La mort nucléaire rapporte un max

 Cet article a été publié par Charlie Hebdo le 23 octobre 2013

Ils sont si mignons. EDF veut faire durer 60 ans des centrales nucléaires prévues pour s’arrêter au bout de 30. C’est délirant, mais ça peut rapporter très gros à Proglio et à l’État actionnaire. Des milliards d’euros.

Alors voilà. C’est pas drôle, mais c’est sérieusement marrant. Le 13 octobre, le Journal du Dimanche publie une énorme connerie. Quoique. Extrait : « Selon plusieurs sources proches du gouvernement, l’État se prépare à autoriser EDF à prolonger de dix ans la durée de vie des 58 réacteurs nucléaires ». Et l’une d’elles assure même que c’est « inéluctable ». La durée de vie administrative des centrales nucléaires passerait en France de 40 à 50 ans. Après avoir déjà gagné 10 ans en 2003. La vaste machinerie se met en route, et toute la presse embraie. TF1, mais aussi Le Monde, avec juste un poil de prudence.

Présenter l’affaire comme le fait le JDD n’a au premier regard pas de sens. L’article ne cite même pas l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), pourtant la seule instance ayant le droit de donner un éventuel feu vert. Créée en 2006, l’ASN est en théorie indépendante, et peut donc envoyer bouler qui elle veut. Actuellement, elle procède tous les dix ans à une inspection de chaque centrale, et signe – ou pas – une autorisation de poursuivre l’activité pour dix années supplémentaires.

Or, et telle est sans doute l’explication du plan com’ en circulation, l’ASN tire à ce sujet une tronche de dix mètres de long. Dans L’Usine Nouvelle du 4 octobre, le patron de l’ASN, Pierre-Franck Chevet, parle gentiment de « terra incognita ». C’est aussi simple que flippant : au-delà de quarante ans de fonctionnement, une centrale devient une « terre inconnue ». Et Chevet d’ajouter, non sans savoir ce qu’il fait : « EDF a déposé un premier dossier sur cette question. Pour l’instant, c’est un très gros point d’interrogation ». Le comble, c’est que tous les acteurs savent évidemment à quoi s’en tenir. Le calendrier est limpide : d’abord le dépôt d’un dossier complet d’EDF, puis une décision attendue en 2015, et pas avant. Alors, pourquoi l’article du JDD ?

La chronologie parle d’elle-même. Le 4, l’ASN joue au billard, et signale au pouvoir politique dans quelle merde nous nous trouvons tous. Les nombreux services de propagande d’EDF se mettent alors en mouvement pour contrer l’opération et appuyer tous ceux qui, dans l’appareil d’État, soutiennent sa logique. Inutile de dire qu’ils sont nombreux. Pourquoi ? À cause du blé. Les petits cerveaux d’EDF et son patron sarkozyste Proglio savent au moins lire les journaux. La France de Hollande cherche désespérément de quoi boucher les trous et faire plaisir à la Commission européenne. Or, l’opération demandée par EDF permettrait un miracle.

Et d’un, amortir le coût des centrales en cinquante ans plutôt que quarante dégagerait une marge supplémentaire annuelle colossale, peut-être pas loin d’un milliard d’euros. Et de deux, l’État se goinfrerait lui aussi avec bonheur. Depuis l’introduction en Bourse d’EDF, en 2005, l’État actionnaire a ramassé 16 milliards d’euros de dividendes. Les centrales étant par définition de plus en plus « rentables », les caisses publiques pourraient ramasser jusqu’à 2 milliards d’euros annuels en cas de passage de 40 à 50 ans.

Ne reste plus qu’une minuscule question : la sécurité. Notons pour commencer deux faits. Le premier, c’est que 48 des 58 réacteurs nucléaires français ont été mis en service entre 1978 et 1989. Sans accord de l’ASN, les plus vieux devraient fermer dès 2018, ce qui créerait une sorte de chaos, car nos bons maîtres n’ont rien prévu pour les remplacer. Le second, c’est qu’EDF, ne pensant qu’à ses résultats financiers, pousse en fait à un passage à 50 ans, suivi d’un passage à 60. 60 ans, les amis, deux fois plus que la durée prévue au départ.

Est-ce bien raisonnable ? Bien sûr que non. D’importantes parties des centrales ne peuvent être remplacées, à commencer – selon un point de vue officiel – par les cuves des réacteurs. Et bien entendu, des milliers de pièces fragiles, soumises à des radiations constantes, à l’usure et à la corrosion,   ne sauraient tenir un demi-siècle. Mais EDF s’en tape, car EDF ne cesse de marquer des points en Bourse. L’économie, une mort si intelligente. nike air max ladies nike air max ladies

26 réflexions sur « La mort nucléaire rapporte un max »

  1. La Grande Bretagne relance son programme nucléaire avec…EDF :

    Le 29/10/2013 à 21:45

    Sur le site de Hinkley Point, dans le sud-ouest de l’Angleterre, où va être construite la première centrale nucléaire créée depuis la catastrophe de Fukushima. L’accord entre le gouvernement britannique et EDF pour construire cette centrale, équipée de deux réacteurs EPR d’Areva, doit encourager d’autres pays à s’équiper, a déclaré la ministre française du Commerce extérieur Nicole Bricq mardi lors d’un entretien à Reuters. /Photo prise le 24 octobre 2013/REUTERS/Suzanne Plunkett

  2. Et si, contrairement à la propagande française, les Allemands arrivaient à se passer du nucléaire ET à arrêter des centrales thermiques ?

    Extrait de
    http://sciencesetavenir.nouvelobs.com/nature-environnement/20130814.AFP2190/transition-energetique-allemande-doutes-sur-les-centrales-electriques.html

    « L’éolien et le solaire prioritaires

    Le soutien aux renouvelables se traduit notamment par une priorité donnée à l’électricité propre dans l’alimentation du réseau. Tout ce que produisent éoliennes et panneaux solaires doit être écoulé, la production au charbon ou au gaz ne servant qu’à combler les trous.

    Sur fond de boom du solaire ces dernières années, à la faveur d’un régime généreux de subventions, la capacité installée des renouvelables est maintenant telle que, si le vent souffle ou le soleil brille, voire les deux en même temps, l’Allemagne peut parfois se passer de ses centrales conventionnelles.

    Entre avril et juin, certaines centrales de RWE ont fonctionné à moins de 10% de leur capacité, a expliqué M. Günther. Alors que le prix de gros de l’électricité est au plus bas en Europe, cela signifie des pertes substantielles. Jusqu’il y a peu le problème concernait les centrales à gaz, mais dorénavant même le charbon n’est plus forcément rentable, selon lui.

    EON a bataillé pendant des mois avec les autorités régionales sur le sort de sa centrale à gaz bavaroise d’Irsching, inaugurée en 2010 et qui fonctionne à tout petit régime. Le groupe a consenti à la maintenir en service, comme le souhaitaient régulateur et pouvoirs publiques dans un souci de sécurité de l’approvisionnement, contre un paiement compensatoire. »

  3. Quand on voit le bordel a Fukushima pour réparer une centrale abimée, on se dit que ca devrait faire réfléchir… des mecs qui de leur côté j’en suis sure ne ratent jamais leur controle technique, entretiennent et remplacent leur voiture. Leur voiture, mais pas leurs centrales. Sauf qu’une centrale qui coule une bielle, c’est autrement plus marrant…

  4. Cette nouvelle qui n’est qu’un projet de plus du même tonneau que toutes les annonces de contrats de vente de centrales à l’étranger, devraient réjouir les « antinucléaires » pour une sortie comme ils dises dans 10,20,30ans . Non ?
    Car pour continuer le nucléaire pendant 30ans comme le propose EELV, Greenpeace ou Négawatt et tous leur adeptes, il faut bien que les centrales existantes fonctionnent . Bien sur « on » en arrêtera quelques unes ,histoires de faire plaisir à cette mouvance anti nucléaire propre sur elle et oh combien « respectable ».
    Plus le temps passe ,plus la probabilité d’accident majeur augmente avec 58 réacteurs tous plus vulnérables les uns que les autres mais pas question de revendiquer un arrêt immédiat complétement irréaliste. Hein ?
    La mouvance antinucléaire française à quelques exceptions prés, n’étant plus dans la lutte, le nucléaire français va encore perdurer jusqu’au moment ou l’on aura un gros problème !

  5. Si nous ne faisons rien, ils sont capable de prolonger jusqu’à l’accident grave, s’il concernent le mox au plutonium,je n’imagine pas les dégâts.

  6. Bonjour,

    EDF ne peut hélas être tenu pour l’unique responsable de la prolongation des durées d’exploitation.

    Fabrice a eu la bonne idée d’écrire Qui a tué l’écologie ? Il conviendrait d’examiner aussi la responsabilité des écologistes et antinucléaires officiels (politiques, associatifs et « experts ») :
    – dans l’acceptation de la prolongation de l’exploitation des réacteurs jusqu’à 30 ans ;
    – puis dans la banalisation de l’idée de prolongation jusqu’à 40 ans ;
    – et maintenant dans la banalisation de celle d’une prolongation jusqu’à 50 ans, voire plus.

    On trouvera plus bas quelques citations millésimées à l’appui.

    Sur les processus en cause – notamment le basculement de doctrine nucléaire des Verts à partir de 1992-93 et les compromis tactiques déjà importants sur les sources d’énergie de remplacement lors de la création du Réseau Sortir du nucléaire en 1997, on peut se reporter par exemple à : http://www.millebabords.org/spip.php?article20269

    Dans ce cadre, la stratégie de Greenpeace France consistant à privilégier, depuis près de deux décennies, la lutte contre l’EPR (c’est-à-dire contre la construction de nouveaux réacteurs) au détriment de celle pour l’arrêt de réacteurs (je dis bien au détriment, car on aurait pu imaginer, après tout, une complémentarité des argumentaires…) a aussi eu des effets délétères sur la perception de ce qui était tolérable en matière de durée et de conditions de recours aux réacteurs nucléaires existants.

    Idem pour le refus persistant des dirigeants du Réseau Sortir du nucléaire de prendre une position tranchée en faveur d’un délai de « sortie » particulier – et donc d’une durée d’exploitation maximale des réacteurs ou d’un calendrier clair de fermeture.
    Leur doctrine reste en effet « En 5 ans ou en 25, il n’y a pas de bons ou de mauvais scenarii, il y a urgence à décider de sortir du nucléaire. » (Introduction de la brochure de 2007 « Nucléaire : comment en sortir ? Etude sur des sorties du nucléaire en 5 ou 10 ans »). Or, il n’y a peut-être pas de bons ou de mauvais scenarii… mais, à 20 ans près, ça change quand même diablement les durées d’exploitation des réacteurs.

    Mais voyons les textes.

    1994. Hélène Crié, préfaçant la bande dessinée Le nucléaire détrôné signée Antoine Bonduelle, Boualem Khelifi et Jean Monestier ; co-éditée par Les Verts français au Parlement européen, le mensuel Silence, Greenpeace France, Les Verts du Nord-Pas-de-Calais, le Centre d’Etudes et de Formation en Ecologie de Namur et l’INESTENE), écrit :

    « La nouvelle vague anti-nucléaire joue finement : elle ne réclame plus l’arrêt immédiat des centrales en activité, se contentant d’exiger une sécurité accrue, mais parie sur l’immense gisement d’économies d’électricité qui restent à exploiter, en France et dans le monde. »

    2004. Les « antinucléaires » persistent à s’enthousiasmer pour la Belgique, qui a « décidé de sortir » du nucléaire et s’est dotée en 2003 d’une loi à cet effet. Ils omettent toutefois de préciser au grand public que cette loi prévoit une durée d’exploitation d’au moins 40 ans pour les sept réacteurs belges. (Ce sera pareil après Fukushima avec la Suisse, applaudie pour une « décision » de sortie dont l’horizon, 2034, suppose qu’elle exploite ses vieilles casseroles atomiques pendant 50 ans).
    Du coup, François Roussely, qui prépare la privatisation partielle d’EDF, s’aligne. Il améliore en 2003 les comptes de l’entreprise en portant la durée d’amortissement de ses réacteurs de 30 à 40 ans.

    Une durée déjà bien intégrée et admise dans les textes des experts écologistes, alors que Fessenheim n’a même pas encore atteint son trentième anniversaire (1977-2007). Ainsi :

    Janvier 2004. N° 1 des Cahiers de RESPIRE, entièrement consacré à « L’enjeu décisif de l’EPR » (et longtemps diffusé par le Réseau Sortir du nucléaire), sous la signature conjointe de Francine Bavay, Benjamin Dessus, Géraud Guibert, Bernard Laponche, Maud Lelièvre, Geneviève Perrin-Gaillard, Pierre Radanne, Philippe Tourtelier, Thierry Wahl, Yann Wehrling :

    « Notre parc de centrales nucléaires actuel (58 unités) totalise une puissance de 60 000 MW. Nous avons aujourd’hui une surcapacité généralement évaluée à au moins 4 unités de centrales nucléaires. Dix autres unités fabriquent du courant pour l’exportation.

    La durée de vie technique de ces centrales est aujourd’hui estimée à 40 ans, ce qui revient à dire que le premier arrêt de centrale ne devrait intervenir qu’en 2017. Il n’est pas exclu que cette durée puisse être en cas de besoin notablement prolongée sans risque particulier, comme c’est le cas par exemple aux Etats-Unis. Le maintien en état des centrales est ainsi susceptible de fournir un travail non négligeable pour notre industrie nucléaire. » (p. 11)

    2004 (et 2006). Dans So Watt ? L’énergie, une affaire de citoyens, paru aux éditions de l’Aube, Benjamin Dessus (ingénieur et économiste, président de l’association Global Chance) et Hélène Gassin (« maître ès sciences et techniques en gestion de l’environnement […] chargée, depuis 1998, de la campagne Energie de Greenpeace ») plaident le report à 2010 de toute décision de construction d’un EPR en France, au motif que :
    « La durée de vie technique de ces centrales [existantes] est aujourd’hui estimée à au moins 40 ans par la plupart des experts (japonais et américains parlent de 60 ans). » (p. 66, édition de 2006)

    Puis, p. 108, loin de préconiser un arrêt ou même une sortie du nucléaire, ils se bornent à trouver « inacceptable, du point de vue du principe de précaution, de laisser croître à vive allure les déchets nucléaires » et se contenteraient volontiers d’une « limitation de la croissance des stocks de déchets HALV [sic] à divers horizons temporels. Une sorte de « Kyoto des déchets nucléaires » avec des engagements quantitatifs de limitation des stocks […].

    Cette maîtrise de la croissance des stocks de déchets pourrait être obtenue par l’utilisation de technologies de plus en plus performantes (qui produisent des quantités de déchets HALV de plus en plus faibles par kWh) et/ou par la limitation, voire la décroissance, des puissances installées et l’arrêt des installations les plus génératrices de déchets. On pourrait ainsi au moins garder le contrôle sur la masse globale de déchets jusqu’à l’apparition éventuelle de technologies révolutionnaires capables de réduire leur inventaire. »  »

    Passons à la prose post-Fukushima.

    Juin 2011. Corinne Lepage, dans La vérité sur le nucléaire. Le choix interdit (Albin Michel, disponible dans la boutique du Réseau Sortir du nucléaire), conclut sans rire :

    « Pour le reste, n’en déplaise au président de la République qui en est encore à soutenir que le choix est entre le nucléaire et la bougie […], la sortie du nucléaire peut-être envisagée sûrement d’ici quarante ans, peut-être même trente. »

    Octobre 2011. Dans En finir avec le nucléaire, pourquoi et comment ? Benjamin Dessus et Bernard Laponche (polytechnicien, ancien membre du syndicat CFDT de l’énergie atomique, « consultant international dans le domaine de l’énergie ») préconisent, pour la France, de « sortir du nucléaire en vingt ans » (soit d’ici à 2031) et notent, à propos du scénario NégaWatt et du Manifeste du même nom (signé par Thierry Salomon, Marc Jedliczka et Yves Marignac) :

    « Dans ce scénario de transition énergétique volontariste, dès 2035, le nucléaire n’est plus non plus nécessaire au bouclage du bilan français. »

    A ces trains-là, EDF n’a pas fini de remplir des dossiers de demande de prolongation pour ses réacteurs…

  7. C’est très bien de dénoncer les collabos, les cogestionnaires, mais cela ne suffit pas. Il faut pousser l’analyse beaucoup plus loin. Personnellement, j’attend toujours une bonne analyse, qui expliquant bien « pourquoi ? », donnera la clef du « comment ? ».

  8. Et Marie-Christine Gamberini, qu’à-t-elle fait pour ne pas prolonger la durée de vie des centrales ? Mais c’est tellement plus facile de trouver des coupables, y compris parmi ceux qui sont plutôt dans notre camp, que de donner un peu de son argent et de son temps pour soutenir les acteurs qui ne serait pas « corresponsable ». Et si tant est que le radicalisme (= sortons du nucléaire demain matin) soit la stratégie la plus efficace.
    Mais c’est sûr qu’après le brûlot de Fabrice, l’argent citoyen, le nerf de la guerre, a dû affluer vers les associations pures et dures, celle qui mérite le label écolo délivré par Fabrice! Des noms, Marie Christine ? Celles que tu soutiens, par exemple ?

  9. Bonjour,

    @ Jojo :

    Je pense commencer à avoir quelques pistes d’analyse sérieuses en la matière, toute la difficulté consistant à les formuler de manière assez synthétique.

    Mais je présume que, pour formuler la question en ces termes, tu dois toi-même avoir quelques éléments d’analyse à proposer ?

    @ Christophe

    Je te rassure : ce n’est pas vers les très rares associations qui pourraient passer pour « pures et dures » (à supposer que ce terme ait encore ou ait jamais eu un sens) qu’afflue en ce moment « l’argent citoyen », car les canaux de captation efficace de cet argent (tant qu’il en reste…) sont tout autres.

    La destruction institutionnelle méthodique, en trois décennies, des conditions matérielles d’existence des associations indépendantes en France, en matière de nucléaire comme dans beaucoup d’autres domaines (« l’humanitaire », notamment) mériterait d’ailleurs une longue analyse à elle toute seule, même si ce n’est pas forcément le lieu.

    Concernant mon pedigree d’écologiste antinucléaire, qu’il suffise pour l’heure d’indiquer que, en 1986 — année où un arrêt complet et immédiat (au sens de « en quelques semaines ») de l’électronucléaire en France restait techniquement possible —, j’ai simultanément pris ma carte de citoyenne du monde et celle d’adhérente du comité Stop Nogent, qui militait en effet, et non sans raisons, pour un arrêt immédiat.
    Bien que j’y aie beaucoup appris, je n’y ai pas été très active à l’époque (pour des raisons qui seraient en effet à détailler dans la rubrique « pourquoi » de Jojo). Quelques autres éléments biographiques sont fournis dans l’article dont j’ai donné le lien, mais rien ne dit que ce soit là l’essentiel.

    Quant à ce que je préconise entre autres (n’étant pas sectaire sur les moyens, tant que les objectifs sont clairs…), tu peux accessoirement jeter un œil ici : http://www.fairea.fr

    Où tu ne manqueras pas de noter qu’il n’y a aucun appel à dons.

    Mais vis-tu encore en Belgique ? Et, si oui, pourquoi indiquer dans tes centres d’intérêt la référence de Greenpeace France, plutôt que celle de Greenpeace Belgique, qui avait cosigné il y a déjà longtemps avec les Amis de la Terre Belgique une excellente étude sur le très fort accroissement des risques liés à la vétusté des réacteurs nucléaires dès leur 20e année d’exploitation ?

    Cela dit, il s’est passé pas mal de choses en Belgique depuis la loi de 2003. En effet, Electrabel (qui avait d’ailleurs la réputation de gérer ses réacteurs dans des conditions de sûreté plutôt supérieures à celles qui règnent à Gravelines, par exemple) est désormais une filiale à 100 % de GDF Suez.

    Donc, de là à considérer que le parc de réacteurs dits français comporte maintenant 65 unités — ce qui fait plutôt grimper sa moyenne d’âge (le plus jeune des sept aurait 30 ans en juin 2015, et les trois plus vieux 40 ans en août 2014 pour l’un, et en 2015 pour les deux autres)…

    NB : Sur qui est ou n’est pas dans « notre camp », et plus globalement sur ce que recouvre, en matière d’écologie en particulier, le terme « nous », on trouve de très intéressantes considérations dans le précieux livre d’Harald Welzer « Les guerres du climat » (p. 58 de l’édition de Poche, sous-chapitre «  »Nous », qui est-ce ? »)

  10. Deux choses que j’aimerais dire:

    Pour mémoire, Franck-Patrick Chevet était à l’honneur dans deux articles/interviews successifs sur le JDD, les 14 et 15 septembre (moins d’un mois avant l’étrange annonce à laquelle Fabrice consacre son article):
    Le 15/09 : « On peut craindre la panne de dix réacteurs nucléaires » Le président de l’Autorité de sûreté nucléaire, Pierre-Franck Chevet, met en garde contre un risque d’accident en chaîne. » et le 14/09 : « Une anomalie nucléaire grave est plausible » (liens ci-dessous)

    @Marie-Christine et Christophe:
    A vous lire, on a l’impression que les associations sont responsables de la nucléaristaion de la France… Alors, pourquoi, au Japon, où j’habite, avec un mouvement antinucléaire qui était quasiment inexistant, avec la voix des quelques scientifiques antinucléaires notoires ou simplement prudents systématiquement étouffée et déformée, leur carrière sciemment détruite, on a quand même eu 54 réacteurs de construits et l’accident que l’on sait ? Sans l’appui des associations !!! Voyez-vous le paradoxe ? Sans associations antinucléaires, on a des centrales. Avec des associations antinucléaires, on a le même nombre de centrales…

    En comparant la situation dans les deux pays, je me prends à penser que :

    1° vous surestimez la responsabilité des associations… et sans doute leur importance dans le(s) processus de décision ;

    2° vous sous-estimez gravement le lobby nucléaire et les moyens dont il dispose.

    Merci pour cette opportunité d’échanger.

    http://www.lejdd.fr/Economie/Le-president-de-l-Autorite-de-surete-nucleaire-Une-anomalie-nucleaire-grave-est-plausible-628843
    http://www.lejdd.fr/Economie/Le-president-de-l-Autorite-de-surete-nucleaire-On-peut-craindre-la-panne-de-dix-reacteurs-628994

  11. @Janick : tu as mal du me lire. Je rends les associations « antinucléaires » nullement responsable de quoique ce soit. Elles font ce qu’elles peuvent, avec ce qu’elles pensent être le plus approprié à leur propre spécificité. Que ceux qui n’en sont pas contents créent leurs propres associations, à moins qu’ils ne pensent être plus efficaces en se contentant de taper sur ces dernières.
    @Marie-Christine : la centrale de Nogent est-elle été arrété ? Son fonctionnement ne sera-t-il pas prolongée ? Si oui, probablement ce ne sera pas la faute au comité Stop Nogent mais la faute à Greenpeace, les AT, ….

    ps : je n’ai pas compris l’intérêt de rapproche mon lieu de résidence des bureaux de Greenpeace ue je soutiens. Je ne supporte pas tel ou tel bueau mais Greenpeace International ET tous ses bureaux, francophone en particulier. Les déchets et les nuages nucléaires ne s’arrêtent pas aux frontières.

  12. @Janick : a phrase « Mais c’est sûr qu’après le brûlot de Fabrice, l’argent citoyen, le nerf de la guerre, a dû affluer vers les associations pures et dures, celle qui mérite le label écolo délivré par Fabrice! Des noms,  » qui t’as induit en erreur était de l’ironie. Je condamne vivement le livre de Fabrice Nicolino non par son contenu (les faits sont très probablement avérés) mais par sa 1ere de couverture : la grande masse, qui ne liré pas l’ouvrage, en retiendront que les asso écolos au mieux ne servent à rien au pire sont contreproductives. Un bon alibi pour ceux qui préfèrent ne pas donner leur argent. De la même façon que le scandale de l’ARC permet à nombre de nos concitoyens de ne plus donner. Les « écologistes » ont suffisamment d’ennemis pour ne pas rajouter une louche. Et que ceux qui CROIENT détenir la meilleure stratégie apportent leur pierre à l’édifice sans enlever celles des autres.

  13. Bonjour,

    @ René (et aux autres) :
    Oui, la coordination nucléaire Sud-Est fait un boulot remarquable en ce moment pour obtenir, entre autres, l’arrêt des réacteurs du Tricastin (présumés « surnuméraires », et voués à être automatiquement arrêtés à la fermeture de Georges Besse 1, par une partie des auteurs des textes que j’ai cités. On a vu ce qu’il en est.)

    Je les avais rencontrés à Marseille lors de l’intervention qui a servi de base à ces 30 mn d’émission de radio-ci : http://www.radiogalere.org/node/3457
    (Auxquelles je ne retire rien, si ce n’est une boulette sur l’équivalent, en nombre d’années-réacteurs, de combustible stocké dans les piscines de Fukushima Daiichi, mais somme toute, elle n’est pas pire que les approximations de l’éminent représentant du haut comité pour la transparence en matière nucléaire qu’on entend aussi dans l’émission…).

    A ma connaissance, Tchernoblaye revendique aussi activement l’arrêt immédiat des 4 réacteurs de la centrale nucléaire du Blayais. Idem pour Stop Fessenheim. Mais, sur les autres sites nucléaires, c’est plus compliqué de trouver une opposition réelle à la poursuite de l’exploitation.

    A part ça, moi qui suis une fervente de la vie associative (qui n’est pas, à mon sens, synonyme d’ONG) à laquelle j’ai consacré depuis 30 ans beaucoup de temps (voire d’argent non-gagné, à défaut d’argent donné…) je suis un peu surprise de la tournure prise par la discussion.

    Jannick, toi qui as signé l’Appel des FAIREA et qui fais un remarquable travail de témoignage depuis le 11 mars 2011, tu pourrais peut-être aussi rappeler que, à ce jour, aucun des 50 réacteurs (ou 46, si on retire les 4 de Fukushima Daini, en assez mauvais état quand même…) qui pourraient théoriquement fonctionner au Japon n’est en service, ce qui est trop peu connu en France ? Et ce alors même que le gouvernement actuel du Japon est extrêmement pronucléaire, et n’a pris aucune « décision de sortie » ?

    N’est-ce pas une démonstration du caractère profondément erroné de la stratégie qui consiste à exiger une simple « décision de sortie » du nucléaire en France au lieu de se concentrer sur l’exigence d’arrêt immédiat des réacteurs ?

    Certes, au Japon, la situation peut paraître plus « favorable » (il faudrait rajouter quelques guillemets en plus…) D’une part en raison de la catastrophe déjà advenue (qui est en réalité planétaire, et pas seulement japonaise), mais aussi parce que les préfectures et municipalités doivent donner leur accord pour tout redémarrage de réacteur après arrêt pour maintenance. Or il peut certes paraître plus simple de faire pression sur son maire et son préfet que sur ses ministres et chefs d’Etat.

    Mais, en réalité, même au Japon, le gouvernement pourrait parfaitement passer outre l’avis des préfets et des maires (comme, en France, le gouvernement peut passer outre l’avis des commissaires enquêteurs lors des enquêtes publiques). S’il ne le fait pas, c’est bien que la population locale elle-même,par sa détermination, lui a fait sentir que ce ne serait pas une bonne idée…

    Quant aux déclarations de Chevet… certes. Mais en quoi constituent-elles une nouveauté ou un progrès par rapport à celles d’André Claude Lacoste en 2003 (dans le rapport Bataille-Birraux de l’OPECST sur « La durée de vie des centrales nucléaires et les nouveaux types de réacteurs », p. 280) :

    « Mais si vous cumulez ces deux points : 80 % d’électricité de l’énergie nucléaire, 58 réacteurs de la même famille, cela nous conduit nous, autorité de sûreté nucléaire, à quelque chose qui est une véritable obsession, et je prends le terme obsession au sens fort du terme : cela nous obsède. L’obsession est l’apparition d’un problème de sûreté qui soit en même temps générique et grave. Pour illustrer mon propos, en cas de problème de sûreté générique et grave, je serais conduit à aller voir le Premier ministre et à lui dire :  » Monsieur le Premier ministre, vous avez le choix entre deux décisions possibles : première version, on coupe l’électricité ; deuxième version, on continue à faire fonctionner le parc nucléaire en mode dégradé. »

    Et, plus loin : « Il est évident que nous avons demandé davantage en exigences de sûreté pour le réacteur EPR que pour les réacteurs précédents. Je peux le traduire de façon plus abrupte : nous n’autoriserions pas, actuellement, la construction d’un réacteur N4. »

    Les réacteurs de palier N4, ce sont les plus récents : les deux nouveaux de Chooz et ceux de Civaux, connectés au réseau en 96, 97 et 99 (mais dont la mise en service commercial a dû attendre 2000 et 2002, tellement ils merdaient au démarrage), et dont tous les scénarios de « sortie » longs présument qu’ils tiendront bien jusqu’en 2031, voire davantage…

  14. @Marie-Christine qui répond elle-même a la question « pourquoi il n’et pas stupide que certaines associations réclame une sortie du nucléaire à la fin de vie des cntrales nucléaires en cours. MC écrit : « Mais, en réalité, même au Japon, le gouvernement pourrait parfaitement passer outre l’avis des préfets et des maires (comme, en France, le gouvernement peut passer outre l’avis des commissaires enquêteurs lors des enquêtes publiques). S’il ne le fait pas, c’est bien que la population locale elle-même,par sa détermination, lui a fait sentir que ce ne serait pas une bonne idée… ».

    Autrement dit lorsque Stop Nogent ou Tchernoblaye et autres associations réclamant la fermeture de chaque réacteur près de chez eux, auront derrière eux la détermination de la population. Or, combien d’adhérent à Stop Nogent, à Tchernoblaye ? Et pourtant il y a eu Fukushima. Et pourtant les centrales sont à leur porte !

    Et je n’oublie pas non plus la spécificité française : 78% d’électricité d’origine nucléaire. Combien au Japon (avant Fukushima) ?

    En résumé, que chaque ONG fasse son travail et les plus soutenues par la population seront les plus entendues. Pas de compétition entre-nous, s.v.p. Pas de dénigrement réciproque. A-ton vu GP ou AT ou FNE ou WWF critiquer vertement Stop Nogent ou Tchernoblaye ? Les rendre coupables de la mort de l’écologie ?

  15. @Christophe
    Non, non, Christophe, je t’ai bien lu et j’ai bien apprécié ton ironie, en fait je m’adressais à Marie-Christine et toi juste pour attirer votre mutuelle attention, vu l’échange (un peu vif) qui avait eu lieu entre vous. Merci pour ta réponse en tout cas !

    Part du nucléaire dans la production d’électricité au Japon avant Fukushima : 26 à 30%. Actuellement : 0%

  16. @Marie-Christine,
    Oui, tu as raison, et je loupe rarement une occasion de le rappeler, en fait : aucun réacteur nucléaire n’est en service au Japon depuis le 15 septembre 2013, pour une durée indéterminée (je n’étonnerai personne en précisant que les 9 sociétés privées qui produisent et vendent de l’électricité d’origine nucléaire dans le pays ont hâte de s’y remettre –malgré l’opposition de certains de leurs actionnaires effarés par les risques qu’ils méconnaissaient –, mais elles doivent faire passer des tests et des contrôles de sécurité qui soit ne sont pas terminés, soit auxquels elles ne peuvent encore accéder faute de conformité totale aux nouvelles normes) ; entre juillet 2012 et septembre 2013 : deux réacteurs seulement étaient en service (dans la centrale d’Ôi, ouest du Japon). Avant cela, de mai à juillet 2012 : zéro réacteur. Et avant encore, nous avons vu les réacteurs s’arrêter les uns après les autres après la catastrophe de mars 2011. C’est vrai qu’on ne le sait pas en France (on fait tout pour le cacher !) et quand je le dis, on ne me croit pas toujours ! Grrrrrrrrrrr

  17. Juste une précision sur le nombre de réacteurs pour le Japon : 54 réacteurs à l’origine, moins les 4 qui ont sombré à Fukushima-1, restent 50 réacteurs théoriquement (quoique les réacteurs 5 et 6 de Fukushima-1 ne seront plus utilisés, et les 4 de Fukushima-2 certainement pas non plus).

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