Première, deuxième, troisième génération

Déjà le deuxième jour ? Déjà, oui. Je laisse de côté, aujourd’hui du moins, les aléas promotionnels de la sortie de mon livre. Mais j’y reviendrai, car il y a des drôleries au programme.

En attendant, sachez que les défenseurs des biocarburants sont des farceurs de grande qualité. Je vous invite pour commencer à lire les envolées d’un chercheur du Cirad (1). Il raconte, avec une conviction qui n’est hélas pas feinte, pourquoi il faut se lancer dans les biocarburants de deuxième génération. D’une manière si curieuse qu’elle me fait sourire, il se concentre exclusivement sur l’exemple français. Oubliés le palmier à huile, le soja, la canne à sucre, par quoi l’on remplace au Sud les forêts tropicales. La France, monsieur !

Et en France, il n’est question que de tournesol et de colza. Pour contrer ceux qui constatent l’évidence - la concurrence entre plantes alimentaires et plantes alimentaires destinées à la bagnole - notre ami chercheur évoque les biocarburants de la deuxième génération. Nous sommes, au moment de cet entretien, à la fin de 2005. Et notre ami chercheur est heureux de nous annoncer la bonne nouvelle : la recherche avance. On va pouvoir, assure-t-il, s’en prendre aux résidus végétaux d’après-récolte, à la cellulose des arbres, à la lignine aussi.

Faut-il insister ? Même moi, je sais le rôle essentiel des pailles et des restes végétaux dans l’entretien d’un sol vivant. Qui veut les “exporter” des champs, comme le dit le jargon, accepte - évidemment - d’avoir recours massivement aux engrais et aux pesticides pour “compenser”. Il n’y a pas d’échappatoire.

Je raconte par ailleurs dans mon livre ce que veut dire “extraire” la lignine et la cellulose des arbres. Pour des raisons de rendement, l’industrie de l’agriculture a créé des arbres chimériques, des arbres OGM au tronc mou, qui ont commencé d’être plantés au Brésil. Pour les biocarburants. Je n’invente pas.

Mais si la première génération - la seule qui existe réellement - est une catastrophe planétaire, et que la deuxième n’est pas si terrible, ne peut-on pas imaginer dès maintenant une troisième génération ? Mais bien sûr que oui, voyons ! Je lis que le gouvernement canadien a décidé de consacrer 500 millions de dollars, pour commencer, à cette nouvelle aventure extraterrestre (2). Ce que c’est ? Mais je ne s’en sais rien ! Eux non plus d’ailleurs (3). L’important est d’avancer, de grapiller des subventions et des appuis politiques. Et de rendre ainsi le procssus irréversible.

Ces gens connaissent la chanson, depuis le temps. Peu importent les conséquences. Quand un lobby se met en tête d’imposer ses vues sur un sujet aussi incertain que les biocarburants, il monte à l’assaut, en rassemblant ses forces. À l’abri de l’Ademe, par exemple, comme je le démontre dans mon livre. Ensuite commence l’ascension. Les verrous sautent les uns après les autres, chaque invention de langage renforçant chaque fantaisie de la propagande. Quand la masse critique est atteinte, il y a davantage de gens qui ont intérêt à ce que la machine continue que de braves imbéciles dans mon genre à protester contre l’imposture. Et la marche en avant continue.

(1) http://www.terre-net.fr

(2) http://oee.rncan.gc.ca

(3) http://www.agri02.com

3 Comments so far

  1. Thierry Wurtz on octobre 4th, 2007

    Bonjours et grand merci pour vos livres,
    Je me pause une question ,pourquoi les agriculteurs font des agrocarburants?
    Sugestion (seraient se plus rentable?)
    Vu les prix qui etaient pratiqué pour les matieres bruts agricoles il etaient plus rentable de faire de l’huile pour mettre dans un tracteur et d’utiliser les tourteaux pour le bétail plutot que de faire venir du tourteau de soja sans garantie de non OGM et du fuel.
    Maintenant que les cours mondiaux ont fortement progressés la rentabilité n’y est plus donc les matieres agri vont retourner logiquement àl’alimentaire.
    Mais c’est pas sur par contre si l’agriculture intensive et exportatrice se cantone au agrocarburant et que les cours reste elevé cela va permetre a une agriculture locale de qualité de se remetre en place si les paysans gagne leur vie sans la concurence de cette industrie agroalimentaire et par la même occation developper une agriculture bio nourriciere .
    Ceci n’est que mon point de vue du fond de ma ferme bio ou il n’est pas rentable de faire des agrocarburants et ou les aliments de l’agroalimentaire font passer les produits bio pour tres cher .
    Pardon pour les fautessssssssssss.
    Thierry

  2. tristan on octobre 8th, 2007

    Tous les spécialistes de l’énergie disent que les bio carburants de première génération ne sont pas la panacée, ou alors, pour un usage limité (machines des agriculteurs par exemple). Quand aux bio carburants de deuxième génération, on en est qu’au stade de la recherche. De toute façon, les engrais sont faits à partir de pétrole, donc, quand la production de pétrole va atteindre un pic et décliner (pic probable entre 2007 et 2020), la question de la fabrication des engrais, nécessaires à l’agriculture intensive va se poser.

    tristan

  3. Mobar on octobre 12th, 2007

    Analyse bien sommaire s’il en est et parti pris relevant de l’idéologie, de l’ignorance, ou de la manipulation .

    Produire aujourd’hui des carburants de synthèse avec des déchets de biomasse agricole ou forestière sans affamer personne est possible.

    Plus de 50% de la l’accroissement biologique forestier est aujourd’hui inutilisé … dans les pays qui exploitent durablement leurs forêts. En France cela représente plus de 20 millions de tonnes de pétrole que l’on abandonne aux champignons et insectes xylophages (et à la génération natuirelle de CO2 atmosphérique), soit 50 % de notre consommation de carburants pétroliers.

    Monsieur Nicolino potassez un peu sérieusement le sujet avant d’affirmer des contrevérités, le débat s’en portera mieux.