biocarburants (éthanol, biodiesel) devront, en 2020, composer 10% du carburant total englouti par les véhicules des Européens, a décidé la Commission européenne.

Le ministère allemand de l’Environnement et le puissant club d’automobilistes ADAC s’affrontent sur le nombre de véhicules qui pourront supporter le nouveau mélange biocarburant/carburant classique imposé par Berlin. “Plusieurs millions de véhicules” ne supporteront pas le dosage incluant 10% de matière bio, contre 5% aujourd’hui, selon ADAC. Le ministère affirme lui que seul 1% des véhicules en circulation ne le supportera pas.

Berlin veut imposer à partir de janvier 2009 un carburant mélangé avec 10% de biocarburant, dans un souci écologique.

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Barnier récidive (mais reste impuni)

Mon Dieu, comment est-ce possible ? Michel Barnier, ministre de l’Agriculture, dans ses oeuvres. Je vous livre ci-dessous un extrait d’un entretien accordé au journal gratuit Metro (metrofrance.com). Barnier reprend point par point le coeur de l’argumentaire du lobby industriel. Tout est faux, mais qui s’en soucie, au moment où le ministre donne son feu vert au pesticides Cruiser, malgré les scandales retentissants du Gaucho et du Regent ? Ces gens-là dégoûtent purement et simplement de la démocratie. Le texte en gras, ci-dessous, est de la rédaction de Metro. Le reste est ministériel.

Les agrocarburants suscitent la polémique car beaucoup craignent une mise en concurrence entre l’alimentation humaine et la demande en énergie. Comment réguler ce marché ?

La polémique fait partie du débat démocratique : il ne faut pas en avoir peur. Pour moi la priorité c’est l’alimentation : on ne sacrifiera la production à fin alimentaire au profit des agrocarburants. Je suis sûr qu’on a besoin des agrocarburants car on a besoin de diversifier notre énergie. Notre pays n’a ni gaz, ni pétrole. On ne peut pas se permettre de dépendre des autres. Défi énergétique est fondamental : le KW moins cher, le fuel qui pollue moins est celui qu’on ne consomme pas. Ensuite il faut consommer autre chose : la première source ce sont les énergies renouvelables. Le bilan énergétique et économique de ces agrocarburants évolue avec temps. Les derniers études de l’Ademe montrent un bilan écologique positif et leur bilan économique devient de plus en plus positif avec l’augmentation du prix du pétrole. On peut améliorer leur bilan écologique avec ce qu’on appelle la deuxième génération d’agrocarburants qui va permettre d’utiliser l’ensemble des plantes et donc d’augmenter leur rendement sans augmenter la surface cultivée.

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Via campesina parle (et bien)

Mon ami Patrick Herman m’envoie ce communiqué précieux de Via Campesina, réseau mondial de paysans auquel adhère la Confédération paysanne. Je ne vous en donne qu’un extrait, mais vous pouvez trouver la totalité sur : viacampesina.org

Une réponse à la crise mondiale des prix alimentaires : L’agriculture familiale durable peut nourrir le monde

(Rome, 14 Février 2008) Les consommateurs du monde entier ont vu les prix des denrées alimentaires de base augmenter d’une façon dramatique ces derniers mois, entraînant de grandes difficultés particulièrement au sein des communautés les plus pauvres. En un an, le prix du blé a doublé et celui du maïs a augmenté de 50%.

Cependant la production n’est pas en crise. Les statistiques démontrent que la récolte de céréales n’a jamais été aussi abondante qu’en 2007.

Les prix augmentent pour diverses raisons. D’abord, une partie de plus en plus importante de la production est actuellement détournée pour la fabrication d’agro-carburants; les réserves mondiales d’aliments sont au niveau le plus bas depuis 25 ans suite à la dérégulation des marchés par l’OMC et certains pays exportateurs comme l’Australie ont connu de mauvaises récoltes en raison d’accidents climatiques. Par ailleurs, les prix augmentent parce que des entreprises financières spéculent sur l’alimentation du monde, misant sur la perspective d’une offre insuffisante. La production alimentaire, sa transformation et sa distribution tombent de plus en plus sous la coupe de compagnies transnationales qui monopolisent les marchés.

La tragédie des agro-carburants: ils nourrissent les moteurs, pas les peuples

Les agro-carburants, (les carburants produits à partir des plantes, de l’agriculture et des forêts) nous sont présentés comme la réponse à la crise pétrolière et au réchauffement climatique. Toutefois de nombreux scientifiques et institutions admettent aujourd’hui que leur pouvoir énergétique et que leur influence sur l’environnement seront limités ou carrément négatifs. Malgré cela, le monde économique se rue vers ce nouveau marché qui entre en compétition directe avec les besoins alimentaires des populations.

Le gouvernement indien envisage de planter 14 millions d’hectares de Jatropha, La Banque inter-américaine de Développement estime que le Brésil dispose de 120 millions d’hectares qui pourraient être cultivés pour des récoltes destinées aux agro-carburants et le lobby des agro-carburants parle déjà de 379 millions d’hectares disponibles dans quinze pays Africains. La demande actuelle de maïs pour la production d’éthanol représente déjà 10% de la consommation mondiale, ce qui fait monter les prix.
Les agro-carburants industriels sont une absurdité économique sociale et environnementale. Leur production devrait être arrêtée et la production agricole devrait être dirigée en toute priorité sur l’alimentation.

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Un rapport sinistre sur l’Indonésie

J’ai écrit hier tout le mal profond que je pense de Michel Barnier. Je persiste et je signe : les politiques français et européens qui défendent les biocarburants se mettent au service d’une industrie criminelle. Puisse la mémoire collective le rappeler, sans cesse et sans limite de temps !

Christian Berdot, infatigable bagarreur, me met sur la piste d’un rapport, en anglais hélas, des Amis de la terre (www.foeeurope.org). Je n’ai fait que le parcourir, mais il est à l’évidence d’un intérêt immense. Car il décrit avec détail le désastre indonésien, à cause du déferlement du palmier à huile. Bien entendu, les nouvelles plantations industrielles, là-bas, visent à satisfaire la demande du Nord en biocarburants. La forêt trinque, mais aussi les hommes. Une association indonésienne, Sawit Watch, qui a participé au travail, a dénombré plus de 500 conflits sur le terrain, entre communautés villageoises et salopards au service de l’industrie (www.sawitwatch.or.id). Lisez, si vous le pouvez. Lisez et faites circuler autant qu’il est possible. Et agissons !


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Barnier au secours de la filière

Pauvre garçon. Pauvre ministre. A-t-on le droit de moquer un ectoplasme comme Michel Barnier, ministre de l’Agriculture ? Assurément. Je le dis sans détour : Barnier prend la responsabilité historique de soutenir une filière criminelle. Et qu’il ne dise pas qu’on ne savait pas ! S’il n’en reste qu’un pour s’en souvenir, bien plus tard même, je serai celui-là. Voici le début d’une dépêche (www.actu-environnement.com) du site Actu Environnement, sans commentaire. À quoi bon ?

À l’occasion d’une visite des laboratoires et du dispositif expérimental concernant les biocarburants de seconde génération de l’INRA-Lille Site d’Estrée-Mons (80), Michel Barnier, ministre de l’agriculture et de la pêche a réaffirmé que le Gouvernement continuait de soutenir la politique de développement des biocarburants. L’objectif est clair : 7% en 2010, a-t-il rappelé. Parallèlement, au niveau européen, la décision du conseil européen en mars dernier fixant un objectif de 10% de biocarburants en 2020 en Europe, a été confirmée par la commission dans son projet de paquet énergie-climat.
Rappelant que cet objectif de biocarburants est aussi un facteur de développement d’emploi sur les territoires et d’indépendance énergétique, Michel Barnier a estimé que 7% de biocarburants dans les essences en 2010, cela représentera 7% de la surface agricole utile française dédiée vers ces filières. Mais pour l’objectif de 10%, nous aurons besoin des biocarburants de seconde génération et d’étudier plus finement les conditions des différentes filières, a-t-il précisé.

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Une traduction de Monbiot

Grâce au travail de Jean-Paul Brodier, de Metz - Jean-Paul, chapeau -, la traduction de la dernière chronique de l’éditorialiste britannique George Monbiot, évoquée ici il y a deux jours. On peut trouver le texte original à l’adresse suivante : www.monbiot.com. Les chiffres entre parenthèses renvoient aux notes (en anglais) de cet original.
Dites aux gens quelque chose qu’ils savent déjà, ils vous remercieront.
Dites-leur quelque chose de nouveau, ils vous haïront.

Le dernier fétu

Une nouvelle génération de bio-combustibles se révèle comme un nouveau désastre écologique

Par George Monbiot. Publié dans The Guardian 12 février 2008

Maintenant ils pourraient bien commencer à se réveiller. Ils n’ont pas voulu entendre les écologistes ni les géologues. Les gouvernements peuvent-ils ignorer les capitalistes ?

Un rapport publié la semaine dernière par la Citibank, ignoré des médias jusqu’ici, envisage des « difficultés réelles » dans l’augmentation de la production de pétrole brut, « en particulier après 2012 ». (1) Alors que 175 gros projets de forages vont démarrer dans les quatre prochaines années, « la crainte persiste que le plus gros de ces ressources soit contrebalancé par les forts taux de déplétion. L’industrie pétrolière a tourné en dérision la notion de pic de production du pétrole, mais « des preuves récentes du manque de croissance de la production tendraient à rejeter la charge de la preuve sur les producteurs », car ils ont été incapables de réagir à la hausse massive des prix. « La production mondiale totale d’hydrocarbures liquides n’a fait que stagner depuis le milieu de 2005 juste au-dessus de 85 millions de barils par jour. »

Le problème est compliqué, comme toujours, par le refus du cartel de l’OPEP d’augmenter la production. Ce qui a changé, selon la Citibank, est que les pays non-membres de l’OPEP ne peuvent plus répondre au signal du prix. Cela signifie-t-il que la production de pétrole de ces pays est déjà passée par le pic ? Si oui, que projettent de faire nos gouvernements ?

Il y a neuf mois, je demandais au gouvernement britannique de m’envoyer son évaluation des réserves mondiales de pétrole. Les résultats m’ont ébahi : il n’y en a pas(2). Au lieu de cela, le gouvernement se repose sur une seule source extérieure : un livre publié par l’Agence Internationale de l’Énergie. La carence est devenue encore plus étrange quand j’ai lu ce livre et découvert que c’était une polémique violente, qui traitait ceux qui mettent en question l’approvisionnement futur en pétrole de « prophètes de malheur », sans apporter de preuve solide à l’appui de ses conclusions(3). Bien que les membres de l’OPEP aient tout intérêt à gonfler leurs réserves pour augmenter leurs quotas, l’AIE se fie à leurs évaluations des ressources à venir.

La semaine dernière, j’ai essayé à nouveau et j’ai reçu la même réponse : « le gouvernement est d’accord avec l’analyse de l’AIE selon laquelle les réserves de pétrole et de gaz sont suffisantes pour assurer la croissance économique dans l’avenir prévisible. » (4) Il n’a peut-être pas remarqué que l’AIE est en train de faire marche arrière. Le Financial Times dit que l’agence « a reconnu qu’elle n’a pas prêté assez d’attention aux goulots d’étranglement de l’approvisionnement alors qu’il devient évident qu’on trouve du pétrole moins vite qu’on s’y attendait… les taux de déplétion naturelle des gisements découverts sont un secret bien gardé de l’industrie pétrolière et l’AIE s’inquiète de l’imprécision des données qu’elle possède. » (5) Et si ces données se révélaient fausses ? Et si les réserves revendiquées par l’OPEP n’étaient qu’un tas de mensonges ? Quels plans d’urgence le gouvernement a-t-il établi ? Aucune réponse.

La Commission Européenne, au contraire, a bien un plan, et c’est un désastre. Elle reconnaît que « la dépendance au pétrole dans le secteur des transports … est un des plus sérieux problèmes d’insécurité dans l’approvisionnement en énergie auquel l’UE ait à faire face. »(6) En partie pour diversifier l’approvisionnement en combustibles, en partie pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, elle a ordonné aux États membres de faire en sorte que, d’ici à 2020, 10% du pétrole brûlé dans nos voitures soit remplacé par des bio-carburants. Cela ne résoudra pas le problème du pic pétrolier, mais cela pourrait au moins le mettre en perspective en posant un problème encore plus grave.

Pour être honnête envers la Commission, il faut dire qu’elle a reconnu que les bio-carburants n’étaient pas la panacée verte. Son projet de directive interdit qu’ils soient produits par la destruction de forêts primitives, d’anciennes prairies ou zones humides, parce que cela pourrait provoquer une augmentation nette des émissions de gaz à effet de serre. De même la biodiversité d’aucun écosystème ne devrait être altérée pour les cultiver.(7)

Tout cela semble bon, mais il y a trois problèmes. Si les bio-carburants ne peuvent pas être produits sur des territoires vierges, ils doivent être confinés aux terres agricoles existantes, ce qui signifie que chaque fois qu’on fait le plein d’une voiture, on arrache le pain de la bouche des gens. En conséquence, cela augmente le prix de la nourriture, ce qui encourage les paysans à détruire des habitats vierges –forêts, prairies, marécages et le reste– pour la faire pousser. Nous pouvons nous féliciter de rester moralement purs, mais les impacts sont les mêmes. On ne sortira pas de là : sur une planète finie avec des ressources alimentaires rares, ou bien on se bat contre les affamés, ou bien on défriche de nouvelles terres.

Le troisième problème est que la méthode de la Commission a été réduite en miettes par deux nouveaux articles. Publiés dans le magazine Science, ils calculent le coût total en carbone de la production des bio-carburants (8,9). Quand le défrichage des terres (qu’il soit provoqué directement ou par le déplacement de cultures alimentaires) est pris en compte, tous les bio-carburants principaux provoquent une augmentation massive des émissions.

Même la source la plus productive –la canne à sucre cultivée dans les savanes broussailleuses du centre du Brésil– crée une dette en carbone qui n’est pas remboursée avant 17 ans. Comme l’essentiel des réductions d’émissions de carbone doit être fait maintenant, le résultat net de cette culture est une aggravation du changement climatique. La plus mauvaise source –le palmier à huile qui prend la place de la forêt vierge tropicale poussant sur la tourbe– provoque une dette de carbone de quelque 840 ans. Même quand on produit de l’éthanol de maïs cultivé sur des terres arables « au repos » (jachères en Europe, « réserve de conservation » aux États-Unis), il faut 48 ans pour rembourser la dette de carbone. Les faits ont changé. La politique suivra-t-elle ?

Beaucoup de gens croient qu’il est possible d’éviter ces problèmes : en fabriquant les bio-carburants non pas à partir des récoltes elles-mêmes, mais à partir des déchets de ces récoltes. Si les carburants des transports pouvaient être fabriqués à partir de paille, d’herbe ou de sciure de bois, il n’y aurait pas de conflit sur l’utilisation des terres, ni de danger de créer la famine. J’y ai cru moi-même jusque récemment (10).

Malheureusement, la plupart des « déchets » agricoles ne sont nullement des déchets. Ce sont des matériaux qui entretiennent la structure du sol, des nutriments et des puits de carbone. Une étude commandée par le gouvernement étasunien avance que, pour que soient atteints les objectifs en bio-carburants, il faut que 75% des résidus de récoltes soient exploités (11). Selon une lettre publiée l’an dernier dans Science, le retrait des résidus de récolte peut multiplier par cent la vitesse d’érosion des sols(12). En d’autres termes, notre addiction à la voiture pourrait provoquer un pic agricole comme il y a un pic pétrolier(13).

Exploiter les résidus de récolte signifie qu’on remplace les nutriments qu’ils contiennent par des engrais, ce qui provoque une émission supplémentaire de gaz à effet de serre. Un article récent du Prix Nobel Paul Crutzen suggère que les émissions de protoxyde d’azote (un gaz à effet de serre 296 fois plus fort que le CO2) par les engrais azotés efface toutes les économies de carbone permises par les bio-carburants, avant même qu’on ait pris en compte les changements de destination de la terre(14). La culture spécialisée de végétaux de deuxième génération, comme des arbres ou du panic érigé, ne résout pas le problème non plus : comme les autres cultures énergétiques, elle déplace à la fois la production alimentaire et les émissions de carbone. La culture du panic érigé, comme le montre un des nouveaux articles de Science, crée une dette en carbone de 52 ans(15). Certains proposent de produire des carburants de deuxième génération à partir d’herbe récoltée dans des prairies naturelles ou des friches communales, mais il est déjà difficile de les produire à partir d’une matière homogène ; encore plus difficile à partir d’un mélange. En-dehors de l’huile de friture usagée, il n’existe rien qui ressemble à un bio-carburant renouvelable.

Toutes ces solutions compliquées ne servent qu’à en éviter une plus simple : réduire la consommation de carburants pour les transports. Mais cela passerait par le recours à une autre sorte de ressource. Il semble malheureusement que les réserves mondiales de courage politique sont passées par leur pic il y a quelque temps déjà.

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Un tribunal pour l’Amazonie

Des nouvelles venues d’Italie, en italien (www.greenreport.it). Le quotidien d’informations écologiques Greenreport annonce une nouvelle dont on reparlera peut-être. Je l’espère en tout cas. Le président de l’ordre des avocats du Brésil, Cezar Britto, propose la création d’un tribunal appelé à juger les crimes contre l’Amazonie. Tous les pays d’Amérique du sud intéressés pourraient en faire partie.

Au coeur de la démarche, l’augmenation récente et certaine de la déforestation sauvage de la grande sylve amazonienne. Les biocarburants, cela ne vous étonnera guère - et n’a pas échappé à Britto -, jouent un rôle clé dans le phénomène.

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Le maire de New York avec nous !

 On le sait bien, tout arrive à qui sait attendre. En effet : Bloomberg est contre ! Le maire milliardaire de New York, libéral convaincu, républicain bont teint, vient de faire une déclaration retentissante CONTRE les biocarburants (www.enerzine.com). Que dit Michael Bloomberg ? Ceci : « En assurant la promotion de l’éthanol issu du maïs, la nouvelle loi américaine sur l’énergie provoquera une hausse globale des prix des denrées alimentaires et condamnera des populations à la famine ».

On croit rêver, non ? En France, Bloomberg serait clairement du côté des amis de Madelin… Cela se passe aux États-Unis, où tout n’est décidément pas si mauvais. Hip hip !

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George Monbiot as a guest star

J’ai déjà eu l’occasion de dire tout le bien que je pense de George Monbiot, éditorialiste au quotidien britannique The Guardian. L’homme est écologiste, journaliste, talentueux. Je n’ai malheureusement pas le temps de traduire sa toute dernière chronique, très documentée, consacrée aux biocarburants. Mais peut-être Jean-Paul, depuis Metz, trouvera-t-il le temps ? Pour les autres, qui savent l’anglais, voici l’adresse où vous trouverez le texte : d’origine : monbiot.

Le titre du papier, The Last Straw, est un jeu de mot. Il signifie à la fois L’ultime paille et C’est le comble. Monbiot y décrit par le menu la frénésie autour des biocarburants, dopée par la crise désormais certaine du pétrole. Il rappelle de fortes évidences sur la concurrence fatale entre biocarburants et production alimentaire, et les effets désastreux des premiers sur la crise climatique.

Surtout, il aborde la question des biocarburants de deuxième génération, et montre, études à l’appui, que l’utilisation des déchets végétaux et autres pailles cache un désastre de plus. Certain.

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Le mage vous salue bien (2)

Avis à ceux qui ne me suivent pas très souvent. Le titre de ce papier renvoie à une prédiction que j’ai faite en janvier à l’adresse suivante : fabrice-nicolino.com. Cela se confirme donc, Le Monde s’y met bel et bien. Dans un long article, Frédéric Lemaître rapporte enfin ce que je ne cesse, avec bien peu d’autres, de clamer : la faim est de retour (www.lemonde.fr/opinions). Seulement, et ce n’est pas très confraternel de le noter, le journaliste oublie les articulations pourtant évidentes entre le déséquilibre soudain d’un marché alimentaire tendu, d’un côté, et l’irruption des biocarburants de l’autre. Pour être honnête, il effleure le sujet, sans s’attarder. Quel dommage ! N’importe : la vérité sur l’innommable est en marche. Malgré tout.

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Le mage vous salue bien

Je ne veux pas jouer le fanfaron, mais comme mage, j’en vaux bien d’autres. Je vous laisse aller, si le coeur vous en dit, à cet article écrit sur mon autre blog en janvier, Planète sans visa (fabrice-nicolino.com). J’y annonçais que la presse française sérieuse allait enfin découvrir les biocarburants, suivant en cela, de près, la presse américaine. Et peut-être n’avais-je pas tout à fait tort. Vous trouverez ci-dessous un (bon) article du Monde (www.lemonde.fr), en date du 1er février dernier, dont j’extrais cette introduction :

« Comment a-t-on pu s’engager aussi rapidement dans la production d’agrocarburants ? C’est la question qu’ont fini par se poser, un peu interloqués, les quelque cinquante chercheurs et experts participant à un séminaire sur “Agrocarburants et développement durable” organisé à Grenoble par le service de la recherche du ministère de l’écologie les lundi 28 et mardi 29 janvier ».

Reste, mais ce n’est pas ce que j’appellerai une surprise, que notre grand quotidien a omis de parler du livre La faim, la bagnole, le blé et nous. Mon livre. Qui, par-delà ses évidentes limites et insuffisances, contient pourtant l’essentiel du dossier. Non, ce n’est pas une immense surprise.


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Encore, encore, encore !

Une dépêche de l’AFP, piquée sans complexe sur www.romandie.com. Inutile de résumer, inutile de commenter. Il suffit de lire.

 Détruire des écosystèmes pour produire des biocarburants aggrave le réchauffement

WASHINGTON - Détruire des écosystèmes naturels pour des cultures destinées à produire des biocarburants aggrave le réchauffement planétaire en générant pendant plusieurs décennies plus de dioxyde de carbone (CO2), le principal gaz à effet de serre, mettent en garde jeudi des experts américains.

“Si on essaye de limiter le réchauffement de la planète, il est absurde de convertir des sols pour produire des biocarburants”, affirme Joe Fargione, un chercheur du Nature Conservancy, une des plus importantes organisations privées de protection de l’environnement, co-auteur de cette étude.

“Tous les biocarburants que nous utilisons actuellement entraînent une destruction de la nature directement ou indirectement”, poursuit-il.

“L’agriculture mondiale produit déjà des aliments pour six milliards d’êtres humains et accroître la production de biocarburants entraînera forcément la conversion de davantage de superficies naturelles pour des cultures”, ajoute ce chercheur.

Le CO2 se retrouvant dans l’atmosphère du fait de la perte des forêts vierges, des savanes, des tourbières ou des steppes converties en terres de culture dépasse nettement le volume de CO2 non émis dans l’air grâce à l’utilisation de biocarburants, selon ces scientifiques dont les travaux paraissent dans la revue Science datée du 8 février.

De telles conversions de terre pour cultiver du maïs ou de la canne à sucre, à partir desquels on produit l’éthanol ou encore du soja pour le biodiesel, se traduisent par des volumes d’émissions de CO2 de 17 à 420 fois plus grandes que la réduction annuelle résultant du remplacement des carburants fossiles par des biocarburants, ont calculé ces chercheurs.

Le carbone séquestré dans les arbres et plantes détruits, ainsi que dans le sol où étaient ces végétaux, se retrouve dans l’atmosphère sous forme de CO2 et ce processus peut prendre plusieurs décennies voire des siècles, selon eux.

Ces chercheurs ont calculé qu’en Indonésie, où des tourbières ont été converties pour cultiver des palmiers à huile afin de produire du biodiesel, il faudrait 423 ans avant que ce biocarburant ait une contribution positive pour réduire les émissions de CO2.

“Les gouvernements n’ont pas mis en place un système pour encourager les propriétaires terriens à limiter les émissions de CO2 mais au contraire leur offrent des incitations financières pour faire des cultures destinées à produire des biocarburants”, relève Stephen Polasky, professeur d’économie à l’université du Minnesota (nord), un des co-auteurs de ces travaux.

“Mettre en place des incitations pour accroître la séquestration du carbone par la nature ou pénaliser les émissions de CO2 provenant des cultures est essentiel pour répondre sérieusement à ce problème”, selon lui.

Ces chercheurs notent que le fort accroissement de la demande pour l’éthanol du maïs aux Etats-Unis contribue à la destruction croissante de la forêt amazonienne au Brésil.

Pour répondre à la demande d’éthanol, les agriculteurs américains ont cessé d’alterner les cultures de maïs avec celles du soja, ce qui conduit leurs homologues brésiliens à produire plus de soja pour répondre à la demande mondiale insatisfaite, et ce au détriment de la forêt vierge, expliquent-ils.

Les auteurs de l’étude font cependant valoir que certains biocarburants ne contribuent pas au réchauffement climatique car ils laissent intact l’environnement naturel.

Ils citent les biocarburants obtenus à partir des déchets agricoles et forestiers, comme les copeaux de bois, ainsi que des plantes herbacées poussant sur des terres non propices à l’agriculture et objet de nombreuses recherches.

(©AFP / 07 février 2008 20h00)

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Mais que fout donc la France ?

Le temps me manque, vous m’en voyez désolé. Deux choses. La première : j’ai entendu il y a une demi-heure, sur France-Inter, la secrétaire d’État à l’écologie Nathalie Kosciusko-Morizet. Un authentique foutage de gueule. Sur les biocarburants, navigant entre hypocrisie et pure mauvaise foi, elle a nous livré cette noble affirmation, qui ne sert à rien d’autre qu’à s’exonérer : nous serions allés un peu vite en besogne.

Mais c’était pour mieux vanter l’argument de propagande du lobby industriel : vite, passons aux biocarburants de deuxième génération. Tartuffe, va !

Vous trouverez par ailleurs, ci-dessous (www.campaigncc.org), le texte d’une campagne anglaise contre les biocarburants. Je n’ai pas le temps de traduire, pardonnez. Au reste, le texte est intéressant pour une chose avant tout : ailleurs en Europe, on se bouge. Mais pas en France.

Protest against Brown on Biofuels

Organised by Campaign against Climate Change and Biofuelwatch

Tuesday April 15th

Outside Downing Street 6.00pm

STOP THE RTFO

STOP A MASSIVE EXPANSION IN AGROFUELS

STOP A TRAGEDY UNFOLDING

On Tuesday April 15th the RTFO - or RENEWABLE TRANSPORT FUEL OBLIGATION -will come into force. This should be a good thing, ensuring that a certain proportion of all transport fuel comes from renewable sources. But in fact it is likely to precipitate a tragedy.

The RTFO will mean that all petrol and diesel must contain a minimum percentage of ‘biofuel’. This will drastically increase the demand for ‘biofuels’ or ‘agrofuels’, that is fuels that are made from living plants (rather than the “fossilised” ones that make up oil and coal). The theory is that because these fuels absorb as much CO2 when they grow, as they emit when they are burnt, they are basically ‘carbon neutral’. Now, ‘biofuels’ made from waste materials like used chip fat are fine…. but these could only ever supply a fraction of the demand if we use biofuels to replace any significant proportion of the transport fuel that now comes from fossil fuels. To do this requires growing crops for fuel (eg rapeseed, palm oil, soy, sugar cane or jatropha) on a massive scale (this is why we use the term “agrofuels”).

This increases the pressure on land and in places like Brazil and Indonesia this increases the pressure on the rain forest and other surviving biodiverse ecosystems. Clearance for palm oil plantations is now the biggest driver behind deforestation in Indonesia and an increase in the price of soy (caused by increased demand) is seen as the main cause of the recent huge increase in the rate of deforestation in Brazil. Even if agrofuels are produced from, say, “certifiably sustainable” rapeseed in Europe this can have knock-on effects – it means there is less rapeseed available to produce cooking oils and foodstuffs and this results in a massively increased demand for Indonesian palm oil to fill the gap.

It is often overlooked that deforestation, and land use change, is the cause of about one quarter of total global CO2 emissions. Not only that but some rainforest ecosystems, are thought to be in danger of complete collapse. The Amazon for instance has been ‘drying out’ in recent years and if the process continued vast fires could take hold and precipitate a change to a different ‘dry forest’ or savannah state. This would release vast quantities of CO2 in a ‘positive feedback’ event that could constitute a ’tipping point’ where climate change escalated completely out of control. Deforestation is the biggest driver in this process – combined of course with higher temperatures from global warming, itself exacerbated by deforestation.

Not only that but using crops for fuels means there are less available for food – the huge demand of rich countries for fuel to drive their cars around is put in direct competition with the need of people in poorer countries just to eat. Already in the past year US and EU demand for biofuels has helped to double the price of wheat and corn. There have been riots in Mexico over the rocketing price of tortillas and this could just be the start. Jean Ziegler, the ‘UN Special Rapporteur on the Right to Food’ has called it a “crime against humanity”.

There have also been a catalogue of human rights abuses associated with the expansion of agrofuels. In Argentina 200,000 rural families have already been displaced and Victoria Tauli-Corpuz, Chair of the ‘UN Permanaent Forum on Indigenous Issues’ has warned that 60 million indigenous people could become “agrofuel refugees”.

Finally new ‘full cycle’ studies suggest that many biofuels actually cause more emissions than fossil fuel. This is greenhouse gas emissions directly associated with their production, not the devastating indirect, or long-term, effects referred to above. A recent study by Paul Crutzen suggests that the production of biofuel from rapeseed causes 70% more greenhouse gas emissions than those that would be caused by fossil fuels. This is mainly the nitrous oxide emissions from the fertiliser used to intensivley farm rapeseed - something overlooked in previous assessments.

So with all this damning evidence why are they going ahead with a massive expansion of agrofuels ? Well, in part at least, its because a new corporate alliance has evolved around the agrofuel boom - which includes oil companies, ‘big business’ and venture capitalists, car manufacturers and the biotech industry. (Car manufacturers back a “low carbon solution” that does not involve them in making drastic changes to their industry, while the biotech industry backs the genetic modification of crops to make them more suitable for biofuel production). This means there is a powerful self-interested lobby influencing all the decisions that are made.

To sum up : agrofuels drive deforestation which drives climate change. Gordon Brown is asking us to cut down our personal energy use while enacting a measure which will have the very worst direct impact on the climate crisis. In Gordon Brown’s fight against climate change its one step forward and ten steps back!

For more information on the issues raised here see www.biofuelwatch.org.uk

For a report from Friends of the Earth Europe on biofuels see here.

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La Belgique donne l’exemple

Allez voir sur You Tube (nl.youtube.com). Je sais, il est un brin curieux, ici du moins, de vanter cet hypermarché de l’image, mais l’occasion restera rare. On voit sur ce film des OPPOSANTS aux biocarburants, en action. Ce n’est pas en France qu’on verrait ça.

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Marseille en pointe

Beuark ! Le port autonome de Marseille (PAM) investit massivement dans les biocarburants. 29 millions d’euros pour commencer (ecologie.caradisiac.com). De lourds travaux seront destinés au terminal de Lavera, de manière à ce qu’il puisse accueillir 1,3 million de tonnes en plus chaque année. Des barges, des navires chargés de biocarburants. Bienvenue à l’huile de palme d’Indonésie ! Je me répète : beuark.

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Un article du New York Times

Vous trouverez ci-dessous une contibution importante d’un des piliers du New York Times, Keith Brasher (en anglais : www.nytimes.com). Je n’aime guère complimenter les journalistes, qui ne font dans le meilleur des cas que leur travail, mais enfin, Bradsher a écrit un article remarquable. Grâce à Christian Berdot, qui l’a traduit pour les Amis de la terre (www.amisdelaterre.org), je peux vous l’offrir en français ci-dessous. On aimerait que la presse française daigne s’en inspirer, fût-ce de loin.

Article de Keith Bradsher avec les contributions d’Andrew Martin à New York, Anand Giridharadas à Kale, Inde et Michael Rubinstein à Mumbai : « Le nouveau dilemme : des carburants chers impliquent des calories chères »

Kuantan, Malaisie L’augmentation des prix de l’huile de cuisine oblige les habitants du plus grand bidonville de l’Inde à Mumbai à réduire leur ration. Les boulangeries aux Etats-Unis s’inquiètent de l’augmentation des matières grasses. Et ici, en Malaisie, des usines toutes neuves construites pour transformer l’huile en diesel tournent à vide alors que leurs propriétaires ne peuvent plus se payer la matière première.

C’est un nouveau choc énergétique. De l’Inde à l’Indiana, la pénurie et l’augmentation des prix de l’huile de palme, de l’huile de soja et de nombreux autres types d’huiles végétales sont les exemples les plus frappants d’un phénomène global en pleine expansion : la cherté des produits alimentaires.

L’index des prix alimentaires de la FAO (l’Organisation pour l’Agriculture et l’Alimentation des Nations Unies) qui repose sur les prix à l’exportation de 60 produits commercialisés internationalement, a grimpé de 37% l’an dernier, ce qui s’ajoutait à l’augmentation de 14% de l’année 2006. Cette tendance s’est encore aggravée cet hiver.

Dans certains pays pauvres, les gens sont désespérés. Rien que pour la semaine dernière, des manifestations ont éclaté au Pakistan à cause du manque de blé et en Indonésie à cause du manque de grains de soja. L’Egypte a interdit ses exportations de riz pour conserver la nourriture sur place et la Chine a imposé un contrôle des prix sur l’huile de cuisine, les céréales, la viande, le lait et les œufs.

D’après la FAO, des émeutes de la faim ont éclaté récemment en Guinée, en Mauritanie, au Mexique, au Maroc, au Sénégal en Ousbéquistan et au Yémen.

Pour He Changchui, le chef de la FAO pour l’Asie et le Pacifique, « Les pauvres des villes, les ruraux sans terre et les petits paysans marginaux ont tout à perdre ».

Un changement effrayant est en train de se produire sur les marchés mondiaux de l’alimentation. L’augmentation des prix des carburants a changé la donne pour la production et le transport des aliments dans le monde. L’énorme demande en agrocarburants a provoqué des tensions entre l’utilisation de la terre pour produire des carburants ou de la nourriture.

De plus le développement d’une classe moyenne dans les pays émergeants demande plus de protéines, allant du porc et des hamburgers, au poulet et aux glaces. Et tout cela se produit alors que les changements climatiques commencent à empêcher de produire, certains pays qui pourraient le faire comme l’Australie.

Ces dernières années, la demande mondiale en céréales et en viande a augmenté rapidement. La question de savoir comment l’offre va suivre reste ouverte. Pour le futur prévisible, cela signifie des prix plus élevés à l’épicerie et des chèques plus importants pour les agriculteurs produisant du maïs, du blé et du soja.

L’inflation pourrait s’aggraver aussi. Les experts en alimentation pensent que les augmentations n’ont pas encore touché les étalages dans les rues du tiers-monde ou dans nos supermarchés.

Les gouvernements de plusieurs pays pauvres ont essayé de répondre en subventionnant certains aliments, en imposant ou en resserrant le contrôle des prix, en réduisant les exportations ou en diminuant les tarifs douaniers.

Ces mesures sont déjà dépassées. A travers toute l’Asie du Sud-Est, par exemple, des familles font des réserves d’huile de palme. Les trafiquants ont fait grimper les prix en détournant l’huile de marchés plus subventionnés comme la Malaisie, vers des marchés moins subventionnés comme celui de Singapour.

Aucun autre produit alimentaire n’a autant augmenté cet hiver que l’huile alimentaire avec parfois des résultats dramatiques. Lorsque le magasin Carrefour de Chongqing, en Chine annonça une promotion d’huile de cuisine, limitée dans le temps, cela provoqua une ruée sur le magasin, avec pour résultat 3 morts et 31 blessés.

L’huile de cuisine peut paraître être une dépense négligeable dans nos pays occidentaux. Mais dans les pays en voie de développement, l’huile est une source importante de calories et représente un des postes de dépenses les plus importants pour les familles pauvres qui produisent elles-mêmes une bonne partie de leur nourriture mais doivent acheter l’huile pour la cuisson.

L’huile de palme est un produit de base vital dans une bonne partie du monde, notamment en Asie et peu de produits illustrent autant les problèmes qui apparaissent dans la chaîne alimentaire mondiale. Des forêts vierges et marchés de rue de l’Asie du Sud-Est, aux entreprises agro-alimentaires des Etats-Unis, en passant par les usines d’agrodiesel de l’Europe la grimpée des prix provoque des discussions acerbes entre écologistes, compagnies du secteur de l’énergie, consommateurs, peuples indigènes et gouvernements.

Le palmier à huile est un arbre au tronc robuste avec des feuilles au sommet qui le fond ressembler à une énorme anémone de mer. Ces arbres avec leurs feuilles au motif en étoile caractéristique, couvre un huitième du territoire total de la Malaisie et une surface encore plus importante en Indonésie voisine.

Un producteur efficace

Le palmier est un producteur très efficace d’huile végétale que l’on tire en pressant les grappes épaisses composées fruits rouges, grands comme des prunes. Un hectare de palmier à huile donne autant d’huile que 8 hectares de soja, le principal rival du palmier. Le colza est un lointain troisième. Parmi les principales cultures, seule la canne à sucre peut rivaliser pour le nombre de calories pour l’alimentation humaine.

Les prix de l’huile de palme ont augmenté de 70% l’an dernier parce que la demande a explosé alors que la production a augmenté lentement.

Les agriculteurs et les compagnies de plantations répondent à l’augmentation de la demande en déboisant des centaines de milliers d’hectares de forêts tropicales pour les replanter avec des palmiers. Mais un palmier a besoin de 8 ans pour atteindre sa pleine production. L’an dernier, la sécheresse en Indonésie et les inondations dans la péninsule malaisienne ont géné la production. La production mondiale n’a augmenté que de 2,7% l’an dernier pour atteindre 42,1 millions de tonnes.

En même temps, la demande en huile de palme augmente pour différentes raisons. Cela comprend des agriculteurs qui décident de changer de cultures, l’augmentation de la demande en Inde et en Chine pour l’huile alimentaire et les subventions aux agrocarburants dans les pays occidentaux.

Les agriculteurs états-uniens ont planté plus de maïs et moins de soja car la demande d’éthanol à partir de maïs a poussé les prix du maïs vers le haut. La surface cultivée en soja aux Etats-Unis a baissé de 19% l’an dernier provoquant une baisse des stocks et de la production d’huile.

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Agrocarburants : un gros chèque pour les céréaliers, un gros trou dans le buget des pauvres !

Les agriculteurs chinois ont aussi diminué leur production de soja parce que d’une part, de très bonnes terres agricoles ont été urbanisées et que, d’autre part, le gouvernement a donné plus de subventions aux céréales.

Pourtant, la consommation chinoise d’huile augmente. La Chine a été l’an dernier non seulement le premier importateur d’huile de palme, mais a aussi doublé ses importations d’huile de soja en passant à 2,9 millions de tonnes, poussant d’autres acheteurs à se tourner vers l’huile de palme.

Des considérations diététiques ont aussi des répercussions sur les ventes d’huile de palme. L’huile a été longtemps considérée dans les pays occidentaux comme mauvaise pour la santé mais elle est devenue une option intéressante pour remplacer les graisses modifiées industriellement et connues sous le nom d’acides gras trans qui sont considérés depuis quelques temps comme les graisses les plus mauvaises pour la santé.

L’été dernier, la ville de New York a interdit les acide gras trans pour les fritures dans les établissements de restauration et va les interdire dans les pâtisseries cet été. A travers tout le pays, les producteurs essayent de remplacer les acides gras trans. Les importations état-uniennes d’huile de palme ont doublé lors des 11 premiers mois de l’année dernière, s’élevant ainsi à 200 000 tonnes.

« Il y a 4 ans lorsque la question des acides gras trans a commencé à être soulevée, nous ne transformions pas du tout d’huile de palme. » dit Mark Weyland, gestionnaire de la production aux Etats-Unis pour Loders Croklaan, une compagnie hollandaise qui fournit l’huile de palme. « Maintenant, c’est notre première vente ».

L’an dernier, la transformation de l’huile de palme en carburant était une source de demande en augmentation rapide mais durant les semaines passées, l’augmentation des prix a mis ce marché en ébullition.

Ici, sur la côte est de la Malaisie, une série de réservoirs verts et gris, de 15 m de haut, relie un labyrinthe de tuyaux jaune et argent. La nouvelle raffinerie étincelante a la capacité de transformer 116 000 tonnes d’huile de palme en 110 000 tonnes d’un carburant appelé agrodiesel, ainsi qu’en des produits secondaires comme la glycérine. La compagnie Mission Biofuels a achevé la raffinerie le mois dernier et en construit une encore plus grande, tout près, au pied d’une colline couverte par la jungle.

Mais les prix ont tellement grimpé que la compagnie ne peut couvrir ses frais et a mis son usine au ralenti tout en cherchant une nouvelle stratégie comme de demander aux acheteurs d’agrodiesel de payer un prix en liaison avec les coûts de l’huile de palme ou comme passer un jour de l’huile de palme au jatropha un arbuste qui pousse au bord des routes. « Nous avions bien vu que les prix de l’huile de palme étaient déjà élevés mais nous ne pensions pas qu’ils pouvaient grimper encore et pourtant c’est se qui s’est passé » dit Nathan Mahalingam, le directeur de la compagnie.

Augmentation des agrocarburants

Les agrocarburants ont été responsables de la moitié de l’augmentation de la demande mondiale en huiles végétales l’an dernier et représentent 7% de la consommation totale d’huile d’après Oil World, un bureau de prévision basé à Hambourg, Allemagne.

La demande croissante en agrodiesel qui peut être mélangé avec du diesel normal a soulevé une controverse non seulement parce qu’il est en concurrence avec la production alimentaire mais aussi pour des questions environnementales. Les groupes écologistes européens ont sonné l’alarme car des forêts tropicales sont rasées pour laisser la place à de plantations de palmiers, tout en détruisant l’habitat des orang-outangs et des rhinocéros de Sumatra et en relâchant des gaz à effet de serre.

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Stoppez les tronçonneuses !
Avec les biocarburants, les peuples indigènes et la biodiversité sont sacrifiés dans nos moteurs

L’Union européenne s’apprêterait à limiter les importations d’huile de palme produite de façon non durable. Cette mesure a provoqué la fureur de l’industrie de l’huile de palme malaisienne qui s’est lancée dans la production d’agrodiesel en partie pour satisfaire le demande européenne.

Une autre mesure de protection concerne le traitement des peuples indigènes dont les terres ont été confisquées par les plantations de palmiers. C’est particulièrement le cas à Bornéo.

Pour Anne B Lasimbang, directrice du Pacos Trust dans l’état malaisien de Sabah situé dans le nord de Bornéo, il est clair que si quelques peuples indigènes ont bénéficié de la vente de l’huile de palme qu’ils cultivent eux-mêmes, beaucoup d’autres ont perdu la terre de leurs ancêtres avec peu de compensations, y compris des territoires qui fournissent habituellement l’habitat des orang-outangs, espèce menacée.

Mme Lasimbang qui est membre du groupe indigène des Dusun, reconnaît « qu’une partie des pressions internationales se font sentir à la base. Certaines compagnies sont plus ouvertes au dialogue ; elle sont prêtes à discuter avec les communautés. De notre côté, nous restons méfiants. »

La demande dépasse l’offre

Alors que de nombreux conflits et pressions économiques liés à l’huile de palme se déroulent au niveau économique mondial, le résultat n’en reste pas moins que le monde veut plus d’huile que ce qu’il peut produire.

Même en Malaisie, centre mondial de l’huile de palme depuis plus de 50 ans, de courtes pénuries se sont produites. Alors que les prix en gros grimpaient, les raffineurs d’huile de cuisine se sont plaints dernièrement que les subventions n’étaient pas suffisantes et diminuèrent la production d’huile de cuisine, vendue bon marché à des prix régulés.

Les vendeurs de rues dans la capitale, Kuala Lumpur, se plaignent qu’ils ne peuvent trouver suffisamment d’huile pour préparer le « roti canai », le pain plat qui est le snack national. « C’est très difficile ; c’est dur à trouver », nous dit un vendeur qui ne nous donna que son prénom, Palani, après avoir admis qu’il achetait secrètement de l’huile à destination domestique, au lieu de payer l’huile à usage commercial beaucoup plus cher.

Les victimes frappées le plus durement par la montée des prix se trouvent dans les immenses bidonvilles qui entourent les villes dans les pays asiatiques pauvres. La famille Kawle est composée de neuf membres dont un seul a du travail comme manœuvre pour 60 dollars par mois. Ils vivent à Mumbai, dans le bidonville de Dharavi qui n’arrête pas de s’étaler et ils essayent de se débrouiller face à la récente augmentation des prix de l’huile de palme.

La famille a tout d’abord réagi en ne mangeant du poisson qu’une fois par semaine au lieu de deux, en ne cuisant les légumes que rarement et en réduisant la ration mensuelle de riz. La prochaine étape sera la disparition des quelques miettes de mouton hebdomadaires.

« Si les prix continuent de monter » nous dit Janaron Kawle, « nous allons réduire le mouton à deux fois par mois et utiliser moins d’huile ».

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Dramatique Corinne Lepage

Cela n’aura pas duré longtemps. Il y a quelques mois, j’ai appelé directement Corinne Lepage pour tenter de dépasser une (grosse) brouille, suite à une critique (très) défavorable que j’avais faite de son livre-bilan, lors qu’elle était ministre de l’Environnement d’Alain Juppé, avant 1997 donc.

Je dois dire qu’au téléphone, elle avait été charmante avec moi. Mais je doute que les mots qui suivent maintiennent le même climat. Car Corinne Lepage, bras droit ou gauche de François Bayrou et maître(sse) à bord de Cap 21, vient de donner une interview calamiteuse à un journal agricole, Mag Cultures (www.le-mag.fr). Sur les biocarburants, oui. Hélas.

À la question : « Que pensez-vous des biocarburants ? », elle répond textuellement ceci : « Tout dépend de quoi l’on parle. S’il s’agit des biocarburants de deuxième génération, je suis plus que positive. Mais avec les biocarburants de première génération, il me semble que la France engage une fois de plus les agriculteurs dans la mauvaise direction! Je ne vois pas leur intérêt économique ou environnemental. J’ai conscience que c’est une réelle opportunité pour les producteurs de blé. Mais où est l’avantage sur le cycle de vie du produit ? Il utilise beaucoup d’eau et de phytosanitaires pour un avantage environnemental faible. En plus, il implique souvent une pression sur la valeur et l’usage des terrains déraisonnables, comme on le voit au Mexique. Il faut donc que nous tranchions rapidement puisque plus on investira dans ces biocarburants de première génération, plus il faudra amortir… ».

C’est si mal informé, tant éloigné de l’extraordinaire crise mondiale créée par cette industrie criminelle que les mots me manquent, tout simplement. Appelons cela de la sidération. Si quelqu’un parmi vous la connaît, faites-lui passer un message : j’ai écrit un livre sur le sujet, dont ce blog a emprunté le titre. Ce n’est pas un chef d’oeuvre, il s’en faut. Mais il est solide, informé lui, et ne cesse d’ailleurs, tristement, d’être confirmé par les faits. Oui,  faites passer.

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Mais où vont le WWF ?

Exceptionnellement, ce papier figure à la fois sur les deux blogs que j’ai créés.

Attention, grand danger. Si j’ai écrit ce titre bancroche, c’est que je veux croire qu’il existe encore deux lignes à l’intérieur du WWF à propos des biocarburants. Mais je suis loin d’en être sûr.

Ce qui est certain, c’est qu’une orientation scandaleuse a été adoptée par la haute hiérarchie mondiale de l’association. Elle consiste, sommairement résumée, à accompagner le mouvement. Question : peut-on s’interroger sur les modalités d’un crime, ou faut-il tenter, par tous moyens disponibles, de l’éviter ?

À Bruxelles, dans les couloirs de la Commission européenne, les lobbies s’affrontent comme à leur habitude. Et parmi eux, le WWF. Car l’association a fait le choix d’être un lobby parmi d’autres. Concernant l’affaire des biocarburants, le WWF avance à pas comptés, se camouflant autant qu’il est possible. Ce qu’il réclame est exactement ce que souhaite la partie la plus intelligente de l’industrie des biocarburants : une certification dite environnementale, qui serait sanctifiée par le WWF.

Je sais, par des confidences, que ce dernier affronte à Bruxelles une opposition sur le sujet, encore discrète, mais résolue, surtout de la part des Amis de la terre. J’extrais du site Internet du WWF en Inde (www.wwfindia.org) un extrait saisissant qui mange le morceau sans détour : « “WWF is working with business and industries to develop sustainable palm oil purchasing policies and practices, to help combat tropical forest loss globally and to secure livelihoods for local people”, said Mr Ravi Singh, Secretary General and CEO of WWF India ». C’est donc bien un fait : s’appuyant sur la faribole de la RTSPO (Roundtable on Sustainable Palm Oil, ou tour de table sur l’huile de palme soutenable), le WWF vend son âme.

Le mouvement écologiste français est touché lui aussi. Le Comité de liaison des énergies renouvelables (Cler), qui abrite des partisans de cette certification bidon, et des adversaires, ne sait plus comment trancher publiquement la dispute. Comme je connais et apprécie Serge Orru, directeur du WWF-France, comme il m’a soutenu au moment de la sortie de mon pamphlet contre les biocarburants, La faim, la bagnole, le blé et nous, je lui adresse personnellement un message. Le voici :

Serge,

Mon amitié pour toi n’a rien de secret. Mais ce qui se passe en ce moment autour des biocarburants, cette filière criminelle qui affame les peuples et détruit la vie, est décisif. On ne peut pas être un écologiste, un ami de l’humanité et de la diversité, et soutenir la “certification” d’un tel désastre annoncé. Si même 10 % de la production de biocarburants devaient être obtenus dans des conditions « acceptables » - acceptables pour qui ? - il y aurait le reste. Et ce reste, désormais attesté par des d’innombrables sources, englobe famines de masse, atteintes directes aux droits élémentaires des communautés paysannes, destruction d’écosystèmes uniques, dont des forêts tropicales, dérèglement aggravé du climat.

Serge, il y a des moments où l’on doit dire. Et se distinguer si nécessaire. Même si c’est difficile pour toi, et parce que c’est difficile, je te garde ma confiance.

Fabrice

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Vers la gloire pour la France agricole

Laurence Mermet - merci beaucoup ! - me signale le numéro 206 de la revue officielle Agreste Primeur. Il suffit d’aller sur www.agreste pour obtenir le PDF du numéro, consacré en totalité au « développement des cultures énergétiques à l’horizon 2015 ».

Cela ne vaut pas Alexandre Dumas, je le crains. C’est même royalement ennuyeux, mais terriblement instructif. Car des responsables du ministère de l’Agriculture se demandent comment parvenir en France à l’objectif officiel en matière de biocarburants. Comment arriver à 10 % d’essence et de gazole d’origine végétale à l’horizon 2015.

Pour l’essence, cela devrait aller, à condition de se tourner vers le blé et la betterave. On devrait utiliser par ailleurs des surfaces destinées pour le moment à l’exportation de différentes productions brutes. Pour le gazole, en revanche, ce sera dur, car il faudrait passer de 400 000 tonnes d’huiles utilisées en 2005 pour les biocarburants à 4,3 millions de tonnes en 2015. Dix fois plus, en dix ans !

Je vous passe les explications, sauf une : il faudra augmenter les rendements. Et donc relancer la lourde machine à engrais et pesticides. Or, rappelez-vous la farce, il a été question au Grenelle de l’Environnement, en octobre 2007, de diminuer de 50 % l’usage des pesticides en France. Mais seulement si c’est possible. Eh bien, comme diraient les Motivés de Toulouse, je crois que ça va pas être possible.

Autre point qui arrache malgré tout un éclat de rire - que faire d’autre ? -, l’étude du ministère reconnaît sans barguigner qu’elle « ne préjuge en rien de la rentabilité économique, ni des bilans énergétiques et environnementaux des carburants végétaux ». Vous savez quoi ? On s’en serait douté.

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L’envers du décor brésilien

 Ce n’est pas fait exprès, mais cela fait mal. Je vous parlais hier de cet article indigne de Novethic, consacré au Brésil. L’association Peuples solidaires lance une campagne, que je nous invite à soutenir, évidemment (www.peuples-solidaires.org).

Nous sommes loin des contes de fée. La réalité sociale et écologique du Brésil, la voici : dans le nord, des centaines de milliers de femmes ne peuvent plus vivre comme elles l’ont fait pendant des générations. Ces femmes utilisent les noix d’un palmier local, le babassu, pour en faire de l’huile bien sûr, mais aussi du savon, de la farine. Elles seraient encore 400 000 quebraderas, littéralement des briseuses (de coques).

Pour leurs familles pauvres, le babassu est l’allié de la vie. Mais la concentration de la propriété foncière, le développement de l’élevage et bien entendu le boom sur les biocarburants poussent les propriétaires à arracher les palmiers pour les remplacer par du soja ou de la canne. Immonde.

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L’information officielle

Vous connaissez peut-être le site Novethic (le media expert du développement durable).  Il est largement financé par la Caisse des dépôts, organisme public, et livre son lot d’informations et d’articles. Mes deux livres précédents, dont La faim, la bagnole, le blé et nous, y ont été chroniqués. De manière positive, surtout en réalité celui consacré aux pesticides.

Au risque de me faire mal voir, je tiens à vous signaler un article insupportable sur les biocarburants (www.novethic.fr). Il me faut faire attention, car si je me lâchais, nul doute que j’aurais droit à des poursuites. Prudence, donc. Il s’agit d’un article à la gloire naïve de la politique brésilienne dans ce domaine. Les sources n’étant pas indiquées, j’en suis réduit aux conjectures.

L’évidence, c’est que la journaliste qui signe n’a regardé que les chiffres, courbes et statistiques officiels. Cela me rend triste, infiniment triste. Car je sais que la réalité est aux antipodes, et tous les lecteurs fidèles à ce blog le savent comme moi.Voilà, voilà l’état réel de l’information dans un pays éduqué de 64 millions d’habitants.

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SOS Amazonie

 Une dépêche Reuters (attention, en anglais : www.wbcsd.org) confirme que le bassin amazonien vit des heures tragiques. Certes, on déforeste massivement, et depuis des lustres. Mais c’est pire que jamais et c’est un officiel brésilien qui le concède. Au cours d’un séminaire qui s’est tenu aux États-Unis, Carlos Nobre, scientifique de l’Institut national de la recherche spatiale, a mangé le morceau.

La déforestation est visiblement dopée comme rarement, contrairement aux mensonges gouvernementaux destinés à l’opinion mondiale. D’après les chiffres publics, 2007 aurait été l’année la moins destructrice depuis les années 70. Mais d’après Nobre, 6 000 km2 auraient été détruits seulement au cours des quatre derniers mois de l’année. Or les services de lÉtat parient sur une surface déboisée de 9 600 km2 pour la totalité de l’année 2007.

Selon Nobre, en outre, la déforestation sera bien plus massive en 2008 qu’en 2007. Cette très mauvaise nouvelle expliquerait pourquoi tant de témoins dignes de foi parlent d’incendies géants dans la forêt amazonienne. Car la déforestation n’est plus seulement causée par le commerce du bois ou le développement de l’élevage. Les biocarburants poussent désormais, eux aussi, à la destruction d’une des plus grandes richesses collectives de notre planète. Le crime avance.

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L’Union européenne n’est plus d’accord

Ce qui suit est un communiqué de presse des Amis de la terre (www.amisdelaterre.org), association en pointe dans la bagarre contre les biocarburants. Christian Berdot et ses amis continuent un travail toujours essentiel. Voyez, cela chauffe jusque chez nos maîtres. C’est dire.

Un rapport interne de la Commission  met en pièces
la politique de l’Union Européenne sur les agrocarburants

Bruxelles /Montreuil le 18 janvier 2008

Grâce à une fuite, les Amis de la Terre ont pu prendre connaissance d’un document de la Commission européenne qui condamne sans appel le projet de la Commission de fixer comme objectif obligatoire, le taux de 10% d’agrocarburants dans les carburants pour les transports.  Ce rapport transmis aux Amis de la Terre et BirdLife International révèle que la politique des agrocarburants de l’Union européenne s’élèvera probablement à un coût net de 65 milliards d’euros, nécessitera d’immenses étendues de terres hors d’Europe. Le rapport  met même en question l’efficacité de cet objectif pour obtenir la moindre diminution des émissions de gaz à effet de serre.

Le rapport  « Biocarburants dans le contexte européen » a été rédigé par le Centre Commun de Recherche (Joint Research Center), l’organisme scientifique interne de la Commission européenne. Le rapport fait une analyse des avantages/inconvénients des agrocarburants, en termes d’émissions de gaz à effet de serre, d’amélioration de la sécurité des approvisionnements et de la création d’emplois.

Le rapport donne clairement un zéro pointé dans ces trois domaines :

- Diminution des émissions des gaz à effet de serre : à cause des effets indirects lors de la culture des agrocarburants, le Centre Commun de Recherche conclut qu’on n’a « aucune certitude que l’objectif d’incorporation de 10% d’agrocarburants dans les carburants automobiles va permettre ou pas d’économiser des gaz à effet de serre ». Le rapport explique que, contrairement à ce qu’on pensait précédemment, l’utilisation d’engrais azotés a une incidence nettement plus importante sur les émissions de gaz à effet de serre et que le changement de vocation des terres (déforestation, drainage de tourbières  ou labourage de pâturage) pouvait potentiellement relâcher suffisamment de gaz à effet de serre pour annihiler les gains des agrocarburants de l’UE.

- Sécurisation de l’approvisionnement : l’UE ferait mieux d’investir dans des capacités de stockage supplémentaires pour créer une réserve de pétrole stratégique afin d’amortir les chocs à court terme sur l’approvisionnement, plutôt que d’investir (des sommes beaucoup plus importantes) dans les agrocarburants qui ne donneront qu’une réponse limitée au problème de l’insécurité des approvisionnements. « Il y aurait un effet positif, mais son importance est minime comparée aux coûts » rajoute le rapport.

- Création d’emplois : la création potentielle d’emplois risque de n’être qu’un voeux pieu puisque les gains dans le secteur des agrocarburants seront probablement compensés par des pertes dans d’autres secteurs touchés par cet objectif. Toujours d’après le Centre Commun de Recherche, « L’effet net sur l’emploi sera insignifiant ».

- L’analyse « avantages/inconvénients » :  on peut lire dans le rapport que  « Les inconvénients de l’utilisation des agrocarburants pèsent plus lourd que les avantages ». Il y est calculé qu’’ en fixant cet objectif obligatoire sur les biocarburants, on ponctionnera les caisses publiques, avec une probabilité de 80%, d’une somme comprise entre 33 et 65 milliards d’euros ».

Le rapport conclut en affirmant qu’ « en utilisant les mêmes quantités d’argents  et de biomasse, on pourrait obtenir une diminution des gaz à effet de serre nettement plus importante, uniquement en fixant des objectifs globaux, au lieu  de les limiter aux seuls transports ».

Ce rapport paraît au moment où des associations écologistes et de solidarité demandent  que cet objectif de 10% obligatoires d’agrocarburants soit abandonné vu les problèmes écologiques et sociaux qu’il entraîne et juste quelques jours avant que la Commission européenne ne dévoile sa Directive sur la promotion des sources d’énergies renouvelables.

Pour Christian Berdot des Amis de la Terre-France : « Même les experts de la Commission reconnaissent que les agrocarburants n’apportent rien, ni pour lutter contre les changements climatiques, ni pour garantir la sécurité des approvisionnements énergétiques et qu’en plus, ils vont coûter aux contribuables européens des sommes énormes. Cette directive a été dictée par les intérêts de quelques grands groupes industriels (1). Il est temps que la Commission revoit sa copie, mette en place les bases d’une économie européenne sobre en énergie et s’attaque réellement aux causes des changements climatiques ».

Note

(1) Critique du projet de Directive : „Agrocarburants : La Commission suit la feuille de route de l’industrie ! » http://www.amisdelaterre.org/Agrocarburants-La-Commission-suit,3652.html

***
Pour plus d’informations, contacter :

Adrian Bebb, Agrofuels Campaign Coordinator for Friends of the Earth Europe:
Tel: +49 8025 991951 and +49 160 9490 1163 (German mobile)

Francesca Gater, Communications Officer for Friends of the Earth Europe:
Tel: +32 2542 6105 and +32 485 930515 (Belgian mobile)

Herlinde Herpoel, Media and Communication Officer for BirdLife International
Tel: +32(0)2 541 07 82 (Direct) or +32(0)494 542 844 (Belgian mobile)

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4 millions de déplacés, pour commencer

Je vous ai déjà livré ici le témoignage impressionnant d’un prêtre belge, (http://fabrice-nicolino.com), François Houtard, que je salue respectueusement. Il évoquait un voyage éprouvant dans la Colombie profonde, sur la piste des biocarburants, c’est-à-dire la piste du crime. François récidive, en quelque sorte, et je vous livre copie d’un texte d’une grande force qu’il vient d’écrire. Certes, les biocarburants ne sont pas la seule cause, et de loin, du drame des déplacés colombiens. Mais comme le dit François, ils jouent leur rôle, un rôle de plus en plus grand. L’assurance de gains rapides ne peut que pousser les paramilitaires de Colombie à expulser toujours plus de petits paysans, pour développer l’industrie du carburant végétal. Je vous donne, pour le cas où vous souhaiteriez lui adresser un mot de soutien, son adresse éclectronique : houtart@espo.ucl.ac.be. Si vous en avez le moyen, faites circuler.

N’oublions pas les quatre millions de personnes déplacées en Colombie

Alors que l’opinion internationale se préoccupe, à raison, de la libération d´Ingrid Betancourt, ancienne candidate à la présidence de la République colombienne et se réjouit, à raison également, de la libération, jeudi, de Clara Rojas et Consuelo Gonzales de Perdomo, peu d´attention a été accordée au phénomène massif des personnes déplacées dans ce pays.

Or, après le Soudan (Darfour) et la Somalie, la Colombie est le pays le plus affecté par ce problème, qualifié par les Nations unies de « crime contre l´humanité ».

Il y a peu, une session d’un Tribunal international d´opinion, que j´ai eu l´occasion de présider, s´est tenue au Parlement colombien, en collaboration avec la Commission des droits de l´homme du Sénat. Préparée par cinq sessions régionales et par une abondante documentation, la session finale du Tribunal a pu constater le caractère dramatique et massif d´une situation qui affecte plus d´un Colombien sur huit.

Les témoignages se sont succédé, les uns plus émouvants que les autres, en provenance surtout de populations rurales : paysans, communautés indigènes, populations de descendance africaine.

Sans doute, la guerre interne explique-t-elle en partie cet état de chose, mais la cause de loin la plus étendue est la concentration des terres entre les mains de grands propriétaires, anciens ou nouveaux et d´entreprises nationales ou transnationales : monocultures (notamment la palme africaine pour les agrocarburants), mines (telles que Anglogold Ashanty), pétrole (tel que Repsol, BP Oxy).

Les déplacements forcés se réalisent avec l´aide de l´armée et surtout des paramilitaires et des sociétés privées de mercenaires, comme en Irak. On dénombre les personnes massacrées par milliers.

La violence du processus est inouïe. J´ai eu l´occasion de le vérifier sur place dans la région du Choco, près de la frontière panaméenne et d’Arauca, le long de la frontière du Venezuela. Aux paysans qui refusent d´abandonner leurs terres, il est dit : « Si vous refusez, nous négocierons avec vos veuves. » Les membres du jury du Tribunal ont eux-mêmes fait l´objet de menaces de mort de la part du groupe paramilitaire Aguilas Negras (Aigles noirs).

Le préambule du verdict du tribunal explique l´origine de ce phénomène. Le caractère massif des déplacements forcés en Colombie, est-il écrit, révèle l´aspect structurel de la crise humanitaire qui affecte plus de quatre millions de personnes, chiffre bien plus élevé que les statistiques officielles, qui ne concernent que les personnes qui se font enregistrer.

A partir de la moitié des années 80, les narcotrafiquants colombiens décidèrent de rapatrier leurs devises dans le pays et de les légaliser en achetant de grandes extensions des meilleures terres, acquises de manière douteuse, en recourant généralement à l´intimidation ou à l´expulsion.

Les cartels de narcotrafiquants, comme certains secteurs de l´oligarchie agraire, de la classe politique et des militaires, créèrent une nouvelle version du paramilitarisme, arguant de la nécessité de lutter contre la guérilla. Naquit ainsi une alliance, grâce à laquelle les paramilitaires éliminaient les membres des partis d´opposition de gauche et des mouvements civiques qui luttaient pour une amélioration du niveau de vie des populations, pouvant continuer leurs activités illicites, qui finançaient une partie des activités politiques.

L´appropriation illégale des terres provoqua leur concentration, et aussi une transformation de leur usage. De grandes extensions de terres agricoles et de forêts furent transformées en élevages.

La vague de déplacements forcés connut une forte augmentation durant la première moitié de la décennie 90, lorsqu´entrèrent en jeu les politiques néolibérales facilitant les investissements des sociétés multinationales, qui exigeaient la liberté de s´approprier les espaces nécessaires aux mégaprojets de type agricole, minier, pétrolier, portuaire, touristique.

Sous prétexte de lutter contre les incursions de la guérilla, mais en fait surtout pour pouvoir exercer le contrôle économique et politique de certaines régions du pays, fut créé en 1977, le Plan Colombie, stratégie militaire financée par les Etats-Unis. Les chiffres de déplacés atteignirent alors des sommets inégalés précédemment. Bombardements, arrestations massives, criminalisation des mouvements sociaux, forte présence militaire dans certaines régions permettent de comprendre un tel accroissement.

Au début de cette décennie, les chiffres diminuent, tout en restant élevés. Cela s´explique par le fait que d´immenses extensions de terres ont déjà été vidées de leurs populations et que les besoins ne sont plus aussi grands. Le gouvernement colombien a promu une législation qui légalise les expropriations des déplacés et assure l´impunité des nouveaux propriétaires : loi de développement rural, loi de justice et paix, loi des mines, loi du pétrole, etc.

La condamnation du Tribunal porta sur trois séries d´acteurs : le gouvernement colombien, comme coupable de ce qui s´avère être une politique d´Etat ; les grands propriétaires terriens et les entreprises nationales et internationales, impliquées dans ce modèle de croissance économique ; les gouvernements étrangers, qui directement ou indirectement appuient l´Etat colombien, c’est-à-dire les Etats-Unis avec leur aide militaire et économique, l´Union européenne, avec ses programmes de coopération et plusieurs Etats qui appuient leurs entreprises nationales en Colombie, tels que le Canada, l´Espagne, la Suisse, la France.

Le président Uribe expliqua sa solution, le jour même du jugement du Tribunal, lors d´une visite de membres du Parlement latino-américain : « Les problèmes seront résolus, a-t-il déclaré, cas par cas », ce qui individualise un problème structurel et marginalise les mouvements sociaux et le processus sera administratif et non judiciaire, ce qui entraîne l´impunité des responsables qui par ailleurs voient leurs titres de propriété légalisés par d´autres dispositions légales.

Alors, libérer Ingrid Betancourt, oui et tout de suite. Mais la communauté internationale pourrait aussi se préoccuper des millions d´autres Colombiens qui n´ont pas de nom.

François Houtard

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Toute la vérité sur l’Afrique (ou presque)

De nouveau, un grand merci à l’ami Christian Berdot, qui me signale un texte d’une importance capitale (www.grain.org). L’Afrique, l’autre Afrique, pas celle de monsieur Orsenna, se révolte enfin contre les biocarburants. Nombre d’associations du continent réclament un moratoire sur leur production, appuyant leur appel sur des exemples nombreux, précis, indiscutables. Qu’attend notre presse française, si provinciale, pour faire son boulot ? Qu’attend-elle pour informer sur ce qui se passe autour de cette trouvaille infernale ? N’hésitez pas à harceler les journalistes que vous connaissez. Car leur responsabilité est complète, personnelle aussi bien qu’historique.

Avis ! En Tanzanie, des milliers de paysans dans la région de Kisarawe et dans les plaines de l’Usangu ont d’ores et déjà été chassés de leurs terres souvent ancestrales par la canne à sucre et le jatropha, cette merde que tant de naïfs persistent à présenter comme une solution acceptable.

En Ouganda, la forêt de Madira, joyau de la biodiversité, a longtemps été menacée, puis épargnée.  Mais des milliers d’hectares de forêts des îles Kalangala et Bugala, sur le lac Victoria, ont déjà été abattus pour faire place à des plantations de palmiers à huile.

En Éthiopie, des millions d’hectares sont désormais classés de manière à y autoriser la production de biocarburants. Dans l’État d’Oromia, 13 000 hectares ont été vendus à un investisseur européen, en grande part dans le sanctuaire d’éléphants de Babile, rares et menacés.

En Zambie, le jatropha fleurit sur des milliers d’hectares, avec à la clé des contrats de 30 ans qui livrent les petits paysans, pieds et poings liés, à des entreprises agro-industrielles.

En Afrique de l’Ouest, du Togo au Niger, du Ghana au Sénégal, du Mali à la Côte d’Ivoire, la folie du jatropha gagne chaque jour. Au Ghana, une seule entreprise prévoit d’en planter un million d’hectares. Au Bénin, une autre vient d’obtenir le droit de planter 250 000 hectares.

Ainsi disparaît la vie, pour la bagnole.

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DSK sait-il lire ?

Vous vous en souvenez peut-être, nous avions laissé notre socialiste en chef, DSK soi-même, devenir le grand patron de l’illustrissime Fonds Monétaire International, ou FMI. Je ne rappelle pas ici le rôle admirable qu’a joué et continue de jouer le FMI dans la destruction accélérée de la vie sur terre. Vous savez, en tout cas chacun peut savoir en lisant ce qu’il faut, qui n’est jamais très loin.

Le FMI. Eh bien, je vais me montrer beau joueur, et inciter à lire la prose d’un de ses discrets manitous, Simon Johnson. Ce qu’il est ? Le directeur du département des études du Fonds. Rien de moins. Dans un texte magnifique de cynisme et de sa proche cousine l’indifférence, il revient sur la crise alimentaire mondiale. Pourquoi diable cette flambée des prix des céréales ? La faute à pas de chance, peut-être ? Eh non, nous dit Johnson, la faute aux biocarburants.

Je vous invite en conséquence à vous rapprocher de cette analyse parue dans le bulletin trimestriel du FMI (et en français !), Finances et développement. Voici l’adresse (www.imf.org). Il suffit d’aller attraper le texte de Johnson intitulé, en bas de page, Le prix (alimentaire) du succès, pour obtenir un excellent PDF.

Alors, que nous chante le grand économiste ? Deux choses, selon ma lecture, qui n’épuise pas la question. Un, si les prix explosent, c’est bien à cause de cette saloperie appelée par antithèse biocarburants. Citation : « Selon les services du FMI, le renchérissement récent des produits alimentaires est en grande partie directement attribuable à la politique relative aux biocarburants ».

Peut-on être plus net ? J’en doute. Deux, ce sont les pauvres qui trinquent, pardi. Citation : « Les gros perdants, ce sont les citadins pauvres. Au-delà des considérations macroéconomiques, l’impact du renchérissement des denrées alimentaires sur ces derniers est manifeste et simplement douloureux : ils doivent payer davantage pour manger. En raison de la croissance démographique dans de nombreux pays pauvres, la hausse des prix alimentaires exerce des pressions accrues sur les budgets des plus démunis. Ceux qui produisent assez de nourriture pour eux-mêmes et pour le marché peuvent en bénéficier (selon l’évolution exacte des prix de leur production et de leur consommation), mais les pauvres en pâtissent, dans les villes et dans bien des campagnes ».

Il m’arrive de regretter le temps où je croyais, si naïvement, qu’on pouvait tirer sur les malheurs du monde avec un fusil d’assaut. C’est plus difficile. Hélas.

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Le Bénin à la table du banquet

Une courte présentation : le Bénin est petit, à l’échelle africaine en tout cas. À peine le cinquième de la France, coincé entre le fleuve Niger et l’Atlantique. C’est une bande, une fine lanière de 670 km de long taillée au temps de la colonisation.

En 1974, ce pays incertain a hérité d’un satrape marxiste-léniniste, Mathieu Kérékou, qui a imposé ses lubies jusqu’en 1990. Lourdé à la suite de tant de décisions fodingues, Kérékou est revenu au pouvoir en 1996, qu’il a conservé jusqu’en 2006. Depuis, un grand libéral mène la danse, Boni Yayi.

Pays du vaudou, du coton, de l’huile de palme et di millet, le Bénin reste un pays pauvre, vous vous en doutez. Cela n’empêche pas les affaires. Les 18 et 19 décembre dernier (www.mediaterre.org), deux journées de réflexion sur les biocarburants ont été organisés au palais des Congrès de Cotonou, sous un titre alléchant : ‘‘Enjeux et défis liés au développement des biocarburants au Bénin’’.

Tout le monde était là, de l’industrie à tous les services officiels qui comptent bien tirer profit de cet or vert enfin à portée de la main. Il n’y a pas de commentaire à faire. Dans ce pays qui a tout raté depuis l’indépendance, il y a en effet urgence à lancer un vaste plan en faveur des biocarburants. Pour qui ? Je vous laisse deviner

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Un bon reportage dans Le Monde

Tout arrive (presque) à qui sait attendre (longtemps). Le Monde a publié voici deux jours un bon reportage en Indonésie, signé Hervé Kempf (www.lemonde.fr). Ce dernier décrit une réalité sordide que les lecteurs réguliers de ce blog commencent à connaître. Reste cette question qui me taraude : pourquoi le grand quotidien ne rend-il pas compte de l’extraordinaire révolution planétaire que sont les biocarburants.

Pour ne rien vous cacher, j’ai écrit pour le savoir à Hervé Kempf, que je connais depuis vingt ans. Je respecte la personne, pour qui j’ai même - pourquoi le cacher ? - une certaine affection. Au passage, je reconnais sans hésitation sa valeur professionnelle. Même si je ne peux reproduire ici, car c’est privé, nos échanges, je peux écrire en tout cas que nous ne sommes visiblement pas d’accord.

Moi, je pense et j’écris que Le Monde, dans la globalité de ses responsabilités, fait un très mauvais travail sur le sujet. Lui juge autrement.

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Le patron de Nestlé parle à coeur ouvert

Attention les yeux et les oreilles. Peter Brabeck nous le dit sans hésitation : « Je profite de la vie » (emagazine.credit-suisse.com). Pas mal, non ? Qui est ce Brabeck ? Simplement le patron de Nestlé, de ses 8 000 marques, de ses 120 000 produits. L’entretien est exceptionnel à plus d’un titre, car l’homme raconte dans le détail une infinité de choses fausses ou si mal informées qu’on se pince. Lui, diriger un monstre planétaire comme Nestlé ?

Lisez ses loufoqueries sur l’agriculture biologique et les OGM, car cela vaut le déplacement. Le plus rigolo - quoique -, c’est qu’il se montre résolument hostile aux biocarburants. Avec des arguments qui me semblent à moi d’un grand bon sens. À qui se fier, hein ? Voyez cet échange avec le journaliste qui l’interroge :

Le génie génétique vise surtout à augmenter le rendement de l’agriculture. Mais la terre peut-elle produire assez pour nourrir toute l’humanité ?

Jusqu’à récemment, je vous aurais répondu oui sans hésiter. Et puis sont venues toutes ces discussions sur les biocarburants. A présent, la réponse n’est plus aussi claire. Car si les projets des hommes politiques, surtout européens, étaient vraiment mis en oeuvre, nous serions en droit de nous demander si nous disposerions de suffisamment de terres agricoles. Personnellement, j’en doute. D’un côté, nous avons une population mondiale en constante augmentation: de 6,5 milliards d’habitants aujourd’hui, elle passera probablement à 8 milliards, voire 9 milliards d’ici à 2050. De l’autre, nous refusons des méthodes qui nous permettraient d’accroître le rendement des sols et nous réduisons même les terres agricoles pour cultiver des biocarburants. Cela ne peut pas marcher.

La quantité de maïs requise pour la production de biocarburants est-elle vraiment aussi importante ?

Rien qu’aux Etats-Unis, elle s’élève aujourd’hui à 138 millions de tonnes (Note de F.Nicolino : ce chiffre est fantaisiste).

Vous avez raison, c’est énorme.

Ce qui est préoccupant, c’est l’incidence sur les prix. Et pas seulement sur ceux du maïs. Pour vous donner un exemple, le prix de la tonne de lait en poudre est passé ces derniers mois de 1 900 à 5400 dollars. Selon moi, il y a trois raisons à cette flambée des prix des matières premières. Tout d’abord, l’évolution démographique. De plus en plus de gens, notamment en Asie, voient leurs conditions de vie s’améliorer. Ils ont davantage de moyens, ce qui leur permet de mieux se nourrir. Deuxième raison, la diminution des ressources en eau. L’Inde, qui a longtemps été un pays exportateur de blé, doit maintenant en importer à cause du manque d’eau. En Chine, la situation est similaire. Le niveau des nappes phréatiques baisse un peu plus chaque année, et il n’y a pas assez d’eau pour la culture de céréales. Enfin, le troisième problème est celui des biocar- burants, du double point de vue des terres agricoles et des besoins en eau. Il faut en effet 4650 litres d’eau pour produire un litre d’éthanol à partir de maïs. Cela n’est possible que parce que l’eau ne coûte rien.

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Merdre alors ! (Jarry n’est pas mort)

Je sais que c’est un peu facile, mais je ne peux laisser passer une telle aubaine. Escherichia coli, c’est le colibacille, une bactérie ominiprésente dans l’intestin des mammifères, dont nous les humains. Il n’est donc pas étonnant qu’on l’associe à ce point à la merde. Car elle s’y complait avec un bonheur à peu près total.

Eh bien, des chercheurs américains de l’UCLA, travaillant pour l’école d’ingénieurs et de sciences appliquées Henry Samueli , viennent de faire une découverte sensationnelle (www.sciencedaily.com). Elle repose sur une méthode qui utilise des colibacilles génétiquement modifiés pour produire une nouvelle génération de biocarburants. Je crains qu’il soit difficile de trouver mieux. Car comment dépasser une trouvaille qui allie la merde, les OGM et les biocarburants ?

De quoi s’agit-il ? Je vous avoue ne pas avoir eu le temps de lire cet article touffu, en anglais qui plus est. Mais bon, madame et messieurs James Liao, Shota Atsumi et Taizo Hanai ne sont visiblement pas des plaisantins. En bricolant génétiquement des E.coli, ils sont semble-t-il parvenus à produire des chaînes d’alcool à partir de glucose. Et cela ouvrirait la voie à des territoires encore inconnus, mais sublimes. Voulez-vous savoir ? Je suis enthousiaste.

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La FAO, encore et toujours

Dans le droit fil de l’étude que je vous présentais hier, ce point de vue terrible de la FAO, agence onusienne chargée de l’alimentation et de l’agriculture. Elle lance un appel précisément sans appel à la communauté internationale ( en français : www.fao.org), à sa manière. Et sa manière est détestable, car la FAO est un organisme bureaucratique, travaillé dans les coulisses, et depuis des lustres, par les lobbies industriels.

Il n’empêche que cet appel réclame des mesures urgentes en faveur des gueux du monde, frappés par une augmentation sans précédent du prix des produits alimentaires. Songez que le coût de leur importation dans les pays les plus pauvres a augmenté de 25 % en une seule année ! Et nous nous plaignons du prix de l’essence à la pompe !

Pourquoi une telle catastrophe ? À cause, dit la FAO, des aléas climatiques de plus en plus nombreux. À cause du prix atteint par le pétrole, qui se répercute, via les engrais, les pesticides et le transport, sur celui des céréales. À cause aussi de la « demande croissante sur les biocarburants ». Conséquence directe : « Les cours internationaux élevés des céréales ont déjà provoqué des émeutes dans plusieurs pays ». Peut-on être plus clair ?

Une autre information, anecdotique mais délicieuse en diable : EDF mène des expériences sur les biocarburants. Et quelles ! Une société privée, Valagro  (www.univers-nature.com), teste dans la région Poitou-Charentes l’usage d’huile de colza pour remplacer les huiles pétrochimiques utilisées dans les transformateurs électriques. Si cela marche, des centaines de milliers de transfos de toute la France pourraient être, à l’avenir, isolés grâce à l’une des meilleures huiles alimentaires qui soient. Et on se plaindrait ?

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Et une étude, une (de plus) !

L’idéologie gagne à tout coup. Vous pourrez mettre sur la table toutes les études sérieuses que vous voulez, il y aura toujours et encore des petits malins pour vanter les biocarburants. Tenez, juste une question : où sont les études scientifiques - parues dans des revues à comités de lecture, n’est-ce pas ? - en faveur de cette nouvelle industrie ? Pour ma part, je n’en connais pas.

Et même s’il y en a - sait-on jamais -, elles n’égaleront jamais la masse de travail réalisée par d’authentiques scientifiques comme Pimentel, Patzeck, Crutzen etc. La dernière étude en date a paru hier dans Science (How Green Are Biofuels, par Scharlemann et Laurance, numéro du 4 janvier 2008, pages 43 et 44). Je n’en ai lu qu’un compte-rendu, je l’avoue, mais mes sources sont fiables (entre autres : www.guardian.co.uk) et je peux vous dire que l’article est terrible pour ces damnés carburants végétaux.

Scharlemann et Laurance étudient le cycle de vie complet des biocarburants et concluent, après bien d’autres, qu’il est désastreux pour les principaux d’entre eux. Surtout pour ceux tirés du soja, du maïs ou du palmier à huile. Même la canne à sucre brésilienne, la plus « efficace », pose à leurs yeux de graves problèmes, car elle pousse à la déforestation. Au passage, les subventions massives du gouvernement américain en faveur de l’éthanol de maïs sont pointées du doigt. Car elles conduisent les Brésiliens, par des effets de contagion et de substitution, à s’attaquer à la forêt et au cerrado pour y planter du…soja.

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Nouvelles de l’Amérique (du sud)

Deux infos courtes, qui ne demandent guère de commentaires. João Pedro Stédile, responsable du Mouvement des paysans sans terre brésiliens (MST), a accordé un entretien à Radioagencia Noticias do Planalto, il revient sur le cours de l’année 2007. Si vous lisez l’espagnol, allez regarder de plus près, cela vaut la peine (www.radiomundoreal.fm).

Stédile décrit l’inertie du gouvernement Lula sur la question agraire, ainsi que l’offensive des capitalistes de la terre. 2007 aura encore été une mauvaise année pour les pauvres du Brésil. Au passage, il attaque bille en tête la politique officielle en faveur des biocarburants. La surface de canne à sucre devrait passer de 5 à 10 millions d’hectares, en bonne partie pour satisfaire l’appétit du nord pour l’éthanol. Des paysans pauvres seront chassés de leurs terres, le prix des aliments continuera d’augmenter, la biodiversité en sera fatalement affectée.

En Colombie, des associations lancent une vaste campagne d’information et de démystification sur les biocarburants. Là encore, si vous lisez l’espagnol, il faut aller voir sur l’adresse entre parenthèses (http://www.biodiversidadla.org). Ces gens-là ont l’air de croire que le discours en faveur des biocarburants n’est que pure propagande. Allez savoir pourquoi.

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Schwartzie en plein bodybuilding

Le gouverneur de Californie, Arnold Schwarzenegger, s’engage fièrement. Il vient d’accorder 40 millions de dollars (http://www.lesechos.fr) pour financer Energy Biosciences Institute, nouvelle merveille du campus high tech de Berkeley. Mais cette aide publique n’est rien au regard des vrais enjeux industriels de l’entreprise. BP, la grande compagnie pétrolière, a décidé, elle, d’investir 500 millions de dollars, sur dix ans il est vrai.

Mais pourquoi ? Pour produire des biocarburants, évidemment. De deuxième génération, s’il vous plaît. Avec une priorité donnée à l’herbe à éléphants, une graminée d’origine chinoise. Miscanthus giganteus pousse très vite sur des sols ingrats et ses rendements en cellulose, matière première possible des biocarburants, seraient extraordinaires. Mais on ne sera sûr de rien avant des années, pendant lesquelles les biocarburants réels continueront de ravager la planète en tous sens.

Cette histoire me rappelle, mutatis mutandis, la propagande effrénée en faveur du nucléaire civil dans les années cinquante du siècle passé. Quiconque reprendrait les journaux de l’époque - et notamment des revues comme Science et Avenir ou Science et Vie - serait abasourdi. Car le nucléaire, pacifique ô combien, était alors censé résoudre tous les problèmes d’énergie de la planète. Un peu plus tard, chez nous, les doctrinaires de l’atome parvinrent à vendre Superphénix grâce à des arguments aujourd’hui risibles. Figurez-vous que, selon un certain Valéry Giscard d’Estaing, ci-devant président, et dûment cornaqué par le lobby, Superphénix devait faire de nous l’Arabie Saoudite de l’Europe. Eh si.

Voici un court extrait d’un entretien accordé par Giscard à l’Usine Nouvelle, le 16 avril 1981 (http://www.vie-publique.fr). Notre grand homme y développe sa vision sur les grands choix énergétiques. J’en extrais cet échange savoureux :

QUESTION.- Etes-vous favorable au développement industriel des surgénérateurs ?

- LE PRESIDENT.- J’observerai d’abord que la filière surgénératrice est le moyen essentiel dont dispose notre pays pour atteindre l’indépendance énergétique complète.
- Il s’agit, d’autre-part, d’une technologie dans laquelle la France a acquis une maîtrise qui la place en tête dans le monde. Aussi toutes les conditions seront-elles rassemblées, notamment par des études -entreprises dès maintenant, pour que la décision puisse être prise, le cas échéant, de lancer en 1981, c’est-à-dire en continuité avec le démarrage de Superphénix prévu pour la fin de 1983, une première présérie industrielle de tranches surgénératrices.

Et pour en revenir à Berkeley, qui recevra au total 665 millions de dollars de crédits, un point encore. Sans verser dans l’idéologie, il est indiscutable, par définition, qu’on ne sait pas ce que ces études donneront à l’arrivée. En revanche, il est certain que les biocarburants tuent massivement des espaces et des espèces. Les hommes sont juste derrière. L’objectif est limpide : avancer jusqu’au point où l’on ne pourra plus reculer.

PS : Merci, Emmanuelle, pour m’avoir signalé l’article des Échos.

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W. Bush au service de

Je vous signale un article du quotidien américain USA Today (http://www.usatoday.com). Le président Bush vient de signer une loi sur l’énergie qui donne la part (très) belle à l’éthanol à base de maïs. Je vous rappelle que les Américains consacrent déjà près du tiers de leur production de maïs à la fabrication d’un carburant.

Pour Bush et ses amis, il y a urgence nationale et stratégique. Et d’un, pour limiter, disent-ils, le réchauffement climatique. Et de deux, pour reconquérir un peu de liberté par rapport aux importations de pétrole. Quoi qu’il en soit, à l’horizon 2022, l’Amérique devra - devrait - produire chaque année 36 milliards de gallons de biocarburants, soit la bagatelle de 136 milliards de litres.  Le maïs sera au premier rang, mais accompagné par le soja, les déchets végétaux, le panic érigé, qui est une herbe spontanée de la prairie américaine.

L’article pose quelques questions qui pourraient presque fâcher. Est-il bien juste de consacrer une telle fraction de maïs au carburant alors que les stocks de céréales sont au plus bas, sur la planète, depuis trente ans ? Alors que le prix des céréales explose dans le monde entier ? USA Today parle même du sort des vrais pauvres du monde, confrontés comme on sait à un drame authentique. Et cite l’étrange réplique de Michael Whitehead, vice-président de Rabobank America, une banque spécialisée dans les aides à l’agriculture industrielle. « L’arrivée des biocarburants, a-t-il confié, signifie que le marché mondial des céréales et des oléagineux a fondamentalement changé. Nous avons désormais une demande mondiale de biocarburants. Et cela ne disparaîtra pas. Cela signifie une tendance continue à l’augmentation des prix ».

Au moins, c’est clair.

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Une réponse à monsieur Tilleul

Un improbable monsieur Tilleul a écrit deux commentaires à la suite de l’article du Figaro publié ici même (http://fabrice-nicolino.com). J’ai répondu une première fois, et je réponds à nouveau ci-dessous. N’hésitez pas à intervenir vous-même.

Monsieur Tilleul,

Vous vous voulez plus malin que tout le monde, et à nouveau, c’est bien votre droit. Mais vous en faites trop, simplement. Je vous renvoie, pour les sources concernant l’Indonésie, à mon livre. Vous m’en excuserez, c’est ce que j’ai fait de mieux.

Concernant votre commentaire, j’ajouterai le mien. Non, cher monsieur Tilleul, parler de nobles environnementalistes indonésiens, sans les citer, cela ne suffit pas. Opposer de la sorte, d’une manière idéelle, vilaines ONG occidentales et preux chevaliers locaux, me fait sourire. Il existe de bonnes et de mauvaises ONG. Et des écolos d’Indonésie qui servent la soupe épaisse des mafieux locaux, tandis que d’autres se battent. Et donc, citez des noms, qu’on puisse voir.
Par ailleurs, la référence que vous citez concerne un organisme officiel et bureaucratique, la FAO. Loin de moi l’idée de repousser tout chiffre de la FAO. Je m’en suis déjà servi, et je recommencerai. Mais encore faut-il les doubler d’autres estimations. Car franchement, croyez-vous que les fonctionnaires de la FAO, en poste à Djakarta pour deux ou trois ans, dans des bureaux climatisés, soient à ce point indiscutables ? Et pensez-vous qu’une émission de radio soit de nature à régler les questions posées par la révolte de janvier 2007 au Mexique ? Si oui, tant mieux pour vous !

Je poursuis. Le boom extraordinaire des biocarburants est un phénomène mondial, complexe par définition. Il n’a rien de linéaire, il subit ça et là des reculades, rencontre de provisoires impasses, et connaît même des défaites locales. Où et quand ai-je pu dire qu’il avancerait d’un seul et même pas ? Les États-Unis ont des problèmes ? Bien sûr, cher monsieur Tilleul, car nous parlons d’une industrie neuve, qui entend se développer massivement en quelques années seulement. Les soubresauts ne manqueront donc pas, et certains bien plus importants que ce que vous évoquez. Savez-vous bien - j’avoue en douter - que George Soros a investi 900 millions de dollars d’un coup dans l’industrie des biocarburants ? Pensez-vous qu’il s’agisse d’un philanthrope ?

Au-delà et pour conclure, je pense que vous ne comprenez pas. Les biocarburants sont un feu de brousse. Les statistiques que vous reprenez datent fatalement de plusieurs années. Or, tout bouge, à une vitesse folle. Je sais parfaitement que l’huile de palme entre dans la fabrication de centaines, et peut-être milliers, de produits manufacturés. Mais un nouveau marché, immense, s’ouvre à cette huile, et cela entraîne, en ce MOMENT - les chiffres viendront après - une déforestation massive dans les pays tropicaux. Par exemple, et ce n’est qu’un exemple, la République démocratique du Congo a vendu cet été (2007) 3 millions d’hectares d’un coup à une société chinoise, pour y planter des palmiers à huile. Destinés aux biocarburants, mais oui.

Vous semblez me mettre au défi de m’attaquer au coton, au tabac, au lin. Franchement, êtes-vous à ce point aveugle ? Ces produits, dans les conditions du marché mondial, provoquent immanquablement des drames à répétition. Je le sais, je le dis, je l’écris, je radote à ce sujet depuis une vie entière. Mais quel rapport ? Je vous parle de biocarburants, une folie toute neuve, qui ravage AUJOURD’HUI. Le fol engouement provoque des désastres qui ne se produiraient pas autrement. Et tout cela repose sur notre désir amoral de continuer à rouler en bagnoles sans avoir à rendre le moindre compte à qui que ce soit. Les biocarburants aggravent la faim, détruisent la biodiversité majeure des forêts tropicales et de zones intermédiaires comme le cerrado brésilien, se révèlent en outre une authentique bombe climatique.

Si cela ne vous fait rien, qu’y puis-je ? Si vous n’entendez pas vous comporter en humain conscient, compatissant mais acteur de notre destin commun, je n’ai aucun argument à faire valoir. Car cette affaire nous renvoie tous, jusqu’au plus profond du mystère, à notre être. Selon moi, elle délimite une frontière. D’un côté ceux qui pensent que les attaques majeures contre la vie sont aussi une insupportable douleur. Et les autres.

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Un article du Figaro (et un bon !)

Je ne peux pas faire mieux, ce jour, que vous livrer un article de la journaliste du Figaro Honorine Solenn. J’espère que son journal, comme elle-même, me pardonneront cet emprunt. C’est un hommage, bien sûr. Bien qu’il n’évoque pas directement la grande affaire des agrocarburants, ce reportage donne à voir l’ampleur exceptionnelle des crimes écologiques en cours en Indonésie. Sachez, pour le cas improbable où vous ne le sauriez pas, que le boom sur les carburants d’origine végétale joue un rôle central dans le drame rapporté par Honorine Solenn.

L’Indonésie face à un désastre écologique
, par Honorine SOLENN
 

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Déforestation

Le pays organisateur de la conférence sur le climat brûle l’équivalent de 300 terrains de football par heure. Ce qui en fait le troisième émetteur de CO2 dans le monde.

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Indonesia

La pluie a commencé à tomber. Un violent orage tropical. Aswin se tend au volant lorsqu’un éclair l’éblouit. Soudain, il s’arrête. On ne voit rien sous le rideau de pluie, mais il tend l’index : « Regardez, là, dans le champ ! » Ahurissant : alors que les bords de la route ruissellent sous les trombes d’eau depuis vingt minutes, un petit feu continue de dégager une fumée dense. « Ça peut continuer longtemps. Le feu ne s’éteindra que lorsque la terre sera totalement gorgée d’eau », assure ce docteur en agronomie, spécialiste des feux de forêt.

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Un incendie près de Palangkaraya, dans le Kalimantan

En 2006, pendant la saison sèche, les environs de la capitale provinciale de Kalimantan centre, Palangkaraya, ont été coupés du reste du monde pendant un mois et demi. L’aéroport était fermé. Les feux qui embrasaient la région généraient des fumées si épaisses que, parfois, la visibilité ne dépassait pas deux mètres. À cause de ces feux catastrophiques qui relâchent dans l’at­mosphère le carbone piégé par les forêts, l’In­donésie est désormais, selon la Banque mondiale, le troisième plus gros émetteur de gaz à effet de serre, derrière la Chine et les États-Unis. Près de Palangkaraya, le sol est composé de tourbières, un écosystème formé par la décomposition, durant des milliers d’années, de ma­tières organiques. À l’état naturel, ce type de sol est composé de 80 % d’eau et recouvert de forêts. Mais celles-ci ont été rasées, et les tourbières, drainées, brûlent très facilement. « Même sans feu, les tourbières asséchées connaissent un pro­cessus d’oxydation qui trans­forme la ma­tière sèche en gaz carbonique », assure Marcel Silvius, représentant de l’ONG Wetland in­ternational, la première à avoir ob­servé ce résultat contesté par Jakarta. Il y a dix ans, une dense canopée recouvrait la région, à l’instar de 80  % du reste de l’île de Bornéo, qui est grande comme la France. Aujourd’hui, la jungle est remplacée par des broussailles. Ça et là, on voit les cadavres d’arbres morts, blanchis par les incendies à répétition. Un désastre écologique, où les brasiers de la saison sèche laissent place aux inondations durant la saison des pluies.

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Déforestation près de Palangkaraya, dans le Kalimantan

Au milieu des années 1990, l’Indonésie, parvenue à l’autosuffisance alimentaire, commençait à manquer de terres agricoles à cause de l’urbanisation rapide de Java, qui absorbait les champs de riz de cette île fertile. D’où l’idée audacieuse de transformer les forêts de Kalimantan en grenier à riz de ­l’ar­chipel : le projet Mega Rice. En deux ans, un million d’hectares de forêt a été rasé. On attend encore la récolte du premier boisseau de riz. « Nos parents et grands-parents n’avaient jamais essayé de faire des cultures dans les tourbières, car ils savaient bien que ça ne donnerait rien ! tonne Yarden, un agronome local. Tout ce que les concepteurs du projet voulaient, c’était le bois. Faire de l’argent. » Jakarta avait prévu d’installer 15000 migrants venus de Java, surpeuplée, et de leur donner des terres à cultiver. Presque tous ont quitté la zone et ses tourbières aux sols trop acides pour la riziculture. Aujourd’hui, seules quelques petites fermes de caoutchoutiers ou de manioc subsistent dans la région, grâce aux brûlis qui amendent les sols. Mais, comme la zone est particulièrement propice aux incendies, le gouverneur de la ré­gion a interdit cette pratique, afin d’éviter les désastres de 2006. Pour l’instant, c’est un succès : la région est épargnée par les flammes. Mais, pour les fermiers, cette victoire a un goût amer. « Sans feu, ça nous prendra des années, pour préparer les champs ! » se plaint Ingin, un paysan.

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Si tu vas à Ouaga

Je vous livre copie, grâce à Christian Berdot, d’un article du prêtre Jacques Lacour, présent à Ouagadougou, capitale africaine du Burkina-Faso, pour une conférence continentale sur les bio/nécorcarburants (27/29 novembre 2007). Ce texte est un document, qui ne saurait m’engager. Je ne suis pas d’accord avec sa tonalité générale, qui me semble naïve, je dois l’écrire. Si, si l’on prenait quantité de précautions - qui ne seront jamais prises, qui l’ignore encore ? -, eh bien les bio/nécrocarburants pourraient apporter un peu de mieux-être.

Mais le texte rappelle aussi de fortes évidences sur la concurrence fatale entre cultures vivrières, sans lesquelles des hommes tombent comme autant de mouches, et cultures destinées au carburant des moteurs. Il signale un point décisif entre tous : les paysans d’Afrique n’ont pas été invités à cette grand’ messe des marchands. Pour cause : c’est eux qui paieront la note finale. Ce document mérite amplement d’être lu.
Les paysans, grands absents de la conférence de Ouaga sur les agrocarburants

370 personnes venues de 35 pays différents se sont réunies du 27 au 29 novembre 2007 dans la grande salle de conférences de Ouaga 2000 pour une grande conférence internationale organisée par le CIRAD et 2iE, sous le patronage de l’Etat, de la CEDEAO et de l’UEMOA : « enjeux et perspectives des biocarburants pour l’Afrique ».

Des gens venus de partout donc, représentant des organismes de recherche, des sociétés privées (même TOTAL), des structures étatiques, des ONG, des Projets de toutes tailles plus ou moins avancés, plus ou moins virtuels, publics, privés…

Une fois encore, les représentants des organisations paysannes n’ont pas été invitées. Une fois encore les paysans n’ont pas été invités, eux qui sont les premiers concerné par ce qu’on devrait normalement appeler agrocarburants, plutôt que biocarburants, parce que c’est l’agriculture qui les produit. Parler ainsi de nouvelle filière pour l’agriculture, sans les paysans, relativise forcément la portée d’une telle conférence.

Avec un baril de pétrole qui a frisé les 100 $ il y a peu de temps, avec ce qu’on nous dit du pic de production pétrolière qui se rapprocherait, tous les regards se tournent aujourd’hui vers une nouvelle source d’énergie renouvelable : les « agro carburants ». Et avant même que toutes les dispositions légales et réglementaires aient été prises, des initiatives se multiplient partout en Afrique.

La lettre d’abcBurkina n°252 vous parlait d’une initiative à Boni… C’est de deux initiatives qu’il s’agit, attirées par l’actif maire de Boni. L’une est appuyée par l’ONG française ICDES (de Grenoble) pour installer une plateforme multifonctionnelle qui sera gérée par la mairie ; l’autre animée par Agritec Faso (une société pas encore bien connue) pour multiplier les semences de Jatropha et créer des pépinières pour implanter cette culture sur l’ensemble du Burkina… Des « projets Jatropha » démarrent : après la mairie de Boni, c’est la paroisse de Kombissiri…Il y en a sans doute d’autres.

Plus importante est l’étude que l’Etat Burkinabè a demandé à la SN Citec (DAGRIS) pour le traitement et la transformation des graines de coton en agro carburant avec, à la clé, une usine de triturage et de distillation pour la fabrication de bioéthanol. La capacité de production du Burkina pourrait atteindre jusqu’à 60.000 tonnes d’huile à usage de carburant… si toutes les conditions de production et d’investissement pouvaient être remplies, ce qui est encore loin d’être le cas.

Ainsi, cette conférence internationale a permis d’abord de multiples rencontres et échanges d’informations sur toutes les initiatives qui se multiplient… Mali, Niger, Benin, Burkina, personne n’est en reste… et la liste n’est pas close !

Mais voilà, les problèmes sont très nombreux autour de cette nouvelle filière et cette conférence internationale sera un peu pour la sous-région « une première rencontre fondatrice » impliquant presque tous les acteurs (sauf les paysans, hélas !)

Que retenir ?

Des productions industrielles de agrocarburants en Afrique ont paru possibles aux participants et des investisseurs nombreux se pressent déjà aux portes du continent :
• sous réserve que la gestion des terres reste aux mains des communautés locales à l’image de la gestion foncière de la filière coton au Burkina : Société cotonnière, UNPCB, groupements. Donc pas d’aliénation des terres au profit de multinationales qui ne ferait qu’accélérer l’exode rural et la montée des conflits sociaux.
• sous réserve que cette production bénéficie d’abord au pays qui produit, comme agro carburant et comme source d’énergie (production d’électricité) ; dans un premier temps, cette production ne serait pas destinée à l’exportation, mais plutôt à économiser sur la facture énergétique et rééquilibrer la balance des paiements plombée aujourd’hui par la facture pétrolière.
• sous réserve que ces cultures n’empiètent pas sur les espaces réservés à la production alimentaire (qu’en aucun cas ces cultures ne remettent en cause la souveraineté alimentaire).
Une intervention particulièrement bien documentée, à partir de l’exemple malien, peut nous faire douter de la disponibilité de terres nouvelles « libres pour cette nouvelle filière »… Une grande prudence est de mise pour que les agro carburants ne deviennent pas par ce biais des « nécro carburants » , instrument de mort (le mot n’a pourtant jamais été employé durant la conférence internationale). Il ne faudrait pas que les pays les plus pauvres produisent le plein de carburant des plus riches au détriment de leur propre production alimentaire. « Restons vigilants »
• sous réserve que cette production permette à tous (gens des villes et gens des campagnes, surtout aux plus défavorisés des campagnes) un accès réel à l’énergie.

Des productions locales sont d’abord hautement souhaitables
• à l’image de ce qui se fait déjà au Niger et au Mali, mais qui ont échoué à Madagascar… Sans idéaliser les conditions de mise en œuvre pas toujours bien maîtrisées : il y a encore beaucoup de progrès à faire pour maîtriser réellement dans la pratique ces cultures nouvelles : le Jatropha, par exemple, est très vulnérable aux termites ; il peut se contenter de sols pauvres mais sans beaucoup de rendements ; il a été cultivé en haies, mais son comportement en vergers n’est pas bien connu, encore moins en plantations industrielles.
• sur des surfaces relativement réduites qui n’empiètent pas sur les cultures vivrières. Les résultats et les bénéfices sont encore aléatoires et s’il faut « learning by doing » (apprendre en faisant), il ne faudrait pas que les risques pour les paysans dépassent par trop le bénéfice escompté.
• dans le cadre de projets mis en œuvre et gérés par les communautés locales, de sorte qu’une réelle appropriation puisse se faire par les producteurs, utilisateurs et bénéficiaires, seul gage de réussite.
• pour leurs besoins locaux en énergie d’abord : accès à l’électricité par l’alimentation d’un groupe électrogène, mise en route d’un moulin ou d’une décortiqueuse, éclairage pour la maternité ou l’étude des enfants le soir, maintien de la chaîne du froid, ou autres besoins des communautés rurales.

Bien sûr, les problèmes ne manquent pas, et, parmi les participants, deux courants se dessinaient :
• l’un disait : « Ne soyons pas trop pressés », rien n’est vraiment prêt, poursuivons les tests, les études, les analyses ; mettons en place des centres de recherche.
Techniquement aussi, il y a encore tellement de choses qui ne sont pas au point, ne serait ce que les presses à utiliser pour l’extraction efficace des huiles. De plus les conséquences environnementales et culturelles de ces changements ne sont pas maîtrisées.
Juridiquement enfin, les cadres législatifs et réglementaires sont parfois inexistants.
Bien difficile de se lancer dans des projets de grande envergure dans des conditions pareilles.
• Attention, disaient ils aussi ; durant les 30 dernières années, les surfaces cultivées pour l’alimentation ont été augmentées de deux fois et demi (x 2,5) sous la pression démographique, sans que les rendements n’augmentent vraiment. Dans les 10-15 ans à venir, à rendement égal, il faudra encore doubler les surfaces destinées aux cultures vivrières. Quelles terres resteront disponibles pour les agro carburants ? Ou bien, autre façon de poser la question, les agricultures africaines pourront elles relever le défi des rendements avec les moyens dont elles disposent ?
• D’autres disaient : « L’Afrique ne doit pas rater le train de cette nouvelle opportunité » qui lui permettra de retrouver, à travers son agriculture, une certaine indépendance énergétique. Il faut se lancer dès maintenant dans des projets déjà bien maitrisés, comme l’utilisation des graines de coton au Burkina, ou le remplacement de la culture de l’arachide par celle du tournesol au Sénégal. Et d’élaborer des stratégies à court, moyen et long terme…

Sur le continent, le soleil est si généreux, la biomasse si importante, si abondante que l’on ne peut que souhaiter qu’elle soit mise en valeur, et le plus vite possible… Elle peut l’être, si, en plus des acteurs présents à la conférence, les paysans sont vraiment mis dans le coup et qu’ils y trouvent un intérêt légitime

Père Jacques Lacour (SEDELAN)
jacqueslacourbf@yahoo.fr
www.abcburkina.net
(Koudougou, le 4 décembre 2007)

On trouvera tous les documents concernant cette conférence sur le site http://www.biocarburant-afrique.org/

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Du nouveau pas si neuf

Bonjour à tous,

Nous sommes le 10 décembre, et j’ai finalement décidé de maintenir, au moins quelque temps, ce blog. Mais je retiens dès maintenant la proposition de Marc - merci ! - de me donner un coup de main, et d’éventuellement devenir le modérateur de cet espace. Au pire, je transférerai ce blog sur fabrice-nicolino.com pour en faire une rubrique, comme certains amis, y compris dans les commentaires, m’y invitent.

Passons à l’info. Je vous signale un remarquable article, en français qui plus est, que tout le monde peut donc lire en un clic (http://www.grain.org). On y apprend des choses jamais lues dans la presse française - Honte ! honte ! - sur l’Indonésie. Je retiens ce chiffre de 1 milliard de tonnes de gaz carbonique relâchés dans l’atmosphère terrestre chaque année. À cause du drainage des tourbières et des feux de forêts, ces deux phénomènes étant largement liés, depuis ces dernières années, au boom sur les nécrocarburants.

Bien entendu, ce chiffrage est d’un certain côté absurde, car comment savoir ? Mais il donne un ordre de grandeur, et pour que tout le monde comprenne, sachez qu’en 1990, un peu avant Kyoto et ses objectifs de diminution des émissions, l’humanité émettait, tous pays confondus, environ 6 milliards de tonnes de carbone, soit 22 milliards de tonnes de gaz carbonique. Or donc, à lui seul, le désastre indonésien représenterait à lui seul 5 % de la totalité des émissions mondiales qu’il s’agissait - qu’il s’agit toujours- de juguler. Jugez la réunion de Bali, en cours - et en Indonésie ! - à cette aune. On ne moque.

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Ce n’est (peut-être) qu’un au revoir

Bonjour à tous,

Nous sommes le 1er décembre 2007, et mon livre La faim, la bagnole, le blé et nous (une dénonciation des biocarburants) a paru le 3 octobre chez Fayard. L’accueil reste excellent, et je vous en remercie. Chaque jour, je suis invité aux quatre coins de France, réellement chaque jour. Et je suis chaque jour obligé de refuser la plus grande part de ces rendez-vous. Pour une raison simple : je suis épuisé. Et je ne suis en outre pas marchand de livres, mais présentateur d’idées, lesquelles figurent largement dans mon bouquin. Je voulais alerter et secouer ceux que je pouvais atteindre, et je crois l’avoir fait.

J’envisage de cesser ce blog-ci. Vous savez peut-être que j’ai un autre rendez-vous quotidien, fabrice-nicolino.com, et deux articles à écrire chaque jour demande du temps et de l’énergie, un peu trop. Donc, j’envisage de cesser. Mais j’aimerais avoir votre point de vue et vais donc laisser ce message une semaine en cette place. N’hésitez pas, mais alors vraiment pas, à me faire connaître votre point de vue. Ce blog sur les nécrocarburants peut continuer, avec ou sans moi, il n’est nullement ma propriété.

Le week-end prochain, j’aviserais sans pathos. Peut-être aurai-je changé d’avis, qui sait ? En attendant, portez-vous bien, et bagarrez.

Fabrice

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Attention, ce n’est pas du Canada dry

C’est tellement beau que j’en pleurerais. Attention, made in Canada, directly. Un monsieur Gordon Quaiatini, président là-bas de l’Association canadienne des carburants renouvelables, attaque bille en tête Jean Ziegler, rapporteur spécial de l’ONU qui a réclamé un moratoire mondial de cinq ans sur les nécrocarburants. Pour notre noble ami, non, non, mille fois non, les nécrocarburants n’ont rien à voir avec la faim (http://www.lavoieagricole.ca). Dans le détail, ses affirmations sont admirables.

Un, rien à voir, car « la faim ne résulte pas d’un manque global de nourriture, mais plutôt des faibles revenus et du chômage, qui limitent l’accès à la nourriture ». Apprenons à ce charmant monsieur qui n’a jamais eu faim que, lorsque le prix du maïs, ou du manioc, ou du blé s’envole, et que vous ne disposez que d’un ou deux dollars par jour pour nourrir votre famille, vous n’y parvenez plus. Jocrisse, va !

Deux, authentique mystère, que je n’ai pas su élucider. Ziegler a tort, car « dans cette ère de prix des carburants sans cesse à la hausse, les biocarburants (éthanol et biodiesel), sont la seule alternative depuis cent ans à avoir eu un effet significatif sur l’offre globale des carburants ». Ceux qui auraient compris peuvent m’envoyer un message, je ne veux pas paraître trop bête.

Trois enfin, et cela devient sérieux, car vrai, l’industrie des biocarburants est « bonne pour le Canada rural ». Cette fois, on a compris le message. Les nécrocarburants ne sauraient être le désastre qu’ils sont, car ils sont bons pour le système agroindustriel. Dont acte, cher Gordon, dont acte.

 

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Stéphane au pouvoir !

Le lobby français des biocarburants n’existe pas, la preuve immédiate par le député Stéphane Demilly, que j’ai déjà eu l’occasion de féliciter ici. Voici le texte complet d’une dépêche Reuters que j’avais eu le grand tort de laisser passer (http://today.reuters.fr/news). Juste avant, ce bas commentaire : pour autant qu’on peut en juger au travers des extraits de Reuters, notre parlementaire parle un français de seconde zone.

Craintes pour la fiscalité des biocarburants

 

PARIS (Reuters) - L’avantage fiscal accordé aux biocarburants pourrait être réduit d’environ 30% dans le cadre du projet de loi de finances 2008 en dépit de l’engagement répété des pouvoirs publics pour le développement de la filière, apprend-on de sources parlementaires et professionnelles.

L’exonération partielle de la taxe intérieure sur les produits pétroliers (TIPP), actuellement de 0,25 euro par litre pour le biodiesel, serait réduite à 0,18 euro et celle en faveur du bioéthanol passerait de 0,33 euro à 0,23 euro, avance Stéphane Demilly, député de la Somme et président du groupe parlementaire sur les biocarburants.

“Dans le cadre du projet de loi de finances pour 2008, un arbitrage interministériel de dernière minute se traduirait par une coupe sombre dans la défiscalisation accordée aux biocarburants”, écrit-il dans un communiqué.

Les ministères des Finances et de l’Agriculture se sont refusés à tout commentaire.

Industrie naissante en France, le développement des biocarburants par rapport à l’énergie fossile est encore fortement dépendant des incitations financières.

“Alors que le baril de pétrole frôle les 100 dollars, veut-on tuer la filière biocarburants française”, s’interroge le député.

Les biocarburants sont des carburants produits à partir de matières premières renouvelables, d’origine agricole.

La France en produit deux grands types, le biodiesel fabriqué à partir de cultures oléagineuses (colza et tournesol) et le bioéthanol dérivé des céréales et de la betterave.

Le dispositif fiscal de soutien aux biocarburants repose d’une part sur la défiscalisation de la TIPP lors de la mise en consommation et d’autre part sur une taxe générale sur les activités polluantes (TGAP), qui contraint les distributeurs à incorporer des biocarburants dans les carburants fossiles.

Devançant les objectifs européens, la France prévoit d’incorporer 5,75% de biocarburants dans les carburants en 2008, 7% en 2010 et 10% en 2015.

“Il faut être cohérent entre actions et déclarations”, a déclaré Alain d’Anselme, président du syndicat national des producteurs d’alcool agricole (SNPAA), en relevant l’engagement “historique et continuellement confirmé” des pouvoirs publics en faveur des biocarburants, y compris lors du récent Grenelle de l’environnement.

“La réduction envisagée fragilise notre industrie naissante et conforte les importations”, a-t-il estimé en soulignant que les industriels de l’éthanol étaient engagés dans des investissements de plus d’un milliard d’euros.

En début de semaine, les professionnels du secteur craignaient une réduction des avantages fiscaux encore beaucoup plus forte, supérieure à 40%.

 

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Les sénateurs sont-ils des hommes comme les autres ?

 Je vous faisais part il y a quelques jours (http://fabrice-nicolino.com) d’une bonne nouvelle. La loi de finances rectificative, encore dans les tiroirs pour l’heure, envisageait, d’après des fuites, de réduire de moitié les aides fiscales à la filière des agrocarburants.

Mais c’était compter sans mes très chers amis du Sénat. Les sénateurs, travaillés par qui vous savez, ont voté un amendement qui arrange bien les affaires de la filière  (http://www.lemonde.fr). Il va falloir continuer à suivre de près, j’ai l’habitude.

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Et s’ils arrêtaient de mentir ?

Le texte qui suit fait honneur à ceux qui l’ont écrit, et à celui qui l’a traduit pour nous tous, Christian Berdot, des Amis de la Terre, que je remercie avec chaleur. Il s’agit d’une étude remarquable sur le lobby européen en faveur des agrocarburants. Réalisé par le Corporate Europe Observatory (voir le commentaire d’Agone ci-dessous), il dit davantage de choses vraies que tous les journaux français réunis.

Certes, il est long. Mais il faut le considérer comme un document, à imprimer, à faire circuler, à conserver bien sûr. Il servira de butte témoin, on pourra à tout instant s’y référer et dire : voyez, ceux qui prétendent qu’on ne savait pas se trompent et nous trompent. La vérité n’est pas ailleurs, elle est ici, sous nos yeux. Et elle est terrible, c’est entendu. Pour ce qui me concerne, je préfère la regarder en face.

Fabrice Nicolino

 

Agrocarburants : qui pousse derrière ? La politique de l’Union Européenne au service des multinationales

Malgré l’inquiétude grandissante de l’opinion publique sur les risques associés aux agrocarburants, l’Union Européenne met tout son poids dans la balance, pour promouvoir ces cultures aux effets souvent très néfastes. En mars 2007, il était même proposé de fixer des objectifs d’augmentation du taux d’agrocarburants dans tous les carburants destinés aux transports automobiles jusqu’à 10% en 2020. La Commission prévoit aussi de canaliser de grandes quantités de financements d’argent public de l’UE vers la recherche et le développement des projets d’agrocarburants.(1) Voir les rapports des Amis de la Terre : « Ethanol de maïs : spéculation et famine » : http://www.amisdelaterre ; « Agrocarburants : une catastrophe écologique et sociale programmée » : http://www.amisdelaterre.org/Agrocarburants-une-catastrophe.html ; « Biocarburants : pire que des énergies fossiles » : http://www.amisdelaterre.org/Biocarburants-pires-que-des.html (2). Le CEO est un groupe de jeunes chercheurs basés à Amsterdam. Leur seul livre traduit en français est : « Europe Inc : Comment les multinationales construisent l’Europe et l’économie mondiale » Agone 2005, 2 ème édition revue et augmentée. A lire absolument. Le CEO est affilié à la fédération des Amis de la Terre/Friends of the Earth Europe. Vous pouvez en savoir plus en allant sur leur site : http://www.corporateeurope.org
(3) Nous employons le terme agrocarburants car celui de biocarburant a une connotation écologique trompeuse. Nous avons gardé le terme biocarburants dans les noms des documents officiels cités.

La folie des agrocarburants de l’UE a été influencée par le lobbying très actif en faveur d’intérêts industriels tels que ceux des constructeurs automobiles, des compagnies de biotechnologies et de l’industrie pétrolière. Ces industries ont forgé de nouvelles alliances entre elles. Ces dernières années, elles ont été invitées par la Commission européenne à mettre en forme la politique de l’Union sur les agrocarburants par l’intermédiaire de plusieurs commissions dominées par les industriels. On compte parmi elles, le Comité Consultatif sur la Recherche pour les Biocarburants ( Advisory Research Council for Biofuels ou BIOFRAC), CARS21 et plus récemment, la Plateforme technologique Européenne sur les Biocarburants, (European Biofuels Technology Platform ou EBFTP).

Ces conseils à sens unique ont des conséquences d’une grande portée. La façon dont l’UE s’attaque au problème fondamental de la réduction des émissions de CO2 provenant du transport routier, en est affectée. En outre, cette pseudo solution – les agrocarburants - menace non seulement d’aggraver les problèmes qu’elle est censée résoudre - les changements climatiques – mais va aussi provoquer toute une série de nouvelles situations de précarité et de destructions. On ne pouvait pas faire un choix plus éloigné d’une politique efficace ayant pour but d’économiser l’énergie et réduire la consommation.

Le Conseil des ministres de ce printemps les 8 et 9 mars 2007 proposait comme élément d’un paquet énergie plus large, un objectif obligatoire de 10% d’agrocarburants utilisés dans tous les carburants pour le transport routier d’ici 2020. C’est-à-dire, presque le doublement du taux actuel non obligatoire de 5,75% d’ici 2010. Cette proposition était présentée comme une mesure majeure pour lutter contre les changements climatiques.

Pourtant, si on regarde de plus près les agrocarburants, on découvre un spectacle de désolation, une prétendue solution accompagnée d’une nuée de problèmes :

- Les agrocarburants sont en concurrence avec l’alimentation pour les ressources agricoles et leur expansion a déjà provoqué l’augmentation des prix alimentaires, ce qui menace directement la sécurité alimentaire des communautés les plus pauvres de la planète ;
- Ils augmentent la demande en terres, ce qui provoque notamment un accroissement de la déforestation ;
- Ils sont cultivés dans d’immenses exploitations qui font de la monoculture à l’aide de l’usage massif d’engrais et de pesticides et dans de nombreux cas avec en plus, le risque de contamination génétique ;
- Enfin, ils menacent les droits fonciers des communautés rurales car le développement des agrocarburants s’accompagne de plans d’expansions des monocultures qui sont en grande partie contrôlées par des multinationales ou de grands propriétaires fonciers fortunés. Un peu partout dans les pays du Sud, les petits paysans et les communautés indigènes voient leurs Droits Humains menacés en étant expulsés de leurs terres ou en devant faire face à de mauvaises conditions de travail ou à des conflits fonciers ;

Et comme si la coupe n’était pas déjà pleine, les preuves s’accumulent qu’en plus les agrocarburants ne font qu’aggraver et non pas atténuer les changements climatiques.

Est-ce que la Commission était au courant de ces faits avant de soutenir les agrocarburants par toute une série de mesures politiques ? Apparemment oui, comme le montre l’étude d‘impact officielle de la Commission, bouclée en 2006 (4) Le document évoque par exemple le fait qu’ « une utilisation accrue des biocarburants dans l’UE s’accompagnera par une demande externe accrue de biocarburants et des matières premières dont ils dépendent, ce qui vraisemblablement aura des conséquences diverses sur les pays en voie de développement. (…) De plus, lorsqu’on laboure des zones herbeuses ou que l’on coupe des forêts, des quantités importantes de CO2 sont relâchées. On peut s’attendre à ce que ces émissions de CO2 dépassent pour de nombreuses années, les gains obtenus par les biocarburants ». Il est clairement affirmé aussi que « les pressions sur des écosystèmes sensibles vont augmenter, notamment sur les forêts primaires où des millions d’hectares pourraient être transformés en plantations ». Ce document reconnaît parmi les conséquences sociales, la concurrence avec la nourriture, une augmentation des prix alimentaires qui pourrait frapper les pauvres des pays en voie de développement et les pressions sur des communautés vulnérables (pour les déplacer ou les obliger à adapter de force leur mode de vie).

La politique de la Commission n’a pas été menée dans le souci de lutter contre les changements climatiques. Elle n’a cherché qu’à garantir l’approvisionnement énergétique de l’UE et à servir les intérêts des grands agriculteurs et de l’agrobusiness ainsi que ceux des secteurs industriels de l’automobile, des biotechnologies et du pétrole qui veulent tous voir le maintien du statu quo existant. Pour cela, la Commission a permis à ces groupes industriels

(4) Le texte original comprend beaucoup de notes qui se rapportent à des documents pour leur majorité, écrits en anglais. Pour les personnes intéressées, voir directement le site du CEO : http://www.corporateeurope.org .
de participer au dialogue politique et de définir les objectifs politiques en mettant sur pied des groupes consultatifs favorables aux industriels.

 

Industrie : on n’est jamais mieux conseillés que par soi-même

Le Comité Consultatif de la Recherche sur les Biocarburants (BIOFRAC) a été créé par la Direction Générale (DG) Recherche au début de 2005. Un « groupe d’experts de haut niveau, représentant un large éventail des différents secteurs de la chaîne des biocarburants » fut invité « à développer un rapport prospectif – une vision pour les biocarburants jusqu’à 2030 et au-delà - pour permettre une percée des biocarburants et accroître leur déploiement dans l’UE ». En plus de ce « rapport prospectif », la Commission invita aussi le BIOFRAC à préparer le terrain pour « l’Agenda Stratégique de la Recherche » et à fournir de nombreuses suggestions pour le 7ème Programme cadre de la recherche (FP7), l’outil principal de l’UE pour financer la recherche de 2007 à 2013.

La composition du BIOFRAC (aujourd’hui dissous) n’était pas équilibrée mais au contraire dominée par les représentants des intérêts industriels. L’industrie automobile était représentée par 4 membres ; le pétrole par 3 ; les agrocarburants par 3 et les biotechnologies par le groupe de pression EuropaBio. Le groupe était complété par 1 personne de l’industrie alimentaire, 1 représentant d’une compagnie forestière, 1 autre d’une compagnie énergétique, 1 agriculteur et 8 personnes venant de centres de recherches ou d’universités dont certaines, avec des liens très étroits avec l’industrie du pétrole ou celle des biotechnologies. D’après la Commission, les participants ont été choisis en tant qu’individus sur la base de leurs connaissances et de leur expertise et non pas en tant que représentants de leurs organisations. Il n’est pas déraisonnable de penser cependant que leur rôle et leurs réflexions puissent refléter celles des entreprises ou organisations pour lesquelles ils travaillent. Le parti pris pro-industrie du BIOFRAC se retrouve en effet, clairement dans le rapport final publié en 2006, intitulé « Biocarburants dans l’Union Européenne. Une vision pour 2030 et au-delà ». Le rapport est maintenant un document officiel de la Commission.

 

« Les biocarburants dans l’Union européenne. Une vision pour 2030 et au-delà »
« VISION. En 2030, l’Union européenne arrive à couvrir un quart de ses besoins en carburants pour les transports routiers, grâce à des biocarburants propres et efficaces sur le plan du CO2. Une partie substantielle est fournie par une industrie européenne compétitive. Cela diminue de façon significative l’indépendance de l’UE par rapport aux carburants fossiles ; cela crée des opportunités pour les fournisseurs de biomasse, les producteurs de biocarburants et l’industrie automobile ».

Membres du comité consultatif de recherche sur les agrocarburants (BIOFRAC)
(Liste telle qu’elle apparaît le jour de la publication de ce Rapport d’une Vision)

Anders Roj, Président, Volvo Technology Corporation
Olivier Appert, Vice-président, (suppléant : Alexandre Rojey) Institut Français du Pétrole
Javier Salgado, Vice-président, (suppléant : Ricardo Arjona) Abengoa Bioenergy

Olivier Alexandre, Total
Michel Baumgartner, British Sugar
Gerard Belot, (suppléante : Béatrice Perrier Maurer) PSA Peugeot Citroën
Dirk Carrez, EuropaBio (biotechnologies)
Matthias Rudloff, (suppléant : Michael Deutmeyer) CHOREN
Ann-Britt Edfast, SVEASKOG (forêt)
Hartmut Heinrich, (suppléant : Frank Seyfried) Volkswagen AG
Raffaello Garofalo, European Biodiesel Board
Dietrich Klein, COPA-COGECA (agriculteurs)
Darran Messenm, SHELL
Calliope Panoutsou, CRES
Kimmo Rahkamo, (suppléant : Ari Juva) Neste Oil Corporation
Meinrad Signer, Iveco Powertrain
Rene Van Ree, ECN
Guy Riba, (suppléant : Ghislain Gosse) INRA
Liisa Viikari, VTT Biotechnology

Eckhard Weidner, Fraunhofer UMSICHT
Arthur Wellinger, Nova Energie
Grzegorz Wischniewski, (suppléante : Magdalena Rogulska) EC-BREC
Guido Zacchi, Lund University

C’est cette ambition énorme - satisfaire 25% des besoins en carburants pour les transports automobiles d’ici 2030 - qui ressort avant tout de ce rapport. A part cela, le rapport fait une promotion appuyée des agrocarburants de seconde génération. D’une façon générale, ils ont pour objectif d’améliorer les performances, généralement en utilisant l’ensemble de la plante, améliorant en cela le bilan CO2 et les coûts. D’après le BIOFRAC, cette seconde génération d’agrocarburants sera produite à partir d’un éventail plus large de matières premières, réduira la concurrence pour la terre avec l’alimentation, permettra de diminuer les coûts et « d’économiser » du CO2. Pour conclure, le rapport recommandait la mise en place d’une Plateforme Technologique des Agrocarburants qui coordonnerait tout le travail de la Commission sur les agrocarburants et « fournirait une base analytique commune pour assister tous les services de la Commission, concernés (DG Recherche, Energie et Transports, Commerce, Relations Extérieures, Agriculture et Développement Rural, Environnement et Finances) ».

Le 7 juin 2007, une fois son travail accompli, le BIOFRAC fut dissout. Le même jour, et toujours dans la lignée des recommandations du Rapport d’une « Vision pour les Biocarburants », un comité directeur de la Plateforme Européenne pour les Technologies des Biocarburants (EBFTP) était nommé et la nouvelle Plateforme était lancée officiellement le même jour, à Paris. La mission de cette Plateforme est de « contribuer au développement de technologies de niveau international et compétitives sur le plan des coûts, à la création d’une industrie solide des agrocarburants et à accélérer le déploiement des agrocarburants dans l’Union européenne grâce à un processus de guidage, de définition des priorités, et de promotion de la recherche, du développement et de la démonstration pratique ».

Un des rôles clés de la Plateforme est l’élaboration de l’Agenda Stratégique de Recherche (SRA) sur les agrocarburants, en clair, identifier les secteurs-clés de la recherche pour les dix années à venir afin de réussir la Vision 2030 définie par le BIOFRAC. D’après la Plateforme, son objectif principal est de mettre en pratique les principales propositions esquissées dans la Vision du BIOFRAC. La Commission paye le secrétariat ce qui inclue le financement du site internet, les coûts généraux d’administration et l’organisation des réunions plénières des parties prenantes.

La Plateforme est composée de 5 groupes de travail et d’un comité directeur. Quelques mois avant le lancement de la Plateforme, la Commission invitait les personnes intéressées à « exprimer leur intérêt pour une candidature pour le comité directeur et les groupes de travail » de la Plateforme annonçant que ce serait « ouvert à la participation active de toutes les parties prenantes ». La Plateforme fut promue comme un moyen de « rassembler au niveau européen, les institutions de recherche, les entreprises, les ONG, les groupes financiers et les autorités de contrôles ». Pourtant, la composition actuelle de la Plateforme est fortement dominée par l’industrie. Le Bureau Européen de l’Environnement (BEE) s’était plaint de la composition du Comité Directeur de la Plateforme, mais sa plainte est restée sans réponse.

Malgré les beaux discours sur l’ouverture et la participation, dès le début le choix des membres fut une supercherie. Pour commencer, les membres du comité directeur furent sélectionnés par le président de BIOFRAC (Anders Roj de Volvo) et les 2 vice-présidents (Olivier Appert de l’Institut Français du Pétrole et le PDG d’Abengoa, Javier Salgado), en consultation avec la Commission. Le comité directeur qui en résulte, est totalement dominé par les industries. Comme pour le BIOFRAC, les industries automobiles et pétrolières sont très bien représentées dans le comité directeur avec trois membres chacune. Il faut y rajouter un représentant des agriculteurs et quatre personnes représentant des centres de recherches ou des universités. Le comité directeur est présidé par Luis Cabra de la compagnie pétrolière Repsol YPF avec Roj et Appert comme vice-président. Pas une seule organisation de la société civile n’y est représentée.

A l’échelon inférieur, les 5 groupes de travail sont aussi très largement dominés par des représentants de l’industrie et des centres de recherches. Malgré les promesses d’une représentation multiple des parties prenantes, il est clair maintenant que ce manque de représentativité est un choix délibéré. Dans le bulletin de la Plateforme, on peut lire que « un équilibre adéquat entre industrie et centres publics ou de recherche fut établi afin de préserver la Plateforme en tant que groupe guidé par l’industrie » (souligné par le rédacteur). Plus de 300 personnes ont demandé à participer aux groupes de travail. En fait, avec un maximum de 25 personnes par groupe de travail, plus de la moitié des candidatures furent rejetées. Finalement, on ne retrouve que 2 représentants d’ONG sur les 125 membres des groupes de travail. Le secrétariat a refusé de donner la liste initiale des 300 candidats et l’Observatoire Européen de l’Industrie attend toujours les détails qu’on lui a promis, sur l’historique de ce choix.

La Commission s’est assurée que les mêmes compagnies qui avaient rédigé la « Vision de l’Union européenne pour les biocarburants » par l’intermédiaire de BIOFRAC, puissent maintenant réaliser ses recommandations et définir l’agenda des recherches et du développement des agrocarburants. Ce sont en plus des compagnies qui ont des intérêts commerciaux directs dans le développement des agrocarburants dans l’Union européenne. Le processus décrit ici montre comment ils se préparent à définir l’agenda de recherche stratégique dans ce secteur et main dans la main avec la Commission à décider de l’allocation des fonds de recherches et de développement pour les 10 années à venir.

Ce mode de fonctionnement alliant recherches stratégiques et politique n’est pas particulier aux agrocarburants. La Commission crée de nombreuses Plateformes Technologiques dans des secteurs très variés, parlant d’elles comme « prouvant qu’elles sont des acteurs puissants dans le développement de la politique de recherche de l’UE en particulier dans l’orientation du 7ème Programme cadre de recherche pour mieux satisfaire les besoins de l’industrie ». On trouve d’autres Plateformes technologiques, dominées aussi par l’industrie, qui s’occupent également des agrocarburants comme les plateformes Suschem (sustainable chemie ou chimie soutenable), Food for Life (Nourriture pour la Vie), Plants for the Future (biotechnologies) et Forêts.

Il est absolument nécessaire qu’un large débat public au niveau européen ait lieu et porte sur les risques inhérents aux agrocarburants et ce qu’ils apportent réellement dans la lutte contre les problèmes qu’ils sont censés affronter. Ce débat doit inclure plus de parties prenantes notamment les populations directement touchées dans les pays du Sud. Il est totalement antidémocratique que des politiques de l’UE puissent être déterminées au travers de programmes de recherches et de développement façonnés par des acteurs industriels qui, non seulement reçoivent de l’argent public mais de plus ont des intérêts directs dans les résultats de ces programmes. Cette façon de procéder doit être vigoureusement remise en cause.

Huiler les rouages
Les industries de l’automobile, des biotechnologies et du pétrole sont les plus impliquées dans la conception de la politique de recherche de l’UE dans les agroarburants et elles ont toutes leurs raisons propres de poursuivre l’expansion de ceux-ci.

Les fabricants de voitures, comme Volvo ou Volkswagen, se font les avocats des agrocarburants dans le cadre d’une stratégie plus large cherchant à éviter un abaissement des normes d’émissions de CO2 pour les voitures particulières. Ils ont fait des agrocarburants, la solution pour réduire les émissions de CO2. Dans le courant de l’année, avant certaines des décisions politiques décrites dans ce rapport, la Commission voulait imposer des normes obligatoires d’efficacité pour les voitures particulières, qui auraient contraint à une réduction des émissions de CO2. En réponse, les fabricants de voitures ont lancé une campagne très lourde de lobbying et réussi à affaiblir les objectifs de réduction de leur moyenne prévue de 120g de CO2 par km, en obtenant 130g/km. De plus, cette différence peut être compensée par d’autres prétendues mesures de réduction du CO2 comme l’utilisation d’agrocarburants.

 

Alimenter le changement climatique
Le transport routier représente 30% de la consommation d’énergie de l’UE et dépend pour 98% des énergies fossiles. On considère que l’augmentation du secteur routier est une des raisons principales pour lesquelles l’UE n’atteindra pas les objectifs du protocole de Kyoto. On s’attend à ce que 90% de l’accroissement des émissions de CO2 entre 1990 et 2010 soient dues aux transports. Bien que l’impact des transports routiers sur le bilan global des émissions de gaz à effet de serre soit énorme et malgré la menace que cela représente pour les climats, la Commission européenne ne fait pas porter les efforts nécessaires sur la réduction des transports. Les tendances actuelles montrent au contraire que les transports routiers de marchandises et les déplacements des personnes en véhicules particuliers sont en augmentation.

Le rôle de lobby de l’industrie automobile est bien illustré par Volvo. Roj Anders de Volvo a présidé le BIOFRAC et est maintenant vice-président du comité directeur de la Plateforme sur les Agrocarburants. Volvo affirme son soutien à un objectif de réduction des gaz à effet de serre de 30% d’ici 2020 pour les pays développés. Pourtant, dans le même temps, la firme n’hésite pas à fragiliser l’économie de l’UE en menaçant de délocaliser : « la compétitivité en particulier des industries à forts besoins énergétiques doit être suivie afin d’éviter une possible délocalisation de l’UE vers des pays tiers ». Elle soutient aussi un objectif obligatoire de 10% d’agrocarburants sur les carburants de tous les véhicules d’ici 2020. Cette une stratégie commune chez les grandes entreprises : d’un côté, elles font semblant de soutenir des mesures environnementales, tandis que de l’autre, elles préviennent que si ces mesures affectent leurs bénéfices (ce qui serait le cas si l’action des gouvernements était efficace), elles vont quitter l’Europe, amenant avec elles les emplois.

L’industrie automobile a aussi influencé le débat sur les agrocarburants par l’intermédiaire du CARS21, un autre groupe consultatif de haut niveau, mis en place en 2005 à l’initiative du commissaire à l’industrie Verheugen. Le CARS21 qui a joué un rôle crucial dans la bataille au sein de l’UE sur les normes d’efficacité obligatoires pour les véhicules, soutient fortement les agrocarburants.

La plupart des groupes automobiles européens sont impliqués dans des partenariats avec des compagnies pétrolières ou de biotechnologies pour développer des agrocarburants de seconde génération. Le nombre de ces alliances ne fait qu’augmenter et reflète bien un intérêt commun dans le développement des agrocarburants. Par exemple, en mars 2006, les fabricants européens DaimlerChrysler, Renault et Volkswagen formèrent avec les compagnies pétrolières Sasol Chevron et Shell « l’Alliance pour les carburants synthétiques en Europe » (ASFE). Cette alliance a aussi attiré le soutien politique du commissaire Verheugen venu lors du lancement de ce nouveau groupe. Dans son discours, il souligna combien, au niveau politique, ce travail devait être soutenu avec « les bonnes conditions d’encadrement pour aider à préparer le terrain de la commercialisation des carburants alternatifs et garantir leur accès aux consommateurs ».

Cette forte implication des grandes compagnies du pétrole dans le domaine des agrocarburants, y compris dans les infrastructures et les carburants de seconde génération est relativement nouvelle. Le soutien des gouvernements - avec des objectifs obligatoires, des subventions et d’autres incitations - sont une raison de l’intérêt croissant des compagnies pétrolières. De plus, une utilisation accrue des agrocarburants prolongera la dépendance actuelle des systèmes de transport vis-à-vis des carburants liquides de type pétrole, ce qui en retour permetta aux compagnies pétrolières de continuer leurs affaires lucratives, tout en gardant le contrôle sur la transition vers l’après-pétrole.

Des alliances se forment pour former des plateformes communes de lobbying politique (comme celle citée plus haut) ainsi que des partenariats dans la recherche appliquée et le développement. Ces derniers sont en forte augmentation et sont sujets à de fortes controverses et démontrent clairement la convergence de ces secteurs industriels énormes, dans le secteur des agrocarburants

- Shell qui affirme être le plus grand distributeur mondial d’agrocarburants pour les transports s’est associé à Iogen, une compagnie canadienne de biotechnologies, pour fabriquer à l’aide d’enzymes, de l’éthanol à partir de la cellulose de la paille.

- En 2006, Shell, Iogen et Volkswagen se sont alliés dans un projet d’éthanol à base de cellulose en Allemagne. La firme allemande d’agrocarburants, CHOREN Industries, travaille avec DaimlerChrysler, Volkswagen, et Shell au sein de SunDiesel à un carburant synthétique ou Biomass to Liquid (BTL).

- Depuis 2003, le géant européen des pétroles BP a travaillé avec la compagnie de biotechnologies DuPont dans un projet d’agrobutanol. L’agrobutanol est déjà produit en utilisant des technologies existantes. Mais les recherches de BP avec Dupont explorent de nouveaux procédés biotechnologiques pour en réduire les coûts ; Ford et British Sugar travaillent aussi avec ces deux compagnies sur cet agrocarburant.

- Les accords de partenariat extrêmement controversés que BP - qui contrôle actuellement 10% du marché global des agrocarburants - a passés dernièrement, ont fait la une des journaux. En février BP a signé un contrat de 500 millions de dollars avec l’Université de Berkeley (Californie) et ses partenaires (l’Université de l’Illinois, Urbana-Champaign, et le Laboratoire Lawrence Berkeley National Laboratory). Il s’agit de créer l’Institut des Biosciences de l’Energie qui abritera 50 membres du personnel de BP et deux campus. L’essentiel du travail de recherche se concentrera sur l’usage des biotechnologies pour produire des plantes pour les agrocarburants. Le contrat a été très critiqué au sein de l’Université de Berkeley à cause d’une part, du manque de consultation dont se sont plaints des membres de la faculté et d’autre part, des conflits d’intérêts touchant la majorité de l’élite de l’Université impliquée dans cette décision.

 

Biotechnologies : le retour !
Le principal groupe de pression européen pour les biotechnologies, EuropaBio, était membre du BIOFRAC et est aussi un membre actif de la Plateforme des Agrocarburants (EBFTP). Comme l’explique son secrétaire général, Johan Vanhamelrijck, « Nous travaillé dur pour établir d’excellentes relations avec la Commission et notre engagement étroit dans la nouvelle Plateforme sur les Agrocarburants est un des fruits de ce travail ».

L’industrie biotech espère surmonter la résistance farouche de l’opinion publique contre les plantes GM, en développant des plantes « améliorées » pour la production d’agrocarburants. L’inquiétude croissante de l’opinion vis-à-vis des changements climatiques et l’image encore verte attachée au développement des agrocarburants pourraient sortir les biotechnologies de l’ornière en leur offrant plus de succès de communication que par le passé. Les plantes génétiquement modifiées qui sont rejetées dans les aliments, pourraient être plus acceptables pour l’opinion si elles fournissent le carburant des voitures individuelles, d’une façon présentée comme « bonne pour l’environnement ». La communication d’EuropaBio reflète ce nouveau discours : les biotechnologies protègent l’environnement, vont entraîner une expansion de l’économie mondiale, augmenter la richesse tout en diminuant l’empreinte écologique des humains, réduire l’indépendance par rapport aux importations de pétrole et fournir des revenus aux agriculteurs. Leur nouvelle formule magique est « l’économie basée sur les agrocarburants », « une expression qui résume notre vision d’une société future qui n’est plus totalement dépendante des carburants fossiles pour son énergie, ni des matières premières industrielles… Le monde entier est en train de passer de l’Age de la Chimie à l’Age des Biotechnologies ».

Pourtant, une expansion importante des agrocarburants aggravera encore les effets négatifs qui découlent de la monoculture à grande échelle de plantes génétiquement modifiées. La contamination génétique ne fera que s’amplifier et devenir plus complexe lorsque des plantes seront modifiées génétiquement pour contenir des traits génétiques destinés à des usages non alimentaires. Actuellement, les plantes GM sont essentiellement destinées à l’alimentation animale. Ce sont les mêmes compagnies qui contrôlent ces plantes et les intrants dans l’alimentation animale, qui s’apprêtent à bénéficier de leur usage comme agrocarburants.

D’après le professeur de Berkeley, Miguel Altieri et Eric Holt-Gimenez PDG de Food First, le calendrier des agrocarburants offre aux compagnies de biotechnologies comme Monsanto « la possibilité de convertir de façon irréversible l’agriculture en plantes génétiquement modifiées. Actuellement 52% du maïs, 89% du soja, et 50% du colza aux Etats-Unis sont modifiés génétiquement ». Pour eux, « l’expansion du maïs modifié spécialement pour être transformé en éthanol va faire disparaître toutes les barrières pratiques qui empêchaient la contamination permanente de toutes les plantes non OGM ».

Dans l’Union européenne, la résistance des citoyens a, dans une grande mesure, empêché l’introduction des plantes GM. Avec les agrocarburants, les industries biotech vont essayer de forcer à nouveau la porte en présentant les plantes GM non pas comme des plantes alimentaires, mais comme des plantes énergétiques, même si le risque de contamination des plantes non-OGM, demeure tout autant. Syngenta, par exemple, a fait une demande en Europe pour obtenir l’autorisation d’importer un type de maïs GM, appelé Evénement 3272, spécialement conçu pour l’éthanol. Ce maïs aide à sa propre transformation en éthanol en développant un enzyme spécial qui brise l’amidon en molécules de sucre plus simples, facilitant ainsi la transformation de l’amidon en alcool. Par contre, ce maïs contient un gène marqueur dérivé de E. Coli. Plusieurs organisations faisant campagne sur les agrocarburants ont publié récemment un document intitulé « Agrocarburants : la réalité sur neuf points clés » qui explique comment les demandes d’importations de ce maïs dans l’UE et l’Afrique du Sud montre que l’on s’attend à ce que l’alimentation tant humaine qu’animale soit contaminée, étant donné que Syngenta a aussi demandé des autorisations pour ces deux utilisations.

Les agrocarburants augmentent déjà les profits de l’industrie des biotechnologies et la compétition bat son plein pour de nouvelles plantes énergétiques GM. Les revenus annuels provenant du marché mondial des agrocarburants que DuPont annonce, proviennent largement de l’apport de l’agriculture pour l’éthanol et s’élèvent à 300 millions de dollars. En février dernier, la compagnie a annoncé un plan de réinvestissement de 100 millions de dollars pour diminuer le temps d’accès au marché pour les nouveaux produits de semences de sa filiale Pioneer. D’après Bill Niebur, le vice-président chargé de la recherche génétique et du développement « Avec la demande en éthanol, c’est la course pour rapidement booster les rendements en céréales ». Monsanto aussi est en course. Le n°1 mondial pour le développement de semences génétiquement modifiées a récemment annoncé des profits record à cause de la demande croissante en éthanol. Monsanto va booster sa capacité de production de semences cette année et prévoit de dépenser 500 millions de dollars pour satisfaire la demande croissante en semence de maïs. Les industries des biotechnologies investissent aussi lourdement dans les agrocarburants de seconde génération. Elles essayent de mettre au point de nouveaux traits génétiques pour les matières premières et investissent dans les processus de transformation en carburants de ces mêmes matières en utilisant par exemple des enzymes.

 

Les agrocarburants de deuxième génération : la solution à tous les problèmes ?
Face à l’inquiétude croissante de l’opinion publique vis-à-vis de l’expansion des agrocarburants, les gouvernements, comme les industriels, invoquent les agrocarburants de deuxième génération. En utilisant l’ensemble de la plante au lieu, uniquement, de certaines parties, nous disent-ils on obtiendra de meilleurs résultats pour le CO2 et on baissera les coûts de production. Un autre avantage serait aussi qu’un éventail plus large de matériaux pourra être utilisé comme, par exemple, les arbres, les déchets végétaux ou la paille. Ils nous présentent l’utilisation d’arbres à la place de cultures alimentaires comme une possibilité d’éviter la compétition avec l’approvisionnement en nourriture. Comme si cela n’allait pas poser de problème. En effet, les grandes plantations d’arbres vont être directement en compétition avec la production de nourriture pour ce qui est de l’occupation du sol et les besoins en eau. D’autre part l’utilisation de la plante entière pose problème car cela prive les sols de matières organiques et a des conséquences négatives sur les écosystèmes. Indépendamment des pour ou des contre ou des problèmes liés à certains agrocarburants, le problème fondamental reste l’étendue des terres nécessaires pour satisfaire les objectifs des gouvernements. Cela ne se fera pas sans d’immenses plantations en monoculture, dans la plupart des cas contrôlées par de grandes firmes de l’agrobusiness et par de grands propriétaires fonciers. Cette expansion s’accompagnera des problèmes habituels de ce mode de cultures : coûts environnementaux et sociaux très élevés.

Cette deuxième génération d’agrocarburants n’est pas encore commercialement viable et il n’est toujours pas sûr qu’elle le soit un jour. Aujourd’hui, rien ne prouve que ces agrocarburants de seconde génération puissent contribuer réellement à la lutte contre les changements climatiques et aucune étude d’impact des risques n’a été menée. Cela n’empêche pas les gouvernements de financer leur développement avec de l’argent public et d’en faire la pièce maîtresse de leur politique des agrocarburants.

En fait, en s’appuyant sur le développement des agrocarburants de deuxième génération et sur les solutions qu’ils sont censés apporter à moyen terme, les gouvernements cherchent un alibi à l’expansion effrénée, actuelle des agrocarburants. L’éditorialiste engagé, Georges Monbiot, l’exprimait clairement : « Au départ, il s’agissait de bonnes intentions qui ont mal tourné. Maintenant, il s’agit d’une arnaque totale. Les gouvernements qui utilisent les agrocarburants pour lutter contre le réchauffement planétaire savent qu’ils font plus de mal que de bien. Mais ils continuent comme si de rien n’était ». La réalité est que la folie des agrocarburants - avec son parti pris pro industrie - n’aidera en rien à stopper les changements climatiques mais aura des conséquences graves sur les pays du Sud. Le réseau de groupes de la société civile des pays sud et méso-américains prévenait l’Union européenne lorsqu’il lui demandait de ne pas adopter des objectifs obligatoires pour les agrocarburants : « Pendant que les Européens maintiennent leur mode de vie basé sur la culture de la voiture, la population des pays du Sud aura de moins en moins de terres pour ses plantes alimentaires et va perdre sa souveraineté alimentaire ».

En terme de politique publique, il n’est pas sérieux de fixer des objectifs pour les agrocarburants - comme l’a fait l’Union européenne - compte tenu de l’absence d’étude d’impact sur les risques liés aux agrocarburants de seconde génération et compte tenu des effets négatifs liés à toute promotion à grande échelle des agrocarburants déjà existants. Ce rapport montre, à la fois les mécanismes à l’œuvre derrière les politiques actuelles de l’UE ainsi que les motivations des acteurs clés de l’industrie. Le choix fait par l’UE pour les agrocarburants a été largement téléguidé par les industriels qui vont directement profiter de leur développement futur et de leur utilisation à grande échelle.

Ce mode faussé de prise de décision politique va coûter très cher à d’autres parties prenantes, tant au sein de l’Union européenne qu’à l’extérieur. On parle beaucoup de schéma de certification pour garantir que seuls des matières premières ou des agrocarburants produits de façon soutenable puissent être importés en Europe ou profiter de subventions ou autres incitations. Mais la certification ne fera que déplacer le problème : les production « soutenables » vont repousser les productions « non soutenables » ailleurs – que ce soit des production destinées aux agrocarburants ou les mêmes production destinées à l’alimentation humaine et animale ou à l’industrie du papier. Si l’Union européenne veut réellement faire quelque chose contre les changements climatiques alors il faut que ses politiques se concentrent sur des changements fondamentaux comme réduire sa consommation d’énergie et n’utiliser que la part qui nous revient dans une répartition équitable des richesses sociales et environnementales de la planète. En attendant, la seule décision raisonnable est de prononcer un moratoire sur tous les objectifs de l’Union européenne sur les agrocarburants.

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Président de groupe, un beau métier

Je ne connais pas Stéphane Demilly, mais ce doit être un excellent homme, puisqu’il est député. De la Somme. Du Nouveau Centre. C’est-à-dire qu’après avoir clamé son amour d’un grand homme - François Bayrou - jusqu’au soir du premier tour des présidentielles de 2007, il s’est jeté dans les bras d’un second héros, Nicolas Sarkozy. Un tel choix, qui l’honore, n’a rien à voir avec l’opportunisme, les gros sous, la carrière, contrairement à ce que pensent les perfides.

La suite. Demilly, avant de faire parlementaire, a été conseiller en com’ et management. Et alors ? Mais rien, c’est juste pour situer. Il vient en tout cas d’être réélu Président du groupe d’études parlementaire sur les biocarburants. « Je suis heureux, a-t-il déclaré (http://www.agrapresse.fr), de cette confiance qui m’est témoignée à un moment où, plus que jamais, il est nécessaire d’informer et de rassurer les acteurs de cette filière et le grand public face à la campagne de calomnies lancées par certains lobbies à l’encontre des carburants verts ». Permettez-moi de vous dire, au passage, que je suis chef de lobbies, et calomniateur invétéré.

Autre information très remarquable, qui vient du Canada (http://www.canada.com). Les biocarburants, raconte (en anglais) un enthousiaste, ne se contentent pas de faire tourner les moteurs de bagnoles et d’engins agricoles. Ils peuvent même servir à approvisionner les fours et chaudières. Vous verrez, nous finirons par manger le maïs, le soja, le sucre, le manioc, le tout assaisonné d’huile de palme.

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Trois bricoles pour emplir son sac

Un, je découvre dans Le Monde daté d’aujourd’hui, le 23 novembre donc, un article désopilant sur les termites  (http://www.lemonde.fr), dont voici le titre : « L’étude des termites pourrait permettre d’améliorer le rendement des agrocarburants ».

Il est désopilant, car il écarte résolument tout contexte, toute mise en perspective. Dans ce contexte, justement, s’agit-il encore d’information ? Pourquoi accorder tant de place à une étude parmi des milliers d’autres sur tous les sujets possibles ? Parce que le sujet des agrocarburants est brûlant. Mais en se focalisant sur une étude, probablement excellente, que bien des lecteurs pressés mettront dans la colonne crédit des agrocarburants, la journaliste qui signe prend une responsabilité. Laquelle ? Vous saurez sans moi.

Deux, un livre paraît chez Terre Vivante. Son titre : « Huile végétale, un vrai biocarburant ». J’ai déjà eu des échanges avec son auteur, Pierre Bertrand. Je n’ai fait, pour l’heure, que parcourir son livre. Qui est visiblement un bon livre. Mais aussi un très mauvais livre. Vous vous ferez éventuellement votre opinion. À mes yeux, il repose sur un principe exécrable, celui d’utiliser des végétaux alimentaires pour faire rouler une voiture. Et sur une illusion, celle qu’on peut conserver son autonomie énergétique, mais aussi morale et politique - car ça compte - dans un monde globalisé.

Trois, des membres des Amis de la terre-Colombie sont en Europe pour quelques semaines. Pour une tournée consacrée aux bio/nécrocarburants. Ils nous parleront de droits humains, d’écologie et de souveraineté alimentaire. Ce qu’on appelle un programme. Ils seront à Paris les 29 et 30 novembre et à Nantes les 2 et 3 décembre. Où précisément ? Je ne le sais pas encore.

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Un autre prix Nobel

Vite, vite, vite ! Christian Berdot, des Amis de la terre - encore un grand merci, Christian ! - m’envoie à l’instant la traduction d’un entretien paru dans le quotidien espagnol El País (http://www.elpais.com/articulo). Attention, dynamite. Oui, un vrai bâton de dynamite lancé contre le lobby des biocarburants, mais dont il se relèvera, hélas.

Le journal a rencontré le prix Nobel de chimie 1988, Harmut Michel, primé pour avoir étudié le fonctionnement précis de la photosynthèse dans une bactérie. Vous lirez ci-dessous le texte traduit, mais je vous livre mon propre commentaire. Harmut est le deuxième prix Nobel de chimie, après Paul Crutzen (http://fabrice-nicolino.com), à démonter la manipulation mondiale autour des bio/nécrocarburants. Il ne se contente pas de dire, après d’autres, que cette trouvaille est pire pour le climat que le pétrole, et qu’elle détruit massivement les forêts tropicales. Il s’en prend également à la nouvelle invention du lobby, c’est-à-dire les biocarburants de deuxième génération. Autrement dit, sa parole est radicale. Comme la mienne. Et je n’en suis pas peu satisfait. Faites circuler !

Harmut Michel. Prix Nobel, interrogé par MÓNICA SALOMONE 12/09/2007.

Question : Selon une directive de l’Union Européenne, 5,75% de tous les transports utilisant les énergies fossiles devra être remplacé par des agrocarburants avant 2010. Est-ce une mauvaise stratégie ?

Réponse : Je recommanderais d’abolir cette directive: avec les agrocarburants, on n’économise pas les émissions de gaz carbonique. Il est évident que nous devons réduire les émissions de gaz carbonique si nous voulons freiner ou réduire le réchauffement climatique. Nous devons passer des énergies fossiles aux énergies renouvelables. Mais, en ce qui concerne la production de CO2, la production et l’utilisation du biogaz et du biocarburant ne sont pas neutres, parce qu’au moins 50% de toute l’énergie contenue dans le biogaz ou dans le biocarburant provient de sources fossiles.

Question : Pouvez vous l’expliquer plus en détail ?

Réponse : Pour produire certains agrocarburants, comme l’éthanol, il faut investir beaucoup d’énergie sous forme d’engrais, de transport, etc… Il en est de même pour la distillation de l’alcool. Ce qu’on obtient quand le végétal fermente, c’est un peu comme le vin à 10 degrés d’alcool qu’on doit convertir en alcool pur. Il faut pour cela investir presque autant d’énergie que celle qu’il y a dans l’éthanol. Et si on obtient cette énergie des combustibles fossiles, on finit par émettre plus de CO2 que ce qu’on émettrait en utilisant simplement de l’essence pour sa voiture.

Question : N’est ce pas quelque chose qu’on peut améliorer avec de nouvelles techniques de culture, avec plus de recherche en général ?

Réponse :
Le problème, c’est qu’au départ, l’efficacité globale de la photosynthèse est très faible. Moins de un pour cent de l’énergie solaire est stocké sous forme de biomasse, et il n’est pas possible d’améliorer cela. L’agrocarburant qu’on peut produire par unité de surface et par an contient moins de 0,4 % de l’énergie solaire que cette surface a reçue en un an.

Question : Autrement dit, il faudrait cultiver des surfaces gigantesques pour obtenir suffisamment d’agrocarburants…

Réponse : Même si nous ne comptons pas l’énergie qu’il faut investir pour produire les agrocarburants, il faut tenir compte que couvrir la demande d’électricité de l’Allemagne avec des agrocarburants, exigerait de consacrer toute la surface du pays aux cultures énergétiques. En comparaison, les cellules photovoltaïques sont de 50 à 100 fois plus efficaces en ce qui concerne la conversion de l’énergie solaire en électricité et elles ont besoin de beaucoup moins de sols. Les cultures énergétiques sont une façon très peu efficace d’utiliser le sol.

Question : Vous avez aussi parlé de déforestation associée à l’utilisation des agrocarburants.

Réponse : Oui, les agrocarburants favorisent la perte des forêts tropicales en Indonésie, en Malaisie, dans certaines régions d’Afrique et au Brésil. Au Brésil, c’est le soja. On cultive de plus en plus de soja dans la forêt et brûler la forêt pour produire du soja libère une quantité énorme de CO2 dans l’atmosphère.

Question :
Dans votre conférence vous avez même dit qu’il est plus efficace d’utiliser directement les cultures pour se chauffer et que ça évite plus d’émissions de CO2.

Réponse :
Oui, si on doit cultiver, ce serait plus économique d’utiliser le bois pour se chauffer, au lieu d’utiliser le pétrole ou le gaz naturel. Le pétrole, on le laisserait pour les voitures. De cette façon, on triple ou quadruple l’efficacité et on ne paie pas d’impôt pour convertir la biomasse en biocarburants.

Question :
Mais vous avez dit aussi que produire des agrocarburants est énergétiquement moins cher dans certains pays que dans d’autres. Les agrocarburants sont ils au moins rentables dans certains pays ?

Réponse : Oui, ça peut être un processus rentable si on produit les agrocarburants à partir de la canne à sucre dans les pays où cette culture pousse comme si c’était de l’herbe, sans engrais. C’est le cas du Brésil. Au Brésil, on presse la canne et on utilise les restes de la plante pour distiller l’alcool. Mais en Europe, avec le blé et la betterave, ce n’est pas rentable. Ici, la canne à sucre ne pousse pas.

Question : Et si on utilise les méthodes biotechnologiques, les enzymes, qui digéreraient toute la plante – même la lignine - pour augmenter l’éfficacité des biocarburants?

Réponse : On ne gagne pas beaucoup. L’efficacité de la conversion de la biomasse en agrocarburants oscille entre 0,15 % et 0,3 %. Les cellules photovoltaïques ont, elles, une efficacité qui oscille entre 15 % et 20 % .Et les autres façons de profiter de l’ énergie solaire sont intéressantes, comme par exemple l’énergie solaire thermique.

Question : Ainsi, d’ après vous, il faut favoriser l’énergie solaire.

Réponse :
La meilleure manière de résoudre notre problème, c’est l’énergie solaire. Ce qui ne va pas, c’est que les cellules photovoltaïques sont très chères. Nous pourrions avoir une ferme solaire dans le Sahara, par exemple, et convertir l’énergie qu’on obtiendrait en une autre forme d’énergie qu’on pourrait transporter, comme l’hydrogène. Cela, jusqu’à ce qu’on développe des câbles supraconducteurs à température ambiante.
Question : S’il est si clair que les agrocarburants ne sont pas une option, pourquoi tout le monde parie sur eux?

Réponse : C’est qu’ils sont une idée très attirante, le terme “bio”(carbuarants) se vend très bien. Mais je ne suis pas le seul qui critique les agrocarburants. Il suffit de faire les calculs.

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Oxfam s’y met aussi

Ce sera bref, car il est 21 heures ce 21 novembre. Connaissez-vous OXFAM ? C’est l’une des ONG les plus puissantes dans le domaine de l’aide humanitaire. Je devrais ajouter d’autres choses, mais je n’ai pas le temps. En tout cas, OXFAM entre dans la danse macabre des nécrocarburants.

Selon un document (http://www.oxfamsol) de l’ONG, « la surface nécessaire pour produire des agrocarburants en Indonésie, au Brésil, en Afrique du Sud et en Inde sera de 5,6 millions de kilomètres carrés dans les vingt prochaines années, soit plus de plus de dix fois la surface de la France. Cette situation aura des des conséquences dramatiques. Selon l’ONU, environ 60 millions de personnes dans le monde courent le risque d’être expulsées de leurs terres pour faire de la place aux cultures nécessaires aux agrocarburants. A la recherche d’un travail, beaucoup finiront dans des bidonvilles, d’autres devront travailler dans des plantations dans des conditions déplorables qui ne respectent pas les droits fondamentaux des travailleurs. Les travailleuses sont ici particulièrement discriminées et encore moins bien payées que les hommes ».

Je sais bien que tout le monde se moque éperdument du sort des paysanneries du Sud - où êtes-vous, BHL, Glucksmann et consorts ? -, mais tout de même. S’ils pouvaient s’arrêter de parler de tout, c’est-à-dire de rien, ce serait miracle. Mais cela n’arrivera pas, par définition.

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Tandis que nous parlons

Je ne critique personne, ou alors nous tous. Pendant que nous ne faisons rien, la machine infernale avance. Très vite, trop vite, trois infos significatives.

La première concerne les prochains rendez-vous en faveur des bio/nécrocarburants (http://www.biofuelsummit). En 2008, il y aura au moins cinq sommets internationaux, en Espagne, en Russie, en Argentine, en Turquie et en Italie. Mais où seront donc les altermondialistes ?

La deuxième nous met en face de nos responsabilités de Français. Bien loin des (vagues) promesses du Grenelle, le gouvernement maintient un soutien acharné à la filière des biocarburants. Il faut dire que des ONG comme Greenpeace - hélas - lui ont facilité la tâche. Sachez que la Caisse des dépôts, organisme éminemment public, entre au capital de Soprol (http://www.agpb.fr). C’est une nouvelle fracassante, je vous l’assure. Car Soprol est l’instrument financier principal de la déferlante des biocarburants en France. La Caisse, c’est-à-dire l’État, c’est-à-dire nous, entre dans le capital à hauteur de 19 %. Avis aux nombreux Jocrisse de la place : désormais, l’ennemi est aux portes.

La troisième, par chance, nous met un peu de baume au coeur. Comme je le note dans mon livre La faim, la bagnole, le blé et nous, des secteurs entiers de l’appareil d’État français jugent dispendieuse et même folle l’aventure des biocarburants. Surtout pour les caisses de l’État “impartial”. Une dépêche de Reuters m’apprend que la bagarre fait rage, loin de nos yeux (http://www.challenges.fr). Un certain Alain Jeanroy, directeur général des producteurs de betteraves (CGB), confie son angoisse. La loi de finances rectificative en préparation pour 2007 prévoirait une division par deux de la scandaleuse défiscalisation accordée à la filière des biocarburants. Sans cette aide massive, je l’ai déjà dit et je le répète, la filière criminelle s’effondre. À suivre de très près.

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Les pékins bien nourris

Hier dimanche, je me suis rendu au festival du livre d’écologie, à Paris, où je devais parler notamment de bio/nécrocarburants. Tout s’est très bien passé, je dois dire, sauf que.

Sauf que j’ai eu un véritable affrontement verbal avec une femme dont je ne connais pas le nom. J’étais derrière une table, et des lecteurs venaient discuter avec moi, dans un climat qu’on peut qualifier d’enjoué. À ma gauche, cette femme, donc, assise comme moi, qui présentait elle aussi son livre.

Je dis “cette femme”, car je ne connais pas son identité, ni le livre qu’elle proposait. À un moment donné, elle m’a, comme on dit, vivement apostrophé. Elle défendait l’usage du jatropha - une plante - pour la fabrication de biocarburants et me reprochait de ne pas en parler dans mon livre, ce qui est faux, soit dit en passant. Et moi, je me suis énervé, bêtement. Le ton a monté, et brutalement, je ne supportais plus. Je pensais que nous n’étions pas du même monde, tout simplement.

Elle me vantait l’intérêt des biocarburants de deuxième génération, oubliant, volontairement ou non, qu’il n’existe pour l”heure et pour les années qui viennent, qu’une seule sorte de biocarburants. Ceux issus de plantes alimentaires, qui affament, détruisent la biodiversité et le climat.

Néanmoins, je m’en veux. J’aurais dû ne pas élever la voix, ne pas faire des moulinets, accepter ce propos radicalement différent du mien. En somme, j’aurais dû être un autre. La prochaine fois, peut-être. Mais comme me sont insuportables les “propos de pékins bien nourris”, pour reprendre une forte expression ! Comme !

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Opération “or vert” à Pékin

Ceux qui voient le monde depuis les limites de leur canton devraient changer de lunettes. Les bio/nécrocarburants sont un mal planétaire, une explosion mondiale de la folie humaine.

Témoin le rachat de Shenyu New Energy Company, très grosse entreprise chinoise de Hong-Kong. De quoi s’agit-il ? Les photos ci-dessous (jatropha.de) le disent sans détour, mais demandent une petite explication. Les scènes, qu’on dirait tirées, à quelques détails vestimentaires près, d’une hagiographie maoïste du bon vieux temps, montrent des gens au travail et en représentation commerciale. Que plantent-il ? Que montrent-ils ? Des plants et des feuilles de jatropha, plante originaire d’Amérique latine, et que les promoteurs des bio/nécrocarburants présentent comme un miracle (à venir).

La Shenyu New Energy Company est spécialisée dans la “fabrication” de bio/nécrocarburants, et elle vient d’être rachetée par un énorme conglomérat chinois, China Grand Forestry Resources Group Ltd. Il y a urgence, car la Chine mise une partie de son glorieux avenir industriel sur les bio/nécrocarburants. Ils pourraient représenter en 2030, dans un peu plus de vingt ans, le quart de tous les carburants utilisés en Chine.

Mais pour y parvenir, croyez-moi, il va falloir planter, et pas seulement du jatropha, poudre de Perlimpinpin des gogos. Coût de l’achat de la Shenyu New Energy Company : 822 millions de dollars. Quand on aime, on ne compte pas.

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De l’action, enfin !

Ah ça ira ! Le “Rainbow warrior”, navire de Greenpeace, comme peut-être le savez-vous, vient d’entrer dans la danse planétaire contre les bio/nécrocarburants. Pendant que la section française se montre étrangement indifférente à la question, les activistes internationaux se bougent, et c’est une excellente nouvelle.

Le Rainbow a bloqué jeudi 15, dans le port de Dumai (Sumatra) un cargo transportant de l’huile de palme, déployant une grande banderole qui disait : « L’huile de palme tue les forêts et le climat ». Sue Connor, chargée des  forêts à Greenpeace, en a profité pour dire l’essentiel : « Nous agissons pour révéler les conséquences désastreuses de l’industrie de l’huile de palme sur les tourbières d’Indonésie, les forêts et le climat ».

Selon Greenpeace, Unilever, Nestlé ou Procter et Gamble sont “complices” de la déforestation. Eh, le bureau parisien de Greenpeace, on se réveille ?

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De merveilleuses perspectives

Je reçois ce matin même une dépêche italienne ébouriffante (http://notizie.alice.it). Pendant que nous passons notre temps à essayer de nous convaincre, sans d’ailleurs y parvenir toujours, d’autres sont déjà dans l’action. Et quelle !

Je dois confesser que je n’avais jamais entendu parler du Global Bioenergy Partnership (Gbep). Il s’agit d’un groupe informel - disons le mot, un lobby - créé en marge des réunions du G8, le club de pays riches bien connu. Le Gbep regroupe, outre les États-Unis, le Japon, l’Italie, la France, l’Allemagne, la Grande-Bretagne, la Russie, cinq pays “émergents” : le Brésil, l’Afrique du Sud, le Mexique, l’Inde et la Chine.

Son président, Corrado Clini, vient de publier à Rome, à l’occasion du Congrès mondial de l’énergie, un rapport sur « l’état de développement des bioénergies ». À l’horizon 2030, selon Cini, les bioénergies pourraient couvrir 20 % des besoins d’énergie de l’humanité. Et peut-être 40 % en 2060. Colossal ! Bien sûr, les bio/nécrocarburants ne sont jamais qu’une fraction de cet ensemble, mais une fraction considérable, en augmentation vertigineuse. Ceux, nombreux, qui croient que les biocarburants sont derrière nous, se trompent lourdement. La machine est lancée, et cette machine écrase tout sur son passage.

Bien entendu, elle est conduite au nom des mêmes principes que la Révolution verte ou les OGM. Les propagandistes parlent de protection de l’environnement, de développement soutenable, de sécurité alimentaire des paysans pauvres. Je ne sais comment exprimer mon mépris pour ceux qui colportent ces balivernes. Tiens, ce Corrado Cini n’est pas seulement le président du Gbep. Il est également directeur général du ministère de l’environnement italien. Je ne sais pas pourquoi, mais cela me fait penser à l’Ademe chez nous, dont j’ai fait plus qu’évoquer les responsabilités dans mon livre sur les bio/nécrocarburants. Car je vous le rappelle sans insister, ce rendez-vous est d’abord celui d’un livre, La faim, la bagnole, le blé et nous (Une dénonciation des biocarburants), paru chez Fayard il y a un mois. Vous n’êtes pas obligé de lire, certes non. Mais enfin, vous pouvez toujours y jeter un oeil.

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Ce qu’est un arbre (pour certains)

Je vous préviens, c’est violent. Vous trouverez ci-dessous un extrait d’une étude sur la lignine des arbres génétiquement modifiés. Le chercheur qui l’a publié n’est pas en cause - quoique - et je ne donne donc pas son nom, qui ne servirait à rien. Ce texte concerne les manipulations génétiques infligées à des peupliers afin de favoriser les intérêts de l’industrie papetière.

Rien à voir avec les bio/nécrocarburants ? Si. Les mêmes procédés, qui visent à rendre plus accessible la cellulose des arbres, sont employés désormais par l’industrie des bio/nécrocarburants. La voilà, la seconde génération tant vantée par la propagande en faveur de cette damnée filière ! Lisez plutôt comment les arbres, ces compagnons de toute l’aventure humaine, son traités par ceux qui les voient comme un paquet de papier hygiénique abandonné dans les chiottes du monde. Voyez.

« Depuis une dizaine d’années, les connaissances sur la lignification ont beaucoup progressé grâce notamment à l’utilisation des techniques du génie génétique qui ont permis de modifier la quantité et/ou la qualité des lignines. La plupart des gènes de la voie de biosynthèse des lignines ont été étudiés et des résultats prometteurs ont été obtenus sur des plantes modèles et sur des arbres, principalement le peuplier. Ainsi, la suppression par ARN antisens de la cinnamyl alcool déshydrogénase (CAD), une enzyme-clé de la voie de biosynthèse des lignines, entraîne la formation d’un polymère de lignines ayant une structure et des propriétés particulières. Notamment, ces lignines comportent une plus grande quantité de groupements phénoliques libres, indice de la formation d’un polymère plus fragmenté, donc plus facilement attaqué par les agents chimiques lors de l’étape de délignification. De fait, ces modifications ont facilité l’extraction de la lignine par un traitement alcalin doux, et ont donc permis une réduction importante de la quantité de produits alcalins nécessaires à l’extraction des lignines dans le processus de production de la pâte à papier. Ces résultats ont tout d’abord été obtenus sur de très jeunes arbres élevés en serre. Restait à savoir comment allaient se comporter ces arbres au champ, en particulier concernant la stabilité dans le temps des nouvelles propriétés technologiques de leur bois, leurs performances agronomiques et leur résistance à l’attaque des insectes et des champignons. Une telle évaluation a été entreprise de 1995 à 1999, sur des peupliers à faible activité CAD cultivés au champ en France et en Angleterre. Le changement de structure des lignines n’a visiblement aucun effet néfaste ni sur leur capacité de défense face aux insectes et aux pathogènes, ni sur leur croissance et leur développement. Bien qu’en 1999 la parcelle anglaise ait été arrachée par des activistes anti-OGM, le bois des arbres provenant des deux essais a pu être analysé pour la production de pâte à papier. Les analyses de lignines et les micro-cuissons de pâte à papier confirment les résultats obtenus sur des arbres jeunes. Une délignification équivalente à celle d’un arbre témoin est obtenue pour les arbres à faible activité CAD, mais en utilisant une quantité moindre d’agents alcalins. De ce fait, la cellulose conserve un meilleur degré de polymérisation, ce qui permet d’obtenir un papier de qualité supérieure. De plus, le rendement en pâte est augmenté de 3 % environ, ce qui est considérable, au vu des énormes quantités de papier produites annuellement. Ainsi, ces peupliers à lignines modifiées, tout en diminuant les coûts de production permettent d’obtenir avec un meilleur rendement un papier de plus grande qualité. C’est la démonstration qu’une application du génie génétique peut être potentiellement bénéfique pour l’industrie papetière, aussi bien du point de vue environnemental qu’économique ».

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Deux pour le prix d’une

Je commence par laquelle ? La bonne ou la mauvaise ? Allez, je choisis la bonne, qui est excellente. Le Cri-Gen, cette association qui étudie de près le développement des OGM - merci à Corinne Lepage et Gilles-Éric Séralini -, m’envoie une information en provenance du Québec.

Ce n’est pas le Canada, mais c’est presque un pays tout de même. Et le Québec, annonce Greenpeace-Canada (www.greenpeace.org), renonce à la filière éthanol-maïs telle qu’elle était soutenue par son plan de lutte contre le réchauffement climatique. Attention, ce n’est tout de même pas un triomphe : le Québec maintient son plan en faveur de biocarburants dits de deuxième génération. Autrement dit, ce qui reste de forêt boréale là-bas a intérêt à se défendre. La deuxième génération du crime compte en effet beaucoup sur la cellulose du bois pour fabriquer des nécrocarburants. Il est donc bien trop tôt pour applaudir.

Passons à la mauvaise nouvelle. Le cri du coeur de Jean Ziegler, il y a deux semaines, énerve considérablement le Brésil de Lula, supposément de gauche. Je ne peux faire mieux que vous donner à lire cet extrait d’une dépêche suisse, terriblement éclairante (www.swissinfo.ch). Voici, et sans commentaire.

« Le gouvernement brésilien conteste le rapport dans lequel Jean Ziegler affirme que l’enthousiasme du Brésil pour les biocarburants menace la sécurité alimentaire de sa population et l’environnement.

Selon ce rapport, l’expansion des cultures pour la production de biocarburants – surtout de canne à sucre pour l’éthanol – représente une menace pour le droit à l’alimentation des couches les plus pauvres de la population brésilienne.Le sociologue suisse critique également l’impact environnemental de ces cultures sur des zones déjà menacées comme l’Amazonie. Des affirmations contestées par le gouvernement.

“ Au Brésil, il n’existe pas de relation entre la production de biocarburants et la production d’aliments, affirme Arnoldo de Campos, du Ministère du développement agricole (MDA). Le gouvernement s’attend d’ailleurs à ce que la prochaine récolte donne 130 millions de tonnes de grain, un record ”. Arnoldo de Campos estime que « la production d’aliments et la production d’énergie peuvent aller de pair au Brésil ». Et le responsable de citer l’exemple du soja : « 80% du soja récolté dans le pays est destiné à l’alimentation et à peine 20% au biocarburant ».

Arnoldo de Campos est en revanche plus prudent en ce qui concerne la canne à sucre. Mais il affirme que le gouvernement brésilien est capable d’éviter que la production croissante d’éthanol ne porte préjudice à la sécurité alimentaire et à l’environnement. «Le Brésil dispose d’une très bonne législation pour empêcher les atteintes à l’environnement, déclare-t-il. Il est toutefois nécessaire de procéder à une mise en zone écologique, afin de définir les zones destinées à la culture de la canne à sucre et d’exclure des régions comme l’Amazonie et le Pantanal, notamment ».

 

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Alain Rousset le valeureux

Pour une fois que je peux dire du bien d’un politique, je tergiverse, bêtement je l’avoue. Christian Berdot m’a envoyé cette info il y a au moins 15 jours, et je l’ai lâchement abandonnée jusqu’à ce lundi. Qu’on me pardonne !

De quoi s’agit-il ? Ou plutôt, de qui s’agit-il ? D’Alain Rousset, grand responsable socialiste du Sud-Ouest. Il est président de l’a région Aquitaine, et a décidé, je le précise, de défier Alain Juppé en 2008 pour les élections municipales. Rousset maire de Bordeaux ? Je ne me serais sans doute pas relevé la nuit pour lui donner un coup de main, mais ses déclarations tonitruantes contre les nécrocarburants changent la donne.

Fin octobre, selon le quotidien Sud-Ouest, il s’en est pris violemment aux agrocarburants, qu’il considère textuellement comme « une arnaque écologique ». Et il y a même mieux, que je vous laisse découvrir, toujours tiré de Sud-Ouest : « Sous l’égide de l’Association des Régions de France (ARF) qu’il préside, Alain Rousset a commandé un étude (en cours) qui doit faire la synthèse de toutes les études scientifiques disponibles sur le sujet. Mais d’ores et déjà, selon son entourage, un premier point d’étape laisserait apparaître que le rapport Ademe-PriceWaterhouse qui fait autorité aurait du plomb dans l’aile. L’éthanol est dans le viseur. Or, c’est en Aquitaine, à Lacq (64), que se situe la seule unité de production en France d’éthanol à base de maïs (1). L’opérateur industriel est la firme espagnole Abengoa, mais les principaux apporteurs de matière première, également impliqués financièrement dans le projet via le holding Océol, sont les coopératives régionales, Maïsadour et Euralis aux premiers rangs ».

Rousset est donc pleinement d’accord avec moi, et n’hésite pas à critiquer durement l’Ademe et l’étude si controversée qu’elle a commandée en 2002. Champagne ! Et, Alain, si tu es un jour dans le besoin, sache qu’il y aura toujours pour toi, chez moi, un quignon de pain (bio).

PS : Il me faut saluer le travail exemplaire d’un élu Vert, Jacques Papon, qui a éclairé Alain Rousset sur la question.

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Ceci n’est pas une polémique (de plus)

Non, Benjamin Dessus n’est pas un adversaire, il s’en faudrait de beaucoup. Cet homme, que j’ai rencontré pour la première fois il y a deux mois, est bien connu dans les milieux écologistes français, à juste titre. Grand ingénieur, pionnier des énergies renouvelables, il a fini sa carrière strictement professionnelle au CNRS. Il est d’une intelligence frappante. Il est compétent. Il anime une association remarquable, Global Chance.

Dessus continue dans ce cadre, ardemment, d’imaginer et de proposer des solutions à la crise énergétique dans laquelle nous sommes plongés, repoussant, ce qui est notable, l’usage du nucléaire. Il vient de m’envoyer un livret très remarquable, le Petit mémento des énergies renouvelables (numéro hors série des Cahiers de Global Chance, septembre 2007). Les informations essentielles concernant la France y sont rassemblées.

Ce qui suit n’est pas, ne saurait être une polémique. Mais j’ai tout de même été saisi d’un malaise à la lecture des fiches 26 et 27, qui traitent, l’une des agrocarburants de première génération, et l’autre de ceux de deuxième génération. D’un côté, il est parfaitement légitime d’aborder la question. Car en effet, c’est indiscutable, les agrocarburants sont une source d’énergie renouvelable. Et de l’autre, comment peut-on parler d’un tel phénomène de cette manière froide et technique ? Au moment même où il apparaît, avec une clarté abominable, que cette saloperie tue les hommes (pauvres) et les forêts, on pourrait continuer à parler rendement, surfaces, avantages comparés, coûts ?

Je le dis comme je le pense, quelque chose ne tourne pas rond. Cela ne concerne pas Benjamin Dessus, bien entendu. Mais nous tous. Nous parlons tous, à des degrés divers, certes, une langue qui ne dit pas la vérité. Une langue qui, pour reprendre une expression de notre grand Aleksandr Issaïevitch, n’est souvent qu’un « bavardage de pékins bien nourris ». Cette question n’est pas secondaire, elle est au contraire centrale. Car pour espérer changer quoi que ce soit, il faudra bien commencer par le commencement. Et ce commencement, à mes yeux du moins, exige des mots « venus de l’autre côté de la rive », comme chante l’autre. Des mots « chargés des lèvres constellées dans le dictionnaire des constellations de mots ». Nous avons désespérément besoin d’une nouvelle façon de parler.

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L’Indonésie au sommet de sa forme

Ouf, Greenpeace commence à se bouger. Jusqu’ici, je dois vous dire que j’étais très remonté contre l’association écologiste. En France au moins, elle ne fait strictement rien contre le déferlement des nécrocarburants. À la fin du funeste Grenelle - funeste selon moi -, on a même entendu l’un de ses responsables donner pratiquement quitus au gouvernement de SAS Sarkozy sur le sujet. Autrement dit, je fulminais dans mon coin.

Mais les choses changent, timidement il est vrai. Greenpeace International vient de publier un rapport accablant, Cooking the Climate, qui n’est disponible qu’en anglais, hélas. En tout cas, il pèse d’un vrai poids, un mois avant la conférence des Nations Unies sur le climat, qui se tiendra à Bali, c’est-à-dire en Indonésie.

Selon Greenpeace, de grands groupes industriels comme Unilever, Nestlé ou Procter et Gamble profitent du boom mondial sur les nécrocarburants et financent en Indonésie d’immenses cultures de palmiers à huile. Pour la bagnole. « La destruction des forêts, rappelle l’association dans un communiqué, est responsable de 20% du total des émissions de gaz à effet de serre dans le monde. En raison de la très rapide et très importante destruction de ses forêts, l’Indonésie est le troisième plus gros émetteur de gaz à effet de serre au monde après la Chine et les Etats-Unis, et juste devant le Brésil. Le pays a perdu en 50 ans 72 % de ses forêts anciennes ».

Ce n’est pas pour dire, et c’est à peine de la publicité : tout cela est dans mon livre, La faim, la bagnole, le blé et nous. Tout y est écrit, décrit, et d’une manière bien plus détaillée. Si.

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Comment dépasser jusqu’au pétrole

L’ami Christian Berdot m’envoie ce jeudi la copie d’un article du FT, ce Financial Times qui est la Bible de tous les libéraux de la terre. Si vous lisez assez l’anglais, c’est assurément formidable (http://www.ft.com). Son auteur, Ricardo Hausmann, n’est pas vraiment un plaisantin. Il s’agit en effet du directeur du Centre pour le développement international de l’université de Harvard.

Je devrais donc prudemment m’éloigner, mais je ne peux m’empêcher de m’esclaffer, ce doit être dans ma nature. Hausmann décrit en effet un monde, à venir selon lui, où les biocarburants concurrenceraient le pétrole. À le lire, l’affaire est d’ores et déjà entendue. Pourquoi ? Parce que.

Là, j’en rajoute, car Hausmann argumente à l’aide de chiffres et d’estimations. L’éthanol brésilien est dès aujourd’hui profitable à l’exportation vers les États-Unis, malgré d’impressionnantes taxes douanières. Et ce n’est qu’un début, car le monde serait plein de terres disponibles pour des plantations industrielles destinées aux biocarburants.

Il cite même une surface que je qualifierai, sous le contrôle de l’ancien président Chirac, d’abracadabrantesque : 700 millions d’hectares au total. Avec ce total et les perpectives de rendement garanti par nos généreux industriels, la production potentielle de biocarburants équivaut à la production de pétrole. Le prix du pétrole, dans ces conditions, ne saurait plus être un obstacle au développement économique.

À une condition toutefois, que je me permets de citer en anglais : « The obvious solution will be to cut back on protectionism and liberalise trade in agriculture ». En français, la solution évidente sera de réduire le protectionnisme et de libéraliser le commerce dans le domaine de l’agriculture.

Ne riez pas. Ne rions pas. Tel est l’un des avenirs possibles de notre malheureuse planère.

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Sont-ils réellement un crime ?

Je vous ai déjà parlé de George Monbiot, mais je recommence. Cet éditorialiste du quotidien britannique The Guardian me ravit. Même s’il faut lire l’anglais pour l’apprécier. Je suis abonné à un service informatique qui me transmet ses nouveaux articles, et je ne perds jamais mon temps en les découvrant.

Ce matin, au programme, An agricultural crime against Humanity (http://www.monbiot.com). Monbiot y aborde la question des biocarburants, s’appuyant entre autres sur le travail de Jean Ziegler, rapporteur spécial de l’ONU sur les questions alimentaires. Lequel, vous vous en souvenez,vient de réclamer un moratoire mondial de cinq ans sur les biocarburants, qu’il tient pour un “crime contre l’humanité”.

Monbiot offre dans cet article un exemple dont je n’avais jamais entendu parler, et que je vous livre brut de décoffrage. Prenez l’avion - en pensée - et atterrissez avec moi au Swaziland, un petit pays africain enclavé entre l’Afrique du Sud et le Mozambique. L’espérance de vie, là-bas, ne dépasse pas 32 ans. La famine rôde et menace, confrontant 40 % de la population à de récurrentes pénuries alimentaires. Heureusement, le bon gouvernement local veille au grain.

Ou plutôt à la racine. Car il vient de vendre des milliers d’hectares de la région de Lavumisa, frappée par de terribles sécheresses, à une société américaine, USA Distilleries (http://www.energycurrent.com). Laquelle va cultiver du manioc destiné à la fabrication de biocarburants, qui seront bien entendu exportés. Je vous laisse deviner où ira l’argent ainsi récupéré. Dans le système d’éducation et de santé, je le parierais.

Ce n’est pas seulement une horreur, c’est aussi une provocation directe. Monbiot évoque le cas de Bob Geldof, qui a débarqué cet été au Swaziland, payé par une entreprise de biocarburants pour donner des conseils sur la manière d’utiliser le jatropha, autre végétal. Geldof, rappelons-le, est un chanteur. Qui a gagné plusieurs trésors en chantant contre la famine en Éthiopie. C’est un vibrant humaniste, tendance TF1.

Revenons-en à mon titre, et enlevons ce ridicule point d’interrogation. Les biocarburants sont un crime, évidemment. Majeur.

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Lester Brown et les biocarburants

L’Américain Lester Brown est un contemporain capital. Cet agronome aujourd’hui retraité a vu bien des choses avant tout le monde, souvent seul. J’ai non seulement de l’estime pour lui, mais aussi de l’admiration. Mais me voilà obligé de dire un peu de mal de son dernier ouvrage, pourtant passionnant à bien des égards.

Dans Le plan B, pour un pacte écologique mondial (Calmann-Lévy), Brown écrit quantité de choses dignes d’intérêt, et j’en ferai sous peu le commentaire global. Mais il lui arrive également de déraper, ô combien. Ainsi sur les biocarburants. Fasciné par la réussite technologique du plan brésilien, qui permet de faire rouler une grande part des bagnoles avec de la canne à sucre, Brown en arrive à oublier l’essentiel. Je ne vous livre qu’une phrase, qui résume ce que je considère comme un errement : « En produisant l’éthanol à 13 centimes d’euros le litre, le Brésil est très compétitif par rapport à un pétrole à 60 dollars le baril au niveau mondial ».

Vous noterez comme moi ce chiffre de 60 dollars, qui a deux ans. Nous en sommes à près de 100… À ce compte-là, Brown sera bientôt embauché par Lula pour défendre et illustrer la politique brésilienne en faveur de l’éthanol. Le plus étrange, c’est que Lester, oscillant comme le mouvement décrit par son homonyme Robert Brown il y a près de 200 ans, détaille au passage le désastre planétaire en cours.

Il sait que les biocarburants ne sont qu’une guerre déguisée entre ceux qui survivent et ceux qui roulent en bagnole. Il sait que les forêts tropicales encore existantes sont menacées de mort par ce boom criminel. Mais il écrit des sottises sur les relations entre crise climatique et biocarburants. Mais il écrit (page 33) : « Le Brésil est sur le chemin de l’autosuffisance en carburants ». Selon lui, il s’agit d’un exemple à suivre, qu’il place d’ailleurs dans la liste des mesures positives de son fameux Plan B !

Autrement et plus clairement exprimé, Lester Brown déconne. Mais je dois préciser, j’y reviendrai, qu’il est davantage un environnementaliste qu’un écologiste. Et voici d’ailleurs l’une de ses phrases emblématiques, page 32 : « La technologie existante peut venir à bout de tous { nos } problèmes ». Lester Brown est un naïf incorrigible. Je sais que nous aurons besoin de tout et de tous pour refaire un monde vivable. Il n’empêche que, ce soir, je me passerais bien d’une phrase comme celle-là.

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La fausse autonomie

Je viens de lire un article paru sur un blog écolo italien. Si vous lisez cette langue sublime, allez voir directement sur http://www.ecoblog.it. Sinon, il va falloir me faire confiance.

Dans mon livre sur les nécrocarburants, que vous avez bien entendu lu une dizaine de fois, j’attaque durement des écologistes, des “écologistes” plutôt, qui vantent l’usage de biocarburants pour parvenir au pays enchanté de l’autonomie énergétique. Je sais que c’est raide, et discutable. Mais pour l’heure, ce n’est pas discuté, et je le regrette, car ce débat importe au plus haut point.

Je suis désolé de m’en prendre à des gens estimables, comme ceux du réseau Roule ma fleur, mais je ne regrette rien, je dois l’avouer. Car l’affaire des biocarburants est mondiale, et je pense avant tout aux pauvres et aux dominés de notre planète, qui subissent sans cesse nos fantaisies les plus insupportables. Je pense, oui, aux paysans du Sud, aux peuples des forêts, aux habitants des biodonvilles géants qui poussent comme champignons, sans que personne ne crie assez fort.

C’est à cette aune-là que j’évalue les pratiques et les politiques, et c’est à prendre ou à laisser. Ceux qui vantent l’usage local de biocarburants pour faire rouler leur voiture, leur tracteur, pensent défier le système alors qu’ils le renforcent. Comment ne pas voir l’évidence qu’ils servent et serviront de paravent et d’argument publicitaire au déferlement industriel ? Ont-ils oublié la manière dont la marchandise a récupéré les images et slogans du mouvement de 1968 ?

Et puis, de vous à moi, qui croira que ceux qui vantent les biocarburants à usage personnel pourraient, par ailleurs, se lever contre les biocarburants dévoreurs d’espace, d’espèces et de peuples ? Pour paraphraser certain Félix Leclerc, qu’il se lève celui capable de me prouver le contraire. Les nécrocarburants, c’est oui ou c’est non. Car au fondement de l’entreprise, il y a cette idée de mort absolue selon laquelle on peut utiliser des matières végétales vivantes pour conserver ou augmenter notre droit supposé à rouler sans fin. Je suis CONTRE.

Et maintenant, ce blog italien. Eh bien ! Un zigoto de là-bas, Roy Vigilio, a écrit un livre dont le titre en français est : Biocarburants, fais-en toi-même. L’ami Roy propose de fabriquer sur un coin de table des biocarburants destinés à sa propre automobile. La couverture du livre montre une automobile qui s’éloigne de nous, avec des feuilles qui dépassent du pot d’échappement. Certains y verront sans doute le beau symbole de la liberté et de l’autonomie réunies. J’y vois un désastre de plus dans la crise de la pensée humaine.

PS : Je vous quitte pour quelques jours, que j’essaierai de passer en partie dans les bois. De temps à autre, il faut oublier ce qui fait tant de mal. Le plus étonnant, à mes yeux du moins, c’est que j’aime incroyablement la vie sur cette terre malmenée.

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La farce continue

J’ai oublié de vous dire : les farceurs continuent leur noble travail, lequel consiste à nous distraire. De ce que nous devons faire, avant tout. Le dernier jour du Grenelle de l’environnement, vendredi passé, Jean-Louis Borloo, ministre de l’Écologie, a annoncé une expertise sur le bilan énergétique et écologique des biocarburants.

Cet excellent ami de la nature et de Bernard Tapie aura oublié de lire mon livre. Une expertise a déjà été commandée par l’Ademe, cette agence publique soumise à la tutelle de son ministère. En date de 2002, elle a déjà conclu que le bilan des biocarburants était excellent. Il a déjà été établi que cette étude, payée sur fonds publics, a été confiée à un cabinet privé. Et que son comité de pilotage, très interventionniste, rassemblait l’essentiel du lobby des biocarburants. Il est même certain que ce travail est contesté radicalement, tant dans sa méthodologie que dans ses résultats.

Croyez-moi, Borloo a par chanche des interlocuteurs bien élevés, jusque dans les ONG. Car autrement, son annonce de vendredi aurait provoqué un tollé. Demander aujourd’hui une nouvelle étude, c’est bien entendu reconnaître que l’autre n’est plus présentable. Mais savez-vous à qui Borloo a confié ce nouveau travail ? À l’Ademe, oui. Bienvenue au pays des rires préenregistrés.

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France Inter, Emission Tete au carré le 24 octobre 2007

Emission consacrée aux agrocarburants.

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Abattoirs d’hier et de demain

Je ne sais pas quelle heure il est pour vous. Pour moi, 14h10 ce lundi 29 octobre 2007. Ça ira, je pense, car j’ai mangé il y a un moment. Mais un conseil, si vous commencez votre digestion : attendez un moment avant de lire ce qui suit.

Dans mon livre sur les nécrocarburants, je révèle qu’une usine du groupe Saria s’apprête à ouvrir une raffinerie au Havre. Il s’agira de produire des “biocarburants” à partir de graisses animales. Une bien belle idée, dont je m’étonne qu’il ait fallu attendre si longtemps pour la voir réalisée. Donc, du vivant, de l’ancien vivant au service de la bagnole. Très fort.

J’en étais là jusqu’à une discussion au téléphone, ce matin, avec Pascale Solana, la rédac’ chef du magazine des Biocoop, Consom’action. Nous parlions du projet Saria, justement, et Pascale m’a soudainement mis la puce à l’oreille : « Mais au fait, Saria, ce n’est pas cette boîte qui a eu tant d’ennuis au moment de la vache folle ? ».

Après avoir raccroché, je me suis dit qu’il fallait vérifier. Et en effet, Saria a eu des ennuis que je vais tâcher de vous résumer. Pendant la crise de la vache folle, il y a quinze ans, les petits équarisseurs ont pratiquement disparu de la scène. Deux opérateurs, comme ils disent, se sont approprié 90 % du marché. Caillaud d’un côté, et Saria de l’autre, racheté par l’Allemand Rethmann à Elf-Sanofi en 1996. Depuis, le ramassage des animaux morts - malades par exemple -, leur transport, leur équarissage, leur éventuelle incinération, c’est eux. Fort bien, il n’y a pas de sot métier.

Sauf tout de même un petit détail. L’affaire de la vache folle a conduit à la création d’une commission d’enquête parlementaire, dont j’extrais une courte citation (http://www.assemblee-nationale.fr) : « À l’occasion de ces prélèvements, la Direction nationale des enquêtes de la répression des fraudes (DNERF) avait été amenée à saisir 102 tonnes de farines de poissons polluées par de la farine de viande non traitée thermiquement, contrairement à l’obligation instituée par l’arrêté du 6 février 1998. Cette farine de poisson était destinée à l’alimentation animale. C’est dans le cadre de ces interventions qu’était apparu initialement le problème de la destination des boues de la station d’épuration. En effet, l’usine réincorporait les boues de station d’épuration (qui contiennent aussi des résidus des fosses septiques), le produit de la filtration sur grille des eaux résiduaires du fondoir et du raffinage, ainsi que des eaux de l’usine (lavage des camions, ateliers poissons, etc.), dans les matières premières destinées à l’alimentation des animaux de rente ». Rien de très grave, comme on voit. L’usine d’équarrissage visitée, à Concarneau, appartenait au groupe Saria.

Bon, et puis après ? Et puis, après, ceci : en 2001, des quartiers de la ville de Saint-Denis, proche de Paris, se sont révoltés pendant des semaines aux cris de : « Ça pue la mort ! ». L’usine Saria du lieu empuantissait la vie quotidienne de milliers de banlieusards. En brûlant des cadavres de vaches, sur fond d’ESB. Et malgré quatre incendies en quelques semaines. Citation du journal L’Humanité en date du 11 septembre 2001 : « En attendant, les tas de farines animales, stockées sauvagement à même le sol, en plein air, en complète illégalité, continuent de grandir le long du petit mur qui sépare l’usine des voies ferrées ».

En somme, rien de que très ordinaire. Et c’est donc cette valeureuse entreprise qui souhaite ouvrir en 2008 une usine de biocarburants tirés de graisses animales. Le progrès n’est pas seulement en marche, il court et nous dépasse. Lisez ce petit texte emprunté à Mag Cultures (http://www.le-mag.fr) : « Concurrence sérieuse ? Le groupe Saria Industries spécialisé dans le traitement des sous-produits de la filière viande et pêche, construira au Havre (Seine-Maritime) une usine de biocarburants à partir… de graisses animales. “Le biocarburant produit à partir de graisses animales est supérieur en qualité à celui d’origine végétale”, affirme Jean-Louis Hurel, Pdg de Saria Industries. Les graisses animales provenant de l’équarrissage serviront à fabriquer du biodiesel et de la glycérine ».

Qu’ajouter à un tel morceau de bravoure ? Ce monde-là vous fait réellement envie ?

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Comment ça se passe en vrai

Bonjour à vous tous. En ce dimanche 28 octobre 2007, je laisse ma place. Ce que vous allez lire est le témoignage d’un prêtre catholique et altermondialiste, le Belge François Houtart. Ce texte est long, mais il est exceptionnel. N’hésitez pas à faire circuler, car il contient la vérité d’une tragédie, celle des nécrocarburants. En Colombie, mais ce pourrait être ailleurs dans le Sud, la mort et la faim accompagnent ce grand bouleversement de la vie sur terre. Faisons en sorte que nul ne puisse jamais dire plus tard qu’il ne savait pas. Au moins cela ! Et je vous laisse l’adresse de ce grand curé des hommes vrais : houtart@espo.ucl.ac.be.
Chers amis,

Centre Tricontinental Louvain-la-Neuve, le 23 août 2007

En Colombie, mon contact était la Commission Interecclésiale Justice et Paix, qui se préoccupe surtout des violations des droits de l’homme des populations paysannes expulsées de leur terre, notamment pour l’extension des terres destinées aux agrocarburants. Un soir, nous nous sommes rendus au Nord de Bogota, dans une communauté indigène, à mi flanc d’une montagne pour passer une nuit de prière.
Rassemblés dans un lieu sacré circulaire, à la lumière d’un feu central, nous écoutons un ancien nous raconter leur expulsion de leurs terres par les compagnies agricoles, événement accompagné de massacres. On prie pour les morts. Longs silences. Des membres de la communauté viennent se joindre au groupe. Ils se saluent en se touchant le front (accueil par la pensée) et en s’échangeant quelques feuilles de coca. Prise de parole, les uns après les autres, car « la parole est l’âme ».
L’ancien qui préside me demande d’intervenir en premier lieu, car moi aussi je suis un “abuelito”. Partage spirituel, où s’expriment le respect de la terre-mère et l’importance de la vie humaine. Reconnaissance aussi envers le peuple frère qui les a accueillis sur ses terres. Contrastes : le prénom de l’ancien était Victor Hugo et avant la cérémonie, il avait demandé à chacun d’éteindre les téléphones portables ! Je ne reste pas toute la nuit, car le lendemain, il faut travailler !
En effet, le lendemain matin s’ouvrait un séminaire international sur les agrocarburants, où l’on m’avait demandé de donner la leçon d’ouverture, thème que je suis en train de travailler pour le moment, espérant terminer bientôt un ouvrage sur la question. Parmi les participants, non seulement des Latinos-américains et des Européens, mais également des Asiatiques. Le lendemain, je passe la journée avec une délégation internationale près de la frontière du Venezuela, sur un affluent de l’Orénoque à Arauca, pour entendre des témoignages des personnes déplacées, surtout des paysans. C’est une “audiencia” destinée à préparer une session du Tribunal Permanent des Peuples qui aura lieu au mois de novembre à Bogota et que l’on m’a demandé de présider.

Pendant une demi-journée les récits les plus dramatiques se succèdent, bien des témoins devant parler derrière une porte dans le local syndical : expulsions par les entreprises pétrolières, massacres par les paramilitaires et l’armée, bombardement d’un village par un hélycoptère d’une entreprise pétrolière américaine. Nous interrogeons les témoins. Un parlementaire européen allemand qui nous accompagne est pétrifié par l’émotion et incapable de poser la moindre question. Pendant que nous attendons l’avion du retour, deux policiers de la DAS (Département administratif de Sécurité) viennent prendre nos passeports et nous accusent d’activités illégales en nous menaçant d’expulsion. La réponse est claire : nous avons prévenu les autorités de Bogota. Un coup de fil le confirme.

Le lendemain, à l’Université Nationale se tient un séminaire sur les Orientations socio-politiques de la Colombie. Carlos Gaviria, président de l’opposition et ancien candidat à la présidence et moi-même introduisons le séminaire sur les principes orientant une politique, face à la crise du modèle de développement.

C’est ensuite la visite dans Nord du Chocó, région à la frontière du Panama et proche de la Côte Atlantique. Première escale de l’avion, Medellín, qui est devenue une véritable métropole, dont on peut comprendre à grands traits la structure sociale, en la survolant à basse altitude et en atterrissant à l’aéroport, situé au centre même de l’agglomération. Enorme développement des quartiers les plus riches, avec beaucoup de bâtiments en hauteur et extensions à perte de vue des quartiers pauvres. Cela n’a pas la dimension de Bogota, ville de 8 millions d’habitants, dont le Nord étale son opulence, tandis que le Sud rassemble des quartiers où s’entassent des centaines de milliers de gens, notamment les réfugiés intérieurs.

De Medellín, nouvelle escale, jusqu’à une petite ville, Atrato, située non loin de la frontière avec le Panama. Nous sommes plusieurs à faire partie du voyage, notamment quelques membres de la Commission Justice et Paix, dont une religieuse du Sacré Coeur, et la Commission éthique, dont je fais partie avec entre autres, un juriste espagnol et deux jeunes Américaines, dont l’une vient de sortir de prison pour avoir manifesté face à l’Ecole des Amériques en Géorgie (formation des militaires latino-américains de bien triste réputation).

Avant d’atterrir nous survolons des plantations de bananes. Nous les traversons ensuite en voiture avant de rejoindre la petite ville locale. Du restaurant, j’observe les détails de la vie quotidienne et me reviennent à la mémoire bien des éléments du roman de Gabriel García Marquez : Cent ans de solitude. De là, nous reprenons deux voitures pour nous rendre dans une autre petite ville de l’intérieur, où nous sommes reçus dans le couvent des religieuses. Il s’agit d’une congrégation colombienne, fondée par la Mère Laura, pour le travail parmi les populations indigènes.

On les appelle “les Lauritas” et elles sont présentes dans plusieurs pays latino-américains pour du travail social parmi les populations indigènes. Cette congrégation, très engagée socialement, s’est fort développée en Colombie et a étendu son action au milieu des plus pauvres notamment dans la région où nous nous rendons. Nous passons une partie de la soirée avec les religieuses. Elles nous racontent leur travail dans cette région où les grands propriétaires possèdent des milliers d’hectares et où s’étendent progressivement les plantations de palme africaine.

Elles nous décrivent l’arrivée massive de paysans chassés de leur terre dans les différentes villes et notamment à l’endroit où nous sommes. On parle de ville, mais la plupart des rues ne sont pas pavées et les services généraux sont rudimentaires. Il y a un quartier de maisons bâti à la hâte, avec des planches et des taules de zinc, qui abritent de nombreux paysans réfugiés intérieurs.

Les religieuses, travaillant au quotidien et à la base, nous racontent comment ces paysans qui affluent dans des localités urbaines, ont été souvent dépossédés de leurs biens. N’ayant plus rien, ils sont obligés de se débrouiller comme ils le peuvent. Aucune compensation financière, aucune sécurité sociale, de grandes difficultés pour envoyer leurs enfants à l’école, pas de travail pour les jeunes. Bref, des situations souvent dramatiques et face auxquelles l’équipe des sept religieuses ne parvient pas à faire face. Quatre d’entre elles s’expriment: “parmi les réfugiés intérieurs, il y a de nombreux afro-descendants (les populations noires) et aussi certaines populations indigènes. Souvent c’est la terreur qui est utilisée pour les faire sortir de leur terre.

Les paramilitaires, groupes armés informels, mais intimement liés avec l’armée, menacent et assassinent simplement pour créer la peur”. Une des religieuse nous dit : “les paramilitaires sont un véritable appareil d’Etat, car la liaison avec les pouvoirs militaires, politiques et économiques est patente. Le gouvernement actuel prétend démobiliser les paramilitaires, mais en fait ceux-ci sont aussi présents qu’auparavant et toujours aussi armés et un certain nombre de ceux que l’on reverse dans la vie civile, obtiennent pratiquement l’impunité et occupent des postes fort importants dans le champ politique, y compris jusqu’au Parlement”.

La Supérieure de la petite communauté nous explique que ces pratiques politiques sont liées à l’extension constante de la grande propriété terrienne. Il n’y a pas si longtemps, une grande partie des terres était boisée. Le reste était cultivé par des petits paysans ou par des communautés indigènes. Ce sont implantés d’abord les grands élevages extensifs, puis les cultures de la banane et aujourd’hui la palme à huile. Ce sont les militaires qui au départ ont exercé la force pour aider les propriétaires à gagner progressivement les terres sur les paysans. Ensuite, sont venus les paramilitaires, pour faire la sale besogne que les militaires ne pouvaient pas accomplir.

Nous leur demandons si la guérilla est active dans la région. Elles répondent qu’elle a été fort active dans les années 90, mais qu’elle s’est réfugiée maintenant dans les montagnes. Il s’agissait au début de paysans dépouillés de leur terre, s’organisant en résistance armée. Au cours des 40 dernières années, cette résistance, notamment les FARCS se sont transformées en une organisation militaire, recourant pour pouvoir continuer à s’armer, à l’impôt sur le narco-trafic et à la séquestration. Dans la région, en tous les cas ils ne rencontrent pas une sympathie particulière de la population, même déplacée, mais ils ne sont pas non plus considérés comme des ennemis, car dans les régions qu’ils contrôlent, la situation du paysannat est bien meilleure.

Le narco-trafic est présent partout. Les paramilitaires vivent du narco-trafic. Les militaires sont souvent impliqués également et la guérilla lève des impôts sur le trafic de drogue, pour pouvoir subsister. Des membres de la Commission Justice et Paix nous disent : le narco-trafic a pénétré toute la société colombienne. Une partie importante des investissements que l’on voit dans les constructions urbaines de Bogota ou de Medellín, proviennent en fait de cette source. Le gouvernement, aidé par les Américains, détruit des cultures de coca, surtout dans les zones montagneuses et éloignées des villes, par voie de fumigation, mais cela ne s’avère guère efficace et par contre, cela produit des effets écologiques désastreux. On s’attaque aux petits paysans, qui souvent déplacés de leurs cultures traditionnelles n’ont plus d’autres moyens d’existence, mais les grands trafiquants parviennent à se faire une place dans la société.

Le soir nous logeons dans un local paroissial, des matelas de mousse mis sur le sol. Privilège de l’âge, on m’accorde un lit en planches et après une courte nuit, nous reprenons la route. Tout d’abord la grande route qui mène vers Medellín et qui traverse, à perte de vue, des élevages extensifs, s’étendant sur des milliers d’hectares. Le bétail est dispersé et relativement peu nombreux. Nous allons passer 16 barrages militaires au cours des deux jours, signe de la militarisation de la région. A deux d’entre eux, nous devrons décliner nos identités. Les jeeps s’engagent ensuite dans des chemins de campagne, où l’on voit le long des routes des implantations nouvelles de petites maisons de bois de chaume et de taules.

Ce sont des groupes de famille de paramilitaires, provenant d’autres régions. Après environ 75 km, nous arrivons dans la zone de la palme africaine. Cette fois, nous nous engageons dans des chemins complètement entourés de plantations de palmiers, plantes relativement basses et dont les fruits se situent à la base. Tout le long d’une de ces routes, les fruits des palmiers sont rassemblés sur la route et des camions viennent les prendre pour les apporter à une rafinerie, que nous avons croisée. Un hectare de palmiers donne 5 000 litres d’agrodiesel. C’est donc une production très rentable. Le travail n’exige qu’une main-d’oeuvre assez réduite, qui est amenée en camion chaque jour. Les fertilisants et les pesticides utilisés pour les plantations sont chimiquement très destructeurs. Il n’y a plus un seul oiseau. Les paysans nous disent que les ruisseaux et rivières n’ont plus de poissons. L’un d’entre eux, me montre les traces de brûlures de la peau qu’il a subies en s’étant baigné dans la rivière. Les produits chimiques sont épandus par avionnette et ne respectent rien, ni les sols, ni l’eau, ni les rares espaces où il y a encore un habitat.

Nous arrivons finalement dans un lieu indiqué par un grand panneau réalisé à la main : Zone humanitaire. Après 10 ans de luttes sanglantes menées par la Brigade 17 de l’armée et les paramilitaires agissant pour les entreprises de la palme, et ensuite à partir de 2001, de déplacements forcés successifs, un groupe de paysans s’est rassemblé pour cultiver quelques hectares de terre à la lisière des plantations de palme. Ils ont été expropriés de leurs propriétés ancestrales datant pour certains de plus de 120 ans. Ils ont constitué ce qu’ils appellent une “zone humanitaire de biodiversité”. Ils sont accompagnés de membres de la brigade internationale de paix pour les protéger. Une Commission éthique internationale a été constituée pour alerter les instances internationales, en cas de violations graves de leurs droits. J’en suis membre, avec d’autres européens et nord-américains, les autorités de Bogota ont été prévenues de notre mission sur place par la Commission interecclésiale Justice et Paix.

Il faut dire qu’un petit paysan dans ces régions, est quelqu’un qui possède entre 50 et 100 hectares. Les cultures étaient diversifiées, l’élevage relativement extensif, les bois abondants, ce qui permettait à ces paysans de poursuivre une vie relativement normale, même si les conditions de travail étaient dures. Le Chocó était la région de la plus grande biodiversité du pays. Il y avait à quelques kilomètres de là un village, avec école primaire, centre de santé, aqueduc amenant l’eau de la montagne, une série d’églises et de temples de différentes dénominations chrétiennes. Aujourd’hui, il ne reste presque plus rien de cette agglomération : l’école, le centre de santé, l’aqueduc ont été détruits, pour l’extension des cultures de la palme. Chaque extension de la culture de la palme entraîne de nouveaux massacres. En décembre 2005, à Pueblo Nuevo et en octobre 2006, à Brisas, c’est un nouveau groupe paramilitaire, appelé “Aguilas Negras” (les Aigles Noirs) qui est entré en action, en connexion avec l’armée et la police.

Nous descendons des jeeps et nous nous rendons vers un petit groupe d’habitations à peine édifiées. Il y a seulement quelques mois que les paysans se sont installés sur ces terres. Déjà, ils font l’objet d’une procédure judiciaire, comme “envahisseurs”. Or, tous avaient des terres dont ils ont été expulsés. Quelques compagnies de palmes sont actives dans la région et à l’endroit où nous sommes, il s’agit de Urapalma, société anonyme.

Comme les paysans ne voulaient pas céder leurs terres, les menaces ont immédiatement suivies. On leur disait: “si vous ne voulez pas vendre vos terres, nous les achèterons à vos veuves”. Malheureusement, les faits ont suivi. Dans la communauté que nous visitons, 113 personnes ont été assassinées, d’abord par l’armée et ensuite par les paramilitaires. Il en a été de même dans bien d’autres endroits. Je ne décrirai pas la manière dont ils ont été massacrés, car cela dépasse les limites du supportable. Dernièrement, l’un d’entre eux, un noir qui devait assister à une réunion internationale à Chicago pour dénoncer les injustices commises en Colombie, a été assassiné quelques jours avant son départ. Son corps a été retrouvé dans la rivière, par la religieuse du Sacré-Coeur présente avec nous. C’était un avertissement pour les autres.

Sur place également, un certain nombre de membres de la Brigade internationale de la paix, des jeunes italiens, espagnols, américains, canadiens, français, qui se relayent pour vivre avec la communauté, travaillant avec eux et prenant tous les risques, afin de les protéger. C’est là le sens de la “Zone humanitaire et de biodiversité”, en d’autres mots une aire symboliquement protégée, établie sur 5 hectares récupérés par un des paysans, en bordure des palmeraies. La visite que nous faisons au nom de la “Commission éthique” est aussi destinée à éviter que les exactions continuent dans le silence et l’ignorance. Le gouvernement est soucieux de sa réputation internationale, ce qui explique la crainte des révélations.

L’après-midi nous nous rendons ensemble à environ deux km de là, vers le cimetière. Ce dernier se trouve en bordure des plantations. Il a été complètement détruit par les bulldozers, toutes les tombes profanées et sur un petit morceau de terre qui se trouvait en dehors de la plantation, les paysans ont replanté de petites croix de bois peintes en blanc. En arrivant, sur le sentier, rempli d’eau et de boue, un des paysans tue une vipère. Sur place, nous nous rassemblons en silence. Ils me demandent de prier pour les morts. Un des paysans prend aussi la parole. Il explique l’histoire du cimetière. “Nous avions ici un village. Il n’en reste pratiquement plus rien. Les machines ont complètement bouleversé le cimetière. Nous ne savons plus qui de nos êtres chers se trouvent ici et c’est pour cela que nous avons remis quelques croix symboliquement, sans savoir qui se trouve en dessous”. C’est une grande émotion. Ils me demandent de bénir ce lieu. Nous récitons ensemble le Notre Père, puis restons encore un long moment à prier en silence, non seulement pour les parents et grands-parents enterrés en ce lieu, mais également pour tous ceux qui ont été massacrés. Au loin retentit le chant des tronçonneuses qui opèrent dans la forêt voisine.

Cette vision me bouleverse profondément. C’est presque la rage qui vient au coeur lorsque l’on voit des choses de ce genre. Le capitalisme n’a aucun respect pour quoi que ce soit. Il faut gagner de l’argent. Il faut tout transformer en marchandise. C’est la valeur suprême. Les êtres humains ne comptent plus, même pas ceux qui reposaient en paix dans ce cimetière de campagne. Nous retraversons le chemin entouré de palmiers : les palmiers de la mort.

Le soir, repas partagé ensemble : soupe de frijoles. La soirée s’organise pour un échange de témoignages, de chants, de partage. Sont venus aussi nous rejoindre des communautés venant de la région de Cacarica. Ce sont de jeunes noirs, de descendance africaine. D’autres paysans sont aussi venus des environs, des hommes, des femmes, des enfants. Ils ont fait deux, trois ou quatre heures de marche pour pouvoir passer ces quelques heures ensemble. Ceux de Cacarica ont fait une journée entière de voyage, notamment en descendant la rivière Curvarado qui passe à une vingtaine de kilomètres de là.

La soirée commence par des témoignages. Le rappel des expulsions, des massacres. L’un après l’autre, des paysans et des paysannes viennent raconter leur histoire. Ce sont les menaces des militaires, les massacres des paramilitaires. Un homme vient dire : même mon enfant de trois ans a été tué sous mes yeux. Un jeune vient raconter comment ses deux parents ont été tués par les paramilitaires. Et les uns après les autres donnent, à voix tranquille, triste, leurs témoignages.

C’est véritablement poignant. L’assistance est silencieuse. Une vieille dame d’origine africaine vient prendre la parole : “Je suis une grand-mère et j’ai 29 petits-enfants. J’ai été chassée de mes terres. Mes petits-enfants ne peuvent plus aller à l’école. Nous n’avons pas de service médical, même pas un petit centre de santé. Nous sommes des paysans. Nous voulons travailler la terre. Je voudrais tellement que mes petits-enfants puissent eux aussi étudier, se développer dans la vie. Qu’est-ce que nous avons fait pour subir un sort pareil ? Nous désirons vivre en paix, cultiver nos terres. Il y avait ici de la vie et maintenant c’est la mort. Et cependant nous n’avons pas perdu l’espoir. Nous pensons que le Seigneur ne nous a pas oublié. Nous continuons à lutter. Nous ne nous laisserons pas décourager par les menaces et par la violence. Nous voulons vivre en paix”.

Des jeunes venus de Cacarica, viennent exprimer leur sentiment par des chants. C’est du rap, dont l’un d’entre eux est l’auteur des paroles. Il explique que le rap a son origine chez les noirs américains et qu’il s’agit de chants de protestation. A plusieurs reprises, ils apportent ainsi leur contribution à cette soirée, qui se passe sous un toit de taules, avec un sol en terre battue. Leurs chants sont impressionnants. Un rythme saccadé, qui exprime l’histoire de leur communauté. Eux aussi ont vu leurs parents expulsés de leurs terres. Ils demandent la justice. Ils accusent les grands propriétaires et les compagnies de l’agrobusiness. Ils dénoncent les paramilitaires qui ont massacré bien des leurs. Ils accusent l’armée, le gouvernement et en particulier le président Uribe, lui-même grand propriétaire de terres et de mines et artisan de l’impunité des paramilitaires. Certaines de ces chansons sont très dures. Elles se terminent cependant sur un désir de lutte et non de désespoir.

A la fin de ces témoignages, ils me demandent d’intervenir par une prière. Toute l’assemblée est silencieuse. Il faut se rappeler les morts et les victimes. Il faut cependant surtout rappeler que la vie est plus forte que la mort. Le symbole de la résurrection est précisément celui de la victoire de la vie. Dieu est présent. Il est celui qui veut la vie. Jésus lui aussi a été persécuté pour la justice et finalement exécuté, parce qu’il s’était opposé à la domination et l’exploitation des puissants sur les pauvres. Mais il est ressuscité et c’est là la source de l’espoir.

Une jeune femme noire entonne une chanson : la vierge noire. C’est une longue mélopée, chantée doucement, dans l’écoute attentive et émue de toute l’assemblée. “La vierge est celle qui a aimé, qui a souffert. Elle a aimé aussi le peuple noir. C’est pour cela que nous l’appelons la vierge noire. C’est elle qui nous donne l’espérance. C’est elle qui pense à nous comme une mère. La vierge noire. La vierge noire”. Un long silence se poursuit, chacun se rappelant son histoire.

Mais, la joie de vivre va reprendre le dessus. Alors tous sont invités à présenter une chanson, à raconter une histoire. C’est la vie qui s’affirme sur la mort, la joie sur la tristesse. Les uns et les autres, des différentes communautés, s’efforcent à participer à la fête. Certains, avec beaucoup de maladresse, chantent absolument faux. Tout le monde éclate de rire. Les enfants ont préparé une chanson, qui n’en finit plus, mais qui leur a permis d’intervenir eux aussi. Comme il y a quelques étrangers, on demande aux deux Américaines présentes de chanter. C’est une véritable catastrophe. Les Italiens s’y mêlent, avec un peu plus de brio. On me demande également d’apporter ma contribution. N’étant pas très doué dans ce domaine, je choisis de leur apprendre le canon français “Frère Jacques”. Au début cela ne va pas trop mal. Quelle surprise de voir que tout le monde peut chanter en français. Inutile de dire que le canon se termine en cacophonie. Mais tout le monde rit à coeur joie et c’est vraiment la fête. Cela dure ainsi jusque assez tard le soir, mais comme le matin, il va falloir se lever tôt, finalement tout le monde rentre dans les masures ou dans les petites tentes et la seule lumière est celle d’une lune à peine visible à travers les nuages.

Je dors sur quelques planches, heureusement avec une moustiquaire, car ces bestioles s’étaient jointes à la fête ! A côté de moi, un couple catalan ronfle à qui mieux mieux. Pas très facile de trouver le sommeil, mais la fatigue aidant, cela vient quand même. A quatre heures et demi le matin, je suis réveillé en sursaut par le chant tonitruant d’un coq ayant aperçu les premiers rayons du soleil. Il se trouvait à côté de moi de l’autre côté de la bâche de plastique. Nous nous levons tous. Il a plu toute la nuit. La terre battue, même des maisons, s’est transformée en boue. Pas facile de s’habiller. Heureusement, une énorme bassine de café a été préparée. Cela fait du bien pour se réveiller.

A six heures tout le monde doit être prêt pour une opération de destruction des palmiers. Nous suivons le sentier qui mène à la route. Une bonne centaine de personnes sont présentes, des paysans, des membres des brigades, des jeunes et des vieux. Tous avons entre les mains une machette. Avant de se mettre en route pour cette opération, l’un des paysans dépossédé de ses terres, prend la parole. Il est membre d’une Eglise chrétienne, qui s’appelle l’Eglise quadrangulaire (les quatre angles de la terre). Il demande à tout le monde de se recueillir. Je suis à ses côtés. Il commence ensuite par la récitation du Notre Père à laquelle il m’associe. Ensuite, les yeux baissés, dans une attitude de recueillement, il demande la bénédiction de Dieu sur tout ceux qui veulent la justice. “Que Dieu nous donne la force de continuer à lutter, de rétablir la justice, de lutter pour notre famille, pour la vie, pour la fraternité entre les hommes. Et maintenant, tous avec nos machettes, nous allons détruire ce qui est l’oeuvre de la mort”. Le groupe s’avance dans les plantations. Chacun choisit un arbre et les machettes s’exécutent pour détruire les palmiers.

Comme nous devons, à quelques-uns, rentrer à Bogota, ma participation n’a été que très symbolique. Il va falloir se mettre en route pour retourner à la capitale. Je dis au revoir, avec émotion, à ceux avec lesquels j’avais partagé ces quelques heures très intensément. Mais, problème ! Pendant la nuit, une forte tornade a couché de nombreux arbres sur la seule route permettant d’arriver à la “zone humanitaire”. Plus moyen de faire passer des véhicules. Il va donc falloir partir à pieds. Avec quelques-uns nous nous mettons en route. Malheureusement, j’avais fait un mauvais mouvement deux jours avant à Bogota, en entrant dans une voiture. Ma jambe droite n’est pas en très bonne forme. Mais, j’ai un parapluie qui me sert de canne et voilà la route entamée, sur des chemins remplis de bosses et de boue. Les kilomètres se succèdent monotones entre des rangées de palmiers. Un camion transportant des travailleurs nous croise. Il était resté à l’intérieur du périmètre des routes barrées par les arbres abattus. Après près de 10 kilomètres de marche, voilà qu’arrive une motocyclette. Nous faisons du moto-stop. C’était un des paysans locaux. De nouveau, privilège de l’âge, je suis désigné pour monter sur la moto et continuer les dix autres kilomètres qu’il fallait parcourir pour arriver jusqu’à la rivière. Je me demande encore comment je n’ai pas pris plusieurs bains dans les caniveaux des chemins ! Je pense au film “La motocyclette” et j’ai failli me prendre pour le Che !

Arrivé finalement à bon port, celui qui m’avait véhiculé téléphone avec son portable à la petite ville de l’autre côté de la rivière. Il fait appel à deux autres motos, qui finissent par venir prendre les autres qui avaient continué à pieds, alors que le soleil commençait véritablement à taper fort. Finalement, nous nous retrouvons tous ensemble et nous prenons une pirogue pour traverser la rivière et rejoindre une jeep de l’autre côté. Nouveau barrage militaire. Plus de 70 km en jeep sur des routes impossibles. Camions embourbés, bref tout ce qu’il fallait pour que nous rations l’avion, car le trajet nous a évidemment pris beaucoup plus de temps que prévu. Finalement, nous rejoignons la grande route. La jeep ne parvient pas à dépasser les 40 km heure, car elle a du chimmy et à chaque instant, surtout à chaque caniveau, elle se met à se secouer dans tous les sens. Nous changeons de voiture à la ville où nous avions passé la première nuit. A toute vitesse nous fonçons vers l’aéroport et heureusement l’avion a une heure de retard, sinon il aurait fallu rester sur place.

Le retour se passe, comme à l’aller : arrêt et changement d’avion à Medellín et finalement atterrissage à Bogota. Durant le voyage, je ne puis m’empêcher de penser à tout ce que j’ai vécu pendant les deux jours précédents. Le film des événements me revient constamment à l’esprit. Comment peut-on accepter des situations semblables ? Comment est-ce possible que l’Eglise hiérarchique ne soit pas présente pour défendre la justice ? Comment une société peut-elle se construire sur de tels paramètres ? En passant à Medellín, je pense à la société Urapalma, dont le siège se trouve dans cette ville. Qui sont les actionnaires ? Probablement, d’excellentes personnes, de bons pères de famille, de bons chrétiens, qui se trouvent autour d’une table à tapis vert et qui prennent des décisions économiques, en fonction de la logique du profit, sans se poser d’autres questions. Il faut dénoncer ce système. Il faut trouver qui sont les actionnaires ? Il faut savoir quelles sont les banques qui les financent et quelles sont leurs connexions internationales ? Il faut oser dire qu’ils sont responsables de la mort, qu’ils réduisent à la misère des milliers de personnes, qu’ils empêchent les talents humains de se développer, qu’ils sont les obstacles à ce que des enfants puissent un jour contribuer au bien-être de l’humanité, qu’ils représentent des intérêts matériels contre des valeurs humaines.

On pourrait penser que tout ceci signifie arrêter le progrès, qui pour un bien supérieur exige des sacrifices. Mais quels progrès et quels sacrifices ? Continuer un modèle énergétique qui congestionne nos villes et permet que le 18 août de cette année, il y ait 580 km de bouchon en France, pour ne citer que des exemples faciles ? Au prix de dommages irréparables à la biodiversité, aux réserves d’eau, aux sols, au climat, au détriment de l’agriculture paysanne et au profit des l’agro-business dominée par quelques grandes entreprises, et plus grave encore, au prix de sacrifices humains, sociaux et culturels qui affectent des millions de gens. Or, un autre modèle est possible, de respect de la biodiversité, des droits humains et du climat, mais cela exige une volonté politique.

A Bogota, une collègue de l’Université vient me prendre pour rencontrer un groupe de personnes déplacées venant de l’ensemble du pays, afin de préparer une session du Tribunal des Peuples que je dois présider en novembre. C’est chez elle que je loge. En un an et demi, c’est le troisième appartement qu’elle occupe à Bogota, car elle est constamment menacée. Pendant la réunion un de ses collaborateurs vient discrètement prendre mes souliers, pour les lustrer, car je suis rempli de boue des pieds à la tête. Je change ensuite de pantalon, car le soir nous avons une rencontre avec l’Ambassadeur du Venezuela.

Le lendemain de notre retour, la police et l’armée sont descendues dans la “zone humanitaire”. Dix hectares de palmiers ont été détruits (sur 25 000, dont la plus grande partie majorité a exigé la destruction d’une forêt originale, vieille de milliers d’années). Les paysans coupeurs de palmes seront traduits en justice “pour destruction de l’environnement”. Un comble ! La présence internationale empêche pour le moment que des massacres se produisent. La semaine suivante, lors du séminaire sur les agro-carburants, une discussion a lieu avec le vice-ministre de l’agriculture et un représentant de la Fédération des planteurs de palmes. Ce dernier déclare que Urapalma n’est pas membre de la Fédération et qu’il ne peut assumer aucune responsabilité à son sujet. Par contre, dit-il, les autres plantations répondent à un véritable esprit d’entreprise, respectant leur responsabilité sociale et disposant d’un code de conduite. Quant aux titres de propriété des paysans et des communautés indigènes et noires, c’est une question complexe, car beaucoup sont des faux. Vérifier tout cela prend du temps et l’Etat colombien qui a subsidié ces plantations doit veiller, pendant ce temps, à récupérer sa mise. Bref, la langue de bois, face aux paysans dépossédés et sans défense. Curieux discours, quand on sait que rien qu’entre 2001 et 2005, 263 000 familles de paysans ont été expropriées de 2,6 millions d’hectares, soit par les compagnies de l’agro-business, soit par les paramilitaires eux-mêmes et que la pauvreté rurale est passée de 66 à 69% entre 2003 et 2004 !

Le vice-ministre, pour sa part, arguant d’études scientifique, affirme que la Colombie est un modèle de respect de la biodiversité dans le domaine des palmeraies. Dire le contraire est faire injure au pays. On croirait entendre parler d’une autre planète ! Quelle est la logique présidant à ces discours et à ces pratiques ? Celle du progrès représenté par les monocultures destinées à répondre à la consommation des plus riches dans le monde et bientôt à l’”énergie verte” dont on parle tant, mais qui dans son processus détruit plus écologiquement et socialement, qu’elle ne produit d’avantages. C’est aussi la logique du profit, car les plantations représentent bien plus de valeur ajoutée que l’agriculture paysanne et contribuent ainsi à l’accumulation du capital.

Voilà ce que je voulais partager avec vous, cet écrit étant un minimum d’expressions de fidélité envers les hommes, les femmes, les enfants rencontrés pendant ces deux jours.

François HOUTART

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Raté, de peu

Bonjour. Nous sommes vendredi matin, et je ne suis pas allé représenter Écologie sans frontière au Grenelle de l’Environnement hier, comme Franck Laval me l’avait proposé dans un superbe élan. Sachez-le, cela n’a strictement rien à voir avec le Grenelle, Franck ou les nécrocarburants. Il arrive que la vie réelle soit plus forte que la virtuelle. J’ai eu un ennui, strictement privé, et je n’ai donc pas pu honorer mon rendez-vous.

Je regrette, oh oui. Non que cela aurait changé quoi que ce soit au pesant silence sur les “biocarburants”. Je ne suis pas naïf à ce point. Simplement, des choses auraient été dites, qui ne l’ont pas été. Et puis, avouons-le, j’aurais ri aux éclats, intérieurement cela va sans dire. Car au-delà de tout ce qu’on peut dire sur le Grenelle, les Excellences qui siègent en choeur et en cour m’ont toujours fait rigoler. Je crois que je suis un mauvais sujet.

D’ailleurs, voici un extrait d’une lettre d’un ami écologiste breton. Comme je ne sais pas s’il serait d’accord, appelons-le François. Eh bien, François m’envoie ceci : “A propos de débats truqués, je te signale que, de son côté, Kervasdoué a bien choisi son camp et fait sa promo avec les productivistes bretons sur le thème “la pénurie menace” (cf programme joint).
Toujours à propos de débats truqués, je n’ai rien entendu hier soir { dans les annonces du Grenelle}, rien lu ce matin à propos de la biodiversité en général et de la mer en particulier.
Mais ceci ne m’étonne guère. Placé face aux élus et préfets à la réunion Grenelle de Brest, j’ai été frappé par une chose : ces gens-là n’écoutaient pas et s’emmerdaient ferme, un peu comme des fermiers généraux qui auraient dû assister à la rédaction des cahiers de doléances. Certes, le peuple fait des fautes de syntaxe, mélange un peu tout, croit au Père Noël mais il y avait là une somme de rêves, de bonne volonté, d’idées et de tolérance qui méritait au moins d’être entendue, ne serait-ce qu’au nom du principe de précaution, compte tenu de ce qui risque de leur retomber sur la gueule s’ils continuent, comme le président du Conseil général 29, à rédiger leurs discours la veille pour donner leur avis sur des ateliers dont ils étaient absents…”

Guy, de son côté, m’envoie un nouvel épisode des aventures de la petite Martine. Pour ceux qui ne connaissent pas, il s’agit d’une série pour les enfants, qui a eu un succès géant. Je n’arrive pas à reproduire la couverture ici, pour des raisons qui me dépassent. Mais sachez qu’il s’agit d’un détournement caractérisé. On y voit Martine - une blondinette dotée de joues rosées et rebondies - avec des fleurs dans la main, ainsi qu’un paquet cadeau. Mais quel est donc ce cadeau ? Le titre, peut-être ? Le voici : Martine fauche des OGM. Je propose à mon tour un livre avec Martine. Quelque chose comme : Martine et le mystère de biocarburants.

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France Inter, Emission Co2 mon amour le 6 octobre 2007

Emission sur les biocarburants.

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Lectures au coin du feu

Je cours. À peine si je peux vous dire trois mots sur la conférence de presse que j’ai tenue à Paris hier mardi. Il y avait environ une trentaine de journalistes présents, ce qui n’est pas si mal. Parmi les choses intéressantes, sachez qu’elle rassemblait, côté tribune, des adversaires du Grenelle de l’Environnement - Gilles Clément et moi-même - et des participants actifs de la discussion en cours. Par exemple, Jean-Paul Besset, porte-parole de Nicolas Hulot, qui était porteur d’un message de soutien. Ou encore Franck Laval, d’Écologie sans frontières, qui a eu au départ l’idée même du Grenelle. Il a été impeccable, comme Besset du reste. J’ai pu également me prévaloir d’un soutien du WWF de Serge Orru et de celui du MDRGF de mon cher complice François Veillerette. Katia Kanas, enfin, présidente de Greenpeace-France, m’avait assuré de sa chaleureuse amitié. Il vaut mieux, quand on se lance dans une bagarre, ne pas être isolé. Et je crois ne pas l’être tout à fait : avis à mes chers ennemis.

Bon, je n’ai pas fait de cadeau à l’Ademe, agence publique et vitrine “écolo” du gouvernement, que j’accuse dans mon livre de servir les intérêts du lobby industriel des biocarburants. Mais je n’avais pas à en faire. Une drôlerie, au passage : Franck Laval, avec qui je suis en désaccord sur des points qui ne sont pas de détail, est un homme facétieux, ce qui me plaît. Et il a proposé que je sois demain l’expert en titre de son ONG, Écologie sans frontières, et que je siège à ce titre - moi ! - à la Commission Biodiversité du Grenelle, qui se réunit une dernière fois. Moi, je me répète, qui suis contre le Grenelle dans son principe ! Eh bien, je vais y aller, figurez-vous. Pour dire clairement ce que je pense des nécrocarburants. Me laissera-t-on parler ? C’est une autre histoire, qui n’est pas écrite. Franck Laval, en tout cas, mérite mes applaudissements, bien au-delà de toutes nos divergences.

Je vous livre à la queue leu leu ci-dessous quatre textes que j’ai donnés hier aux journalistes présents. Il s’agit de deux lettres de soutien, de Pierre Rabhi et de Christian Berdot (des Amis de la Terre). Les deux m’ont touché, même si, parce que Pierre est un ami, la sienne m’a en outre ému. Donc, ces deux lettres. Puis celle de madame Pappalardo, patronne de l’Ademe, à moi adressée. C’est ce courrier qui m’a poussé à organiser cette conférence de presse. Enfin, pour que vous puissiez juger, je joins ma réponse. N’hésitez pas à me livrer vos commentaires !

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Une lettre de Pierre Rabhi

Mon cher Fabrice,

J’ai beaucoup souhaité être à vos côtés, Gilles Clément, toi-même et j’espère d’autres témoins à la conférence de presse. Mes engagements antérieurs m’ont obligé à y renoncer, mais soyez assurés de la solidarité de cœur, d’esprit et de raison du respectueux petit praticien et avocat de la terre nourricière que je suis depuis plus de quarante ans.

Il est étonnant que cette terre à laquelle chacune et chacun de nous sans exception doit la vie et la survie soit ainsi ignorée. Pire encore, elle est livrée comme une courtisane à certains gagneurs d’argent insatiables qui sont en train de la détruire au préjudice de toute l’humanité. Déjà atteinte dans son intégrité physique et biologique depuis les décennies de la combustion énergétique et la chimie de synthèse, victime du productivisme pathologique de ce siècle, la folie agro carburante va en effet accélérer le processus d’une destruction radicale.

Cela devrait si la conscience était au rendez-vous provoquer le soulèvement de toute l’humanité. Mais c’est compter sans le cynisme, la complicité ou l’indifférence des états et l’ignorance d’un nombre effrayant de citoyens bernés par les faiseurs d’opinion. Il faut croire qu’il est impossible de comprendre par la seule rationalité les aberrations de ce monde. C’est probablement parce qu’il est entièrement sous la domination et la gouvernance du fameux veau étincelant, le mufle plus triomphant que jamais. Il sait que rien ne peut le débusquer car il occupe le cœur et l’âme des humains et les fait agir avec ferveur et détruire aveuglement une si belle et si exceptionnelle planète. Les transgressions qui portent atteinte à l’essence même de la vie sont de nature métaphysique et ne peuvent être élucidées par la seule raison.

Comment n’être pas blessé par cette ébriété, cet obscurantisme, y compris celui d’une science qui renonce à toute éthique et morale pour se prostituer au pouvoir de l’argent. Oui nous sommes quelques uns à être profondément atteints par tant de profanation, peut être parce que nous sommes encore vivants et vulnérables et que nous ne concevons pas la vie autrement que sobre.Faut il comme en un espoir insensé espérer que les pénuries et les famines qui sont déjà le lot quotidien d’un nombre considérable de nos semblables sur la planète puissent en se généralisant comme cela est plus que probable assagir l’espèce humaine ? L’avenir le dira.

En attendant, faisons tout le possible et comptons sur l’intelligence de la vie pour l’impossible. Car en définitif, et c’est ce que nous n’avons pas compris, il nous faudra impérativement changer si nous ne voulons pas disparaître.

Avec toute mon amitié,

Le 23 octobre 2007, Pierre Rabhi

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Une lettre de Christian Berdot

Christian Berdot, des Amis de la terre, a été sans doute le premier en France à alerter sur le drame des nécrocarburants. Je lui en serai toujours reconnaissant (Fabrice Nicolino)

Agrocarburants :
une catastrophe écologique et sociale annoncée !

Ce qui reste de l‘agriculture paysanne mondiale, ce que l’OMC n‘a pas encore réussi à détruire, les agrocarburants comme l’éthanol vont s’y employer !

Mais derrière ces agrocarburants, on retrouve en Europe et aux Etats-Unis, les mêmes intérêts qui ont, pendant des années, justifié tous les excès de l’agriculture intensive : pollution par les pesticides, engrais, destruction de la biodiversité… En France, on invoquait la “vocation exportatrice” de l’agriculture française.
Ce sont les mêmes groupes qui ont déstabilisé les marchés agricoles de nombreux pays en voie du Sud, en leur imposant leurs exportations à bas prix : céréales, lait, viande … poussant des millions de paysans à la ruine et à l’exode vers les grandes villes.

Ce sont les mêmes qui font le forcing aujourd’hui pour des OGM agricoles censés “nourrir la planète”, alors que 80 % servent à nourrir… les animaux d’élevage des pays riches.
Et ce sont encore les mêmes qui organisent au niveau mondial, le détournement de millions de tonnes de céréales dans une filière qui n’apporte strictement rien, ni dans la lutte contre l’effet de serre, ni pour les économies l‘énergie, mais qui fait grimper artificiellement les prix.

En fait de nourrir le monde, ils sont en train d’affamer les pauvres de la planète. Quant à l’agrodiesel, ce sont des millions d’hectares de forêts équatoriales que sont détruits pour le produire à partir d’huile de palme. D’un côté de la planète, en Colombie, ce sont des commandos para-militaires qui chassent les gens pour faire place à des plantations de palmier à huile. De l’autre, en Indonésie, l’armée tire sur les villageois qui refusent de se laisser expulser…

Rassurez-vous nous dit-on, les industries automobile, pétrolière et des biotechnologies préparent à Bruxelles, les agrocarburants de deuxième génération (essentiellement des plantes modifiées génétiquement) et ce dans le cadre de l‘Agenda Stratégique de la Recherche sur les agrocarburants… Avec eux, tout ira mieux !

Mais l’Humanité, elle, ne peut plus attendre une deuxième génération pour arrêter le massacre ! Agissons dès aujourd’hui et dénonçons ce scandale ! Que ce livre soit une première étape dans cette prise de conscience.

Le 23 octobre 2007, Christian BERDOT

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La lettre de la patronne de l’Ademe

Une lettre de madame Pappalardo, directrice de l’Ademe, à Fabrice Nicolino, à propos de son livre

Monsieur,

Dans votre ouvrage « La Faim, la bagnole, le blé et nous : une dénonciation des biocarburants », paru ce mois, vous citez à de nombreuses reprises l’ADEME, notamment dans votre chapitre 5 (« Derrière le rideau de la Comédie Française ») et dans votre chapitre 8 (« La grande manipulation du climat »).

L’ADEME considère, sans souhaiter réagir de manière approfondie sur la forme de vos propos, que la présentation des faits que vous faites est parcellaire et orientée et qu’elle donne lieu à des conclusions inexactes. Ceci nous apparaît particulièrement évident en ce qui concerne vos affirmations sur AGRICE et sur les ACV (analyse de cycle de vie) des biocarburants.

Ainsi, il nous semble nécessaire de rappeler quelques faits :

Historiquement, AGRICE (agriculture pour la chimie et l’énergie) est un groupement d’intérêt scientifique (GIS) qui a été créé en 1994 à l’initiative des Pouvoirs Publics. Hébergé par l’ADEME, il a comme objectif de soutenir la recherche sur les solutions de substitution du pétrole par des matières premières végétales dans les domaines des carburants et de la chimie. La création de ce GIS a ainsi devancé la nécessité de rechercher des solutions alternatives aux ressources fossiles, nécessité actuellement encore plus cruciale qu’elle ne l’était à l’époque. De telles solutions ne pouvant de toute évidence être espérées que par une collaboration étroite entre la recherche publique et les entreprises.

En terme de légitimité, la création d’AGRICE s’inscrit pleinement dans les pratiques d’accompagnement de l’innovation qui consistent à rassembler les acteurs impliquées sur un domaine (les parties prenantes) afin de créer de l’interactivité et des stratégies cohérentes tant sur la recherche, le développement technologique, l’industrialisation, la réglementation, les financements et les usages. Le terme de « réseau », que vous stigmatisez et que nous revendiquons, a été introduit par le comité interministériel de décembre 1999, qui sur proposition du ministre de la recherche (Claude Allègre) créait les Réseaux de recherche et d’innovation technologique. Le fonctionnement du GIS AGRICE a été le modèle qui a préfiguré ce mode d’animation de la recherche, du développement et de l’innovation. Cette approche a également été développée au niveau européen sous le terme de « plateforme ». Ce mode de fonctionnement ne peut être confondu avec celui d’un « lobby ». Si le lobby porte les intérêts d’un groupe, le « réseau » a pour objectif de créer une dynamique collective et porteuse d’innovation, partagée par les différentes parties prenantes concernées.

Concernant l’ADEME, son implication au sein d’AGRICE est parfaitement fondée. Elle s’inscrit en effet pleinement dans les missions que le législateur lui a confiées : « la réalisation d’économies d’énergie et de matières premières et le développement des énergies renouvelables, notamment d’origine végétale » (Article R131-2 du code de l’environnement). Figurent également dans les compétences attribuées à l’ADEME, « l’orientation et l’animation de la recherche technologique » (art. R131-3). Le développement des agro-carburants ainsi que la recherche de solutions alternatives aux ressources fossiles se trouvent donc de fait dans les technologies développées avec le soutien de l’ADEME. Les travaux soutenus concernent les agro-carburants de première génération mais aussi ceux de seconde génération, dont tous s’accordent à reconnaître l’intérêt prometteur majeur. Les aides de l’ADEME à la recherche ont un effet levier incitatif important. Si, pour les entreprises, les aides sont comprises entre 25 et 50% du montant des recherches, le montant total des recherches réalisées représente environ 3 fois le montant des aides apportées. A travers le programme AGRICE, c’est ainsi plus de 300 projets partenariaux de recherche (recherche collaborative) qui ont été soutenus et qui ont permis des avancées significatives dans les domaines des carburants et de la chimie du végétal.

Quant à vos attaques sur la confidentialité des résultats de recherches soutenues par des financements publics, confidentialité que vous prétendez anormale et totale, le positionnement de l’ADEME est clair en matière de publication des résultats des études et recherches qu’elle subventionne. Ainsi, quand une demande de confidentialité, dûment motivée, est faite par le bénéficiaire d’une aide - ce qui se comprend fort bien dans le cas de développements industriels notamment - elle est toujours assortie d’une durée limitée dans le temps et de la publication d’un rapport public, dès l’achèvement des travaux de recherche. Tous les rapports non confidentiels peuvent être consultés dans les centres de documentation de l’ADEME, voire sont consultables en ligne. Le contact avec les centres de documentation est disponible sur le site I’Internet de l’ADEME : www.ademe.fr .

Pour ce qui concerne les travaux menés sur l’évaluation environnementale des agro-carburants, les avis diffèrent certes sur les résultats des analyses de cycle de vie (ACV) et les conséquences du développement des agro-carburants. Mais ces divergences ne sont pas le fruit d’actions concertées de quelconques lobbies mais résultent de choix méthodologiques différents et d’une diffusion aujourd’hui imparfaite des connaissances, dans le domaine en pleine évolution de l’évaluation environnementale des problématiques touchant le secteur agricole. Des différentes études publiées sur ce thème (dont celle menée par l’ADEME et la DIREM en 2002 et associant aux travaux d’un consultant indépendant un comité de pilotage rassemblant l’ensemble des acteurs représentatifs du domaine : organismes de recherche publique, instituts techniques agricoles, industrie pétrolière, filières agro-industrielles), ressortent des variations importantes dans l’ampleur du bénéfice apporté par les agro-carburants mais ces études conduisent toutefois très majoritairement à une évaluation positive de ce bénéfice. En vue de réduire les divergences constatées sur cette question environnementale majeure, l’ADEME a pris l’initiative de réunir l’ensemble des parties prenantes, associations et experts, dans le cadre d’un groupe de travail national sur les agro-carburants, lieu de réflexion où chacun peut s’exprimer sur les travaux en cours. La première réunion, tenue le 27 septembre dernier, a permis de dresser un panorama de l’état actuel des connaissances et des points sur lesquels il nous faut, en toute transparence, travailler. Dans le même temps et en coordination avec les représentants de ce groupe de travail, l’ADEME a également initié une étude visant à définir un référentiel méthodologique commun pour l’établissement des bilans environnementaux des agro-carburants prenant en compte les différentes méthodes en présence afin de fournir des propositions à porter au niveau européen. Cette étude fera appel à un comité de pilotage associant les différentes parties prenantes et aux travaux d’un consultant indépendant.

Ainsi, qu’il s’agisse de ce dossier particulier ou de nos activités en général, vos insinuations quant à la manière orientée dont nous conduirions nos évaluations sont totalement infondées.

L’ADEME dément ainsi formellement les propos insultants et les insinuations tendancieuses que vous vous permettez d’émettre sur elle ou sur certains membres de son personnel, en particulier Monsieur Maurice Dohy. Les interprétations erronées que vous faites sur les compétences supposées et le manque d’impartialité du personnel de l’agence sont purement gratuites et en totale contradiction avec le professionnalisme et l’expertise de ses ingénieurs, notoirement reconnus par les milieux scientifiques.

Convaincue que l’urgence est aujourd’hui au débat pédagogique pour éclairer nos concitoyens dans leurs choix et non à l’échange d’invectives, je regrette profondément la manière dont vous avez abordé ce débat, manière polémique plus susceptible de nuire à la nécessaire mobilisation de tous pour relever les défis environnementaux auxquels nous sommes confrontés que d’y apporter un éclairage constructif.

Espérant que le débat sur ces questions retrouve le sérieux et l’objectivité qu’il mérite,

Michèle PAPPALARDO

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Ma réponse à l’Ademe

À l’attention de Michèle Pappalardo, directrice de l’Ademe

Chère Madame Pappalardo,

J’ai bien reçu votre lettre datée semble-t-il du 12 octobre 2007. Je dis semble, car vos services, fait peu commun, ont décidé de la rendre publique sur le site Internet du journal 20 minutes avant que je ne l’aie reçu. Mais peut-être n’étais-je pas le destinataire principal ?

N’importe. Je l’ai lue avec toute l’attention nécessaire. Un premier commentaire s’impose : vous n’êtes pas contente. Mon livre vous a fortement irritée, et je le comprends sans peine. Car en effet, j’accuse l’Ademe, que vous dirigez, d’abriter en son sein Agrice (Agriculture pour la chimie et l’énergie), structure au service du lobby des biocarburants.
Mon deuxième commentaire sera de fond. Vous ne faites que confirmer ce que j’ai écrit, à part quelques points que je juge insignifiants. J’en reste tout songeur. Rien ne vous semble donc anormal, dans cette tragique affaire ? Reprenons point par point, si vous le voulez bien.

1/Ce qu’est un lobby
Selon vous, Agrice ne serait pas un lobby, terme qui visiblement vous choque. Je ne sache pas, pourtant, que l’activité des milliers de cabinets de lobbying installés en France ou à Bruxelles, auprès de la Commission européenne, soit illégale. Et je maintiens qu’Agrice, groupement qui mêle la grande industrie et des services d’État, est un lobby, qui pratique un étonnant mélange de genres.

2/Ce qu’est le secret
Vous m’attribuez, à propos des travaux de l’Agrice des mots – j’attaquerais leur confidentialité, jugée « anormale et totale » - que je n’ai pas utilisés. Et je vous rappelle que ce paragraphe reprend une citation du Conseil économique et social (page 75) que vous vous gardez de commenter. J’ajouterais que l’une de vos phrases m’a fait sourire. La voici : « Tous les rapports non confidentiels peuvent être consultés dans les centres de documentation de l’Ademe, voire sont consultables en ligne ». Comme vous dites, ceux qui ne sont pas confidentiels.

3/Ce qu’est une étude
Nous voilà au cœur du sujet, avec cette rude question des études. Ou plutôt, de l’étude unique. Car vous savez mieux que moi que toute cette histoire est née d’un problème de débouchés commerciaux. Le reste vient en accompagnement. Cette preuve immédiate : comme vous le reconnaissez entre les lignes, aucune étude sur le bilan énergétique et écologique des biocarburants n’a été commandée en France avant 2002. Étrange, non ? Ainsi donc, l’État défiscalisait à tour de bras avant même de savoir si cette nouveauté avait un intérêt énergétique ? Eh bien !

Bon, me direz-vous, l’étude est là. Mais quelle étude ? L’Ademe n’a-t-elle pas dans son personnel des scientifiques et ingénieurs de grande qualité ? Pourquoi diable l’Ademe a-t-elle confié ce travail décisif, payé par les Français, à un cabinet privé dont les transnationales sont depuis des lustres les principaux clients ? Madame Pappalardo, je pense que vous aurez à cœur de répondre sans détour.

Autre questionnement grave : pourquoi l’Ademe a-t-elle accepté que cette étude soit pilotée et contrôlée par le lobby des biocarburants, représenté en l’occurrence par des entreprises comme Bio Éthanol Nord Picardie, Cristal Union ou Saipol, accompagnées de TotalFinaElf ou PSA ? Oui, pourquoi ? Je vous informe une nouvelle fois – mon livre le dit déjà en détail – que cette étude est contestée dans sa méthodologie comme dans ses résultats. Pour cause !

4/Ce qu’est un coupe-feu
Rien ne va plus dans le monde des biocarburants, et je vous crois bien placée pour le savoir, chère madame. En effet, Jean Ziegler, rapporteur spécial des Nations Unies pour l’alimentation, vient de pousser un éclatant cri de colère planétaire. Selon lui, et je sais qu’il dit vrai, hélas, les biocarburants provoquent des hécatombes dans les pays du Sud. Il réclame un moratoire mondial de cinq ans, qui gèlerait cette nouvelle et audacieuse manière de faire rouler une voiture.

Je sais, madame, car je dispose heureusement de vraies informations, que l’Ademe est dans un terrible pétrin. Car la critique qui monte en Europe, mais aussi aux Etats-Unis, dans toute l’Amérique latine, en Afrique même, cette critique sera forcément la plus forte. Le soutien apporté par notre gouvernement, après bien d’autres, à la filière des biocarburants est une infamie. Je sais et pèse le poids des mots.

Vous évoquez dans votre lettre une réunion organisée par l’Ademe le 27 septembre dernier. Destinée à revoir, corriger, changer peut-être l’invraisemblable étude de 2002. Je ne prétendrai pas que mon livre en est la cause. Non. Mais je sais de source sérieuse que l’annonce de sa sortie le 3 octobre, bien connue de vos services, a accéléré le mouvement. J’en suis très simplement heureux. Surtout s’il ne s’agit pas – sait-on jamais – d’une pure et simple diversion.

Mais après tout, madame Pappalardo, vous n’êtes en rien responsable de la création d’Agrice, en 1994. Il est encore temps de changer d’orientation, je l’affirme. De considérer la politique française comme faisant partie d’un processus mondial qui affame les peuples, détruit les forêts tropicales et leur biodiversité, aggrave la crise de climat. J’espère que personne ne songe à nous rejouer la vieille faribole du « nuage de Tchernobyl », respectueux comme par miracle des frontières nationales. Cette affaire est mondiale, et toute action de la France, grand pays agricole, exportateur, est d’emblée mondiale.

(5) Ce qu’est une conclusion
Je veux finir par un point qui ne saurait être de détail. Le drame des biocarburants apparaît en direct, sous nos yeux. Chaque personne, quelle que soit sa responsabilité, a le devoir impérieux, là où elle est, de contribuer à stopper cette machine infernale. J’ai pris mes responsabilités, en écrivant un livre ferme. Il n’est pas insultant, contrairement à ce que vous feignez de croire. Il dit des vérités essentielles. Sachez-le, ou ignorez-le si vous préférez, il y aura un jour ou l’autre un procès mondial des biocarburants.

Car faire rouler un engin avec des plantes alimentaires dans un monde qui compte un milliard d’affamés chroniques, cela passe toutes les bornes connues. Ce n’est pas seulement immoral, c’est fou. Et c’est également une déclaration de guerre à tous les gueux de notre monde. Je n’en serai pas, madame Pappalardo. Et je vous conjure de ne pas en être, vous non plus. Nous ne nous connaissons pas, et je n’ai pas de raison de douter de vous personnellement. C’est pourquoi je vous demande respectueusement, mais solennellement, la dissolution d’Agrice, qui n’a rien à voir avec le service public de la République.

Le 23 octobre 2007, Fabrice Nicolino

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Quand l’Ademe montre les dents

Je crois qu’il est temps de vous prévenir. Demain est une journée particulière. J’organise en effet à Paris, hôtel des Voyageurs, 22 rue Boulard, une conférence de presse, à 10h30. Pourquoi ? Merci de me permettre de répondre à cette question que vous ne pouvez poser.

Oui, pourquoi ? Parce que madame Pappalardo, patronne de l’Ademe, Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, m’a envoyé une lettre. Je ne l’ai pas encore reçue, par les voies habituelles en tout cas. Mais connaissant son contenu, je puis vous dire que cette personne, que je ne connais pas, est très en colère contre moi. En effet, j’accuse l’Ademe, dans mon livre, d’avoir créé une structure - Agrice - au service du lobby des biocarburants. Autrement dit, je suis d’accord sur un point avec madame Pappalardo : c’est désagréable.

Au moment où Jean Ziegler, rapporteur spécial de l’Onu sur l’alimentation, évoque le spectre d’hécatombes par la faim, provoquées par le boom sur les biocarburants, c’est même très désagréable. Mais c’est surtout très vrai. Je n’ai pas l’habitude de me laisser impressionner, et tenez, ce n’est pas demain que je vais commencer.

Donc, une conférence de presse que je prévois  vivante. On verra bien. Gilles Clément, jardinier connu dans le monde entier, sera là, à mes côtés. Je lirai ma réponse à madame Pappalardo, et des amis interviendront pour leur compte. Des surprises sont à prévoir, je n’en dirai pas plus ce jour, comprenez-moi.

Par ailleurs, je compte toujours autant sur vous pour parler de mon livre et de son contenu. C’est le moment ! Du côté de la presse, il faudrait être grincheux pour se plaindre, et je ne le ferai pas. Toutes les radios ou presque ont parlé ou parleront plus ou moins longuement de mon bouquin. Et France 2, et France 3. Et une ribambelle de titres de la presse écrite, dont l’Est Républicain, le Journal de la Haute-Marne, L’Écho (Bruxelles), Libération, Le Monde (interractif), Charlie, Politis, La Vie, la Croix, le JDD, L’Humanité, Le Canard enchaîné, et j’en oublie un paquet, car je ne suis pas quelqu’un de très ordonné. En tout cas, ça marche, pas de doute. Continuons ensemble !

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De retour du beau

À peine rentré du beau, le laid. J’ai vu dans le sud des garrigues et des châtaigneraies perdant leurs bogues sous le soleil d’octobre. Pas au même endroit. J’ai vu le milan royal tournoyer dans les cieux. J’ai senti l’odeur des champignons sur les schistes. Eh oui, heureux, une fois encore.

Et de retour, cet article du journal Le Monde qui clignote sous mon nez. Signé de la journaliste Laetitia Clavreul. En date du samedi 20 octobre (http://www.lemonde.fr), il occupe le haut de la der, la dernière page. On ne voit donc que lui. Madame Clavreul a écrit un bon article auquel je n’ai rien à reprocher. Il est factuel, intéressant, et m’a d’ailleurs appris des choses que j’ignorais. Ou plutôt que je ne devinais pas. Ainsi, le lobby des biocarburants français se retrouve-t-il dans une nasse, par sa faute. Le boom en cours fait exploser le cours des céréales, mais en retour, les producteurs - de blé, par exemple - risquent de ne plus avoir intérêt à livrer leur récolte aux raffineries qui fabriquent des biocarburants. Citation : “Si les prix continuent à monter, les industriels pourront-ils rentabiliser leurs installations avec un blé passé de moins de 100 euros à 250 euros la tonne ?”.

Oui, comme un air de farce, dont je n’oublie pas qu’elle est sinistre. Mais je n’aurais pas évoqué ce article-là sans le titre qui l’accompagne, et que voici : “La fin des agrocarburants ?”. Je suis bien certain que son auteur n’est pas la journaliste, mais plutôt un chef de service ou un rédac’ chef. Et cela change tout. Car ce titre est calamiteux. Il dit ce que ne dit en aucune manière le papier. Il proclame une perspective qui n’existe que dans l’esprit sous-informé de celui qui en a eu l’idée. Car tout au contraire - mille fois hélas -, la métamachine planétaire est lancée. Planétaire, et non française. Des intérêts géants, mêlant géostratégie, économie, industrie, ignorance crasse, poussent en avant cette entreprise.

Certes, en tel lieu de la terre, l’affaire peut sembler en difficulté. Mais globalement, l’engin monte les pentes une à une. Autrement dit, l’article du Monde annonce le faux. Même sous forme interrogative. Et contribue à semer le trouble dans une opinion qui a le plus grand mal à comprendre de quoi il retourne. Ne s’agirait-il pas d’une pub détournée pour mon livre La faim, la bagnole, le blé et nous ? Si, en effet, mais elle n’est nullement empruntée. Je vous conseille sans hésiter de lire ce que j’ai écrit. Et nous pourrons toujours en reparler ensuite.

À part tout cela, j’ai vu également, au cours de mon escapade de ces derniers jours, des brebis nourries au regain de la semaine passée, gardées dehors par un berger à l’ancienne. Dans les buis et le roc. Et cela, personne ne me le reprendra.

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NOTA BENE

Ceci est un rajout du 16 octobre, après mon article sur Ces écologistes en colère contre moi. Je le regrette, mais je dois mettre entre parenthèses notre rendez-vous quotidien. Je dois en effet aller en province quelques jours, et sauf coup de chance, je ne pourrais rien écrire avant samedi 20 ou même dimanche 21 octobre. D’ici là, bien entendu, révisez.

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Ces écologistes en colère contre moi

Dans mon livre, je consacre un chapitre difficile (à écrire) aux “écologistes” qui ne s’opposent pas clairement aux biocarburants. Je viens de recevoir une lettre courroucée de Sandrine Mathy,
Présidente du Réseau Action Climat-France, que j’ai effectivement mis en cause. Je vous propose de vous faire lire la lettre de madame Mathy, que je ne connais pas, suivie de ma réponse. Évidemment, les commentaires sont les bienvenus, mais autant que possible, qu’ils soient en rapport avec ce que j’écris dans mon livre. Qu’on m’évite donc, j’ai le droit de rêver un peu, les procès d’intention.

À l’attention de M. Nicolino
Montreuil, le 15 octobre 2007

Cher Monsieur ,
Le Réseau Action Climat-France a été pour le moins surpris d’apprendre, tout d’abord par l’échange de mail avec Diane Vandaele, puis par la lecture de votre dernier ouvrage « La faim, la bagnole, le blé et nous », que vous classiez notre association dans la catégorie de « Ces écolos qui applaudissent ».
Ce courrier a donc pour but de vous exposer pourquoi nous réfutons cette catégorisation et pourquoi vos attaques et critiques nous semblent s’être trompées de cible. Certes, les propos que vous reprenez à la page 144 sont exacts et proviennent bien d’un communiqué de presse du RAC-F datant de mai 2006 en réaction aux annonces du Premier ministre de l’époque. Par contre, le procédé que vous utilisez, consistant à sortir une phrase de son contexte, a pour conséquence de discréditer l’auteur en se focalisant sur quelques mots seulement, sans avoir de vision globale de son point de vue.
Vous critiquez le fait que le RAC-F demande des critères de certifications. L’établissement de critères est en effet une de nos demandes, mais elle n’est pas, et de loin, notre seule requête. Il semble que vous ayez été un peu rapide dans votre analyse. Ainsi : Si vous nous aviez contacté et lu plus en profondeur nos publications, vous vous seriez rendu compte que notre note de position sur les agrocarburants prend en compte de nombreux facteurs et que le RAC-F a été une des premières et une des très rares associations à s’opposer au développement des agrocarburants, alors que ceux-ci bénéficiaient d’un fort support gouvernemental et médiatique et d’une image positive dansl’opinion publique.

Notre travail s’appuie énormément sur les travaux de l’association EDEN et Patrick Sadones, adhérent individuel du RAC-F, dont vous faites cas du travail quelques pages plus tôt dans votre livre, est notre expert agrocarburants. Il a d’ailleurs été l’un de vos relecteurs, sans avoir connaissance des critiques que vous faisiez de notre association.

Si vous aviez pris le temps de connaître les associations actives sur ce sujet, vous vous seriez aperçu que le RAC-F est membre du RAADIS (Réseau pour une agriculture et une alimentation durables inventives et solidaires), plate-forme qui rassemble des associations agricoles, environnementales et de solidarité internationale et que dans ce cadre nous avons publié conjointement une note sur le développement des agrocarburants au niveau mondial en se focalisant sur les impacts au Sud, sur la souveraineté alimentaires et sur les aspects sociaux.

Nous avons donc été très déçu de voir que le RAC-F - qui travaille depuis plus de deux ans sur ce sujet et qui n’a cessé publiquement de critiquer la politique gouvernementale en faveur des agrocarburants - est, en quelques lignes, décrédibilisé aux yeux de vos lecteurs militants.
Il aurait été plus juste et déontologiquement plus correct de nous contacter avant d’avancer l’hypothèse que le RAC-F « applaudit le développement des agrocarburants », ce qui est tout simplement faux. Nous ne manquerons pas de communiquer sur ce fait. En espérant que ce courrier ne vous semblera pas déplacé et que vous trouverez le temps d’approfondir vos connaissances sur notre réseau et sur nos positions, je vous prie d’agréer, cher Monsieur, mes sincères salutations.

Sandrine Mathy
Présidente du Réseau Action Climat-France

LA RÉPONSE DE FABRICE NICOLINO

Chère madame,

Inutile de biaiser. Je savais que vous seriez en colère. Mais la première chose que je souhaite vous dire, vous qui semblez être une adepte de la déontologie, vous qui me reprochez audacieusement de sortir des phrases de leur contexte, c’est de respecter ce que j’ai écrit. De ne pas inventer, donc. J’imagine que ce n’est pas trop demander.

Avec une audace certaine, vous écrivez textuellement : “Il aurait été plus juste et déontologiquement plus correct de nous contacter avant d’avancer l’hypothèse que le RAC-F « applaudit le développement des agrocarburants », ce qui est tout simplement faux.” Ce qui est totalement faux, madame Mathy, c’est votre affirmation. Vous mettez entre parenthèses, ce qui veut faire croire que vous l’avez extrait de mon livre, l’expression « applaudit le développement des agrocarburants ». Mais elle ne s’y trouve évidemment pas. Et quand j’écris évidemment, c’est parce que je n’ai jamais pensé une telle sottise. J’en arrive froidement à me demander si vous avez lu mon livre avant de faire cette lettre. Et sachez que j’aimerais être sûr de la réponse.

Pour le reste, je tâcherai de ne pas être méchant. Car je rends hommage dans mon livre à l’action du RAC par rapport à la crise climatique, donc à vous même. Et je ne le regrette pas. Mais cela signifie-t-il qu’il faudrait s’interdire toute critique ? Je ne le pense pas, figurez-vous. Et je maintiens, figurez-vous, la totalité de mes commentaires sur le RAC. Car vous avez été incapable de vous opposer si peu que ce soit à cette infamie appelée biocarburants.

Incapable. Il ne vous semble donc pas évident qu’on n’a pas le droit moral de faire rouler des bagnoles avec des plantes alimentaires ? Puis, concernant la question climatique, qui vous occupe en priorité, comment se fait-il que vous n’ayez pas alerté, à partir des études de Pimentel et Patzek ? Pourquoi diable n’avez-vous pas profité des analyses de Patrick Sadones, s’il est aussi proche de vous que vous l’écrivez ? Où est l’examen au chalumeau de la grande étude française de 2002, commandée par l’Ademe, mais pilotée par l’industrie et le lobby ?

Vous me reprochez de ne pas avoir assez regardé de près votre travail ? Je préfère en rire. Vous vous montrez dans votre lettre impuissante à montrer la moindre opposition réelle au gouvernement en place et à ceux qui l’ont précédé. Pour cause : vous ne remettez pas en question les biocarburants dans leur principe, mais les modalités de leur exploitation. Et c’est bien ce qui nous oppose radicalement.

Encore un point, qui me fait rire aussi, mais jaune cette fois. Vous parlez dans votre lettre de mes “lecteurs militants”. C’est un procédé dépréciatif, que je croyais réservé à d’autres que vous. Madame Mathy, je n’ai évidemment rien contre vous personnellement. Ni contre le RAC d’ailleurs. Mais la cause qui m’obsède, cette crise écologique multiforme, justifie pleinement de passer au-dessus du confort moral et intellectuel des structures, quelles qu’elles soient. L’affaire des biocarburants ne fait que commencer. Elle est de nature criminelle, je pèse à nouveau le sens des mots. Et je ne peux souhaiter qu’une chose : que le RAC comprenne enfin de quoi il retourne. Alors, mais alors seulement, nous marcherons à nouveau du même pas.

Le 16 octobre 2007, journée mondiale de l’alimentation, Fabrice Nicolino

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Mais qu’ils boivent donc du vin !

Je vous ai déjà parlé ici (fabrice-nicolino.com), il y a un mois déjà, du problème de l’eau en Inde. Les nécrocarburants ne peuvent que l’aggraver dans des proportions géantes. Voyez, il faut continuer à me lire. L’institut international de gestion de l’eau (IWMI) vient de remettre un rapport sur la question (www.reuters.com), qui agite les milieux internationaux, comme on dit pour parler des grands organismes.

“La Chine et l’Inde, dit ce rapport, les deux premiers producteurs et consommateurs de nombreux produits agricoles, font déjà face à de sévères limitations d’eau dans la production agricole”, ajoutant exactement ceci : “la production domestique de biocarburants dérivés des récoltes ne fera que tendre l’approvisionnement en eau de ces pays, et compromettra gravement leur capacité à répondre aux besoins d’alimentation futurs”.

La Chine envisage pourtant de quadrupler sa production nationale de bio/nécrocarburants, en s’appuyant sur le maïs. L’Inde est sur la même voie, mais mise sur la canne à sucre. Ces deux plantes, outre qu’elles sont alimentaires, exigent de grandes quantités d’eau. Qui ne seront donc pas utilisées pour abreuver les hommes et les animaux, mais la bagnole. Un litre d’éthanol made in China réclame le gaspillage de 2 400 litres d’eau. Il en faut 3 500 litres pour obtenir un litre d’éthanol made in India.

Je crois pouvoir vous annoncer que c’est une grande nouvelle pour les pinardiers français. Qu’attend madame Lagarde, ministre de l’Économie pour partir là-bas ? Une tournée triomphale, de Delhi à Pékin, pour proposer nos vins de table, ne serait-il pas du meilleur goût ?

PS qui n’a pas de rapport direct : Des lecteurs de mon livre me signalent qu’il est parfois difficile à trouver. Parfois épuisé - tant mieux ! -, mais parfois non demandé à Fayard, l’éditeur. N’hésitez surtout pas à intervenir. Vous êtes la seule chance de ce bouquin, et je parle sérieusement et sincèrement.

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La ministre et le crime

C’est une première, dont je vous laisse juges. Cet article a été modifié par mes soins. Car j’ai estimé, finalement, que sa première version, qui rapprochait, sans les comparer - par Dieu ! - Jacques Foccart et Nathalie Kosciusko-Morizet serait fatalement mal comprise. Or, je n’ai guère besoin de cela en plus.

Voici donc une deuxième version, qui n’est pas pour autant light. La secrétaire d’État à l’Écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, a finalement réagi aux propos de Jean Ziegler, qui compte réclamer un moratoire de 5 ans sur les nécrocarburants (1). Et, figurez-vous, elle commente dans un enretien avec la journaliste Élise Rousseau (2) ce que Ziegler appelle un crime contre l’humanité. Mais attention, elle n’est pas du genre expansif. “Ce genre de mots, a-t-elle confié, doit être utilisé avec prudence au risque de brouiller le message”.

Pardi, prudence, nous ne parlons jamais que de famine ! La suite du propos est extraordinaire : elle confirme qu’il y a “des questionnements très forts adressés en ce moment aux biocarburants”. Je pense et je suis même certain que mon livre fait partie de ces “questionnements très forts”. Et ? Et rien de rien, amis de la justice et de la vérité.

Madame NKM lâche, à propos de l’augmentation massive du prix des céréales, ce mot digne de Marie-Antoinette découvrant la misère : “C’est embêtant”. Puis ajoute, royale pour le coup : “Il ne faudrait pas jeter le bébé avec l’eau du bain”. Ce qui, en novlangue politique, signifie que la seconde, voire la troisième génération de nécrocarburants “offrent des perspectives”, d’autant que “la France a des atouts formidables à faire valoir en matière de biomasse.”.

Voilà, c’est tout pour ce dimanche soir. Et vive la France, bien sûr.

(1) http://fabrice-nicolino.com

(2) http://www.terre-net.fr

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Ce qu’est un livre de combat

J’ai oublié de vous le dire : La faim, la bagnole, le blé et nous est un livre de combat. Dans mes relations actuelles avec d’autres journalistes, sur fond de promotion, j’en entends de belles, croyez-moi. Il me faut parfois, je vous le jure, serrer les dents. Car entendre des gens qui défendent en militants, dans le moindre article ou le moindre sujet télévisé, ce monde-ci et ses choix, ce n’est pas une partie de plaisir.

Mais au moins, rentré chez moi, je peux sourire. Encore heureux. Une partie des journalistes que je rencontre me regarde comme le vilain petit canard que je suis. Certains osent dire le fond de leur pensée, et c’est alors du plus haut comique. Car à leurs yeux, c’est moi, le militant ! Et je les vois tordre le nez, surtout ceux qui n’ont pas même pris le temps de me lire. Je serais un énervé, un passionné, un militant donc. Mais pas eux.

Bon, ce n’est pas si grave. Militant ? Je ne suis pas sûr de la signification du mot. Si cela veut dire que, dans le grand combat planétaire entre la vie et la mort, j’ai choisi, il n’y a aucun doute. J’ai choisi. Et je plains ceux qui restent sur le bord du chemin. Et j’ajouterai que je suis un révolté. Davantage, si c’est possible, que lorsque j’avais seize ans. Et pourtant !

Je conteste et combats ce monde dans la moindre de ses structures, jusqu’au fond de son imaginaire, et mon coeur est acquis aux pauvres, aux animaux, aux arbres et plantes, à l’eau des sources et des mers, à la beauté fulgurante des Grands Causses au mois de mai, vers 11 heures du matin.

Mon livre est donc un livre de combat. Mais il est l’oeuvre d’un homme honnête, qui a beaucoup travaillé pour rendre publiques des informations cachées par d’autres. Mon livre est appuyé sur des chiffres, des faits, des études, des hommes, des lieux. Et je sais, je vous jure que je sais que personne ne pourra jamais détruire ce qui a été écrit. C’est comme ça, je n’ai rien d’autre à dire pour aujourd’hui.

Merci en tout cas al vero lettore. Merci de tout coeur à vous tous, amis lecteurs. Et à demain dimanche, si je trouve une minute.

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Alerte rouge à Bruxelles

Christian Berdot est membre des Amis de la Terre et il est l’un des très rares, en France, à suivre le dossier des nécrocarburants. Il vient de réaliser un petit exploit en traduisant très vite des documents essentiels dont le grand tort était d’être en anglais. En résumé, une partie décisive se joue en ce moment même dans les coulisses de la Commission européenne. Je lui laisse la parole. Si vous avez le temps, ce que j’espère vivement, vous allez en apprendre de belles sur l’avenir qu’on nous prépare. Il va falloir se bouger, et vite.

Agrocarburants :
alerte à Bruxelles !

Empêchons les industries automobile, pétrolière et biotechnologique d’inscrire les agrocarburants, comme priorité de la recherche et des subventions européennes, pour les 10 années qui viennent !

Ca vous prend 1 minute !
Une adresse, 5 croix, un commentaire…
voir en fin de message

Alerte lancée par l’Observatoire Européen de l’Industrie,
(Corporate European Observer), membre affilié de la Fédération européenne des Amis de la Terre (FoEE)

Consultation publique à propos de l’Agenda Stratégique de la Recherche (SRA) sur les agrocarburants, élaboré par la très pro-industrie Plateforme Technologique Européenne des Agrocarburants (EBFTP)

Quelques infos :

Le choix de l’Union Européenne pour les agrocarburants a été largement poussé par les industries qui vont directement profiter de leur développement et de leur utilisation à grande échelle. Ces industries sont des poids lourds de la Plateforme Technologique Européenne des Agrocarburants (EBFTP), groupe consultatif, mis en place par la Commission européenne (Direction Générale Recherche) avec comme rôle clé de développer l’Agenda Stratégique de la Recherche (SRA) pour les agrocarburants, c’est à dire identifier les secteurs clés de la recherche pour les 10 années à venir.

Les membres de cette plateforme reconnaissent, eux-mêmes, que leur objectif majeur est de réaliser les principales propositions définies dans le rapport « Biocarburants dans l’Union Européenne, une vision pour 2030 et au-delà », rédigé par BIOFRAC, groupe qui a précédé la Plateforme Technologique. BIOFRAC était massivement dominé par les industries automobile, pétrolière et biotechnologique et son rapport de juin 2006 - qui reflétait clairement cette orientation pro-industrie - est maintenant devenu un document officiel de la Commission. L’objectif principal de cette « vision » est d’arriver à ce que 25% des carburants automobiles soient fournis, d’ici 2030, par des agrocarburants. Qui plus est, le rapport faisait lourdement la promotion des agrocarburants de seconde génération et recommandait la mise en place de la plateforme technologique sur les agrocarburants.

La plateforme (EBFTP) fut créée en juin 2006 et  malgré de grands discours sur une ouverture à tous, dès le début le choix des membres fut une supercherie. Pour commencer, les membres du comité directeur furent sélectionnés par le président de BIOFRAC (Anders Roj de Volvo) et les  2 vice-présidents (Olivier Appert de l’Institut Français du Pétrole et le PDG d’Abengoa, Javier Salgado), en consultation avec la Commission. Le comité directeur qui en résulte, est totalement dominé par les industries et les centres de recherches qui ont des liens étroits avec l’industrie. Il est présidé par Luis Cabra de la compagnie pétrolière Repsol YPF et il n’y a pas une seule organisation de la société civile représentée. Les 5 groupes de travail sont aussi très largement dominés par des représentants de l’industrie et des centres de recherches. Plus de 300 personnes ont demandé à participer aux groupes de travail. Pourtant, avec un maximum de 25 personnes par groupe de travail, plus de la moitié des candidatures furent rejetées. Finalement, on ne retrouve que 2 représentants d’ONG sur les 125 membres des groupes de travail. Le secrétariat a refusé de donner la liste initiale des 300 candidats et l’Observatoire Européen de l’Industrie attend toujours les détails qu’on lui a promis, sur l’historique de ce choix.

Pour résumer : la Commission s’est assurée que les mêmes compagnies qui avaient rédigé la « Vision de l’Union européenne pour les agrocarburants » par l’intermédiaire de BIOFRAC puissent maintenant réaliser ses recommandations et définir l’agenda des recherches et du développement des agrocarburants. Ce sont en plus des compagnies qui ont des intérêts commerciaux directs dans le développement des agrocarburants dans l’Union européenne.

L’Agenda Stratégique de la Recherche (et le Document Stratégique de Déploiement) est en train d’être rédigé par l’EBFTP et a été consulté par les parties prenantes inscrites. Depuis le 26 septembre, il est ouvert à la consultation publique. Bien que la section de consultation du site de l’EBFTP (voir http://www.biofuelstp.eu/) ne précise pas quand la consultation publique se termine, d’autres sections du site précisent que cette consultation est ouverte jusqu’au 26 octobre. Une période aussi courte est en contradiction avec les lignes directrices de la Commission pour les processus de consultation qui exigent un minimum de 6 semaines. Début novembre, le comité directeur approuvera le rapport final qui sera rendu public à Bruxelles le 31 janvier.

Que pouvons-nous faire ?

Il nous faut nous opposer à ce processus. Le contenu de l’Agenda Stratégique de la Recherche va fortement déterminer où les fonds européens vont aller dans les années qui viennent  et aider les industries pétrolière, biotechnologique et autres, à continuer leurs coûteuses recherches dans les techniques de manipulations génétiques et autres développements nuisibles. Mais lutter contre ce processus, c’est aussi lutter contre les objectifs de l’Union européenne. En effet, une fois que l’argent  sera parti vers l’industrie pour la recherche et que l’Union européenne aura décidé que les agrocarburants de seconde génération sont pour une ou plusieurs raisons, une priorité, il sera alors difficile de stopper ce processus. On retrouve des plateformes technologiques dans d’autres domaines que les agrocarburants. Le schéma général consiste à laisser les industriels décider de ce que les priorités de la recherche devraient être pour l’UE et ensuite de leur fournir les moyens financiers  et la commercialisation des centres de recherches. Le but est d’aider à ce que des priorités identifiées par les industriels soient rapidement réalisées et commercialisées pour rendre ainsi l’UE plus compétitive.

Ce serait super si de nombreux groupes réagissaient à cette consultation et rejetaient le contenu de l’Agenda Statégique de la Recherche proposé par l’industrie. Nous pourrions réutiliser une partie des réponses pour la consultation sur la directive agrocarburants.

Tout le processus est biaisé à de nombreux niveaux et pas seulement à cause du contenu de l’Agenda mais aussi à cause de la composition de la Plateforme et du concept même de commercialisation de la recherche publique.

Il nous reste peu de temps et les consultations seront probablement closes, fin octobre. Vous pouvez télécharger le projet d’Agenda Stratégique de la Recherche et son Document Stratégique de Déploiement à l’adresse suivante : http://www.biofuelstp.eu/consultation.html

Si vous ne voulez pas lire les 60 pages de baratin, allez directement sur la page réponse : http://www.biofuelstp.eu/forms/stakeh/consult_response.html

On vous demande votre nom. Vous faites partie de la « civil society ». Vous pouvez refuser de voir votre email publié.

Ensuite, tout à fait en bas, vous cliquez systématiquement le 1 et ensuite dans « other  issue » (autre but ),  vous inscrivez par exemple « making money », (faire de l’argent) ; « increasing corporate power », (augmenter le pouvoir des multinationales) ; « greenwashing » (lavage vert) ; « smoke screen », (écran de fumée) …

Dans la dernière case, vous pouvez laisser comme commentaire : « outrageous proceeding ! », (procédure scandaleuse ! ) ; « a mokery of democracy » (une pantalonnade démocratique ) ; « since when is English the only language in the EU ? » (depuis quand l’anglais est la seule langue de l’Union européenne ? ) ; etc…

Vous pouvez bien sûr développer vos arguments et n’hésitez pas à le faire en français. Vous trouverez des idées d’arguments dans les articles suivants :
www.amisdelaterre.org/Ethanol-de-mais-speculation-et.html
www.amisdelaterre.org/Ethanol-l-energie-du-desespoir-ou.html
www.amisdelaterre.org/Une-usine-d-ethanol-a-base-de-mais.html http://www.amisdelaterre.org/OGM-biocarburants-et-euralis.html

Ensuite, diffusez, diffusez, diffusez !

Amitiés terrestres et landaises

C. Berdot

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Jean Ziegler est-il mon frère ?

 

La réponse à la question du titre de cet article est claire : non, Jean Ziegler n’est pas mon frère. Ziegler, vrai socialiste de coeur, Suisse, rapporteur de l’ONU pour le droit à l’alimentation, vient de faire une déclaration reprise dans le monde entier.

Dénonçant à juste titre les hécatombes en cours dans les pays du Sud - les nécrocarburants remplacent massivement les cultures vivrières -, Ziegler compte réclamer le 25 octobre, devant l’Assemblée des Nations Unies un moratoire mondial de 5 années sur ces productions de la mort. À supposer qu’on l’entende, ce qui n’arrivera pas, nous aurions donc tous un répit fort utile pour organiser le combat. Ergo, il a raison. Ergo, Ziegler est mon frère.

Mais non. Dans la foulée, Ziegler propose de ne consacrer aux biocarburants que les déchets végétaux ou des plantes non alimentaires. Sans en avoir conscience, il met sa noble voix au service du lobby mondial des nécrocarburants. Car ce dernier, conscient de l’ampleur du scandale actuel, a déjà préparé un argumentaire de secours : si la première génération de biocarburants est en effet discutable, voire néfaste, il suffit d’attendre la deuxième génération, qui viendra dans huit ou dix ans. Et qui utilisera des plantes génétiquement modifiées, des arbres chimériques et des graminées comme l’herbe à éléphant ou le panic érigé.

Ce serait déjà une belle et saisissante folie, mais Ziegler oublie quelque chose de plus décisif. Les surfaces disponibles sur terre sont limitées, terriblement limitées. Toute production agricole de masse - comme celle des biocarburants, quelle que soit la “génération” concernée - se fait et se fera au détriment des surfaces agricoles existantes et des forêts, surtout tropicales. Donc des hommes et des écosystèmes. Tout autre commentaire sur la question n’est que bien mauvaise littérature.

Jean Ziegler n’est donc pas mon frère. Il le sera, sait-on jamais, lorsqu’il osera mettre en question la place de la bagnole dans notre imaginaire et dans nos vies réelles. Encore un effort, Jean Ziegler.

PS, qui concerne mon livre : je n’ai guère le temps d’expliquer ce qui se passe au jour le jour à propos de mon livre. Mais soyez sûrs que je vous raconterai dans le détail. Ce soir du 11 octobre, je suis passé en coup de vent dans le JT de France 2, vers 20h10. Vous n’imaginez pas ce qu’il peut y avoir derrière. Mais je savais, et j’ai accepté en conscience, jugeant qu’il était important de signaler à des millions de gens qu’il existait une vraie opposition à cette saloperie. Mais peut-être ai-je eu tort ? D’autres JT sont en vue, et d’aures émissions de radio. Et de nombreux articles de presse, plus ou moins favorables. On se rapproche d’un point que je souhaitais atteindre : que la plupart de ceux qui sont intéressés sachent qu’un livre critique a paru. Et le reste ne m’appartient plus. Au fait, je suis invité à Gênes en novembre, par des associations italiennes. Et demain, je dois parler à Ivry, à l’arrivée de la marche anti-OGM menée par José Bové. Entre autres. Je n’arrête donc pas. Pardonnez s’il vous plaît les approximations.

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France Culture, Emission Terre à terre le 29 septembre 2007

Emission sur les biocarburants.

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Autopromotion

Je me rends compte que je ne vous raconte pas grand-chose sur les (petites) aventures de mon livre. La faute à pas de temps. La faute à je ne sais pas très bien quoi. Pourtant, il y a de quoi dire. L’essentiel tient en peu de mots : ce livre se vend. Grâce à vous, il n’y a pas de mystère. Je pense pouvoir vous en dire plus dans quelques jours, mais mon éditeur chez Fayard, Henri Trubert, m’a annoncé hier un premier retirage, six jours seulement après la sortie de La faim, la bagnole, le blé et nous. Or donc, il ne reste plus qu’à continuer.

Avant-hier, j’ai reçu un coup de fil d’un journaliste de France-Info, qui me proposait un débat en direct le soir même, à 18h45. Qu’auriez-vous fait ? J’ai dit oui, bien sûr, proposant même un adversaire que j’aurais eu grand plaisir à rencontrer, fût-ce par téléphone interposé. Qui ? Bernard Chaud, dont je parle dans mon livre. Longtemps en charge du dossier des biocarburants au ministère de l’Agriculture, ce valeureux fonctionnaire a rejoint tranquillement au printemps 2007 le groupe sucrier Tereos, héraut français des mêmes biocarburants.

Oui, j’aurais aimé parler du pays à Bernard Chaud. Dans l’après-midi, le journaliste de France-Info m’a rappelé pour me dire que, chez Tereos, c’était la panique. Je vous jure. Et que, après moult conciliabules, Bernard Chaud ne viendrait pas débattre avec moi. Cela a dû m’énerver, sans que j’en aie conscience. En tout cas, le soir, à l’antenne, j’ai été raide comme tout avec un député Nouveau Centre (l’ancienne UDF ralliée à Sarkozy) de la Somme, M.Demilly.

Il faut dire qu’il ne faisait que répéter les fiches qu’on lui prépare, elles-mêmes directement inspirées par l’industrie. Mettez-vous à ma place ! Je n’ai cessé de lui poser une seule et unique question, sur tous les tons : “Est-il moralement défendable de faire rouler des bagnoles avec des plantes alimentaires dans un monde qui compte un milliard d’affamés chroniques ?”. Vous savez quoi ? Il n’a pas répondu. Mettez-vous donc à sa place, à lui aussi !

PS 1 (ERRATUM) : J’en suis navré, mais j’ai fait une confusion, répandue, mais cela ne justifie rien. Dans mon livre, page 47, une formulation malheureuse laisse croire que le switchgrass et l’herbe à éléphant, ce serait la même chose. Les deux servent de matière première à des essais de biocarburants de la deuxième génération. Mais il s’agit de deux plantes différentes : le Miscanthus giganteus, c’est l’herbe à éléphants, le switchgrass, c’est le panic érigé. Cela ne change rien à rien, mais Je rectifierai dès que possible dans les prochaines éditions du livre.

PS 2 : Je lis (1) une information très jolie ce 10 octobre, que je vous livre telle :

Etats-Unis, Accords dans les biocarburants

 

Les accords se poursuivent tous azimuts outre-Atlantique autour des biocarburants de deuxième génération. Ainsi, Conoco Phillips et Archer Daniels Midland Company (ADM) ont annoncé fin septembre une alliance dans la biomasse pour la recherche et la commercialisation de produits issus du bois ou de switchgrass. L’objectif est de produire une matière de base de bonne qualité pour être transformée en biocarburant : le “biocrude”. ADM, un des principaux producteurs de soja, maïs, blé et cacao au monde, est déjà impliqué dans le diester et l’éthanol.


(1) http://www.reference-appro.eu

PS3 : cette modification en date du mardi 27 mai 2008. J’ai fait une regrettable confusion en écrivant ici l’automne passé que j’avais participé à un débat en compagnie du député Bignon. Il s’agissait en fait de Stéphane Demilly. Mille excuses.

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Le grand show de l’Illinois

Cet article tient au hasard. Recevant ce mardi un bulletin électronique de l’association latina Biodiversidad en América Latina, je commence à lire un article réjouissant de Carlos Amorín. Son titre (en français) : Agrocarburants, les transnationales ont de l’éthanol dans les veines. Un homme qui parvient en quelques lignes à se moquer de Franco, Pinochet et Hugo Márquez, ancien amiral fasciste de la marine d’Uruguay, ne saurait être qu’un ami lointain.

Donc, je lis. Et Amorín de décrire ce que vous commencez à connaître : le grand déferlement mondial des nécrocarburants, citant au passage un article du journal argentin La Nación. Que je consulte aussitôt (2). Je vous résume : La Nación a envoyé en septembre dernier un journaliste dans l’Illinois (États-Unis) pour y suivre une foire assez croquignolette : le Farm Progress Show. Comme le note Amorín, nul ne s’étonnerait d’y voir débarquer la Femme à barbe ou l’Homme-Araignée. Mais à la réflexion, ils sont là tous les deux, et bien d’autres.

L’envoyé spécial argentin a ainsi rencontré Curt Kessler, bateleur de la transnationale Syngenta. Cette dernière mettra en vente en 2008 un nouveau maïs transgénique, pourvu d’un gène d’amylase. D’après Kessler, c’est une révolution qui pourrait permettre “d’économiser le coût de fabrication de l’éthanol”. Ne m’en demandez pas davantage, mais sachez que 200 chimères du même genre, destinées à la fabrication d’éthanol, seraient en cours de réalisation aux États-Unis. 200 !

Le journaliste argentin a également vu des gens de Dow AgroSciences. Sur leur stand, grande parade en faveur de “Supercede HE High Energy“, jadis simple aliment pour le bétail. Les experts de Dow sont en train de le tester pour en faire un biocarburant de compétition, et je me doute bien qu’ils y parviendront. Le reste de l’article est à l’avenant, mais figurez-vous que j’en ai assez.

Encore un mot : très peu de gens dans ce pays de France savent qu’une révolution planétaire est en route. Rien d’aussi important que les nécrocarburants n’est arrivé dans le monde de l’agriculture industrielle depuis les OGM. Et, j’ose l’écrire, ses ravages sont beaucoup plus saisissants, bien plus immédiats, colossaux en vérité. Je vous demande, comme une prière, de faire circuler ces informations. Car derrière se trouvent des peuples, des animaux, des forêts, des écosystèmes uniques. Désolé de vous avoir coupé l’appétit.

(1) http://www.biodiversidadla.org/content/view/full/36016

(2) http://www.lanacion.com.ar

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Bienvenue à Marc Le Fur

 

À titre exceptionnel, je laisse ma place à, M. Marc Le Fur, député UMP des Côtes d’Armor, que tout le monde appelle localement le “député du cochon”. Parmi ses hauts faits, il a déposé en 2005 un amendement parlementaire obligeant l’administration de contrôle d’avertir à l’avance les porcheries industrielles en cas de visite sur le terrain. Une telle humanité ne saurait laisser indifférent. Le texte ci-dessous est une tribune publiée ce lundi 8 octobre 2007 dans le quotidien Les Échos. Franchement, c’est beau. (Je précise que le titre goûteux de l’article n’est pas de moi, mais figure bel et bien dans Les Échos)

LES BIOCARBURANTS ROULENT VERS L’INCONNU

Le développement de l’« essence verte » révèle toutes les contradictions de notre début de siècle, avec une préoccupation principale : la rareté des espaces.

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La France est un bon élève qu, malgré des atouts, risque d’être rapidement devancé.

Face à la nécessité de trouver des énergies alternatives, renouvelables et moins polluantes, nos sociétés envisagent à nouveau d’utiliser massivement l’espace rural à des fins énergétiques. Par un curieux balancier de l’histoire, le monde rural apparaît donc, grâce au développement des biocarburants, de nouveau susceptible d’impulser le progrès. Mais déjà les critiques fusent, et pas seulement du côté des écologistes appelant à un renouveau des biocarburants.

Car, en moins de cinq ans, la donne a complètement changé avec la hausse du prix des matières premières. La première génération, notamment les biodiesels en Europe, consiste à incorporer de l’huile végétale dans le gazole pour les véhicules Diesel. On a pour cela multiplié les plantations de colza bien au-delà des surfaces en jachère. De l’autre côté de l’Atlantique, le Brésil utilise l’éthanol, alcool utilisé dans les voitures à essence, et a développé les surfaces en canne à sucre, tandis que les Etats-Unis le produisent à partir du maïs. Mais ces cultures entrent désormais en concurrence avec la production végétale alimentaire. Les tortillas mexicaines ont connu une inflation de leur prix spectaculaire face à la demande américaine de maïs.

Face à la rareté de l’espace, trois impératifs s’imposent donc aujourd’hui au développement de biocarburants. Ces trois impératifs sont les trois critères de sélection des méthodes et des technologies qui seront rentables : le rendement énergétique à l’hectare, le bilan énergétique, produit de la soustraction entre l’énergie produite et l’énergie dépensée au cours de la production, la longueur des circuits de production.

Le cas du biodiesel

Examinons les modèles de développement à travers le monde au regard de ces trois critères. L’Europe, notamment l’Allemagne et la France, suivant en la matière les orientations des constructeurs automobiles, a fait le choix de développer le biodiesel dont la production mondiale est de 1,6 million de tonnes. Il est produit à partir de betterave, de tournesol ou de colza. 44 % sont produits en France, 22 % en Allemagne et 17 % en Italie. Le reste est produit ailleurs dans le monde, soit 17 %. La production de biodiesel utilise beaucoup trop de surfaces agricoles à cause du faible rendement de la plante source. On peut produire 1.500 litres de biodiesel par hectare. Ajoutons à cela que le colza, par exemple, nécessite une rotation de trois ou quatre ans. Quel est le bilan énergétique du biodiesel. Un hectare de colza mobilise 20.000 gigajoules pour produire 72.000 gigajoules. Donc 27 % de la capacité énergétique du colza sont consommés par la seule production de cette énergie. Le ratio de production nette d’énergie tiré du colza s’étend de 2,1 à 4,7 selon que l’on produit du diester ou de l’huile pure.

Les Etats-Unis et le Brésil ont fait le choix de l’éthanol. 19 millions de tonnes d’éthanol sont produites dans le monde, soit 12 fois plus que le biodiesel. 52 % de cette production a lieu au Brésil, 43 % aux Etats-Unis et 5 % ailleurs.

Choix européen

Si, sur le plan économique, le choix européen exige que l’on s’interroge car il est moins rentable et ne saurait raisonnablement fournir une alternative crédible à l’énergie fossile, il est des solutions astucieuses à partir d’huiles végétales pures qui souffrent de l’opposition des motoristes. En effet, au regard de leur rendement et de leur bilan énergétique, ces technologies ne plaident pas en faveur du colza ou du tournesol français, utilisés en priorité en raison de l’importance du parc diesel national. Comme le mettait en évidence Alain Marleix dans son rapport de 2004 sur les biocarburants, la France est « un bon élève qui, malgré des atouts, risque d’être rapidement devancé ».

La France se doit donc d’être innovante afin de ne pas se retrouver, comme sur l’éolien, condamnée à suivre les technologies élaborées par d’autres, comme les pays scandinaves. Le rapport du groupe de travail Douaud-Gruson sur les biocarburants du 15 janvier 2006 comporte à ce titre des pistes de réflexion intéressantes. Il reprend l’orientation soutenue par l’Union européenne, celle de la production de carburants liquides à partir du gaz de synthèse issu de la biomasse ou « biomass to liquid » (BTL). Ce processus résulte de la synthèse Fischer-Tropsch visant à fabriquer, à partir d’un gaz de synthèse, un carburant de type gazole constitué d’un mélange d’hydrocarbures. Selon le groupe de travail, « une grande quantité de biomasse lignocellulosique peut également provenir des résidus secs agricoles, dont la quantité et la composition peut varier de façon importante en fonction des espèces et des conditions pédoclimatiques ». Les membres du groupe ont ainsi évalué le gisement énergétique potentiel de ces résidus à 170 millions de tonnes équivalent pétrole pour l’Europe et 40 Mtep pour la France.

Nous sommes donc face à un choix économique, écologique et stratégique majeur : celui de la constitution d’une filière biocarburant performante, propre, assurant notre indépendance agricole et permettant une utilisation rationnelle de notre espace rural. L’Europe a compris l’intérêt des biocarburants. Elle a souhaité s’engager dans l’expérience des biocarburants de première génération, ceux qui sont tirés de végétaux destinés également à la consommation alimentaire comme le colza, le tournesol, la betterave. Se pose la question de la gestion de l’espace agricole, du bilan et du rendement énergétique de ces produits. On peut manifestement mieux faire. Engageons-nous dès maintenant dans la production de biocarburants de deuxième génération, plus rentable énergétiquement, tirés de produits qui n’entrent pas en concurrence sur le marché alimentaire et qui sont strictement dédiés à la production d’énergie.

Marc Le Fur, député UMP.

     

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Vers un procès des nécrocarburants ?

Mon livre a paru il y a quatre jours - c’est le cinquième - et les tout premiers échos sont bons, très bons même. Il faut vous dire que La faim, la bagnole, le blé et nous ne se contente pas de généralités. Il appuie précisément là où cela fait mal. Je ne me suis pas arrêté à l’entrée des lourdes portes capitonnées, et je n’ai pas frappé pour demander la permission d’entrer.

Non. J’ai essayé de comprendre comment une telle machine de guerre se met en place. Là-bas au loin, mais ici aussi. Il existe bien un lobby des biocarburants, dont les raisons sont d’ailleurs au départ compréhensibles. Imaginez que vous ayez un stock de café moulu sur le dos. Ou de roues de tracteurs. Ou d’enveloppes Kraft. Ou de téléviseurs Sony. Que décidez-vous ? Vous jetez le tout à la benne ? Pas si sûr.

L’agriculture industrielle s’est retrouvée à l’orée des années 90 avec des stocks invendables de céréales sur les bretelles. Invendables, je précise. Car dans les conditions du marché, pas question de donner quoi que ce soit, ce serait la fin du monde. Il faut trouver un client solvable. Un miséreux n’entrant pas dans cette catégorie, les stocks s’accumulaient. D’où une réforme drastique de la Politique agricole commune (PAC) en 1992, et ce gel de 15 % des terres sous la forme de “jachères”.

Tout est parti de là. Il fallait trouver des débouchés à tout prix. Et ce fut le boom sur les biocarburants. Ensuite, mais seulement ensuite, on imagina des arguments en faveur de la filière. Elle serait une aubaine pour les paysans de France, distribuant alentour richesse et travail. Elle permettrait de lutter contre l’effet de serre, etc.

Tout est bien parti de là. Dans mon livre, je mets en cause les liens entre l’Ademe, agence “écolo” qui dépend du ministère de l’Écologie, et le lobby industriel des biocarburants. À un mois de la fin du Grenelle de l’environnement, je puis vous dire que cela fait grincer bien des dents. Des confidences précises m’apprennent que la patronne de l’Ademe, Mme Pappalardo, ne décolère pas. On me parle même d’avocat, qui regarderait de près mes interventions publiques, y compris ici, sur ce blog.

Je vais vous dire sans forfanterie : j’assumerai. Et si procès il doit y avoir, ce sera celui des nécrocarburants, et pas le mien. Si l’on souhaite que viennent à Paris des témoins brésiliens, indonésiens, camerounais, du grand désastre en cours, ils viendront. Et je garantis quelques surprises au passage dont on se souviendra. Je dois dire que je m’en passerais bien. Mais je ne reculerai pas.

À part cela, je me permets de remercier sincèrement Denis Cheissoux, de France Inter. Il a ses idées et points de vue, et moi les miens. Mais il m’a offert samedi, hier, une heure d’émission pour évoquer mon livre dans CO2 mon amour. Le courage existe, il suffit d’ouvrir les oreilles. Merci, donc.

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Samedi, montre en mains

Mon livre La faim, la bagnole, le blé et nous (Fayard), paru il y a trois jours - c’est le quatrième - n’a pas l’air de plaire à tout le monde. J’ai sous le coude quelques anecdotes plus ou moins confraternelles que j’espère pouvoir vous raconter sous peu. Mais quoi ? Je savais ce qui m’attendait.

Mieux vaut continuer à parler des nécrocarburants. Car le sujet est là, et nulle part ailleurs. En Colombie aussi. Le pays de la coca, des FARC, d’Ingrid Betancourt et de la violencia. En 1948, Jorge Elieter Gaitan, leader politique local (photo), fut assassiné en pleine rue, à Bogota. La guerre civile qui s’ensuivit tua environ 300 000 personnes. Tout ce dont vous entendez parler à la télé vient de là. Cela n’excuse rien ni personne, mais cela explique.

Or cette guerre atroce fut essentiellement agraire, dans un pays encore profondément agricole, aux mains des latifundiaires. L’arrivée des biocarburants au milieu de ce qu’il faut appeler un merdier n’arrange rien, vous vous en doutez. Je lis ce samedi matin un article dans un journal colombien (2). Le sénateur de gauche Jorge Robledo y raconte que les agrocombustibles dévastent et vont dévaster le pays. D’abord parce qu’ils font flamber le prix des denrées alimentaires de base.

Contrairement à ce qu’avance le président en place, Alvaro Uribe Vélez, les biocarburants produits en Colombie ne seront pas exportés. Ils n’auraient pas de vraie valeur commerciale, car ils n’existent qu’à coup de subventions étatiques, 300 millions de dollars en 2007. C’est énorme ! Selon le sénateur, toute cette construction servirait, pour l’essentiel, les affaires de cinq ingénieurs de haut rang.

Et bien entendu - cela commence à se savoir -, les agrocombustibles seraient en réalité pires pour le climat que le pétrole. Même si vous ne lisez pas l’espagnol, il vous sera aisé de comprendre ce qui suit, de la bouche même de Jorge Robledo : “El gobierno de Uribe es un gobierno de manipuladores. De creadores de falsas realidades. De impostadores de la verdad. En el caso de los agrocombustibles, es absolutamente claro”.

C’est absolument clair, en effet. Et comme il est 11h25, ce samedi, montre en mains, il est temps pour moi de penser à me préparer. Tout à l’heure, je passe dans l’émission de Denis Cheissoux, sur France-Inter, CO2 mon amour. Un plaisir. Vrai.

(1) http://www.novacolombia.info

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Un petit creux ?

TROISIÈME JOUR DU LIVRE LA FAIM, LA BAGNOLE, LE BLÉ ET NOUS

Je ne devrais pas rire. D’ailleurs, je ne ris pas. Ce 5 octobre 2007, chez moi, au chaud, le ventre plein, je pense à la faim. Vous n’imaginez pas, j’imagine. Avoir faim. Chercher 100 calories sans lesquelles votre aîné n’arrivera pas à se lever. Ou 50 pour permettre à votre vieux père d’attendre le lendemain, pour le cas où un miracle se produirait. Mettez-vous une seconde - plus, ce serait impossible - dans la peau d’un vrai misérable du monde. La faim. Les rides de la détresse. L’impossibilité de calmer ces foutues crampes. Les cris, la souffrance, l’impuissance. Un jour, deux mois, dix ans. Il y a sur cette planète un milliard d’affamés chroniques, et 2,7 milliards qui survivent avec moins de deux dollars par jour.

Je reconnais parler de ce que je ne connais pas. Mais je lis néanmoins, ce 5 octobre 2007, un communiqué de la FAO, l’agence onusienne chargée de l’agriculture et de l’alimentation. Vous avez encore envie de savoir ? Voici : son directeur général, Jacques Diouf s’inquiète des « risques de troubles sociaux et politiques » dans un certain nombre de pays pauvres. À cause de la hausse du prix des céréales.

Et Diouf de citer parmi les causes de cet enfer moderne le boom sur les biocarburants. Bien entendu, le marché alimentaire était déjà tendu : le dérèglement climatique et l’augmentation perpétuelle de la demande jouent sur l’état des stocks, depuis des années déjà. Mais le vrai changement, celui qui déséquilibre et fait basculer, c’est cette incroyable saloperie appelée “biocarburants”. Cette indécente volonté d’utiliser des plantes alimentaires pour faire rouler des bagnoles. Que les promoteurs de cette merde osent se montrer sur la scène publique ! Qu’ils osent dire qu’ils préfèrent voir rouler une bagnole que manger un paysan du Burkina, de Malaisie ou du Brésil ! Croyez-moi, je les attends.

Si vous n’êtes pas encore totalement dégoûté, lisez cet autre communiqué en français de la FAO (1), datant de cet été. Il devrait être à la une de nos grands journaux du matin au soir et du soir au matin. Mais cette réalité n’existe pas. Dans le monde tel qu’il est, dans la presse telle qu’elle est, le faux est préférable au vrai. War is Peace. Freedom is Slavery. Ignorance is Strength. Telle est la trilogie de notre univers, la novlangue de 1984. Nous sommes arrivés.

(1) http://www.fao.org

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Première, deuxième, troisième génération

Déjà le deuxième jour ? Déjà, oui. Je laisse de côté, aujourd’hui du moins, les aléas promotionnels de la sortie de mon livre. Mais j’y reviendrai, car il y a des drôleries au programme.

En attendant, sachez que les défenseurs des biocarburants sont des farceurs de grande qualité. Je vous invite pour commencer à lire les envolées d’un chercheur du Cirad (1). Il raconte, avec une conviction qui n’est hélas pas feinte, pourquoi il faut se lancer dans les biocarburants de deuxième génération. D’une manière si curieuse qu’elle me fait sourire, il se concentre exclusivement sur l’exemple français. Oubliés le palmier à huile, le soja, la canne à sucre, par quoi l’on remplace au Sud les forêts tropicales. La France, monsieur !

Et en France, il n’est question que de tournesol et de colza. Pour contrer ceux qui constatent l’évidence - la concurrence entre plantes alimentaires et plantes alimentaires destinées à la bagnole - notre ami chercheur évoque les biocarburants de la deuxième génération. Nous sommes, au moment de cet entretien, à la fin de 2005. Et notre ami chercheur est heureux de nous annoncer la bonne nouvelle : la recherche avance. On va pouvoir, assure-t-il, s’en prendre aux résidus végétaux d’après-récolte, à la cellulose des arbres, à la lignine aussi.

Faut-il insister ? Même moi, je sais le rôle essentiel des pailles et des restes végétaux dans l’entretien d’un sol vivant. Qui veut les “exporter” des champs, comme le dit le jargon, accepte - évidemment - d’avoir recours massivement aux engrais et aux pesticides pour “compenser”. Il n’y a pas d’échappatoire.

Je raconte par ailleurs dans mon livre ce que veut dire “extraire” la lignine et la cellulose des arbres. Pour des raisons de rendement, l’industrie de l’agriculture a créé des arbres chimériques, des arbres OGM au tronc mou, qui ont commencé d’être plantés au Brésil. Pour les biocarburants. Je n’invente pas.

Mais si la première génération - la seule qui existe réellement - est une catastrophe planétaire, et que la deuxième n’est pas si terrible, ne peut-on pas imaginer dès maintenant une troisième génération ? Mais bien sûr que oui, voyons ! Je lis que le gouvernement canadien a décidé de consacrer 500 millions de dollars, pour commencer, à cette nouvelle aventure extraterrestre (2). Ce que c’est ? Mais je ne s’en sais rien ! Eux non plus d’ailleurs (3). L’important est d’avancer, de grapiller des subventions et des appuis politiques. Et de rendre ainsi le procssus irréversible.

Ces gens connaissent la chanson, depuis le temps. Peu importent les conséquences. Quand un lobby se met en tête d’imposer ses vues sur un sujet aussi incertain que les biocarburants, il monte à l’assaut, en rassemblant ses forces. À l’abri de l’Ademe, par exemple, comme je le démontre dans mon livre. Ensuite commence l’ascension. Les verrous sautent les uns après les autres, chaque invention de langage renforçant chaque fantaisie de la propagande. Quand la masse critique est atteinte, il y a davantage de gens qui ont intérêt à ce que la machine continue que de braves imbéciles dans mon genre à protester contre l’imposture. Et la marche en avant continue.

(1) http://www.terre-net.fr

(2) http://oee.rncan.gc.ca

(3) http://www.agri02.com

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C’est parti !

Nous sommes le 3 octobre, et mon livre La faim, la bagnole, le blé et nous (Une dénonciation des biocarburants) sort ce jour dans toutes les excellentes librairies. Chez Fayard. Son destin ne m’appartient plus, et je peux vous avouer que j’en suis fichtrement heureux.

À vous de jouer, si cela vous tente, si cela vous convainc. J’ai fait ma part. Ce qui ne veut pas dire - hélas - que je pars dans les gorges de la Loire, l’un de mes lieux les plus chers, en France du moins. Non, je reste.

Car la promotion d’un livre, c’est un vrai boulot, en partie désopilant. Si vous saviez comment ça marche ! Je vous raconterai, dès que j’aurai le temps. À côté de quelques valeureux journalistes, qui font des efforts pour lire et poser des questions sensées, que de charlatanerie !

Je ne me plains pas, il ne manquerait plus que cela. Du tout. Je suis passé pour l’heure sur Europe 1, France-Inter lundi matin, et surtout France-Culture samedi dernier, pendant une heure. Ruth Stegassy, la journaliste de l’émission Terre à Terre, est un contre-exemple parfait. Sympa, chaleureuse, attentive, intelligente. Je m’arrête là pour ne pas lui causer d’ennuis. Faire ce genre d’émission vous rehausse. Et d’ailleurs, un très grand nombre de personnes m’ont contacté à la suite de mon passage. Preuve que France-Culture sert bien à quelque chose.

Côté presse écrite, déjà des articles dans Le Canard Enchaîné de ce matin, et un autre publié dans les Inrocks d’hier. Ce dernier m’a franchement fait marrer, mais ne le dites pas à son auteure, elle se vexerait. Ou elle croirait que je suis mécontent. En aucun cas. Au reste, il est favorable au livre. Mais comment dire ? Comment est-ce possible ?

Je suis passé hier sur le site du Monde.fr, pour une discussion d’une heure avec les internautes qui fréquentent le site, et c’était un très bon moment, grâce à l’accueil de Matthieu Auzanneau, un bon journaliste que je connaissais de réputation.

Bien d’autres rendez-vous sont prévus, et c’est plutôt une bonne surprise. Ce samedi, on m’entendra par exemple sur Inter, dans l’émissions de Denis Cheissoux. Pour l’heure, crevé comme je suis, je ne rêve que d’une chose : dormir. Mais je suis sûr que vous avez mieux à faire. À nos retrouvailles, dès demain !

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Gare à la concurrence !

Attention, pur chef d’oeuvre. D’humour qu’on aimerait britannique, façon Monty Python. D’amoralisme appliqué, plus certainement. Un article du Sunday Times (1) m’apprend ce dimanche 30 septembre 2007 que le lobby européen des biocarburants est fâché. Colère rouge. Verte.

The Renewable Energy Association, qui regroupe l’industrie des nécros, réclame à l’Union européenne une vive réaction, immédiate. Ces preux chevaliers de la destruction protestent avec la dernière énergie contre les prix de dumping de leurs amis-ennemis…américains.

Car le lobby américain inonde le marché européen avec des biocarburants très bon marché, trop bon marché. Être libéral, oui, mais point trop n’en faut quand même. Les biocarburants made in America représenteraient aujourd’hui 50 % du marché européen. Pardi, clament les Britanniques, qui font pourtant pareil : ces salopards d’Amerloques profiteraient de larges primes fédérales accordées par le gouvernement Bush.

Par ailleurs, cette magnifique nouvelle : Air New-Zealand va tester un biocarburant pour faire décoller ses chers avions (2), en relation étroite avec les industriels Boeing et Rolls Royce. Chabadabada.

(1) http://business.timesonline.co.uk

(2) http://news.monstersandcritics.com

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Jean Ziegler à la rescousse

Notez que je n’ai pas réellement besoin d’aide, du moins aujourd’hui. Mais enfin, la voix de Jean Ziegler porte, et je l’entends jusqu’ici. Qui est-il ? Un Suisse très connu dans les pays du Sud, et passablement ici, où il a écrit nombre de livres, la plupart au Seuil. C’est un socialiste, sincère je le crois, et même si je suis bien loin d’être toujours d’accord avec lui, cet homme déteste les injustices, ce qui rapproche.

Il est aujourd’hui rapporteur spécial de la Commission des droits de l’homme de l’ONU pour le droit à l’alimentation. Je vous livre sa réflexion sur les biocarburants (1) : “Partageant son expérience au sujet du mandat dont il est le titulaire, M. Ziegler a indiqué que la situation de la faim dans le monde ne cesse de se dégrader. Il a attiré l’attention sur le fait que certaines institutions font un travail remarquable pour la promotion du droit à l’alimentation, alors que d’autres, telle l’Organisation mondiale du commerce, font tout pour ruiner l’agriculture africaine. Il a aussi relevé l’action d’acteurs non-étatiques que sont les grandes sociétés transnationales, lesquelles ne sont pas soumises aux normes promues par le Conseil. Il a aussi attiré l’attention sur le problème de la part croissante des biocarburants dans l’agriculture, soulignant que le droit à l’alimentation doit primer sur les motivations d’indépendance énergétique”.

(1) http://www.reliefweb.int

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Ma pomme sur Europe 1

N’ayez crainte, je ne fais pas la promotion de ma personne, mais vous pouvez m’entendre dire trois mots désagréables sur les biocarburants. Il n’y a pas de quoi se relever la nuit, mais bon, Europe 1, la radio de Lagardère… Pour écouter cliquer sur le micro.

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Ce si beau palmier à huile

Ami lecteur, The NewYork Herald Tribune, ce n’est pas Spirou. Je me rappelle Jean Seberg vendant ce quotidien sur les Champs-Élysées dans À bout de souffle. Non, un vrai journal, je vous l’assure.

Ce mardi, je lis un article (1) qui commente l’avancée du palmier à huile en Malaisie. Le palmier à huile, c’est la Rolls-Royce des biocarburants. Ils n’ont pas trouvé mieux, pour l’heure. Mais il va falloir payer.

Combien ? Cher. Le prix de l’huile de palme pourrait grimper de 15 % en seulement un an. La demande mondiale de biocarburants, cette infamie, explose. Et l’offre peine à suivre. Avis aux amateurs : il y a des fortunes à se faire en bien peu de temps.

Je vous laisse ici sans trop de remords. Nous sommes le 25 septembre 2007, à 21h25, et je me suis dépêché d’écrire ce petit mot avant que ne sonnent les douze coups de minuit. À demain, si je retrouve un peu d’énergie.

(1) http://www.iht.com

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Paul Crutzen avec moi !

Ne prêtez pas trop attention à ce qui suit. Et mettez cela sur le compte de l’euphorie, qui ne saurait durer. De toute façon, j’écris cela d’un lieu improbable et bancal, sur un coin de table électronique.

Euphorie, donc. Car Paul Josef Crutzen, prix Nobel de chimie en 1995, est d’accord avec moi. Mazette ! J’apprends ce lundi soir qu’il cosigne un article terrible sur les biocarburants dans une revue scientifique de haut niveau, Atmospheric Chemistry and Physics Discussions.

Et que dit-il, en un mot ? Que les biocarburants risquent d’aggraver considérablement le dérèglement climatique. Contrairement donc à ce que clame la propagande. Après Pimentel et Tadzek, dont je parle longuement dans mon livre, une nouvelle pierre de taille, incassable je le crains pour eux, dans le jardin des faussaires.

Crutzen n’est pas seulement un chimiste de grande valeur, qui a beaucoup travaillé sur la dégradation de la couche d’ozone stratosphérique. En 2000, il nous a tous aidés à y voir plus clair. Cette année-là, il estimait en effet que nous étions sortis de l’ère holocène pour entrer dans l’ère anthropocène, celle de l’homme. Autrement dit, Crutzen signalait ce qui est aujourd’hui (presque) une évidence : l’humanité est devenue, pour la première fois de son histoire, un agent géologique surpuissant.

Ce n’est pas gai, mais ce soir et malgré tout, j’ai le sourire aux lèvres. Comme ça. Et ce serait le cas sans Cruzen. Comme ça. Il faut, certains jours.

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Quand Lula fait des claquettes

Quand Lula fait des claquettes, un coupeur de canne à sucre plie les genoux 10 000 fois. Ou plus, éventuellement. Alan Rodrigues, journaliste à l’hebdomadaire brésilien Istoé - je le rapporte dans mon livre à paraître - cite un calcul fait par l’université de São Carlos : pour gagner sa vie, un coupeur de canne doit parcourir 9 kilomètres entre les tiges effilées, donner 73 260 coups de machette et fléchir les jambes 36 000 fois. Par jour.

C’est tout de même heureux pour la bagnole, qui trouve ainsi sa dose quotidienne d’éthanol. Lula, triste président du Brésil à qui la tête a tourné, croit en l’émergence d’une OPEP verte, basée sur les biocarburants, et qui lui permettrait d’entrer dans l’histoire. Meurent les esclaves du monde.

Acceptez ce tout petit scoop qui ne m’aura pas coûté grand-chose (1). Selon des indiscrétions qui n’en sont pas, Lula prépare un grand discours qu’il devrait lire à la tribune de l’ONU mardi prochain, à New-York donc. Il devrait parler de la crise climatique et vanter à la face du monde l’intérêt de développer massivement les biocarburants pour mieux la combattre. Honte ! Ce n’est pas parce qu’il ne sait pas ce qu’il fait qu’on doit lui pardonner. Moi, je pense au coupeur de canne. Pas à l’homme aux claquettes. Honte !

(1) http://uk.reuters.com

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Lying Bastards

L’autre jour, George Monbiot, un éditorialiste anglais que j’adore, les appelait “lying bastards” (1). Des salopards de menteurs. Eux, les gens du gouvernement britannique. Eux, qui trichent en secret sur les chiffres de leurs engagements contre le changement climatique. Eux, ces bastards.

Eh bien, cela ne s’arrange pas. Je lis ce midi une dépêche de l’agence Reuters (2). Le ministre en charge du changement climatique - un certain Phil Woolas - réclame des normes internationales pour accompagner le boom des biocarburants. Le monsieur découvre que cela fait du mal. Que cela détruit les forêts et accroît la faim chez les plus pauvres. Il veut des normes. Il déclare, cher George Monbiot : “Je suis très conscient de la dimension environnementale de cette affaire”.

Autre dépêche de Reuters (3), qui concerne la Hongrie, laquelle a été frappée cet été par une canicule épouvantable. Le professeur Marta Birkas, de l’université Szent Istvan, vient de mettre en cause l’explosion des biocarburants dans la sécheresse historique de cet été. Bien sûr, pas comme cause première. Mais produire des biocarburants conduit à cramer dans des raffineries non seulement des plantes, mais aussi des masses colossales de résidus végétaux qui, autrement, resteraient dans les champs. Or, dit Birkas, les sols ont absolument besoin de garder une couverture qui leur permet ainsi de mieux lutter contre le soleil et l’évaporation. La sécheresse aura donc été aggravée par les “lying bastards” locaux. Nous avons les nôtres.

Nota bene : demain samedi, je ne serai pas là, car je serai ailleurs. Qu’on se le dise. Qu’on ne me  reproche rien. À dimanche.

(1) http://www.monbiot.com

(2) http://uk.reuters.com

(3) http://uk.reuters.

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Petites nouvelles du soir

Désolé, mais je suis crevé. Il est 19h44 ce 20 septembre, j’ai faim, et je n’ai pas le goût de me replonger trop longtemps dans l’univers glauque des nécrocarburants.

Juste ceci, si vous lisez l’italien. La Repubblica publie un article risible (1) sur l’entreprise Bosch. Laquelle adapte frénétiquement les moteurs de bagnoles à l’arrivée massive des biocarburants. Bah oui, il faut y penser, ce n’est pas si simple.

Au Maroc, le quotidien L’Opinion (2) fait le point sur le boom des biocarburants en Afrique. Super ! C’est le cas de le dire, super ! Une conférence internationale de propagande aura lieu au Burkina Faso, du 27 au 29 novembre prochains. Le Burkina, le pays de Sankara, qui détestait tant ces gens-là.

Des investisseurs espagnols sont sur le coup. Et ils ne sont pas seuls. Lisez plutôt cet extrait de l’article : “D’ailleurs, l’AFD (Agence Française pour le Développement) estime que nombre d’entre eux { de pays africains } sont désormais capables de les produire { les biocarburants }, et ce, pour diverses raisons :main d’œuvre bon marché, climat favorable et disponibilité de grandes surfaces”.

L’AFD, je le précise en me pinçant le nez, c’est la France. L’État. (Presque) nous. Je vais manger.

http://www.repubblica.it

http://www.lopinion.ma

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L’Inde recherche de l’eau, désespérément

Je vous signale rapidement un article d’une belle qualité paru dans un journal indien, Business Standard (1). Dans ce grand pays agricole, menacé comme bien peu d’autres par l’irruption du marché mondial, les mêmes intérêts qu’ailleurs poussent à la fabrication massive de biocarburants.

Tout le monde n’est pas dupe. Et le journaliste Subir Roy se demande, et nous demande, où l’Inde pourrait trouver assez d’eau pour se lancer dans cette grande aventure. Là-bas, le lobby se concentre sur la canne à sucre. Il faut, il faudra planter massivement, dit-il, de la canne à sucre. Et fabriquer de l’éthanol qui permettra ensuite à l’Inde, pauvre producteur de pétrole, de faire rouler quelques bagnoles de plus. Les chiffres ne vous parleront probablement pas plus qu’à moi, mais ils affolent Subir Roy. D’ici 2030, pour remplir les plans concoctés par l’industrie, l’Inde devra trouver 22 000 milliards de litres d’eau pour les biocarburants. Je pourrais traduire cela en mètres cubes, comme nous faisons ici, mais cela changerait-il quelque chose ?

Le problème est ailleurs. L’Inde, comme la Chine d’ailleurs, se rapproche à vive allure d’une zone terrible. Le jargon appelle cela “stress hydrique”. Des calculs savants permettent de dire d’un pays, s’il descend sous un certain nombre de mètres cubes d’eau disponible par an et par habitant, qu’il est en état de “stress hydrique”. Tel sera sous peu la situation d’un pays de 1,1 milliard d’habitants. Produire un litre d’éthanol à partir de la canne à sucre coûte à l’Inde environ 3500 litres d’eau. Vous avez bien lu, ce n’est pas une faute de frappe : 1 litre de biocarburant nécessite là-bas 3500 litres d’eau. Des conflits entre États indiens - en l’occurrence le Karnataka et le Tamil Nadu - alourdissent un climat politique déjà pesant. Or ces conflits-là tournent autour d’une seule question : le partage de l’eau. Pour Subir Roy, on aura compris que les biocarburants ne sont pas une bonne solution.

(1) http://www.business-standard.com/

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Les zozios vous saluent bien

RFI, station de radio internationale et publique, sérieuse aux dernières nouvelles, écrit ceci sur son site internet : “Le monde manque sérieusement de céréales. Non pas que la production de blé, de maïs ou encore de riz soit moins importante cette année, mais la demande pour le bio-éthanol est telle, que les céréales commencent à se faire rares sur les marchés internationaux. Et comme tout ce qui est rare est cher, les prix augmentent tels la baguette de pain, les pâtes ou les céréales. Pour tenter de limiter la hausse des cours, la Commission européenne a proposé de supprimer la surface des jachères cette année (1)”.

Amis lecteurs, je confirme. La Commission européenne ramène la surface de jachères à 0 % pour l’année 2008. C’est une excellente nouvelle pour certains, mais pas pour tous. Ainsi, l’association BirdLife International dénonce, dans un communiqué, les conséquences que cette décision va avoir sur les oiseaux. Vous vous en moquez ? Pas moi.

BirdLife déclare dans l’indifférence complète des médias - pensez, Sarkozy a encore remué son éventail, tout le monde sur le pont ! - que la suppression de la jachère risque de faire disparaître des espèces dans des régions entières. Car elle “est particulièrement vitale pour les oiseaux nichant au sol, comme la perdrix grise (Perdix perdix), l’oedicnème criard (Burhinus Oedicnemus) et l’outarde canepetière (Tetrax tetrax). Cette espèce, au bord de l’extinction en France, n’a aucun autre endroit pour se reproduire et dépend de la jachère pour sa survie.
Au Royaume-Uni, des chercheurs ont observé un fort déclin de l’avifaune lorsque les surfaces mises en jachère ont été divisées par deux dans les années 1990.

Une récente étude suédoise a démontré le lien entre le niveau de jachère et le nombre d’oiseaux typiques des terres cultivées comme l’étourneau sansonnet (Sturnus vulgaris), la linotte mélodieuse (Carduelis cannabina) le vanneau huppé (Vanellus vanellus) et l’alouette (Alauda arvensis). Vanneaux et alouettes nichent dans les jachères, où poussent des plantes rares. Quant aux bruants jaunes (Emberiza Citrinella) et proyer (Miliara Calandra), ils y trouvent leur nourriture”

Rions de bon coeur, cela ne nous fera pas de mal. Le 23 novembre 2005, la ministre de l’Écologie Nelly Olin - qui ça ? - présentait un somptueux plan en sept points dans le cadre de la “Stratégie nationale pour la biodiversité”. Je vous jure. Et je lis ceci, présenté comme la priorité des priorités. Et ça aussi, je le jure : “Dans chaque exploitation agricole, et notamment au niveau des parcelles cultivées, certaines pratiques sont directement favorables à la biodiversité alors que d’autres ont un impact variable, parfois négatif. Dans le cadre de la mise en œuvre des outils de la politique agricole commune, le plan d’action vise à encourager les pratiques favorables à la biodiversité et à améliorer celles dont les impacts sont négatifs”.

Hum. On ne peut même pas s’en prendre à Mme Olin. Elle a disparu. Elle n’a jamais existé.

(1) http://www.rfi.fr/actufr/articles/093/article_56420.asp

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Rendez-vous à Manille

Le phénomène est mondial, je suis obligé de radoter. Le journal philippin Sun Star, en langue anglaise (1), annonce ce qu’on lit chaque jour dans la presse du Sud. Les biocarburants, ça flambe d’un bout à l’autre de la terre. Aux Phippines, les chiffres tournent la tête. Le Sun Star en évoque quelques-uns. Huit compagnies privées guignent 467 000 hectares de terres agricoles, pour y planter des cultures industrielles destinées aux biocarburants. Investissement prévu ce jour : près de 27 millions d’euros. Mais ce n’est qu’un tout petit début, croyez moi.

À Hawaï, par ailleurs, grosse engueulade publique à propos d’une bioraffinerie. BlueEarth, c’est son nom, entend produire 40 millions de gallons (un gallon = 3,785 litres) de biocarburants à partir de canne à sucre, de jatropha et d’huile de palme. Mais 120 millions dès 2011. Ce n’est pas drôle à dire, mais une partie notable des écologistes locaux se contentent de critiquer les détails (2), sans attaquer sur le fond du dossier. Au secours !

(1) http://www.sunstar.com.ph

(2) http://www.mauinews.com/news/2007/9/16/02blue0916.html

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Des pâtes plutôt que du sexe

Bon, faut-il y croire ? Je raconte dans mon livre la révolte de la tortilla au Mexique. Au début de l’année 2007, on a frôlé l’émeute parce que le maïs avait massivement augmenté. Les États-Unis, premier producteur mondial, consacrent déjà 25 % de leur récolte annuelle à la fabrication d’éthanol. Celui qui fait délirer d’enthousiasme Schwartzie, le gouverneur bodybuildé de Californie.

Je lis ce dimanche d’autres nouvelles, qui se rapprochent. En Allemagne, le prix de la bière augmente. À cause notamment des biocarburants. Si. En Italie, hier, a eu lieu une grève des consommateurs extraordinaire. Les associations de là-bas, soutenues par des syndicats paysans, ont décidé de ne pas acheter de pâtes pendant 24 heures. Il faut connaître l’Italie pour comprendre la portée d’un tel sacrifice. Un sondage récent, qui vaut bien les autres, assurait que les Italiens préfèrent, en majorité, la pasta au sexe.

Pourquoi cette révolte-là ? Parce que le prix du pain et des pâtes fraiches flambe. Et pourquoi ? En grande part pour la raison qu’on utilise désormais des surfaces géantes à la fabrication de carburants végétaux (1, en italien, désolé).

Autre lecture dominicale : un article très remarquable de Silvia Ribeiro dans le quotidien de Mexico La Jornada (2). Cette analyste d’un groupe de recherche et de réflexion international (2) décrit le monde de l’agriculture, tel qu’il devient sous nos yeux. Le titre (Corporaciones, agrocombustibles y transgénicos) rassemble tout. L’univers des grandes entreprises, les biocarburants, la transgénèse. C’est en espagnol, j’en suis navré pour ceux qui ne lisent pas cette langue. Mais, tenez, voilà le début en français, traduit par mes soins : “La vague des biocarburants continue d’avancer, non parce qu’elle serait bonne pour l’environnement ou qu’elle apporterait la moindre solution au changement climatique - en fait, elle l’aggravera -, mais parce que les industries les plus puissantes de la planète y voient une source de juteux profits. Beaucoup de gouvernements les appuient à l’aide de lois ou de subventions”.

Bon, assez causé néanmoins. Dehors, le soleil chauffe, et en ce 16 septembre 2007, malgré le changement climatique en cours, c’est une bonne nouvelle. J’y vais.

(1) http://www.corriere.it/Primo_Piano/Cronache/2007/09_Settembre/13/sciopero_della_pasta.shtml

(2) http://www.jornada.unam.mx/2007/09/15/index.php?section=opinion&article=021a1eco

(3) http://www.etcgroup.org

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Quand l’Europe déconne

Croyez-moi, quand l’Europe se met à déconner, c’est plein pot. Je lis ce matin une invraisemblable dépêche signée RTL. Le mieux, c’est de vous en donner un extrait : “La Commission européenne a réaffirmé jeudi sa foi dans le développement des agrocarburants comme moyen de lutter contre le dérèglement climatique, malgré la publication mardi d’un rapport de l’OCDE relativisant grandement leur effet positif sur le niveau des émissions de CO2.
“Nous sommes définitivement convaincus que les biocarburants produisent moins de CO2 que les combustibles fossiles, et ce bilan sera encore meilleur avec les biocarburants de seconde génération”, a indiqué jeudi un porte-parole de l’exécutif européen. Tout en promettant d’analyser l’étude publiée, la Commission, qui veut porter à 10 pc d’ici 2020 la part des agrocarburants dans le secteur des transports, a affirmé que la communauté scientifique est “assez d’accord” pour dire que les agrocarburants génèrent moins de CO2 que les combustibles fossiles“.

J’imagine assez bien le freluquet qui a lu sans ciller ce monument de propagande. Reprenez avec moi, je vous en prie. Le monsieur dit textuellement : “Nous sommes définitivement convaincus que les biocarburants produisent moins de CO2 que les combustibles fossiles, et ce bilan sera encore meilleur avec les biocarburants de seconde génération”.

Il ne sait rien au sujet des nécrocarburants, rien, mais il est “définitivement” convaincu qu’ils sont excellents pour le climat. Tout lien entre ce propos grotesque et l’action des milliers de lobbyistes présents dans la capitale belge serait pure calomnie. Je m’en garderai donc. Le plus beau, oui le plus beau, c’est que ce bureaucrate détruit de lui-même son propos. Car il condamne cet avis de l’OCDE dont je vous ai parlé il y a quelques jours avant de promettre qu’il va analyser le document en question, ce qu’il n’a donc pas fait.

Donc, l’Europe, mille fois hélas, travaillée par les intérêts qu’on sait, marche dans la supercherie. J’ai croisé il y a deux jours Claude Martin, longtemps président du WWF-International. Il sortait justement de la réunion de l’OCDE, qui s’est achevée sur une condamnation sans appel des nécrocarburants. Et il m’a confié un document remarquable. Signé par un scientifique que j’estime de longue date : Tad Patzek, de l’université californienne de Berkeley. J’évoque d’ailleurs dans mon livre certains de ses travaux, signés avec David Pimentel.

Désolé, mais je ne peux vous fournir de lien, car c’est un document papier, préparé spécialement pour la réunion de l’OCDE, à laquelle Patzek était convié. Son titre anglais : “How Can We Outlive Our Way of Life ?”. Patzek y démontre en détail à quel point le plan mondial en faveur des biocarburants est démentiel. Avec des chiffres, des diagrammes, des équations. Je ne vais pas vous mentir, je n’ai pas tout lu. Mais certaines parties sont absolument passionnantes.

Patzek est convaincu que, par force, le développement des bicarburants va s’arrêter. Et il plaide pour une réduction drastique de l’usage des carburants fossiles pour faire rouler les bagnoles. Sans avoir recours aux biocarburants, qui dévastent la planète. Ce plan, étalé sur plusieurs années de transition, permettrait d’atteindre, peut-être, un nouvel équilibre. Lequel serait basé sur des voitures propulsées largement à l’électricité. Folie ? À vous de juger. Patzek affirme, calculs à l’appui, qu’une cellule photovoltaïque a un coût de production égal au tiers de la valeur d’électricité qu’elle produira au cours de son temps de fonctionnement. Soit, dit-il, une efficacité au moins 100 fois supérieure à celle des principaux systèmes connus de biocarburants. Bio, nécro, je m’y perds, mais vous m’avez compris.

Dernier point : si Bruxelles entend nous dégoûter, pour une génération au moins, de l’intérêt de l’Europe, le gandin du début de cette histoire mérite une promotion.

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Lula, ce grand commercial

Vous ne connaissez pas forcément Luiz Inácio Lula da Silva, le président brésilien. C’est un homme attachant, qui a connu la grande misère paysanne du Nordeste lorsqu’il était enfant. Ayant rejoint la ville, São Paulo, à sept ans, il y est devenu métallo, puis syndicaliste, puis confondateur du Parti des Travailleurs (PT), puis président de la République.

Le seul menu problème, c’est qu’il a hérité en route une culture. Urbaine, ouvrière, ouvriériste même, marxiste pour dire les choses rapidement. Dans cet univers mental, la puissance des machines et la capacité des hauts-fourneaux sont tout. Lula ne connaît rien de la forêt d’Amazonie, bien commun de l’humanité. Il a oublié la campagne, et l’on peut parier, sans verser dans la psychologie de bazar, qu’il tente de ne plus penser à son passé de gueux.

Je note qu’il n’a toujours pas commencé, alors qu’il tient les rênes depuis des années, à régler la question agraire, si essentielle pourtant. Mais ses petits camarades, dont certains doivent avoir un fort intérêt pour cela, l’ont convaincu que les biocarburants permettront au Brésil, enfin, d’entrer dans la cour des grands. Au passage, Lula espère bien se faire une place dérisoire - une de plus - dans l’histoire du Brésil. En vendant au Nord ce fabuleux pétrole vert produit au détriment du cerrado et de la forêt. Par des esclaves coupant jour après jour la canne à sucre et le soja trangénique. Pauvre monsieur.

Je lis ce matin une dépêche de l’agence Bolpress, en espagnol (1). Lula vient de commencer une tournée dans cinq pays du nord de l’Europe pour préparer le terrain à des exportations massives de bioéthanol. En Suède, il a plaidé pour la création d’un marché mondial des biocarburants. La Suède, qui se veut exemplaire, a décidé de se passer, d’ici 2020, de combustibles fossiles. Je ne sais si elle y parviendra, mais je suis sûr que les bagnoles rouleront bientôt, là-bas, à la sueur des coupeurs de canne brésiliens. Je cite dans mon bouquin un article du journal Istoé. Alan Rodrigues, son auteur, rapporte un calcul fait par l’université de São Carlos. Pour gagner sa vie, un coupeur de canne parcourt chaque jour 9 kilomètres entre des tiges effilées, qui le coupent à de multiples reprises. Il donne en moyenne 73 260 coups de machette et fléchit les jambes 36 000 fois. Au total, pour faire rouler le bagnoles suédoises. Et françaises aussi, n’en doutons pas.
(1) http://www.bolpress.com/art.php?Cod=2007091208

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Les sumos passent à l’attaque

Passons. Le gouvernement japonais lance donc un plan appelé Green Cool Asia. Je n’invente pas. Il s’agit de conseiller les gouvernements qui font déjà cramer leurs forêts sublimes pour y planter des palmiers à huile, lesquels donneront un excellent biocarburant pour les tutures du Nord.

Au programme, une aide technique et financière pour la construction de bioraffineries. Ces lieux maudits par où disparaît la biodiversité du monde. Je vous souhaite le bonjour, nous en avons bien besoin. Et mille excuses pour ce rôle déplaisant de Cassandre.

(1) http://www.yomiuri.co.jp/dy/national/20070912TDY02010.htm

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Foutage de gueule (Grenelle encore)

Excusez, je reprends la plume une seconde ce 11 septembre, après avoir déjà écrit mon papier du jour. Mais voici ce que je trouve, et dont je vous laisse juge. Le Grenelle de l’environnement est une foire. Je le savais. Mais je n’imaginais pas cela, dont je vous livre un extrait :

“La TFL, la fédération des entreprises de Transport et Logistique de France, a présenté dans un communiqué du 6 septembre, ses neuf propositions dans le cadre du Grenelle de l’Environnement. La TFL souhaite qu’une agence indépendante puisse ”élaborer un éco-comparateur transport-CO2 et que soit indiqué sur les étiquettes l’impact environnemental du transport et son coût en CO2”. La TLF propose un plan 2009-2015 de développement des biocarburants en cohérence avec l’objectif européen 2020 sur les biocarburants sur les transports routiers: l’objectif est de réduire de 10 % les émissions de CO2 du transport par augmentation de l’usage des biocarburants, assortie d’une fiscalité incitative réservée à la distribution privée (1)”

Donc, l’industrie des bagnoles et des camions milite pour le développement des biocarburants, une infamie que je dénonce sur le site http://fabrice-nicolino.com/biocarburants/index.php

Autrement dit, si ces gens l’emportent, et comment pourraient-ils perdre ? la jachère, refuge en France de la petite faune ordinaire qui nous plaît tant à nous, les couillons, disparaîtra à la vitesse d’un feu de brousse. On tâchera de demander des comptes à ceux qui accepteraient d’entériner une telle saloperie.

(1) www.actu-environnement.com

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Une histoire comique (merci l’OCDE)

J’ai de la chance, je ris souvent. Plusieurs fois par jour, je vous l’assure. Pour des choses qui vous laisseront peut-être de marbre, mais tant pis, je suis lancé. Je lis ce matin, dans la Bible des libéraux du monde entier, le Financial Times, un article prodigieux.

Le FT, comme l’appellent les nombreux initiés, est un journal qui me fait souffrir, mais nul doute qu’il est bien fait. J’en viens au fait : le correspondant à Bruxelles du grand quotidien s’est procuré la copie d’un rapport de l’OCDE sur les biocarburants. L’OCDE, je vous le dis en un tournemain, est un machin qui regroupe des experts d’une trentaine de pays riches. Depuis sa création en 1961, l’OCDE ne cesse de délivrer les conseils les plus libéraux qui se puissent trouver sur le marché. Et il y a concurrence, vous le savez.

L’OCDE déteste officiellement l’État et s’est toujours moqué comme d’une guigne de la nature et de la destruction dont elle est la victime. Un seul but : l’économie. Un seul horizon : la croissance. Notre Alain Madelin a voulu diriger ce bazar, c’est tout dire ou presque.

Alors, cet article ? Eh bien, le FT révèle - mais après moi, dans mon livre à paraître, si vous me permettez - que l’OCDE est radicalement contre les biocarburants. L’OCDE enjoint fermement les gouvernements, dont le nôtre, à cesser de subventionner sur fonds publics cette belle entreprise.

Pour nos ultralibéraux, la chose est entendue. Le soutien aux biocarburants provoque une augmentation massive du prix de la nourriture et favorise la destruction des habitats naturels. En coûtant très cher aux budgets publics. Lisez par vous-même, et je traduirai pour ceux, nombreux, qui ne lisent pas l’anglais : “The current push to expand the use of biofuels is creating unsustainable tensions that will disrupt markets without generating significant environmental benefits”.

Autrement dit, l’expansion des biocarburants est en train de déstabiliser gravement les marchés, sans bénéfice environnemental significatif. Et l’OCDE de rappeler, à mots plus policés que les miens, que l’argument du climat avancé par les lobbyistes relève du pipeau. Du pipeau. Vous verrez de quoi il retourne si vous ouvrez mon livre. Bientôt, donc.

Et en attendant, d’un seul et même mouvement, surprenant pour vos amis, commencez la pub pour l’OCDE et le Financial Times réunis. Au début, cela coince. Mais ensuite, on s’y fait. Surtout autour d’un verre.

(1) http://www.ft.com/cms

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Favela, un si joli nom

Je lis ce jour un article dans le New York Times (1). Faut pas croire. Il s’agit d’un doux délire de la journaliste Lydia Polgreen, envoyée spéciale au Mali, l’un des pays les plus pauvres au monde. La dame est épatée. La dame vient de découvrir l’Eldorado, lequel porte un joli petit nom : jatropha. C’est une plante venue d’Amérique centrale et du Sud, qui pousse spontanément sur les terrains les plus marginaux.

Or, à Koulikoro, miracle. Des paysans pauvres auxquels le marché mondial refuse le droit de vivre auraient, tout est dans ce conditionnel sinistre, découvert que la plante pouvait les rendre riches, ou peu s’en faut. Je ne brode même pas. Un M.Banani, rencontré par mon excellente consoeur, déclare : ” I thought it was a plant for old ladies to make soap”. Oui, il croyait, ce niais, que le jatropha servait pour faire du savon. Entre les mains des vieilles dames.

Mais non, monsieur l’Africain. Le jatropha est une plante géniale qui permet de fabriquer des biocarburants. Ah ! Mais oui, et du reste, des millions d’hectares devraient être bientôt plantés en Chine, en Inde, en Malaisie, aux Philippines. Le jatropha sera partout. À la place du reste. Mais quel reste ?

Au Mali, un philanthrope mène le bal. Il s’appelle Hugo Verkuijl. Et il vient de créer là-bas une société chargée de changer le plomb en or. Le jatropha en biocarburant. Avec l’aide du gouvernement hollandais. Dans ce pays de la faim et de la misère.

Vous savez quoi ? Je rappelle dans mon livre à paraître que Jatropha phyllacantha, plante si répandue au Brésil, s’appelle aussi favela, comme les gentillets bidonvilles qu’on voit là-bas.

(1) http://www.nytimes.com

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Du nouveau pareil

J’ai achevé l’écriture de mon livre sur les biocarburants début août. Il faut compter, en effet, avec les délais techniques incompressibles. J’essaierai donc ici, de temps à autre, de vous informer sur l’actualité de ce dossier insupportable.

Premier point : une étude de deux chercheurs de l’Université de Leeds, Renton Righelato et Dominick Spracklen, publiée en août dans la revue Science (1). Ces deux auteurs démontrent de manière convaincante, après d’autres cités dans mon livre, que les biocarburants sont infiniment pires, pour le climat, que le…pétrole ! Car ils émettent, au total, je dis bien au total, en intégrant tous les effets de leur cycle de production, 9 fois plus de gaz carbonique que les combustibles fossiles. Citation de Spracklen : ” La quantité de carbone émis lors du déboisement des forêts pour faire de la place aux plantations de biocombustibles est beaucoup plus élevée que celle qui, sur une période de 30 ans, serait économisée par les biocarburants”.

Car tels sont les faits. Il y a infiniment plus de carbone séquestré dans les forêts sacrifiées aux biocarburants que ce que ces mêmes biocarburants “économisent” en gaz à effet de serre selon le leitmotiv de la propagande. À méditer, non ?

(1) http://www.sciencemag.org

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Un nouveau livre le 3 octobre chez Fayard

Vous vous interrogez sur les biocarburants ? Cela tombe bien. Je publie le 3 octobre, chez Fayard, un livre intitulé : La faim, la bagnole, le blé et nous. Sous-titre : une dénonciation des biocarburants. Je n’ai aucune raison de le cacher : c’est un livre de combat, car les biocarburants, arme de guerre et de mort, sont d’ores et déjà une tragédie planétaire.

En France, un lobby surpuissant, caché au coeur même du ministère de l’Écologie, défend l’indéfendable : faire rouler des bagnoles avec des plantes alimentaires. Pour complaire à l’agriculture industrielle, le gouvernement s’apprête à sacrifier un million d’hectares de jachères, refuge pour l’heure de la biodiversité ordinaire, celle des oiseaux des champs et des petits mammifères. À quelques semaines du Grenelle de l’environnement, cette question est simplement explosive. Que pourra dire M.Borloo du rôle de l’Ademe et d’Agrice, tous deux abrités par son ministère ? Les discours sur la nature et la biodiversité sont justement cela : des discours. Pour les gogos.

Ailleurs dans le monde, c’est pire, infiniment. Le déferlement de plantations industrielles - palmier à huile, soja, canne à sucre - s’attaque aux ultimes forêts tropicales de la planète. L’Indonésie trucide ses derniers orangs-outans en faveur des biocarburants, sur des millions d’hectares. Des millions d’hectares. Le bassin du Congo, en Afrique, est gravement touché. L’Amazonie - le cerrado comme la forêt -, la Patagonie et sa pampa, se couvrent de soja, de canne à sucre industrielle et même d’arbres transgéniques, plus mous que ceux que nous connaissons. Pour en extraire plus facilement la cellulose, matière première de choix pour les biocarburants.

Plus dramatique que tout : la faim menace des dizaines de millions d’humains supplémentaires. Par une sinistre contagion, les prix des denrées alimentaires de base flambent. Tout a commencé aux États-Unis, premier producteur mondial de maïs. Le quart - le quart, oui ! - de cette production part dans des gigantesques bioraffineries, avant de rejoindre le moteur des 4X4. Un plein de bioarburants, dans ces énormes engins, représente la ration alimentaire annuelle de maïs pour un homme du Sud. Toute l’existence de base des paysans pauvres est déstabilisée par cette saloperie.

Et le plus inouï, c’est qu’à coup d’études tronquées, ou truquées, la propagande fait croire que les biocarburants seraient bons pour le climat. Je démontre dans mon livre, sans grande difficulté, que c’est tout le contraire. À qui profite ce crime écologique et social majeur ? À l’agriculture industrielle, qui a pris le pouvoir en Occident après 1945. Mais aussi à nous, qui ne parvenons pas à remettre en cause la place démentielle de la voiture individuelle dans nos vies. Au reste, de nombreux “écologistes”, que je m’autorise à critiquer sans hésiter, soutiennent cette grande manipulation de l’opinion.

Je vous l’assure, et vous prie de me croire : ce livre a besoin de vous tous. Car il est un appel au secours en même temps qu’une invite à la révolte. Il faut tout de suite, tout de suite, arrêter l’infernal mécanisme. Pour ma part, bien au-delà de ce livre, je suis prêt. Et vous ?

Le 31 août 2007, Fabrice Nicolino